A propos

Mis en avant

L’ACROnique de Fukushima vous propose un suivi régulier des évènements liés à la catastrophe nucléaire en cours au Japon ainsi qu’une reconstitution des évènements des premiers jours. Ce travail est effectué par l’ACRO, association dotée d’un laboratoire d’analyse de la radioactivité qui s’est beaucoup investie pour venir en aide aux populations affectées par les deux accidents majeurs qui ont eu lieu à Tchernobyl et Fukushima. Elle a notamment fortement soutenu la création d’un laboratoire similaire à Tôkyô.

L’association a aussi analysé les plans d’urgence de plusieurs pays en cas d’accident nucléaire grave.

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ACRO Tchernobyl, 30 ans après Transparence nucléaire


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Sans surprise, le gouvernement choisit le rejet en mer pour l’eau

Sans surprise, le gouvernement japonais a choisi le rejet en mer pour l’eau contaminée accumulée depuis 10 ans dans des cuves à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela faisait quelques mois voire des années qu’il procrastinait. Comme nous le rappelions dans notre bilan chiffré publié à l’occasion du dixième anniversaire de la catastrophe nucléaire, TEPCo a accumulé plus d’1,2 million de mètres cube et le stock augmente chaque jour. La place devrait commencer à manquer sur le site de la centrale en 2022. Et comme il faut 2 ans pour construire une installation de rejet et instruire le dossier d’autorisation, le calendrier est tendu.

A l’origine, les autorités voulaient laisser passer les Jeux olympiques, mais ils ont été reportés d’un an. Il y a surtout les difficultés internes puisque l’opposition au rejet est très forte localement. Aussi bien les coopératives de pêche que les élus locaux sont contre. En juin 2020, 17 communes de Fukushima avaient aussi pris position contre, tout comme l’industrie de la pêche. Même Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU depuis 2014 sur les implications pour les droits humains de la gestion et de l’élimination écologiquement correcte des substances et déchets dangereux, s’en est mêlé dans une tribune. Lors de la consultation publique, 4 011 avis ont été déposés et quasiment tous étaient opposés au rejet. 

Cette eau aurait dû être décontaminée par la station de traitement ALPS qui filtre 62 radioéléments, mais TEPCo a mal travaillé et 72% du stock a une concentration résiduelle qui dépasse les autorisations de rejet en mer. Ce n’est qu’en septembre 2018 que la compagnie l’a reconnu, lors de réunions publiques pour expliquer… le rejet en mer. Depuis, la compagnie s’est engagée à reprendre de traitement de cette eau de façon à avoir une contamination résiduelle pour ces 62 radioéléments dans les limites autorisées. Les premiers tests effectués à l’automne 2020 étaient concluants, mais ne concernaient qu’un tout petit volume. Combien de temps il faudra pour tout reprendre ? Pas de communication sur le sujet.

Officiellement, après un traitement correct, il ne resterait plus que du tritium, de l’hydrogène radioactif qui est très difficile à filtrer puisqu’il entre dans la composition de la molécule d’eau. Dans les faits, il y a d’autres radioéléments dans cette eau qui ne sont pas filtrés et qui seront rejetés, comme TEPCo l’a reconnu très récemment : c’est le cas notamment du carbone-14 et du technétium-99. Ils seront rajoutés au bilan des éléments rejetés pour vérifier la conformité avec les autorisations de rejet.

En ce qui concerne le tritium, qui est le radioélément le plus abondant dans l’eau après traitement, le stock s’élèverait à 860 TBq dans les cuves ce qui est largement plus que la limite annuelle de rejet fixée à 22 TBq. TEPCo veut donc étaler ses rejets sur une trentaine d’années pour respecter cette limite. Il y a encore du tritium dans les combustibles usés et dans les sous-sols des réacteurs. Le rejet pourrait donc prendre plus longtemps. Un des arguments avancés pour le rejet en mer est la fragilité des cuves en cas de séisme, mais même avec rejet, il faudra qu’elles tiennent des décennies. 

