Catastrophe nucléaire de Fukushima : chiffres clé pour le huitième anniversaire

A l’approche du huitième anniversaire de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias, les sites officiels et les 2 500 articles de ce site. Des mises à jour seront faites régulièrement.

Les chiffres clés publiés à l’occasion du septième anniversaire sont ici.

Situation des réacteurs

Les travaux visent essentiellement à sécuriser les réacteurs accidentés qui sont encore menaçants. A proximité, les débits de dose sont tels que le temps de séjour doit être très limité, ce qui complique les travaux.

En juillet 2018, TEPCo a mis en ligne des vidéos montrant les progrès réalisés. On peut aussi faire une visite virtuelle, même si les images datent un peu.

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Depuis décembre 2014, la piscine de combustible du réacteur a été vidée et les travaux sont arrêtés car il n’est plus menaçant.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment avec un toit, de forme cylindrique, est terminée. Le retrait des combustibles devait débuter en novembre 2018 pour se terminer en 2019, mais ils ont pris du retard. Les opérations ne devraient commencer qu’à partir de la fin mars 2019. Il y a 566 assemblages usés dans cette piscine.

Il y aurait entre 188 et 394 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus.

TEPCo a fait une reconstitution en 3D des structures qui jonchent l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°3 et a mis quelques images de synthèse en ligne, ainsi qu’une vidéo où l’on tourne autour du cœur. La compagnie avait aussi envoyé un drone dans le bâtiment réacteur pour prendre des images et faire des mesures de débit de dose. Les débits de dose varient de 8 à 15 mSv/h alors que la limite pour les travailleurs du nucléaire est de 20 mSv par an. Cela signifie que les interventions humaines doivent être très très courtes.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de la piscine. La compagnie a envoyé plusieurs robots dans l’enceinte de confinement afin de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris.

Plusieurs séries d’images ont été mises en ligne par la compagnie. Les dernières sont ici. Elles ont été traitées de façon à pouvoir, grâce à la réalité virtuelle, se déplacer virtuellement dans cette enceinte et analyser son état. On voit clairement le corium et un élément d’assemblage de combustible tombé au fond de l’enceinte de confinement :

TEPCo devrait bientôt envoyer un autre robot entrer en contact avec le corium pour évaluer sa consistance.

Il y aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus.

TEPCo a aussi envoyé un robot à proximité de la chambre de suppression, cette pièce toroïdale qui entoure la base du réacteur, ainsi qu’à l’intérieur. Equipé de caméra, de lasers pour mesurer les distance et de dosimètre, il a entièrement filmé et repéré son parcours. La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) a ensuite reconstitué l’intérieur afin de permettre de se déplacer virtuellement à l’intérieur. Cela devrait permettre aux intervenants de s’entraîner dans une chambre de réalité virtuelle avant de pénétrer, afin de limiter la dose prise. Mais en juillet 2018, peu de personnes ont utilisé cet outil pour le moment. Surtout des chercheurs ou des étudiants, pas des intervenants, selon la JAEA. Et des visiteurs, comme le rédacteur de ces lignes

Réacteur n°1

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo a commencé à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles. Depuis, la compagnie est peu prolixe sur l’avancement des travaux.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteurs 5 et 6

Les réacteurs 5 et 6 étaient partiellement déchargés le 11 mars 2011 et un générateur diesel de secours était encore fonctionnel, ce qui a permis d’éviter la fusion du cœur. Ces réacteurs sont maintenant entièrement déchargés et vont être démantelés.

Eau contaminée

L’eau contaminée qui continue à s’accumuler est l’autre grand défi auquel doit faire face TEPCo, même si, en 2013, le premier ministre avait déclaré devant le comité international olympique que la situation est sous contrôle. Les scandales se sont aussi accumulés au cours de ces huit années.

TEPCo a lancé un nouveau portail internet sur ce sujet, qui est même disponible en anglais, mais qui ne contient aucune information pertinente. Greenpeace a aussi publié un rapport qui fait le point sur la situation. L’organisation s’oppose au rejet en mer.

Résumé de la situation

Le combustible qui a fondu et percé les cuves doit toujours être refroidi. A cette fin, TEPCo injecte environ 70 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3. Cette eau se contamine fortement au contact du combustible fondu et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui s’y infiltre.

Au début de la catastrophe, les infiltrations s’élevaient à environ 400 m3 par jour, qui se contaminaient et qu’il fallait entreposer dans des cuves. Inversement, l’eau des sous-sols, fortement contaminée, fuyait vers la nappe puis l’océan.

Pour réduire les infiltrations d’eau souterraine, TEPCo pompe en amont des réacteurs, avant que cette eau soit contaminée et la rejette directement dans l’océan. Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette eau est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution.

La dernière barrière mise en place est le gel du sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km dans le but de stopper les infiltrations. Après de nombreux déboires, le gel est terminé depuis novembre 2017. Elle a permis de réduire les infiltrations, mais pas de les stopper. La mise en place du mur gelé a coûté 34,5 milliards de yens (265 millions d’euros) aux contribuables auxquels il faut ajouter plus d’un milliard de yens (8 millions d’euros) par an pour l’électricité.

