Le musée de la triple catastrophe va ouvrir le 20 septembre

Le musée dédié à la triple catastrophe, situé à Futaba, dans le parc mémorial est terminé. Il a coûté 5,3 milliards de yens (42 millions d’euros) et ouvrira le 20 septembre prochain. Il présente des témoignages des victimes du tsunami, du séisme et de l’accident nucléaire, ainsi que des objets reflétant les événements. Il y a aussi une photo du slogan affiché à l’entrée de la rue principale de Futaba : le nucléaire, une énergie radieuse pour l’avenir.

Le dossier de sûreté du projet d’entreposage des combustibles usés validé

Comme la France, le Japon fait face à un risque de saturation de ses entreposages de combustibles usés. Mais, à la différence de la France, il n’y a pas d’entreposage centralisé : les combustibles attendent sur le site des centrales nucléaires.

L’autorité de régulation nucléaire vient de valider le dossier de renforcement de la sûreté du projet de premier entreposage centralisé, situé à Mutsu, dans la province d’Aomori. Le centre peut faire face à une accélération de 620 gals en cas de séisme, contre 450 gals dans le dossier initial, et à une vague de tsunami de 23 mètres.

Il s’agit d’un entreposage à sec qui doit pouvoir accueillir dew combustibles usés en provenance des centrales de Kashiwazaki-Kariwa et de Tôkaï. Ces deux centrales sont à l’arrêt. L’exploitant est une filiale à 80% de TEPCo et à 20% de JAPCo établie en 2005. La construction de la première phase du projet, d’une capacité de 3 000 tonnes, est presque terminée. Les travaux de la deuxième phase, avec un bâtiment pouvant accueillir 2 000 tonnes supplémentaires, n’ont pas encore commencé. L’avis de l’Autorité de régulation va être soumis à la consultation du public.

L’avantage de l’entreposage à sec est qu’il n’y a pas besoin de sources d’énergie et d’eau pour refroidir les combustibles usés. Mais il ne peut intervenir qu’après plusieurs années en piscine. Voir le rapport de l’IRSN qui compare les avantages et inconvénients des deux options.

D’autres compagnies d’électricité, comme Shikoku Electric, Chûbu Electric et Kyûshû ont aussi des projets d’entreposages à sec, mais sur le site de leurs centrales. Kansaï Electric, quant à elle, recherche un site pour un nouvel entreposage. le site retenu devrait être connu d’ici la fin de l’année.

L’exploitant du futur site de Mutsu, qui doit entrer en service en 2021, est abusivement appelé Recyclable-Fuel Storage Co. (RFS) ! En effet, sur le papier, ces combustibles sont destinés à être retraités, mais la mise en service de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura accuse déjà 25 années de retard et il n’y a pas de débouchés pour le plutonium qui pourrait être extrait. Même en France, où EDF fait retraiter une partie de ses combustibles, le taux de recyclage est inférieur à 1%.

Quand la compagnie RFS a été établie, TEPCo et JAPCo ont signé un accord avec les autorités régionales et municipales dans lequel elles s’engageaient à ce que le combustible n’y reste pas plus de 50 ans. Il y a de forts doutes quant à cet engagement.

Dernières données sur les cancers de la thyroïde : 9 nouveaux cas suspectés et 8 nouvelles interventions chirurgicales

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les derniers résultats à la date du 31 mars 2020 de leur campagne de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de la province. Il s’agit du 39ème rapport. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait proposer son propre résumé en anglais.

Les données publiées lors du 38ème rapport sont ici, à titre de comparaison.

Avec un dépistage tous les deux ans par échographie, les jeunes de moins de 18 ans qui participent en sont déjà à leur 4ème examen médical. Après 18 ans, le dépistage suivant se fait à l’âge de 25 ans. Les autorités japonaises préparent la cinquième campagne de dépistage qui a pris du retard à cause de la covid-19. Les résultats présentés lors de cette 39ème session sont résumés dans ce document en japonais.

Les principales données sont rassemblées dans le tableau ci-dessous. Il n’y a pas de changement dans les données relatives à la première campagne de dépistage. Concernant la deuxième campagne, deux enfants supplémentaires ont subi une intervention chirurgicale qui a confirmé la suspicion de cancer de la thyroïde. Il y a désormais 54 cas de cancer confirmé. Les résultats détaillés sont ici en japonais.