Du tritium des nappes phréatiques s’écoule en mer actuellement, soit directement, soit via les pompages mis en place par TEPCo. En amont des réacteurs, au pied des cuves, le but est de réduire les flux afin de limiter les infiltrations dans les sous-sols des réacteurs. En aval, le but est de réduire les rejets radioactifs en mer.  Le niveau de contamination résiduelle est évalué avant rejet. Est-ce que ces rejets seront pris en compte dans le total ?

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Orano de La Hague est, pour le seul tritium, de 18 500 TBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11 400 et 13 200 TBq par an. Le stock dans les cuves représente environ un mois de rejet à La Hague… Le Japon ne pouvait pas reculer sur le rejet en mer, car il veut toujours démarrer sa propre usine de retraitement, à Rokkashô-mura, même si elle a déjà accumulé 25 années de retard. La valeur cible pour les rejets en tritium y est de 9 700 TBq par an (source).

A noter que la limite de 22 TBq/an pour les rejets en mer à Fukushima est inférieure à l’autorisation de rejet des installations françaises le long de la Loire. Pour Chinon, par exemple, la limite de rejet dans le fleuve est de 80 TBq/an (source). Et ce tritium se retrouve dans l’eau du robinet en aval, comme l’a montré l’ACRO

Par ailleurs, la concentration moyenne en tritium dans les cuves est de 730 000 Bq/L et dépasse donc la concentration maximale autorisée pour les rejets en mer, qui est de 60 000 Bq/L. TEPCo va donc diluer cette eau avant rejet de façon à avoir une concentration inférieure à 1 500 Bq/L. C’est cette limite qui est utilisée actuellement pour l’eau des nappes phréatiques car le tritium n’est pas le seul radioélément contaminant.

La contamination résiduelle avant rejet n’est pas bien connue et aucun contrôle indépendant n’est prévu pour le moment. Aucune étude d’impact détaillée du rejet n’a été produite en dix ans et encore moins discutée. Il faut croire TEPCo et les autorités sur parole. La défiance de la population et des pêcheurs est donc légitime. Le communiqué de TEPCo sur la décision gouvernementale est un modèle de langue de bois qui ne répond à aucune des inquiétudes. Le seul impact négatif reconnu est sur la réputation (les fameuses “rumeurs néfastes”) que la compagnie s’engage à indemniser… Mettre en ligne une photo de l’eau décontaminée ne suffira pas !

Les autorités ne sont pas en reste. L’agence de la reconstruction a lancé une campagne d'”information”, à quelques millions de yens, avec le tritium, représenté comme un personnage à l’apparence inoffensive, pour lutter contre les “rumeurs néfastes” :

Il fallait oser ! Encore plus débilisant que la plante en pot du ministère de l’environnement avec de la terre radioactive mise en avant il y a un an. Mais, devant le tollé, l’agence de la reconstruction a dû retirer ses vidéo et plaquette de son site Internet, selon le Japan Times (voir le communiqué en japonais). C’est pour se laisser le temps de préparer cette campagne que le gouvernement a tant tardé à décider ?

Mise à jour du 22 avril 2021 :

La plaquette d'”information” (copie) a été rééditée et le tritium est désormais représenté par un T cerclé…

Avant :

Après :

Denstu, la principale agence de communication du Japon, très proche du parti libéral démocrate, au pouvoir, s’est surpassée ! Son slogan : “Champions for meaningful progress” (sic).

La reprise en main des conclusions du projet de recherche Shinrai continue à l’IRSN

En septembre 2020, l’ACRO avait démissionné du Comité d’orientation des recherches de l’IRSN suite au licenciement de Christine Fassert, une chercheuse en sciences humaines, spécialiste des risques, qui travaillait sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima. Officiellement, l’Institut lui reproche un « comportement inadapté » et une « insubordination récurrente avec défiance vis-à-vis de sa hiérarchie ». En cause, les conclusions de son programme de recherche Shinraï (qui signifie confiance en japonais) mené en partenariat avec Sciences Po et l’université Tôkyô Tech.