Flux et stocks

Selon un bilan récent, la compagnie pompe dans les sous-sols des réacteurs un surplus de 52 m3/jour par rapport à ce qu’elle injecte, en l’absence de précipitations. Une partie (7 m3) vient de la nappe phréatique proche, qui est aussi fortement contaminée.

L’eau pompée dans les sous-sols est traitée puis entreposée dans des cuves sur le site de la centrale. TEPCo retire 62 radioéléments, mais il reste notamment le tritium, de l’hydrogène radioactif, qu’il est difficile de séparer. La compagnie annonce avoir déjà traité deux millions de mètres cubes d’eau contaminée. Une partie est utilisée pour le refroidissement et le reste est stocké dans des cuves. Selon la compagnie, le stock d’eau traitée ou partiellement traitée s’élève à 1,1 million de mètres cubes auxquels il faut ajouter 48 370 m3 d’eau dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine (source). Il y a près d’un millier de cuves pour garder cette eau qui occupent presque tout le site de la centrale.

Que faire de cette eau ?

Que faire de cette eau traitée ? Après avoir envisagé plusieurs pistes peu réalistes, il ne reste que le rejet en mer. La concentration en tritium serait d’un à cinq millions de becquerels par litre, ce qui est plus que la limite autorisée, fixée à 60 000 Bq/L. Mais, il suffit de diluer, comme cela est fait en fonctionnement normal. Le problème est plutôt du côté du stock total, estimé à 3,4 PBq (3,4 milliards de millions de becquerels), ce qui représente de l’ordre de 150 années de rejet à la limite autorisée.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le seul tritium, de 18,5 PBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11,6 et 13,4 PBq par an. Le stock de tritium de Fukushima représente donc 3 mois et demi de rejets à La Hague. De quoi rendre jalouses les autorités japonaises !

Officiellement il resterait plus que du tritium (hydrogène radioactif) dans l’eau traitée, qu’il est difficile de séparer et stocker. Cette situation n’est pas pérenne et la meilleure solution trouvée par la compagnie et le gouvernement est le rejet en mer. Ne restait plus qu’à convaincre les résidents… Les autorités ont donc organisé 3 réunions publiques, à Tomioka et Kôriyama et les quelques personnes qui y ont assisté ont posé des questions sur la contamination résiduelle. C’est ainsi qu’elles ont appris que la contamination résiduelle pour certains éléments dépassait les concentrations maximales autorisées pour le rejet en mer.

TEPCo a fini par admettre que 80% du stock d’eau traitée avait une contamination résiduelle qui dépasse, en concentration, les autorisations de rejet en mer. La concentration en strontium, particulièrement radio-toxique, peut atteindre 600 000 Bq/L, ce qui est environ 20 000 fois plus que la limite autorisée. La compagnie parle maintenant d’effectuer un second traitement avant rejet en mer.

Environ 161 000 m3 auraient une concentration de l’ordre de 10 à 100 fois la limite, auxquels il faut ajouter 65 000 autres mètres cubes, avec jusqu’à 20 000 fois la limite, selon TEPCo. Sa station de traitement traite environ 340 m3 jour actuellement. A ce rythme là, il lui faudrait 2 ans pour traiter ce stock… sans parler du coût. Ce total ne fait pas encore les 750 000 m3 annoncés comme faisant 80% du stock. La presse ne donne pas de détails sur le reste.

Après, quand les populations s’opposent aux rejets, c’est à cause des rumeurs néfastes…Cette gestion de l’eau contaminée et de la concertation avec les populations est lamentable.

Travailleurs à la centrale accidentée

Données

Les données officielles sont ici en anglais sur le site internet du ministère du travail. Le nettoyage du site ainsi que le bétonnage et l’asphaltage ont permis de réduire l’exposition des travailleurs. Les mesures de protection nécessaires en fonction du zonage sont ici.

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

Il y a aussi 1 203 personnes qui ont une limite plus élevée pour pouvoir continuer à pénétrer sur le site. Leur dose moyenne cumulée depuis le début de l’accident est de 36,49 mSv et la valeur maximale de 102,69 mSv.

• Le 1er avril 2016, TEPCo a remis tous les compteurs à zéro. Ainsi, 174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose de 100 mSv sur 5 ans peuvent revenir. Depuis cette date, jusqu’au 30 novembre 2018, 20 243 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants, dont 18 168 sous-traitants (90%). Impossible de savoir combien d’entre eux ont déjà été exposés lors des cinq premières années.

Pour le seul mois de novembre 2018, 7 202 travailleurs ont été exposés à la centrale de Fukushima daï-ichi, dont 86% de sous-traitants (6 211). La dose moyenne mensuelle prise par ces sous-traitants est de 0,37 mSv et de 0,11 mSv pour les employés de TEPCo. 35 sous-traitants ont reçu une dose supérieure à 5 mSv, avec un maximum de 8,96 mSv.

Depuis le 1er avril 2016, 59 sous-traitants ont reçu une dose supérieure à 50 mSv. La dose maximale reçue est de 75,5 mSv. Les sous-traitants ont pris 95,2% de la dose collective qui est de 100,4 hommes.sieverts.

Le dernier bilan du ministère du travail sur les violations du droit du travail à la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination est ici en anglais.

