Manipulation de cendres radioactives sans protection ni information suffisantes

Les déchets organiques issus de la décontamination sont incinérés pour réduire les volumes (voir notre reportage sur l’industrie du déchet), et les cendres sont fortement radioactives et leur manipulation doit se faire avec précautions.

Un ancien employé d’un incinérateur d’Iitaté accuse son employeur de ne pas l’avoir assez protégé. Il craint pour sa santé et a porté plainte.

Selon le blog qui rapporte l’affaire, il a travaillé un an et 4 mois à partir d’août 2016. Son masque ne protégeait que la moitié du visage et non sa totalité comme exigé par la réglementation et il ne portait pas d’habits de protection. Ses demandes d’être mieux protégé auraient été ignorées par son employeur.

Selon les documents mis en ligne, la contamination des cendres a atteint 160 000 Bq/kg.

Ce serait la première plainte d’un employé d’un incinérateur de déchets radioactifs.

Rapport pour le Conseil des Droits Humains de l’ONU

Trois rapporteurs de l’ONU ont préparé un rapport qui dénonce les conditions de travail sur les chantiers de décontamination de Fukushima et à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’ONU ne publie qu’un communiqué de presse en anglais est en ligne. En voici une traduction rapide avec l’aide de deepl.com :

Le Japon doit agir d’urgence pour protéger les dizaines de milliers de travailleurs qui seraient exploités et exposés à des radiations nucléaires toxiques dans le cadre des efforts de décontamination de la centrale nucléaire de Fukushima Daichi, selon trois experts en droits humains des Nations Unies*.

“Les travailleurs engagés pour décontaminer Fukushima incluraient des migrants, des demandeurs d’asile et des sans-abri “, ont déclaré les experts.

“Nous sommes profondément préoccupés par l’exploitation possible par la tromperie concernant les risques d’exposition aux rayonnements, la coercition possible pour accepter des conditions de travail dangereuses en raison de difficultés économiques, et le caractère adéquat de la formation et des mesures de protection.

“Nous sommes également préoccupés par l’impact que l’exposition aux rayonnements peut avoir sur leur santé physique et mentale “, ont-ils ajouté.

La contamination de la zone et l’exposition aux rayonnements demeurent un danger majeur pour les travailleurs qui tentent de rendre la zone sûre sept ans après la catastrophe nucléaire qui a suivi les dommages causés à la centrale par un séisme et tsunami.

Des dizaines de milliers de travailleurs ont été recrutés au cours des sept dernières années dans le cadre du programme de décontamination. Le Ministère japonais de la santé, du travail et de la protection sociale indique sur son site Web que 46 386 travailleurs ont été employés en 2016, et le Centre central d’enregistrement des travailleurs irradiés du Japon a indiqué que 76 951 travailleurs en décontamination ont été embauchés au cours de la période de cinq ans allant jusqu’en 2016.

“Les personnes les plus exposées aux substances toxiques sont les plus vulnérables à l’exploitation : les pauvres, les enfants et les femmes, les travailleurs migrants, les personnes handicapées et les travailleurs âgés. Ils sont souvent exposés à une myriade de violations des droits de l’homme, contraints de faire le choix abominable entre leur santé et leur revenu, et leur sort est invisible pour la plupart des consommateurs et des décideurs politiques qui ont le pouvoir de le changer”, ont déclaré les experts.

“Des rapports détaillés indiquant que les contrats de décontamination ont été accordés à plusieurs grandes entreprises et qu’ils ont été sous-traités à des centaines de petites entreprises, sans expérience, sont préoccupants. Ces arrangements, ainsi que le recours à des recruteurs pour trouver un nombre considérable de travailleurs, peuvent avoir créé des conditions favorables aux abus et aux violations des droits des travailleurs”.

Les experts des droits de l’homme de l’ONU ont entamé un dialogue avec le Gouvernement depuis l’année dernière et ont tenu compte d’une réponse récente à leurs préoccupations les plus récentes.

Dans le cadre de l’Examen périodique universel, le Japon a récemment “accepté de donner suite” à une recommandation d’autres États de rétablir les niveaux de rayonnement à ceux d’avant la catastrophe pour protéger le droit à la santé des femmes enceintes et des enfants, entre autres recommandations. Les experts exhortent vivement le Gouvernement à abaisser la dose admissible de rayonnement à 1 mSv/an pour protéger les enfants et les femmes qui pourraient tomber enceintes.

Les experts de l’ONU restent disponibles pour donner des conseils sur la meilleure façon d’aborder la question actuelle de l’exposition des travailleurs aux rayonnements toxiques à la suite d’une réponse antérieure du gouvernement japonais, et sur la nécessité de renforcer la protection des travailleurs.

En septembre, l’un des experts de l’ONU, Baskut Tuncak, présentera un rapport au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, demandant aux États et aux employeurs de renforcer la protection des travailleurs contre l’exposition aux substances toxiques, et proposant des principes à cet égard.

(*) Les experts de l’ONU : M. Baskut Tuncak, Rapporteur spécial sur les conséquences pour les droits de l’homme de la gestion et de l’élimination écologiquement rationnelles des substances et déchets dangereux, Mme Urmila Bhoola, Rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage, y compris leurs causes et conséquences, et M. Dainius Puras, Rapporteur spécial sur le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible.