Dans une tribune parue le 6 janvier dernier dans Le Monde, des chercheurs en sciences sociales et le président de l’ACRO rejettent la qualification d’« insubordination ». En effet, comme ils expliquent :

Pendant plusieurs années, Christine Fassert a fait face à des obstructions de la part de sa hiérarchie pour engager et mener à bien ses projets […]. Son travail de recherche fut à maintes reprises remis en cause par des interventions directes de sa hiérarchie, laquelle a, dans les derniers temps, dressé des obstacles à la publicisation de ses résultats.

Fin 2019, à l’issue d’un programme collectif de recherche lancé en 2014 et financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR), Christine Fassert était sur le point de publier un article s’appuyant sur des entretiens avec des contre-experts et sur l’examen des auditions du rapport dit Pompili. La publication comme sa présentation au colloque de clôture de l’ANR ont été bloquées par sa hiérarchie, au motif que ce travail révélait un parti pris.

Quelques mois plus tard, un article commandé pour un volume spécial de la revue scientifique et technique Les Annales des Mines a connu le même sort, au motif qu’« il mettait en défaut l’expertise institutionnelle [de l’IRSN] par rapport à la contre-expertise ». Moyennant une enquête de terrain de longue date, l’article conclut que « pour certains citoyens [japonais], les contre-experts ont été considérés comme les seuls acteurs prenant en compte leurs intérêts – et, au-delà de leurs intérêts, leur vulnérabilité – dans une situation de risque ». Cette conclusion est accusée de promouvoir la seule contre-expertise, qui est, de fait, essentielle dans l’amélioration du contrôle des risques radioactifs et donc de la protection de l’environnement et de la santé publique.

Dans les deux cas, Christine Fassert s’est donc vu reprocher d’avoir trahi « le point de vue institutionnel de l’IRSN ». Elle aurait dû employer systématiquement les formules et concepts préférés de son institution, de « l’amélioration continue de la sûreté » à « l’ouverture à la société », en passant par le « dialogue technique ».

Une fois Christine Fassert chassée, la route est libre et son supérieur hiérarchique direct peut s’approprier le programme de recherche Shinraï dans un séminaire interne de l’ASN programmé le jeudi 15 avril 2021 à 13h30. Le résumé de l’intervention diffusé en interne met en avant

une enquête approfondie menée auprès :

  • d’habitants de la préfecture de Fukushima (plus de 120 entretiens avec des habitants de retour dans leur ville d’origine après les levées d’ordre d’évacuation par le gouvernement, mais aussi habitants qui ont évacué dans des lieux parfois éloignés de Fukushima (Kyoto, Nagasaki, …),
  • de représentants des autorités nationales et locales, afin de comprendre les processus conduisant aux décisions de levée des ordres d’évacuation des populations après décontamination,
  • et d’associations et de « contre-experts », notamment « anti-nucléaires », qui ont joué un rôle important d’information et de soutien auprès des populations.

Ce travail a entièrement été effectué par Christine Fassert et ses collègues de Sciences Po et de l’université Tôkyô Tech, sans son supérieur hiérarchique, impliqué dans d’autres thématiques ! On peut s’attendre à ce que les conclusions présentées seront plus conformes à l’idéologie dominante en termes de gestion post-accidentelle…

Décontamination des territoires évacués : quel bilan ?

A Tchernobyl, les autorités soviétiques ont abandonné de vastes territoires et le réacteur accidenté. L’Europe a financé la construction d’une arche gigantesque destinée à limiter l’impact d’un effondrement dans le bâtiment réacteur pendant au moins un siècle. Des centaines de travailleurs interviennent toujours dans la zone, chaque jour et la pollution radioactive continue de se disséminer. La Pripyat, qui traverse la zone d’exclusion, déverse la pollution radioactive dans le Dniepr qui sert à l’alimentation en eau potable de Kiev et à l’irrigation des cultures de toute la plaine jusqu’à la Mer Noire. Les épisodes réguliers d’inondation provoquent des pics de contamination de l’eau et le projet dément de voie navigable transeuropéenne E40 devrait aggraver l’impact radiologique, comme l’ACRO l’a montré.

