Bilan chiffré pour le 10ème anniversaire de la catastrophe de Fukushima

A l’approche du dixième anniversaire de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, voici un bilan chiffré effectué à partir des médias, des sites officiels et des 2 700 articles de ce site. Des mises à jour seront faites régulièrement.

Les chiffres clé publiés à l’occasion du neuvième anniversaire sont ici.

Situation à la centrale

Le dernier bilan du Ministère de l’industrie sur l’avancée des travaux à la centrale de Fukushima daï-ichi date du 24 décembre 2020 et a été mis en ligne en anglais le 28 janvier 2021 (lien direct).

Voir la centrale accidentée

Deux webcams fixes, installées en 2014, permettent devoir la centrale nucléaire en direct.

Il est possible de faire une visite virtuelle en anglais et japonais de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi (lien direct). Mais les images et documents ne semblent avoir été mis à jour depuis février 2020. Certains bilans remontent à 2018.

Comme nous l’avons déjà rapporté, TEPCo a mis en ligne sur son site internet (en japonais et en anglais) des centaines de photos aériennes de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi prises en mars 2011. Le blog de Fukushima en a extrait une sélection sur son site et a effectué un montage vidéo des 714 photos. Mais, certaines photos sont partiellement floutées, comme s’il y avait du secret, alors que des vues aériennes non floutées sont disponibles depuis le tout début de la catastrophe sur le site cryptome.org.

Pour le 10ème anniversaire, TEPCo a mis à jour sa vidéo vantant l’avancement des travaux. Les explications sont en anglais. Aucun problème, aucun défi. Tout se déroule bien… La vidéo peut être regardée en ligne ou téléchargée depuis le site Internet de TEPCo. La voici :

Etat des réacteurs nucléaires

TEPCo a une frise chronologique numérique en anglais avec les principaux évènements relatifs à la sécurisation des réacteurs et leur démantèlement. La compagnie continue à affirmer qu’elle aura fini les travaux en une quarantaine d’années, même si la technologie pour reprendre le corium n’existe pas encore. Même en cas de succès, il y aura encore des tonnes de déchets sur place et autour qui seront sans solution de gestion à long terme. Si l’on prend en compte l’évacuation des déchets et la décontamination du site, il faut plutôt compter un siècle selon un scénario de l’Atomic Energy Society of Japan rapporté par l’Asahi.

Il y a aussi :

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. L’hydrogène venait du réacteur n°3, voisin, via la cheminée de rejet commune.

Sommet du réacteur n°4. Photo de TEPCo.

La partie supérieure du bâtiment réacteur a été démantelée, les débris retirés et une nouvelle structure a été construire afin de retirer les combustibles de la piscine, qui est vide depuis décembre 2014. Depuis, les travaux sont arrêtés car le réacteur n’est plus menaçant.

La carte avec quelques valeurs de débit de dose ambiant date de 2016.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment avec un toit, de forme cylindrique, a été construit. Le retrait des combustibles a débuté en avril 2019, avec 4 ans de retard par rapport au planning initial et s’est terminé le 28 février 2021. Les opérations se sont révélées être plus compliquées que prévu.

Il y avait 566 assemblages dans cette piscine (52 neufs, tous retirés et 514 usés). Certains ont été endommagés par la chute de débris. La page dédiée de TEPCo est ici en anglais. Une vidéo de présentation des opérations, ici en anglais.

Il y aurait, dans ce réacteur, entre 188 et 394 tonnes de corium (mélange fortement radioactif de combustible fondu et de débris), avec une valeur nominale à 364 tonnes. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus. TEPCo a estimé que la récupération du corium de deux réacteurs 2 et 3 durera 12 ans et lui coûtera 1 370 milliards de yens (11,5 milliards d’euros). En 2017, TEPCo avait publié des photos prises à l’intérieur de l’enceinte de confinement de ce réacteur, sous la cuve, et une vidéo :

 

Depuis septembre 2020, l’Autorité de régulation nucléaire a repris ses investigations pour comprendre le déroulement du triple accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela comprend des visites des réacteurs accidentés, malgré les forts niveaux ambiants de radiation. Elle en a rapporté des vidéos, dont celle-ci, prise le 18 septembre 2020, qui montre l’état de délabrement du bâtiment réacteur, presque 10 ans après l’accident :

Lors de ces visites, l’Autorité de régulation nucléaire, a découvert des débits de dose très élevés, de l’ordre de 10 Sv/h, au dessus de ces dalles de protection des réacteurs 2 et 3. Une dose létale en une heure sur place. Elle estime que la dalle du réacteur n°3 contient de l’ordre de 30 pétabecquerels (1015 Bq) de césium-137. Cela va compliquer les travaux de démantèlement.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. Le rayonnement ambiant est particulièrement élevé dans ce réacteur, rendant l’accès aux humains très difficile. Une délégation de l’Autorité de régulation nucléaire est allée visiter l’intérieur du bâtiment du réacteur, pour la première fois depuis l’accident, mais elle a dû faire demi-tour prématurément à cause des débit de dose qui atteignaient 11 à 12 mSv/h au cinquième niveau. Ce serait dû, notamment, à des poussières radioactives en suspension, ce qui est surprenant après tant d’années. Des débits de dose encore plus élevés, de l’ordre de 10 Sv/h, ont été mesurés au dessus des dalles de protection des réacteurs 2 et 3. L’Autorité de régulation estime que la dalle du réacteur n°2 contient de l’ordre de 20 à 40 pétabecquerels (1015 Bq) de césium-137.

TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de la piscine qui contient 615 assemblages. C’est désormais prévu aux alentours de 2024 et 2026 à cause des niveaux de dose ambiant dans le bâtiment réacteur. Des images ont été publiées en juin 2020 :

La compagnie a envoyé plusieurs robots dans l’enceinte de confinement afin de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris. Il y en aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus. Plusieurs séries d’images ont été mises en ligne par la compagnie. On voit clairement le corium et un élément d’assemblage de combustible tombé au fond de l’enceinte de confinement :

TEPCo avait envoyé un robot au contact du corium en février 2019. Les images étaient impressionnantes :


Les autorités espéraient pouvoir débuter le retrait du corium avant le 10ème anniversaire. C’était l’objectif fixé en décembre 2011. Mais la technologie doit encore être développée et les ambitions avaient déjà été revues à la baisse en 2019 : il ne s’agissait plus que de récupérer quelques grammes de corium dans le réacteur n°2 en 2021. TEPCo a annoncé, en décembre 2020, le report d’au moins un an du début des opérations, officiellement, à cause de l’épidémie de COVID-19 au Royaume-Uni. Le bras articulé d’un robot, qui doit prélever le corium, est développé conjointement par Veolia Nuclear Solutions au Royaume-Uni et Mitsubishi Heavy Industries au Japon.

Ce robot ne peut prélever que quelques grammes à la fois alors qu’il y a environ 880 tonnes de corium à récupérer dans les 3 réacteurs qui ont subi une fusion du cœur…

TEPCo a démantelé la moitié de la cheminée commune aux réacteurs 1 et 2, qui avait une hauteur de 120 m. Les travaux se sont révélés être plus complexes que prévu, notamment à cause d’une erreur de calcul sur la hauteur de la grue. La cheminée étant très contaminée, les travaux sont effectués par des engins télécommandés.

Réacteur n°1

ll y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo a commencé à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles. Depuis, la compagnie est peu prolixe sur l’avancement des travaux.

En revanche, le retrait des combustibles usés de la piscine du réacteur n°1 a pris du retard : ce sera au mieux, 2027, voire 2028. La première date envisagée pour commencer ce retrait était 2018… Le coût de ces opérations n’a pas été estimé car la compagnie ne sait pas encore comment s’y prendre. En attendant, TEPCo a couvert cette piscine pour la protéger avec des sacs gonflables :

L’explosion hydrogène a fracturé la dalle en béton de 12 m de diamètre et de 60 cm d’épaisseur qui est particulièrement contaminée dans les réacteurs 2 et 3. Des débits de dose très élevés avaient été relevés en 2017, jusqu’à 2,2 Sv/h, c’est à dire une dose létale en quelques heures sur place (voir ces blogs en anglais et en français). Pour la dalle brisée du réacteur n°1, il n’y aurait “que” 0,16 pétabecquerels environ de césium-137.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteurs 5 et 6

Les réacteurs 5 et 6 étaient arrêtés et partiellement déchargés le 11 mars 2011. Comme un générateur diesel de secours était encore fonctionnel, cela a permis d’éviter la fusion du cœur. Ces réacteurs sont maintenant entièrement déchargés et vont être démantelés.

Eau contaminée

En 2011, l’eau injectée pour refroidir les réacteurs a fini par déborder et provoquer la plus forte pollution radioactive marine de l’histoire. En avril 2011, c’était l’eau contaminée du réacteur n°2 se déversait dans la mer via une galerie souterraine. Et, en mai 2011, ce fut le tour du réacteur n°3.

TEPCo a estimé à 520 m3 d’eau très radioactive, soit 4 700 térabecquerels (1 terabecquerel représente un million de millions de becquerels) ou 20 000 fois l’autorisation de rejet annuel la fuite d’avril. Plus précisément, il y avait 2 800 terabecquerels d’iode-131, 940 térabecquerels de césium 134 et autant de césium 137. Ce seul rejet mériterait d’être classé au niveau 5 ou 6 de l’échelle internationale INES. L’IRSN avait estimé que c’était 20 fois plus.

Fuite du réacteur n°2 (photo TEPCo)

L’année 2013 a été émaillée par une série de scandales suite à la découverte tardive d’une fuite d’une cuve d’eau contaminée et de rejets en mer (lire la synthèse publiée à l’époque). Les autorités ont réagi et le premier ministre de l’époque avait déclaré devant le comité international olympique que la situation est sous contrôle. En 2021, la situation n’est toujours pas sous contrôle et les JO pourraient être annulés à cause de la pandémie…

L’eau contaminée qui continue à s’accumuler est l’autre grand défi auquel doit faire face TEPCo. 

Résumé de la situation

Le combustible qui a fondu et percé les cuves doit toujours être refroidi. A cette fin, TEPCo injecte environ 70 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 (voir le bilan daté du 8 février 2021). Cette eau se contamine fortement au contact du combustible fondu et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui s’y infiltre.

Après le fort séisme du 13 février 2021, TEPCo a remarqué que le niveau de l’eau dans les enceintes de confinement des réacteurs 1 et 3 avait baissé. Les fissures ont probablement été élargies et il se peut que la compagnie soit obligée d’augmenter le débit injecté. Pour le réacteur n°2, on ne sait pas car les capteurs ont été enlevés pour préparer le retrait du corium.

Au début de la catastrophe, les infiltrations souterraines s’élevaient à environ 400 m3 par jour et il fallait entreposer cette eau contaminée dans des cuves. Inversement, l’eau des sous-sols, fortement contaminée, fuyait vers la nappe phréatique, puis l’océan.

Pour réduire les infiltrations d’eau souterraine, TEPCo pompe dans la nappe phréatique en amont des réacteurs, avant que cette eau soit contaminée et la rejette directement dans l’océan. Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe aussi les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette eau est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution. Ce flux est de l’ordre de 5 m3/j selon le bilan daté du 8 février 2021 (entre 3 (source) et 8 m3/j (source) dans les bilans précédents disponibles ici).

La dernière barrière mise en place est le gel du sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km dans le but de stopper les infiltrations. Après de nombreux déboires, le gel est terminé depuis novembre 2017. Elle a permis de réduire les infiltrations, mais pas de les stopper. La mise en place du mur gelé a coûté 34,5 milliards de yens (265 millions d’euros) aux contribuables auxquels il faut ajouter plus d’un milliard de yens (8 millions d’euros) par an pour l’électricité.

Depuis, les infiltrations sont inférieures à 100 m3/j (voir le bilan du 8 février 2021), sauf en cas de fortes pluies.

Flux et stocks

TEPCo pompe l’eau contenue dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine des 4 réacteurs accidentés pour éviter les débordements. Comme cette eau est très contaminée, elle est traitée puis entreposée dans des cuves sur le site de la centrale. Une partie est réinjectée pour le refroidissement. Voici le circuit de l’eau à la centrale de Fukushima daï-ichi, tel que représenté par TEPCo :

Le dernier du 8 février 2021 fait état d’un surplus à stocker de 90 m3/j. C’est monté à plus de 350 m3/j à l’automne 2020 et même 600 m3/j lors du passage des typhons en octobre 2019. En 2019, le ministère de l’industrie faisait état d’un accroissement du stock d’eau de 50 000 à 60 000 m3 par an (source).

TEPCo a un portail dédié à l’eau contaminée où il apparaît qu’elle a accumulé 1,243 millions de mètres cube d’eau traitée. Il y a 1061 cuves sur le site de la centrale, dont 1018 contiennent de l’eau traitée par la station ALPS. Dans 29 autres cuves, il y a de l’eau où seuls le césium et le strontium ont été “filtrés”. Il y a aussi environ 4 800 m3 d’eau non traitée dans les sous-sols des réacteurs (au 8 février 2021).

TEPCo estime qu’elle n’aura plus de place sur le site de sa centrale pour mettre de nouvelles cuves à partir de 2022. L’option privilégiée est le rejet en mer.

Que faire de cette eau traitée ?

