A propos

Mis en avant

L’ACROnique de Fukushima vous propose un suivi quotidien des évènements liés à la catastrophe nucléaire en cours au Japon ainsi qu’une reconstitution des évènements des premiers jours. Ce travail est effectué par l’ACRO, association dotée d’un laboratoire d’analyse de la radioactivité qui s’est beaucoup investie pour venir en aide aux populations affectées par les deux accidents majeurs qui ont eu lieu à Tchernobyl et Fukushima.

L’association a aussi analysé les plans d’urgence de plusieurs pays en cas d’accident nucléaire grave.

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ACRO Tchernobyl, 30 ans après Transparence nucléaire


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Centième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 100ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 11,3 milliards de yens (96 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 531,3 milliards de yens (81 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 505,6 milliards de yens (81 milliards d’euros).

Arrêt du réacteur nucléaire Sendaï-2 à cause du retard dans la mise en place des mesures anti-terrorisme

En mars dernier, Kyûshû Electric avait été contrainte d’arrêter le réacteur n°1 de sa centrale nucléaire de Sendaï à cause du retard dans la mise en place des mesures de protection contre les attaques terroristes. C’est au tour du réacteur n°2 d’être arrêté pour les mêmes raisons. La centrale de Takahama, exploitée par Kansaï Electric devrait suivre (voir la liste des réacteurs concernés).

Kyûshû Electric espère redémarrer Sendaï-1 le 26 décembre 2020 et Sendaï-2 le 26 janvier 2021. Fin avril 2020, la compagnie annonce avoir réalisé 90% du gros œuvre et 70% des travaux d’électricité et de machinerie. Les travaux de renforcement de la sûreté devraient lui coûter 242 milliards de yens (2 milliards d’euros).

La centrale est située dans la province de Kagoshima. A noter que Genkaï-3, situé dans la province de Saga, sera arrêté en septembre 2020 pour maintenance. Kyûshû Electric n’aura alors plus qu’un seul réacteur nucléaire en exploitation, sur les quatre qui ont été remis en service depuis la catastrophe de Fukushima.

Le dossier de sûreté de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura validé

L’Autorité de régulation nucléaire a fini par valider le dossier de sûreté de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura, située dans la province d’Aomori. Cette décision est soumise à l’avis du public pendant un mois. Pour contribuer, c’est ici en japonais. Après cette étape, il y aura encore des contrôles. Selon le Président de l’autorité de régulation nucléaire, il peut se passer encore beaucoup de temps avant une mise en service, qui accumule déjà 24 années de retard… L’exploitant, quant à lui, vise une mise en service en 2021.

Les travaux de construction ont commencé en 1993 et devaient être terminés en 1997. Après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, l’exploitant, Japan Nuclear Fuel Ltd, a dû revoir son dossier de sûreté. Il a déposé une demande en janvier 2014. Mais plusieurs scandales ont entraîné des retards dans la procédure.

Cette usine, prévue pour traiter 800 tonnes par an afin d’en extraire le plutonium des combustibles usés, devrait coûter en tout, jusqu’à son démantèlement, 14 000 milliards de yens (120 milliards d’euros). Le coût de sa seule construction est passé de 760 à 2 900 milliards de yens (6,4 à 25 milliards d’euros). Mais, elle n’a rien produit jusqu’à maintenant, et son activité sera réduite en cas de mise en service car il n’y a pratiquement pas de débouchés pour le plutonium extrait. Ce n’est pas un investissement rentable.

Rappelons que seulement 9 réacteurs nucléaires ont été remis en service au Japon depuis la catastrophe de Fukushima, dont 4 qui sont autorisés à utiliser du combustible MOx avec du plutonium recyclé. Un a été arrêté par la justice, en janvier dernier. Le Japon prévoyait 16 à 18 réacteurs utilisant ce combustible MOx… Le surgénérateur Monju, a quant à lui, été arrêté définitivement en décembre 2016. Et comme le Japon s’est engagé, en 2018, de n’extraire que la quantité de plutonium nécessaire, cette usine de retraitement ne sert à rien, car il faut déjà écouler le stock de 45,7 tonnes de plutonium. A pleine capacité, l’usine de retraitement de Rokkashô-mura devrait produire 7 tonnes de plutonium par an.

