A propos

Mis en avant

L’ACROnique de Fukushima vous propose un suivi quotidien des évènements liés à la catastrophe nucléaire en cours au Japon ainsi qu’une reconstitution des évènements des premiers jours. Ce travail est effectué par l’ACRO, association dotée d’un laboratoire d’analyse de la radioactivité qui s’est beaucoup investie pour venir en aide aux populations affectées par les deux accidents majeurs qui ont eu lieu à Tchernobyl et Fukushima.

L’association a aussi analysé les plans d’urgence de plusieurs pays en cas d’accident nucléaire grave.

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ACRO Tchernobyl, 30 ans après Transparence nucléaire


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Gestion des forêts contaminées à Fukushima : tout raser pour faire de la biomasse

Les forêts de Fukushima n’ont pas été décontaminées car elles couvrent 70% de la province et l’industrie forestière est exsangue. De nouveaux débouchés sont donc envisagés pour relancer cette industrie : la génération d’électricité avec de la biomasse.

Grâce aux tarifs de rachat de l’électricité d’origine renouvelable, l’investissement dans la biomasse est très rentable. La technologie est simple, les usines vites construites et le retour sur investissement n’est que de trois à quatre ans. Cela intéresse donc fortement les investisseurs et les projets sur multiplient. Le seul frein, c’est le combustible. Il n’y a pas tant de sources que cela : le Japon peut soit importer le bois, mais cela va contribuer à la déforestation de pays d’Asie du Sud Est, soit brûler des déchets, mais l’efficacité n’est pas si bonne et les ressources restent limitées, ou développer une industrie locale.

C’est là que les intérêts de Fukushima et du syndicat de producteurs d’électricité à partir de biomasse se rejoignent. L’idée est de raser les forêts en espérant qu’elles seront moins contaminées lors de leur régénération. Et comme c’est subventionné, tout le monde y gagne, sauf le contribuable.

Voilà ce que cela donne à Tamura, dans la province de Fukushima :

Vous trouvez cela choquant ? Ne vous inquiétez pas, vous vous y habituerez, selon le président du syndicat des producteurs. C’est comme les champs agricoles, qui sont nus en hiver. C’est ce qu’il aurait déclaré lors de la dernière assemblée générale ! Évidement, il faut plus d’années pour que cela repousse et la forêt cultivée n’a rien à voir avec une forêt naturelle. Et avec l’érosion des sols, il n’est même pas sûr que cela repousse.

Le bois est transformé en copeaux et transporté par camions dans tout le Japon. Des associations commencent à se mobiliser sur cette thématique et étudient l’impact radioactif des rejets car les filtres utilisés sont que de simples filtres à manche, comme de gros sacs d’aspirateurs, et non des filtres de haute efficacité.

Manipulation de cendres radioactives sans protection ni information suffisantes

Les déchets organiques issus de la décontamination sont incinérés pour réduire les volumes (voir notre reportage sur l’industrie du déchet), et les cendres sont fortement radioactives et leur manipulation doit se faire avec précautions.

Un ancien employé d’un incinérateur d’Iitaté accuse son employeur de ne pas l’avoir assez protégé. Il craint pour sa santé et a porté plainte.

Selon le blog qui rapporte l’affaire, il a travaillé un an et 4 mois à partir d’août 2016. Son masque ne protégeait que la moitié du visage et non sa totalité comme exigé par la réglementation et il ne portait pas d’habits de protection. Ses demandes d’être mieux protégé auraient été ignorées par son employeur.

Selon les documents mis en ligne, la contamination des cendres a atteint 160 000 Bq/kg.

Ce serait la première plainte d’un employé d’un incinérateur de déchets radioactifs.

Appel à souscription pour un livre avec la collection 6 années de surveillance citoyenne de la radioactivité au Japon

Le réseau de laboratoires et de station de mesure indépendants, Minna no data (les données de tous), a lancé un appel à souscription pour éditer un livre rassemblant les données de 6 années de surveillance citoyenne de la radioactivité au Japon. Chikurin, le laboratoire que l’ACRO a co-fondé au Japon est membre de ce réseau.

