Les boues radioactives de Niigata vont être traitées comme des boues ordinaires

La province de Niigata a accumulé environ 60 000 tonnes de boues radioactives et demandait depuis 2012 à TEPCo de les prendre. Ces boues proviennent essentiellement d’une station de traitement de l’eau du robinet qui s’approvisionne dans une rivière. Le stock augmenterait de 5 000 tonnes par an et le site approche de la saturation.

La contamination en césium serait inférieure au seuil de 8 000 Bq/kg introduit par le gouvernement japonais : ces boues auraient pu donc être traitées comme des boues non contaminées. Mais les autorités locales en faisait une question de principe : la contamination était due à l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et TEPCo devait donc récupérer les déchets. La compagnie a toujours refusé sous le prétexte qu’elle n’était habilitée à gérer des déchets industriels.

Le nouveau gouverneur de Niigata, Hideyo Hanazumi, a annoncé être arrivé à un accord avec TEPCo : ces boues rejoindront le circuit classique et TEPCo va payer le coût du stockage, estimé à 3 milliards de yens (24 millions d’euros).

Dépistage du cancer de la thyroïde à Fukushima : 5 nouveaux cas suspectés

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les derniers résultats de leur campagne de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de la province. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait aussi proposer son propre résumé en anglais.

Rappelons que les autorités ont déjà effectué trois campagnes de dépistage et lancé la quatrième en avril dernier. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans. Les premiers enfants de moins de 18 ans au moment de la catastrophe ont eu 25 ans. Les autorités japonaises ont donc ajouté une nouvelle rubrique dans leurs données.

Les autorités n’ont pas publié de mise à jour détaillée pour les deux premières campagnes de dépistage, mais le bilan global en japonais ne fait pas apparaître de changement. Le tableau ci-dessous reprend donc les chiffres de la dernière fois.

Pour la troisième campagne, trois nouveaux cas de cancers suspectés sont apparus et deux cancers supplémentaires ont été confirmés suite à une intervention chirurgicale. Cela fait donc un total de 18 cas suspectés, dont 13 ont été confirmés lors de cette campagne. Le bilan détaillé est ici en japonais. Aucun cas de cancer de la thyroïde n’a été détecté lors de la quatrième campagne de dépistage, qui n’est pas terminée. Tant mieux !

Pour les jeunes qui ont atteint l’âge de 25 ans en 2017, les données sont ici en japonais. Sur les 22 653 jeunes nés en 1992 concernés par le dépistage, 2005 ont été auscultés et 1 989 résultats sont connus. Parmi eux, deux cas de cancer de la thyroïde ont été découverts. Il n’y a pas eu d’intervention chirurgicale à la date du 30 septembre 2018.

Au total, ont arrive à 166 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 206 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. Les autorités continuent à prétendre que ce très fort excès de cancers de la thyroïde n’est pas dû à la catastrophe nucléaire.

Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 130 547 116 101
Deuxième campagne 270 540 1 874 207 71 52
Troisième campagne

217 513

933 54 18 13
Quatrième campagne

25 982

7 0 0 0
Plus de 25 ans

1 989

58 3 2 0

Plus de 15 milliards d’euros seront nécessaires pour démanteler 79 installations nucléaires de la JAEA

La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) va démanteler 79 des 89 installations nucléaires qu’elle possède. Cela devrait lui prendre 70 ans. Elle a estimé que ce chantier lui coûterait plus 1 900 milliards de yens (plus de 15 milliards d’euros). Ce coût inclut le démantèlement du surgénérateur Monju, mais pas celui de la gestion du plutonium et uranium en stock, ni celui de la maintenance avant et pendant les travaux. Exemples :

  • pour l’usine de retraitement de Tôkaï-mura, dans la province d’Ibaraki, la facture passera de 770 milliards de yens (6,3 milliards d’euros) à presque 1 000 milliards (8 milliards d’euros) si l’on inclut la gestion des déchets radioactifs liquides ;
  • pour Monju, le coût du seul démantèlement est estimé à 150 milliards de yens (1,2 milliards d’euros), mais comme les travaux vont durer plus de 30 ans, la maintenance de l’installation va faire passer la facture totale à 375 milliards de yens (3 milliards d’euros).

Ce sont, bien évidemment, les contribuables japonais qui paieront. Pour le moment, personne ne sait comment seront gérés les déchets radioactifs engendrés.

Cinq ans de prison requis pour trois anciens dirigeants de TEPCo

Les avocats commis d’office, agissant en qualité de procureurs, ont requis 5 ans de prison pour les trois anciens dirigeants de TEPCo. Il s’agit de la peine maximale en cas de négligences ayant entraîné la mort. Pour eux, le risque tsunami était connu et les dirigeants n’ont rien fait. Il a été démontré lors du procès que la compagnie avait été informée par l’une de ses filiales en 2008 qu’un tsunami pouvant atteindre 15,7 mètres était possible, mais elle n’a pas immédiatement pris des mesures préventives.