La troisième campagne de dépistage, dont les résultats sont détaillés ici en japonais, fait apparaître un cas de cancer de la thyroïde suspecté supplémentaire. Le nombre total est de 31 maintenant. Il y a aussi un enfant de plus qui a subi une intervention chirurgicale qui a confirmé la suspicion de cancer, ce qui porte à 27 le nombre de cas confirmés.

Lors de la quatrième campagne de dépistage, dont les résultats sont détaillés ici en japonais, 5 nouveaux cas de cancer suspecté sont apparus, pour atteindre un total de 21 cas. Parmi eux, 13 ont été confirmés par une intervention chirurgicale, soit 2 de plus que la dernière fois.

Pour les jeunes qui avaient moins de 18 ans lors de la catastrophe nucléaire, le dépistage continue après qu’ils aient passé l’âge de 18 ans. Le premier contrôle se fait à l’âge de 25 ans. Ainsi, parmi les jeunes concernés qui ont eu 25 ans depuis 2017, il y a 3 cas suspectés supplémentaires, ce qui porte le total à 7. Parmi eux, 4 ont été confirmés par une intervention chirurgicale, soit 3 de plus que la dernière fois.

On arrive donc à un total de 246 cas de cancers de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 199 ont été confirmés lors d’une intervention chirurgicale. Il n’y a toujours qu’un seul cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention (première campagne).

Le nombre de cas nouveaux, qui n’ont été détectés qu’à partir de la seconde campagne de dépistage (130), est plus élevé que le nombre de cas détectés lors de la première campagne (116), qui peut inclure des cancers qui existaient déjà avant la catastrophe nucléaire.

Le tableau ci-dessous montre que le nombre d’enfants dépistés diminue avec le temps, au fur et à mesure des campagnes. Le nombre de cas réels est donc plus élevé.

Dépistages avec résultatExamens complémentaires terminésCytoponctionsNombre de cancers suspectésNombre de cancers confirmés
Première campagne300 4722 091547116101
Deuxième campagne270 5291 8262077154
Troisième campagne217 9201 060783127
Quatrième campagne177 424647492113
Plus de 25 ans5 2341601374

Rappelons qu’il y a un an, le fond de soutien des enfants ayant un cancer de la thyroïde, créé en 2016, avait recensé au moins 17 cas supplémentaires, non pris en compte dans les données officielles, dont un qui avait moins de 5 ans au moment de la catastrophe.

Le dépistage gouvernemental n’a lieu que dans la province de Fukushima alors que les provinces voisines ont aussi été touchées par les retombées radioactives. Les cas de cancer de la thyroïde qui pourraient y apparaître échappent aux données officielles.

Des ordres d’évacuation vont être levés sans décontamination à la condition qu’il n’y ait pas de retour

Les autorités japonaises ont levé tous les ordres d’évacuer, sauf dans les territoires les plus contaminés, classées en zones dites de retour difficile. A Futaba et Ôkuma, les deux communes les plus touchées car la centrale de Fukushima daï-ichi est sur leur territoire, le centre, classé en zone de retour difficile, a été décontaminé pour leur permettre de pouvoir continuer à exister.

Pour lever ses ordres d’évacuer, le gouvernement a fixé plusieurs conditions : que les travaux de décontaminations soient terminés, que l’exposition externe ne dépasse pas 20 mSv/an, que les infrastructures et services aient été rétablis et qu’une consultation ait eu lieu. Mais, à la demande de la commune d’Iitaté, il a revu ces conditions.

L’accès au district de Nagadoro de cette commune reste interdit à cause des niveaux élevés de contamination, alors que l’ordre d’évacuer a été levé ailleurs. Il y avait très peu de résidents avant la catastrophe nucléaire. Comme nous l’avons déjà mentionné, les élus veulent y créer un “parc de réhabilitation” et ont donc demandé l’autorisation d’y accéder.

Selon le Maïnichi, avant de donner une réponse favorable, le gouvernement a consulté l’Autorité de régulation nucléaire. Les nouvelles conditions pour lever l’ordre d’évacuer sans effectuer de travaux de décontamination, outre le fait que les résidents ne se réinstallent pas chez eux, sont que les doses annuelles d’exposition aux rayonnements ne dépassent pas 20 millisieverts, que les doses individuelles soient contrôlées à l’aide de dosimètres et que des informations soient fournies pour limiter l’exposition. Pour l’Autorité de régulation les conditions sont essentiellement les mêmes qu’avant et elle a donné son accord.

