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Mis en avant

L’ACROnique de Fukushima vous propose un suivi quotidien des évènements liés à la catastrophe nucléaire en cours au Japon ainsi qu’une reconstitution des évènements des premiers jours. Ce travail est effectué par l’ACRO, association dotée d’un laboratoire d’analyse de la radioactivité qui s’est beaucoup investie pour venir en aide aux populations affectées par les deux accidents majeurs qui ont eu lieu à Tchernobyl et Fukushima.

L’association a aussi analysé les plans d’urgence de plusieurs pays en cas d’accident nucléaire grave.

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ACRO Tchernobyl, 30 ans après Transparence nucléaire


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Deux études mettent en évidence un corrélation positive entre le taux de cancers de la thyroïde et la contamination radioactive

Après Tchernobyl, il a fallu des années pour que soit admis le lien entre les retombées radioactives et l’augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les jeunes. Après Fukushima, les autorités japonaises et certaines organisations internationales ont toujours déclaré qu’elles ne s’attendaient pas à une augmentation significative de ce taux de cancer car l’exposition y a été beaucoup plus faible et parce que le régime alimentaire japonais est beaucoup plus riche en iode, ce qui protège la thyroïde.

La première campagne de dépistage par échographie a été lancée pour rassurer les parents inquiets et devait fournir le taux de cancer avant l’impact des retombées radioactives, en prenant en compte le fait que les cancers de la thyroïde sont apparus au bout de quelques années dans les territoires contaminés par la catastrophe de Tchernobyl.

Le nombre de cancers de la thyroïde à l’issue de la première campagne de dépistage est beaucoup plus élevé que ce qui était attendu. Les autorités japonaises ont mis en avant l’effet du dépistage. Sans lui, les signes cliniques seraient arrivés beaucoup plus tard. Le dépistage, par un “effet râteau”, aurait concentré les cas découverts. Mais rien ne permet d’affirmer que tous ces cas seraient apparu sans la contamination radioactive.

Les derniers résultats publiés montrent que le nombre total de cas de cancers de la thyroïde chez les jeunes découverts lors des campagnes suivantes est désormais plus élevé que le nombre de cas de la première campagne. Ces nouveaux cas sont donc récents et il est naturel de soupçonner un lien avec la catastrophe nucléaire.

Deux articles, publiés dans des revues scientifiques avec comité de lecture, font un lien entre le taux de cancers de la thyroïde et la contamination radioactive. Le premier date de septembre 2019 et le deuxième, de mars 2020. Ils sont tous deux en libre accès.

Comme les seules indications géographiques disponibles sur les cas de cancer de la thyroïde sont à l’échelle de la commune, ces deux études ont moyenné la contamination de chacune des 59 communes de la province de Fukushima.

La première étude s’est basée sur le débit de dose ambiant fourni par les cartes de la contamination publiées par les autorités japonaises. Que ce soit en considérant les résultats de chaque campagne de dépistage séparément ou en les combinant, une corrélation positive a été trouvée entre l’exposition externe et le taux de cancers de la thyroïde.

La deuxième étude, effectuée par des physiciens, utilise une méthode semblable, sauf que les données sur la contamination proviennent de la cartographie effectuée par les universités japonaises. Les traitements statistiques diffèrent aussi. Cette deuxième étude ne trouve pas de corrélation significative entre le taux de cancers et la contamination radioactive pour la première campagne de dépistage, et trouve une corrélation positive pour la deuxième.

La deuxième étude a aussi recherché s’il y avait une corrélation avec les quelques données sur la contamination en iode-131. Pour la première campagne de dépistage, aucune corrélation significative n’a été trouvée. Pour la deuxième, il y a une faible corrélation, qui pourrait ne pas être significative. Cette deuxième étude suggère donc que l’exposition externe aurait eu un plus grand impact que la contamination interne par l’iode.

Les coopératives de pêche envisagent une reprise complète de leurs activités à partir d’avril 2021

Lors d’une réunion à Iwaki le 29 septembre, la fédération régionale des coopératives de pêche de Fukushima s’est fixé comme objectif la reprise de l’ensemble des opérations de pêche commerciale en avril prochain. Les contrôles effectués à l’issue de captures test a permis de lever toutes les interdictions, y compris pour les poissons plats, comme les raies, dont l’alimentation dépend des fonds marins, plus contaminés.

Le calendrier de reprise en fonction des zones de pêche devrait être précisé au début 2021. Cependant, La zone proche de la centrale de Fukushima daï-ichi pourrait être évitée encore un certain temps. Il faut aussi consolider les circuits de commercialisation.