Après avoir envisagé plusieurs pistes peu réalistes, les autorités restreignent petit à petit les pistes au rejet dans l’océan de l’eau traitée, ce qui n’est pas une surprise. Avant tout traitement, ce bilan fait état d’une concentration de 65 MBq/L dans l’eau pompée. Avec sa station ALPS, TEPCo retire ensuite 62 radioéléments. Et, officiellement, il ne reste plus que du tritium (hydrogène radioactif) dans cette eau, car il est difficile de le retirer. Comme cet élément est rejeté par toutes les installations nucléaires, il devait plus y avoir de problème, si ce n’est que quelques rumeurs néfastes…

Mais, comme cela été découvert en septembre 2018, une large partie du stock (environ 72% actuellement) n’a pas été traitée convenablement, et les concentrations résiduelles pour certains éléments dépassent les concentrations maximales autorisées pour un rejet en mer. La charte ci-dessous, reprise du portail de TEPCo montre que pour 6% du stock, la contamination résiduelle pour 7 radioéléments majeurs est 100 fois plus élevée que ce qui est autorisé pour les rejets. C’est entre 10 et 100 fois pour 15% du stock.

Les “repurposed tanks” sont des cuves qui contenaient de l’eau contaminée partiellement traitée, où seul le strontium-90 avait été retiré. Cette eau ayant été traitée, les cuves sont réutilisées pour de l’eau entièrement traitée par la station ALPS. Mais, comme l’explique TEPCo dans ce document (copie), il restait des boues au fond de la cuve qui a fait remonter significativement la contamination de l’eau ! Ces cuves sont donc comptées à part dans la charte ci-dessus.

TEPCo s’est engagée à traiter une deuxième fois l’eau qui dépasse les autorisations de rejet et a commencé des tests en septembre 2020. Et ce n’est qu’à ce moment là que la compagnie a reconnu qu’il y avait d’autres radioéléments qui n’étaient pas retirés, comme le carbone-14. Cet élément n’était jamais mesuré ni évoqué dans les résultats publiés par la compagnie, comme nous l’évoquions dès septembre 2013, sans que cela ne perturbe l’autorité de régulation nucléaire japonais ou l’AIEA qui s’est prononcée sur la gestion de l’eau contaminée. Mais, le carbone-14 ne sera pas retiré pour autant…

Les tests effectués par TEPCo montrent que le procédé peut faire baisser la concentration résiduelle de l’eau contaminée sous les seuils de rejet, à l’exception du tritium. En fait, ce n’est pas vraiment une nouveauté, puisqu’une partie du stock avait déjà été correctement traitée. Les contaminations résiduelles élevées étaient dues à de mauvaises pratiques (économie sur des résines échangeuses d’ion, surveillance défaillante…). TEPCo ne présente aucune garantie sur l’amélioration de ses pratiques et le gouvernement japonais refuse toute mesure indépendante de l’eau qu’il souhaite rejeter dans l’océan.

La contamination en tritium, qui n’est pas retiré, est, en moyenne, de 730 000 Bq/L et dépasse donc la concentration maximale autorisée pour les rejets en mer, qui est de 60 000 Bq/L.  TEPCo veut donc diluer cette eau avant rejet, à un quarantième de la limite, soit 1 500 Bq/L. De plus, l’inventaire du tritium dans les cuves s’élèverait à 860 TBq, ce qui est largement plus que la limite annuelle de rejet fixée à 22 TBq. TEPCo veut donc étaler ses rejets sur une trentaine d’années pour respecter cette limite.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le seul tritium, de 18 500 TBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11 600 et 13 400 TBq par an. Le stock de tritium dans les cuves de Fukushima représente donc deux semaines et demi de rejets à La Hague. Le stock total, avec ce qui reste dans les combustibles, 2 mois… De quoi rendre jalouses les autorités japonaises, qui se font un malin plaisir de rappeler les rejets en tritium de nombreuses autres installations nucléaires de par le monde (page 13 de ce bilan du ministère de l’industrie) :

Cette carte ne mentionne aucun rejet au Japon ! En particulier, elle ne parle pas des rejets attendus de l’usine de retraitement japonaise de Rokkashô-mura. La valeur cible y est de 9 700 TBq par an pour le tritium (source). Mais, l’usine n’a jamais démarré…

Cela n’a pas suffit à convaincre les habitants de Fukushima qui sont, dans leur majorité, opposés aux rejets dans l’océan. En juin 2020, 17 communes de Fukushima avaient aussi pris position contre, tout comme l’industrie de la pêche. Même Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU depuis 2014 sur les implications pour les droits humains de la gestion et de l’élimination écologiquement correcte des substances et déchets dangereux, s’en est mêlé dans une tribune. Lors de la consultation publique, 4 011 avis ont été déposés et quasiment tous étaient opposés au rejet. Le gouvernement a donc décidé de reporter l’annonce de sa décision…

Le ministère de l’industrie japonais a ouvert, le 28 janvier 2021, une page spéciale dédiée à la gestion de l’eau traitée par la station ALPS, qui est moins bien détaillée que son dernier bilan daté de décembre 2020. On y trouve une photo de cette eau :

Rassuré ?

Travailleurs à Fukushima daï-ichi

Données

Les données officielles sont ici en anglais sur le site internet du ministère du travail. Le nettoyage du site ainsi que le bétonnage et l’asphaltage ont permis de réduire l’exposition des travailleurs. Les mesures de protection nécessaires en fonction du zonage sont ici.

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

• Le 1er avril 2016, TEPCo a remis tous les compteurs à zéro, ce qui est une pratique surprenante. La limite de dose sur 5 ans est individuelle, pas collective. Selon le dernier bilan publié le 29 janvier 2021, entre le 1er avril 2016 et le 31 décembre 2020, 24 502 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants à la centrale de Fukushima daï-ichi, dont 22 058 sous-traitants (90%). Ils sont un peu moins de 7 000 par mois. Ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées. Elle est, en moyenne individuelle, deux fois plus élevée que celle prise par les salariés de TEPCo. D’un point de vue collectif, les sous-traitants ont reçu 95% de la dose collective sur cette période, qui est de 158 hommes.sieverts. On ne sait pas combien avaient déjà été exposés lors des cinq premières années ni la dose cumulée sur 10 ans. Le dernier bilan publié donne aussi les répartitions par classes d’âge, ainsi que des données mensuelles depuis le début de la catastrophe.

La dose moyenne annuelle reçue par les intervenants est passée de 12,50 mSv en 2011 à 2,54 mSv en 2019. L’année fiscale 2020 n’étant pas encore terminée, le chiffre donné (2,07 mSv) ne peut pas être comparé aux années précédentes.

Les données relatives au droit du travail et à la radioprotection sont ici en anglais.

Dans son dernier bilan daté de juin 2020, l’inspection du travail de Fukushima rapporte le nombre de violations du droit du travail découvertes à la centrale de Fukushima daï-ichi en 2019. Sur 325 employeurs inspectés, 188 ont commis des infractions (57,8%). 16 cas étaient relatifs à la santé des travailleurs (vérification des heures de travail, médecine du travail…). Il y a beaucoup plus d’employeurs (148) qui ne respectent pas toutes leurs obligations liées à la gestion des ressources humains (primes de risque, heures supplémentaires, information…).

Travailleurs étrangers

Le Japon est en pénurie de main d’œuvre dans plusieurs secteurs et a introduit un nouveau visa pour faire venir des personnes qualifiées dans un nombre limités de domaines. En avril 2019, TEPCo avait incité ses sous-traitants à bénéficier de cette opportunité. Mais, le ministère du travail, de la santé et des affaires sociales a appelé TEPCo à la prudence en lui rappelant que les travailleurs étrangers bénéficient du même niveau de protection que les travailleurs japonais face aux rayonnements ionisants et à ce qu’ils doivent connaître suffisamment bien la langue pour pouvoir comprendre les instructions. La compagnie a finalement renoncé (source).

Maladies professionnelles

Pour les maladies professionnelles, pas de changement depuis l’an dernier : deux cas de cancer de la thyroïde ont été reconnus comme étant d’origine professionnelle parmi les travailleurs à la centrale accidentée (premier cas et deuxième cas). Il y a aussi trois leucémies (premier, deuxième et troisième cas) et un décès. 16 travailleurs en tout auraient fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle et 5 dossiers auraient déjà été rejetés.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi effectuée par les autorités date d’octobre 2020 et est disponible en ligne sur le site dédié.

• L’Autorité de régulation nucléaire publie aussi des données sur les débits de dose ambiants dans différentes communes et des doses intégrées depuis le début de l’accident. La limite d’évacuation a été fixée à 3,8 µSv/h au Japon, ce qui est très élevé (lire nos explications sur ces limites). C’est cette même limite qui est utilisée pour autoriser le retour. Les chantiers de décontamination ont été lancés dans les zones où le débit de dose dépassait 0,23 µSv/h.

Carte officielle de la province de Fukushima avec des débits de dose ambiants.

Cette carte donne les débits de dose mesurés dans tout le pays. Elle est mise à jour toutes les heures.

• Le “soil project” propose une carte basée sur des prélèvements de sols effectués par le réseau de stations de mesure et de laboratoires indépendants. Chikurin, le laboratoire monté au Japon avec le soutien financier et technique de l’ACRO est membre de ce réseau.

Lien vers la carte.

• Safecast : cette organisation utilise un radiamètre “maison” branché sur un smartphone pour mesurer le débit de dose ambiant. La carte regroupant les données est ici.

Décontamination et déchets radioactifs

Décontamination

Les travaux de décontamination sont terminés depuis mars 2018, sauf dans les zones dites de retour difficile. Pas grand chose de neuf, donc. Une carte en japonais du ministère de l’environnement permet d’accéder à quelques données sur les travaux effectués. A noter que seules les zones habitées, les zones agricoles et leurs environs immédiats ont été décontaminés. Pas la forêt, qui couvre 70% de Fukushima.

Pour les zones de retour difficile, ce sont de petits îlots qui sont décontaminés, essentiellement pour des raisons idéologiques. C’est aussi le cas à proximité des gares le long de la ligne Jôban. La ligne a été entièrement rouverte en mars 2020 après la réhabilitation de la portion de 20,8 km située entre Tomioka et Namié. Le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer à proximité des gares d’Ôno, à Ôkuma et de Futaba. Les dates sont le 4 mars 2020 pour Futaba, le 5 mars 2020 pour Ôkuma et le 10 mars pour Tomioka. Le train a repris du service à partir du 14 mars 2020.

Dans les zones de retour difficile, la démolition de nombreux bâtiments abandonnés est en cours. C’est le cas notamment pour les bâtiments publics d’Ôkuma, Namié, Tomioka, Iitaté et Katsurao, dans les zones qualifiées de bases spécifiques de reconstruction et réhabilitation. Le but est de lever les ordres d’évacuation dans ses bases aux printemps 2022 et 2023.

La page officielle du ministère de l’environnement est ici en anglais.

Déchets issus de la décontamination

Les immenses volumes de déchets engendrés par les travaux de décontamination continuent de poser des problèmes insolubles. Voir le cahier d’acteur sur le sujet, que nous avons écrit pour le débat national sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) qui a eu lieu en 2019.

Dans son dernier bilan, daté d’août 2020, le ministère de l’environnement fait état de 14 millions de mètres cubes de sols contaminés accumulés. Ces déchets ont vocation à être entreposés pendant 30 ans sur un site de 16 km2 (1 600 ha) qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi, en zone de retour difficile (voir le site Internet officiel). Le gouvernement aurait acheté ou loué 92% des terrains. 8,33 millions de mètres cube de terre y auraient déjà été transportés, à la fin juin 2020. En mars 2021, la presse japonaise mentionne 10,48 millions de mètres cube de terre transportés, soit 75% du stock. Le Japon espère avoir terminé en mars 2022.

Sur les anciens sites d’entreposage, dispersés un peu partout à Fukushima, le terrain est décontaminé et réhabilité, une fois les déchets partis.

Le transport se fait par camion de 10 tonnes essentiellement, qui protégés par une bâche avec une affiche verte à l’avant, comme sur cette photo prise par Chikurin, le laboratoire que l’ACRO a soutenu au Japon. En 2018, c’était environ 1 000 camions par jour ! Et entre 2 000 et 2 400 en 2019 !

Après, au bout de 30 ans, les autorités envisagent un “recyclage” de ces sols pour la construction de routes, digues… Cette politique fait l’objet d’une forte opposition, y compris parmi les experts officiels. Il est étonnant que d’énormes moyens soient déployés pour rassembler les déchets et les isoler du mieux possible, avant de les disperser dans tout le pays. La logique nous échappe. Deux projets tests sont en cours à Minami-Sôma et Iitaté.

Selon un sondage, 80% des habitants de la province de Fukushima ne croient pas à l’engagement du gouvernement de reprendre les déchets au bout de 30 ans.

Pour lutter contre les rumeurs néfastes relatives au “recyclage” des terres contaminées, le ministère de l’environnement japonais a trouvé la solution : mettre une plante en pot avec de la terre radioactive au ministère à Tôkyô ! Heureusement, le ridicule ne tue pas.

Une équipe de chercheurs de l’Institut national pour les études environnementales a estimé que la gestion des 14 millions de mètres cube de sols contaminés va coûter 440 milliards de yens (3,4 milliards d’euros) si plus de 90% sont recyclés. Ils ont donc fait l’hypothèse qu’il faudrait en stocker 8%, ou 1,13 million de mètres cube. Et, si le taux de recyclage devait être inférieur, les coûts seront encore plus élevés.

Les déchets organiques, quant à eux, sont incinérés dans une vingtaine d’incinérateurs répartis dans toute la province de Fukushima :

Certains étaient dédiés aux déchets ménagers avant la catastrophe nucléaire et d’autres ont été construits spécialement. Les cendres seront mises en fûts bétonnés et stockées dans ce qui s’appelait le “Fukushima Eco Tech Clean Center”, un centre d’enfouissement de déchets industriels qui a été nationalisé depuis. Les autres déchets spéciaux y seront aussi stockés.