La réponse du Japon ne s’est pas fait attendre. Sans surprise, il rejette ces accusations. Voir le communiqué sur le site du Ministère des Affaires Etrangères, qui inclut le courrier reçu de l’ONU et la réponse apportée par le Japon.

Le courrier adressé au Ministre des affaires étrangères rappelle les engagements du Japon lors de la revue périodique qui s’est terminée en mars dernier. Il y est notamment question du retour à la limite de 1 mSv/an pour les enfants et les femmes enceintes et le soutien aux personnes auto-déplacées. L’essentiel de la lettre concerne les travailleurs, comme indiqué dans le communiqué ci-dessus et demande au gouvernement japonais d’apporter des garanties pour faire respecter les droits des travailleurs et de justifier certaines de ces décisions.

Les réponses apportées par le Japon sont assez précises, pour ce qui est des travailleurs. Il ne nie pas certains problèmes, mais récuse le caractère alarmant des accusations des trois rapporteurs. Le nombre de violations du droit du travail ne serait pas anormalement élevé. La réponse n’aborde pas le problème de la limite de dose qui reste très élevée pour les enfants et les femmes enceintes, ni l’arrêt de tout soutien pour les personnes déplacées.

Vente de souvenirs à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a commencé à vendre des pochettes ornées de photos souvenirs dans les supérettes situées sur le site de la centrale nucléaire accidentée. Selon la compagnie, le prix est quasiment identique au coût. Ces souvenirs auraient été mis en vente à la demande de visiteurs et de travailleurs.

Certaines images représentent les réacteurs accidentés et d’autres des travailleurs en action.

Vidéos de TEPCo sur les progrès réalisés

TEPCo a mis en ligne deux vidéos sur les progrès réalisés à la centrale de Fukushima daï-ichi.

La première en anglais, donne un aperçu général des travaux de sécurisation du site. Les images du tout début de la catastrophe sont toujours aussi impressionnantes. Tout se passe bien et le mot “radioactivité” n’est utilisé que quand il y a une solution, comme pour les débris le long du littoral, qui ont été retirés depuis et pour l’eau qui est traitée. La phrase de conclusion est de la belle langue de bois : “Nous allons continuer à démanteler de façon sûre”, comme si tout avait été fait de façon sûre jusqu’à maintenant…

La deuxième vidéo, sous-titrée en anglais, traite de l’eau contaminée. Cette vidéo n’explique pas le traitement de l’eau radioactive, ni de ce qui est envisagé pour le million de mètres cubes d’eau accumulée. La seule donnée, est que la quantité d’eau accumulé quotidiennement a été divisée par 4.

Déjà 4 compagnies ont envoyé des stagiaires vietnamiens en zone contaminée

Suite au scandale des apprentis vietnamiens envoyés illégalement sur des chantiers de décontamination ou à la centrale de Fukushima daï-ichi, le ministère de la justice a débuté une enquête auprès de 1 002 compagnies du bâtiment dans 8 ou 9 provinces qui prennent part au programme de formation de stagiaires étrangers. Selon un bilan provisoire, sur 182 compagnies, 4 auraient envoyé des stagiaires étrangers sur des chantiers de décontamination.

Par ailleurs, pour ce qui concerne la compagnie de Morioka dans la province d’Iwaté, par qui le scandale est arrivé, elle n’est plus autorisée à prendre des stagiaires dans le cadre de ce programme pendant 5 ans. Le ministère précise qu’elle a envoyé plusieurs apprentis vietnamiens décontaminer la zone évacuée alors que ce n’était pas dans leur programme de formation et qu’elle ne leur a pas versé de prime de risque. Ils recevaient 2 000 yens (15€) par jour alors que le gouvernement versait à la compagnie une prime de risque de 6 600 yens (51€) par jour et par personne.

Si telle est la sanction, cela signifie que ce programme de formation est très avantageux pour les compagnies, alors qu’il devrait d’abord bénéficier aux apprentis… Pour les trois autres compagnies, deux à Fukushima et une à Chiba, la sanction n’a pas encore été décidée.

L’enquête devrait se terminer fin septembre prochain. De nombreux autres cas pourraient être découverts d’ici là.

Selon l’AFP, le Japon comptait un peu plus de 250 000 de ces apprentis fin 2017. Ils sont cependant de plus en plus nombreux à quitter leur employeurs de manière précipitée (7 089 l’an dernier, contre 2 005 en 2012). Beaucoup ont justifié leur départ par la faible rémunération perçue.

Des stagiaires vietnamiens envoyés à la centrale de Fukushima daï-ichi

Après le scandale lié à l’emploi de stagiaires vietnamiens sur les chantiers de décontamination, on apprend que 6 autres stagiaires vietnamiens ont été envoyés récemment à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi par une compagnie sous-traitante, Hazama Ando, alors que TEPCo interdit cette pratique depuis février 2017. Ils ont participé à la construction d’un incinérateur de déchets.

C’est le Maïnichi qui a révélé l’affaire. TEPCo précise que le travail n’a pas eu lieu en zone contrôlée et ne nécessitait pas de mesures de radioprotection particulières. Quatre de ces stagiaires venaient à peine d’arriver et ne comprenaient pas le japonais. Ils ont expliqué au quotidien avoir reçu des dosimètres, mais aucune information sur la dose reçue.

La compagnie sous-traitante se justifie par le manque de main d’œuvre.