Les pêcheurs sont très inquiets du projet de rejet en mer de l’eau contaminée contenue dans les cuves à la centrale de Fukushima daï-ichi. Lors de l’assemblée générale de juin, la fédération a approuvé une résolution spéciale demandant une “objection absolue” au rejet dans l’océan.

Le Fukushima Minpo, qui relate l’information, rappelle aussi les principales dates depuis la catastrophe nucléaire :
• 15 mars 2011 : La fédération régionale des coopératives de pêche de Fukushima décide de suspendre la pêche côtière.
• 7 avril 2011 : Début de la surveillance de la contamination dans l’environnement pour les fruits de mer.
• 22 juin 2012 : Le gouvernement ordonne la limitation de la commercialisation de 36 espèces de poissons et lève l’interdiction pour les jeunes lançons.
• Le 25 juin 2012 : Première livraison de poissons capturés lors d’opérations de test.
• 28 août 2013 : La pêche expérimentale est suspendue et reportée en raison de la découverte de fuites radioactives à la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi.
• 24 septembre 2013 : Reprise de la pêche expérimentale et suspension volontaire des opérations dans la zone maritime située dans un rayon de 20 km autour de l’usine.
• 28 février 2017 : Zone de pêche restreinte réduite à un rayon de 10 km de l’usine.
• 25 février 2020 : Le gouvernement lève l’interdiction d’expédition de la raie commune, permettant la commercialisation de toutes les espèces de poissons.

Une cour d’appel confirme la culpabilité de l’Etat japonais et de TEPCo pour la catastrophe de Fukushima

La haute cour de Sendaï a confirmé, en appel, la responsabilité de TEPCo et de l’Etat japonais dans la catastrophe de Fukushima. Ils devront payer plus d’un milliard de yens (8 millions d’euros) de dommages et intérêts à 3 550 plaignants qui résidaient dans des zones affectées par la catastrophe nucléaire. C’est plus qu’en première instance.

La plainte avait été initialement déposée en 2013. Il s’agit de la plus importante action en justice de ce type intentée à la suite de l’accident nucléaire. Un premier jugement, rendu en 2017, par un tribunal du district de Fukushima, avait déjà reconnu l’Etat et TEPCo coupables et les avait condamnés à indemniser 2 907 personnes pour un total de 500 millions de yens. L’Etat et TEPCo d’un côté, et les plaignants, de l’autre, avaient alors fait appel.

La cour d’appel vient donc de doubler la somme totale des indemnisations. Elle a aussi élargi le nombre de victimes à indemniser, en ajoutant des plaignants de la région d’Aïzu dans la province de Fukushima, la ville de Marumori dans celle de Miyagi et certaines parties de celle de Tochigi, qui avaient été exclues dans la décision du tribunal de district. Cependant, certains résidents de la préfecture d’Ibaraki, qui avaient été jugés éligibles à une indemnisation par le tribunal de première instance, ont été exclus cette fois-ci.

Il s’agit de la première décision rendue par une cour d’appel qui rend l’État responsable dans le cadre de poursuites judiciaires liées à l’accident nucléaire. Elle pourrait faire jurisprudence dans la trentaine d’autres procédures en cours.

Conformément à la décision rendue en 2017 par le tribunal de district de Fukushima, la haute cour a pris sa décision sur la base de trois points litigieux, notamment sur la question de savoir si un tsunami majeur aurait pu être prévu. Les deux autres points étaient de savoir si des contre-mesures auraient pu être mises en place pour prévenir une catastrophe, et si les niveaux d’indemnisation prévus par le gouvernement étaient suffisants. Pour la haute cour, “la TEPCo s’est illustré par sa volonté de tout faire pour éviter de nouvelles mesures” de protection contre les tsunamis. Quant au gouvernement, il n’a pas “rempli le rôle d’autorité de régulation qu’il était censé assumer”. Le tribunal avait conclu que la responsabilité du gouvernement dans la catastrophe était moindre que celle de TEPCO, mais cette fois-ci, le gouvernement et TEPCO ont été jugés également responsables. La haute cour Le tribunal a notamment pris en compte le fait que le gouvernement avait promu la production d’énergie nucléaire dans le cadre de sa politique énergétique et avait maintenu l’autorisation d’exploitation de la centrale.

