A propos

Mis en avant

L’ACROnique de Fukushima vous propose un suivi régulier des évènements liés à la catastrophe nucléaire en cours au Japon ainsi qu’une reconstitution des évènements des premiers jours. Ce travail est effectué par l’ACRO, association dotée d’un laboratoire d’analyse de la radioactivité qui s’est beaucoup investie pour venir en aide aux populations affectées par les deux accidents majeurs qui ont eu lieu à Tchernobyl et Fukushima. Elle a notamment fortement soutenu la création d’un laboratoire similaire à Tôkyô.

L’association a aussi analysé les plans d’urgence de plusieurs pays en cas d’accident nucléaire grave.

Nos autres sites Internet :

ACRO Tchernobyl, 30 ans après Transparence nucléaire


Une information indépendante a un coût. L’ACRO a besoin de votre soutien :
partiellement déductible des impôts.
Même une petite somme est la bienvenue

Suspension de l’instruction du dossier de sûreté de Tsuruga à cause de falsification de données

L’Autorité de régulation nucléaire a décidé de suspendre à nouveau l’instruction du dossier de sûreté du réacteur n°2 de la centrale de Tsuruga, suite à la falsification données géologiques relatives à la faille qui passe sous la centrale par l’exploitant, Japan Atomic Power Co..

Rappelons qu’après de longues investigations, l’Autorité de régulation nucléaire avait conclu, en novembre 2014, que la faille qui passe sous le réacteur n°2 est encore active, ce qui conduit à l’interdiction d’exploitation. L’exploitant a toujours contesté ces conclusions et a déposé une demande d’autorisation de remise en service, un an plus tard. Mais, comme nous l’avons déjà rapporté en février 2020, l’Autorité de régulation soupçonne l’exploitant d’avoir falsifié les documents soumis. Dans les zones les plus critiques, les données avaient été effacées et remplacées par d’autres, qui faisaient apparaître la faille comme moins active.

L’exploitant avait alors reconnu avoir effectué 80 modifications, suite à de nouvelles investigations. Certains changements ont été apportés afin d’exclure la possibilité que la faille se soit déplacée dans le passé. L’exploitant avait expliqué qu’il n’y avait rien d’intentionnel, car il ne savait pas qu’il ne devait pas modifier les données… Le président de l’Autorité de régulation nucléaire avait jugé ces explications “grotesques”. Cela avait conduit à une première suspension de l’instruction, qui avait repris en octobre 2020, après que l’exploitant ait transmis toutes les données brutes collectées par le sous-traitant qui a conduit les investigations géologiques.

Des inspections ont alors été menées au siège de la Japan Atomic Power Co., ce qui a permis de découvrir que la gestion des tâches de l’entreprise était inappropriée. L’Autorité de régulation nucléaire vient donc de décider de suspendre à nouveau l’instruction du dossier de sûreté jusqu’à ce qu’elle confirme que l’exploitant a amélioré la gestion des données, car la fiabilité de la documentation est indispensable.

Japan Atomic Power Co. a quatre réacteurs nucléaires, dont deux arrêtés définitivement. Elle n’a pas remis en service les deux autres depuis 10 ans. Comme sa seule activité est de fournir de l’électricité nucléaire à d’autres compagnies d’électricité, dont TEPCo, elle n’a plus de revenu et aurait fait faillite sans leur soutien financier. L’autre centrale est à Tôkaï-mura où la justice a suspendu la remise en service du réacteur n°2.

Les Jeux de la reconstruction ?

Le gouvernement japonais voulait faire des JO, les Jeux de la reconstruction et montrer au monde les progrès réalisés dans les zones sinistrées par la triple catastrophe et lutter contre les “rumeurs néfastes”. Mais, avec la pandémie et l’absence de spectateurs lors des évènements sportifs, peu de touristes iront dans le Tôhoku.

