TEPCo va construire un mur plus élevé pour protéger sa centrale accidentée des tsunamis

Un mur de protection contre les tsunamis est en cours de construction à la centrale de Fukushima daï-ichi, mais il est trop bas ! Une réévaluation du risque a conduit TEPCo à décider de construire un autre mur, plus élevé !

Le mur actuel, en cours de construction, fait 11 m de haut. Au sud du réacteur n°4, un mur de 12,8 m est terminé. Mais cela n’est pas suffisant. TEPCo va donc en construire un autre, de 16 m de haut, d’ici 2023.

Espérons que les futures estimations du risque tsunami ne vont pas montrer que cela ne suffira toujours pas…

Réévaluation du risque tsunami : Fukushima daï-ichi pourrait à nouveau être inondée

Le groupe d’experts gouvernemental a révisé l’évaluation du risque de tsunami suite à un fort séisme qui aurait lieu dans le Pacifique, au large du Japon. Au niveau de la fosse Chishima, la magnitude pourrait atteindre 9,3 et la secousse sur l’île de Hokkaïdô pourrait atteindre une magnitude supérieure à six sur l’échelle japonaise qui va jusqu’à 7. La vague de tsunami pourrait atteindre jusqu’à presque 30 m de haut sur le rivage.

En cas de séisme dans la fosse du Japon, qui pourrait atteindre une magnitude de 9,1, ce sont les provinces d’Iwaté et Miyagi qui seraient les plus touchées, comme en 2011. Là encore, la secousse et la vague pourraient atteindre des niveaux similaires à ceux calculés pour Hokkaïdô.

Le groupe d’experts a aussi calculé la hauteur potentielle de la vague à Futaba : 13,7 m. C’est plus haut que la nouvelle digue de 11 m de haut qui protège la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. TEPCo a dit qu’elle allait étudier cette nouvelle évaluation. Espérons qu’elle agira plus rapidement que par le passé où sa procrastination lui a été fatale.

Plusieurs bâtiments publics, dont des mairies, pourraient aussi être inondés.

En revanche, le groupe d’experts ne connait pas la probabilité de survenue d’un tel séisme, il note que la fréquence est d’environ un tous les 300 ou 400 ans et que la dernière fois, c’était au 17ième siècle !

Le Japon va réduire le budget de la reconstruction liée à la triple catastrophe de mars 2011

Le gouvernement japonais a décidé de réduire drastiquement le budget dédié à la reconstruction des zones frappées par le séisme, le tsuami et la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011. La somme allouée pour les années 2021 – 2026 est de 1 500 milliards de yens (12,5 milliards d’euros), alors qu’il aura dépensé plus de 31 000 milliards de yens (260 milliards d’euros) durant les 10 premières années.

L’Agence de reconstruction, créée en février 2012, a récemment été reconduite pour 10 ans, jusqu’en mars 2031. Placée directement sous le contrôle du Premier ministre, elle regroupe environ 500 personnes qui sont presque toutes payées par des ministères ou d’autres agences.

Par ailleurs, les deux partis au pouvoir ont entamé des discussions sur les réductions fiscales dont bénéficient les entreprises situées dans les zones touchées par la triple catastrophe. Les exemptions fiscales expirent en mars 2021 et les zones où elles seront prolongées pourraient être réduites. Actuellement, toutes les entreprises de Fukushima, et des zones côtières d’Aomori, Iwaté, Miyagi et Ibaraki touchées par le tsunami en bénéficient.

Reconduction de l’Agence de reconstruction pour 10 ans

Le gouvernement japonais devrait reconduire l’agence de reconstruction pour dix ans. Etablie en février 2012, elle devait financer la reconstruction du Tôhoku pendant une dizaine d’années. Les cinq premières années (2011-2015) correspondaient à une “reconstruction intensive”, avec un budget de 25 000 milliards de yens (208 milliards d’euros) et les cinq suivantes (2016-2020) à une période de “revitalisation”, avec un budget de 6 500 milliards de yens (54 milliards d’euros).

La décision gouvernementale de prolonger cette agence doit encore être approuvée par le parlement. L’aide pour les zones affectées par les séisme et tsunami devrait s’arrêter dans 5 ans, ce qui inquiète déjà les élus locaux. Dans ses attributions, elle aura notamment le soutien au démantèlement de la centrale de Fukushima daï-ichi, à la gestion de l’eau contaminée et l’aide au retour des habitants. Et là, 10 ans ne suffiront pas !