A l’inverse, les autorités japonaises se sont lancées dans une politique de reconquête totale : les réacteurs accidentés vont être démantelés et les territoires contaminés rendus à leurs habitants. Et donc un vaste programme de décontamination a été lancé. Même pour les zones dites de retour difficile, des oasis décontaminés seront créés pour que les communes les plus affectées ne soient pas rayées de la carte. Il est important de garder à l’esprit que seules les zones habitées et agricoles ont été décontaminées. Ni les forêts, ni les montagnes, qui couvrent environ 70% de la province de Fukushima, ne le seront. Malgré ces restrictions, les travaux auraient déjà coûté 5 600 milliards de yens (43 milliards d’euros au cours actuel) pour un faible taux de retour des populations dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés, comme on peut le lire dans le bilan chiffré effectué pour le 10ème anniversaire. Parmi les raisons invoquées pour ne pas revenir, il y a la contamination résiduelle qui est trop élevée.

Dans les zones évacuées, c’est le ministère de l’environnement qui a la responsabilité des travaux et, selon cet article du Japan Times, il n’a pas l’habitude de mener à bien de grands projets. Il a donc chargé des majors du BTP de coordonner les travaux, sans véritable contrôle. Ce type de travail génère normalement une marge bénéficiaire de 5 %, mais dans ce cas, elle était d’environ 10 %. En conséquence, il y a eu des détournements de fonds car le ministère de l’environnement manquait de personnel pour contrôler. Et le gouvernement a toujours refusé de lui allouer plus de contrôleurs, sous prétexte que la décontamination n’était qu’un projet à court terme.

Toujours selon le Japan Times, le ministère avait prévu de ne construire que deux incinérateurs pour brûler les déchets organiques, mais les autorités locales ont déclaré qu’elles n’autoriseraient l’incinération que des déchets collectés à l’intérieur de leurs frontières, si bien que le ministère a fini par construire 16 incinérateurs dans la seule province de Fukushima (lire notre reportage sur le sujet). Et bien qu’ils aient été construits pour durer 20 ans, la moitié d’entre eux ont depuis été démantelés afin d’apaiser les inquiétudes locales, de sorte que dans de nombreuses régions, les travaux n’ont pas été achevés. Ainsi, le coût de l’incinération des déchets a fini par être plus de cinq fois supérieur à l’estimation initiale.

Quant aux sols contaminés, qui ne peuvent pas être incinérés, ils sont transportés vers un site d’entreposage de 16 km2 tout autour de la centrale accidentée, situé sur les communes de Futaba et d’Ôkuma. Ces déchets doivent être retirés du centre d’entreposage avant 2045, selon la loi, car le gouvernement a promis que tout le monde pourrait rentrer, à condition de vivre assez longtemps… Le stock de déchets attendu sur le site d’entreposage est de 14 millions de mètres cube. Difficile de trouver un ou plusieurs sites définitifs en dehors de Fukushima, comme prévu par la loi. Le gouvernement veut donc “recycler” 80% environ de ce stock, quand la contamination en césium-137 sera passée sous le seuil de 8 000 Bq/kg, en utilisant ces sols pour la construction de routes, digues, etc…

Après avoir dépensé des milliards d’euros pour collecter cette pollution et la rassembler sur un site unique, les autorités japonaises vont donc dépenser des milliards en plus pour la redisperser. Drôle de logique !

Le gouvernement devrait publier d’ici mars 2025 des directives sur les sites où ces sols peuvent être utilisés et sur la manière de les gérer. En revanche, il n’a fait aucune mention du processus de sélection des sites candidats pour le stockage définitif des 20% les plus contaminés, sous le prétexte que l’on ne connaît toujours pas les quantités exactes.

Des expériences sont en cours sur l’utilisation des terres radioactives. C’est le cas notamment dans le district de Nagadoro d’Iitaté, qui est toujours classé en zone de retour difficile. Selon le Maïnichi, 430 000 tonnes de sols radioactifs devraient y être étendus sur 34 ha de terres agricoles. Depuis 2018, le ministère de l’environnement y mène aussi des expériences sur la réhabilitation de l’agriculture en y plantant des légumes, des fleurs et des céréales. Jusqu’à maintenant les céréales étaient détruites, mais le gouvernement envisage de les mettre sur le marché car la contamination est inférieure à la limite maximale admissible, fixée à 100 Bq/kg.

