Retrait de 7 nouveaux assemblages neufs de la piscine du réacteur n°3

TEPCo annonce avoir retiré 7 nouveaux assemblage neufs de la piscine du réacteur n°3. Elle a donc enlevé 14 assemblages neufs en tout, sur 52.

Le premier retrait date du 15 avril dernier, il y a presque trois mois et il avait déjà plus de 4 ans de retard par rapport au planning initial. Mais la compagnie a eu des difficultés et les travaux ont encore pris du retard. Espérons que le prochain retrait aura lieu avant 3 mois… car il y a aussi 514 assemblages usés à retirer, qui sont plus complexes à déplacer, car extrêmement radioactifs et chauds.

Parmi les 4 réacteurs accidentés, seule la piscine de la tranche n°4 a été vidée pour le moment. Pour les réacteurs où il y a eu fusion du cœur, les opérations doivent être téléguidées et observées par des caméras, car le débit de dose y est trop élevé pour des humains.

Dépistage du cancer de la thyroïde à Fukushima : 6 cas supplémentaires

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les derniers résultats à la date du 31 mars 2019 de leur campagne de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de la province. Il s’agit du 35ième rapport. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait aussi proposer son propre résumé en anglais.

Rappelons que les autorités ont déjà effectué trois campagnes de dépistage et lancé la quatrième en avril 2018. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans. Les premiers enfants de moins de 18 ans au moment de la catastrophe ont eu 25 ans.

Les autorités n’ont pas publié de mise à jour détaillée pour les deux premières campagnes de dépistage, mais le bilan global en japonais ne fait pas apparaître de changement. Le tableau ci-dessous reprend donc les chiffres de la dernière fois.

Pour la troisième campagne, trois nouveaux cas de cancers suspectés sont apparus et trois cancers supplémentaires ont été confirmés suite à une intervention chirurgicale. Cela fait donc un total de 24 cas suspectés, dont 18 confirmés lors de cette campagne. Le bilan détaillé est ici en japonais.

Pour ce qui est de la quatrième campagne de dépistage, trois nouveaux cas de cancer suspecté sont apparus, ce qui fait un total de 5 cas, dont un confirmé après chirurgie. La quatrième campagne n’est pas terminée puisque seulement 35,4% des jeunes concernés ont été auscultés à la date du 31 mars 2019. Le bilan détaillé est ici en japonais.

Pour les jeunes qui ont atteint l’âge de 25 ans depuis 2017, il y a toujours que deux cas de cancer suspecté, dont a été confirmé par une intervention chirurgicale. Le bilan détaillé est ici en japonais.

Au total, on arrive à 173 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 217 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. Les autorités continuent à prétendre que ce très fort excès de cancers de la thyroïde n’est pas dû à la catastrophe nucléaire.

Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 130 547 116 101
Deuxième campagne 270 540 1 874 207 71 52
Troisième campagne 217 687 1 019 67 24 18
Quatrième campagne 89 807 224 11 5 1
Plus de 25 ans 2 288 80 6 2 1

A ces chiffres, on peut ajouter les 4 cas découvert à Marumori, au Sud de la province voisine de Miyagi.

La fondation de soutien lancé en 2016, a déjà soutenu financièrement 149 malades, selon le média alternatif OurPlanet TV : 97 dans la province de Fukushima, 9 à Tôkyô, 7 dans celles de Saïtama et Kanagawa et 6 dans celle de Miyagi. A Fukushima, 57% des patients qui ont subi une intervention chirurgicale ont fait une demande de soutien à la fondation.

La fondation a mieux soutenu certains patients qui ont subi deux interventions chirurgicales. 14 venaient de Fukushima et 5 en dehors de la province. A Fukushima, pour 12 cas, la deuxième intervention était due à la réapparition de métastases. Cela représente donc 12% des 97 patients soutenus pas la fondation à Fukushima. En dehors de la province, seul 5% des patients soutenus ont subi une deuxième intervention chirurgicale.

En France métropolitaine, moins de 5% de la population bénéficiera de comprimés d’iode à la maison pour protéger sa thyroïde en cas d’accident nucléaire, quand l’extension de la distribution à un rayon de 20 km aura eu lieu à l’automne prochain.

Vidéo de rattrapage de TEPCo

TEPCo ne communique plus beaucoup. Fini les relevés mensuels avec les doses prises par les travailleurs, fini les communiqués annonçant les données sur l’eau contaminée, fini les photos régulières…

Alors, pour se faire pardonner, la compagnie vient de mettre en ligne une vidéo en anglais qui montre les progrès accomplis. Rien de bien neuf : toutes les avancées présentées sont connues et certaines datent de plusieurs années. Mais bon, si vous découvrez Fukushima et les travaux en cours, cela fera une vidéo de rattrapage…

Reprise du retrait des combustibles de la piscine du réacteur n°3 de Fukushima daï-ichi

En avril dernier, TEPCo avait retiré 7 assemblages neufs de la piscine de combustibles du réacteur n°3 pour les mettre dans la piscine centrale, au niveau du sol. Depuis, il ne se passait plus rien. La page avec l’avancement restait comme figée dans le temps, sans explication :

La compagnie vient d’annoncer la reprise du retrait. La suspension des travaux serait due à une inspection des procédures et des équipements. A suivre…

89ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 89ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 68,8 milliards de yens (566 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo a déjà reçu un total de 9 077,6 milliards de yens (74,65 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. La somme totale dépasse les 9 000 milliards de yens (74 milliards d’euros). 60,8% sont allés aux entreprises et propriétaires, le reste aux individus évacués.