Maladies professionnelles

Deux cas de cancer de la thyroïde ont été reconnus comme étant d’origine professionnelle parmi les travailleurs à la centrale accidentée (premier cas et deuxième cas). Il y a aussi trois leucémies (premier, deuxième et troisième cas) et un décès. 16 travailleurs en tout auraient fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle et 5 dossiers auraient déjà été rejetés.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi effectuée par les autorités date de novembre 2017 et est disponible en ligne sur le site dédié.

• Le “soil project” propose une carte basée sur des prélèvements de sols effectués par le réseau de stations de mesure et de laboratoires indépendants. Chikurin, le laboratoire monté au Japon avec le soutien financier et technique de l’ACRO est membre de ce réseau.

Liens vers la carte en anglais et en japonais.

• Cartes du “Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de Fukuichi (Fukushima daiichi)” : Ces cartes ont été traduites en français par l’association Nos Voisins lointains 3.11.

• Safecast : cette organisation utilise un radiamètre “maison” branché sur un smartphone pour mesurer le débit de dose ambiant. La carte regroupant les données est ici.

Décontamination et déchets radioactifs

Décontamination

La décontamination des zones évacuées est sous la responsabilité du gouvernement. Ailleurs, là où l’exposition externe pouvait dépasser 1 mSv/an, ce sont les communes qui doivent s’en occuper. Voir le dernier bilan publié par le ministère de l’environnement.

Dans la zone évacuée, la décontamination est terminée, sauf dans la partie classée en “zone de retour difficile” où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an et les ordres d’évacuer levés depuis le 1er avril 2017.

Dans les zones non évacuées, 104 communes étaient initialement concernées, à Fukushima, Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama et Chiba et c’est passé à 93 par la simple décroissance radioactive. Les travaux de décontamination sont terminés partout depuis mars 2018.

Pour les zones dites de retour difficile, le gouvernement va décontaminer un centre à Futaba et Ôkuma afin de pouvoir affirmer qu’il n’a abandonné aucune commune. Les travaux ont débuté partout et ils devraient se terminer en 2022. Qui va revenir après 11 années d’évacuation ? Ces centres sont qualifiés de SZRR (special zones for reconstruction and revitalization) sur la carte ci-dessous (source) :

Le ministère de l’environnement a budgété 2 900 milliards de yens (23,4 milliards d’euros) jusqu’en mars 2019 pour financer les travaux de décontamination. La moitié est pour les zones évacuées, sans prendre en compte la zone dite de retour difficile et l’autre moitié pour les zones non évacuées.

Pour les forêts contaminées à Fukushima, la nouvelle politique est de tout raser pour faire de la biomasse afin de relancer une industrie forestière exsangue. Grâce aux tarifs de rachat de l’électricité d’origine renouvelable, l’investissement dans la biomasse est très rentable. Et comme tout est subventionné, tout le monde y gagne, sauf le contribuable.

Voilà ce que cela donne à Tamura, dans la province de Fukushima :

Le bois est transformé en copeaux et transporté par camions dans tout le Japon. Des associations commencent à se mobiliser sur cette thématique et étudient l’impact radioactif des rejets car les filtres utilisés sont que de simples filtres à manche, comme de gros sacs d’aspirateurs, et non des filtres de haute efficacité.

Déchets issus de la décontamination

Notre reportage de 2016 sur la gestion des déchets issus de la décontamination reste d’actualité.

Dans son bilan, le ministère de l’environnement fait état de 9,1 millions de mètres cubes de sols contaminés accumulés à la fin mars 2018 dans les zones évacuées et de 7,9 millions de mètres cubes dans les autres zones, dont 7,4 à Fukushima. Ces déchets ont vocation à être entreposés pendant 30 ans sur un site de 16 km2 (1 600 ha) qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi, en zone de retour difficile. Le gouvernement aurait acheté ou loué 85,4% des terrains. L’entreposage a débuté.

Le ministère prévoit qu’1,2 million de mètres cubes de sols auront été transportés sur le centre d’entreposage d’ici la fin de l’année fiscale (31 mars 2019). Cela représente environ 181 000 voyages en camion (6 m3 par camion). Presque tous les sols contaminés devraient avoir été transférés pour les JO de 2020…

Après, au bout de 30 ans, les autorités envisagent un “recyclage” de ces sols pour la construction de routes, digues… Des chantiers pilotes sont en cours à Minami-Sôma ou en projet à Nihonmatsu ou Iitaté, malgré l’opposition des riverains et de nombreux experts.

Dans les autres provinces, le gouvernement veut enterrer les sols radioactifs.

Les déchets organiques, quant à eux sont incinérés dans de nombreux incinérateurs répartis dans toute la province de Fukushima :

Les cendres seront mises en fûts bétonnés et stockées dans ce qui s’appelait le “Fukushima Eco Tech Clean Center” qui a été nationalisé depuis. Les autres déchets spéciaux qui seront aussi stockés.