De la nourriture de Fukushima est servie au village olympique, mais personne n’en a entendu parlé en dehors, peut-être, des délégations…

42ème réunion du comité de suivi sanitaire à Fukushima : 4 nouveaux cas de cancer de la thyroïde dépistés

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les documents de la 42ème réunion du comité de suivi sanitaire qui inclut la campagne de dépistage des cancers de la thyroïde chez les jeunes de la province. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait proposer son propre résumé en anglais. Pour en savoir plus, lire ou relire notre revue de littérature scientifique sur le sujet.

Tous les jeunes de Fukushima, qui avaient moins de 18 ans lors de la catastrophe nucléaire ou qui étaient encore dans le ventre de leur mère, sont concernés (nés entre le 2 avril 1992 et le 1er avril 2012). Avec un dépistage tous les deux ans par échographie, certains jeunes en sont à leur 5ème examen médical. Après 20 ans, le dépistage suivant se fait à l’âge de 25 ans.

Les données publiées lors de la 41ème réunion sont ici, à titre de comparaison. A noter que lors de cette réunion, toutes les données, à l’exception de la première campagne de dépistage, ont été remises à jour à la date du 31 mars 2021 et sont synthétisées dans ce document en japonais.

Le nombre de cancers de la thyroïde détectés lors des deuxième et troisième campagnes de dépistage n’a pas changé, en revanche, il y a plus de cas confirmés après intervention chirurgicale : +1 pour la deuxième campagne (données en japonais mises à jour) et +2 pour la troisième (données en japonais mises à jour).

Lors de la quatrième campagne de dépistage, dont les résultats sont détaillés ici en japonais, 3 nouveaux cas de cancer suspecté sont apparus, pour atteindre un total de 33 cas. Parmi eux, 27 ont été confirmés par une intervention chirurgicale, soit 2 de plus que la dernière fois. Ces résultats sont à la date du 3 mars 2021. A noter que les autorités de Fukushima ont publié en même temps le bilan précédent, qui fait le point à la date du 31 décembre 2020.

Il n’y a toujours pas de cancer de la thyroïde détecté lors de la cinquième campagne de dépistage, dont les résultats sont détaillés ici en japonais, ce qui est une bonne nouvelle. Ces résultats sont à la date du 3 mars 2021. A noter que les autorités de Fukushima ont publié en même temps le bilan précédent, qui fait le point à la date du 31 décembre 2020.

Pour les jeunes qui avaient moins de 18 ans au moment de l’accident et qui ont maintenant plus de 25 ans, les résultats détaillés en japonais sont ici. Il y a 9 cas de cancer suspecté, soit un de plus que lors de la dernière mise à jour, dont toujours 6 confirmés par chirurgie.

On arrive donc à un total de 260 cas de cancers de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 218 ont été confirmés lors d’une intervention chirurgicale (carcinome papillaire : 215 ; carcinome peu différencié : 1 ; carcinome folliculaire : 1 ; autre carcinome thyroïdien : 1). Il n’y a toujours qu’un seul cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention (première campagne).

Le nombre de cas nouveaux, qui n’ont été détectés qu’à partir de la seconde campagne de dépistage (144), est plus élevé que le nombre de cas détectés lors de la première campagne (116), qui peut inclure des cancers qui existaient déjà avant la catastrophe nucléaire.

Le tableau ci-dessous synthétise les données issues du dépistage officiel. Le taux de dépistage diminuant au fur et à mesure des campagnes, le nombre de cas réels est forcément plus élevé. De fait, les cas de cancer détectés en dehors du programme de suivi ne sont pas comptés, même si l’intervention chirurgicale a eu lieu à l’université de médecine de Fukushima, en charge du suivi… Enfin, le dépistage gouvernemental n’a lieu que dans la province de Fukushima alors que les provinces voisines ont aussi été touchées par les retombées radioactives. Les cas de cancer de la thyroïde qui pourraient y apparaître échappent aussi aux données officielles.

  Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 091 547 116 101
Deuxième campagne 270 552 1 834 207 71 55
Troisième campagne 217 922 1 068 79 31 29
Quatrième campagne 183 239 972 82 33 27
Cinquième campagne 21 624 0 0 0 0
Plus de 25 ans 7 260 227 17 9 6
Bilan des campagnes de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima au 31 mars 2021

Le bilan synthétique indique aussi que 9 de ces enfants avaient moins de 5 ans au moment de l’accident, soit un de plus que la dernière fois. Il convient de noter que le premier cas découvert par le fond de soutien n’est pas dans les statistiques officielles, car il n’a pas été pris en charge via le suivi mis en place par les autorités. Les très jeunes enfants ont été particulièrement touchés par les retombées radioactives de Tchernobyl. Lors des premières années de la catastrophe de Fukushima, l’absence de cas de cancer chez les très jeunes enfants était utilisé comme argument pour prétendre que la radioactivité n’était donc probablement pas à l’origine de l’élévation significative du nombre de cancers de la thyroïde chez les jeunes. Ce point est passé sous silence maintenant que des cas ont aussi été découverts à Fukushima.

Ce rapport en japonais mentionne qu’au 31 décembre 2018, 180 des patients ont été opérés de la thyroïde à l’Université de médecine de Fukushima. Sur ces 180 patients, 161 ont été adressés suite à au programme de dépistage de la thyroïde et 19 ont été adressés par d’autres sources. Ce qui signifie que ces 19 cas, qui représentent environ 10% des interventions, ne sont pas pris en compte dans les données ci-dessus.

Sur ces 180 cas, 175 étaient des carcinomes papillaires, 2 des carcinomes folliculaires, 1 un carcinome peu différencié et 2 autres types de cancers de la thyroïde. Une thyroïdectomie totale a été réalisée dans 8,9 % des cas et une unilobectomie dans 91,1 % des cas. Le nombre de cas à très faible risque qui auraient pu bénéficier d’un suivi non opératoire était très faible. Le rapport mentionne aussi que des métastases des ganglions lymphatiques ont été trouvées dans 72 % des cas, une invasion du tissu périthyroïdien dans 47 % des cas et des métastases pulmonaires dans 1,7 % des cas.

TEPCo va re-réformer sa gouvernance

Suite à la catastrophe nucléaire de 2011 à sa centrale de Fukushima daï-ichi, TEPCo avait réformé sa gouvernance et s’était engagée à faire de la sûreté sa priorité absolue. Elle s’était, notamment, engagée par écrit, à respecter un nouveau code de sûreté en 7 points et l’Autorité de régulation nucléaire en avait déduit que la compagnie était apte à exploiter du nucléaire.

Suite aux scandales liés à la sécurité, qui ont conduit à lui interdire de redémarrer des réacteurs de sa seule centrale, située à Kashiwazaki-Kariwa, dans la province de Niigata, TEPCo annonce qu’elle va réformer sa gouvernance…

Son nouveau calendrier de remise en service des réacteurs est octobre 2022, au plus tôt, pour la tranche n°7 et avril 2024 pour la tranche 6. Pour les autres tranches, ce sera après 2028. Pour les tranches 2, 3 et 4, arrêtées depuis le séisme de 2007, cela fera donc plus de 20 ans dans les limbes. La compagnie va maintenant aller réclamer la prolongation des aides financières.

Nouveau plan énergétique du Japon

Le 22 avril 2021, lors du sommet sur le climat organisé par les Etats-Unis, le premier ministre japonais a annoncé un nouvel objectif, plus ambitieux, de réduction des gaz à effet de serre : en 2030, ils auront baissé de 46% par rapport à 2013. C’était 26% lors de la COP21 à Paris. En octobre 2020, il a aussi promis la neutralité carbone à l’horizon 2050. Mais la mise en œuvre est complexe.