Rappelons que le Vietnam a renoncé récemment à son programme nucléaire civil et que le programme de formation est supposé bénéficier au pays au retour des stagiaires. Comme l’explique le Maïnichi dans un autre article, ces stagiaires ont dû emprunter pour se rendre au Japon. Ils ne peuvent donc pas quitter la compagnie qui les formes, contrairement aux jeunes Japonais.

Extension de la zone où un simple masque en papier est suffisant à Fukushima daï-ichi

TEPCo annonce avoir étendu la zone où un simple masque en papier est suffisant sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi, en vert sur les cartes ci-dessous :

Les maques en fonction des couleurs sont :

Il n’y a plus qu’à proximité des réacteurs accidentés qu’il faut avoir un masque intégrale. La zone intermédiaire entoure les réacteurs et les installations de traitement de l’eau contaminée.

Stagiaires vietnamiens privés de prime de risque sur les chantiers de décontamination

Un stagiaire vietnamien avait récemment dénoncé la compagnie qui le formait car il avait été envoyé sur des chantiers de décontamination et de démolition sans que cela soit prévu dans son contrat. Il a expliqué n’avoir reçu aucune information relative aux risques liés à la radioactivité.

Le 6 avril, le ministère de l’environnement a annoncé que plusieurs stagiaires vietnamiens envoyés sur ces chantiers n’avaient pas reçu la prime de risque auxquels les décontamineurs ont droit. Selon le Maïnichi, qui rapporte cette information, la compagnie a pourtant indiqué aux autorités avoir payé cette prime. Le ministère du travail et des affaires sociales enquête.

Dans un autre article paru quelques jours plus tard, le Maïnichi précise que la compagnie a retenu pour un total de 1,6 millions de yens (12 000 €) de primes en 7 mois à trois stagiaires vietnamiens envoyés sur des chantiers de décontamination. La prime est de 4 600 yens (35 €) par jour. Cela représente une grosse somme au Vietnam.

Trois entreprises ont été punies dans cette affaire et elles ne peuvent plus répondre à des appels d’offres publics pendant un mois.

Depuis, une association de soutien a annoncé que trois autres Vietnamiens ont été envoyés en “stage de formation” sur les chantiers de décontamination. Cela fait un total de 4 stagiaires soutenus.

Un stagiaire vietnamien envoyé sur des chantiers de décontamination sans information sur les risques liés aux radiations

Le Japon a mis en place un système de formation pour des étrangers dans les entreprises japonaises afin qu’ils acquièrent des compétences utiles pour leur pays d’origine. Un jeune Vietnamien de 24 ans, venu au Japon pour bénéficier de ce programme dans une entreprise de construction dit avoir été envoyé sur des chantiers de décontamination et de démolition en zone évacuée sans être informé des risques liés aux radiations. Il est défendu par le syndicat Zentoïtsu et par une association d’aide aux migrants (Solidarity Network with Migrants Japan, SMJ).

Après son arrivée en septembre 2015, il aurait été envoyé à Kôriyama plus d’une douzaine de fois entre octobre 2015 et mars 2016 pour décontaminer des zones résidentielles. Il aurait ensuite été envoyé à Kawamata, commune alors évacuées, sur des chantiers de démolition. Il a quitté la compagnie en novembre 2017, par crainte pour sa santé. Le syndicat l’aide dans ses démarches pour obtenir une prime de risque et son salaire jusqu’à la fin de son contrat. Selon le syndicat, il était payé 140 000 yens (environ 1 000 euros) par mois alors que les Japonais faisant un travail similaire auraient gagné environ 3 fois plus avec les primes de risque.

Un stagiaire n’aurait pas dû être envoyé sur un chantier à risque sans son consentement. La compagnie doit soumettre un plan de formation au ministère de la justice avant d’accepter un stagiaire. Les autorités vérifient si ce travail correspond bien au programme soumis, car il n’est pas interdit d’envoyer un stagiaire sur un chantier de décontamination. On peut se demander en quoi une formation à la décontamination peut être utile au stagiaire une fois de retour dans son pays. Pour en savoir plus, voir le Japan Times.

La compagnie, basée à Morioka, a déclaré au Maïnichi avoir informé le stagiaire, lors de l’interview au Vietnam, qu’il pouvait être amené à travailler sur des chantiers de décontamination et qu’il avait bénéficié d’une formation comme ses collègues japonais avant d’entrer sur le chantier. La compagnie reconnaît qu’il n’y avait pas d’interprète lors de cette formation.

Suite à cette affaire, les autorités ont décidé d’interdire les stagiaires étrangers sur les chantiers de décontamination dans les zones touchées par les retombées radioactives. Les compagnies qui participent à ce programme de formation devront signer un engagement en ce sens.

 

Chiffres clés pour le septième anniversaire

A l’approche du septième anniversaire de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias et les sites officiels. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure de leur apparition. Une version antérieure de cet article a été traduite en anglais par Hervé Courtois.

Les chiffres clés publiés à l’occasion du sixième anniversaire sont ici.

Situation des réacteurs

Les travaux visent essentiellement à sécuriser les réacteurs accidentés qui sont encore menaçants. A proximité, les débits de dose sont tels que le temps de séjour doit être très limité, ce qui complique les travaux.

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Depuis décembre 2014, la piscine de combustible du réacteur a été vidée et les travaux sont arrêtés car il n’est plus menaçant.

Les quelques débits de dose disponibles à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment en en cours de finition. La construction du toit, de forme cylindrique, est terminée. Le retrait des combustibles devrait débuter cette année et se terminer en 2019.