De nombreux autres déchets, comme des boues de station d’épuration radioactives ou des cendres d’incinérateurs de déchets ménagers sont toujours en attente de solution dans de nombreuses provinces. A l’incinérateur d’Iwaki sud, les cendres sont simplement entreposées dans la cour :

Travailleurs impliqués dans les travaux de décontamination

Le ministère de l’environnement fait état de 13,7 millions de travailleurs engagés dans des travaux de décontamination dans les territoires évacués et 18,4 millions dans les territoires non évacués. Ces chiffres ne sont pas réalistes. Il doit s’agir du nombre de contrats signés.

Un suivi dosimétrique individuel a été introduit en novembre 2013 par la Radiation Effects Association, qui est l’organisme qui suit les travailleurs du nucléaire au Japon, pour les décontamineurs (source en japonais) qui travaillent en zone évacuée et qui sont soumis aux mêmes limites de dose que les travailleurs du nucléaire (explications en anglais).

Au 31 mai 2018, 464 283 décontamineurs ont été enregistrés dans la base de données sur les doses. On est loin des millions de décontamineurs rapportés par le ministère de l’environnement. Le nombre de travailleurs par année et les doses sont résumés sur graphique (extrait de ce document) :

Les données pour l’année 2017 sont ici en anglais (pour les données 2016, voir les chiffres clés de l’an dernier). Elles font état de 12 000 à 16 000 travailleurs engagés chaque trimestre sur une centaine de chantiers de décontamination d’octobre 2017 à novembre 2018. La dose maximale reçue est de 3,8 mSv pour un trimestre. Pour l’année 2017, un total de 25 025 décontamineurs ont été enregistrés, avec 2,6% de femmes. La dose annuelle maximale est de 8 mSv. La minimale est de 0,3 mSv. La dose collective est de 7,6 hommes.sieverts.

La distribution des doses par zone est assez frappante. Sans surprise, c’est dans les communes classées en “zone de retour difficile” que les doses sont les plus élevées (Katsurao, Tamura, Futaba et Ôkuma).

Des apprentis vietnamiens ont été envoyés illégalement sur des chantiers de décontamination ou à la centrale de Fukushima daï-ichi, sans être informés des risques encourus et sans recevoir les primes de risque. Le ministère de la justice a diligenté une enquête auprès d’un millier compagnies du bâtiment qui prennent part au programme de formation de apprentis étrangers. Il en ressort que quatre d’entre elles ont envoyé des stagiaires étrangers sur les chantiers de décontamination.

Un ancien employé d’un incinérateur de déchets radioactifs d’Iitaté accuse son employeur de ne pas l’avoir assez protégé. Il craint pour sa santé et a porté plainte.

Le dernier bilan du ministère du travail sur les violations du droit du travail à la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination est ici en anglais.

A noter que trois rapporteurs de l’ONU ont préparé un rapport qui dénonce les conditions de travail sur les chantiers de décontamination de Fukushima et à la centrale de Fukushima daï-ichi.

Zones évacuées et personnes déplacées

Le gouvernement avait introduit la limite d’évacuation la plus haute des recommandations internationales pour évacuer les populations : 20 mSv/an, même pour les bébés et les enfants qui sont plus sensibles aux radiations (voir nos explications sur les doses limites et normes). Il maintient cette même limite pour le retour alors que les recommandations internationales demandent une diminution progressive pour revenir à la limite normale qui est de 1 mSv/an.

Le rapporteur spécial de l’ONU pour les substances dangereuses, attaché au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), basé à Genève, regrette “la décision du gouvernement de lever les ordres d’évacuation et la décision des autorités préfectorales de mettre fin à l’octroi d’aides au logement [qui] font peser de fortes pressions en faveur du retour sur un grand nombre d’auto-évacués. La levée progressive des ordres d’évacuation a créé d’énormes tensions sur les personnes dont la vie a déjà été affectée par la pire catastrophe nucléaire de ce siècle. Bon nombre d’entre eux ont l’impression d’être forcés de retourner dans des zones dangereuses, y compris celles où les niveaux de rayonnement sont supérieurs à ce que le gouvernement considérait auparavant comme sûr.” Le titre du communiqué de presse est sans ambiguïté : le Japon doit cesser les retours à Fukushima, où la radioactivité demeure un sujet de préoccupation. Pour cela, il s’appuie sur l’article 24 de la convention relative aux droits de l’enfant dont le Japon est partie, qui stipule que “les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible”.

Zonage

Les derniers ordres d’évacuer ont été levés au 1er avril 2017 et il ne reste que les zones dites de retour difficile où l’accès est interdit.

Commune Date de la levée de l’ordre d’évacuation
Tamura 1er avril 2014
Kawauchi 1er octobre 2014 pour une partie, puis 14 juin 2016
Naraha 5 septembre 2015
Katsurao 12 juin 2016
Minamisôma 12 juillet 2016
Iitate village 31 mars 2017
Kawamata village 31 mars 2017
Namie town 31 mars 2017
Tomioka town 1er avril 2017

Retour des populations

En juillet 2018, le nombre officiel de personnes déplacées à Fukushima était de 44 878, dont 33 622 en dehors de la province (source). Cependant, les personnes originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les “auto-évacuées” ne sont plus prises en compte dans ce décompte, car elles ne bénéficient de plus aucune aide. Cela ne signifie pas que les personnes déplacées sont rentrées.