Les autorités locales de Rokkashô veulent renvoyer les 2 968 tonnes de combustibles usés déjà entreprosées dans la commune si l’usine de retraitement est abandonnée. Et comme il n’y a pas de place dans les centrales nucléaires pour les reprendre, tout le monde fait semblant que l’usine sera mise en service…

Dans un éditorial, l’Asahi parle de non-sens au regard des nombreux problèmes que pose cette usine au regard de la prolifération nucléaire, de sa rentabilité économique, de son intérêt énergétique… Le Maïnichi aussi et, tout comme l’Asahi, appelle à l’arrêt du projet qui a déjà trop coûté. Dans un autre article, l’Asahi rappelle le sacrifice des populations locales à qui l’on avait promis un avenir radieux. Mais les projets de “modernisation” du territoire se sont révélés être chimériques.

Comme en France, toute cette chimère n’a que pour seul but de changer le statut des déchets nucléaires en matières prétendument valorisables, mais jamais valorisées, tout en gardant une technologie d’origine militaire. D’un côté, le Japon appelle au désarmement nucléaire, tout en refusant de signer le traité d’interdiction des armes nucléaires, et d’un autre côté, il veut accumuler du plutonium…

La moitié de la cheminée des réacteurs 1 et 2 a été démantelée

TEPCo annonce avoir démantelé la moitié de la cheminée commune aux réacteurs 1 et 2. La compagnie a mis en ligne des photos et une vidéo pour l’occasion. La cheminée avait une hauteur de 120 m.

Les travaux se sont révélés être plus complexes que prévu. Ils avaient dû être reportés en mai dernier suite à une erreur de calcul sur la hauteur de la grue. Puis, les premières opérations ont eu lieu en août 2019. Puis, la lame d’une scie circulaire s’est coincée, ce qui a entraîné une intervention humaine, avant la reprise des travaux en décembre 2019. Il y a eu aussi des problèmes de communication entre les engins commandés à distance et le poste de commande. A chaque fois, cela a conduit à une interruption.

La cheminée est très contaminée et TEPCo ne donne aucune indication sur le devenir des ces déchets radioactifs.

L’héritage de Tchernobyl et la voie navigable transeuropéenne E40

Les retombées radioactives de la catastrophe de Tchernobyl ont pollué de vastes territoires en Ukraine, Biélorussie et Russie. 34 ans plus tard, le réacteur accidenté est confiné sous une arche pour un siècle et la zone d’exclusion a été transformée en une vaste « réserve radio-écologique ». La principale stratégie mise en œuvre est d’attendre la lente décroissance de la radioactivité.

Les récents incendies de forêt sont venus rappeler que la radioactivité n’est pas confinée dans les territoires abandonnés. La rivière Pripiat, qui traverse la zone d’exclusion et passe au pied du réacteur accidenté avant de se jeter dans le Dniepr, charrie aussi continuellement des radioéléments. En aval, plus de 8 millions d’Ukrainiens boivent l’eau du Dniepr et jusqu’à 20 millions mangent des aliments irrigués avec l’eau de ce fleuve. Les années avec de fortes inondations dans la zone d’exclusion (une fois tous les 4 ans environ), les niveaux d’exposition des habitants augmentent de façon significative.

C’est dans ce contexte que l’ACRO a évalué l’impact radiologique de la voie navigable transeuropéenne E40, qui vise à relier la Mer Noire à la Mer Baltique via le Dniepr et le Pripiat, à la demande de la société zoologique de Francfort et du collectif « Save Polesia ». Le rapport est disponible en français et en anglais sur notre site Internet : http://acro.eu.org

Carte du projet de voie fluviale E40, extraite de savepolesia.org. © pg-webstudio.de

Aujourd’hui, la contamination est dominée par le césium-137, le strontium-90 et divers isotopes du plutonium hautement toxique. L’américium-241, le noyau fils du plutonium-241, est également très toxique et sa contribution croissante devrait dominer l’impact radiologique à l’avenir.