C’est une façon d’entériner le non-retour des populations dans certaines zones, sans le reconnaître.

Le dernier bilan officiel du ministère de l’environnement sur les travaux de décontamination et la gestion des déchets engendrés est ici en anglais.

Exercice de crise nucléaire, avec évacuation, pendant la pandémie

Un exercice de crise a eu lieu dans la province de Fukui, avec évacuation, pour tester la réponse en situation de pandémie. Et le scénario supposait un accident sur deux centrales nucléaires (Takahama et Ôï) voisines en simultané, suite à un séisme de magnitude 6 dans la Baie de Wakasa.

50 habitants de la commune d’Ôï ont participé à l’exercice d’évacuation. 30 ont été emmenés en bus jusqu’à Tsuruga. Seul un siège sur deux a été utilisé. Les autres se sont confinés dans un local municipal.

L’an denier, l’exercice avait impliqué un millier d’habitants et 1 800 personnes. Cette année, il a été revu à la baisse pour protéger les participants ! Outre les habitants, il n’y a eu que 300 personnes impliquées dans l’exercice.

103ème versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 103ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 11,2 milliards de yens (88 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 579 milliards de yens (75,4 milliards d’euros au cours actuel, qui est bas ), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 554,7 milliards de yens (75,2 milliards d’euros).

25ème report de la mise en service de l’usine de retraitement de Rokkashô

Pour la 25ème fois, la mise en service de l’usine de Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, a été repoussée. C’est désormais pour 2022… qui est 25 ans après la date initiale. Le président de Japan Nuclear Fuel Limited, l’exploitant, l’a annoncé au gouverneur de la province.

Le coût est passé de 760 à 3 000 milliards de yens (6,3 à 25 milliards d’euros), alors que l’on ne sait toujours pas à quoi va servir cette usine puisqu’il n’y a pas de débouchés pour le plutonium extrait…

D’ailleurs, pour la première fois depuis les années 60, le Japon n’a quasiment pas importé de combustible nucléaire en 2019. Rappelons que seulement 9 réacteurs ont été remis en service depuis 2011 et 21 ont été arrêtés définitivement. Et toutes les quatre usines de fabrication du combustible sont à l’arrêt en attendant d’obtenir la validation de leur nouveau dossier de sûreté par l’autorité de régulation nucléaire. Selon l’agence Kyodo, reprise par le Maïnichi, les trois compagnie qui exploitent des réacteurs actuellement ont assez de stock.

Les trois défis de Kansaï Electric

Kansai Electric, qui possède sept réacteurs nucléaires situés dans la province de Fukui, fait face à trois grands défis, selon le Yomiuri, journal conservateur qui vante régulièrement l’énergie nucléaire. Quatre de ces sept réacteurs ont été remis en service depuis la catastrophe de Fukushima : Takahama 3 et 4, et Ôï 3 et 4.

Le premier défi concerne l’implémentation des mesures de protection contre le terrorisme qui a pris du retard partout. Mais l’Autorité de régulation nucléaire a refusé de reporter les échéances, ce qui conduit à des arrêts, le temps de finir les travaux. Pour Takahama 3 et 4, les échéances sont le 3 août et le 8 octobre 2020 et les travaux devraient être terminé en janvier et février 2021, respectivement. Pour Ôï, même si les échéances sont en août 2022, il pourrait y avoir aussi du retard.

Le deuxième défi concerne l’extension de la durée d’exploitation des vieux réacteurs, au-delà de l’âge limite de 40 ans introduit après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Cette extension peut être demandée de façon exceptionnelle par l’exploitant. Kansaï Electric a obtenu l’accord de l’autorité de régulation nucléaire pour Takahama 1 et 2, ainsi que pour Mihama 3. Les travaux de renforcement de la sûreté sont en cours et devraient être terminés en septembre 2020 pour Takahama 1 et Mihama 3, et en avril 2021 pour Takahama 2. Mais il faut aussi obtenir l’accord des autorités locales qui sont réticentes depuis que le scandale de corruption des cadres de KEPCo a éclaté. L’échéance pour l’implémentation des mesures anti-terroristes, fixée à juin 2021 pour Takahama 1 et 2 et octobre 2021 pour Mihama 3 ne sera pas respectée. Si ces réacteurs devaient être mis en service prochainement, ils seront rapidement arrêtés. Dans ces conditions, même le Yomiuri s’interroge sur la rentabilité du nucléaire !

