Reconduction de l’Agence de reconstruction pour 10 ans

Le gouvernement japonais devrait reconduire l’agence de reconstruction pour dix ans. Etablie en février 2012, elle devait financer la reconstruction du Tôhoku pendant une dizaine d’années. Les cinq premières années (2011-2015) correspondaient à une “reconstruction intensive”, avec un budget de 25 000 milliards de yens (208 milliards d’euros) et les cinq suivantes (2016-2020) à une période de “revitalisation”, avec un budget de 6 500 milliards de yens (54 milliards d’euros).

La décision gouvernementale de prolonger cette agence doit encore être approuvée par le parlement. L’aide pour les zones affectées par les séisme et tsunami devrait s’arrêter dans 5 ans, ce qui inquiète déjà les élus locaux. Dans ses attributions, elle aura notamment le soutien au démantèlement de la centrale de Fukushima daï-ichi, à la gestion de l’eau contaminée et l’aide au retour des habitants. Et là, 10 ans ne suffiront pas !

33 ans après la catastrophe de Tchernobyl, l’Ukraine a toujours une agence en charge de la zone d’exclusion.

Nouveau bilan : 91 sacs de déchets radioactifs emportés par le typhon Hagibis – 40 n’ont pas été retrouvés

Le ministère de l’environnement a publié un nouveau décompte du nombre de sacs de déchets radioactifs issus de la décontamination qui ont été emportés par les flots lors du passage du typhon Hagibis (document repéré par Enerwebwatch). Le précédent décompte est ici. Rappelons que ce typhon a fait d’énormes dégâts et de nombreuses victimes.

L’énorme chantier de décontamination lancé par les autorités japonaises pour reconquérir les territoires contaminés par la catastrophe de Fukushima a engendré d’énormes volumes de déchets mis dans des sacs d’un mètre cube environ. Les déchets organiques doivent être incinérés et les sols entreposés sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi. En attendant, ils sont éparpillés partout sur des sites temporaires à proximité des chantiers. Dans les zones évacuées les chantiers de décontamination et les déchets engendrés sont sous la responsabilité du gouvernement et dans les zones non évacuées, sous la responsabilité des communes.

Selon le dernier décompte, il y a encore 5,02 millions de m3 de sols contaminés dans des sacs sous la responsabilité du gouvernement auxquels il faut ajouter 5,35 millions de m3 sous la responsabilité des communes. Il y aussi les déchets qui ont déjà été transportés sur le site centralisé où ils sont plus en sécurité.

Le ministère de l’environnement a fini de contrôler les 236 sites sous sa responsabilité. De plus les 716 sites sous la responsabilité des communes à Fukushima et les 44 autres en dehors de cette province ont aussi été contrôlés. Selon le Japan Times, cela s’est fait en envoyant des équipes longer les rivières ou à l’aide de drones pour les zones inaccessibles. Un hélicoptère aussi effectué des recherches le 23 octobre dernier.

Il ressort qu’environ 90 sacs ont été emportés dans la province de Fukushima, dans les communes d’Iitaté (1), Nihonmatsu (15), Tamura (30) et Kawauchi (44), et 40 sont toujours manquants. De plus, un sac a été emporté à Nasu, dans la province de Tochigi. 24 sacs récupérés étaient vides et 25 autres étaient “intacts”.

Le ministère de l’environnement a fait effectuer des mesures de débit de dose ambiant et des analyses de l’eau. Il n’a pas détecté d’augmentation significative des débits de dose ambiants, sachant que les sites sont déjà contaminés. Quant à l’eau des rivières où les sacs ont été retrouvés, les contaminations en césium sont toutes sous les limites de détection qui sont assez élevées (de l’ordre de de 4 à 7 Bq/L). Des tableaux et des cartes avec les résultats sont disponibles.

La NHK a diffusé des images d’un site et les sacs qui sont restés ne sont pas en bon état.