Le taux de retour dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés reste faible et la population totale diminue. La dépopulation des zones rurales a commencé avant la catastrophe nucléaire. Cette dernière a fortement accéléré le processus. Voici quelques chiffres par commune :

  • Namié : 896 personnes résidentes sur 17 582 habitants, soit 5% (source). Elles étaient 21 434 au 11 mars 2011 (source) ;
  • Iitaté : 1 003 résidents sur 5 685 habitants, soit 17,6% (source et page d’accès) ; Elles étaient 6 509 au 11 mars 2011 (source) ;
  • District d’Odaka à Minami-Sôma : 8 034 résidents sur 12 842 avant la catastrophe, soit 62,5% (source) ; Il n’y a que 617 enfants âgés de moins de 14 ans ;
  • Kawamata, district de Yamakiya : 334 résidents sur 858 personnes enregistrées, soit 39% (source) ;
  • Naraha : 3 641 résidents sur 6 969 personnes enregistrées, soit 52% (source et données). Elles étaient 8 011 au 11 mars 2011 (source) ;
  • Tomioka : 791 résidents sur 9 714 personnes enregistrées, soit 8,1% (source et données). Elles étaient 15 960 au 11 mars 2011 (source) ;
  • Katsurao : 280 résidents sur 1 415 personnes enregistrées, soit 20% (source). Elles étaient 1 567 au 11 mars 2011 (source).
  • Kawauchi : 2 165 résidents sur 3 038 personnes enregistrées le 11 mars 2011 (source)
  • Futaba et Ôkuma : respectivement 7 140 (source) et 11 505 (source) habitants le 11 mars 2011 et zéro retours puisque ces communes sont classées en zone dite de retour difficile.

Impact sanitaire

• Cancers de la thyroïde : L’université médicale de Fukushima effectue une campagne de dépistage par échographie des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans.

Les derniers résultats sont ici sur notre site : Au total, on arrive à 166 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 206 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. Les autorités continuent à prétendre que ce très fort excès de cancers de la thyroïde n’est pas dû à la catastrophe nucléaire.

Le bilan des campagnes de dépistage donne :

Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 130 547 116 101
Deuxième campagne 270 540 1 874 207 71 52
Troisième campagne

217 513

933 54 18 13
Quatrième campagne

25 982

7 0 0 0
Plus de 25 ans

1 989

58 3 2 0

A noter, que selon un fond de soutien, un cas de cancer de la thyroïde a échappé aux statistiques officielles (source). Selon ce même fond qui a effectué un suivi de 84 enfants ayant déclaré un cancer de la thyroïde, 8 d’entre eux ont dû subir une deuxième intervention chirurgicale après une rechute. Ils avaient entre 6 et 15 ans au moment de l’accident. Il réclame des statistiques officielles sur le nombre de rechutes.

Coût de la catastrophe

Coût total estimé

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros) et n’ont pas changé depuis. Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

La facture de la catastrophe nucléaire pourrait être de 50 000 à 70 000 milliards de yens (420 à 580 milliards d’euros), ce qui est 3 fois plus élevé que l’estimation gouvernementale, selon une étude du Japan Center for Economic Research (source).

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo.

Indemnisations

En janvier dernier, les autorités avaient déjà prêté 8 747,2 milliards de yens (70 milliards d’euros) à TEPCo pour que la compagnie puisse indemniser les victimes de la catastrophe nucléaire et cela ne suffira pas. Les intérêts sont à la charge des contribuables.

L’indemnisation du stress psychologique s’est terminée un an après l’évacuation pour les personnes originaires d’un point chaud situé au-delà des zones d’évacuation. Les habitants originaires des zones dites de retour difficile ont reçu l’équivalent de douze années d’indemnisation et pour les autres, originaires des zones où l’ordre d’évacuer a été levé, l’indemnisation s’est arrêtée au bout de 7 ans. Un adulte a reçu 1,2 million de yens par an (environ 10 000 euros). Il y a eu aussi une compensation pour la perte des biens et des revenus, qui varie d’une famille à l’autre.

De nombreuses personnes ne sont pas satisfaites par les indemnisations reçues et réclament plus. En septembre 2011, les autorités japonaises ont mis en place une commission de conciliation chargée d’arbitrer les contentieux. Ses avis ne sont pas contraignants, mais TEPCo avait alors annoncé vouloir les respecter. Mais, dans les faits, TEPCo refuse de nombreux arbitrages et la commission a clôt de nombreux dossiers non réglés : 72 entre 2013 et 2017 (tous des employés de TEPCo et leur famille), 18 en 2018 et déjà un en 2019. Le groupe le plus important qui avait saisi, en vain, cette commission est constitué de 16 000 habitants de Namié, commune qui a été entièrement évacuée.

Parc nucléaire japonais

Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon comptait 54 réacteurs de production d’électricité plus des réacteurs de recherche. Une carte datant de 2010 est disponible ici.

Actuellement, 6 réacteurs ont été détruits ou endommagés par la catastrophe nucléaire à Fukushima daï-ichi, 15 arrêtés définitivement. Le Japon ne compte donc plus que 33 réacteurs nucléaires pour la production d’électricité : 15 ont leur dossier de sûreté validé et 9 ont été remis en service.

Pour voir le détail du parc japonais, c’est par ici.