Le bilan du ministère de l’environnement fait état de 480 000 tonnes de déchets incinérés à la fin juin 2020.

De nombreux autres déchets, comme des boues de station d’épuration radioactives ou des cendres d’incinérateurs de déchets ménagers sont toujours en attente de solution dans de nombreuses provinces. A l’incinérateur d’Iwaki sud, les cendres sont simplement entreposées dans la cour :

Décontamineurs

Un suivi dosimétrique individuel a été introduit en novembre 2013 par la Radiation Effects Association, qui est l’organisme qui suit les travailleurs du nucléaire au Japon, pour les décontamineurs qui travaillent en zone évacuée et qui sont soumis aux mêmes limites de dose que les travailleurs du nucléaire (explications en anglais). Les données jusqu’en 2019 sont sur cette page en anglais.

Pour l’année 2019, ce tableau fait état de 30 807 décontamineurs qui ont pris une dose moyenne de 0,3 mSv. La dose maximale est de 9,3 mSv. La décontamination en 2019, a donc engendré une dose collective de 10 103,1 hommes.sieverts.

Pour la période 2017-2019, ce tableau donne 47 797 décontamineurs exposés à une dose moyenne de 0,5 mSv. 7 d’entre eux ont reçu une dose comprise entre 15 et 20 mSv. La dose moyenne en 2019 semble donc plus élevée. Ce doit être lié au fait qu’elle a lieu essentiellement dans les zones dites de retour difficile.

Il y a aussi des données qui vont de d’octobre 2019 à septembre 2020 où il y avait encore environ 20 000 décontamineurs exposés chaque trimestre. On n’a pas le nombre cumulé de travailleurs sur cette dernière année. Les doses moyennes sont de 0,1 mSv par trimestre et les doses maximales, de 2 mSv environ.

Zones évacuées et personnes déplacées

Le gouvernement avait introduit la limite d’évacuation la plus haute des recommandations internationales pour évacuer les populations : 20 mSv/an, même pour les bébés et les enfants qui sont plus sensibles aux radiations (voir nos explications sur les doses limites et normes). Il maintient cette même limite pour le retour alors que les recommandations internationales demandent une diminution progressive pour revenir à la limite normale qui est de 1 mSv/an.

Zonage

Les derniers ordres d’évacuer ont été levés au 1er avril 2017 à l’exception des zones dites de retour difficile où l’accès est interdit. Voici la dernière carte avec les zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les “zones spéciales de reconstruction et de réhabilitation” indiquées par SZRR (source) :

Les SZRR consistent en quelques centaines d’hectares dans les communes les plus touchées pour maintenir l’illusion de la reconquête. Mais la décontamination y est beaucoup plus complexe.

En juin 2020, le gouvernement japonais envisageait de lever des interdictions d’accès dans la zone de retour difficile avant même d’avoir terminé les travaux de réhabilitation, à la condition que les habitants ne reviennent pas ! Et dans le district de Nagadoro de la commune d’Iitaté, les autorités veulent lever l’interdiction d’accès sans même décontaminer ! L’accès y sera contrôlé, un dosimètre sera exigé et les habitants ne pourront pas s’y réinstaller. Les autorités veulent y créer un “parc de réhabilitation” où des essais de “recyclage” des terres contaminées seront menés. Les 5 autres communes qui ont une partie de leur territoire classé en zone de retour difficile, ne veulent pas que ces nouvelles mesures soient appliquées sur leur territoire.

Voici les dates de levée des ordres d’évacuer :

Commune Date de la levée de l’ordre d’évacuation
Tamura 1er avril 2014
Kawauchi 1er octobre 2014 pour une partie, puis 14 juin 2016
Naraha 5 septembre 2015
Katsurao 12 juin 2016
Minamisôma 12 juillet 2016
Iitate village 31 mars 2017
Kawamata village 31 mars 2017
Namie town 31 mars 2017
Tomioka town 1er avril 2017

personnes déplacées et Retour des populations

Le nombre de personnes déplacées n’est pas connu avec précision. Au tout début de la triple catastrophe, il y a eu jusqu’à 470 000 personnes dans des hébergements d’urgence. De nombreux autres s’étaient réfugiés dans des hôtels ou dans la famille et ne sont pas comptés. La seule catastrophe nucléaire a déplacé durablement 160 000 personnes environ. Le portail en anglais de la province de Fukushima annonçait encore 43 000 personnes déplacées en novembre 2018.

La presse japonaise rapporte qu’il y a encore 28 personnes qui vivent dans des préfabriqués : 23 à Iwaté et 5 à Fukushima. Il y en a eu jusqu’à 116 565 dans les trois provinces les plus touchées par la triple catastrophe.

Les personnes déplacées qui se sont installées ailleurs et ne bénéficient plus d’aide financière ne sont plus comptées comme déplacées. C’est le cas, en particulier, des personnes originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les “auto-évacuées”, qui sont partis même s’ils n’habitaient pas une zone d’évacuation. En effet, en août 2014, l’Agence de reconstruction, avait demandé aux administrations de toutes les provinces japonaises de ne compter que les personnes qui désiraient retourner chez elles. Et d’ajouter que s’il était difficile d’estimer leur désir, il ne fallait pas compter les personnes qui s’étaient réinstallées en achetant un logement ou en bénéficiant d’un logement du parc public. Chaque province applique à sa façon ces instructions et les critères ne sont pas homogènes.

La triple catastrophe qui a frappé la province de Fukushima a accéléré le déclin accéléré de la population, comme on peut le voir sur le graphe ci-dessous (extrait de cette page en japonais). La dépopulation des zones rurales a commencé avant la catastrophe nucléaire. Cette dernière a fortement accéléré le processus.

Dans son dernier décompte, daté de janvier 2021, la province de Fukushima donne 28 959 personnes qui ont quitté la région à cause de l’accident. Il y aurait encore 36 000 personnes déplacées, en comptant celles qui sont restées dans la province de Fukushima. Les communes n’ont pas les mêmes critères et quand on fait la somme de leurs chiffres, on arrive à 67 000 personnes déplacées, selon l’agence Kyodo, reprise par le Maïnichi.

Le taux de retour dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés reste faible et la population totale diminue. Le gouvernement va donc soutenir financièrement les nouveaux habitants qui viendraient s’installer dans 12 communes de Fukushima.

Voici les données par commune :

  • Namié : Une grande partie du territoire de la commune est classée en zone de retour difficile et l’ordre d’évacuer n’a été levé que dans une petite partie. Il y avait 21 434 résidents le 11 mars 2011 (source). Au 31 janvier 2021, 20 072 personnes originaires de Namié étaient encore déplacées, dont 14 021 dans la province de Fukushima et 6 051 en dehors (source, archives). A Namié, il y a 1 579 personnes qui y habitent, sur 16 681 habitants enregistrés, soit 9,5% (source). Voir aussi la fiche d’information en japonais ;
  • Iitaté : Le district de Nagadoro est classé en zone de retour difficile, mais très peu de personnes y vivaient. L’ordre d’évacuer a été levé dans le reste du village. Il y avait 6 509 résidents le 11 mars 2011 (source). Il y a maintenant 5 247 habitants enregistrés dans la commune. Au 31 janvier 2021, 1 482 personnes habitaient à Iitaté et 3 744 personnes originaires de étaient encore déplacées, dont 3 548 dans la province de Fukushima et 196 en dehors (source, archives) ;
  • District d’Odaka (小高) à Minami-Sôma : Le district d’Odaka a été évacué et l’ordre d’évacuation est levé. En mars 2011, il y avait 71 561 habitants à Minami-Sôma (source), dont 12 840 dans le district d’Odaka (source). Au 1er janvier 2021, il y a désormais 52 765 habitants enregistrés à Minami-Sôma (source). Dans le district d’Odaka, sur 7 003 résidents enregistrés, 4 725 y vivent vraiment (2 201 ont plus de 65 ans). Les 2 278 autres résident en dehors de la ville (source, archives). En ce qui concerne la partie évacuée du district de Haramachi (原町), il y avait 1 439 résidents en mars 2011. Et sur 683 résidents enregistrés, 592 y vivent vraiment (source).
  • Kawamata, district de Yamakiya (山木屋) : Ce district a été évacué et l’ordre d’évacuation a été levé. Il y avait 1 252 résidents dans ce district en mars 2011 (source). Au 1er février 2021, il y a 343 résidents sur 724 personnes enregistrées (source). Ce tableau fait état de 670 personnes encore déplacées, dont 117 dans la commune et 176 en dehors de Fukushima.
  • Naraha : Il y avait 8 011 résidents le 11 mars 2011 (source). Début 2021, il y a 6 761 personnes enregistrés dans la commune (source), dont 4 038 y vivent vraiment (source). La répartition par quartier et par classe d’âges est aussi disponible.
  • Tomioka : Il y avait 15 960 habitants en mars 2011 (source). Au 1er février 2021, il y a 12 319 personnes enregistrées (source), mais 1 576 y vivent (source). La répartition des personnes déplacées est aussi ici. La plupart sont à Iwaki et Kôriyama.
  • Katsurao : Une partie de la commune est encore classée en zone de retour difficile. Il y avait, dans la commune, 1 567 résidents le 11 mars 2011 (source). Au 1er février 2021, sur 1 376 personnes enregistrées, 925 sont toujours évacuées (source). La plupart sont à Miharu et Kôriyama.
  • Kawauchi : Il y avait 3 038 habitants le 11 mars 2011 (source). La page d’accueil de la commune ne donne que le nombre de personnes enregistrées : 2 566. Les seules statistiques démographiques ne sont pas à jour et ne permettent pas de connaître le nombre de résidents présents.
  • Futaba : La commune est presque entièrement classée en zone de retour difficile. Il y avait 7 140 habitants le 11 mars 2011 (source). Toute la population est encore évacuée. Cette page donne la destination de 6 803 personnes déplacées au 31 janvier 2021. Le nombre de personnes enregistrées dans la commune mois après mois est ici en japonais : elles sont 5 773 en janvier 2021.
  • Ôkuma : La commune est presque entièrement classée en zone de retour difficile. Il y avait 11 505 habitants le 11 mars 2011 (source). Au 31 janvier 2021, il y a 10 249 personnes enregistrées (source). Cette page donne aussi la destination des personnes déplacées et mentionne 283 habitants enregistrés vivant dans la commune. Il y aurait aussi environ 863 personnes vivant dans la commune sans y être enregistrées. Ce sont fort probablement des travailleurs en mission.
  • Hirono : La commune de Hirono est situées au-delà des 20 km et il n’y a pas eu d’ordre d’évacuer, mais juste une recommandation. Il y avait 5 490 habitants le 11 mars 2011 (source). La page d’accueil de la commune fait état de 4 699 personnes enregistrées dont 4 216 y vivent vraiment. Il y a aussi 2 447 qui y vivent sans y être enregistrées. Il s’agit de personnes déplacées d’autres communes et de travailleurs.
  • Tamura : seule une petite partie de la commune a été évacuée, dans le district de Miyakojimachi (都路町). En mars 2011, il y avait 41 662 habitants, dont 380 dans la partie évacuée du district de Miyakojimachi, et 4 117 dans la bande comprise entre 20 et 30 km où il a été recommandé de partir (source). Au 31 janvier 2021, il y a 254 habitants enregistrés dans la partie qui a été évacuée dont 213 qui y vivent vraiment (source). Pour la bande comprise entre 20 et 30 km, il y a 3 060 personnes enregistrées au 31 janvier 2021, dont 2 885 qui y vivent vraiment (source).

Impact sanitaire

• Décès directs : Le nombre total de décès directs dus à la triple catastrophe, s’élève à 15 899 (9 543 à Miyagi, 4 675 à Iwaté, 1 614 à Fukushima et 67 dans les autres provinces). C’est deux de plus que l’an dernier, car deux corps ont pu être identifiés. Il y a aussi 2 529 disparus.

• Décès post-accidentels : Les derniers chiffres officiels de la province de Fukushima (lien direct, copie), qui datent du 12 février 2021 font état de 1 606 décès directs dus à la triple catastrophe et de 1 disparu. Il y a aussi 2 317 décès indirects dus à des suicides ou à une dégradation des conditions de santé suite à l’évacuation.

Pour les trois provinces les plus affectées par le séisme et le tsunami, à savoir Iwaté, Miyagi et Fukushima, le nombre de décès indirects était de 3 739 au 30 septembre 2019. Un quart concernait des personnes avec handicap, selon l’agence de presse Kyodo qui a contacté 42 communes. La part des personnes handicapées est de 7% au Japon et celle des personnes de plus de 65 ans, de 14%. Ces statistiques pointent la nécessité d’améliorer la prise en charge des personnes handicapées en cas de catastrophe.

240 suicides sont directement liés à la triple catastrophe, dont 54 à Iwaté, 58 à Miyagi et 118 à Fukushima. Sur ces 240 suicides, 54 ont eu lieu en 2011, 24 en 2012, 38 en 2013. Et pour ces dernières années, c’était 9 en 2018, 16 en 2019 et 5 en 2020 (source).

• Cancers de la thyroïde : L’université de médecine de Fukushima effectue une campagne de dépistage par échographie des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans.

Les derniers résultats sont ici sur notre site : le dépistage officiel a découvert de 252 cas de cancers de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 202 ont été confirmés lors d’une intervention chirurgicale. Il n’y a toujours qu’un seul cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention (première campagne).

Le nombre de cas nouveaux, qui n’ont été détectés qu’à partir de la seconde campagne de dépistage (136), est plus élevé que le nombre de cas détectés lors de la première campagne (116), qui peut inclure des cancers qui existaient déjà avant la catastrophe nucléaire.