Ainsi, par exemple, suite à la réévaluation de la probabilité à long terme qu’un gigantesque tremblement de terre se produise au large de Fukushima faite en 2002, TEPCo avait demandé l’avis d’un seul universitaire critique et avait ensuite déclaré à l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle de l’époque que l’évaluation n’était pas fiable. La haute cour a reproché à l’agence, qui était responsable de la sûreté des centrales nucléaires, d’avoir accepté sans hésiter le verdict peu sincère de la compagnie et de n’avoir pas joué le rôle qu’une agence de régulation était censé jouer.

Les plaignants avaient demandé des paiements mensuels d’indemnisation d’environ 50 000 yens par personne et par mois, jusqu’à ce que la contamination de leur résidence revienne au niveau d’avant la crise, ce qui portait leur demande finale totale à environ 28 milliards de yens (224 millions d’euros).

104ème versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 104ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 50,8 milliards de yens (406 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 629,8 milliards de yens (77 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 614,1 milliards de yens (77 milliards d’euros).

TEPCo apte à exploiter du nucléaire, selon l’Autorité de régulation nucléaire

En 2017, l’Autorité de régulation nucléaire avait autorisé le redémarrage des réacteurs 6 et 7 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, située dans la province de Niigata, à la condition que TEPCo, l’exploitant, démontre son aptitude à exploiter du nucléaire. La compagnie a dû s’engager, par écrit, à respecter un nouveau code de sûreté en 7 points. Ainsi, son président assumera la responsabilité de la sûreté nucléaire qui devra primer sur les intérêts économiques. La compagnie doit aussi démanteler la centrale de Fukushima daï-ichi.

Suite à ces engagements, l’Autorité de régulation nucléaire a conclu que TEPCo était apte à exploiter la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, la dernière qu’il lui reste. Si cette dernière devait enfreindre ces règles, il pourrait lui être ordonné de suspendre l’exploitation de la centrale.

Dans un éditorial, l’Asahi, trouve ces engagement trop vagues et doute de la bonne volonté de TEPCo. Par exemple, elle a promis de compenser les victimes de la catastrophe de Fukushima, mais, dans les faits, la compagnie a rejeté de nombreuses propositions d’accords d’indemnisation avec les résidents qui ont dû saisir la justice pour obtenir satisfaction. le quotidien estime que TEPCo n’a pas su regagner la confiance de la population.

Les réacteurs 6 et 7, d’une puissance de 1 350 MWe chacun, ont été mis en service en 1996 et 1997 respectivement. TEPCo compte finir les travaux de renforcement de la sûreté du réacteur n°7 en décembre 2020. La date n’est pas connue pour le réacteur n°6. Elle doit aussi obtenir le consentement des autorités locales, y compris du gouvernement de Niigata, qui ne se prononcera pas tant que le groupe d’experts qu’il a mis en place n’a pas terminé ses travaux. Le maire de Kashiwazaki exige que TEPCo arrête définitivement un des réacteurs avant de donner leur accord.

Les réacteurs 2, 3 et 4 de cette centrale sont arrêtés depuis 2007, après un séisme de magnitude élevée.

Fukushima et la liberté d’expression

Selon l’Asahi, les guides qui accueillent les visiteurs au musée de la catastrophe, qui a ouvert le 20 septembre dernier à Futaba, n’ont le droit de critiquer ni TEPCo, ni le gouvernement. Les 29 guides sont des victimes de la catastrophe ou des personnes formées. Chaque visite guidée dure une heure et est payée 3 500 yens.

Lors des formations qui ont eu lieu cet été, le manuel distribué indiquait qu’il fallait éviter de “critiquer ou diffamer certaines organisations, personnes ou autres installations”. Et si un visiteur interroge le guide à propos de ses sentiments sur la responsabilité de TEPCo, la réponse doit être évasive et le visiteur renvoyé vers le personnel du musée. Chaque guide doit aussi mettre par écrit son propos et le soumettre à la direction du musée qui le corrige. Et si jamais ils critiquent une organisation, leur présentation sera immédiatement arrêtée et ils ne pourront plus jamais être guide dans ce musée.

Certains guides se sont offusqués : en tant que victimes, ils devraient pouvoir critiquer TEPCo et le gouvernement, qui sont responsables de la catastrophe nucléaire. Un autre guide a vu son script corrigé après avoir mentionné cette responsabilité. Pourtant, les rapports d’enquête officiels ont pointé la responsabilité de TEPCo et du gouvernement. Ne pas pouvoir le mentionner dans un musée dédié à la catastrophe nucléaire est scandaleux.