• Le surgénérateur Monju a été arrêté définitivement. Il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994. Une fuite de sodium avait entraîné son arrêt en 1995. La culture de sûreté y est défaillante (source).

• Les autorités n’ont pas encore abandonné l’usine de retraitement située à Rokkashô-mura dans la province d’Aomori dont la mise en service cumule déjà 24 années de retard depuis 1997, année de la première date de mise en service prévue (source). Le démarrage est désormais annoncé pour 2021 et le coût a été multiplié par 4.

Son dossier de sûreté est quasiment validé par l’Autorité de régulation nucléaire. Mais, même si cette usine démarre, elle devra tourner au ralenti car il n’y a pas de débouché pour le plutonium extrait. En effet, le gouvernement japonais s’est engagé récemment à ne pas en extraire plus qu’il ne pouvait en consommer.

• Faute de débouchés sur le marché intérieur, le Japon avait fait de l’exportation de sa technologie nucléaire une priorité pour sauver son industrie. Mais tous les projets de centrale nucléaire dans un pays étranger ont été abandonnés ou suspendus face aux coûts exorbitants.

• Le charbon couvre maintenant 30% de la production d’électricité au Japon et cela augmente encore. Si tous les projets aboutissent, cela devrait atteindre 40%… alors que décembre 2017 marquait les 20 ans du protocole de Kyôto. Les engagements du Japon lors de la COP21, bien que modestes, pourraient ne pas être tenus.

Selon le rapporteur spécial de l’ONU, le Japon doit stopper le retour des enfants et jeunes femmes dans les territoires contaminés

Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU pour les substances dangereuses et les déchets, a présenté son rapport devant l’assemblée générale à New York. Dans son adresse, il évoque notamment le cas des personnes déplacées de Fukushima contraintes de retourner dans des zones que le gouvernement n’aurait pas considérées comme sûres avant la catastrophe. En effet, la dose limite acceptable a été relevée de 1 à 20 mSv/an, avec des conséquences potentiellement graves pour les jeunes enfants retournant ou naissant dans les zones contaminées. 

Dans un communiqué de presse, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), basé à Genève, a choisi de mettre en avant la situation au Japon, dans les territoires contaminés par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Le rapporteur y déplore que le Japon n’ait pas tenu compte des précédentes recommandations de l’ONU. Et de rappeler ses recommandations de 2016 qui s’intéressaient particulièrement aux enfants exposés à des substances dangereuses. C’est au Japon de prouver que sa politique dans les territoires contaminés ne viole pas la convention relative aux droits de l’enfant dont il est partie, et, en particulier, l’article 24 qui stipule que “les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible”.

Le rapporteur regrette aussi dans le communiqué, “la décision du gouvernement de lever les ordres d’évacuation et la décision des autorités préfectorales de mettre fin à l’octroi d’aides au logement [qui] font peser de fortes pressions en faveur du retour sur un grand nombre d’auto-évacués. La levée progressive des ordres d’évacuation a créé d’énormes tensions sur les personnes dont la vie a déjà été affectée par la pire catastrophe nucléaire de ce siècle. Bon nombre d’entre eux ont l’impression d’être forcés de retourner dans des zones dangereuses, y compris celles où les niveaux de rayonnement sont supérieurs à ce que le gouvernement considérait auparavant comme sûr.”

Le titre du communiqué est sans ambiguïté : le Japon doit cesser les retours à Fukushima, où la radioactivité demeure un sujet de préoccupation. Évidemment, cela n’a pas plu aux autorités japonaises qui expliquent qu’il s’agit d’un point de vue partial qui pourrait heurter les populations de Fukushima. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que le gouvernement japonais est critiqué pour son non respect des droits humains.

Le rapporteur, qui avait déjà dénoncé les conditions de travail sur les chantiers de décontamination, regrette ne pas avoir été invité au Japon. Et, comme on peut le voir dans la liste des contributions reçues, ce pays n’a rien envoyé pour l’établissement du rapport 2018 sur l’exposition aux substances dangereuses.

Les rapports peuvent être trouvés ici en anglais.

Dernier bilan de la décontamination des territoires

Le ministère de l’environnement a mis en ligne son bilan régulier de l’avancement de la décontamination et de la gestion des déchets. C’est un bilan qui reste global.

Page 6, le ministère annonce toujours un nombre total de travailleurs assez irréaliste : 13,7 millions dans les territoires évacués et 18,4 millions ailleurs, ce qui fait un total supérieur à 32 millions. Il doit plutôt s’agir du nombre de contrats CDD signés.

Le budget dédié à la fin 2018 est de 2 900 milliards de yens (23 milliards d’euros) et les volumes de sols radioactifs à stocker, à la date du mois de mars 2018 est de 9,1 millions de mètres cubes pour les territoires évacués et 7,9 millions de mètres cubes pour les autres territoires contaminés, dont 7,4 millions à Fukushima. Cela fait donc un total de 17 millions de mètres cubes. Ces déchets s’entassent un peu partout.

