A propos

Mis en avant

L’ACROnique de Fukushima vous propose un suivi quotidien des évènements liés à la catastrophe nucléaire en cours au Japon ainsi qu’une reconstitution des évènements des premiers jours. Ce travail est effectué par l’ACRO, association dotée d’un laboratoire d’analyse de la radioactivité qui s’est beaucoup investie pour venir en aide aux populations affectées par les deux accidents majeurs qui ont eu lieu à Tchernobyl et Fukushima.

L’association a aussi analysé les plans d’urgence de plusieurs pays en cas d’accident nucléaire grave.

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Révision des recommandations de la CIPR après un accident grave

Mise à jour : la consultation de la CIPR est ouverte jusqu’au 20 septembre 2019.
Le billet ci-dessous a été initialement publié le 31 mai 2019.

La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) est une organisation non gouvernementale internationale qui émet des recommandations concernant l’exposition aux rayonnements ionisants. La quasi-totalité des réglementations et normes internationales et des réglementations nationales en radioprotection reposent sur ces recommandations.

Suite à la catastrophe de Fukushima, elle a mis en place un groupe de travail pour réviser ses recommandations (Task group 93). Peu d’information est disponible alors que cela intéresse toutes les personnes exposées dans les territoires fortement pollués par la radioactivité, comme autour de Kychtym, Tchernobyl ou Fukushima daï-ichi. Les seules communications sont destinées aux experts. En cherchant bien sur Internet, on trouve ce résumé donné à une conférence (lien direct, copie), ainsi que la présentation faite (lien direct, copie). La même personne a fait une autre présentation plus récente, à une autre conférence (ConRad), sans que rien ne soit disponible en ligne. Mais l’ACRO a reçu le catalogue des résumés.

Pour ce qui est de la révision des recommandations de la CIPR, l’application des principes de justification et d’optimisation reste assez abscons. Rien de bien concret n’est donné dans les résumés. La présentation (lien direct, copie) donne clairement l’orientation générale des changements envisagés : éviter les évacuations, puis autoriser les populations à rester à long terme dans les territoires contaminés. Cela est présenté sous la forme “faire plus de bien que de mal”. Mais les “dialogues de la CIPR” menés à Fukushima n’ont concerné que quelques personnes qui n’ont pas quitté Fukushima, sans prendre en compte l’avis des personnes qui sont parties et ne souhaitent pas rentrer. Les leçons sont forcément biaisées.

La CIPR envisage aussi une modification des niveaux de référence qui ne sont pas “compris et acceptés”. Durant la phase d’urgence, la recommandation actuelle propose un intervalle allant de 20 à 100 mSv pour les niveaux de référence. Le groupe de travail 93 propose de ne plus mettre de limite inférieure : le niveau de référence pour les sauveteurs et les populations serait alors inférieur à 100 mSv pendant la phase d’urgence ou sur un an. Une fois l’urgence terminée, s’il y a une contamination rémanente, la CIPR parle de “situation existante”. La recommandation actuelle propose un intervalle allant de 1 à 20 mSv par an, avec un retour à 1 mSv par an, sans pour autant donner de calendrier. Le groupe de travail 93 propose de limiter à 10 mSv/an les niveaux de référence, avec un retour progressif à 1 mSv/an, sans plus de précision sur la vitesse à laquelle doit se faire ce retour.

Il s’agit d’un progrès, mais ce n’est pas assez contraignant : le Japon s’est bien engagé à un retour à 1 mSv/an, mais à long terme, sans préciser ce qu’il entend par long terme. Pour le moment, plus de huit ans après la catastrophe, il s’accroche à sa limite de 20 mSv/an qui n’est pas acceptée par une grande partie de la population. Le taux de retour moyen dans les territoires où les ordres d’évacuer ont été levés est de 23% seulement (voir notre bilan chiffré pour le huitième anniversaire). En plus d’une dose limite annuelle, il faut vraiment introduire une dose limite sur la vie ou sur 50 ans. Les Etats-Unis limitent la dose à 50 mSv sur 50 ans en plus de la limite annuelle. Cela permettrait aux personnes âgées de rentrer chez elles si elles le souhaitent, tout en protégeant les enfants. L’ACRO avait milité pour une telle approche lors de la transposition des règles européennes dans le droit français. En vain.

Le groupe de travail 93 insiste aussi sur la prise en charge par les populations de leur radioprotection pour apprendre à vivre en territoire contaminé. Cela peut être une solution pour les personnes qui veulent rentrer ou rester en territoire contaminé, mais cela ne peut être en aucun cas une contrainte imposée aux populations pour les pousser à rentrer.

La présentation se termine par la phrase habituelle, “engager les parties-prenantes”, sans que la CIPR ne se l’applique à elle-même !

Les recommandations actuelles de la CIPR sont ici en français.