Les premières images prises à l’intérieur de l’enceinte de confinement ont conduit à réviser le scénario de fusion du cœur.

Les quelques débits de dose disponibles à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Il y aurait entre 188 et 394 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de la piscine. La compagnie a envoyé plusieurs robots dans l’enceinte de confinement afin de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris.

Plusieurs séries d’images ont été mises en ligne par la compagnie. Celles prises en janvier 2017 ont été analysées et remises en ligne en décembre 2017. On y voit un trou béant juste sous la cuve, fort probablement dû au passage du combustible fondu. Celles obtenues en janvier 2018 au fond de l’enceinte montrent ce que TEPCo pense être du corium et des fragments d’assemblage de combustible.

Les débits de dose à l’intérieur de l’enceinte de confinement sont létaux en quelques minutes. Les derniers résultats publiés suite à l’exploration de janvier 2018 sont assez surprenant : pas plus élevés à proximité de ce que TEPCo pense être du corium, mais plus élevés à l’extérieur.

Les quelques débits de dose disponibles à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Il y aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteur n°1

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo a commencé à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles.

Les débits de dose à l’intérieur du bâtiment réacteur sont ici exprimés en mSv/h, sachant que les limites sont en mSv/an. Ils datent de 2016.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteurs 5 et 6

Les réacteurs 5 et 6 étaient partiellement déchargés le 11 mars 2011 et un générateur diesel de secours était encore fonctionnel, ce qui a permis d’éviter la fusion du cœur. Ces réacteurs sont maintenant entièrement déchargés et vont être démantelés.

Contamination de la centrale

Les derniers débits de dose sur le site de la centrale publiés par TEPCo datent de février 2017 :

L’eau souterraine reste aussi contaminée. Chiffres à venir.

Eau contaminée

Le combustible qui a fondu et percé les cuves doit toujours être refroidi. A cette fin, TEPCo injecte 72 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 à cette fin (source). Cela fait un total de 216 m3/j. Cette eau se contamine fortement au contact du combustible fondu et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui s’y infiltre.

Au début de la catastrophe, les infiltrations s’élevaient à environ 400 m3 par jour, qui se contaminaient et qu’il fallait entreposer dans des cuves. Inversement, l’eau des sous-sols, fortement contaminée, fuyaient vers la nappe puis l’océan.

Pour réduire les infiltrations d’eau souterraine, TEPCo pompe en amont des réacteurs, avant que cette eau soit contaminée et la rejette directement dans l’océan. Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution.

La dernière barrière mise en place est le gel du sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km dans le but de stopper les infiltrations. Après de nombreux déboires, le gel est terminé depuis novembre 2017, mais l’effet reste limité. Même l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, doute sérieusement de l’efficacité de cette technique qu’elle considère désormais comme secondaire.

La mise en place du mur gelé a coûté 34,5 milliards de yens (265 millions d’euros) aux contribuables auxquels il faut ajouter plus d’un milliard de yens (8 millions d’euros) par an pour l’électricité.

Il y a un an, lors de notre précédent bilan, TEPCO pompait quotidiennement 135 m3 d’eau contaminée dans les sous-sols des bâtiments réacteurs et turbine, en plus de celle qu’elle injectait pour le refroidissement et 62 m3 des nappes phréatiques, ce qui faisait un total de 197 m3 qui s’accumulaient quotidiennement dans des cuves après traitement (source). C’est plus en cas de pluie, voire beaucoup plus lors des typhons.

Maintenant que le gel du sol est terminé, ces flux se sont réduits. Selon le dernier bilan publié par la compagnie, 75 m3 d’eau souterraine s’infiltrent quotidiennement dans les sous-sols des réacteurs auxquels il faut ajouter 15 m3 par d’eau souterraine pompée trop contaminée pour être traitée directement avant rejet en mer. Cela fait donc un total de 90 m3 par jour. Ces valeurs correspondent à une semaine sans pluie. En cas de fortes précipitations, c’est beaucoup plus, même si TEPCo a asphalté et bétonné tous les sols afin de limiter les infiltrations (source).

L’eau pompée dans les sous-sols est traitée puis entreposée dans des cuves sur le site de la centrale. TEPCo retire 62 radioéléments, mais il reste notamment le tritium, de l’hydrogène radioactif, qu’il est difficile de séparer. La compagnie annonce avoir déjà traité 1 891 070 m3 d’eau contaminée, ce qui a généré 9 219 m3 de déchets liquides très radioactifs et 597 m3 de boues radioactives. Une partie de cette est utilisée pour le refroidissement et le reste est stocké dans des cuves. Selon la compagnie, le stock d’eau traitée ou partiellement traitée s’élève à 1 037 148 m3 auxquels il faut ajouter 35 010 m3 d’eau dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine (source). Il y a près d’un millier de cuves pour garder cette eau qui occupent presque tout le site de la centrale.

Que faire de cette eau traitée ? Après avoir envisagé plusieurs pistes peu réalistes, il ne reste que le rejet en mer. La concentration en tritium serait d’un à cinq millions de becquerels par litre, ce qui est plus que la limite autorisée, fixée à 60 000 Bq/L. Mais, il suffit de diluer, comme cela est fait en fonctionnement normal. Le problème est plutôt du côté du stock total, estimé à 3,4 PBq (3,4 milliards de millions de becquerels), ce qui représente de l’ordre de 150 années de rejet à la limite autorisée.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le tritium, de 18,5 PBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11,6 et 13,4 PBq par an. Le stock de tritium de Fukushima représente donc 3 mois et demi de rejets à La Hague. De quoi rendre jalouses les autorités japonaises !