Le tableau ci-dessous synthétise issues du dépistage officiel. Le taux de dépistage diminuant au fur et à mesure des campagnes, le nombre de cas réels est donc plus élevé.

  Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 091 547 116 101
Deuxième campagne 270 529 1 826 207 71 54
Troisième campagne 217 920 1 060 78 31 27
Quatrième campagne 177 424 758 64 27 16
Cinquième campagne 41 0 0 0 0
Plus de 25 ans 5 234 160 13 7 4
Bilan des campagnes de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima au 30 juin 2020 ( 31 mars 2020 pour les plus de 25 ans)

Rappelons qu’il y a plus un an, le fond de soutien des enfants ayant un cancer de la thyroïde, créé en 2016, avait recensé au moins 17 cas supplémentaires, non pris en compte dans les données officielles, dont un qui avait moins de 5 ans au moment de la catastrophe.

A ces chiffres, on peut ajouter les 4 cas découverts à Marumori, au Sud de la province voisine de Miyagi.

Les dernières données relatives à la quatrième campagne de dépistage, publiées le 15 janvier dernier, font officiellement apparaître qu’un enfant de moins de 1 an et qu’un autre de 2 ans au moment de la catastrophe nucléaire, sont atteints d’un cancer de la thyroïde. Voir la figure ci-dessous. Difficile de prétendre que le cancer existait avant la catastrophe pour ces deux enfants !

Distribution par âge au moment de la catastrophe nucléaire des 27 cas de cancers de la thyroïde découverts lors de la quatrième campagne de dépistage. Les cases blanches correspondent aux filles et les cases grises, aux garçons.

Il y a désormais 8 cas de cancer de la thyroïde chez des enfants de Fukushima qui avaient 5 ans ou moins au moment de la catastrophe nucléaire. Si l’âge ne constitue pas une preuve qu’ils sont dus aux radiations, cette hypothèse ne peut pas être exclue.

Il convient de noter que le premier cas découvert par le fond de soutien n’est pas dans les statistiques officielles, car il n’a pas été pris en charge via le suivi mis en place par les autorités. Les données officielles sont donc incomplètes.

Pour en savoir plus, lire notre revue de la littérature scientifique sur le sujet. Si, dix ans après la catastrophe de Fukushima, il n’est toujours pas possible de tirer des conclusions définitives sur les raisons de la forte augmentation du taux de cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima, il n’est plus possible d’exclure que des cancers puissent être induits par les radiations.

Coût de la catastrophe

Coût total estimé

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros) et n’ont pas changé depuis. Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Les médias japonais ont rapporté qu’en décembre 2020, TEPCo avait déjà dépensé 1 443,8 milliards de yens (11 milliards d’euros au cours actuel) pour sécuriser et démanteler sa centrale nucléaire accidentée. Le coût total attendu est toujours de 8 000 milliards de yens. Il dépend de la technologie qui sera utilisée pour reprendre le corium.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

En 2019, Japan Center for Economic Research estime que la facture pourra dépasser les 80 000 milliards de yens (640 milliards d’euros au cours actuel). La note explicative est en japonais seulement. Sur le coût total de 81 000 milliards de yens (648 milliards d’euros), 51 000 milliards (408 milliards d’euros) sont dédiés au démantèlement de la centrale accidentée. A comparer au 8 000 milliards de yens estimés par le ministère de l’économie. L’indemnisation des victimes devrait coûter 10 000 milliards de yens (80 milliards d’euros) selon le think tank et la décontamination 20 000 milliards de yens (160 milliards d’euros).

Si l’eau contaminée était simplement rejetée en mer après dilution, la facture totale pourrait être réduite de 40 000 milliards de yens (320 milliards d’euros) selon le think tank, pour atteindre 41 000 milliards de yens (328 milliards d’euros). La facture totale pourrait encore être abaissée à 35 000 milliards de yens (280 milliards d’euros) si les réacteurs accidentés n’étaient pas démantelés, mais mis sous un sarcophage, comme à Tchernobyl. Mais cette solution reporte sur les générations futures les coûts du démantèlement et ne résout pas le problème des eaux souterraines qui s’infiltrent et se contaminent.

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo.

Indemnisations

En janvier dernier, les autorités avaient déjà prêté 9 716,5 milliards de yens (77,1 milliards d’euros), à TEPCo pour que la compagnie puisse indemniser les victimes de la catastrophe nucléaire et cela ne suffira pas. Les intérêts sont à la charge des contribuables.

L’indemnisation du stress psychologique s’est terminée un an après l’évacuation pour les personnes originaires d’un point chaud situé au-delà des zones d’évacuation. Les habitants originaires des zones dites de retour difficile ont reçu l’équivalent de douze années d’indemnisation et pour les autres, originaires des zones où l’ordre d’évacuer a été levé, l’indemnisation s’est arrêtée au bout de 7 ans. Un adulte a reçu 1,2 million de yens par an (environ 10 000 euros). Il y a eu aussi une compensation pour la perte des biens et des revenus, qui varie d’une famille à l’autre.

De nombreuses personnes ne sont pas satisfaites par les indemnisations reçues et réclament plus. En septembre 2011, les autorités japonaises ont mis en place une commission de conciliation chargée d’arbitrer les contentieux. Ses avis ne sont pas contraignants, mais TEPCo avait alors annoncé vouloir les respecter. Mais, dans les faits, TEPCo refuse de nombreux arbitrages et la commission a clôt de nombreux dossiers non réglés : 72 entre 2013 et 2017 (tous des employés de TEPCo et leur famille), 18 en 2018 et déjà un en 2019. Le groupe le plus important qui avait saisi, en vain, cette commission est constitué de 16 000 habitants de Namié, commune qui a été entièrement évacuée.

Plus de 10 000 Japonais ont porté plainte contre le gouvernement et parfois aussi contre l’Etat afin de bénéficier d’une meilleurs indemnisation. Il y a une trentaine de plaintes collectives. TEPCo a été condamnée de nombreuses fois à mieux indemniser les victimes et le gouvernement aussi. 14 jugements ont déjà été rendus par des tribunaux régionaux et 3 par une cour d’appel.

Parc nucléaire japonais

Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon comptait 54 réacteurs de production d’électricité plus des réacteurs de recherche. Une carte datant de 2010 est disponible ici.

6 réacteurs ont été détruits ou endommagés par la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et 15 autres ont été arrêtés définitivement depuis. Le Japon ne compte donc plus que 33 réacteurs nucléaires pour la production d’électricité : 16 ont leur dossier de sûreté validé et 9 ont été remis en service, dont 4 qui utilisent du combustible MOx. Mais, Ikata-3 a été suspendu par la justice en janvier 2020. Il n’y a donc plus que 8 réacteurs autorisés à fonctionner, dont 3 utilisent du MOx. Sur ces 33 réacteurs, certains ne seront fort probablement jamais remis en service, comme Tsuruga-2, qui est sur une faille sismique reconnue comme active par l’Autorité de régulation nucléaire.

Aucune remise en service de réacteur n’a en lieu en 2019, ni en 2020. Le nucléaire japonais est bloqué. Par ailleurs, l’Autorité de régulation nucléaire a refusé de laisser un délai supplémentaire aux compagnies d’électricité pour la mise en place de mesure de protection contre les attaques terroristes. Quatre réacteurs ont dû être arrêtés en 2020, le temps de faire les travaux : Sendaï-1 et -2, puis Takahama-3 et -4. En novembre 2020, il n’y avait qu’une seule tranche en service… D’autres arrêts suivront en 2021 (voir la liste ici). A priori, 7 des 9 réacteurs remis en service devront être arrêtés pour les mêmes raisons.

Pour voir le détail du parc japonais, c’est par ici. Il y a aussi la liste tenue par le JAIF.

L’an dernier, les compagnies d’électricité japonaises avaient déjà dépensé 5 380 milliards de yens (45 milliards d’euros) pour améliorer la sûreté de leurs installations, avec un piètre résultat. De plus, selon l’agence Kyodo, un quart environ des employés des centrales nucléaires n’ont pas d’expérience d’exploitation suite aux arrêts prolongés. Cela atteint même 40% chez Tôhoku Electric, Chûbu Electric et Chûgoku Electric.

En décembre dernier, la justice a remis en cause l’évaluation du risque sismique validée par l’Autorité de régulation nucléaire. Lire notre article pour en savoir plus. C’est la première fois que la justice japonaise remet en cause l’instruction des dossiers de sûreté et l’application les règles de sûreté révisées en 2013, après la catastrophe de Fukushima. Cette décision pourrait faire jurisprudence.

Le gouvernement japonais voulait atteindre 20 à 22% de nucléaire dans le mix électrique à l’horizon 2030, mais il n’y arrivera pas. En novembre dernier, le ministre de l’industrie a reconnu qu’il ne sera pas possible d’engager la construction d’un nouveau réacteur nucléaire dans les 10 prochaines années, car l’opinion n’y est pas prête. Le gouvernement est en train de revoir la politique énergétique du pays, le plan actuel n’étant pas réaliste. En attendant, les communes sur lesquelles sont installées les centrales nucléaires reçoivent toujours plus d’argent

• Le surgénérateur Monju a été arrêté définitivement. Il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994. Une fuite de sodium avait entraîné son arrêt en 1995. La culture de sûreté y est défaillante (source).

• Les autorités n’ont pas encore abandonné l’usine de retraitement située à Rokkashô-mura dans la province d’Aomori dont la mise en service cumule déjà 25 années de retard depuis 1997, année de la première date de mise en service prévue (source). Le démarrage est désormais annoncé pour 2022 et le coût a été multiplié par 4.

Son dossier de sûreté est validé par l’Autorité de régulation nucléaire. Mais, même si cette usine démarre, elle devra tourner au ralenti car il n’y a pas de débouché pour le plutonium extrait. En effet, le gouvernement japonais s’est engagé à ne pas en extraire plus qu’il ne pouvait en consommer.

Les premiers déchargements de combutible MOx de l’histoire du Japon ont eu lieu en janvier 2020, dans les réacteurs d’Ikata-3 et Takahama-3.

• Faute de débouchés sur le marché intérieur, le Japon avait fait de l’exportation de sa technologie nucléaire une priorité pour sauver son industrie. Mais tous les projets de centrale nucléaire dans un pays étranger ont été abandonnés ou suspendus face aux coûts exorbitants.

Autres documents

Sur Internet :

En librairie :

Niveaux de radiation extrêmement élevés découverts dans les bâtiments réacteur à la centrale de Fukushima daï-ichi

Depuis septembre 2020, l’Autorité de régulation nucléaire a repris ses investigations pour comprendre le déroulement du triple accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela comprend des visites des réacteurs accidentés, malgré les forts niveaux ambiants de radiation. Le président de l’Autorité de régulation, a notamment pris une dose de 0,85 mSv en une dizaine de minutes lors de la visite du réacteur n°2, ce qui l’a obligé de quitter le bâtiment, comme nous l’avons rapporté.

Plusieurs vidéos de ces visites récentes sont disponibles en ligne :

A noter qu’en décembre 2019, l’Autorité de régulation avait déjà mis en ligne une vidéo d’une visite du réacteur n°3.

Cette fois-ci, les médias japonais ont rapporté que des débits de dose très élevés avaient été relevés au niveau des dalles qui couvrent l’enceinte de confinement (voir l’Asahi, par exemple). Pour le réacteur n°1, l’explosion hydrogène a fracturé cette dalle en béton de 12 m de diamètre et de 60 cm d’épaisseur et des débits de dose très élevés avaient déjà été relevés en 2017, jusqu’à 2,2 Sv/h, c’est à dire une dose létale en quelques heures sur place (voir ces blogs en anglais et en français).

Cette fois-ci, ce sont des débits de dose encore plus élevés, de l’ordre de 10 Sv/h, qui ont été mesurés au dessus de ces dalles de protection des réacteurs 2 et 3. Une dose létale en une heure sur place. L’Autorité de régulation estime que la dalle du réacteur n°2 contient de l’ordre de 20 à 40 pétabecquerels (1015 Bq) de césium-137 et celle du réacteur n°3, 30 pétabecquerels environ. Cela va compliquer les travaux de démantèlement.

Pour la dalle brisée du réacteur n°1, il n’y aurait “que” 0,16 pétabecquerels environ…

Fortes doses lors d’une visite du réacteur n°2

Selon le journal régional Kahoku, une délégation de l’Autorité de régulation nucléaire est allée visiter l’intérieur du bâtiment du réacteur n°2. C’est la première fois que des humains pénètrent dans ces lieux depuis la catastrophe nucléaire. Au quatrième étage (5ème niveau), le débit de dose ambiant était de 11 à 12 mSv/h. Toyoshi Fukéta, le président de l’Autorité de régulation, a pris une dose de 0,85 mSv en une dizaine de minutes, ce qui l’a obligé de quitter le bâtiment. Rappelons que la limite annuelle pour le public est de 1 mSv par an.

Selon M. Fukéta le débit de dose ambiant est encore élevé à cause des poussières radioactives en suspension dans l’air, ce qui l’a surpris après tant d’années. Il faut donc trouver l’origine de cette poussière.

On peut aussi se demander quel est l’intérêt d’envoyer des humains dans un environnement si contaminé : que peut-on apprendre en 10 minutes ? Quelle est la justification d’une telle démarche ? Surtout à cinq !

Boom hôtelier à Fukushima, le long de la côte

Avant la triple catastrophe, le parc hôtelier sur la côte de Fukushima était dominé par des petites pensions, selon l’Asahi, mais depuis l’accident nucléaire, de grands hôtels, avec une centaine de chambres, ont été construits pour héberger principalement les travailleurs du nucléaire.

