TEPCo ne sait pas comment reprendre des sacs de sable très contaminés

Au début de la catastrophe, TEPCo avait utilisé les sous-sols de deux bâtiments pour y mettre de l’eau très contaminée. Elle avait mis des sacs de sable chargé en zéolites pour absorber le césium.

La compagnie veut maintenant purger les sous-sols de l’eau contaminée, mais elle ne sait pas comment reprendre le sable. Il y en a 26 tonnes, selon l’Asahi. Des mesures de débit de dose auraient été effectuées en décembre 2018 faisant apparaître des valeurs élevées. Des investigations complémentaires ont été effectuées depuis à l’aide d’un robot plongeur. Les sacs émettraient 3 à 4 sieverts par heure ! C’est une dose létale en quelques heures ! Un échantillon de sable prélevé avait une concentration en césium de 130 GBq/kg (130 milliards de becquerels par kilogramme).

TEPCo devait avoir fini de purger l’eau à la fin 2020. Ce sera après 2023. L’eau, pour le moment, sert d’écran aux radiations émises par les sacs. La compagnie doit trouver un moyen de reprendre les 26 tonnes de sable et de les emballer dans des conteneurs suffisamment protecteurs.

La parade de la flamme olympique annulée avec le report des JO

La flamme olympique devait partir de J-Village le 26 mars et parader durant 3 jours dans la province de Fukushima. TEPCo avait même préparé une belle présentation de ses travaux de décontamination du parking de J-Village. Des associations avaient alerté sur les niveaux résiduels le long du parcours de la flamme.

Mais la pandémie de COVID-19 a entraîné le report d’un an des JO de Tôkyô et de la parade. Cela ne sera peut-être pas suffisant car le coronavirus sera probablement toujours présent.

La flamme olypique sera exposée pendant un mois à J-Village, qui a servi de base arrière à TEPCo au début de la catastrophe. Puis, elle sera exposée à Tôkyô en mai.

Rapport de Greenpeace sur la contamination radioactive à Fukushima

Greenpeace International vient de publier, à l’occasion du neuvième anniversaire de la catastrophe nucléaire, un rapport en anglais sur la contamination à Fukushima : Radioactivity on the move 2020: Recontamination and weather-related effects in Fukushima (communiqué, rapport en anglais, photos et vidéos).

L’organisation a fait des relevés de débit de dose ambiant et trouve toujours de nombreux points chauds dans des zones où l’ordre d’évacuer a été levé. Par ailleurs, pour certains points, le niveau a augmenté depuis l’an dernier. Cela pourrait être dû aux typhons qui ont frappé la région à l’automne dernier. Des sacs de déchets radioactifs avaient été emportés.

Elle demande au gouvernement japonais de revoir sa politique de retour dans les territoires contaminés.

Ordre d’évacuer levé dans une toute petite partie de Futaba, d’Ôkuma et de Tomioka

Comme prévu, le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer d’une toute petite partie de Futaba, commune entièrement évacuée. C’est la première qu’un tel ordre est levé dans une zone classée en “retour difficile”. L’exposition serait passé sous le seuil de 20 mSv/an, qui est encore très élevé.

Outre la dimension symbolique, le but principal est de rouvrir la voie de chemin de fer Jôban. L’ordre d’évacuer a été levé devant la gare. L’ordre d’évacuer sera aussi levé le 5 mars devant la gare d’Ôno, dans la commune d’Ôkuma et le 10 mars devant celle de Yonomori à Tomioka. Le train devrait reprendre du service dans ces gares à partir du 14 mars.

La surface totale des zones devant ces trois gares où l’ordre d’évacuer a été levé est de 0,54 km2. Personne ne va y vivre pour le moment.

Le gouvernement a aussi levé les restrictions d’accès de deux autres parties de Futaba, pour préparer le retour des habitants. Ils ne peuvent pas y habiter pour le moment, mais y aller dans la journée sans demander un permis. Cela ne représente que 4% de la superficie de la commune.

Il y avait 7 000 personnes à Futaba avant l’accident.

Le gouvernement veut faire passer la flamme olympique dans cette commune, à partir du 26 mars prochain. Mais, à cause du coronavirus, il devrait y avoir pas ou peu de spectateurs.