En revanche, on ne connait pas la concentration des autres radioéléments après filtrage. filtrés. C’est pourtant important pour faire une étude d’impact avant rejet. Toyoshi Fuketa, le président de l’Autorité de Régulation Nucléaire, a demandé à ce qu’une décision soit prise cette année, en précisant que le rejet en mer est la seule solution. La préparation du rejet devrait prendre deux à trois ans, selon lui, et TEPCo va rapidement manquer de place (source).

Travailleurs

A la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

Il y a aussi 1 203 personnes qui ont une limite plus élevée pour pouvoir continuer à pénétrer sur le site. Leur dose moyenne cumulée depuis le début de l’accident est de 36,49 mSv et la valeur maximale de 102,69 mSv.

• Le 1er avril 2016, TEPCo a remis tous les compteurs à zéro. Ainsi, 174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose de 100 mSv sur 5 ans peuvent revenir. Depuis cette date, jusqu’au 31 décembre 2017, 18 348 personnes ont travaillé en zone contrôlée, dont 16 456 sous-traitants (90%). Impossible de savoir combien d’entre eux ont déjà été exposés lors des cinq premières années. Durant cette période, les sous-traitants ont pris une dose moyenne cumulée de 4,29 mSv, avec un maximum à 60,36 mSv, alors que les employés de TEPCo ont pris une dose moyenne cumulée de 1,79 mSv avec un maximum à 22,85 mSv. Les sous-traitants ont ainsi pris 95,4% de la dose collective cumulée qui est de 74 hommes.sieverts (source).

TEPCo a mis en ligne de nombreuses autres données sur les doses prises, avec des répartitions par âge, année… Lien direct vers la page en anglais.

TEPCo a réduit les primes de risques versées aux intervenants car les débits de dose ont baissé sur le site. Ce sujet serait l’un des principaux griefs du personnel engagé sur place. Elle pouvait atteindre 20 000 yens (150 €) par jour, même si, pour les sous-traitants, cette prime était ponctionnée à chaque niveau de sous-traitance, pour être réduite, parfois, à moins de la moitié. En mars 2016, TEPCo a divisé le site de la centrale accidentée en 3 zones, rouge, jaune et verte, en fonction du niveau de risque. Mais pour de nombreux intervenants, ce zonage n’a pas de sens : des débris de la zone rouge sont transférés dans la zone verte. Les poussières soulevées par les engins ne respectent pas les délimitations… Ainsi, les sous-traitants font porter des équipements de protection comme des masques dans la zone verte, même si TEPCo ne l’exige pas (source).

Sur les chantiers de décontamination

Dans les zones évacuées, c’est le gouvernement qui est maître d’œuvre des chantiers de décontamination et dans les zones non évacuées, ce sont les communes. Le bilan mensuel du ministère de l’environnement (source, page 16) fait état de :

  • 13 millions de décontamineurs dans les zones évacuées et
  • 17 millions de décontamineurs dans les zones non évacuées selon les données transmises par les communes.

Ces chiffres sont complètement irréalistes. Il s’agit probablement du nombre de contrats signés. Ce qui signifie que les autorités ne connaissent pas le nombre de décontamineurs et qu’elles ne connaissent donc pas les doses individuelles.

Un suivi dosimétrique individuel a été introduit en novembre 2013 pour les décontamineurs (source en japonais) qui travaillent en zone évacuée et qui sont soumis aux mêmes limites de dose que les travailleurs du nucléaire (explications en anglais). Les données pour l’année 2016 font état de 36 000 décontamineurs. On est loin des millions de décontamineurs rapportés par le ministère de l’environnement. La majorité d’entre eux (87%) a reçu une dose inférieure à 1 mSv/an et la dose la plus élevée est comprise en 7,5 et 10 mSv. Il y a aussi des données par nombre de chantiers ou par zone.

Les données les plus récentes en anglais, datées du 8 janvier 2018, concernent la période octobre 2016 – septembre 2017. Les doses sont rapportées par période de 3 mois alors que les limites sont annuelles. Il est donc difficile d’interpréter ces chiffres. S’il apparaît que la très grande majorité des décontamineurs ont reçu moins de 1 mSv sur 3 mois, on ne sait pas combien sont sous cette limite sur un an. La dose moyenne annuelle est, quant à elle, de 0,5 mSv.

Autres personnes exposées

Je n’ai pas trouvé de données officielles quant aux doses prises par les personnes qui ont continué à travailler en zone évacuée ou les nombreux policiers qui gardent les accès aux zones interdites et y patrouillent.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi effectuée par les autorités date de novembre 2016 et est disponible en ligne sur le site dédié.

Les environs immédiats de la centrale nucléaire n’ont pas été recontrôlés, semble-t-il.

• Le “soil project” propose une carte basée sur des prélèvements de sols effectués par le réseau de stations de mesure et de laboratoires indépendants. Chikurin, le laboratoire monté au Japon avec le soutien financier et technique de l’ACRO est membre de ce réseau.

Liens vers la carte en anglais et en japonais.