L’hôtel Futabanomori, avec 95 chambres, va ouvrir le 15 juillet à Namié. Il est à 9 km seulement de la cenrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. A peine 1 400 personnes sont rentrée à Namié, depuis la lever de l’ordre d’évacuer au centre ville, soit moins de 10% de la population d’avant l’accident. Le gouvernement y a installé un centre de recherche pour relancer l’activité économique et l’attractivité de la ville.

Plus proche de la centrale, à Futaba même, un autre hôtel devrait ouvrir cet automne, avec 134 chambres, alors que presque toute la commune est encore interdite d’accès. L’ordre d’évacuer a été levé sur à peine 4,7% de son territoire, en mars dernier. C’est une chaîne hôtelière (Arm System) qui s’y installe. Un parc mémoriel devrait aussi ouvrir à l’automne.

Plus au sud, à Tomioka, un nouvel hôtel a ouvert en octobre 2019, avec 69 chambres. Le taux d’occupation est d’environ 70%. Il est à 10 km de la centrale accidentée. Presque tous les clients sont liés au nucléaire ou à la reconstruction de la région.

D’autres hôtels ont ouvert ou vont ouvrir, alors que la zone a probablement atteint le pic de clients potentiels. La compétition pourrait être rude, surtout avec la crise sanitaire liée à la Covid-19. Presque toute l’économie de l’ancienne zone évacuée est tirée par le chantier pharaonesque de sécurisation et de démantèlement des réacteurs nucléaires, ainsi que par la reconstruction de la zone. Le chantier nucléaire va durer bien plus longtemps. L’avenir à long terme de ces territoires, avec un bouleversement de sa population et de son économie reste à inventer et n’est jamais débattu.

Les faibles doses de radiation provoquent des cancers selon une revue de 26 études scientifiques

L’Institut national du cancer des Etats-Unis vient de dédier un volume entier de son journal scientifique, Journal of the National Cancer Institute Monographs, à l’impact des faibles doses de radiation sur les cancers. Les articles sont en libre accès.

Dans son communiqué, l’Institut souligne : Après avoir passé au peigne fin les données de 26 études épidémiologiques, les auteurs ont trouvé des preuves évidentes d’un risque excessif de cancer dû à de faibles doses de rayonnements ionisants : 17 des 22 études ont montré un risque de cancers solides et 17 des 20 études ont montré un risque de leucémie. Les estimations sommaires des risques étaient statistiquement significatives et l’ampleur du risque (par unité de dose) correspondait aux résultats des études des populations exposées à des doses plus élevées.

Une caractéristique nouvelle de l’effort de recherche a été l’utilisation par les chercheurs de techniques épidémiologiques et statistiques pour identifier et évaluer les sources possibles de biais dans les données d’observation, par exemple les facteurs de confusion, les erreurs dans les doses et la classification erronée des résultats. Après un examen approfondi et systématique, ils ont conclu que la plupart d’entre eux ne souffraient pas de biais majeurs.

Les auteurs ont conclu que même si, pour la plupart, le risque absolu de cancer sera faible, les données renforcent le principe de la radioprotection pour garantir que les doses sont “aussi faibles que raisonnablement possible” (ALARA).

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour explorer les risques de maladies cardiovasculaires à faibles doses. Les maladies cardiovasculaires étant une maladie très courante, même de faibles risques à faibles doses pourraient avoir des implications importantes pour la radioprotection et la santé publique.

Les 26 études épidémiologiques ont été publiées entre 2006 et 2017 et ont porté sur un total de 91 000 cancers solides et 13 000 leucémies. Les études étaient admissibles si la dose moyenne était inférieure à 100 mGy. Les populations étudiées ont été exposées aux rayonnements environnementaux lors d’accidents, comme Tchernobyl, et aux rayonnements naturels, aux rayonnements médicaux comme les scanners CT et à l’exposition professionnelle, y compris celle des travailleurs du nucléaire et des travailleurs sous rayonnements médicaux. (Traduit avec l’aide de www.DeepL.com/Translator)

Ces résultats viennent contredire les affirmations des autorités japonaises qui ne cessent de répéter qu’il n’y a pas d’impact observé en dessous d’une dose de 100 mSv.

Tribune d’un rapporteur spécial de l’ONU : la gestion des déchets radioactifs est aussi une décision relative aux droits humains

L’agence de presse Kyodo a publié une tribune, reprise par le Maïnichi, de Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU depuis 2014 sur les implications pour les droits humains de la gestion et de l’élimination écologiquement correcte des substances et déchets dangereux. La voici en français :

Dans quelques semaines, le gouvernement japonais aura l’occasion de montrer au monde entier à quel point il attache de l’importance à la protection des droits humains et de l’environnement et au respect de ses obligations internationales.

Au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima daï-ichi, moi-même et d’autres rapporteurs spéciaux de l’ONU avons constamment exprimé nos préoccupations quant aux approches adoptées par le gouvernement japonais. Nous avons craint que le relèvement des “limites acceptables” d’exposition aux radiations pour inciter à la réinstallation ne viole les obligations du gouvernement en matière de droits humains envers les enfants.

Nous nous sommes inquiétés de l’exploitation possible des migrants et des pauvres pour les travaux de décontamination radioactive. Notre préoccupation la plus récente est la façon dont le gouvernement a utilisé la crise COVID-19 pour accélérer considérablement son calendrier de décision concernant le déversement dans l’océan des eaux radioactives qui s’accumulent à Fukushima daï-ichi.

En mettant de côté les devoirs de consultation et de protection qui incombent au Japon en vertu du droit international, je suis attristé de penser qu’un pays qui a subi les horreurs d’être le seul sur lequel non pas une mais deux bombes nucléaires ont été larguées pendant la guerre, continuerait sur cette voie pour faire face aux conséquences radioactives de la catastrophe de Fukushima daï-ichi.

Le rejet des eaux usées toxiques collectées à la centrale nucléaire de Fukushima serait, sans aucun doute, un coup terrible porté aux moyens de subsistance des pêcheurs locaux. Indépendamment des risques sanitaires et environnementaux, l’atteinte à la réputation serait irréparable, une cicatrice invisible et permanente sur les produits de mer locaux. Aucune somme d’argent ne peut remplacer la perte de culture et de dignité qui accompagne ce mode de vie traditionnel pour ces communautés.

Les communautés de Fukushima, si dévastées par les événements tragiques du 11 mars 2011, ont exprimé ces dernières semaines leurs préoccupations et leur opposition au rejet de l’eau contaminée dans leur environnement. C’est leur droit à un environnement qui leur permette de vivre dans la dignité, de profiter de leur culture et de ne pas être délibérément exposées à une contamination radioactive supplémentaire. Ces droits doivent être pleinement respectés et ne doivent pas être ignorés par le gouvernement de Tôkyô.

Le déversement de déchets nucléaires dans l’océan pourrait nuire aux relations internationales du Japon. Les pays voisins sont déjà préoccupés par le rejet d’importants volumes de tritium radioactif et d’autres contaminants dans les eaux usées.

Le Japon a le devoir, en vertu du droit international, de prévenir les dommages environnementaux transfrontaliers. Plus précisément, en vertu de la Convention de Londres, le Japon a l’obligation de prendre des précautions en ce qui concerne le déversement de déchets dans l’océan. Compte tenu de l’incertitude scientifique quant aux effets sur la santé et l’environnement de l’exposition à des rayonnements de faible intensité, le rejet de ces eaux usées serait totalement incompatible avec l’esprit, sinon la lettre, de cette loi.

Les peuples autochtones ont un droit internationalement reconnu au consentement libre, préalable et éclairé. Cela inclut l’élimination des déchets dans leurs eaux et les actions susceptibles de contaminer leur alimentation. Quelle que soit l’importance de la contamination de leur eau et de leur nourriture, le gouvernement japonais a l’obligation incontestable de consulter les peuples indigènes potentiellement affectés, obligation qu’il n’a pas remplie.

Le gouvernement japonais n’a pas, et ne peut pas, s’assurer de consultations significatives comme l’exige le droit international des droits de l’homme pendant la pandémie actuelle. Rien ne justifie un calendrier aussi dramatiquement accéléré pour la prise de décision pendant la crise de la covid-19. Le Japon dispose de l’espace physique nécessaire pour stocker les eaux usées pendant de nombreuses années.

Depuis six ans, je présente un rapport annuel au Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Qu’il s’agisse des droits de l’enfant ou des droits des travailleurs, dans presque toutes les discussions aux Nations unies, la situation de Fukushima daï-ichi est soulevée par des observateurs inquiets, afin que le monde entier puisse l’entendre. Les organisations intervenantes ont demandé année après année au gouvernement japonais de leur adresser une invitation à se rendre sur place afin que je puisse faire des recommandations pour améliorer la situation. Je regrette que mon mandat arrive à son terme sans cette possibilité, malgré mes demandes répétées de visite et d’évaluation de la situation.

La catastrophe de 2011 ne peut être annulée. Toutefois, le Japon a encore la possibilité de minimiser les dégâts. À mon avis, il existe de graves risques pour les moyens de subsistance des pêcheurs au Japon et pour sa réputation internationale. Une fois de plus, j’invite le gouvernement japonais à réfléchir à deux fois à son héritage : en tant que véritable champion des droits de l’homme et de l’environnement, ou pas.

Traduit avec l’aide de www.DeepL.com/Translator

L’héritage de Tchernobyl et la voie navigable transeuropéenne E40

Les retombées radioactives de la catastrophe de Tchernobyl ont pollué de vastes territoires en Ukraine, Biélorussie et Russie. 34 ans plus tard, le réacteur accidenté est confiné sous une arche pour un siècle et la zone d’exclusion a été transformée en une vaste « réserve radio-écologique ». La principale stratégie mise en œuvre est d’attendre la lente décroissance de la radioactivité.

Les récents incendies de forêt sont venus rappeler que la radioactivité n’est pas confinée dans les territoires abandonnés. La rivière Pripiat, qui traverse la zone d’exclusion et passe au pied du réacteur accidenté avant de se jeter dans le Dniepr, charrie aussi continuellement des radioéléments. En aval, plus de 8 millions d’Ukrainiens boivent l’eau du Dniepr et jusqu’à 20 millions mangent des aliments irrigués avec l’eau de ce fleuve. Les années avec de fortes inondations dans la zone d’exclusion (une fois tous les 4 ans environ), les niveaux d’exposition des habitants augmentent de façon significative.

C’est dans ce contexte que l’ACRO a évalué l’impact radiologique de la voie navigable transeuropéenne E40, qui vise à relier la Mer Noire à la Mer Baltique via le Dniepr et le Pripiat, à la demande de la société zoologique de Francfort et du collectif « Save Polesia ». Le rapport est disponible en français et en anglais sur notre site Internet : http://acro.eu.org

Carte du projet de voie fluviale E40, extraite de savepolesia.org. © pg-webstudio.de

Aujourd’hui, la contamination est dominée par le césium-137, le strontium-90 et divers isotopes du plutonium hautement toxique. L’américium-241, le noyau fils du plutonium-241, est également très toxique et sa contribution croissante devrait dominer l’impact radiologique à l’avenir.

La voie navigable intérieure E40 projetée, qui devrait passer à proximité de la centrale nucléaire de Tchernobyl et traverser la zone d’exclusion, aura nécessairement un impact radiologique sur les travailleurs de la construction et de la maintenance, ainsi que sur la population en aval qui dépend de l’eau des rivières Pripiat et Dniepr. Bien que ce projet nécessite de grands travaux tels que la construction d’un barrage et l’alignement du cours de la rivière dans sa partie la plus contaminée, aucune étude d’impact radiologique n’est disponible. Les principes de la CIPR en matière de radioprotection et les conventions d’Aarhus et d’Espoo exigent pourtant des études environnementales et radiologiques, une justification du projet et la participation des parties prenantes et du grand public au processus de décision.

L’étude de l’ACRO montre que les travaux de construction pour la partie de la voie navigable E40 qui traverse la zone d’exclusion de Tchernobyl et passe à proximité de la centrale nucléaire ne sont pas réalisables. L’exposition estimée des travailleurs serait trop élevée pour être acceptée. En outre, le bassin de refroidissement de Tchernobyl, fortement contaminé, et les stockages temporaires de déchets radioactifs dans la plaine d’inondation de la rivière Pripiat n’ont pas encore été démantelés, ce qui empêche tout travail de construction. L’AIEA recommande également une liste d’autres mesures de protection qui restent à mettre en œuvre.

La partie de la voie navigable E40 qui se trouve en amont de la zone d’exclusion de Tchernobyl serait alors inutile, car sans connexion avec le Dniepr. Cela signifie également que les travaux d’aménagement qui consistent en la construction de plusieurs barrages et l’alignement des méandres de la rivière Pripiat pour accepter les navires de classe V ne sont pas justifiés.

Enfin, la portion de la voie E40 allant de la mer Noire au réservoir de Kiev nécessite principalement des travaux de dragage réguliers. L’étude de faisabilité mentionne 68 000 m3 de travaux de dragage par an dans le réservoir de Kiev, qui stocke du césium-137 dans ses sédiments de fond. Une telle activité est contraire aux recommandations de l’AIEA de laisser les sédiments en place car elle augmentera la dose des personnes qui dépendent de l’eau du réservoir de Kiev pour leur approvisionnement en eau et en nourriture.

En conclusion, l’ACRO partage l’avis du collectif « Save Polesia » : ce projet de voie navigable aura un impact environnemental et sanitaire inacceptable. Il n’est pas justifié et doit être abandonné. Elle appelle l’Union européenne à cesser tout soutien à ce projet.

Ce travail ne serait pas possible sans votre soutien :
partiellement déductible des impôts.
Même une petite somme est la bienvenue

Radiation impacts of the E40 waterway from Frankfurt Zoological Society on Vimeo.