Les énergies fossiles représentent actuellement 80% de la production d’électricité. A lui seul, le charbon a fourni 32% de l’électricité en 2019. Et si toutes les centrales thermiques étaient mises à l’arrêt d’ici 2030, cela ne suffirait pas, comme le rapporte le Maïnichi. Même si la priorité est d’arrêter les centrales à charbon qui sont les plus émettrices de CO2, il faudra aussi réduire la demande en énergie.

Le gouvernement veut modifier la réglementation pour faciliter et accélérer le développement des énergies renouvelables. Selon l’Asahi, il devrait permettre, en particulier, l’accès aux ressources géothermiques dans les parcs nationaux. Il y a actuellement 62 centrales géothermiques et le gouvernement veut en doubler le nombre d’ici 2030. Il sera aussi plus facile d’installer des panneaux solaires sur des terres agricoles. Le but est de doubler la part des renouvelables dans la production d’électricité pour atteindre 36 à 38% en 2030, pour atteindre 60% d’électricité décarbonée. C’était 18% de renouvelables en 2019 et le précédent plan prévoyait 22 à 24% en 2030.

L’installation de grandes centrales solaires ne va pas sans poser de problèmes. Outre l’artificialisation de terres, il y a eu des coulées de boue, voire des glissements de terrain.

Quant à l’énergie nucléaire, elle représente actuellement 6% de la production d’électricité, contre environ 30% avant 2011, sachant que seulement 10 réacteurs ont été remis en service en 10 ans, alors qu’il y en avait 54 avant la catastrophe nucléaire. Un est suspendu par la justice (voir notre bilan). Si la dernière remise en service date de juin 2021, il n’y en a eu aucune en 2019 et en 2020. La cible de 20 à 22% de nucléaire en 2030, maintenue dans le nouveau plan, nécessiterait la remise en service d’au moins 25 réacteurs.

Le nouveau plan ne devrait pas prévoir la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Sans surprise, l’opinion publique est contre, mais c’est surtout le coût qui a entraîné un changement de politique. Selon le Maïnichi, le ministère de l’industrie vient, en effet, d’estimer que l’électricité d’origine nucléaire coûtera plus cher que celle d’origine solaire en 2030. Voici les chiffres repris par l’Asahi :

En revanche, le gouvernement envisage d’autoriser l’exploitation des vieilles centrales nucléaires au-delà de 60 ans. Rappelons que la durée d’exploitation est limitée à 40 ans depuis la catastrophe de Fukushima, sauf exception, où une exploitation jusqu’à 60 ans peut être autorisée. Sur les 10 réacteurs remis en service, un seul a plus de 40 ans actuellement : Mihama-3. Cela ne suffira pas pour atteindre le quota espéré en 2030.

Dans tous les cas, il faudra aussi que les autorités japonaises réduisent drastiquement la consommation d’énergie. Le gouvernement est en train d’élaborer un plan pour les 28 500 établissements scolaires – écoles et collèges – qui devraient aussi pouvoir être transformés en refuges en cas de catastrophe. Ils devraient devenir des bâtiments passifs, avec une meilleure isolation et des équipements d’énergie renouvelable. Ces derniers équipent déjà 30% des établissements.

L’AIEA va examiner les rejets en mer de Fukushima

Le Japon et l’Agence Internationale de l’énergie atomique (AIEA) viennent de signer un accord à propos de l’eau contaminée de Fukushima qui doit être rejetée dans l’océan, conformément à la décision du gouvernement. Selon le communiqué de l’agence de l’ONU, cette dernière va examiner les différentes étapes du plan de rejet, à savoir :

  • la caractérisation des effluents avant rejet,
  • les aspects de sûreté,
  • la surveillance de l’environnement,
  • l’évaluation du calcul d’impact et
  • les contrôles du régulateur japonais.

