Retards pour le retrait des combustibles de la piscine du réacteur n°3

TEPCo a pris du retard dans son programme de retrait des combustibles de la piscine du réacteur n°3 et elle s’est fait tancer par l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA). Rappelons qu’il y a eu une panne sur un tableau de commande en juin 2018. La compagnie invoque des problèmes de contrôle qualité des équipements.

Il y a 566 assemblages usés dans cette piscine et les travaux auraient dû commencer en novembre 2018. Mais ce calendrier ne sera pas tenu. La NRA estime qu’il y a un vrai problème de gouvernance et de contrôle chez TEPCo qui vient du sommet de la hiérarchie.

Rappelons que seule la piscine du réacteur n°4 a été vidée jusqu’à présent. Comme il n’y a pas eu de fusion du cœur dans ce réacteur, car il était entièrement déchargé, le débit de dose a permis l’intervention d’êtres humains. Ce n’est pas le cas pour les réacteurs 1, 2 et 3.

De la réalité virtuelle pour aider au démantèlement des réacteurs nucléaires accidentés ou de la recherche virtuelle ?

La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) a annoncé avoir réussi à reconstituer les taches de contamination à partir d’images prises dans les réacteurs accidentés. L’Agence a développé une gamma-caméra légère qui permet de reconstituer l’origine des radiations, ce qui permet d’aller au-delà de la simple mesure du rayonnement ambiant.

La JAEA a un département spécialisé dans la réalité virtuelle qui a reconstitué en images une partie de l’intérieur des réacteurs. Le but est permettre aux futurs intervenants de s’immerger virtuellement dans le réacteur afin de se préparer et de limiter le temps des interventions et l’exposition aux rayonnements. Selon les annonces récentes, outre les images en 3D et le débit de dose ambiant, il serait maintenant possible de voir les plus fortes taches de contamination radioactive.

Lors d’une visite du centre de recherche de la JAEA situé à Tomioka, l’ACRO a pu tester la salle de réalité virtuelle. Le guide a reconnu qu’elle n’avait pas encore servi aux travailleurs sur le site…

Ce centre, appelé “Collaborative Laboratories for Advance Decommissioning Science“, est aussi un centre de ressources ouvert pour des recherches sur le démantèlement avec un immense hangar pour l’accueil d’équipes extérieures. Mais il est essentiellement vide. Il y a une reconstitution d’un bout de la chambre torique :

  

Cela devrait servir à tester le colmatage des fuites, comme expliqué sur le panneau ci-dessous :

Mais personne ne travaillait sur place et aucune expérience ne semblait en préparation.

Dans un coin, quelques robots étaient exposés :

Et un écran montrait des exercices effectués par ces robots :

Là encore, le guide a reconnu que l’installation pour tester les robots n’a servi qu’à des compétitions étudiantes…

Bref, ce centre apparaissait plus comme un centre de promotion auprès du public des activités de la JAEA que d’un véritable centre de recherche qui doit faire face à l’un des grands défis du Japon, à savoir démanteler les réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il paraît qu’une cinquantaine de personnes y travaillent. Les plans gouvernementaux de revitalisation de la région par le développement de laboratoires de recherche ne semblent pas très efficaces. Pourtant, ils bénéficient de beaucoup d’argent public.

Il est donc difficile de savoir si les annonces de la JAEA constituent une véritable avancée ou seulement une opération de communication.

Début du retrait des combustibles du surgénérateur Monju

La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) a commencé à retirer le combustible nucléaire du surgénérateur Monju. Cela devrait durer jusqu’en 2022 pour enlever les 530 barres du cœur et de la piscine.

Chaque barre mesure 4,2 m de long et a une épaisseur de 11 cm. Elle est retirée de la piscine de sodium, nettoyée puis mise dans un emballage avant d’être placé dans une piscine avec de l’eau. Le principal danger vient du sodium qui s’enflamme à l’air et explose dans l’eau. Il faut un jour pour retirer une barre et il y en a 160 dans la piscine.

Pour les 370 barres qui sont dans le réacteur, le retrait ne commencera pas avant l’année prochaine. Rappelons que la JAEA n’avait jamais envisagé de retirer le sodium du cœur… Chaque barre retirée doit être remplacée par une barre factice pour que le sodium reste au même niveau.

Sur les 55 personnes impliquées dans cette tâche extrêmement périlleuse, seule une dizaine ont une expérience avec ce type de réacteur très particulier. Et seulement deux barres ont été retirées jusqu’à présent. Les premiers essais avec des barres de contrôle ont été plus compliqués que prévu : il y avait de la buée sur les caméras de contrôle. Le sodium de la piscine est maintenu à 200°C pour être liquide. La barre doit donc être refroidie, ce qui provoqué de la buée.