Livre en anglais avec la collection de 6 années de surveillance citoyenne de la radioactivité des sols au Japon

Le réseau de laboratoires et de station de mesure indépendants, Minna no data (les données de tous), avait lancé un appel à souscription pour éditer un livre rassemblant les données de 6 années de surveillance citoyenne de la contamination des sols au Japon. Chikurin, le laboratoire que l’ACRO a co-fondé au Japon est membre de ce réseau.

Le livre est paru en novembre 2018 et une version résumée est désormais disponible en anglais. On peut la commander ici pour soutenir ce réseau. La version japonaise a reçu un prix. A noter que de nombreuses autres données sont disponibles en anglais sur le site internet du réseau.

4 000 bénévoles ont contribué à ce travail. 3 400 sites ont été contrôlés dans 17 provinces. Selon l’Asahi, qui consacre un article à cet ouvrage, 15 000 exemplaires de la version japonaise ont été vendus.

TEPCo va injecter 220 milliards de yens dans le vieux réacteur Tôkaï-2

Tôkaï-2 est un vieux réacteur qui a été partiellement noyé par le tsunami de 2011 et que son exploitant, Japan Atomic Power Co (JAPCo), veut redémarrer coûte que coûte. Filiale de plusieurs compagnies d’électricité, JAPCo ne fait, ou plutôt faisait qu’exploiter deux centrales nucléaires. Tôkaï-2 a été autorisé à fonctionner jusqu’à 60 ans, mais la compagnie n’a pas les moyens de ses ambitions. Il y a quelques jours, la presse japonaise annonçait que JAPCo devrait recevoir 350 milliards de yens (presque 3 milliards d’euros) pour remettre Tôkaï-2 au niveau de sûreté exigé depuis la catastrophe de Fukushima.

TEPCo, qui serait en faillite sans un financement public et qui rogne sur toutes ses dépenses, y compris sur les indemnisations, vient de confirmer qu’elle allait mettre la main à la poche en versant plus de 220 milliards de yens (1,8 milliards d’euros), selon l’Asahi. TEPCo a refusé de confirmer la somme et n’a pas donné le coût de rachat de l’électricité produite. Cela correspond à plus de 60% du coût total, estimé à 350 milliards de yens (presque 3 milliards d’euros).

JAPCo espère relancer son réacteur en mars 2021, qui devra être mis à l’arrêt définitif en 2038, après 60 années. Si l’on rapporte l’investissement à la quantité d’électricité qui devrait être encore produite, le coût du kWh n’est pas compétitif. Mais, c’était cela ou la faillite de JAPCo qui n’a aucun espoir de redémarrer un autre réacteur nucléaire. Alors, c’est l’option de la fuite en avant qui a été choisie.

TEPCo et ses partenaires ont pris un risque énorme en investissant dans Tôkaï-2. En cas d’échec du redémarrage, la facture va être lourde. TEPCo qui a été sauvée par les contribuables utilise une partie de cet argent pour tenter de sauver une autre compagnie, sans que le gouvernement n’y trouve à redire.

L’Autorité de Régulation Nucléaire demande des comptes à TEPCo à propos de Fukushima daï-ichi

L’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) va inspecter le management de la centrale de Fukushima daï-ichi suite à une série de problèmes liés à des violations des règles de sûreté et d’erreurs.

En juin dernier, par exemple, il y a eu de la fumée suite à un mauvais branchement électrique sur les réacteurs 5 et 6. Des fontaines à eaux ont aussi été placées depuis 4 ans dans des zones où des matières radioactives sont entreposées. Et l’eau, probablement contaminée, a été consommée. Enfin, le retrait des combustibles du réacteur n°3 est à l’arrêt. Le nombre de combustible retirés n’a pas changé depuis le 24 juillet dernier, à cause de problèmes mécaniques.

Les commissaires de la NRA ont demandé un rapport à leurs inspecteurs basés sur place pour savoir si TEPCo travaille correctement. Ils vont aussi interroger les dirigeants de la compagnies, car ils craignent que cette accumulation de petits problèmes ne conduisent à un gros problème.

Le manque de personnel pour des raisons d’économie est mis en avant pour expliquer ces manquements aux règles de sûreté.

93ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 93ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 12,1 milliards de yens (100 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo a déjà reçu un total de 9 247,3 milliards de yens (76,4 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. La somme totale dépasse les 9 000 milliards de yens (74 milliards d’euros). 61% sont allés aux entreprises et propriétaires, le reste aux individus évacués. Le total des indemnisations versées aux “auto-déplacés” n’évolue plus car ils ne sont plus soutenus financièrement. Le total versé aux autres individus et en compensations liées à l’activité commerciale continuent à augmenter.

Nombre officiel de sacs de déchets emportés par le typhon Hagibis

Suite au passage du typhon Hagibis, qui a fait de nombreuses victimes et beaucoup de dégâts, le ministère de l’environnement a mis en ligne un bilan en anglais (repéré par Enerwebwatch) du nombre de sacs de déchets radioactifs issus de la décontamination qui ont été emportés par les flots.

A la date du 20 octobre, 236 sites d’entreposage de déchets sous la responsabilité du ministère ont été contrôlés. A Iitaté, un sac a été emporté, mais il a été retrouvé intact. Il a été récupéré depuis.

Il y a aussi 716 sites sous la responsabilité des communes qui ont été contrôlés. A Tamura, 20 sacs ont été retrouvés : 8 n’étaient pas endommagés. 11 sacs étaient vides. A Nihonmatsu, 15 sacs ont été perdus, mais 5 ont été retrouvés et récupérés. Le site accueille 2 339 sacs. A Kawauchi, 18 sacs sur 2 677 ont été emportés et 2 ont été récupérés. Un des deux était vide et l’autre, non endommagé.

En dehors de la province de Fukushima, 27 des 44 sites ont été contrôlés. Le ministère ne signale aucune anomalie.

On arrive à un total de 996 sites où des déchets radioactifs sont en attente d’un transfert vers le centre d’entreposage centralisé, pour ceux de Fukushima, où ils doivent officiellement rester 30 ans avant d’être repris pour être stockés définitivement ailleurs. Pour les autres, le gouvernement n’a pas de solution.

Presque 3 milliards d’euros pour relancer le vieux réacteur Tôkaï-2

Tôkaï-2 est un vieux réacteur qui a été partiellement noyé par le tsunami de 2011 et que son exploitant, Japan Atomic Power Co (JAPCo), veut redémarrer coûte que coûte. Filiale de plusieurs compagnies d’électricité, JAPCo ne fait, ou plutôt faisait qu’exploiter deux centrales nucléaires. Celle de Tsuruga ne redémarrera jamais à cause d’une faille considérée comme active par l’autorité de régulation nucléaire. Ne lui reste donc que Tôkaï-2, qui a été autorisé à fonctionner jusqu’à 60 ans.

Selon l’agence de presse Kyodo, JAPCo devrait recevoir 350 milliards de yens (presque 3 milliards d’euros) pour remettre Tôkaï-2 au niveau de sûreté exigé depuis la catastrophe de Fukushima. C’était 300 milliards de yens en mars dernier. Tôkyô Electric (TEPCo) et Tôhoku Electric payer 80% de cette somme et 3 autres compagnies, Chûbu Electric, Hokuriku Electric et Kansai Electric, le reste. Il s’agit d’un emprunt garanti par ces compagnies.

Alors que TEPCo serait en faillite sans un financement public et qu’elle rogne sur toutes ses dépenses, y compris sur les indemnisations, cet investissement dans un vieux réacteur nucléaire est choquant pour beaucoup.

JAPCo joue sa survie avec ce réacteur, mais en cas d’échec, ce sont ses propriétaires, dont TEPCo qui paieront. Des actionnaires ont saisi la justice pour que la compagnie cesse de financer Tôkaï-2.

Typhon Hagibis

Le typhon Hagibis (n°19) a fait d’énormes dégâts au Japon, au moins 78 victimes et 13 disparus. Plus de 42 000 habitations ont inondées dans 17 provinces, de nombreux trains à grande vitesse (shinkansen) devront aller à la casse… La province de Fukushima a aussi été durement touchée, entraînant des débordements de l’Abukuma.