Révision des recommandations de la CIPR après un accident grave

Mise à jour : la consultation de la CIPR est ouverte jusqu’au 20 septembre 2019.
Le billet ci-dessous a été initialement publié le 31 mai 2019.

La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) est une organisation non gouvernementale internationale qui émet des recommandations concernant l’exposition aux rayonnements ionisants. La quasi-totalité des réglementations et normes internationales et des réglementations nationales en radioprotection reposent sur ces recommandations.

Suite à la catastrophe de Fukushima, elle a mis en place un groupe de travail pour réviser ses recommandations (Task group 93). Peu d’information est disponible alors que cela intéresse toutes les personnes exposées dans les territoires fortement pollués par la radioactivité, comme autour de Kychtym, Tchernobyl ou Fukushima daï-ichi. Les seules communications sont destinées aux experts. En cherchant bien sur Internet, on trouve ce résumé donné à une conférence (lien direct, copie), ainsi que la présentation faite (lien direct, copie). La même personne a fait une autre présentation plus récente, à une autre conférence (ConRad), sans que rien ne soit disponible en ligne. Mais l’ACRO a reçu le catalogue des résumés.

Pour ce qui est de la révision des recommandations de la CIPR, l’application des principes de justification et d’optimisation reste assez abscons. Rien de bien concret n’est donné dans les résumés. La présentation (lien direct, copie) donne clairement l’orientation générale des changements envisagés : éviter les évacuations, puis autoriser les populations à rester à long terme dans les territoires contaminés. Cela est présenté sous la forme “faire plus de bien que de mal”. Mais les “dialogues de la CIPR” menés à Fukushima n’ont concerné que quelques personnes qui n’ont pas quitté Fukushima, sans prendre en compte l’avis des personnes qui sont parties et ne souhaitent pas rentrer. Les leçons sont forcément biaisées.

La CIPR envisage aussi une modification des niveaux de référence qui ne sont pas “compris et acceptés”. Durant la phase d’urgence, la recommandation actuelle propose un intervalle allant de 20 à 100 mSv pour les niveaux de référence. Le groupe de travail 93 propose de ne plus mettre de limite inférieure : le niveau de référence pour les sauveteurs et les populations serait alors inférieur à 100 mSv pendant la phase d’urgence ou sur un an. Une fois l’urgence terminée, s’il y a une contamination rémanente, la CIPR parle de “situation existante”. La recommandation actuelle propose un intervalle allant de 1 à 20 mSv par an, avec un retour à 1 mSv par an, sans pour autant donner de calendrier. Le groupe de travail 93 propose de limiter à 10 mSv/an les niveaux de référence, avec un retour progressif à 1 mSv/an, sans plus de précision sur la vitesse à laquelle doit se faire ce retour.

Il s’agit d’un progrès, mais ce n’est pas assez contraignant : le Japon s’est bien engagé à un retour à 1 mSv/an, mais à long terme, sans préciser ce qu’il entend par long terme. Pour le moment, plus de huit ans après la catastrophe, il s’accroche à sa limite de 20 mSv/an qui n’est pas acceptée par une grande partie de la population. Le taux de retour moyen dans les territoires où les ordres d’évacuer ont été levés est de 23% seulement (voir notre bilan chiffré pour le huitième anniversaire). En plus d’une dose limite annuelle, il faut vraiment introduire une dose limite sur la vie ou sur 50 ans. Les Etats-Unis limitent la dose à 50 mSv sur 50 ans en plus de la limite annuelle. Cela permettrait aux personnes âgées de rentrer chez elles si elles le souhaitent, tout en protégeant les enfants. L’ACRO avait milité pour une telle approche lors de la transposition des règles européennes dans le droit français. En vain.

Le groupe de travail 93 insiste aussi sur la prise en charge par les populations de leur radioprotection pour apprendre à vivre en territoire contaminé. Cela peut être une solution pour les personnes qui veulent rentrer ou rester en territoire contaminé, mais cela ne peut être en aucun cas une contrainte imposée aux populations pour les pousser à rentrer.

La présentation se termine par la phrase habituelle, “engager les parties-prenantes”, sans que la CIPR ne se l’applique à elle-même !

Les recommandations actuelles de la CIPR sont ici en français.

La conférence ConRad qui a eu lieu à Bonn ce mois-ci incluait une session complète sur la vie en territoire contaminé comme le montre le catalogue des résumés. Certains en sont encore à présenter les expériences menées il y a plus de 10 ans dans les environs Tchernobyl, comme s’il n’y avait rien eu de neuf depuis. Et surtout, il y a eu le professeur Yamashita, célèbre au Japon pour avoir déclaré qu’il fallait sourire et ne pas craindre les radiations car les principaux effets étaient psychologiques…

Quand est-ce que tous ces groupes de travail et programmes de recherche vont prendre en compte les préoccupations des populations exposées ?