• Cartes du “Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de Fukuichi (Fukushima daiichi)” : Ces cartes ont été traduites en français par l’association Nos Voisins lointains 3.11.

• Safecast : cette organisation utilise un radiamètre “maison” branché sur un smartphone pour mesurer le débit de dose ambiant. La carte regroupant les données est ici.

Décontamination

La décontamination des zones évacuées est sous la responsabilité du gouvernement. Ailleurs, là où l’exposition externe pouvait dépasser 1 mSv/an, ce sont les communes qui doivent s’en occuper. Voir le dernier bilan publié par le ministère de l’environnement.

Dans la zone évacuée, la décontamination est terminée, sauf dans la partie classée en “zone de retour difficile” où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an. La décontamination n’a eu lieu que dans les zones habitées et agricole, pas dans les forêts. Le ministère annonce 22 000 habitations décontaminées, 1 600 ha de routes, rues, voies…, 8 500 ha de terrains agricoles et 5 800 ha de forêt à proximité des zones résidentielles.

Dans les zones non évacuées, 104 communes étaient initialement concernées, à Fukushima, Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama et Chiba et c’est passé à 92 par la simple décroissance radioactive. Les travaux de décontamination sont terminés dans 89 d’entre elles et restent à faire dans 3 autres. Le ministère annonce 418 582 habitations décontaminées à Fukushima et 147 656 dans les autres provinces, 11 958 équipements publics à Fukushima et 11 803 dans les autres provinces. Il est aussi question de 18 403 km de routes, rues, voies à Fukushima et 5 399 dans les autres provinces, 31 043 ha de terrains agricoles à Fukushima et 1 588 ha dans les autres provinces.

Pour les zones dites de retour difficile, le gouvernement va décontaminer un centre à Futaba et Ôkuma afin de pouvoir affirmer qu’il n’a abandonné aucune commune. La fin des travaux est prévue pour 2022. Qui va revenir après 11 années d’évacuation ? Pour Namié, dont une partie est aussi classée en zone de retour difficile, les travaux de décontamination vont débuter en mai 2018 afin de pouvoir lever l’ordre d’évacuer en mars 2023 ! Cela représente 660 hectares, qui couvrent 3,7% de la commune. Ces travaux en zone très contaminée vont engendrer une exposition des décontamineurs aux rayonnements ionisants. Comme il n’y a pas de seuil d’innocuité, le premier principe de la radioprotection impose la justification de ces expositions et cela n’a pas été fait.

Le ministère de l’environnement a budgété 2 600 milliards de yens (20 milliards d’euros) jusqu’en 2016 pour financer les travaux de décontamination. La moitié est pour les zones évacuées, sans prendre en compte la zone dite de retour difficile et l’autre moitié pour les zones non évacuées.

Déchets radioactifs issus de la décontamination

Voir notre reportage de l’été 2016 sur le problème des déchets issus de la décontamination. Les déchets organiques sont incinérés et les cendres doivent être stockés comme des déchets industriels. Les sols, quant à eux, doivent être entreposés pour 30 ans sur un site de 16 km2 autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, le temps de trouver une solution définitive.

• Selon le ministère de l’environnement (source), la décontamination des zones évacuées a engendré 8 400 000 m3 de déchets contenant des sols radioactifs auxquels s’ajoutent environ  7 200 000 m3 dans les zones non évacuées (6 800 000 m3 à Fukushima et 400 000 m3 dans les autres provinces concernées).

• En ce qui concerne le site d’entreposage des sols contaminés de 16 km2 (1 600 hectares) d’une capacité de 22 millions de mètres cubes, le gouvernement n’a réussi à louer ou acheter que 48,4% de la surface, sachant que 21% des terrains appartenaient déjà au gouvernement ou aux communes (source). C’était 18% il y a un an (source).

Ce site n’accueillera que les déchets de Fukushima. Le ministère annonce avoir transféré 404 773 sacs d’un mètre cube environ sur ce site en 2017. On est encore loin des millions de mètres cubes, mais cela a nécessité 67 146 transports en camion. Et il faudra autant de transports pour les reprendre dans 30 ans… Le volume total entreposé pour le moment est de 633 889 m3.

Pour en savoir plus sur ce site d’entreposage.

• Pour les déchets radioactifs des autres provinces, les autorités privilégient l’enfouissement même si elles peinent à trouver des sites (source).

• En attendant, il y a des déchets partout, à perte de vue. Voir les photos de l’ACRO et les vidéos de Greenpeace.

Zones évacuées et personnes déplacées

• Les derniers ordres d’évacuer ont été levés au 1er avril 2017 et il reste surtout les zones dites de retour difficile où l’accès est interdit.

• En janvier 2018, 75 206 personnes étaient encore officiellement déplacées par la triple catastrophe (séisme, tsunami et accident nucléaire), dont 40 349 dans les trois provinces les plus touchées (Fukushima, Miyagi et Iwaté). Et 13 564 d’entre elles vivaient encore dans des logements préfabriqués, peu confortables.

En Octobre 2017, le nombre de personnes déplacées à Fukushima était officiellement de 54 579, dont 34 870 en dehors de la province (source). Ils étaient 164 865 en mai 2012. Il faut noter cependant, que les « auto-évacués », qui ont quitté des zones contaminées de leur propre chef, sans y être obligés par les autorités, ne sont plus pris en compte dans ce décompte, car ils ne bénéficient de plus aucune aide.