La voie navigable intérieure E40 projetée, qui devrait passer à proximité de la centrale nucléaire de Tchernobyl et traverser la zone d’exclusion, aura nécessairement un impact radiologique sur les travailleurs de la construction et de la maintenance, ainsi que sur la population en aval qui dépend de l’eau des rivières Pripiat et Dniepr. Bien que ce projet nécessite de grands travaux tels que la construction d’un barrage et l’alignement du cours de la rivière dans sa partie la plus contaminée, aucune étude d’impact radiologique n’est disponible. Les principes de la CIPR en matière de radioprotection et les conventions d’Aarhus et d’Espoo exigent pourtant des études environnementales et radiologiques, une justification du projet et la participation des parties prenantes et du grand public au processus de décision.

L’étude de l’ACRO montre que les travaux de construction pour la partie de la voie navigable E40 qui traverse la zone d’exclusion de Tchernobyl et passe à proximité de la centrale nucléaire ne sont pas réalisables. L’exposition estimée des travailleurs serait trop élevée pour être acceptée. En outre, le bassin de refroidissement de Tchernobyl, fortement contaminé, et les stockages temporaires de déchets radioactifs dans la plaine d’inondation de la rivière Pripiat n’ont pas encore été démantelés, ce qui empêche tout travail de construction. L’AIEA recommande également une liste d’autres mesures de protection qui restent à mettre en œuvre.

La partie de la voie navigable E40 qui se trouve en amont de la zone d’exclusion de Tchernobyl serait alors inutile, car sans connexion avec le Dniepr. Cela signifie également que les travaux d’aménagement qui consistent en la construction de plusieurs barrages et l’alignement des méandres de la rivière Pripiat pour accepter les navires de classe V ne sont pas justifiés.

Enfin, la portion de la voie E40 allant de la mer Noire au réservoir de Kiev nécessite principalement des travaux de dragage réguliers. L’étude de faisabilité mentionne 68 000 m3 de travaux de dragage par an dans le réservoir de Kiev, qui stocke du césium-137 dans ses sédiments de fond. Une telle activité est contraire aux recommandations de l’AIEA de laisser les sédiments en place car elle augmentera la dose des personnes qui dépendent de l’eau du réservoir de Kiev pour leur approvisionnement en eau et en nourriture.

En conclusion, l’ACRO partage l’avis du collectif « Save Polesia » : ce projet de voie navigable aura un impact environnemental et sanitaire inacceptable. Il n’est pas justifié et doit être abandonné. Elle appelle l’Union européenne à cesser tout soutien à ce projet.

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Radiation impacts of the E40 waterway from Frankfurt Zoological Society on Vimeo.

99ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 99ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 8,5 milliards de yens (73 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 520 milliards de yens (82 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas. A noter que le nouveau total ne colle pas avec celui annoncé la dernière fois.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 498,4 milliards de yens (82 milliards d’euros).

Réévaluation du risque tsunami : Fukushima daï-ichi pourrait à nouveau être inondée

Le groupe d’experts gouvernemental a révisé l’évaluation du risque de tsunami suite à un fort séisme qui aurait lieu dans le Pacifique, au large du Japon. Au niveau de la fosse Chishima, la magnitude pourrait atteindre 9,3 et la secousse sur l’île de Hokkaïdô pourrait atteindre une magnitude supérieure à six sur l’échelle japonaise qui va jusqu’à 7. La vague de tsunami pourrait atteindre jusqu’à presque 30 m de haut sur le rivage.

En cas de séisme dans la fosse du Japon, qui pourrait atteindre une magnitude de 9,1, ce sont les provinces d’Iwaté et Miyagi qui seraient les plus touchées, comme en 2011. Là encore, la secousse et la vague pourraient atteindre des niveaux similaires à ceux calculés pour Hokkaïdô.

Le groupe d’experts a aussi calculé la hauteur potentielle de la vague à Futaba : 13,7 m. C’est plus haut que la nouvelle digue de 11 m de haut qui protège la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. TEPCo a dit qu’elle allait étudier cette nouvelle évaluation. Espérons qu’elle agira plus rapidement que par le passé où sa procrastination lui a été fatale.

Plusieurs bâtiments publics, dont des mairies, pourraient aussi être inondés.

En revanche, le groupe d’experts ne connait pas la probabilité de survenue d’un tel séisme, il note que la fréquence est d’environ un tous les 300 ou 400 ans et que la dernière fois, c’était au 17ième siècle !