4 000 préleveurs volontaires ont participé au projet, qui concerne 3 400 sols répartis dans 17 provinces japonaise. Pour pré-commander le livre, en japonais, c’est par ici. Il y a aussi de nombreux messages de soutien.

Début du retrait des combustibles du surgénérateur Monju

La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) a commencé à retirer le combustible nucléaire du surgénérateur Monju. Cela devrait durer jusqu’en 2022 pour enlever les 530 barres du cœur et de la piscine.

Chaque barre mesure 4,2 m de long et a une épaisseur de 11 cm. Elle est retirée de la piscine de sodium, nettoyée puis mise dans un emballage avant d’être placé dans une piscine avec de l’eau. Le principal danger vient du sodium qui s’enflamme à l’air et explose dans l’eau. Il faut un jour pour retirer une barre et il y en a 160 dans la piscine.

Pour les 370 barres qui sont dans le réacteur, le retrait ne commencera pas avant l’année prochaine. Rappelons que la JAEA n’avait jamais envisagé de retirer le sodium du cœur… Chaque barre retirée doit être remplacée par une barre factice pour que le sodium reste au même niveau.

Sur les 55 personnes impliquées dans cette tâche extrêmement périlleuse, seule une dizaine ont une expérience avec ce type de réacteur très particulier. Et seulement deux barres ont été retirées jusqu’à présent. Les premiers essais avec des barres de contrôle ont été plus compliqués que prévu : il y avait de la buée sur les caméras de contrôle. Le sodium de la piscine est maintenu à 200°C pour être liquide. La barre doit donc être refroidie, ce qui provoqué de la buée.

Bien évidemment, rien n’est prévu pour le moment pour la gestion à long terme de ces combustibles riches en plutonium.

La JAEA devrait aussi vidanger le sodium du circuit secondaire du réacteur d’ici la fin de l’année. Pour le circuit primaire contenant du sodium radioactif, il faut attendre le retrait complet des barres de combustible et le développement d’une technologie dédiée.

Oppositions au projet de rejeter en mer l’eau contaminée accumulées dans des citernes à la centrale de Fukushima daï-ichi

Que faire de l’eau contaminée qui s’accumule dans des citernes sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi ? Il y en a plus d’un million de mètres cubes, qui a été partiellement décontaminée. Il reste cependant le tritium, hydrogène radioactif, qu’il est difficile de séparer et de stocker. Mais ce n’est pas tout, il y a tous les autres radioéléments qui ne sont pas entièrement retirés. Pour certains, comme l’iode-129, la concentration résiduelle dépasse la limite d’autorisation de rejet, comme nous l’avons rapporté récemment. En 2020, le site de la centrale accidenté sera plein et il ne sera plus possible d’ajouter de nouvelles cuves. Par ailleurs, toute cette eau accumulée constitue une menace en cas de catastrophe naturelle.

TEPCo et les autorités n’ont pas d’autre solution à proposer que le rejet dans l’Océan Pacifique. Le gouvernement a donc lancé une série de réunions publiques pour faire accepter son projet. A Tomioka, une centaine de personnes ont participé. Sur les 14 personnes autorisées à prendre la parole lors du débat, 13 ont exprimé leur opposition aux rejets en mer. Les pêcheurs, notamment, qui commencent seulement à regagner la confiance des consommateurs, craignent pour leurs ventes. Il ont mentionné, notamment, le strontium-90, qui est très radiotoxique et qui serait encore présent dans l’eau à rejeter.

D’autres ont dit ne pas avoir confiance dans TEPCo et les autorités qui ne parlent que du tritium alors qu’il reste de nombreux autres radioéléments dans l’eau à rejeter. Un membre du groupe de travail gouvernemental sur le problème de l’eau contaminé a admis qu’il sera peut-être nécessaire de traiter à nouveau cette eau avant de la rejeter.