Les autorités veulent lever les ordres d’évacuer à proximité des gares de la ligne Jôban situées en zone de retour difficile

La ligne de train Jôban, qui longe parfois le littoral, a été partiellement détruite par le tsunami. Elle traverse aussi les zones évacuées à proximité de la centrale de Fukushima daï-ichi.

Depuis, elle est progressivement reconstruite et va jusqu’à Tomioka où l’ordre d’évacuer a été levé. La commune et le gouvernement se sont mis d’accord pour ouvrir la gare suivante, celle de Yonomori, située en zone de retour difficile. L’ordre d’évacuer y sera levé le 10 mars 2020, ainsi que le long de la route de 1,1 km qui permet de l’atteindre. Le débit de dose moyen y serait de 0,63 µSv/h.


Carte de l’Asahi.

La ligne devrait être entièrement rouverte en mars 2020 après la réhabilitation de la portion de 20,8 km située entre Tomioka et Namié. Les premiers essais viennent d’avoir lieu sur cette portion de ligne. Le gouvernement négocie avec les communes suivantes pour lever l’ordre d’évacuer à proximité des gares d’Ôno, à Ôkuma et de Futaba.

Gare de Futaba sur le site de l’Asahi :

Le gouvernement veut aussi lever l’ordre d’évacuer dans les parties les moins contaminées de la commune de Futaba pour pouvoir prétendre que la commune existe toujours. En effet, c’est la dernière commune à être encore entièrement évacuée. Pour Ôkuma, qui se partage la centrale accidentée avec Futaba, une petite zone a rouvert en avril dernier. La date envisagée pour Futaba est le 4 mars 2020.

La zone concernée correspond aux districts de Hamano et Morotaké (voir la carte ci-dessus). Elle fait 200 ha, soit à peine 4% du territoire de la commune. Mais les habitants ne pourront pas rentrer avant 2022 car il faut encore rétablir les services, comme l’eau.

En septembre dernier, des légumes ont été semés à Morotaké pour la première fois depuis le début de la catastrophe, à titre expérimental. La rue commerçante, devant la gare, n’a, quant à elle, pas été réhabilitée.

Ce seront les premières levées d’ordre d’évacuer en zone dite de retour difficile, où l’exposition pouvait dépasser les 50 mSv/an lors de la mise en place du zonage en 2011.

Article scientifique de revue sur la décontamination des sols

Un article scientifique de revue fait le point sur la décontamination au Japon. Il est en libre accès. Voir aussi le communiqué de presse du CEA. Ce travail de revue se base sur une cinquantaine de publications scientifiques et ne prend pas en compte la littérature grise, à savoir les rapports officiels que l’on peut trouver en ligne sur les sites internet de différents ministères ou organisations internationales. Il n’apporte pas d’information nouvelle.

Le césium, qui est le contaminant majeur à Fukushima, se fixe sur les sédiments argileux et se trouve essentiellement sous forme particulaire dans l’environnement. Cet article scientifique ne prend en compte que cette forme et ignore, par exemple, les microparticules vitreuses qui concentrent la radioactivité qui ont été détectées un peu partout.

Rappelons que les zones décontaminées ou à décontaminer ne concernent que les parties habitées ou agricoles. Il n’y a pas d’intervention dans les forêts, qui couvrent près de 75% des zones contaminées, mis à part quelques zones où il y a eu des coupes à blanc pour produire de la biomasse, comme ici, sur cette photo de l’ACRO :

Ces forêts constituent un réservoir potentiel à long terme de césium et elles peuvent recontaminer les zones habitées comme à la suite de typhons, par exemple.

Il y a aussi eu une division entre les zones évacuées et les zones non-évacuées. Ces dernières, qui correspondent aux zones où le débit de dose dépassait 0,23 µSv/h, couvraient 7 800 km2 sur 102 communes dans 8 provinces et concernaient environ 1,7 million d’habitants.

Les méthodes utilisées sur les terrains agricoles dépendaient des zones et du niveau de contamination. Le retrait de la couche supérieure sur 5 cm là où la contamination dépassait 5 000 Bq/kg, avec parfois la mise en place d’une nouvelle couche, ou simplement un labour profond pour retourner le sol avec ajout de potassium et de zéolites, là où la contamination était inférieure à 5 000 Bq/kg. La deuxième méthode ne génère pas de déchets. L’article donne une évaluation des coûts et de la quantité de déchets engendrés en fonction des méthodes retenues (voir le tableau ci-dessous).