Tsunéhisa Katsumata, 78 ans, président de la société au moment de la catastrophe, Ichirô Takekuro, 72 ans, et Sakaé Mutô, 68 ans, tous deux anciens vice-présidents, avaient plaidé non coupable. Ils ont nié leur responsabilité jusqu’au bout, malgré les évidences présentées lors des auditions, par un sismologue réputé et un ancien employé.

C’est un procès qui revient de loin : en 2012, un groupe de 5 700 citoyens japonais a porté plainte contre de nombreux dirigeants de TEPCo et du gouvernement. Puis, ils avaient focalisé leur action contre ces trois dirigeants. En septembre 2013, ils avaient été déboutés par les procureurs, arguant que les éléments du dossier étaient insuffisants. Mais un jury de citoyens leur avaient ensuite donné raison par deux fois. Ces trois dirigeants ont été mis en examen en février 2016. Le jury citoyen avait estimé qu’ils étaient responsables des blessures de 13 personnes suite aux explosions hydrogène et du décès de 44 patients de l’hôpital de Futaba.

Indemnisation d’une famille d’auto-évacués confirmée en appel

En février 2016, un tribunal de Kyôto avait condamné TEPCo à mieux indemniser une famille de cinq “auto-évacués” originaires de Kôriyama dans la province de Fukushima. Selon le Maïnichi, la Cour suprême vient confirmer le jugement et TEPCo devra verser 16 millions de yens (127 000 euros) à cette famille. Elle confirme aussi une décision de la Haute Cour d’Osaka rendue en octobre 2017 qui reconnaissait que l’homme avait développé une dépression due à la catastrophe et était incapable de travailler.

C’est la première fois que la Cour suprême valide une décision de justice attribuant une indemnisation à des “auto-évacués”, c’est à dire des personnes qui ont fui la pollution radioactive due à la catastrophe de Fukushima, sans y être obligées par le gouvernement.

Dans sa décision rendue en février 2016, le tribunal de Kyôto avait ordonné le paiement d’environ 30 millions de yens à la famille après avoir reconnu le lien de causalité entre la catastrophe nucléaire et la dépression de l’homme. Toutefois, il n’avait pas remis en cause le seuil d’évacuation mis en place par le gouvernement. La Haute Cour d’Osaka, quant à elle, avait fondamentalement confirmé cette décision, mais avait décidé que l’homme n’avait besoin d’un traitement pour dépression que pendant deux ans, au lieu de quatre ans et demi en raison de la catastrophe. En conséquence, la Haute Cour avait considérablement réduit le montant de l’indemnité.

Le Japon devrait abandonner ses projets de centrales nucléaires en Turquie et au Royaume-Uni

Le Japon devrait annuler son projet de construction de la centrale nucléaire de Sinop en Turquie à cause des coûts qui auraient plus que doublés depuis l’estimation initiale de 2 000 milliards de yens (16 milliards d’euros). Les deux gouvernements avaient, en 2013, signé un accord pour construire 4 réacteurs sur les bords de la Mer Noire. Les travaux devaient démarrer en 2017 avec un premier démarrage en 2023. Le projet est piloté par Mitsubishi Heavy Industries Ltd, en partenariat avec le français Engie.

Cet été, Mitsubishi a proposé une réévaluation des coûts au gouvernement turque, mais il n’y a pas eu d’accord.

Hitachi a aussi des difficultés avec son projet de centrale au Royaume-Uni, liés aussi à une forte augmentation des coûts, qui sont passés de 2 000 à 3 000 milliards de yens (16 à 23 milliards d’euros). La compagnie cherche donc à partager les coûts avec d’autres investisseurs. En attendant, le projet de construction de deux réacteurs à eau bouillante à la centrale de Wylfa Newydd sur l’île d’Anglesey au pays de Galles pourrait être gelé. La décision sera prise début 2019. Un abandon du projet entraînerait une perte de 270 milliards de yens (2,1 milliards d’euros).

Le Japon comptait sur ces projets à l’exportation pour maintenir son industrie nucléaire alors qu’il n’a plus de projet de construction nationaux. Il n’en a plus non plus à l’étranger maintenant. De plus, le “village nucléaire” japonais reconnaît officiellement qu’il ne pourra pas atteindre 20 à 22% de la production d’électricité à l’horizon 2030. Tout le monde savait que ce chiffre était irréaliste, mais le gouvernement l’a retenu pour sa planification énergétique.

Deuxième cas de cancer de la thyroïde reconnu comme d’origine professionnelle à la centrale de Fukushima daï-ichi

Le ministère du travail a reconnu un cancer de la thyroïde d’un travailleur à la centrale de Fukushima daï-ichi comme étant d’origine professionnelle. Âgé d’une cinquantaine d’années, il aurait reçu une dose de 100 mSv depuis le début de la catastrophe (il doit s’agir de dose au corps entier, même si ce n’est pas précisé dans les articles de presse). Le cancer s’est déclaré en juin 2017.

C’est le deuxième cas de cancer de la thyroïde reconnu comme étant d’origine professionnelle parmi les travailleurs à la centrale accidentée (premier cas de cancer de la thyroïde). Il y a aussi trois leucémies (premier, deuxième et troisième cas) et un décès. 16 travailleurs en tout auraient fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle et 5 dossiers auraient déjà été rejetés.