Le ministère présente aussi, page 7, les zones de décontamination spéciales dans les territoires dits de retour difficile. Comme nous l’avons déjà rapporté, il s’agit de réhabiliter les centres des communes de Les communes de Namié, Futaba et d’Ôkuma, pour qu’elles ne soient pas déclarées abandonnées. C’est une décision purement idéologique car il n’est pas sûr que des personnes aillent s’y installer. Les prévisions de retour sont complètement irréalistes. Il s’agit aussi de zones très contaminées de Tomioka, Iitaté et Katsurao.

Pour ce qui est du centre d’entreposage intérimaire de 16 km2 situé tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, les autorités avancent dans l’acquisition ou la location des terrains. Elles seraient arrivées à 81,7% de la surface totale. Rappelons que les déchets ne officiellement là que pour 30 ans même si personne ne sait où ils iront après. Les premiers déchets sont arrivés à Futaba et Ôkuma à la fin 2017. A la fin septembre 2018, un peu moins de 500 000 m3 y auraient été entreposés, ce qui a nécessité 75 000 transports par camion (6 m3/camion). Le Japon espère arriver à 6 millions de mètres cubes en 2020.

Page 18, le ministère présente ses projets de recyclage des sols dont la contamination en césium radioactif serait passée sous la limite de 8 000 Bq/kg. Ces projets sont décriés, mais les autorités espèrent obtenir l’assentiment des riverains… Des tests sont menés à Minami-Sôma (page 19). Tout semble si propre. Mais qu’en sera-t-il dans quelques décennies quand l’utilisation de sols recyclés sera oubliée ?

Cette option est complètement illogique. Pour les déchets dangereux, il y a généralement deux solutions : les isoler de la biosphère le temps nécessaire à leur décroissance radioactive ou les disperser comme les rejets des installations pour diluer au maximum leurs effets. Ici, le Japon a d’abord concentré les déchets avant de vouloir les éparpiller sans les diluer et une tenue des ouvrages non garantie car ce ne sont pas des centres de stockage.

Page 23, le “Fukushima Eco Tech Clean Center” est présenté. Il s’agit d’un centre de stockage de déchets dangereux qui a été converti et étendu pour accueillir les déchets radioactifs (cendres…) qui ont une activité inférieure à 100 000 Bq/kg. Même si l’entrée est à Naraha, le site est sur la commune de Tomioka. Sur cette photo prise par l’ACRO, on voit Fukushima daï-ni, au fond :

 

Retour d’un éleveur à Katsurao

Tetsuji Sakuma, producteur de lait à Katsurao, a dû évacuer avec sa famille en 2011. Il est de retour 7 ans et demi plus tard pour reprendre ses activité. Le Maïnichi raconte son histoire.

Il a repris la ferme familiale à 20 ans et avait 129 vaches laitières en 2011. Il produisait du mais et de l’herbe pour leur alimentation. Sa ferme avait l’une des plus fortes productions de lait de Fukushima.

Le lait n’a plus été ramassé à partir du 11 mars, et le 14 mars 2011, il a été conseillé à toute la commune d’évacuer. Il a d’abord jeté le lait, puis a dû quitter la ferme. Quand il est revenu en mai 2018, 10 vaches étaient décédées. 25 bêtes, les plus jeunes, ont été envoyées à Hokkaïdô et le reste du cheptel est parti à l’abattoir pour de la viande.

Quand les restrictions sur la commercialisation du lait ont été levée en décembre 2016, il a réparé sa ferme et reconstruit une maison. 8 premières vaches viennent d’arriver dans la ferme et il espère reprendre la production de lait en 2019. La contamination radioactive devrait être contrôlée toutes les semaines. Son rêve est d’avoir 300 bêtes. L’article ne dit pas si le fourrage sera toujours produit localement ou pas.

Il a dû s’endetter pour remettre la ferme en service, à hauteur de 100 millions de yens (770 000 euros). Mais, il ne veut pas apparaître comme vivant des indemnités.

Sept ans et demi après la triple catastrophe

Sept ans et demi après la triple catastrophe, il reste encore officiellement environ 58 000 personnes déplacées dont 5 623 vivent toujours dans des préfabriqués, à Iwaté, Miyagi et Fukushima.

A Fukushima, il y a eu des ordres d’évacuer dans 11 communes. Ils tous été levés, sauf dans les zones qualifiées de retour difficile, présentes dans 7 communes. Là où l’ordre a été levé, le taux de retour moyen est de 20%, avec de fortes disparités.

Le gouvernement ne veut plus d’hébergement provisoire d’ici 2020 à Iwaté et Miyagi, et 2021 à Fukushima.

Le nombre officiel de décès provoqués par le séisme et tsunami est de 15 896 auxquels il faut ajouter 2 536 disparus. A la fin mars 2018, la triple catastrophe avait entraîné 3 676 décès supplémentaires provoqués par l’évacuation, dont 2 202 à Fukushima.

Cabinets médicaux et cliniques en difficulté autour dans les territoires contaminés autour de la centrale de Fukushima daï-ichi

Avant la catastrophe nucléaire, il y avait une centaine de cliniques, hôpitaux et cabinets médicaux dans les 12 communes qui entourent la centrale de Fukushima daï-ichi. Il n’y en aurait plus que 31 et 70% auraient des difficultés financières et bénéficient d’aides.

A Tomioka, par exemple, la clinique Chûo Iin reçoit 10 fois moins de patients qu’avant la catastrophe. Et les institutions médicales doivent offrir des salaires élevés pour attirer du personnel qualifié dans ces zones.