L’efficacité de ces mesures est très variable et dépend des situations. Par exemple, certaines rizières étaient recontaminées par des champs en amont non encore traités.

La lisière des forêts à proximité des habitations et des routes n’a été décontaminée que sur 20 m :

En ce qui concerne les déchets engendrés par ces pratiques, on retrouve ce qu’il y a dans les synthèses de l’ACRO, comme celle-ci, en images. L’article précise que la gestion des déchets est responsable de 50% du coût total de la décontamination.

En guise de conclusion, nous reprenons un extrait du tableau 2 de l’article pour les terrains agricoles :

Méthode Efficacité Coût par hectare
Nombre de sacs de déchets par hectare
Coupe des herbes, retrait de 5 cm de sol, ajout de sol frais 0,34 – 0,80 9,5 MY (7600€) 815
Coupe des herbes, retrait de 5 cm de sol 0,34 – 0,80 6,25 MY (5000€) 815
Echange entre la couche superficielle et couche profonde 0,34 – 0,80 3,10 MY (2500€) 0
Labour avec ajout de zéolite et potassium 0,21 – 0,50 0,33 MY (265€) 0

Point sur les déchets radioactifs issus de la décontamination

Les autorités ont fini les travaux de décontamination en 2018, sauf dans les zones dites de retour difficile. Il reste maintenant les déchets à gérer…

Le dernier bilan du ministère de l’environnement, indique toujours un volume de 17 millions de mètres cube de sols contaminés pour lesquels il faut trouver une solution. Pour les sols de Fukushima (16,5 millions de mètres cube), un entreposage a ouvert sur une surface de 16 km2 autour de la centrale accidentée, sur les communes d’Ôkuma et de Futaba : il s’agit de l’Interim Storage Facility. Au 7 novembre 2019, 4,7 millions de mètres cube de sols contaminés y auraient été déposés. Le transport se fait par camion de 10 tonnes.

Le ministère de l’environnement espère avoir atteint la cible de 14 millions de mètres cube entreposés à la fin 2021. L’entreposage n’y est prévu que pour 30 ans. Pour après, le ministère reste flou : il ne fait qu’indiquer les recherches menées et son programme sans calendrier. Il veut toujours “recycler” ces sols contaminés, c’est à dire les utiliser pour construire des routes, digues et autres infrastructures. Il n’y a aucune information nouvelle depuis le début de l’année 2019 (voir les chiffres clé pour le 8ième anniversaire).

Les déchets organiques, quant à eux, ils sont incinérés dans des incinérateurs dédiés :

Enfin, le centre de stockage pour les déchets spéciaux (ex-Fukushima Eco Tech Clean Center) aurait reçu 86 820 sacs à la fin juillet 2019.

Nouveau bilan : 91 sacs de déchets radioactifs emportés par le typhon Hagibis – 40 n’ont pas été retrouvés

Le ministère de l’environnement a publié un nouveau décompte du nombre de sacs de déchets radioactifs issus de la décontamination qui ont été emportés par les flots lors du passage du typhon Hagibis (document repéré par Enerwebwatch). Le précédent décompte est ici. Rappelons que ce typhon a fait d’énormes dégâts et de nombreuses victimes.

L’énorme chantier de décontamination lancé par les autorités japonaises pour reconquérir les territoires contaminés par la catastrophe de Fukushima a engendré d’énormes volumes de déchets mis dans des sacs d’un mètre cube environ. Les déchets organiques doivent être incinérés et les sols entreposés sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi. En attendant, ils sont éparpillés partout sur des sites temporaires à proximité des chantiers. Dans les zones évacuées les chantiers de décontamination et les déchets engendrés sont sous la responsabilité du gouvernement et dans les zones non évacuées, sous la responsabilité des communes.

Selon le dernier décompte, il y a encore 5,02 millions de m3 de sols contaminés dans des sacs sous la responsabilité du gouvernement auxquels il faut ajouter 5,35 millions de m3 sous la responsabilité des communes. Il y aussi les déchets qui ont déjà été transportés sur le site centralisé où ils sont plus en sécurité.