A Tamura, des sacs contenant des déchets radioactifs issus des travaux de décontamination ont été emportés dans la rivière Furumichi. Le site, situé à Miyakoji-machi, contenait 2 667 sacs d’un mètre cube chacun. 6 sacs ont pu être repêchés, une centaine de mètres plus bas. Combien ont été emportés ? On ne le sait pas.

Selon l’Asahi, le site n’a pas été recouvert d’une bâche en plastique avant le passage du typhon.

Scandale de corruption chez KEPCo : 5 dirigeants démissionnent

Le scandale de corruption chez Kansaï Electric (KEPCo), révélé fin septembre 2019, vient d’entraîner la démission de trois dirigeants. Les révélations se sont succédé quasiment quotidiennement, rendant leur défense intenable. Le président Makoto Yagi a annoncé sa démission immédiate, le 9 octobre. Il devrait aussi démissionner de la Fédération économique du Kansaï, dont il visait la présidence. Ikuo Morinaka, vice-président exécutif, qui dirige la branche nucléaire, va aussi démissionner. Shigéki Iwané, quant à lui, va démissionner en décembre, quand la tierce-inspection composée de quatre magistrats, rendra son rapport. Il devrait aussi démissionner de son poste de président de la Fédération des compagnies d’électricité du Kansaï. Ce dernier avait notamment reçu une boîte de bonbons avec des pièces d’or quand il est devenu directeur. La commune de Takahama va aussi lancer des investigations. Deux autres cadres auraient aussi démissionné. Les coupures de salaire n’ont pas été suffisantes !

Les médias ont recueilli de nouveaux témoignages de cadres qui ont reconnu avoir reçu des dons de la part de l’ancien maire adjoint de Takahama, Eiji Moriyama. Cela aurait commencé bien avant l’année 2006, avancée par KEPCo, dès la fin des années 90, c’est à dire il y a 20 ans environ ! C’est le cas, notamment, d’un cadre de la centrale nucléaire d’Ôï. Il lui aurait alors fait un cadeau en retour, d’une valeur plus élevée. Puis, plus tard, lors d’un dîner, Moriyama lui aura demandé de favoriser une certaine compagnie pour la maintenance de la centrale nucléaire. KEPCo a reconnu que trois personnes ont aussi reçu de l’argent directement de compagnies sous-traitantes.

Le directeur Shigéki Iwané a aussi promu trois cadres qui avaient reçu des dons, alors qu’il avait été prévenu par lettres anonymes. Il s’agit d’Ikuo Morinaka, qui a reçu 40,6 millions de yens et qui est devenu vice-président, de Satoshi Suzuki, qui a reçu 123,67 millions de yens et de Shigeki Otsuka, qui a reçu 7,2 millions de yens. L’annonce du plan de promotion a été faite le 25 avril 2019. Les lettres anonymes, aussi adressées à  une association anti-nucléaire de Fukui, ont été envoyées entre avril et juin 2019. La promotion a été entérinée le 21 juin 2019.

Ces démissions ne suffiront pas à réduire l’indignation des Japonais. C’est tout le management de la compagnie qui doit être revu. Selon le Maïnichi, Koji Inada, vice-président excécutif de KEPCo, a expliqué que la compagnie ne pourrait pas redémarrer de nouveaux réacteurs nucléaires avant d’avoir regagné la confiance du public. Et de reconnaître que cela va prendre du temps… KEPCo espérait redémarrer les réacteurs 1 et 2 de Takahama l’an prochain (voir l’état des lieux du parc nucléaire japonais), après avoir reçu une autorisation de la prolongation de leur exploitation jusqu’à 60 ans. La compagnie cherche aussi un site pour entreposer ses combustibles usés.

En effet, la seule défense des cadres corrompus a été de dire qu’il avaient peur de l’ancien maire adjoint, connu pour ses colères. C’est un peu léger pour une des principales compagnies du pays, qui exploite des centrales nucléaire en plus !