COVID-19 : Après l’extension de l’état d’urgence sanitaire à tout le pays, TEPCo va réduire le nombre de travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi

Face à la progression des cas de COVID-19, le gouvernement japonais a dû se résoudre à étendre à tout le pays l’état d’urgence sanitaire, après l’avoir seulement déclaré dans 7 provinces. TEPCo va donc réduire le nombre d’intervenants sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi afin de limiter la progression du coronavirus.

Il y a actuellement environ 3 000 personnes chaque jour sur le site de la centrale nucléaire accidentée. La réduction du nombre de travailleurs va entraîner des retards dans les travaux. Cependant, certaines opérations, comme le refroidissement des réacteurs ou la gestion de l’eau contaminée, ne peuvent pas être arrêtées.

Fukushima en forme olympique : bilan chiffré pour le 9ième anniversaire

A l’approche du neuvième anniversaire de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, voici un bilan chiffré effectué à partir des médias, des sites officiels et des 2 600 articles de ce site. Des mises à jour seront faites régulièrement.

Les chiffres clé publiés à l’occasion du huitième anniversaire sont ici.

Avant de commencer, un haïku cité par Le Monde :

Fukushima

la lune d’hiver

sur une ville morte

Bonne lecture…

Situation des réacteurs

En janvier 2020, TEPCo a mis en ligne une vidéo en anglais pour vanter les progrès à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi qui n’a pas grand intérêt. Mais elle permet d’avoir des images du site. Le dernier bilan du ministère de l’industrie (METI) est ici en anglais.

En 2017, TEPCo avait publié une carte de sa centrale avec le débit de dose ambient. Il y a aussi cette carte au plus près des réacteurs. Il n’y en a pas de nouvelle sur le site Internet de la compagnie.

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Depuis décembre 2014, la piscine de combustible du réacteur a été vidée et les travaux sont arrêtés car il n’est plus menaçant.

La carte avec quelques valeurs de débit de dose ambiant date de 2016.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment avec un toit, de forme cylindrique, a été construit. Le retrait des combustibles a débuté en avril 2019, avec 4 ans de retard par rapport au planning initial, avant d’être suspendues jusqu’en juillet. Puis, les opérations se sont révélées être plus compliquées que prévu, car, selon TEPCo, douze assemblages neufs étaient endommagés. Ils sont dans la zone où la grue était tombée lors de l’accident. Ce n’est que le 25 janvier dernier, que TEPCo a fini de retirer tous les combustibles neufs. Elle a ensuite débuté le retrait des combustibles usés. A la date du 6 février, TEPCo en avait retiré 18.

Il y avait 566 assemblages dans cette piscine (52 neufs, tous retirés et 514 usés). La page dédiée de TEPCo est ici en anglais. Une vidéo de présentation des opérations, ici en anglais.

Il y aurait entre 188 et 394 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus.

En décembre 2019, l’autorité de régulation nucléaire a mis en ligne une vidéo qu’elle a prise lors d’une inspection à l’intérieur du bâtiment réacteur n°3. Les images datent du 12 décembre 2019. Pour des explications, voir l’article dédié.

La carte avec quelques rares valeurs de débit de dose ambiant date de 2016.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de la piscine. La compagnie a envoyé plusieurs robots dans l’enceinte de confinement afin de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris. Il y aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus.

TEPCo avait envoyé un robot au contact du corium en février 2019. Les images étaient impressionantes :

Les autorités et TEPCo maintiennent un début des opérations de retrait du corium en 2021, avec des tests en 2020. Pour ce faire, TEPCo envisage d’insérer un bras articulé dans l’enceinte de confinement et de retirer petit morceau par petit morceau de l’ordre d’un gramme à la fois. La compagnie espère pourvoir ensuite retirer plusieurs kilogrammes par jour, comme l’explique le Maïnichi.

TEPCo a aussi débuté le démantèlement de la cheminée de rejet commune aux réacteurs 1 et 2. D’une hauteur de 120 m, elle est très contaminée suite aux rejets radioactifs qui ont eu lieu lors de l’accident. Son démantèlement est donc complexe.

Enfin, le retrait des combustibles usés de la piscine du réacteur n°2 a pris du retard : ce sera désormais aux alentours de 2024 et 2026. Ce serait dû aux niveaux de dose ambiant dans le bâtiment réacteur. Juste au dessus du cœur, un robot envoyé par l’autorité de régulation nucléaire a mesuré jusqu’à 683 mSv/h.

La carte avec quelques valeurs de débit de dose ambiant date de 2016.

Réacteur n°1

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo a commencé à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles. Depuis, la compagnie est peu prolixe sur l’avancement des travaux.

TEPCo a aussi débuté le démantèlement de la cheminée de rejet commune aux réacteurs 1 et 2. D’une hauteur de 120 m, elle est très contaminée suite aux rejets radioactifs qui ont eu lieu lors de l’accident. Son démantèlement est donc complexe.

En revanche, le retrait des combustibles usés de la piscine du réacteur n°1 a pris du retard : ce sera au mieux, 2027, voire 2028. La première date envisagée pour commencer ce retrait était 2018… Le gouvernement espère que le retrait des combustibles des 6 réacteurs sera terminé en mars 2032 (4 741 assemblages).

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

L’envoi d’un robot dans l’enceinte de confinement a aussi pris du retard.

La carte avec quelques valeurs de débit de dose ambiant date de 2016. Cela monte jusqu’à 24 mSv/h alors que la limite pour les travailleurs est de 20 mSv par an !

Réacteurs 5 et 6

Les réacteurs 5 et 6 étaient partiellement déchargés le 11 mars 2011 et un générateur diesel de secours était encore fonctionnel, ce qui a permis d’éviter la fusion du cœur. Ces réacteurs sont maintenant entièrement déchargés et vont être démantelés.

Eau contaminée

L’eau contaminée qui continue à s’accumuler est l’autre grand défi auquel doit faire face TEPCo, même si, en 2013, le premier ministre avait déclaré devant le comité international olympique que la situation est sous contrôle.

Résumé de la situation

Le combustible qui a fondu et percé les cuves doit toujours être refroidi. A cette fin, TEPCo injecte environ 70 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 (source). Cette eau se contamine fortement au contact du combustible fondu et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui s’y infiltre.

Au début de la catastrophe, les infiltrations s’élevaient à environ 400 m3 par jour, qui se contaminaient et qu’il fallait entreposer dans des cuves. Inversement, l’eau des sous-sols, fortement contaminée, fuyait vers la nappe puis l’océan.

Pour réduire les infiltrations d’eau souterraine, TEPCo pompe dans la nappe phréatique en amont des réacteurs, avant que cette eau soit contaminée et la rejette directement dans l’océan. Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe aussi les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette eau est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution.

La dernière barrière mise en place est le gel du sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km dans le but de stopper les infiltrations. Après de nombreux déboires, le gel est terminé depuis novembre 2017. Elle a permis de réduire les infiltrations, mais pas de les stopper. La mise en place du mur gelé a coûté 34,5 milliards de yens (265 millions d’euros) aux contribuables auxquels il faut ajouter plus d’un milliard de yens (8 millions d’euros) par an pour l’électricité.

Depuis, les infiltrations ne sont plus que de l’ordre de 100 m3/j (source). C’est beaucoup plus en cas de fortes pluies.

Flux et stocks

TEPCo pompe l’eau contenue dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine des 4 réacteurs accidentés pour éviter les débordements. Comme cette eau est très contaminée, elle est traitée puis entreposée dans des cuves sur le site de la centrale. Une partie est réinjectée pour le refroidissement. Le dernier bilan fait état d’un surplus à stocker de 90 m3/j. C’est monté à plus de 600 m3/j lors du passage des typhons en octobre 2019. Le stock s’accroît de 50 000 à 60 000 m3 par an (source).

TEPCo retire 62 radioéléments, mais il reste notamment le tritium, de l’hydrogène radioactif, qu’il est difficile de séparer. La compagnie a portail internet dédié au problème de l’eau contaminée, oups, traitée, sur lesquel il n’y a pas énormément d’information.

TEPCo publie régulièrement un point sur ses stocks et flux. Dans le dernier en date, il est dit que la compagnie a déjà traité complètement ou partiellement plus de 2,2 millions de mètres cube d’eau. Le stock d’eau traité, quant à lui, s’élève à la moitié environ : 1 111 921 m3, auxquels il faut ajouter 66 153 m3 pour lesquels, seul le strontium a été retiré. Il y a aussi environ 11 470 m3 dans les sous-sols et 13 660 m3 dans d’autres bâtiments. La somme dépasse les 1,2 millions de mètres cube.

Selon le portail, il y a un millier de cuves sur le site : 863 sont utilisées pour de l’eau complètement traités (avec ALPS), 111 sont avec de l’eau partiellement traitée dans laquelle seuls le strontium et le césium ont été filtrés. TEPCo estime ne plus avoir de place sur le site de sa centrale pour mettre de nouvelles cuves à partir de 2022. Cela permettra au Japon de laisser passer les JO de l’été 2020…

Que faire de cette eau ?

Que faire de cette eau traitée ? Après avoir envisagé plusieurs pistes peu réalistes, les autorités restreignent petit à petit les pistes au rejet dans l’océan, ce qui n’est pas une surprise. Lors de la dernière annonce, en décembre 2019, la piste du rejet dans l’atmosphère via l’évaporation était gardée, pour la forme. Voir le rapport en anglais du groupe de travail dédié au devenir de cette eau, daté du 10 février 2020, pour plus de détails. Le gouvernement japonais a déjà informé une vingtaine d’ambassades de ses projets.

Officiellement il resterait plus que du tritium (hydrogène radioactif) dans l’eau traitée, qu’il est difficile de séparer et stocker. Toutes les installations en fonctionnement normal le rejette. En France, on en retrouve dans l’eau potable de plus de 10% de la population, comme l’ACRO l’a révélé.

Le ministère de l’industrie, dans son dernier bilan, mentionne une concentration moyenne de 730 000 Bq/L, ce qui est plus que la limite autorisée, fixée à 60 000 Bq/L. Sur la dernière courbe de ce document de TEPCo, la concentration en tritium a pu atteindre plusieurs millions de becquerels par litre. Tout le stock dépasse la limite de rejet, sans exception, mais, il suffit de diluer, comme cela est fait en fonctionnement normal.

Le problème est plutôt du côté du stock total. Selon le dernier bilan du ministère de l’industrie, il y aurait 860 TBq de tritium dans les cuves (1 TBq = 1012 Bq). Comme la centrale de Fukushima daï-ichi n’est pas autorisée à rejeter plus de 22 TBq de tritium par an, il faudra 20 ans, en tenant en compte la décroissance radioactive, pour tout rejeter en respectant cette limite, qui n’est jamais évoquée dans la communication officielle… Mais, la plus grande partie du tritium se trouve encore dans le combustible. En 2014, TEPCo estimait qu’il en restait encore 2 500 TBq, qui vont continuer à contaminer l’eau de refroidissement tant qu’il faudra refroidir les coriums…

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le seul tritium, de 18 500 TBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11 600 et 13 400 TBq par an. Le stock de tritium dans les cuves de Fukushima représente donc deux semaines et demi de rejets à La Hague. Le stock total, avec ce qui reste dans les combustibles, 2 mois… De quoi rendre jalouses les autorités japonaises, qui se font un malin plaisir de rappeler les rejets en tritium de nombreuses autres installations nucléaires de par le monde (page 13 du dernier bilan du ministère de l’industrie) :

Cette carte ne mentionne aucun rejet au Japon ! En particulier, elle ne parle pas des rejets attendus de l’usine de retraitement japonaise de Rokkashô-mura. La valeur cible y est de 9 700 TBq par an pour le tritium (source). Mais, l’usine n’a jamais démarré…

Le problème principal est qu’il ne reste pas que le tritium dans l’eau traitée. En 2018, TEPCo a fini par admettre que 80% du stock d’eau traitée avait une contamination résiduelle qui dépasse, en concentration, les autorisations de rejet en mer pour plusieurs autres radioéléments. La concentration en strontium, particulièrement radio-toxique, peut atteindre 600 000 Bq/L, ce qui est environ 20 000 fois plus que la limite autorisée. Environ 161 000 m3 auraient une concentration de l’ordre de 10 à 100 fois la limite, auxquels il faut ajouter 65 000 autres mètres cube, avec jusqu’à 20 000 fois la limite, selon TEPCo. Un nouveau traitement est donc nécessaire.

Le dernier bilan du ministère de l’industrie, fait état que la part du stock à traiter une deuxième fois est de 72%. Cette baisse s’explique par l’augmentation du volume total. Le rapport du groupe de travail dédié au devenir de cette eau dit clairement qu’il ne peut pas être affirmé que l’eau traitée est purifiée. Il recommande un nouveau traitement de cette eau et un contrôle par un tiers. Mais, comme nous l’avons rapporté, selon le journal britannique The Telegraph, le gouvernement japonais refuse toute mesure indépendante de l’eau qu’il souhaite rejeter dans l’océan. TEPCo se justifie en disant que le niveau de contamination résiduel fait qu’il n’est pas possible de la transporter en dehors du site sans des procédures de protection strictes.

Selon un sondage, 57% des habitants de la province de Fukushima sont opposés au rejet dans l’océan.

Contamination des nappes phréatiques et de l’océan

L’eau des nappes phréatiques sous le site de la centrale est contaminée. Au niveau du “bypass”, en amont des réacteurs, sous les cuves, là où TEPCo pompe pour rejeter l’eau en mer, il y a du tritium, à des niveaux pouvant atteindre 1 300 Bq/L dans le puits n°10 (source). Pour les autres puits, c’est ici. Le mélange des eaux des différents puits conduit à un niveau de tritium de 120 Bq/L avant rejet (source). C’est bien en dessous e la concentration maximale autorisée.