Pourtant, les services médicaux disponibles sont un des critères pris en compte par les personnes évacuées pour décider de rentrer ou pas. Et comme la population qui est rentrée est essentiellement composée de personnes âgées, il est important d’avoir une offre de soin adaptée. Mais le modèle économique doit encore être trouvé.

Objectifs de retour des populations dans les zones les plus contaminées jugés irréalistes

Après avoir levé les ordres d’évacuer dans toutes les zones évacuées à l’exception de celles classées en zone de retour difficile, le gouvernement veut aller de l’avant et décontaminer des centres dans les communes concernées afin de permettre le retour des populations, et aussi, d’un point de vue purement idéologique, ne pas perdre de commune. Il s’agira d’un habitat concentré dans un oasis décontaminé.

Les ordres d’évacuer de ces centres devraient être levés en 2022 – 2023 et les autorités ont fixé des taux de retour ambitieux pour 5 années plus tard : 2 000 personnes à Futaba et 2 600 à Ôkuma, qui sont quasiment entièrement classées en zone de retour difficile. En 2015, il y avait encore plus de 10 000 habitants enregistrés à Ôkuma, répartis sur tout le territoire national. Pour Namié, dont une grande partie du territoire est concernés, le nombre de retours attendus est de 1 500. Pour Tomioka, où les ordres d’évacuer ont déjà été levés sur une partie de la commune, c’est 1 600. Pour les districts d’Iitaté et de Katsurao concernés, les autorités attendent respectivement 180 et 80 personnes.

Le Maïnichi a interrogé 59 chefs de district concernés et 45 ont répondu. 80% d’entre eux pensent que ces chiffres sont irréalistes. Parmi les raisons invoquées : les personnes déplacées ont refait leur vie ailleurs ou la crainte de la radioactivité. Les plus optimistes comptent sur l’arrivée de nouveaux habitants venant travailler à la centrale accidentée.

Dans les zones où l’ordre d’évacuer a été levé, le taux de retour moyen est de l’ordre de 20%, avec de fortes disparités.

Fin des logements gratuits en 2020 pour les personnes originaires des zones dites de retour difficile

Les autorités régionales de Fukushima ont annoncé vouloir cesser la prise en charge du logement pour la plupart des habitants originaires des zones dites de retour difficile, où la contamination radioactive est la plus élevée. Les aides financières ont cessé en mars dernier pour les habitants originaires des autres zones contaminées, qu’elles aient été évacuées ou non, mais certains bénéficient toujours d’une aide au logement.

Selon le Maïnichi, sont concernés par la présente décision, 3 298 foyers originaires des zones de retour difficile de Katsurao, Iitaté, Tomioka et Namié. En ce qui concerne les 1 661 foyers de Futaba et Ôkuma, les deux communes qui accueillent la centrale de Fukushima daï-ichi et qui ont été les plus touchées par les retombées radioactives, les autorités vont faire des sondages avant de décider si elles continuent ou non leur soutien au-delà de mars 2020.

Par ailleurs, toujours selon le Maïnichi, l’aide au logement va cesser dès mars 2019 pour 2 389 foyers originaires de 5 communes où les ordres d’évacuer ont été levés. Elle pourrait être maintenue pour certaines personnes qui ont des besoins spécifiques.

Le Japon veut reloger toutes les victimes du tsunami d’ici 2021 à Iwaté et Miyagi

Le premier ministre japonais s’est engagé à ce que toutes les personnes déplacées par le tsunami dans les provinces d’Iwaté et Miyagi soient relogées d’ici mars 2021, pour les 10 ans de la catastrophe. A la fin juin, 62 000 personnes ne pouvaient toujours pas rentrer chez elles et 9 000 d’entre elles vivaient dans des logements provisoires.

A Fukushima, à cause de la radioactivité, cela prendra plus de temps pour les communes classées en zone de retour difficile, même si les autorités veulent rouvrir un centre décontaminé dans chaque commune. Cet “oasis” décontaminé est essentiellement symbolique et ne constitue pas une réhabilitation du territoire impacté.

Réouverture de J-Village

J-Village, le complexe sportif dédié au foot; situé sur les communes de Hirono et Naraha, avait servi de base pour les intervenants à la centrale de Fukushima daï-ichi après la catastrophe nucléaire. Les autorités veulent rendre ce complexe au sport avant les JO de 2020 à Tôkyô et un appel aux dons avait été lancé.

Un match de foot inaugural a eu lieu le 28 juillet dernier avec des équipes locales, conformément à la date d’ouverture annoncée. Un millier de spectateurs étaient présents.

Les débits de dose en deux points sont indiqués tout en bas du site Internet de J-Village :

  • 0,085 µSv/h sur le terrain n°2 ;
  • 0,126 µSv/h devant l’hôtel.

A titre de comparaison, le bruit de fond, à savoir la radioactivité naturelle avant l’accident induit un débit de dose de l’ordre de 0,04 µSv/h. 0,23 µSv/h induit une dose supplémentaire de 1 mSv/an, si l’on reste 8 h par jour dehors. Voir notre article dédié au sujet des doses et des normes.