Le troisième défi est la saturation prochaine des piscines d’entreposage des combustibles usés, comme en France. Kansaï Electric cherche un site pour un entreposage centralisé et elle s’est engagée à ce qu’il soit en dehors de la province de Fukui. Le site devrait être connu avant la fin 2020, mais, là encore, le scandale de corruption ne facilite pas les échanges avec les élus locaux. Heureusement qu’une partie de ses réacteurs est à l’arrêt, cela lui permet de gagner du temps.

La province de Fukui ne veut pas de ce combustible usé. Elle le taxe même plus après 5 années d’entreposage pour accélérer le départ, mais il n’y pas de destination pour le moment ! Le village nucléaire rêvait du retraitement, mais l’usine qu’il a construite à Rokkashô-mura n’a pas encore été mise en service et accuse 24 années de retard.

Dossier de sûreté de l’usine de retraitement de Rokkashô : fin de la consultation du public

En mai dernier, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) avait fini par valider le dossier de sûreté de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura, située dans la province d’Aomori. Cette décision a ensuite été soumise à l’avis du public pendant un mois. La procédure est désormais terminée et la NRA a rendu son avis. Sans surprise, il n’y a aucun changement, si ce n’est des corrections mineures : la NRA estime donc que l’usine satisfait aux nouvelles règles de sûreté.

La NRA a reçu 765 commentaires, en majorité négatifs. Même un membre de la NRA a dit comprendre l’inquiétude de ceux qui se demande si Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL), l’exploitant, est apte à exploiter cette usine, qui cumule les problèmes et accuse déjà 24 années de retard !

L’exploitant doit encore obtenir l’approbation d’un plan de construction, comprenant une description détaillée de la conception des équipements de l’installation, avant de lancer les opérations. La NRA lui a rappelé récemment de mieux gérer ses déchets radioactifs et elle doit encore inspecter 10 000 pièces avant de donner une autorisation de mise en service. JNFL doit en établir la liste pour cet automne.

La construction a débuté en 1993 et aurait dû être terminée en 1995 ! Mais comme l’usine a coûté 13 900 milliards de yens (116 milliards d’euros), en prenant en compte son démantèlement futur, l’exploitant veut la finir. Les coûts de construction sont passés de 760 à 2 900 milliards de yens (6,3 à 24 milliards d’euros). Le renforcement de la sûreté après la catastrophe de Fukushima lui a coûté 700 milliards de yens (5,8 milliards d’euros). JNFL espère terminer son usine en septembre 2021 et la mettre en route en 2022. Rien n’est moins sûr. Le démantèlement serait plus simple et coûterait moins cher si elle n’était pas mise en service.

Elle est prévue pour retraiter 800 tonnes de combustibles usés afin d’en extraite 8 tonnes de plutonium par an. Mais, il n’y a aucun débouché pour le plutonium extrait : seulement 4 des 9 réacteurs remis en service sont autorisés à utiliser du combustible MOx et l’un a été suspendu par la justice en janvier dernierComme le Japon s’est engagé à ne pas extraire plus de plutonium qu’il ne peut en consommer et qu’il a encore un stock conséquent, cette usine ne sert à rien ! Elle ne pourra que fonctionner au ralenti et ne sera jamais rentable.

La politique de retraitement du Japon est un échec et il devrait l’abandonner, comme vient de le faire le Royaume-Uni. En France, le dernier pays avec la Russie à retraiter les combustibles usés, le taux de recyclage n’est que de 1%.

Il est intéressant de noter que le président de la NRA, Toyoshi Fuketa, a expliqué, lors d’une conférence de presse, que cet avis ne signifie pas que l’usine de retraitement est justifiée et qu’une installation qui cause plus de dommages que de bénéfices ne devrait pas être tolérée. Pour lui, la décision de continuer ou pas ce programme est politique et ne lui incombe pas.

Et comme en France, le Japon n’a pas de plan B pour ces combustibles usés en cas d’abandon du retraitement. Il fait aussi face à un risque de saturation de ses piscines d’entreposage.