Ailleurs, la réutilisation des sols contaminés n’est pas gagnée puisque, comme le souligne l’Asahi qui a interrogé les gouverneurs, aucune autre province du Japon n’accepte pour le moment. Les gouverneurs de Yamagata, Yamanashi, Nagasaki, Kagoshima et Okinawa sont contre toute réutilisation sur leur territoire. Le gouverneur de Shizuoka y est opposé pour les terrains agricoles et celui de Shiga pour la construction de routes. Tous les autres gouverneurs sont restés prudents, invoquant des doutes sur la sécurité du sol ou préférant ne pas répondre…

Huit gouverneurs ont rejeté l’idée d’accueillir le centre de stockage définitif. Les autres n’ont pas voulu se prononcer, au prétexte que le processus de sélection du site n’est pas connu.

Suite au séisme du 13 février dernier, TEPCo doit injecter plus d’eau dans le réacteur n°1

Le fort séisme qui avait secoué le nord-est du Japon, le 13 février dernier, a entraîné une baisse du niveau de l’eau et de la pression dans les réacteurs 1 et 3, comme nous l’avons déjà rapporté. TEPCo a suspendu ses travaux dans les tranches 1, 2 et 3 et a suivi de près les niveaux d’eau et de pression.

Dans un bilan diffusé le 18 mars dernier, la compagnie a annoncé que le niveau d’eau dans le réacteur n°1 baissait finalement moins vite. Elle avait anticipé que le niveau passerait sous le seuil critique L2 vers le 5 mars et qu’elle serait alors obligée d’injecter plus d’eau. Mais, au 18 mars, la jauge en L2 était toujours noyée. Le réacteur n°3, quant à lui, serait stable.

Comme TEPCo n’a pas noté d’évolution notoire pendant un mois, elle va reprendre graduellement les travaux. Elle doit, notamment, envoyer un robot inspecter l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°1. Pour cela, elle prévoit d’injecter plus d’eau dans ce réacteur pendant 7 à 10 jours afin d’élever le niveau et vérifier sa stabilité. Ces tests sont prévus fin mars. Elle pourrait devoir en faire de même lors de l’inspection, afin de faciliter les mouvements du robot.

Dans une autre note d’information publiée le 19 mars, TEPCo annonce avoir réparé les sismographes du réacteur n°3 qui étaient en panne depuis plusieurs mois. Ils n’avaient donc pas enregistré le séisme du 13 février dernier…

Le 22 mars 2021 à 20h24, le niveau dans le réacteur 1 est passé sous le niveau L2. TEPCo a immédiatement augmenté le volume d’eau injectée de 3,3 m3/h à environ 4 m3/h. Le niveau d’eau serait repassé au dessus de la jauge L2 à 3h57 le lendemain, selon une note d’information en anglais publiée le 25 mars. Comme l’eau de refroidissement est pompée et filtrée avant d’être réinjectée, cela ne devrait pas entraîner une augmentation des stocks d’eau.

TEPCo pense que ce sont les fissures existantes qui se sont élargies et qu’il n’y en a pas de nouvelles. Voici un schéma avec la localisation des deux systèmes d’injection d’eau pour les réacteurs 1 et 3 et des fuites :

D’autres schémas indiquent plus précisément la localisation supposée des fuites dans le document mis en ligne. Il y a aussi la contamination de l’eau qui s’est enfouie dans les sous-sols des bâtiments réacteur. Pour les tranches 1 et 2, la contamination en césium-137 est de l’ordre de 30 000 Bq/L, et de l’ordre de 10 000 Bq/L pour la tranche n°3. Les concentrations en strontium-90 sont légèrement inférieures.

TEPCo interdite d’exploiter une centrale nucléaire à cause de failles dans la sécurité

L’Autorité de régulation nucléaire du Japon vient d’interdire à TEPCo tout redémarrage de réacteur à sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa à cause de sérieuses failles dans la sécurité de l’installation. La compagnie doit remettre une analyse des failles détectées et une réponse dans les six mois, avec l’aide d’un tiers. L’instruction du dossier et les inspections devraient prendre plus d’un an. Pas de remise en service d’ici là. Il s’agit donc d’un revers sérieux pour la compagnie.