Au pied des réacteurs, la pollution radioactive est beaucoup plus forte. Dans ce tableau, la contamination bêta totale (hors tritium) atteint 160 000 Bq/L. Ce doit être essentiellement du strontium.

Dans les sous-sols des réacteurs, ce tableau donne une concentration en césium-137 de 41 millions de becquerels par litre (attention, le tableau est en Bq/cm3). Après traitement, il reste encore de l’ordre de 300 Bq/L. Pour le strontium, la valeur d’entrée n’est pas indiquée, mais après traitement, il reste encore 22 000 Bq/L ! Le tritium, qui n’est pas filtré est à 880 000 Bq/L.

Pour l’océan, ce tableau de l’Autorité de régulation nucléaire japonaise, met en évidence un impact de la centrale de Fukushima signé par la présence de césium-134 qui a une demi-vie de 2 ans. En revanche, les niveaux sont très faibles. On retrouve une faible contamination en césium-137 plus au large, à des niveaux toujours très faibles (source). Il y a des données encore plus éloignées. Le lessivage des sols contaminés contribue aussi. Ce document contient d’autres données datées de janvier 2020.

Travailleurs à la centrale accidentée

Données

Les données officielles sont ici en anglais sur le site internet du ministère du travail. Le nettoyage du site ainsi que le bétonnage et l’asphaltage ont permis de réduire l’exposition des travailleurs. Les mesures de protection nécessaires en fonction du zonage sont ici.

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

• Le 1er avril 2016, TEPCo a remis tous les compteurs à zéro. Ainsi, 174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose de 100 mSv sur 5 ans peuvent revenir. Depuis cette date, et jusqu’au 31 décembre 2019, 22 356 personnes ont été exposées aux rayonnements ionisants à la centrale de Fukushima daï-ichi, dont, 90% de sous-traitants qui ont pris 95% de la dose collective de 130 hommes.sieverts. La dose moyenne annuelle sur cette période est de 1,55 mSv. La dose la plus forte reçue est de 79,9 mSv et c’est un sous-traitant qui l’a prise (source).

Il y a eu entre 6 667 et 6 910 personnes exposées aux rayonnements ionisants par mois entre octobre et décembre 2019, dont environ 85% de sous-traitants. La dose moyenne mensuelle est d’environ 0,35 mSv. La dose mensuelle la plus forte du trimestre est de 12,12 mSv en décembre 2019. Sur ce même trimestre, les sous-traitants ont pris 95% de la dose collective de 6,9 hommes.sieverts.

TEPCo donne des résultats pour les doses à la peau et au cristallin, ainsi que la répartition des doses par classe d’âge et par mois.

Le dernier bilan du ministère du travail sur les violations du droit du travail à la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination est ici en anglais. Il concerne l’année 2018.

Travailleurs étrangers

Le Japon est en pénurie de main d’œuvre dans plusieurs secteurs et a introduit un nouveau visa pour faire venir des personnes qualifiées dans un nombre limités de domaines. En avril 2019, TEPCo avait incité ses sous-traitants à bénéficier de cette opportunité. Mais, le ministère du travail, de la santé et des affaires sociales a appelé TEPCo à la prudence en lui rappelant que les travailleurs étrangers bénéficient du même niveau de protection que les travailleurs japonais face aux rayonnements ionisants et à ce qu’ils doivent connaître suffisamment bien la langue pour pouvoir comprendre les instructions. La compagnie a finalement renoncé (source).

Maladies professionnelles

Pour les maladies professionnelles, pas de changement depuis l’an dernier : deux cas de cancer de la thyroïde ont été reconnus comme étant d’origine professionnelle parmi les travailleurs à la centrale accidentée (premier cas et deuxième cas). Il y a aussi trois leucémies (premier, deuxième et troisième cas) et un décès. 16 travailleurs en tout auraient fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle et 5 dossiers auraient déjà été rejetés.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi effectuée par les autorités date de novembre 2019 et est disponible en ligne sur le site dédié.

• L’Autorité de régulation nucléaire publie aussi des données sur les débits de dose ambiants, mais elles ne sont plus mises à jours, pour la plupart. Voici quelques données sélectionnées :

Carte officielle de la province de Fukushima avec des débits de dose ambiants.

Cette carte donne les débits de dose mesurés dans tout le pays. Elle est mise à jour toutes les heures.

• Le “soil project” propose une carte basée sur des prélèvements de sols effectués par le réseau de stations de mesure et de laboratoires indépendants. Chikurin, le laboratoire monté au Japon avec le soutien financier et technique de l’ACRO est membre de ce réseau.

Lien vers la carte.

• Safecast : cette organisation utilise un radiamètre “maison” branché sur un smartphone pour mesurer le débit de dose ambiant. La carte regroupant les données est ici.

Décontamination et déchets radioactifs

Décontamination

Les travaux de décontamination sont terminés depuis mars 2018, sauf dans les zones dites de retour difficile. Pas grand chose de neuf, donc. Une carte en japonais du ministère de l’environnement permet d’accéder à quelques données sur les travaux effectués.

Pour les zones de retour difficile, ce sont de petits îlots qui sont décontaminés, essentiellement pour des raisons idéologiques. C’est aussi le cas à proximité des gares le long de la ligne Jôban. La ligne devrait être entièrement rouverte en mars 2020 après la réhabilitation de la portion de 20,8 km située entre Tomioka et Namié. Le gouvernement va lever l’ordre d’évacuer à proximité des gares d’Ôno, à Ôkuma et de Futaba. Les dates sont le 4 mars 2020 pour Futaba, le 5 mars 2020 pour Ôkuma et le 10 mars pour Tomioka. Le train devrait reprendre du service à partir du 14 mars 2020.

Le parcours de la flamme olympique devrait aussi traverser des zones reconquises, à partir du 26 mars. Voir le site des JO. Mais, certains points chauds sur le parcours ont fait parer d’eux. Des données officielles de débit de dose ambiant sont dans ce tableau en anglais. Le seuil à partir duquel des travaux de décontamination doivent être engagés est de 0,23 µSv/h. Il correspond à 1 mSv/an, si l’on passe l’année sur place (voir nos explications). Ce seuil est dépassé le long du parcours de la flamme. Cette exposition aux rayonnements ionisant n’est justifiée par aucun bénéfice.

Un article scientifique de revue, en libre accès, fait le point sur la décontamination au Japon. Il se base sur une cinquantaine de publications scientifiques et ne prend pas en compte la littérature grise, à savoir les rapports officiels que l’on peut trouver en ligne sur les sites internet de différents ministères ou organisations internationales. Il n’apporte pas d’information nouvelle. Cependant, l’article précise que la gestion des déchets est responsable de 50% du coût total de la décontamination.

La page officielle du ministère de l’environnement est ici en anglais.

Déchets issus de la décontamination

Les immenses volumes de déchets engendrés par les travaux de décontamination continuent de poser des problèmes insolubles. Voir le cahier d’acteur sur le sujet, que nous avons écrit pour le débat national sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) qui a eu lieu l’an dernier.

A noter que le typhon Hagibis, qui a frappé le Japon à l’automne 2019, a emporté 91 sacs de déchets radioactifs, selon un bilan officiel. 40 n’ont pas été retrouvés.

Dans son dernier bilan, daté de décembre 2019, le ministère de l’environnement fait état de 17 millions de mètres cubes de sols contaminés accumulés. Ces déchets ont vocation à être entreposés pendant 30 ans sur un site de 16 km2 (1 600 ha) qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi, en zone de retour difficile (voir le site Internet officiel). Le gouvernement aurait acheté ou loué 88,5% des terrains.

Le transport se fait par camion de 10 tonnes essentiellement, qui protégés par une bâche avec une affiche verte à l’avant, comme sur cette photo prise par Chikurin, le laboratoire que l’ACRO a soutenu au Japon. En 2018, c’était environ 1 000 camions par jour ! Et entre 2 000 et 2 400 en 2019 !

Selon le ministère de l’environnement, 5,2 millions de mètres cube ont déjà été transportés vers ce site, ce qui ne représente que 37,2% des 14 millions de mètres cube prévus. La moitié environ a été transportée en 2019. Le gouvernement espère toujours avoir quasiment fini en mars 2022 (fin de l’année fiscale 2021). Extrait de la communication officielle :

Après, au bout de 30 ans, les autorités envisagent un “recyclage” de ces sols pour la construction de routes, digues… Cette politique fait l’objet d’une forte opposition, y compris parmi les experts officiels. Une consultation sur Internet vient d’avoir lieu sur le sujet. Il est étonnant que d’énormes moyens soient déployés pour rassembler les déchets et les isoler du mieux possible, avant de les disperser dans tout le pays. La logique nous échappe. Deux projets tests sont en cours à Minami-Sôma et Iitaté.

Selon un sondage, 80% des habitants de la province de Fukushima ne croient pas à l’engagement du gouvernement de reprendre les déchets au bout de 30 ans.

Pour lutter contre les rumeurs néfastes relatives au “recyclage” des terres contaminées, le ministère de l’environnement japonais a trouvé la solution : mettre une plante en pot avec de la terre radioactive au ministère à Tôkyô ! Heureusement, le ridicule ne tue pas.

Les déchets organiques, quant à eux, sont incinérés dans une vingtaine d’incinérateurs répartis dans toute la province de Fukushima :

Certains étaient dédiés aux déchets ménagers avant la catastrophe nucléaire et d’autres ont été construits spécialement. Les cendres seront mises en fûts bétonnés et stockées dans ce qui s’appelait le “Fukushima Eco Tech Clean Center”, un centre d’enfouissement de déchets industriels qui a été nationalisé depuis. Les autres déchets spéciaux y seront aussi stockés.

De nombreux autres déchets, comme des boues de station d’épuration radioactives ou des cendres d’incinérateurs de déchets ménagers sont toujours en attente de solution dans de nombreuses provinces. A l’incinérateur d’Iwaki sud, les cendres sont simplement entreposées dans la cour :

Zones évacuées et personnes déplacées

Le gouvernement avait introduit la limite d’évacuation la plus haute des recommandations internationales pour évacuer les populations : 20 mSv/an, même pour les bébés et les enfants qui sont plus sensibles aux radiations (voir nos explications sur les doses limites et normes). Il maintient cette même limite pour le retour alors que les recommandations internationales demandent une diminution progressive pour revenir à la limite normale qui est de 1 mSv/an.

Zonage

Les derniers ordres d’évacuer ont été levés au 1er avril 2017 à l’exception des zones dites de retour difficile où l’accès est interdit. En avril 2019, les autorités japonaises ont levé l’ordre d’évacuer dans deux districts d’Ôkuma, une des deux communes qui accueillent la centrale nucléaire accidentée de Fukushima daï-ichi. Les habitants concernés pouvaient déjà passer la nuit chez eux depuis un an afin de préparer leur retour, à condition de s’inscrire. Seulement 48 personnes l’avaient fait. Un sondage de janvier 2018 montrait que seulement 12,5% de la population accepteraient de rentrer. Un nouvel hôtel de ville y a ouvert en mai 2019. Il n’est qu’à 8 km de la centrale accidentée et a coûté 2,74 milliards de yens (22,3 millions d’euros). Le gouvernement japonais ne lésine pas sur les moyens pour reconquérir les territoires évacués… Mais l’argent ne fait pas tout. On ne rebâtit pas une communauté sans les populations. Les autorités japonaises semblent l’avoir oublié.

La dernière carte des zones évacuées, datée d’avril 2019 est ici sur le site du ministère de l’économie (copie).

Commune Date de la levée de l’ordre d’évacuation
Tamura 1er avril 2014
Kawauchi 1er octobre 2014 pour une partie, puis 14 juin 2016
Naraha 5 septembre 2015
Katsurao 12 juin 2016
Minamisôma 12 juillet 2016
Iitate village 31 mars 2017
Kawamata village 31 mars 2017
Namie town 31 mars 2017
Tomioka town 1er avril 2017

Retour des populations

La triple catastrophe qui a frappé la province de Fukushima a accéléré le déclin de la population, comme on peut le voir sur ce graphe (extrait de cette page en japonais) :

En janvier 2020, le nombre officiel de personnes toujours déplacées en dehors de la province de  Fukushima était 31 022 (source). Les critères pour compter une personne déplacée ou pas ne sont pas clairs.

Les personnes originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les “auto-évacuées” ne sont plus prises en compte dans ce décompte, car elles ne bénéficient de plus aucune aide. Cela ne signifie pas que les personnes déplacées sont rentrées. En effet, en août 2014, l’Agence de reconstruction, avait demandé aux administrations de toutes les provinces japonaises de ne compter que les personnes qui désiraient retourner chez elles. Et d’ajouter que s’il était difficile d’estimer leur désir, il ne fallait pas compter les personnes qui s’étaient réinstallées en achetant un logement ou en bénéficiant d’un logement du parc public. Chaque province applique à sa façon ces instructions et les critères ne sont pas homogènes. Ces chiffres, donnés à l’unité près, sont donc à prendre avec recul.

Le taux de retour dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés reste faible et la population totale diminue. La dépopulation des zones rurales a commencé avant la catastrophe nucléaire. Cette dernière a fortement accéléré le processus.