Déchets radioactifs issus d’un accident grave : cahier d’acteur de l’ACRO pour le débat sur le PNGMDR

Du 17 avril au 25 septembre 2019 a lieu en France un grand débat sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) organisé par la Commission Nationale de Débat Public. C’est la première fois que ce plan est soumis au débat, bien qu’il en soit à sa cinquième édition. Outre des réunions publiques organisées dans plusieurs villes en France, on peut s’informer et contribuer via le site Internet dédié :
https://pngmdr.debatpublic.fr/

L’ACRO a déjà soumis deux cahiers d’acteurs :

Le Japon vise la neutralité carbone après 2050

Poussé à présenter son plan climat, le Japon va annoncer qu’il vise la neutralité carbone après 2050, bien trop tard par rapport défi climatique. Il ne dit pas quand il fermera ses nombreuses centrales à charbon, dont certaines sont encore à construire, et il maintient un plan d’approvisionnement électrique irréaliste avec 20 à 22% d’énergie nucléaire d’ici 2030. Il n’y arrivera pas avec le parc actuel, avec à peine 9 réacteurs remis en service.

Pour vanter l’énergie nucléaire et préparer les JO de 2020, le premier ministre japonais s’est rendu le 14 avril dernier à la centrale de Fukushima daï-ichi où il s’est fait prendre en photo sans habits de protection. Le débit de dose au point d’observation où a été prise la photo est de 0,1 mSv/h quand la limite est de 1 mSv en un an. Il n’y est resté que 6 minutes, selon l’Asahi, alors que les travailleurs passent des heures et des jours sur le site. Rappelons qu’en 2013, il avait déclaré, devant le comité olympique, que la situation était sous contrôle. Elle doit être plus sous contrôle actuellement…

D’un autre côté, le gouvernement veut supprimer, dès 2020, les tarifs de rachat avantageux introduit en 2012 pour soutenir le développement des énergies renouvelables. Selon le Maïnichi, les distributeurs d’électricité pourraient ne plus être obligés de racheter cette électricité d’origine renouvelable. Rappelons que le ministère de l’industrie veut introduire des subventions à l’énergie nucléaire.

Bref, pour le climat, le gouvernement s’en tient à des annonces seulement et il fait tout pour soutenir le développement du nucléaire, même s’il est loin de pouvoir réaliser ses rêves. Cette attitude, qui nie les faits, est complètement irresponsable.

Confirmation de l’arrêt de la centrale de Sendaï en 2020 pour retard dans la mise en place des mesures anti-terroristes

Comme cela avait été annoncé en avril dernier, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) n’accordera pas de délai supplémentaire à la mise en place de mesures anti-terroristes dans les centrales nucléaires du pays. Les réacteurs qui ne respecteront pas les délais doivent être mis à l’arrêt.

La première centrale concernée est celle de Sendaï, dans la province de Kagoshima, qui est la première remise en service après la catastrophe de Fukushima. L’exploitant, Kyûshû Electric, a confirmé que les travaux ne seront pas terminés à temps, même s’il y travaille désormais 24h/24. Le réacteur n°1, devrait donc être arrêté le 17 mars 2020 et le n°2, le 21 mai 2020. Ils ont une puissance de 890 MWe chacun. Les arrêts pourraient durer un an environ.

Dans le précédent billet, nous avions listé tous les réacteurs concernés par cette décision de la NRA qui a été confirmée le 12 juin dernier.

Tous les ports de pêche de Fukushima ont rouvert

Plus de 8 ans après le tsunami, le port de pêche de Tomioka est le dernier à rouvrir dans la province de Fukushima, où les travaux de reconstruction ont dû attendre la décontamination et la levée progressive des ordres d’évacuer.

Tomioka est le dernier des 10 ports de pêche de Fukushima à rouvrir. L’ordre d’évacuer de cette commune a été levé en avril 2017. Les bateaux étaient basés à Namié ou Iwaki en attendant. Une cérémonie devrait être organisée en juillet.

Par ailleurs, le président des Philippines a annoncé, lors d’un sommet avec le premier ministre japonais, la levée des restrictions à l’importation de certains poissons en provenance du Japon. Cette décision est avant tout symbolique car les exportations de produits de la mer du Japon vers les Philippines doivent être très faibles.

A l’inverse, le Japon a annoncé un renforcement des contrôles sur l’importation de poissons en provenance de Corée. Officiellement, le but est de protéger les Japonais contre les risques d’intoxication pendant les fortes chaleurs estivales, mais, selon le Japan Times, il s’agit plutôt de mesure de rétorsion contre les restrictions à l’import de produits de la mer japonais en Corée suite à la catastrophe de Fukushima. En avril dernier, l’OMC avait tranché en faveur de la Corée dans le différend qui oppose les deux pays.