La décision disciplinaire est effective dès maintenant et interdit à TEPCo de transporter du combustible nucléaire vers sa centrale et de le charger dans ses réacteurs, tous à l’arrêt, car l’accès à la centrale n’est pas suffisamment sécurisé.

Le 20 septembre 2020, un employé a pu pénétrer dans la salle de contrôle d’un des réacteurs en utilisant la carte d’accès d’une autre personne. Comme il ne trouvait plus sa carte, il a simplement pris celle d’un collègue, à son insu. Les gardiens ont soupçonné un problème mais ne l’ont pas empêché d’entrer. Le lendemain, quand le vrai propriétaire de la carte d’accès a essayé d’entrer, le système lui a refusé l’accès. Le même gardien a compris l’erreur de la veille et a alerté sa hiérarchie. Lire le communiqué en anglais de TEPCo à ce sujet et une première analyse des failles.

TEPCo a signalé l’incident au secrétariat de l’autorité de régulation nucléaire dès le lendemain, le 21 septembre 2020, mais ce dernier n’a pas jugé que c’était suffisamment grave pour être signalé aux commissaires avant janvier 2021, selon l’Asahi. Ainsi, quand, le 23 septembre 2020, les commissaires ont estimé que la compagnie était apte à exploiter une centrale nucléaire, ils ne savaient rien de ce problème d’accès qui en dit long sur la culture de sûreté et de sécurité chez TEPCo.

Le 27 janvier 2021, un sous-traitant a, par inadvertance, cassé un appareil de détection des intrusions. L’incident a été signalé à l’autorité de régulation nucléaire et TEPCo a dû reconnaître que les systèmes de contrôle étaient défaillants en 15 points d’accès depuis au moins mars 2020. Et pour 10 d’entre eux, les défaillances ont duré pendant plus de 30 jours supplémentaires. Mais, la compagnie a prétendu avoir remédié au problème grâce à des mesures compensatoires. Lors d’une inspection surprise, tard le soir, un jour férié de février, l’autorité de régulation nucléaire a découvert que ces mesures étaient inefficaces et que le personnel en charge de la sécurité le savait. Les autorités ne veulent pas en dire plus sur les problèmes relevés, pour ne pas faciliter l’accès au site, mais elles ont classé les atteintes à la sécurité au niveau le plus élevé, qui est le rouge. Les investigations continuent.

Pour en savoir plus sur les évènements, lire un premier communiqué en anglais de TEPCo, daté du 16 mars 2021, et le document attaché. Dans un autre communiqué, daté du 18 mars, TEPCo ne conteste pas le classement de la faille de sécurité au plus haut niveau.

Même le premier ministre a fortement critiqué la compagnie, mettant en doute sa capacité à exploiter une centrale nucléaire. Et dire qu’en septembre dernier, l’Autorité de régulation nucléaire s’était déclarée satisfaite des engagements de TEPCo et l’avait jugée apte, malgré l’accident grave à la centrale de Fukushima daï-ichi.

Le dossier de sûreté des réacteurs 6 et 7 avait été validé par l’autorité de régulation en septembre 2017 et TEPCo compte beaucoup sur leur remise en service, même si les autorités locales s’y opposent. TEPCo espérait tout de même redémarrer la tranche 7 en juin 2021. En avril 2017, la compagnie annonçait vouloir relancer quatre tranches entre 2019 et 2021… Les réacteurs 2, 3 et 4 de cette centrale sont arrêtés depuis 2007, après un séisme de magnitude élevée.

110ème versement financier pour TEPCo qui a reçu plus de 10 000 milliards de yens prêtés sans intérêt

TEPCo annonce avoir reçu le 110ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 273,2 milliards de yens (2,1 milliards d’euros au cours actuel), ce qui est beaucoup plus que d’habitude. Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo a reçu un total de 10 007 milliards de yens (toujours 76 milliards d’euros au cours actuel, car le yen baisse) et cela ne suffira pas. La compagnie vient donc de franchir la barre symbolique des 10 000 milliards de yens !