L’accord n’est pas public, mais cela ressemble essentiellement à un examen de dossiers. TEPCo, dans son communiqué, parle de “revue”. Les médias japonais mentionnent que quelques prélèvements seront effectués lors des missions de l’AIEA sur place. Pas sûr que cela suffise à rassurer les Japonais et les autres pays, comme le prétend l’AIEA dans son communiqué. D’autant plus que l’agence n’a jamais rien trouvé à redire en 10 ans. Il n’y a donc pas grand chose à attendre de cet accord.

Genkaï devra revoir sa résistance aux séismes

En avril dernier, l’Autorité de régulation nucléaire a revu ses critères d’évaluation des mouvements lors des séismes et a demandé aux exploitants du nucléaire de réévaluer la résistance aux séismes de leurs installations. Kyûshû Electric est en train de faire l’exercice pour sa centrale de Sendaï, dans la province de Kagoshima.

Mais, Kyûshû Electric considère que cela ne change rien pour sa centrale de Genkaï, située dans la province de Saga : elle tiendra même avec la nouvelle méthode de calcul. Mais, selon l’Asahi, ce n’est pas l’avis de l’Autorité de régulation nucléaire qui estime, quant à elle, que l’accélération maximale des secousses pourrait dépasser ce qui avait été pris en compte jusqu’à présent. L’exploitant a, alors, trois ans pour renouveler son autorisation d’exploitation, sans avoir besoin d’arrêter sa centrale.

L’Autorité de régulation nucléaire a, cependant, validé le dossier de Kansaï Electric qui conclut qu’il n’y a pas besoin de réviser la résistance de ses centrales de Takahama et Ôï, toutes deux situées dans la province de Fukui.

Le fiasco du retraitement des combustibles usés au Japon

Le coût total du projet d’usine de retraitement des combustibles usés de Rokkashô-mura, qui accuse 25 années de retard dans sa mise en service a atteint 14 440 milliards de yens (109,4 milliards d’euros au cours actuel), selon le Tôkyô Shimbun. Cela inclut la maintenance et l’exploitation. Il a augmenté de 500 milliards de yens depuis 2020 (3,4 milliards d’euros). Le coût total du projet était estimé à 13 940 milliards de yens en 2008.

Le coût du renforcement de la sûreté, suite à l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi, est estimé à 980 milliards de yens (7,4 milliards d’euros). Et le coût de l’usine, quant à lui, atteint désormais 2 430 milliards de yens (18,4 milliards d’euros).

Le gouvernement japonais s’obstine à vouloir retraiter les combustibles usés, même s’il n’a pas de débouchés pour le plutonium extrait. Et ce sont les résidents au Japon qui payeront, via leur facture d’électricité.

Rejets dans l’océan de l’eau contaminée : quels contrôles ?

TEPCo et les autorités ont décidé de rejeter dans l’océan l’eau contaminée qui s’accumule dans les cuves, après traitement. Pour le tritium, qui ne peut pas être filtré, la stratégie va consister à diluer cette eau de façon à ce que la concentration passe sous la limite de 1 500 Bq/L. Comment se fera le contrôle ?

TEPCo va d’abord effectuer une mesure de la contamination en tritium de l’eau qu’elle souhaite rejeter afin de déterminer le facteur de dilution à appliquer. Puis, une fois la dilution effectuée, des prélèvements auront lieu lors du rejet en mer. Mais, étant donné le délai nécessaire à la mesure, l’eau sera rejetée avant de connaître le résultat, selon le Maïnichi. Ce contrôle supplémentaire, en cours de rejet, a pour but de vérifier qu’il n’y a pas de dysfonctionnement et que la dilution dans de l’eau de mer se passe comme prévu. Pour attendre le résultat des contrôles avant rejet, il faudrait installer des cuves tampon qui vont compliquer les procédures et les rendre plus onéreuses. TEPCo préfère l’éviter. Elle doit soumettre sa procédure à l’Autorité de régulation nucléaire.

