Le Japon promet des centrales à charbon décarbonées !

Le Japon qui est très dépendant des énergies fossiles et du charbon en particulier a refusé de s’associer aux pays qui se sont engagés à ne plus l’utiliser (sans pour autant réduire l’utilisation du pétrole !). Fumio Kishida, le nouveau premier ministre, a fait le voyage à la COP26 de Glasgow pour promouvoir ses centrales à charbon “décarbonées”. Le Réseau Action Climat International lui a remis son deuxième “fossile du jour” le 3 novembre. Le Japon avait déjà reçu ce prix en 2015 à Bonn.

Dans son communiqué, l’ONG explique que “Kishida s’est fait des illusions en rêvant d’utiliser l’ammoniac et l’hydrogène comme “énergie thermique à émission zéro”. Il doit se réveiller et comprendre que ces technologies nouvelles et coûteuses sont liées à l’extraction de combustibles fossiles et ne laisseraient que peu de chances d’atteindre les objectifs mondiaux de 1,5 °C. Nous avons besoin d’engagements concrets pour stopper la hausse des températures et d’une élimination progressive du charbon d’ici 2030, et non de cauchemars liés aux combustibles fossiles.”

Quel est cet ammoniac miracle qui doit réduire les émissions de CO2 du Japon ? Il s’agit du gaz NH3, à ne pas confondre avec l’ammoniaque qui est la solution aqueuse, connu pour son odeur désagréable et sa toxicité. Comme l’hydrogène, c’est un “vecteur énergétique” qui permet de stocker et de transporter l’énergie pour l’utiliser quand on en a besoin. L’ammoniac est plus simple à stocker et à transporter (lire ces explications très claires) et a déjà été utilisé pour faire avancer des véhicules. Comme on les trouve pas dans la nature, il faut les fabriquer. Si leur utilisation n’émet pas de gaz à effet de serre, il en est tout autre pour leur fabrication. Et le moyen le plus courant pour fabriquer l’ammoniac de nos jours utilise des énergies fossiles ! Si le procédé utilisé (Haber-Bosch) est l’un des plus efficaces et performants de l’industrie chimique, il consomme (en raison des hautes pressions et températures requises pour la réaction) à lui seul près de 1% de la production énergétique mondiale ! Ce procédé représenterait ainsi plus de 17% de l’énergie consommée par le secteur chimique et pétrochimique (source). Bref, la production d’une tonne d’ammoniac à partir de gaz naturel engendre l’émission de deux tonnes de CO2. C’est le double à partir du charbon (source).

Alors le Japon veut importer de l’ammoniac dit “bleu”, c’est à dire fabriqué à partir de gaz naturel dans des installations équipées d’un système de stockage du CO2, une technologie qui est loin d’être maîtrisée. Les fournisseurs seraient l’Arabie saoudite (source), l’Egypte (source) et la Russie (source). Mais, comme l’explique à l’AFP, Shigeru Muraki, vice-président exécutif du Green Ammonia Consortium, dans un premier temps le Japon utilisera de l’ammoniac gris, c’est à dire polluant, parce que l’ammoniac bleu ne sera pas disponible dans les prochaines années en quantité suffisante, et l’ammoniac vert (produit à partir d’énergies renouvelables) encore moins. Bref, on est encore loin de la solution écologique !

Une fois transporté au Japon, il faut des installations pour consommer cet ammoniac et le transformer en électricité. C’est là que les centrales à charbon entrent en jeu, car elles pourraient être partiellement reconverties. L’entreprise Jera, qui produit 30% de l’électricité du Japon, annonce, dans un communiqué, des essais dans sa centrale à charbon d’Hekinan située dans la province d’Aïchi : à terme, 20% du charbon de l’unité n°4 pourrait être remplacé par de l’ammoniac. Le charbon, quant à lui, reste tout aussi polluant !

La solution mise en avant par le Japon pour continuer à exploiter ses centrales à charbon n’est que de la poudre aux yeux. La conversion de toutes ses centrales entraînerait la consommation de 10% de la production mondiale d’ammoniac. Et il faudra éviter d’importantes émissions d’oxydes d’azote. Les projets énergétique du Japon sont complètement irréalistes et le premier ministre ne connaît rien au sujet, comme il l’avait montré durant les débats qui ont précédé son investiture.

Les trois anciens dirigeants de TEPCo plaident toujours non coupable en appel

Les trois anciens dirigeants de TEPCo avaient été acquittés en première instance en septembre 2019 par le tribunal de Tôkyô, qui avait estimé que Tsunéhisa Katsumata, Ichirô Takékuro et Sakae Mutô, n’étaient pas coupables de négligences ayant entraîné la mort et des blessures. Il avait notamment jugé qu’“il serait impossible d’exploiter une centrale nucléaire si les exploitants étaient obligés de prévoir toutes les éventualités liées aux tsunamis et de prendre les mesures nécessaires”. Les avocats commis d’office, agissant en qualité de procureurs, avaient requis 5 ans de prison en décembre 2018, la peine maximale, et les trois anciens dirigeants avaient plaidé non coupables, mais c’étaient excusés… Les trois accusés ont été inculpés pour avoir continué à exploiter la centrale alors qu’ils étaient en mesure de prévoir les dangers du tsunami, ce qui a, notamment, entraîné la mort de 44 patients d’un hôpital voisin qui ont dû être évacués en raison de l’accident.

Lors du procès en appel, qui vient de débuter, les anciens dirigeants ont encore plaidé non coupable. Tsunéhisa Katsumata était absent pour raison de santé. Le débat tourne toujours autour du fait de savoir si l’ampleur du tsunami qui a déclenché l’accident nucléaire était prévisible et si TEPCo a été négligente en ne renforçant pas les mesures de protection. Les avocats des accusés ont expliqué que même si les travaux avaient été lancés, ils n’auraient pas été terminés à temps.