Le ministère de l’environnement a fini de contrôler les 236 sites sous sa responsabilité. De plus les 716 sites sous la responsabilité des communes à Fukushima et les 44 autres en dehors de cette province ont aussi été contrôlés. Selon le Japan Times, cela s’est fait en envoyant des équipes longer les rivières ou à l’aide de drones pour les zones inaccessibles. Un hélicoptère aussi effectué des recherches le 23 octobre dernier.

Il ressort qu’environ 90 sacs ont été emportés dans la province de Fukushima, dans les communes d’Iitaté (1), Nihonmatsu (15), Tamura (30) et Kawauchi (44), et 40 sont toujours manquants. De plus, un sac a été emporté à Nasu, dans la province de Tochigi. 24 sacs récupérés étaient vides et 25 autres étaient “intacts”.

Le ministère de l’environnement a fait effectuer des mesures de débit de dose ambiant et des analyses de l’eau. Il n’a pas détecté d’augmentation significative des débits de dose ambiants, sachant que les sites sont déjà contaminés. Quant à l’eau des rivières où les sacs ont été retrouvés, les contaminations en césium sont toutes sous les limites de détection qui sont assez élevées (de l’ordre de de 4 à 7 Bq/L). Des tableaux et des cartes avec les résultats sont disponibles.

La NHK a diffusé des images d’un site et les sacs qui sont restés ne sont pas en bon état.

Sur le site de la centrale accidentée, TEPCo a dû faire face à une forte augmentation des infiltrations des eaux souterraines et des eaux de pluie dans les bâtiments réacteur et turbine, comme on peut le voir sur ce document. Le volume d’eau à stocker a dépassé les 600 m3 en une journée, contre une centaine de mètres cube par jour avant l’arrivée du typhon.

Nombre officiel de sacs de déchets emportés par le typhon Hagibis

Suite au passage du typhon Hagibis, qui a fait de nombreuses victimes et beaucoup de dégâts, le ministère de l’environnement a mis en ligne un bilan en anglais (repéré par Enerwebwatch) du nombre de sacs de déchets radioactifs issus de la décontamination qui ont été emportés par les flots.

A la date du 20 octobre, 236 sites d’entreposage de déchets sous la responsabilité du ministère ont été contrôlés. A Iitaté, un sac a été emporté, mais il a été retrouvé intact. Il a été récupéré depuis.

Il y a aussi 716 sites sous la responsabilité des communes qui ont été contrôlés. A Tamura, 20 sacs ont été retrouvés : 8 n’étaient pas endommagés. 11 sacs étaient vides. A Nihonmatsu, 15 sacs ont été perdus, mais 5 ont été retrouvés et récupérés. Le site accueille 2 339 sacs. A Kawauchi, 18 sacs sur 2 677 ont été emportés et 2 ont été récupérés. Un des deux était vide et l’autre, non endommagé.

En dehors de la province de Fukushima, 27 des 44 sites ont été contrôlés. Le ministère ne signale aucune anomalie.

On arrive à un total de 996 sites où des déchets radioactifs sont en attente d’un transfert vers le centre d’entreposage centralisé, pour ceux de Fukushima, où ils doivent officiellement rester 30 ans avant d’être repris pour être stockés définitivement ailleurs. Pour les autres, le gouvernement n’a pas de solution.

Typhon Hagibis

Le typhon Hagibis (n°19) a fait d’énormes dégâts au Japon, au moins 78 victimes et 13 disparus. Plus de 42 000 habitations ont inondées dans 17 provinces, de nombreux trains à grande vitesse (shinkansen) devront aller à la casse… La province de Fukushima a aussi été durement touchée, entraînant des débordements de l’Abukuma.

A Tamura, des sacs contenant des déchets radioactifs issus des travaux de décontamination ont été emportés dans la rivière Furumichi. Le site, situé à Miyakoji-machi, contenait 2 667 sacs d’un mètre cube chacun. 6 sacs ont pu être repêchés, une centaine de mètres plus bas. Combien ont été emportés ? On ne le sait pas.

Selon l’Asahi, le site n’a pas été recouvert d’une bâche en plastique avant le passage du typhon.