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 716,4 milliards de yens (75,3 milliards d’euros).

Cérémonie de fin d’année pour le seul et dernier élève de l’école élémentaire de Tsushima

L’école élémentaire de Tsushima, un district de Namié, n’avait plus qu’un seul élève qui va passer au collège. Ils étaient 58 en mars 2011, quand l’accident nucléaire a eu lieu et que tout le monde a dû évacuer. La cérémonie de fin d’année vient d’avoir lieu, selon l’Asahi, dans une ambiance intime. C’est la dernière.

Tsushima était un hameau de montagne avec 1 500 âmes avant la catastrophe nucléaire, situé à une trentaine de kilomètre de la centrale de Fukushima daï-ichi. C’est là qu’une partie des habitants de Namié ont été évacués dans l’urgence, en mars 2011. Le site était sous les retombées radioactives et les déplacés ont été plus exposés que s’ils étaient restés chez eux. Cet épisode est un des évènements marquant de l’évacuation chaotique. Le district a aussi été évacué par la suite, et est toujours interdit d’accès, car classé en zone de retour difficile. 

L’école a rouvert dans les environs de Nihonmatsu, au bout de trois ans, avec une vingtaine d’élèves. Le nombre n’a cessé de décliner depuis et Yoshito Sudo était le seul élève cette année scolaire. Sept enseignants et personnels s’occupaient de lui. Des personnes déplacées donnaient un coup de main de temps en temps, pour entretenir l’école ou lors d’évènements.

L’école va fermer avec le départ de Yoshito Sudo vers un collège de la ville de Fukushima, proche de son domicile actuel.

Rejet de l’eau contaminée dans l’océan : le Japon va demander l’aide de l’AIEA

Le Japon s’est finalement décidé à accepter la proposition de l’AIEA à l’aider à faciliter le rejet dans l’océan de l’eau partiellement décontaminée qui s’accumule à la centrale de Fukushima daï-ichi. Le ministre de l’industrie a demandé à l’Agence de l’ONU d’évaluer, de manière “scientifique et objective”, l’impact du rejet et d’informer le monde des résultats obtenus.

Au tout début de la catastrophe, l’AIEA n’avait rien trouvé à redire quand le Japon avait initialement fixé le niveau de la catastrophe en cours à 5 sur l’échelle internationale INES qui en compte 7. Elle n’avait transmis aucune information pertinente, se contentant de relayer la parole des autorités japonaises. Son rapport de 2020 sur l’eau contaminé ne faisait qu’avaliser tout ce que propose le gouvernement japonais sans apporter de proposition. L’AIEA ne proposait même pas l’idée de faire des analyses indépendantes.

Le gouvernement japonais a demandé à l’AIEA d’évaluer les méthodes, la gestion et les installations avant le rejet, et qu’ils assurent le contrôle de la qualité et la surveillance de l’environnement une fois les rejets commencés. Pas un mot, semble-t-il, sur le fait que 72% du stock n’ait pas été traité correctement et qu’il faudra le reprendre.    

Bon, même si rien n’est encore officiellement annoncé, c’est un pas de plus du gouvernement vers le rejet en mer. Il a pris beaucoup de retard car la place va manquer en 2022 et il faut du temps pour construire les installations de rejet. A moins que les travaux aient déjà commencé.

Pour un point sur l’eau contaminée, lire notre dernier bilan chiffré de la catastrophe nucléaire.

Fort séisme dans le Nord-Est du Japon

Un nouveau séisme, de magnitude 6,9 a frappé le Nord-Est du Japon, le 20 mars à 18h09, heure locale, avec une alerte au tsunami pouvant atteindre un mètre qui a été levée 90 minutes plus tard. Il n’y a pas eu de gros dommages, mais plusieurs personnes ont été blessées. L’épicentre était au large de la province de Miyagi, à 54 km de profondeur et à 20 km de la côte. Aucune anomalie n’aurait été détectée dans les installations nucléaires de la région. Lire le communiqué en anglais de TEPCo pour Fukushima daï-ichi.

Comme le séisme du 13 février dernier, il s’agirait d’une réplique de celui du 11 mars 2011.