La conférence ConRad qui a eu lieu à Bonn ce mois-ci incluait une session complète sur la vie en territoire contaminé comme le montre le catalogue des résumés. Certains en sont encore à présenter les expériences menées il y a plus de 10 ans dans les environs Tchernobyl, comme s’il n’y avait rien eu de neuf depuis. Et surtout, il y a eu le professeur Yamashita, célèbre au Japon pour avoir déclaré qu’il fallait sourire et ne pas craindre les radiations car les principaux effets étaient psychologiques…

Quand est-ce que tous ces groupes de travail et programmes de recherche vont prendre en compte les préoccupations des populations exposées ?

Déchets radioactifs issus d’un accident grave : cahier d’acteur de l’ACRO pour le débat sur le PNGMDR

Du 17 avril au 25 septembre 2019 a lieu en France un grand débat sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) organisé par la Commission Nationale de Débat Public. C’est la première fois que ce plan est soumis au débat, bien qu’il en soit à sa cinquième édition. Outre des réunions publiques organisées dans plusieurs villes en France, on peut s’informer et contribuer via le site Internet dédié :
https://pngmdr.debatpublic.fr/

L’ACRO a déjà soumis deux cahiers d’acteurs :

Le Japon vise la neutralité carbone après 2050

Poussé à présenter son plan climat, le Japon va annoncer qu’il vise la neutralité carbone après 2050, bien trop tard par rapport défi climatique. Il ne dit pas quand il fermera ses nombreuses centrales à charbon, dont certaines sont encore à construire, et il maintient un plan d’approvisionnement électrique irréaliste avec 20 à 22% d’énergie nucléaire d’ici 2030. Il n’y arrivera pas avec le parc actuel, avec à peine 9 réacteurs remis en service.

Pour vanter l’énergie nucléaire et préparer les JO de 2020, le premier ministre japonais s’est rendu le 14 avril dernier à la centrale de Fukushima daï-ichi où il s’est fait prendre en photo sans habits de protection. Le débit de dose au point d’observation où a été prise la photo est de 0,1 mSv/h quand la limite est de 1 mSv en un an. Il n’y est resté que 6 minutes, selon l’Asahi, alors que les travailleurs passent des heures et des jours sur le site. Rappelons qu’en 2013, il avait déclaré, devant le comité olympique, que la situation était sous contrôle. Elle doit être plus sous contrôle actuellement…

D’un autre côté, le gouvernement veut supprimer, dès 2020, les tarifs de rachat avantageux introduit en 2012 pour soutenir le développement des énergies renouvelables. Selon le Maïnichi, les distributeurs d’électricité pourraient ne plus être obligés de racheter cette électricité d’origine renouvelable. Rappelons que le ministère de l’industrie veut introduire des subventions à l’énergie nucléaire.

Bref, pour le climat, le gouvernement s’en tient à des annonces seulement et il fait tout pour soutenir le développement du nucléaire, même s’il est loin de pouvoir réaliser ses rêves. Cette attitude, qui nie les faits, est complètement irresponsable.

Confirmation de l’arrêt de la centrale de Sendaï en 2020 pour retard dans la mise en place des mesures anti-terroristes

Comme cela avait été annoncé en avril dernier, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) n’accordera pas de délai supplémentaire à la mise en place de mesures anti-terroristes dans les centrales nucléaires du pays. Les réacteurs qui ne respecteront pas les délais doivent être mis à l’arrêt.

La première centrale concernée est celle de Sendaï, dans la province de Kagoshima, qui est la première remise en service après la catastrophe de Fukushima. L’exploitant, Kyûshû Electric, a confirmé que les travaux ne seront pas terminés à temps, même s’il y travaille désormais 24h/24. Le réacteur n°1, devrait donc être arrêté le 17 mars 2020 et le n°2, le 21 mai 2020. Ils ont une puissance de 890 MWe chacun. Les arrêts pourraient durer un an environ.

Dans le précédent billet, nous avions listé tous les réacteurs concernés par cette décision de la NRA qui a été confirmée le 12 juin dernier.

Tous les ports de pêche de Fukushima ont rouvert

Plus de 8 ans après le tsunami, le port de pêche de Tomioka est le dernier à rouvrir dans la province de Fukushima, où les travaux de reconstruction ont dû attendre la décontamination et la levée progressive des ordres d’évacuer.

Tomioka est le dernier des 10 ports de pêche de Fukushima à rouvrir. L’ordre d’évacuer de cette commune a été levé en avril 2017. Les bateaux étaient basés à Namié ou Iwaki en attendant. Une cérémonie devrait être organisée en juillet.

Par ailleurs, le président des Philippines a annoncé, lors d’un sommet avec le premier ministre japonais, la levée des restrictions à l’importation de certains poissons en provenance du Japon. Cette décision est avant tout symbolique car les exportations de produits de la mer du Japon vers les Philippines doivent être très faibles.

A l’inverse, le Japon a annoncé un renforcement des contrôles sur l’importation de poissons en provenance de Corée. Officiellement, le but est de protéger les Japonais contre les risques d’intoxication pendant les fortes chaleurs estivales, mais, selon le Japan Times, il s’agit plutôt de mesure de rétorsion contre les restrictions à l’import de produits de la mer japonais en Corée suite à la catastrophe de Fukushima. En avril dernier, l’OMC avait tranché en faveur de la Corée dans le différend qui oppose les deux pays.