COVID-19 : Après l’extension de l’état d’urgence sanitaire à tout le pays, TEPCo va réduire le nombre de travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi

Face à la progression des cas de COVID-19, le gouvernement japonais a dû se résoudre à étendre à tout le pays l’état d’urgence sanitaire, après l’avoir seulement déclaré dans 7 provinces. TEPCo va donc réduire le nombre d’intervenants sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi afin de limiter la progression du coronavirus.

Il y a actuellement environ 3 000 personnes chaque jour sur le site de la centrale nucléaire accidentée. La réduction du nombre de travailleurs va entraîner des retards dans les travaux. Cependant, certaines opérations, comme le refroidissement des réacteurs ou la gestion de l’eau contaminée, ne peuvent pas être arrêtées.

COVID-19 : mesures minimales au Japon

Suite à l’augmentation du nombre de cas de COVID-19 au Japon, le premier ministre s’est résolu à déclarer l’état d’urgence dans une partie du pays. Les provinces concernées sont les plus peuplées : Tôkyô, Kanagawa, Saitama, Chiba, Ôsaka, Hyôgo et Fukuoka. Cela représente 44% de la population. Ailleurs, de nombreuses écoles ont rouvert…

Voici les données de la NHK au 6 avril 2020, sachant qu’une faible fraction des cas est détectée.

Comme pour le report des JO, le gouvernement a tardé à accepter l’évidence. Pourtant, la progression est actuellement exponentielle, comme en Europe. Certains y voient le résultat des fêtes sous les cerisiers en fleurs (hanami) où la distanciation n’est pas de mise.

Cette décision arrive probablement trop tard car le nombre de lits de réanimation par habitant est plus faible au Japon qu’en Europe. De plus, comme un des leaders mondiaux du tabac est japonais, le taux de tabagisme y est plus élevé. L’interdiction de fumer dans les restaurants vient à peine d’entrer en vigueur. Les hôpitaux japonais risquent donc de ne pas pouvoir faire face à la vague des admissions.

Le message du premier ministre, Shinzô Abé, est peu explicite pour la population et très optimiste : “Bien que l’état d’urgence soit déclaré, cela ne signifiera pas un confinement comme on le voit à l’étranger. […] Si chacun d’entre nous peut réduire les contacts avec d’autres personnes d’au moins 70 %, et idéalement de 80 %, nous devrions pouvoir constater un pic du nombre d’infections en deux semaines”.

Abé a également exhorté le peuple japonais à s’inspirer du sentiment d’unité qui a suivi le tremblement de terre dévastateur, le tsunami et la catastrophe nucléaire du pays en 2011 : “Nous sommes à nouveau confrontés à une grande difficulté. Cependant, si nous travaillons ensemble une fois de plus avec espoir, nous relèverons le défi et nous irons de l’avant […] Nous vaincrons le virus, nous vaincrons le virus et nous pourrons surmonter l’épreuve de cet état d’urgence”.

Bref, comme avec la catastrophe nucléaire, le gouvernement minimise l’impact, avec le sentiment que le Japon fera mieux que les autres.

A la centrale nucléaire accidentée de Fukushima daï-ichi, il commence à y avoir une pénurie d’équipement de protection, comme le signale l’agence AP, mais TEPCo aurait trouvé de nouveaux fournisseurs. La distance de sécurité nécessaire pour éviter la propagation du coronavirus ne peut pas toujours être respectée sur le site qui accueille environ 4 000 personnes par jour. Si la propagation du virus s’étend à tout le Japon, TEPCo devra revoir son organisation du travail car les travaux ne peuvent pas être arrêtés. La compagnie affirme que les travailleurs ayant des compétences particulières, qui seraient difficiles à remplacer, ont réduit les contacts avec les autres personnes afin de minimiser les risques d’infection. Le communiqué est très laconique et peu informatif.

Les données sur le COVID-19 dans la région de Tôkyô sont ici en anglais. Un site indépendant fait aussi un décompte en anglais sur tout le Japon.

Consultation sur le rejet de l’eau contaminée

Le ministère de l’industrie et de l’économie vient de lancer une consultation sur le rejet de l’eau contaminée à Fukushima daï-ichi. La date limite est le 15 mai 2020. Voir l’annonce en japonais.

Les contributions sont limitées à un texte en japonais de 2000 caractères au maximum. Elles peuvent être envoyées par mail, fax ou courrier. Les coordonnées sont dans l’annonce.