La France a dit vouloir abandonner le projet Astrid

Après avoir arrêté définitivement Monju, son surgénérateur, le Japon a du mal à justifier sa politique d’extraction du plutonium des combustibles usés. Il a dépensé des milliards d’euros dans une usine de retraitement à Rokkashô-mura qui accuse déjà 24 années de retard et dont l’utilité est de plus en plus remise en question. Et comme le Royaume-Uni arrête le retraitement, il ne reste plus que la France avec qui il peut s’entendre.

Le Japon et la France avaient donc entamé des discussions à propos d’une participation dans ASTRID, le projet de surgénérateur français qui doit faire mieux que Superphénix. Un accord de coopération avait été signé en 2014. Selon le Nikkei du 30 novembre dernier, la France aurait informé le Japon qu’elle allait renoncer à ce projet en 2019 et qu’elle renoncerait à tout investissement dans les surgénérateurs à partir de 2020. Mais, selon Reuters, le CEA, qui porte le projet, a démenti en précisant qu’aucune décision officielle n’avait été prise.

L’arrêt de ce programme est raisonnable. En effet, le concept de surgénérateur date des années 1950 et il aurait dû être prêt pour la fin du siècle dernier. Selon le CEA, l’aboutissement était pour la fin de ce siècle. Bref, juste un siècle de plus de recherches et développement pour aboutir. Ce n’est donc pas très prometteur, mais cela permet de classer 95% de ce qui sort des réacteurs nucléaires en “matières valorisables” et non en déchets, même si elles ne sont pas valorisées. En France, le taux de recyclage est inférieur à 1%. Cela permet aussi d’avoir une filière industrielle dédiée au plutonium qui a un intérêt militaire.

Le Japon, qui a adopté une politique énergétique complètement irréaliste et qui s’accroche à sa filière plutonium va devoir revoir ses plans. Quant à la France, il va falloir revoir toute sa politique de gestion des déchets. Le retraitement à l’usine Orano de La Hague ne sert donc plus qu’à éviter l’engorgement des piscines et l’effondrement du parc nucléaire national.

Le gouvernement japonais n’a pas perdu de temps : selon l’Asahi du 3 décembre, il a annoncé vouloir construire son propre surgénérateur d’ici le milieu de ce siècle. Il s’agit de la date à partir de laquelle une filière surgénératrice commerciale devait être lancée au Japon, si Monju avait tenu ses promesses… La décision devrait être prise en 2024, avec un report à la fin de ce siècle de la mise en service industrielle (voir le communiqué du forum “atoms in Japan”). Le gouvernement tient surtout à faire des annonces pour ne pas avoir à s’expliquer sur sa politique du plutonium. Cette chimère va encore coûter des sommes folles aux contribuables japonais et cela recule encore plus la mise en place d’une politique raisonnable des combustibles usés japonais qui s’accumulent sans solution, comme le souligne l’Asahi, dans un éditorial.

Il est important de noter que cette nouvelle feuille de route ne mentionne pas le projet ASTRID !

Ouverture du musée de TEPCo dédié à l’accident nucléaire

Comme prévu, TEPCo a ouvert son musée de l’accident nucléaire, à Tomioka. L’étage est dédié aux premiers jours de la catastrophe et le rez de chaussée à la sécurisation et démantèlement des réacteurs. L’exposition devrait changer régulièrement.

L’accès est libre et la compagnie espère 20 000 visiteurs par an.

Plainte d’habitants de Namié contre TEPCo et l’Etat

Une centaine d’habitants de Namié estiment que les indemnisations qu’ils ont reçues ne suffisent pas à compenser tout ce qu’ils ont perdu dans l’accident nucléaire et ils réclament plus. L’accident nucléaire a détruit leur communauté et les a obligé à évacuer.

La protestation remonte à loin. En mai 2013, le conseil municipal avait saisi, au nom des habitants, la structure de conciliation mise en place par le gouvernement. Environ 15 000 habitants, plus de 70% de la population de la commune, s’étaient joints à cette demande. Et en mars 2014, la commission de conciliation avait proposé de faire passer le montant de l’indemnisation de 100 000 à 150 000 yens (775 à 1 163€) par mois pour les moins de 75 ans et 180 000 yens (1 400€) par mois pour les plus de 75 ans. La commune, qui demandait 350 000 yens, a accepté la proposition, mais pas TEPCo qui trouve cela injuste envers les autres personnes évacuées. La conciliation s’est terminée en avril dernier. 850 de ces 15 000 personnes sont décédées depuis.

109 personnes, réparties dans 49 foyers ont donc saisi la justice pour réclamer 12,1 millions de yens (94 000 €) chacune. C’est plus que ce que leur a accordé la commission de réconciliation. L’Etat japonais est aussi visé afin de clarifier sa responsabilité dans l’accident. Elles pourraient être suivies par 2 000 autres personnes.

Des milliers d’autres personnes ont déjà saisi la justice pour obtenir une meilleure réparation, mais c’est la première  action collective qui fait suite à un arbitrage de la commission de réconciliation.