Bien évidemment, rien n’est prévu pour le moment pour la gestion à long terme de ces combustibles riches en plutonium.

La JAEA devrait aussi vidanger le sodium du circuit secondaire du réacteur d’ici la fin de l’année. Pour le circuit primaire contenant du sodium radioactif, il faut attendre le retrait complet des barres de combustible et le développement d’une technologie dédiée.

TEPCo va ouvrir un musée de l’accident nucléaire à Tomioka

TEPCo veut ouvrir un musée de la catastrophe nucléaire et du démantèlement dans la ville de Tomioka. Sur deux niveau, ce musée devrait montrer de nombreuses images qui reconstituent différents évènements qui ont marqué et qui marquent la catastrophe nucléaire. Pas de doute qu’il sera à la gloire de TEPCo et des efforts qu’elle déploie.

L’ouverture est prévue pour Novembre prochain et l’entrée sera gratuite. La surface dédiée à l’exposition est de 1 900 m2.

Réacteur n°2 : un robot va aller toucher le corium

Le réacteur n°2 a subi un fusion de son cœur, tout comme les réacteurs 1 et 2. Les images prises à l’intérieur de l’enceinte de confinement par un robot montrent que le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris jonche le sol de l’enceinte de confinement. TEPCo veut y envoyer un nouveau robot qui doit aller toucher le corium pour déterminer s’il est solide ou plutôt de type sédiment. C’est nécessaire pour concevoir les robots qui iront chercher ce corium.

Les opérations devraient avoir lieu cet automne au plus tôt. Il n’est pas question de retirer des débris pour le moment. Ce n’est qu’en 2019 que des échantillons pourraient être prélevés pour analyse.

TEPCo a aussi envoyé un robot à proximité de la chambre de suppression, cette pièce toroïdale qui entoure la base du réacteur, ainsi qu’à l’intérieur. Equipé de caméra, de lasers pour mesurer les distance et de dosimètre, il a entièrement filmé et repéré son parcours. La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) a ensuite reconstitué l’intérieur afin de permettre de se déplacer virtuellement à l’intérieur. Cela devrait permettre aux intervenants de s’entraîner dans une chambre de réalité virtuelle avant de pénétrer, afin de limiter la dose prise.

Ayant fait un déplacement virtuel dans le laboratoire de la JAEA de Naraha, les débits de dose enregistrés pouvaient, de mémoire, atteindre 400 mSv/h, ce qui est gigantesque quand on sait que la limite annuelle est de 20 mSv en moyenne pour les travailleurs. C’était plutôt de l’ordre de 50 mSv/h dans la chambre. L’envoi de personnes n’est pas pour demain. De fait, peu de personnes ont utilisé cet outil pour le moment. Surtout des chercheurs ou des étudiants, pas des intervenants, selon la JAEA.

Vidéos de TEPCo sur les progrès réalisés

TEPCo a mis en ligne deux vidéos sur les progrès réalisés à la centrale de Fukushima daï-ichi.

La première en anglais, donne un aperçu général des travaux de sécurisation du site. Les images du tout début de la catastrophe sont toujours aussi impressionnantes. Tout se passe bien et le mot “radioactivité” n’est utilisé que quand il y a une solution, comme pour les débris le long du littoral, qui ont été retirés depuis et pour l’eau qui est traitée. La phrase de conclusion est de la belle langue de bois : “Nous allons continuer à démanteler de façon sûre”, comme si tout avait été fait de façon sûre jusqu’à maintenant…

La deuxième vidéo, sous-titrée en anglais, traite de l’eau contaminée. Cette vidéo n’explique pas le traitement de l’eau radioactive, ni de ce qui est envisagé pour le million de mètres cubes d’eau accumulée. La seule donnée, est que la quantité d’eau accumulé quotidiennement a été divisée par 4.

Niveaux de dose encore trop élevés dans le bâtiment réacteur n°2

TEPCo a envoyé un robot mesurer les niveaux de dose dans le bâtiment réacteur n°2 avant de lancer les travaux de retrait du combustible usé de la piscine. A cette fin, un trou avait été percé en mai dernier, avec quelques images mises en ligne.

Les niveaux de dose en 19 points, principalement à proximité de l’ouverture, restent trop élevés pour y envoyer des travailleurs : ils atteignent 59 mSv/h alors la limite de dose est de 50 mSv par an. La compagnie doit encore déterminer sa stratégie pour reprendre ces combustibles usés, même si elle maintient un début des opérations en 2023.

