Implantation d’un centre d’enfouissement des déchets radioactifs : candidatures validées

Deux communes de Hokkaïdô se sont portées candidates à la première phase des études pour l’implantation d’une centre d’enfouissement des déchets radioactifs, comme nous l’avons rapporté. Le gouvernement vient de valider ces deux candidatures. Chaque commune va recevoir 2 milliards de yens et la NUMO, l’organisation en charge de la gestion des déchets, commence immédiatement l’étude bibliographique prévue dans cette première phase. Elle devrait durer deux ans. Des réunions d’information sont aussi prévues.

Ces démarches ne sont pas du goût de tout le monde. Le gouverneur de Hokkaïdô, Naomichi Suzuki, a rappelé son opposition à ce que la province devienne la poubelle nucléaire du pays. Une partie de la population locale est aussi opposé aux projets, comme ion peut le lire dans ce reportage du magasine en ligne Equal times. Le conseil municipal de Suttsu a rejeté la demande de référendum sur le sujet.

Le retrait des combustibles usés du réacteur n°3 avance

TEPCo a mis à jour sa page de suivi du déchargement de la piscine du réacteur n°3. La compagnie a désormais retiré 382 assemblages usés sur 514. C’est 49 de plus que lors du dernier bilan publié le 28 octobre dernier.

La compagnie travaille maintenant à un rythme plus soutenu, avec une moyenne de 2,3 assemblages par jour. Le rythme pour retirer les 49 assemblages précédents était de 0,9 assemblage par jour.

Renoncements en vue dans le nucléaire japonais

Les faits sont têtus et le gouvernement japonais doit se faire une raison. Dans une interview à l’Asahi, le ministre de l’industrie admet qu’il ne sera pas possible d’engager la construction d’un nouveau réacteur nucléaire dans les 10 prochaines années. L’opinion n’y est pas prête. Par ailleurs, un groupe d’experts du ministère de la réforme administrative remet en cause un contrat avec Orano pour le retraitement de combustibles usés.

Le ministère de l’industrie, qui a toujours fortement soutenu le développement de l’industrie nucléaire, est en train de revoir la politique énergétique du pays. Le plan actuel n’est pas réaliste et le premier ministre s’est engagé récemment à ce le pays atteigne la neutralité carbone d’ici 2050. Hiroshi Kajiyama, le ministre de l’industrie, reconnaît qu’il n’est pas possible de faire accepter la construction de nouveaux réacteurs nucléaires au Japon. Il est déjà assez compliqué de redémarrer les réacteurs existants. Rappelons que seuls 9 réacteurs ont été remis en service depuis 2011 et qu’un seul est en activité actuellement. Il espère cependant regagner la confiance de la population d’ici 10 ans. Comment ? Il ne le dit pas.

Le groupe d’experts qui participe à la revue des dépenses de l’Etat a demandé la remise en question d’un contrat avec Orano pour le retraitement de 111 tonnes de combustibles usés du réacteur expérimental Fugen, mis à l’arrêt définitif. La compagnie française avait annoncé ce contrat en 2018. Mais, il serait ambigu sur le coût et sur le devenir du plutonium extrait. Il doit donc être renégocié voire annulé. Le ministre de la réforme administrative, Tarô Kôno, ne sait pas si le plutonium sera renvoyé au Japon ou si la France l’achète, ou le garde.

Deux communes de Hokkaïdô candidates pour accueillir un site d’enfouissement des déchets nucléaires

Comme tous les autres pays exploitant du nucléaire, le Japon veut enfouir les déchets les plus radioactifs et ceux à vie longue. Mais il est toujours à la recherche d’un site. Un appel à candidature a été lancé en 2002. En 2007, la commune de Tôyô, dans la province de Kôchi s’était portée candidate, avant de faire marche arrière avant même que les premières investigations aient pu être menées. Il n’y a pas eu d’autre candidature depuis.

Deux communes de Hokkaïdô se sont portées candidates à ce qu’une étude bibliographique soit menée sur la géologie de leur territoire. Comme Tôyô auparavant, elles sont situées toutes les deux en bord de mer, sur la façade Ouest de l’île, pour permettre le transport des déchets par bateau.

Le maire de la première, Suttsu (寿都町), une commune de moins de 2 900 habitants, a annoncé, dès le mois d’août 2020, son intention de porter la candidature de sa commune pour faire face aux difficultés financières. Il a ensuite organisé des réunions publiques en présence de la NUMO, l’Agence en charge des déchets radioactifs, lors desquelles de nombreux résidents ont exprimé leur opposition au projet. Ils craignent aussi qu’une fois que la commune ait mis le doigt dans l’engrenage et devienne dépendante de l’aide financière associée, et qu’elle ne puisse plus dire non. Il y avait 260 participants lors de la première réunion du 11 septembre 2020. Le conseil municipal a donné son accord le 8 octobre 2020 et la candidature de la commune a été déposée dès le lendemain, à Tôkyô.