Mais, il n’y a pas que le tritium dans cette eau. Il faut aussi s’assurer que la contamination résiduelle de 63 autres radioéléments est bien inférieure aux limites autorisées. TEPCo a commencé à traiter une deuxième fois l’eau qui n’avait pas été traitée correctement. Les premiers tests étaient concluants et la compagnie a publié ses données relatives à la contamination résiduelle.

TEPCo a demandé à un laboratoire tiers, dont le nom n’est pas donné, de refaire les mesures et elle vient de rendre les résultats publics. Ils sont cohérents avec les siens. Mais le laboratoire tiers a mis deux mois pour analyser un échantillon, tout comme TEPCo. Ces délais doivent être réduits. Autre problème : comme il devra contrôler en continu, il doit s’assurer de bien disposer d’appareils redondants et de personnel qualifié en nombre suffisant afin de pouvoir faire face à une défaillance.

Les déchets issus de traitement de l’eau posent aussi un problème, comme nous l’avons rapporté. Leur contamination devrait aussi être contrôlée par des tiers…

Nouvelles du parc nucléaire japonais

Kansaï Electric (KEPCo) vient de remettre en service le réacteur nucléaire Mihama-3, situé dans la province de Fukui. Arrêté en mai 2011, ce réacteur de 826 MWe était hors service depuis plus de 10 ans… C’est aussi le réacteur de plus de 40 ans à repartir. Il avait été mis en service en décembre 1976 et ne pourra donc être exploité que jusqu’en 2036. L’autorisation de prolongement de l’exploitation au-delà de 40 ans avait été demandée en avril 2015 et obtenue en novembre 2016, mais il a fallu faire les travaux de renforcement de la sûreté entre temps.

Les autorités régionales de Fukui avaient conditionné leur accord à la remise en service de tout réacteur à la création d’un entreposage pour les combustibles usés en dehors de la province. Elles ont mangé leur chapeau pour pouvoir bénéficier d’une manne financière supplémentaire liée au redémarrage du réacteur en se contentant d’une vague promesse…

Mihama-1 et 2 ont été arrêtés définitivement en avril 2015.

Il s’agit du 10ème réacteur nucléaire qui redémarre depuis la catastrophe de Fukushima, sur un parc de 54 tranches en 2010. Voir notre état des lieux sur le parc nucléaire japonais. Mais Mihama-3 devra être arrêté le 23 octobre 2021 car KEPCo n’a pas installé les moyens de protection contre les agressions terroristes dans les temps impartis. Une plainte a aussi été déposée auprès du tribunal d’Ôsaka pour obtenir sa suspension.

Les dernières remises en service de réacteurs nucléaires au Japon remontent à 2018. Il n’y en a pas eu en 2019 et en 2020. Il n’y en aura probablement pas d’autre en 2021…

Ce même jour, l’autorité de régulation nucléaire a validé le dossier de demande de remise en service de Shimané-2, après plus de 7 années d’instruction. Ce réacteur à eau bouillante satisfait donc aux nouvelles règles de sûreté établies après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’avis va être soumis à la consultation du public. De plus, l’exploitant, Chûgoku Electric, doit effectuer les travaux de renforcement de la sûreté. Ce ne sera pas avant début 2022. Il lui faudra aussi obtenir l’accord des autorités locales, sachant que cette centrale est située à proximité de Matsué, la capitale régionale et qu’il y a 460 000 habitants dans un rayon de 30 km.

Enfin, TEPCo a débuté les travaux de démantèlement de sa centrale Fukushima daï-ni, située à une douzaine de kilomètres au sud de la centrale accidentée. La compagnie espère terminer pour 2064. Le coût est estimé à 410 milliards de yens (3,10 milliards d’euros). Evidemment, il n’y a aucune solution de gestion des déchets radioactifs issus de ces travaux.

La décision d’arrêter définitivement cette centrale remonte à 2018 et l’autorisation à la démanteler au 28 avril 2021. TEPCo est donc en train de démanteler 10 de ses 17 réacteurs.