Retrait des combustibles usés du réacteur n°3 reporté suite à une panne

Le tableau de contrôle du pont roulant devant retirer les combustibles de la piscine de refroidissement du réacteur n°3 est tombé en panne suite à une erreur de voltage, selon TEPCo. Il doit être changé et le début des opérations pourrait être reporté d’un mois ou deux.

Il y a 556 assemblages dans cette piscine et le retrait devrait commencer cette année.

Plan de démantèlement de l’usine de retraitement de Tôkaï-mura approuvé

En septembre 2014, la Japan Atomic Energy Agency (JAEA) avait décidé d’arrêter définitivement son usine de retraitement de Tôkaï-mura, dans la province d’Ibaraki. Il s’agit de la première usine japonaise de retraitement, terminée en 1977 et mise en service en 1981. L’Agence avait ensuite soumis, en juin 2017, une demande d’autorisation de démantèlement à l’Autorité de Régulation Nucléaire, qui vient de donner son accord.

Les travaux de démantèlement devraient durer environ 70 ans et coûter 987 milliards de yens (environ 7,6 milliards d’euros) qui seront payés, pour l’essentiel, par l’Etat. Cette somme ne prend pas en compte la maintenance du site sur une durée aussi longue. L’usine a été mise en service en 1981. On a donc 70 ans de démantèlement pour un fonctionnement inférieur à 30 ans, ce n’est pas très profitable.

L’usine de remplacement, à Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, accuse déjà 24 années de retard. Evidemment, le plan de démantèlement ne dit rien sur la gestion à long terme des déchets engendrés.

Cette usine a seulement traité 1 140 tonnes de combustibles usés. Il y aurait 310 fûts de déchets vitrifiés de haute activité et 360 m3 de déchets liquides sur le site qui doivent encore être vitrifiés. Etant donnés les délais pour exécuter toutes ces tâches, la JAEA devra renforcer la résistance aux séismes de ses bâtiments.

La JAEA a aussi en charge le démantèlement du surgénérateur Monju, qui a été arrêté à cause d’une culture de sûreté insuffisante. L’histoire de l’Agence n’est pas très glorieuse. Il y a de quoi être inquiet pour l’avenir.

TEPCo annonce enfin l’arrêt définitif de Fukushima daï-ni

La centrale nucléaire de Fukushima daï-ni, avec ses 4 tranches, est à une douzaine de kilomètres au Sud de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi. Elle aussi été fortement secouée par le séisme et noyée par le tsunami, mais il n’y a pas eu d’accident grave car il y avait de l’électricité disponible à moins de 10 km.

TEPCo n’avait, jusqu’à présent, rien décidé quant à son sort, même si elle avait envisagé, en mars 2017, d’arrêter définitivement le réacteur n°1. L’assemblée régionale a adopté une motion demandant son arrêt définitif. Tomioka et Naraha, où la centrale est située, ont fait de même, tout comme les 57 autres communes de la province. Même le gouvernement est pour son arrêt !

Le 14 juin, le président de la compagnie, Tomoaki Kobayakawa, a informé le gouverneur de Fukushima, Masao Uchibori, de son intention d’arrêter définitivement la centrale nucléaire de Fukushima daï-ni. Enfin ! Le président de TEPCo et le gouverneur se sont accordés pour dire que cela permettra de lutter contre les rumeurs néfastes. Toujours aussi ridicule comme déclaration. En revanche, le président de TEPCo n’a pas expliqué pourquoi il a fallu 7 ans pour prendre cette décision.

Le réacteur n°1 a été mis en service en 1982 et le n°4 en 1987. Ils ont donc plus de 30 ans alors que la durée d’exploitation est limitée à 40 ans. Chaque tranche a une puissance de 1 100 MWe.

TEPCo avait 17 réacteurs avant la catastrophe nucléaire : 10 à Fukushima (6 à daï-ichi et 4 à daï-ni) et 7 à Niigata (Kashiwazaki-Kariwa). Elle a donc déjà perdu plus de la moitié de son parc et il n’est pas sûr qu’elle puisse redémarrer ses 7 réacteurs restants.

Quand cet arrêt définitif sera officiel, le nombre de réacteurs nucléaires au Japon ne sera plus que de 35, contre 54 avant la catastrophe. Cela fait donc un total de 19 tranches arrêtés définitivement. D’autres pourraient suivre. Il n’y a que 7 réacteurs en activité.