La deuxième commune de 820 habitants, Kamoenaï (神恵内村), est à une quarantaine de kilomètres de Suttsu, vers le Sud. L’initiative est venue de la chambre de commerce locale, en septembre 2020. Il y a aussi eu des réunions publiques en présence de la NUMO et du Ministère. L’opinion y était plus favorable qu’à Suttsu et le conseil municipal a donné son accord le 9 octobre 2020 lors d’une assemblée extraordinaire. Le maire, quant à lui, n’a pas pris position mais a dit qu’il respecterait la décision du conseil municipal. Kamoénaï reçoit déjà de l’argent du nucléaire, puisque la centrale de Tomari est dans la commune voisine.

Ces deux communes, vieillissantes, pourraient perdre 40% de leur population lors des 20 prochaines années. Elles dépendent surtout de la pêche, qui est en déclin. Un référendum pourrait y être organisé.

Le gouverneur de Hokkaïdô s’est opposé à ces projets, mais son accord n’est pas nécessaire pour la candidature des communes. Hokkaïdô, peu peuplée, a toujours eu les faveurs de l’industrie nucléaire pour y mettre les déchets, qui y a installé un laboratoire de recherche souterrain, mais la province avait voté, en 1995, une résolution s’opposant au stockage des déchets radioactifs. Les deux communes sont passées outre et le gouverneur est furieux. Des coopératives de pêche se sont aussi opposées.

La procédure est prévue en trois étapes. La première étape consiste en une étude bibliographique et devrait prendre deux ans. La deuxième, consistera en des études complémentaires à partir de forages et pourrait durer quatre ans. Enfin, des investigations plus détaillées sont prévues sur une durée de 14 ans avant de se lancer dans la construction du site d’enfouissement.

Evidemment, il y a beaucoup d’argent à la clé pour ces petites communes isolées : 2 milliards de yens (17 millions d’euros) pour la première phase, et 7 milliards (58 millions d’euros) pour la deuxième.

Le gouvernement espère recueillir une dizaine de candidatures pour pouvoir choisir le site le plus approprié.

Plan de démantèlement d’Ikata 2 approuvé

L’Autorité de régulation nucléaire a approuvé le plan de démantèlement d’Ikata-2, dans la province d’Ehimé. D’une puissance de 538 MWe, il avait été mis en service en 1988 et débranché en janvier 2012, suite à la catastrophe de Fukushima. Shikoku Electric, l’exploitant, l’a arrêté définitivement en 2018.

Le démantèlement devrait être terminé en 2059. Et comme pour les autres réacteurs nucléaires japonais, il n’y a aucune solution pour les déchets radioactifs engendrés.

L’usine de combustible MOx satisfait aux nouveaux standards de sûreté

Suite à la catastrophe de Fukushima, l’autorité de régulation nucléaire avait demandé à Japan Nuclear Fuel Ltd (JNFL) de revoir la résistance de son usine de combustibles MOx en cours de construction à Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori. Elle lui a notamment demandé que l’usine puisse faire face à des séismes ayant une accélération pouvant atteindre 700 gal et une meilleure protection contre les incendies.

JNFL a déposé son dossier de sûreté en 2014 et l’autorité de régulation nucléaire vient de le valider. Cet avis va encore être soumis à une consultation du public sur Internet pendant un mois. L’exploitant espère terminer les travaux en 2022, mais comme pour l’usine de retraitement, dont le dossier de sûreté a aussi été validé, il n’y a quasiment pas de débouchés pour le MOx au Japon. Le coût de l’usine de combustible MOx est estimé à 19 milliards de dollars.

La reconstruction de la région affectée par la triple catastrophe de 2011 absente du discours du nouveau premier ministre sur les défis qui l’attendent

Dans un éditorial, l’Asahi souligne que la reconstruction de la région affectée par la triple catastrophe de 2011 ne fait pas partie de la liste des défis qui attendent le nouveau premier ministre Yoshihidé Suga. Elle est aussi absente de son programme de gouvernement. Les habitants de la région sont inquiets.

Le gouvernement précédent, de Shinzô Abe, avait augmenté le soutien aux mesures de reconstruction au cours des cinq années qui ont suivi la catastrophe, passant de 19 000 milliards de yens à 25 000 milliards de yens. Les projets d’infrastructure seront en grande partie terminés pour le dixième anniversaire.