Par ironie du calendrier, le Canard Enchaîné a publié, ce même jour, un article sur le licenciement d’une chercheuse de l’IRSN qui travaillait sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima et qui n’acceptait pas de voir ses travaux censurés par sa hiérarchie. En réaction, l’ACRO a quitté le Comité d’orientation des recherches (COR) de cet Institut. La lettre de démission est sur le site de l’association et reprise ci-dessous.

Selon le Canard Enchaîné, le supérieur hiérarchique direct de Christine Fassert, la chercheuse licenciée, « voulait imposer des changements, voire censurer des mots et des phrases [d’un] article, » afin d’« écarter les critiques envers la gestion post-accidentelle du gouvernement japonais, et du secteur nucléaire civil en général », et de « minimiser et relativiser le risque lié à l’exposition aux radiations ».

Cet évènement est très inquiétant car il montre que l’IRSN n’est pas disposé à accepter des résultats de recherches qui remettent en cause ses préjugés. Et quand on est en charge de la sûreté nucléaire, c’est particulièrement grave. Ce n’est pas la seule personne à avoir subi la rigidité de cet institut, mais c’est la première fois que cela conduit à un licenciement, ce qui est scandaleux.

Nous avons déjà souligné, par deux fois, en juillet 2018 et en mars 2019, l’originalité des travaux de Christine Fassert, socio-anthropologue, spécialiste des risques à l’IRSN, qui travaillait sur la confiance, dans le cadre du projet Shinrai en partenariat avec Sciences Po et l’université Tôkyô Tech. Au Japon, comme en France, elle est allée, avec ses collègues japonais, à la rencontre de tous les protagonistes et a interrogé aussi bien des fonctionnaires que des experts indépendants, comme on peut le voir dans cette présentation (copie).

A l’IRSN, on préfère s’intéresser aux personnes qui montrent qu’il est possible de vivre dans les territoires contaminés. Et le paradigme dominant est qu’il faut éviter d’évacuer et faire revenir au plus vite les personnes évacuées, passant outre les directives de l’ONU sur les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays qui leur garantissent protection, le droit de choisir entre le retour et une réinstallation, ainsi que leur pleine participation aux décisions (voir notre rapport de 2016 : Fukushima, retour à l’anormale ?). C’est aussi flagrant dans les programmes de recherche européens auxquels l’IRSN participe, où la réduction des incertitudes dans la modélisation des retombées radioactives doit permettre d’éviter d’évacuer inutilement des populations (voir page 58 de cette présentation, par exemple), alors que les défauts dans la modélisation à Fukushima a aussi conduit à ne pas évacuer des personnes qui auraient dû l’être ! C’est le cas pour les territoires contaminés qui vont jusqu’à une quarantaine de kilomètres vers le Nord-Ouest. L’ordre d’évacuer n’est arrivé que le 22 avril 2011 alors que la catastrophe a débuté le 11 mars 2011.

Dans la pratique, l’IRSN, n’a pas hésité à travailler et à mettre en avant un chercheur peu scrupuleux, comme nous l’avons rapporté en janvier 2019, mais qui disait ce que l’institut voulait entendre. C’est aussi l’objet des “dialogues” de Fukushima soutenus par l’IRSN montrés dans le webdocumentaire “Kotoba” (qui signifie “mot” et pas “dialogue”) : pas de déchets radioactifs, pas de malade, pas de résidents qui ne veulent pas rentrer… Juste quelques petits soucis, mais en douze “dialogues”, tout est réglé ! Le bilan de ces dialogues par l’IRSN est une affligeante liste de banalités. C’est inquiétant pour la gestion post-accidentelle en cas d’accident en France.

Christine Fassert, quant à elle, est aussi allée à la rencontre des personnes qui sont parties et qui ne veulent pas revenir, donnant une visibilité à une catégorie de populations que tout le monde veut ignorer, alors qu’elle est la plus nombreuse. Le projet a aussi examiné les écueils d’une communication sur le risque radiologique essentiellement « rassurante », la difficulté du rôle des experts en radioprotection en prise directe avec le public, la tension entre une politique gouvernementale d’évacuations et de retours pensée par les élites Tokoïtes et la mise en œuvre de ces directives par les maires dans la région de Fukushima… Que des sujets qui n’entraient pas dans le cadre étroit de ce qui était attendu. Alors, c’était le cadre ou elle !

Message de démission expédié le 18 septembre 2020 aux membres du COR :

Madame la Présidente,

Suite au licenciement d’une chercheuse de l’IRSN, je souhaite démissionner du COR. Si l’IRSN n’est pas capable d’accepter des voix singulières en interne, il ne peut pas s’ouvrir à la société.