• Le taux de retour dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés est inférieur à 20% et plus de la moitié sont des personnes âgées. Plus précisément :

  • Namié : 490 personnes résidentes sur 17 954 habitants, soit 2,7% (source) ;
  • Iitaté : 505 résidents sur 6 509 habitants, soit 7,8% (source) ;
  • Tamura : 3 338 résidents sur 4 497 personnes originaires des zones évacuées (74%) et une population totale de 41 662 personnes (source) ;
  • district d’Odaka à Minami-Sôma : 2 469 résidents sur 12 842 avant la catastrophe, soit 19% (source) ;
  • Kawamata : 278 résidents sur 15 877 personnes enregistrée au 11 mars 2001, soit 1,8% (source) ;
  • Naraha : 2 105 résidents sur 8 011 personnes enregistrée au 11 mars 2001, soit 26% (source) ;
  • Tomioka : 376 résidents sur 15 960 personnes enregistrée au 11 mars 2001, soit 2,3% (source) ;
  • Katsurao : 209 résidents sur 1 567 personnes enregistrées au 11 mars 2011, soit 13% (source).

Par ailleurs, à Hirono, située entre 20 et 30 km de la centrale nucléaire, il y a 4 041 résidents sur 5 490 personnes enregistrées au 11 mars 2011, soit 74% (source). De nombreux travailleurs du nucléaire s’y sont installés.

• Quatre communes vont rouvrir des établissements scolaires combinant écoles élémentaires et collèges au 1er avril prochain, un an après la levée des ordres d’évacuer, mais selon le Maïnichi, seulement 4% des enfants devraient être de retour. Les villes de Namié et Tomioka vont maintenir des établissements en dehors de leur commune, là où les personnes déplacées se sont réfugiées, tandis que les villages d’Iitaté et Katsurao n’auront plus qu’un seul établissement scolaire sur le territoire de la commune car les personnes déplacées sont à moins d’une heure de route.

A Iitaté, il y avait 482 enfants scolarisés avant la catastrophe et seulement 75 devraient être de retour à la rentrée prochaine. Mais 90% d’entre eux n’habiteront pas Iitaté et viendront tous les jours par bus. Pour Katsurao, c’est 18 enfants qui seront de retour alors qu’ils étaient 83 avant la catastrophe. A Tomioka, seulement 16 enfants devraient être scolarisés sur le territoire de la commune alors qu’ils étaient 1 204 avant l’accident. A Namié, c’est 10 en 2018 contre 1 440 avant 2011.

Pour ces quatre communes, l’école est au cente de leur programme de revitalisation et tout sera gratuit, y compris la cantine et les excursions scolaires. Mais cela ne semble pas suffisant.

Selon le Yomiuri, si l’on prend en compte les zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les établissements scolaires déjà rouverts, on arrive à un total de 531 enfants qui seront scolarisés dans 9 communes à partir de la rentrée prochaine. C’est à peine 8,6% du nombre d’enfants qui y étaient scolarisés avant la catastrophe nucléaire. Il n’y aura que 156 enfants en maternelle dans ces 9 communes, soit 7,8% de l’effectif précédant l’évacuation. Et c’est 0,5% dans les communes où l’école va rouvrir le 1er avril prochain.

Voici les taux de retour dans les écoles rapportés par le Yomiuri :

Vont rouvrir en 2018
Ont rouvert
Katsurao Yamakiya (Kawamata) Namié Iitaté Tomioka Miyakojimachi (Tamura) Kawauchi Naraha Odaka (Minami-Sôma)
16,1% 15,2% 0,5% 14,1% 1,1% 47,4% 38,6% 14,9% 11,5%

Impact sanitaire

• Décès : Selon la police, le nombre de victimes est de 15 895, dont 15 825 dans les trois provinces les plus touchées par le séisme et le tsunami, à savoir, Iwaté, Miyagi et Fukushima. Concernant ces dernières, 99,6% d’entre elles ont été identifiées. Plus de 50% avaient plus de 65 ans. 90,4% sont mortes noyées et 0,9% brûlées dans un incendie. La cause du décès demeure inconnue pour 703 victimes et il y a 2 539 disparus. Source. Il s’agit là des décès directs auxquels il faut ajouter 3 647 décès indirects liés à la triple catastrophe.

• Cancers de la thyroïde : L’université médicale de Fukushima effectue une campagne de dépistage par échographie des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Les derniers résultats sont ici sur notre site. Cela a permis de découvrir un total de 197 cas de cancer de la thyroïde, dont 160 confirmés après chirurgie et un qui s’est révélé bénin après chirurgie.

Le bilan des trois campagnes de dépistage donne :

Première campagne Deuxième campagne Troisième campagne
Dépistage avec résultat

300 473

270 515

179 038
Examens complémentaires 2 090 1 788 573
Cytoponctions 542 205 31
Nombre de cancers suspectés 116 71 10
Nombre de cancers confirmés 101 52 7

A noter, que selon un fond de soutien, un cas de cancer de la thyroïde a échappé aux statistiques officielles (source). Selon ce même fond qui a effectué un suivi de 84 enfants ayant déclaré un cancer de la thyroïde, 8 d’entre eux ont dû subir une deuxième intervention chirurgicale après une rechute. Ils avaient entre 6 et 15 ans au moment de l’accident. Il réclame des statistiques officielles sur le nombre de rechutes.