Mais seulement 10 % environ du montant total des fonds publics ont été dépensés pour réhabiliter les industries locales et soutenir les moyens de subsistance des victimes. De nombreux terrains d’habitation nouvellement aménagés restent vacants parce que les projets n’ont pas été adaptés à la baisse de la population. Environ 30 % des terrains surélevés destinés à la construction de logements, mis à disposition dans le cadre de “projets de réajustement foncier”, sont inutilisés.

Une enquête gouvernementale sur les entreprises qui ont reçu des subventions pour réparer ou remplacer les installations et équipements endommagés, fait apparaître que 46 % des personnes interrogées ont déclaré que leurs ventes avaient retrouvé leur niveau d’avant la catastrophe. Cependant, il existe de grands écarts entre les industries. Dans le secteur de la construction, qui a largement bénéficié des dépenses de travaux publics, 74 % des personnes interrogées ont déclaré que leurs ventes s’étaient redressées, tandis que ce chiffre était de 32 % pour la pêche et l’industrie alimentaire.

Dans la préfecture de Fukushima, il y a d’autres difficultés à surmonter. Il s’agit notamment de la gestion des déchets radioactifs issus de la décontamination et l’eau radioactive qui s’accumule à la centrale nucléaire de Fukushima dai-ichi, de la levée des ordres d’évacuer dans les zones désignées comme de retour difficile et de la reconstruction des communautés alors que seuls 30 % des résidents sont revenus après la levée des ordres d’évacuation.

Le législateur doit apporter un soutien matériel et moral aux personnes qui sont encore contraintes de vivre en tant qu’évacués. Comment le nouveau Premier ministre va-t-il protéger les moyens de subsistance des habitants de cette région ?

Le nouveau gouvernement ne semble pas avoir l’intention de revoir la politique énergétique du pays, alors qu’aucun réacteur nucléaire n’a été remis en service depuis l’été 2018 et que la mise en service de l’usine de retraitement a encore été repoussée. Va-t-il maintenir les objectifs irréalistes du gouvernement précédent ?

Le dossier de sûreté du projet d’entreposage des combustibles usés validé

Comme la France, le Japon fait face à un risque de saturation de ses entreposages de combustibles usés. Mais, à la différence de la France, il n’y a pas d’entreposage centralisé : les combustibles attendent sur le site des centrales nucléaires.

L’autorité de régulation nucléaire vient de valider le dossier de renforcement de la sûreté du projet de premier entreposage centralisé, situé à Mutsu, dans la province d’Aomori. Le centre peut faire face à une accélération de 620 gals en cas de séisme, contre 450 gals dans le dossier initial, et à une vague de tsunami de 23 mètres.

Il s’agit d’un entreposage à sec qui doit pouvoir accueillir dew combustibles usés en provenance des centrales de Kashiwazaki-Kariwa et de Tôkaï. Ces deux centrales sont à l’arrêt. L’exploitant est une filiale à 80% de TEPCo et à 20% de JAPCo établie en 2005. La construction de la première phase du projet, d’une capacité de 3 000 tonnes, est presque terminée. Les travaux de la deuxième phase, avec un bâtiment pouvant accueillir 2 000 tonnes supplémentaires, n’ont pas encore commencé. L’avis de l’Autorité de régulation va être soumis à la consultation du public.

L’avantage de l’entreposage à sec est qu’il n’y a pas besoin de sources d’énergie et d’eau pour refroidir les combustibles usés. Mais il ne peut intervenir qu’après plusieurs années en piscine. Voir le rapport de l’IRSN qui compare les avantages et inconvénients des deux options.

D’autres compagnies d’électricité, comme Shikoku Electric, Chûbu Electric et Kyûshû ont aussi des projets d’entreposages à sec, mais sur le site de leurs centrales. Kansaï Electric, quant à elle, recherche un site pour un nouvel entreposage. le site retenu devrait être connu d’ici la fin de l’année.

L’exploitant du futur site de Mutsu, qui doit entrer en service en 2021, est abusivement appelé Recyclable-Fuel Storage Co. (RFS) ! En effet, sur le papier, ces combustibles sont destinés à être retraités, mais la mise en service de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura accuse déjà 25 années de retard et il n’y a pas de débouchés pour le plutonium qui pourrait être extrait. Même en France, où EDF fait retraiter une partie de ses combustibles, le taux de recyclage est inférieur à 1%.

Quand la compagnie RFS a été établie, TEPCo et JAPCo ont signé un accord avec les autorités régionales et municipales dans lequel elles s’engageaient à ce que le combustible n’y reste pas plus de 50 ans. Il y a de forts doutes quant à cet engagement.