Dans son avis sur le post-accident, le COR, avait souligné, pour le volet « populations et gouvernance » : « Le GT pense qu’il serait important de mener des recherches sur ce sujet en prenant en compte les avis de toutes les catégories de population. Les auto-évacués échappent au suivi officiel au Japon et à la plupart des études et recherches auxquelles l’IRSN participe. Le retour d’expérience ne peut pas se limiter à la seule population qui souhaite rester sur place ou rentrer, peu représentative de l’ensemble des populations affectées par un accident nucléaire grave. L’IRSN gagnerait à élargir le champ de ses études et recherches ou à se rapprocher d’autres programmes impliquant toutes les personnes affectées par la catastrophe, y compris celles qui ne souhaitent pas rester sur place ou rentrer. »

En cas d’accident nucléaire en France, l’IRSN ne pourra pas choisir parmi les populations affectées. La participation de toutes les parties prenantes sera nécessaire. La chercheuse licenciée est justement la seule personne de l’institut qui s’intéressait à toutes les catégories de population, le programme des « dialogues » n’ayant sélectionné que des personnes en accord avec le paradigme dominant à l’IRSN.

J’ai déjà eu l’occasion plusieurs fois, au sein du COR, d’interroger et d’alerter sur la liberté de publier et de communiquer des chercheurs de l’IRSN, en vain. Jamais le COR n’a accepté d’en débattre.

Depuis le début du COR, j’ai œuvré pour plus d’ouverture et la prise en compte des demandes de la société. J’ai participé à quasiment tous les GT et j’en ai présidé deux. Mais je crains que tout ce travail ait été vain et que l’IRSN ne soit pas prêt à s’ouvrir sincèrement. Dans ces conditions, je ne vois pas d’autre solution que de démissionner du COR.

Bien à vous,

David Boilley

Hitachi abandonne définitivement son projet de centrale nucléaire au Royaume-Uni

En janvier 2019, Hitachi avait suspendu son projet de centrale nucléaire à Wylfa Newydd sur l’île d’Anglesey au pays de Galles, car la compagnie n’avait pas trouvé d’investisseurs pour le financer. Elle vient d’annoncer l’abandon définitif du projet de deux tranches, les négociations avec le gouvernement britannique n’ayant pas abouti.

Faute de marché intérieur, le gouvernement japonais comptait sur les exportation pour le maintien de ses compagnies d’ingénierie nucléaire. C’est un échec. La branche nucléaire de Toshiba aux Etats-Unis a fait faillite et Mitsubishi devrait se retirer du projet de Sinop en Turquie.

La reconstruction de la région affectée par la triple catastrophe de 2011 absente du discours du nouveau premier ministre sur les défis qui l’attendent

Dans un éditorial, l’Asahi souligne que la reconstruction de la région affectée par la triple catastrophe de 2011 ne fait pas partie de la liste des défis qui attendent le nouveau premier ministre Yoshihidé Suga. Elle est aussi absente de son programme de gouvernement. Les habitants de la région sont inquiets.

Le gouvernement précédent, de Shinzô Abe, avait augmenté le soutien aux mesures de reconstruction au cours des cinq années qui ont suivi la catastrophe, passant de 19 000 milliards de yens à 25 000 milliards de yens. Les projets d’infrastructure seront en grande partie terminés pour le dixième anniversaire.

Mais seulement 10 % environ du montant total des fonds publics ont été dépensés pour réhabiliter les industries locales et soutenir les moyens de subsistance des victimes. De nombreux terrains d’habitation nouvellement aménagés restent vacants parce que les projets n’ont pas été adaptés à la baisse de la population. Environ 30 % des terrains surélevés destinés à la construction de logements, mis à disposition dans le cadre de “projets de réajustement foncier”, sont inutilisés.

Une enquête gouvernementale sur les entreprises qui ont reçu des subventions pour réparer ou remplacer les installations et équipements endommagés, fait apparaître que 46 % des personnes interrogées ont déclaré que leurs ventes avaient retrouvé leur niveau d’avant la catastrophe. Cependant, il existe de grands écarts entre les industries. Dans le secteur de la construction, qui a largement bénéficié des dépenses de travaux publics, 74 % des personnes interrogées ont déclaré que leurs ventes s’étaient redressées, tandis que ce chiffre était de 32 % pour la pêche et l’industrie alimentaire.