Coût de la catastrophe

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros) et n’ont pas changé depuis. Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

La facture de la catastrophe nucléaire pourrait être de 50 000 à 70 000 milliards de yens (420 à 580 milliards d’euros), ce qui est 3 fois plus élevé que l’estimation gouvernementale, selon une étude du Japan Center for Economic Research (source).

TEPCo a déjà reçu un total de 8 070,5 milliards de yens (62 milliards d’euros au cours actuel) d’avance pour les indemnisations. Cet argent est prêté sans intérêt (source).

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo.

Parc nucléaire japonais

• Il y avait 54 réacteurs nucléaires de production d’électricité au Japon qui fournissaient environ 30% de l’électricité du pays.

Les réacteurs 1 à 4 de la centrale de Fukushima daï-ichi ont été détruits et les 5 et 6 arrêtés définitivement.

Un nouveau référentiel de sûreté a été introduit en juillet 2013 et aucun réacteur ne satisfaisait aux nouvelles exigences. Il a fallu revoir la sûreté, investir dans dans le renforcement de la tenue aux séismes et faire valider le tout. Depuis, 8 autres réacteurs ont été arrêtés définitivement, car leur remise en service coûte trop cher : Tsuruga 1 (Fukui), Genkaï 1 (Saga), Shimané 1, Ikata 1 (Ehimé), Mihama 1 et 2 (Fukui) et Ôï 1 et 2 (Fukui).

Le parc nucléaire japonais n’est donc plus officiellement constitué que de 40 réacteurs nucléaires. D’autres arrêts définitifs devraient suivre, comme les 4 réacteurs de Fukushima daï-ni noyés par le tsunami ou à Tsuruga à cause d’une faille sismique.

14 réacteurs nucléaires ont reçu une autorisation de remise en service, mais seulement 5 ont redémarré depuis la mise en place du nouveau référentiel de sûreté. Ikata 3 a été arrêté depuis, sur ordre de la justice, à cause du risque volcanique (source). Quatre réacteurs (Ôï 3 et 4 et Genkaï 3 et 4) ont vu leur redémarrage retardé suite à un scandale chez Kôbé Steel (source). Pour trois autres réacteurs (Mihama 3 et Takahama 1 et 2) qui ont plus de 40 ans, la remise en service n’est pas pour tout de suite car il y a beaucoup de travaux de renforcement de la sûreté prévus.

TEPCo a reçu un feu vert de l’autorité de régulation nucléaire pour Kasiwazaki-Kariwa 6 et 7, mais il lui faut obtenir l’accord des autorités locales et ce n’est pas gagné car le gouverneur de Niigata est contre (source). Se pose le problème, en particulier, de savoir si TEPCo a la culture de sûreté suffisante pour exploiter des réacteurs nucléaires après ce qui s’est passé à la centrale de Fukushima daï-ichi (source).

Il ne reste actuellement que 4 réacteurs nucléaires en activité au Japon : Takahama 3 et 4 exploités par Kansaï Electric à Fukui et Sendaï 1 et 2 exploités par Kyûshû Electric à Kagoshima.

• Le surgénérateur Monju a été arrêtés définitivement. Il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994. Une fuite de sodium avait entraîné son arrêt en 1995. La culture de sûreté y est défaillante (source).

• Les autorités n’ont pas encore abandonné l’usine de retraitement située à Rokkashô-mura dans la province d’Aomori dont la mise en service cumule déjà 24 années de retard depuis 1997, année de la première date de mise en service prévue (source).

Cette usine est supposée séparer le plutonium pour le recycler dans le parc nucléaire actuellement à l’arrêt, à l’exception de 4 réacteurs. Elle n’est pas utile.

• Le charbon couvre maintenant 30% de la production d’électricité au Japon et cela augmente encore. Si tous les projets aboutissent, cela devrait atteindre 40%… alors que décembre 2017 marquait les 20 ans du protocole de Kyôto. Les engagements du Japon lors de la COP21, bien que modestes, pourraient ne pas être tenus.

Voir Fukushima

Blog montrant des photos d’Iitaté-mura avant et après la catastrophe nucléaire. La commune, classée parmi les 100 plus beaux villages du Japon, a été entièrement évacuées. L’ordre d’évacuation a été levé en 2017 sur un grande partie de son territoire.

• RMC découverte a diffusé un documentaire sur les premiers jours de la catastrophe nucléaire japonaise auquel nous avons participé. Il se base sur la reconstitution que nous avons faite sur ce site internet.

Ce documentaire peut être regardé en replay jusqu’au 14 mars 2018.

En Belgique, il sera diffusé jeudi 8 mars à 22h25 sur La Une et sur La Trois le 12/03 à 23h20 et le 15/03 à 10h55.

Rapports publié à l’occasion du 7ième anniversaire

• Greenpeace a publié un nouveau rapport accompagné de deux vidéos :

SimplyInfo.org Fukushima 7th Anniversary Report

Note de synthèse de l’IRSN, avec un point sur l’état des installations et un autre sur l’évolution du zonage post-accidentel.

L’IRSN affirme que les autorités japonaises ont pris des mesures de prise d’iode lors de la phase d’urgence. Ce n’est pas correct. L’ordre du gouvernement central de distribuer la prophylaxie à l’iode n’est jamais parvenu aux autorités locales et seuls quelques maires ont pris l’initiative de distribuer de l’iode.

Synthèse en anglais effectuée par le ministère des affaires étrangères du Japon