Et certains ont évoqué, à nouveau, les rumeurs néfastes, bien pratiques pour ne pas aborder le fond. Les pêcheurs ne sont pas contre, mais craignent les rumeurs néfastes, à savoir les réactions irraisonnées des consommateurs. Face aux réactions irrationnelles, pas besoin de discuter des niveaux rejetés, de la nécessité de revoir les autorisations de rejet, de ce qu’il y a vraiment dans l’eau rejetée, de contrôles indépendants… Et, il y a fort à parier que les autorités vont proposer, comme d’habitude, de l’argent sous forme de campagnes de publicité et d’indemnisation.

Actuellement, 170 espèces marines sont à nouveau pêchées au large de Fukushima et les pêcheurs espèrent pouvoir reprendre bientôt la pêche de toutes les espèces capturées avant l’accident nucléaire. Les dernières données publiées par TEPCo font apparaître une faible contamination rémanente dans les espèces contrôlées.

Taiwan va devoir organiser un referendum sur l’importation de produits alimentaires de Fukushima et des environs

Comme de nombreux autres pays, Taiwan avait mis en place des restrictions sur l’importation d’aliments en provenance des provinces japonaises les plus touchées par les retombées radioactives de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il s’agit de Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Chiba et Gunma. Le gouvernement japonais fait pression sur les pays qui maintiennent de telles restrictions afin qu’elles soient levées.

Le gouvernement, dirigé par le Democratic Progressive Party, veut alléger ces restrictions, mais le parti nationaliste, dans l’opposition, le Kuomintang, est contre. A noter que le parti au pouvoir est contre l’énergie nucléaire, pas le Kuomintang. Ce dernier a lancé une pétition qui demande la tenue d’un referendum sur le sujet. Sa démarche est essentiellement à des fins électoralistes. Il aurait recueilli 470 000 signatures alors que seulement 280 000 sont nécessaires pour obtenir le tenue d’un referendum. Lors du referendum, il faut au moins 25% de votants pour qu’il soit validé.

Le referendum pour être organisé le 24 novembre prochain, en même temps que les élections locales.

Fin des logements gratuits en 2020 pour les personnes originaires des zones dites de retour difficile

Les autorités régionales de Fukushima ont annoncé vouloir cesser la prise en charge du logement pour la plupart des habitants originaires des zones dites de retour difficile, où la contamination radioactive est la plus élevée. Les aides financières ont cessé en mars dernier pour les habitants originaires des autres zones contaminées, qu’elles aient été évacuées ou non, mais certains bénéficient toujours d’une aide au logement.

Selon le Maïnichi, sont concernés par la présente décision, 3 298 foyers originaires des zones de retour difficile de Katsurao, Iitaté, Tomioka et Namié. En ce qui concerne les 1 661 foyers de Futaba et Ôkuma, les deux communes qui accueillent la centrale de Fukushima daï-ichi et qui ont été les plus touchées par les retombées radioactives, les autorités vont faire des sondages avant de décider si elles continuent ou non leur soutien au-delà de mars 2020.

Par ailleurs, toujours selon le Maïnichi, l’aide au logement va cesser dès mars 2019 pour 2 389 foyers originaires de 5 communes où les ordres d’évacuer ont été levés. Elle pourrait être maintenue pour certaines personnes qui ont des besoins spécifiques.

Encore une fuite d’eau à l’usine de retraitement de Rokkashô-mura

L’usine de retraitement de Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, accumule les déboires et sa mise en service, prévue pour 2021, accuse déjà 24 années de retard. Cette fois-ci, c’est une fuite d’eau qui vient d’être découverte, au niveau de tuyaux liés à une piscine d’entreposage. Après inspection, l’exploitant a trouvé une vingtaine de points de corrosion et un trou, mais, officiellement, sans impact sur la sûreté de la piscine.

Ce ne sont pas les premières fuites et les inspections se poursuivent.

79ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 79ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 13,3 milliards de yens (102 millions d’euros au cours actuel). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 375 milliards de yens (plus de 64,4 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.