Dans la préfecture de Fukushima, il y a d’autres difficultés à surmonter. Il s’agit notamment de la gestion des déchets radioactifs issus de la décontamination et l’eau radioactive qui s’accumule à la centrale nucléaire de Fukushima dai-ichi, de la levée des ordres d’évacuer dans les zones désignées comme de retour difficile et de la reconstruction des communautés alors que seuls 30 % des résidents sont revenus après la levée des ordres d’évacuation.

Le législateur doit apporter un soutien matériel et moral aux personnes qui sont encore contraintes de vivre en tant qu’évacués. Comment le nouveau Premier ministre va-t-il protéger les moyens de subsistance des habitants de cette région ?

Le nouveau gouvernement ne semble pas avoir l’intention de revoir la politique énergétique du pays, alors qu’aucun réacteur nucléaire n’a été remis en service depuis l’été 2018 et que la mise en service de l’usine de retraitement a encore été repoussée. Va-t-il maintenir les objectifs irréalistes du gouvernement précédent ?

Des ordres d’évacuation vont être levés sans décontamination à la condition qu’il n’y ait pas de retour

Article initialement daté du 27 août et mis à jour

Les autorités japonaises ont levé tous les ordres d’évacuer, sauf dans les territoires les plus contaminés, classées en zones dites de retour difficile. A Futaba et Ôkuma, les deux communes les plus touchées car la centrale de Fukushima daï-ichi est sur leur territoire, le centre, classé en zone de retour difficile, a été décontaminé pour leur permettre de pouvoir continuer à exister.

Pour lever ses ordres d’évacuer, le gouvernement a fixé plusieurs conditions : que les travaux de décontaminations soient terminés, que l’exposition externe ne dépasse pas 20 mSv/an, que les infrastructures et services aient été rétablis et qu’une consultation ait eu lieu. Mais, à la demande de la commune d’Iitaté, il a revu ces conditions.

L’accès au district de Nagadoro de cette commune reste interdit à cause des niveaux élevés de contamination, alors que l’ordre d’évacuer a été levé ailleurs. Il y avait très peu de résidents avant la catastrophe nucléaire. Comme nous l’avons déjà mentionné, les élus veulent y créer un “parc de réhabilitation” et ont donc demandé l’autorisation d’y accéder.

Selon le Maïnichi, avant de donner une réponse favorable, le gouvernement a consulté l’Autorité de régulation nucléaire. Les nouvelles conditions pour lever l’ordre d’évacuer sans effectuer de travaux de décontamination, outre le fait que les résidents ne se réinstallent pas chez eux, sont que les doses annuelles d’exposition aux rayonnements ne dépassent pas 20 millisieverts, que les doses individuelles soient contrôlées à l’aide de dosimètres et que des informations soient fournies pour limiter l’exposition. Pour l’Autorité de régulation les conditions sont essentiellement les mêmes qu’avant et elle a donné son accord.

C’est une façon d’entériner le non-retour des populations dans certaines zones, sans le reconnaître.

Les autorités veulent aussi y faire des essais de “recyclage” des terres contaminées à partir de mars 2021. Comme l’explique de Fukushima Minpo, repris par le Japan Times, le projet remonte à 2016, et après un an de négociations, la commune a cédé. De la terre issue de travaux de décontamination devrait donc être apportée sur 186 hectares afin de les transformer en terre arable.

Les 5 autres communes qui ont une partie de leur territoire classé en zone de retour difficile, ne veulent pas que ces nouvelles mesures soient appliquées sur leur territoire. Elles craignent que le gouvernement les poussent à suivre l’exemple d’Iitaté, ne sachant pas quels sont les plans gouvernementaux en dehors des centres réhabilités. Dans un éditorial, le Maïnichi demande à ce que la décision pour Nagadoro ne soit pas généralisée.

Le dernier bilan officiel du ministère de l’environnement sur les travaux de décontamination et la gestion des déchets engendrés est ici en anglais.

TEPCo va construire un mur plus élevé pour protéger sa centrale accidentée des tsunamis

Un mur de protection contre les tsunamis est en cours de construction à la centrale de Fukushima daï-ichi, mais il est trop bas ! Une réévaluation du risque a conduit TEPCo à décider de construire un autre mur, plus élevé !

Le mur actuel, en cours de construction, fait 11 m de haut. Au sud du réacteur n°4, un mur de 12,8 m est terminé. Mais cela n’est pas suffisant. TEPCo va donc en construire un autre, de 16 m de haut, d’ici 2023.

Espérons que les futures estimations du risque tsunami ne vont pas montrer que cela ne suffira toujours pas…