Selon les médias japonais, le taux de retour global est de 28%. Voici les données par commune :

  • Namié : 1 227 résidents sur 17 152 habitants enregistrés, soit 7% (source). Ils étaient 21 434 au 11 mars 2011 (source). Au 31 janvier 2020, 20 283 personnes originaires de Namié étaient encore déplacées, dont 14 127 dans la province de Fukushima et 6 156 en dehors (source). Fiche d’information en japonais ;
  • Iitaté : 1 408 résidents sur 5 467 habitants enregistrés, soit 26% (source). Ils étaient 6 509 au 11 mars 2011 (source). Au 31 janvier 2020, 4 054 personnes originaires de Namié étaient encore déplacées, dont 3 824 dans la province de Fukushima et 230 en dehors (source) ;
  • District d’Odaka (小高) à Minami-Sôma : 3 650 résidents sur  7 403 habitants enregistrés, soit 49% (source). Ils étaient 12 842 avant la catastrophe. A Haramachi, c’est 561 sur 717. Page avec les statistiques démographiques de Minami-Sôma ;
  • Kawamata, district de Yamakiya (山木屋) : 351 résidents sur 760 personnes enregistrées, soit 46% (source). Ce tableau fait état de 710 personnes encore déplacées, dont 120 dans la commune et 188 en dehors de Fukushima ;
  • Naraha : 3 932 résidents sur 6 816 personnes enregistrées, soit 57,7% (source et données). Elles étaient 8 011 au 11 mars 2011 (source) ;
  • Tomioka : 1 205 résidents (source) sur 12 673 personnes enregistrées (source), soit 9,5%. Elles étaient 15 960 au 11 mars 2011 (source). La répartition de 9 122 personnes déplacées est ici. La plupart sont à Iwaki et Kôriyama ;
  • Katsurao : 330 résidents sur 1 408 personnes enregistrées, soit 23% (source). Elles étaient 1 567 au 11 mars 2011 (source). La destination des 974 personnes toujours déplacées est aussi donnée ici. La plupart sont à Miharu et Kôriyama ;
  • Kawauchi : la page d’accueil de la commune ne donne que le nombre de personnes enregistrées 2 566 résidents. Elles étaient 3 038 personnes au 11 mars 2011 (source). Les seules statistiques démographiques ne permettent pas de connaître le nombre de résidents présents ;
  • Futaba :  7 140 (source) habitants le 11 mars 2011 et zéro retour puisque la commune est classées en zone dite de retour difficile. Le nombre de personnes enregistrées dans la commune mois après mois est ici en japonais : elles sont 5 900 en janvier 2020 ;
  • Ôkuma : le nombre de personnes enregistrée est de 10 302 (source). C’était 11 505 (source) le 11 mars 2011. Le nombre de retour n’est pas donné, mais il est très faible, voire nul. La destination de 8 947 personnes est donnée. Sur cette même page, il est question de 63 logements dans la commune.

Impact sanitaire

• Décès directs : Le nombre total de décès directs dus à la triple catastrophe, s’élève à 15 899 (9 543 à Miyagi, 4 675 à Iwaté, 1 614 à Fukushima et 67 dans les autres provinces). C’est deux de plus que l’an dernier, car deux corps ont pu être identifiés. Il y a aussi 2 529 disparus.

• Décès post-accidentels : Les derniers chiffres officiels de la province de Fukushima (lien direct, copie), qui datent du 21 février 2020 font état de 1 605 décès directs dus à la triple catastrophe et de 2 disparus. Il y a aussi 2 303 décès indirects dus à des suicides ou à une dégradation des conditions de santé suite à l’évacuation.

Pour les trois provinces les plus affectées par le séisme et le tsunami, à savoir Iwaté, Miyagi et Fukushima, le nombre de décès indirects était de 3 739 au 30 septembre 2019. Un quart concernait des personnes avec handicap, selon l’agence de presse Kyodo qui a contacté 42 communes. La part des personnes handicapées est de 7% au Japon et celle des personnes de plus de 65 ans, de 14%. Ces statistiques pointent la nécessité d’améliorer la prise en charge des personnes handicapées en cas de catastrophe.

• Cancers de la thyroïde : L’université médicale de Fukushima effectue une campagne de dépistage par échographie des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans.

Les derniers résultats sont ici sur notre site : On arrive à un total de 237 cas de cancers de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 186 ont été confirmés lors d’une intervention chirurgicale. Il n’y a toujours qu’un seul cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention (première campagne).

Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 091 547 116 101
Deuxième campagne 270 540 1 826 207 71 52
Troisième campagne 217 904 1 050 74 30 24
Quatrième campagne 125 491 418 29 16 8
Plus de 25 ans 4 239 127 10 4 1

Rappelons que, selon le fond de soutien des enfants ayant un cancer de la thyroïde, créé en 2016, il y aurait au moins 17 cas supplémentaires, non pris en compte dans les données officielles : 16 d’entre eux auraient été diagnostiqués lors de contrôles effectués par les parents en dehors de la province de Fukushima, et un cas avait déjà oublié par le passé. L’un d’entre eux avait moins de 5 ans au moment de la catastrophe nucléaire. Evidemment, il y a probablement d’autres cas non recensés.

A ces chiffres, on peut ajouter les 4 cas découverts à Marumori, au Sud de la province voisine de Miyagi.

Coût de la catastrophe

Coût total estimé

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros) et n’ont pas changé depuis. Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

En 2019, Japan Center for Economic Research estime que la facture pourra dépasser les 80 000 milliards de yens (640 milliards d’euros au cours actuel). La note explicative est en japonais seulement. Sur le coût total de 81 000 milliards de yens (648 milliards d’euros), 51 000 milliards (408 milliards d’euros) sont dédiés au démantèlement de la centrale accidentée. A comparer au 8 000 milliards de yens estimés par le ministère de l’économie. L’indemnisation des victimes devrait coûter 10 000 milliards de yens (80 milliards d’euros) selon le think tank et la décontamination 20 000 milliards de yens (160 milliards d’euros).

Si l’eau contaminée était simplement rejetée en mer après dilution, la facture totale pourrait être réduite de 40 000 milliards de yens (320 milliards d’euros) selon le think tank, pour atteindre 41 000 milliards de yens (328 milliards d’euros). La facture totale pourrait encore être abaissée à 35 000 milliards de yens (280 milliards d’euros) si les réacteurs accidentés n’étaient pas démantelés, mais mis sous un sarcophage, comme à Tchernobyl. Mais cette solution reporte sur les générations futures les coûts du démantèlement et ne résout pas le problème des eaux souterraines qui s’infiltrent et se contaminent.

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo.

Indemnisations

En janvier dernier, les autorités avaient déjà prêté 9 340,1 milliards de yens (78 milliards d’euros) à TEPCo pour que la compagnie puisse indemniser les victimes de la catastrophe nucléaire et cela ne suffira pas. Les intérêts sont à la charge des contribuables.

L’indemnisation du stress psychologique s’est terminée un an après l’évacuation pour les personnes originaires d’un point chaud situé au-delà des zones d’évacuation. Les habitants originaires des zones dites de retour difficile ont reçu l’équivalent de douze années d’indemnisation et pour les autres, originaires des zones où l’ordre d’évacuer a été levé, l’indemnisation s’est arrêtée au bout de 7 ans. Un adulte a reçu 1,2 million de yens par an (environ 10 000 euros). Il y a eu aussi une compensation pour la perte des biens et des revenus, qui varie d’une famille à l’autre.

De nombreuses personnes ne sont pas satisfaites par les indemnisations reçues et réclament plus. En septembre 2011, les autorités japonaises ont mis en place une commission de conciliation chargée d’arbitrer les contentieux. Ses avis ne sont pas contraignants, mais TEPCo avait alors annoncé vouloir les respecter. Mais, dans les faits, TEPCo refuse de nombreux arbitrages et la commission a clôt de nombreux dossiers non réglés : 72 entre 2013 et 2017 (tous des employés de TEPCo et leur famille), 18 en 2018 et déjà un en 2019. Le groupe le plus important qui avait saisi, en vain, cette commission est constitué de 16 000 habitants de Namié, commune qui a été entièrement évacuée.

Plus de 10 000 Japonais ont porté plainte contre le gouvernement et parfois aussi contre l’Etat afin de bénéficier d’une meilleurs indemnisation. Il y a une trentaine de plaintes collectives. TEPCo a été condamnée de nombreuses fois à mieux indemniser les victimes et le gouvernement aussi.

Parc nucléaire japonais

Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon comptait 54 réacteurs de production d’électricité plus des réacteurs de recherche. Une carte datant de 2010 est disponible ici.

Actuellement, 6 réacteurs ont été détruits ou endommagés par la catastrophe nucléaire à Fukushima daï-ichi, 16 arrêtés définitivement. Le Japon ne compte donc plus que 32 réacteurs nucléaires pour la production d’électricité : 16 ont leur dossier de sûreté validé et 9 ont été remis en service, dont 4 qui utilisent du combustible MOx. Mais, Ikata-3 vient à nouveau d’être suspendu par la justice. Il n’y a donc plus que 8 réacteurs autorisés à fonctionner, dont 3 utilisent du MOx.

Aucune remise en service de réacteur n’a en lieu en 2019 et aucune ne devrait avoir lieu en 2020. Le nucléaire japonais est bloqué. Par ailleurs, l’Autorité de régulation nucléaire a refusé de laisser un délai supplémentaire aux compagnies d’électricité pour la mise en place de mesure de protection contre les attaques terroristes. Quatre réacteurs devront être arrêtés en 2020, le temps de faire les travaux : Sendaï-1 et -2, puis Takahama-3 et -4. D’autres arrêts suivront en 2021 (voir la liste ici). A priori, 7 des 9 reacteurs remis en service devront être arrêtés pour les mêmes raisons.

Les compagnies d’électricité japonaises ont déjà dépensé 5 380 milliards de yens (45 milliards d’euros) pour améliorer la sûreté de leurs installations, avec un piètre résultat.

Pour voir le détail du parc japonais, c’est par ici.

Selon un sondage, 56% des Japonais s’opposent à la remise en service des réacteurs nucléaires arrêtés après le 11 mars 2011 et 29% y sont favorables. Dans la province de Fukushima, 69% s’y opposent et 11% y sont favorables.

• Le surgénérateur Monju a été arrêté définitivement. Il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994. Une fuite de sodium avait entraîné son arrêt en 1995. La culture de sûreté y est défaillante (source).

• Les autorités n’ont pas encore abandonné l’usine de retraitement située à Rokkashô-mura dans la province d’Aomori dont la mise en service cumule déjà 24 années de retard depuis 1997, année de la première date de mise en service prévue (source). Le démarrage est désormais annoncé pour 2021 et le coût a été multiplié par 4.

Son dossier de sûreté est quasiment validé par l’Autorité de régulation nucléaire. Mais, même si cette usine démarre, elle devra tourner au ralenti car il n’y a pas de débouché pour le plutonium extrait. En effet, le gouvernement japonais s’est engagé à ne pas en extraire plus qu’il ne pouvait en consommer.

Les premiers déchargements de combutible MOx de l’histoire du Japon ont eu lieu en janvier 2020, dans les réacteurs d’Ikata-3 et Takahama-3.

• Faute de débouchés sur le marché intérieur, le Japon avait fait de l’exportation de sa technologie nucléaire une priorité pour sauver son industrie. Mais tous les projets de centrale nucléaire dans un pays étranger ont été abandonnés ou suspendus face aux coûts exorbitants.

• Dans ce contexte, le Japon développe le charbon chez lui et à l’étranger. Il projette de construire 22 centrales à charbon sur 17 sites dans les 5 prochaines années. Cinq pourraient être mises en service en 2020. L’addiction au charbon a commencé bien avant la catastrophe de Fukushima, qui n’a fait qu’accélérer le processus. Les énergies fossiles produisent environ les quatre cinquièmes de l’électricité du pays. Le reste vient essentiellement de des barrages électriques dont la part est de 16%. La part du nucléaire stagne à 3%.

Selon la coalition “coal exit”, trois banques japonaises, Mizuho, Mitsubishi et Sumitomo-Mitsui dominent le soutien financier au charbon à travers le monde. A elles seules, elles ont couvert 32% des prêts accordés pour la construction de nouvelles centrales thermiques au charbon depuis 2017.

Les engagements du Japon lors de la COP21, bien que modestes, pourraient ne pas être tenus.

Autres rapports et synthèses publiés à l’occasion du neuvième anniversaire

• Greenpeace International : Radioactivity on the move 2020: Recontamination and weather-related effects in Fukushima (communiqué, rapport en anglais, photos et vidéos), 9 mars 2020

• IRSN : données clés sur les conséquences environnementales et le retour des populations dans les territoires évacués et bilan de la surveillance sanitaire et des études épidémiologiques conduites chez les habitants de la préfecture de Fukushima

• Fukuleaks/SimplyInfo: The 9th Anniversary Annual Report

Fukushima 50

Le film japonais “Fukushima 50“, réalisé par Setsurô Wakamatsu, vient de sortir au Japon. Il retrace les premiers jours de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. La date de sortie en Europe n’est pas encore connue. Il est basé sur le récit de Ryūshō KADOTA (門田 隆将), 死の淵を見た男 吉田昌郎と福島第一原発の五〇〇日, paru en 2012, traduit en anglais sous le titre “On the Brink: The Inside Story of Fukushima Daiichi“.

Ryūshō KADOTA a interrogé plus de 90 personnes, dont de nombreux travailleurs présents, ainsi que le directeur de l’époque, Masao Yoshida, maintenant décédé et le premier ministre Naoto Kan. Il a voulu rendre un hommage à ces travailleurs qui ont risqué leur vie pour sauver le Japon.

N’ayant pas vu le film, il est difficile d’en dire plus. C’est Ken Watanabe qui joue le rôle de Yoshida. Les autres personnages ont été recréés pour le film à partir de plusieurs travailleurs bien réels. Le film dure deux heures.

Voir la bande annonce internationale, sous-titrée en anglais :