En France métropolitaine, moins de 5% de la population bénéficiera de comprimés d’iode à la maison pour protéger sa thyroïde en cas d’accident nucléaire

L’Autorité de Sûreté Nucléaire française a lancé la campagne d’information sur l’extension à 20 km des PPI autour des centrales nucléaires françaises et la distribution d’iode. Il aura fallu attendre plus de 8 ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, pour la France étende la distribution d’iode autour de ses 19 centrales nucléaires. 3 millions de personnes bénéficieront d’une protection de leur thyroïde en cas d’accident nucléaire grave (chiffres officiels par centrale). Cela ne représente que 4,6% des 65 millions d’habitants en France métropolitaine.

A titre de comparaison, la Belgique propose de l’iode à toute sa population, ce qui représente un rayon de 100 km autour de ses centrales. Le Luxembourg aussi. Comme nous l’annoncions récemment, la Norvège, qui ne possède pas de centrale nucléaire, vient de recommander à toute sa population d’avoir de l’iode à la maison. En Suisse, 60% de la population a reçu de l’iode à la maison, suite à l’extension de 20 à 50 km de la distribution.

L’ACRO réclame depuis des années que la zone de distribution soit étendue à 100 km et invite la population et en particulier les familles avec enfants, les femmes enceintes ou allaitantes à demander des comprimés d’iode en utilisant le N° Vert mis à disposition par les autorités : 0 800 96 00 20 (appels possibles de 10h à 18h en semaine).

Kansai Electric doit renforcer la protection de ses centrales face aux risques volcaniques

Selon le Maïnichi, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) devrait ordonner à Kansaï Electric (KEPCo) de renforcer la protection de ses trois centrales nucléaires situées dans la province de Fukui face aux risques volcaniques. En effet, les éruptions du Mont Daïsen, situé à environ 200 km des centrales, dans la province voisine de Tottori, auraient été plus importantes que ce qui était estimé jusqu’à présent, selon une étude récente.

La sûreté de ces réacteurs est basée sur l’hypothèse qu’une dizaine de centimètres de cendres peuvent retomber sur les sites des trois centrales de Takahama, Mihama et Ôï. Mais, suite à la nouvelle étude scientifique, la NRA a, en décembre 2018, demandé à Kansaï Electric de revoir son estimation. La compagnie est arrivée à une épaisseur de 13,5 à 21,9 cm selon les sites. La précision de ces estimations est toujours aussi étonnante !

Les cendres pourraient boucher les filtres des générateurs diesel de secours en situation d’urgence, ce qui empêcherait le refroidissement des réacteurs. L’exploitant devra trouver des parades.

Comme le Mont Daïsen n’est pas actif, la NRA ne devrait pas demander l’arrêt des réacteurs. En revanche, elle devrait demander de renforcer les défenses en cas d’éruption. C’est la première fois que la NRA pourrait réviser ses règles de sûreté après avoir autorisé l’exploitation des réacteurs. Il s’agit d’une conséquence des nouvelles pratiques mises en place après la catastrophe de Fukushima.

Par ailleurs, suite aux instructions de la NRA, KEPCo va revoir les conditions pour enclencher la fermeture de la digue anti-tsunami de sa centrale de Takahama. Pour le moment, la fermeture devait avoir lieu en cas d’alerte suite à un séisme. Mais des tsunamis peuvent être déclenchés par des éruptions volcaniques ou des glissements de terrain sans que cela puisse être prédit. La demande fait suite au tsunami déclenché par une éruption volcanique en Indonésie en décembre dernier.

La compagnie va fermer les digues en cas de variation anormale du niveau de la mer.

L’Autorité de régulation nucléaire va maintenir les balises qui mesurent la radioactivité en continu

Il y a un an, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) voulait retirer environ 2 400 balises sur les 3 000 présentes à Fukushima. C’est essentiellement le coût de leur renouvellement et de leur maintenance qui motivait cette décision. Le faible niveau résiduel de radiations les rendrait aussi inutiles.

Mais les habitants souhaitent les garder. Les conseils municipaux aussi. Il y a eu 18 réunions organisées par la NRA, mais à chaque fois, l’opposition au retrait des balises était très forte. Rappelons que la centrale n’est toujours pas sécurisée et d’un autre rejet radioactif n’est pas exclu. L’Autorité de régulation a donc décidé de maintenir les balises et va demander un budget spécial au gouvernement.

Que faire des sanctuaires abandonnés ou endommagés

Selon le Japan Times, il y a 240 sanctuaires Shintô dans un rayon de 20 km autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il y en a d’autres dans les zones évacuées au-delà des 20 km. 74 d’entre eux sont soit très endommagés (30) ou encore en zone interdite (44). Il y a un projet de construire un sanctuaire central pour les remplacer sur le site du sanctuaire Hachiman (八幡神社) qui a été détruit par le tsunami. Il est situé dans la commune de Futaba (carte), qui est encore sous ordre d’évacuation, mais en un lieu pas trop contaminé. Chacun des 74 sanctuaires doit décider s’il joint le projet ou pas.