Décisions de justice concernant l’exploitation de centrales nucléaires

Alors que le tribunal de Mito suspend la remise en service de Tôkaï-2, la haute cour de Hiroshima autorise finalement l’exploitation d’Ikata-3, après l’avoir arrêté en janvier 2020. Pour Tôkaï, qui a la plus forte densité de population à proximité, c’est l’absence de plan d’évacuation réaliste qui justifie la décision de la justice.

Le tribunal de Mito a jugé que l’absence de plan d’évacuation pour une grande partie des 940 000 habitants dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Tôkaï, était rédhibitoire. Et même pour les 5 communes qui ont un plan d’évacuation, la justice a estimé qu’ils étaient irréalistes. La principale difficulté pour les 9 autres communes, qui n’ont pas de plan, c’est de trouver des moyens de transport pour prendre en charge l’évacuation des personnes vulnérables, en supposant que la plupart des habitants partiront par leurs propres moyens. Les autorités provinciales estiment à 20 000 le nombre de personnes à prendre en charge en cas d’évacuation, ce qui nécessiterait de 400 à 500 bus. 

La justice a aussi estimé que si tout le monde part en même temps, cela va engendrer des embouteillages monstres qui vont entraver l’évacuation. Pour la capitale régionale, Mito, il y a aussi la difficulté de trouver des hébergements d’urgence pour les 270 000 habitants. La commune a trouvé une quarantaine de refuges répartis sur de grandes distances, mais elle doit encore préparer la répartition des personnes déplacées. Le tribunal a trouvé les plans d’urgence inadapté en cas de catastrophe naturelle simultanée. Comment se mettre à l’abri si sa maison est détruite ? Par où évacuer si des routes sont impraticables ? 

C’est la première fois que la justice japonaise suspend l’exploitation d’un réacteur nucléaire à cause des plans d’évacuation inadaptés. Cela pourrait faire jurisprudence. Japan Power Electric Co., l’exploitant de la centrale de Tôkaï, située dans la province d’Ibaraki, espérait pouvoir relancer son vieux réacteur en décembre 2022, une fois les travaux de renforcement de la sûreté terminés. Il va donc faire appel. Les 224 plaignants aussi, car toutes leurs revendications n’ont pas été retenues par la justice. Pour eux, l’exploitant a sous-estimé les risques sismiques et de tsunami et sur-estimé la résistance du bâtiment. Ils ont été déboutés sur ces derniers points.

C’est la huitième fois depuis la catastrophe de Fukushima qu’un tribunal interdit l’exploitation d’une centrale nucléaire au Japon. Les tribunaux portent un regard de plus en plus sévère sur la question.

Le réacteur Ikata-3, exploité par Shikoku Electric, avait été suspendu suite à une plainte de riverains. Etaient en jeu, une faille sismique qui passe à proximité et le risque volcanique lié au mont Also, situé à quelques 150 km. En validant les arguments de l’exploitant et en demandant aux plaignants de prouver leurs accusations, la Haute cour a inversé la charge de la preuve. Les plaignants peuvent encore saisir la Cour suprême.

Ikata-3 ne redémarrera pas tout de suite car il faut d’abord terminer les travaux de renforcement des protections contre le terrorisme. L’exploitant table pour la fin octobre 2021.

Le 12 mars dernier, le tribunal régional de Saga a refusé l’arrêt des réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire de Genkaï réclamé par des plaignants de la région. Il a aussi refusé d’annuler l’autorisation d’exploitation délivrée par le gouvernement. La cour a estimé que le nouveau référentiel de sûreté était suffisamment strict. Le principal point de contentieux concernait la résistance des installations aux séismes et était attendu avec intérêt suite à la décision d’un tribunal d’Ôsaka, en décembre dernier, d’annuler l’autorisation accordée par l’Autorité de régulation nucléaire de remettre en service les réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôï située dans la province de Fukui. Le gouvernement a fait appel et cette décision n’est pas suspensive.

La tranche n°3 de la centrale de Genkaï, exploitée par Kyûshû Electric, est l’un des quatre réacteurs japonais à utiliser du combustible MOx. Les plaignants devraient faire appel de ces deux décisions.