33 ans après la catastrophe de Tchernobyl, l’Ukraine a toujours une agence en charge de la zone d’exclusion.

Le Japon veut reloger toutes les victimes du tsunami d’ici 2021 à Iwaté et Miyagi

Le premier ministre japonais s’est engagé à ce que toutes les personnes déplacées par le tsunami dans les provinces d’Iwaté et Miyagi soient relogées d’ici mars 2021, pour les 10 ans de la catastrophe. A la fin juin, 62 000 personnes ne pouvaient toujours pas rentrer chez elles et 9 000 d’entre elles vivaient dans des logements provisoires.

A Fukushima, à cause de la radioactivité, cela prendra plus de temps pour les communes classées en zone de retour difficile, même si les autorités veulent rouvrir un centre décontaminé dans chaque commune. Cet “oasis” décontaminé est essentiellement symbolique et ne constitue pas une réhabilitation du territoire impacté.

24 plages ont rouvert depuis le tsunami dans les zones dévastées

24 plages ont rouvert dans les zones endommagées, voire dévastées par le tsunami du 11 mars 2011 sur les 70 utilisées avant la catastrophe. Pour cela, il a fallu construire une digue, planter des arbres, nettoyer les plages et préparer un plan d’évacuation en cas de tsunami.

A Fukushima aussi, quatre plages ont rouvert : Haragamaobama à Sôma et trois autres à Iwaki, alors que 14 plages restent fermées dans la province. Pour certaines, ce pourrait être définitif.

Aucune contamination n’aurait été détectée dans l’eau de mer. L’eau du Pacifique près de Fukushima est donc moins contaminée que La Manche avec ses nombreuses installations nucléaires, comme le montrent les résultats de la surveillance citoyenne effectuée par l’ACRO.

La catastrophe de Fukushima aurait pu être évitée selon un sismologue

Les auditions se poursuivent au procès de trois anciens dirigeants de TEPCo. Récemment, un cadre de TEPCo avait révélé comment le vice-président avait stoppé le projet de digue. Lors de la 11ième audition qui a eu lieu le 9 mai 2018, Kunihiko Shimazaki, sismologue, est venu témoigner. Il avait participé, en 2002, à la compilation des données sismiques qui alertait sur le risque sismique de la région. Il a aussi été membre de l’autorité de régulation nucléaire, mise en place après la catastrophe, jusqu’en 2014.

En 2002, son rapport prédisait qu’un séisme de magnitude 8 accompagné d’un tsunami d’une hauteur de 10 m était possible sur une vaste zone du Nord-Est du Japon. Puis, en 2008, TEPCO avait estimé qu’une vague de tsunami de 15,7 m de haut pouvait frapper sa centrale de Fukushima daï-ichi, mais n’avait rien fait pour s’en protéger. Le gouvernement non plus, n’avait pas pris en compte cette compilation pour ses plans d’urgence.

Interrogé par le procureur, K. Shimazaki a expliqué que les experts avaient des opinions variées lors de la compilation des données, mais que la possibilité d’un séisme de grande ampleur était partagée par tous. Et d’ajouter que la catastrophe aurait donc pu être évitée si des mesures de protections avaient été prises. Mais, comme le note K. Shimazaki, cela ennuyait les exploitants nucléaires.

Le gouvernement aurait fait pression sur le groupe de travail peu avant la publication du rapport afin que l’évaluation à long terme soit présentée comme peu fiable. Le groupe aurait donc ajouté des réserves dans l’introduction sur la fiabilité du travail. K. Shimazaki aurait indiqué lors de son audition que la non prise en compte de cette évaluation a conduit à adopter des mesures de protection contre les tsunamis inappropriées. de nombreuses vies auraient pu être sauvées.

Selon un employé de TEPCo, un dirigeant de la compagnie a arrêté le projet de digue contre les tsunamis en 2008

Les auditions des témoins continuent dans le procès de trois anciens dirigeants de TEPCo. Un employé vient de rapporter que Sakaé Mutô, vice-président de la compagnie a arrêté le projet de digue anti-tsunami à la centrale de Fukushima daï-ichi.

Rappel de l’épisode précédent : un rapport interne à TEPCo daté de mars 2008 avait estimé qu’un tsunami pouvait atteindre une hauteur de 15,7 m à la centrale de Fukushima daï-ichi. Les calculs étaient basés sur une mise à jour, en 2002, des prédictions gouvernementales qui aboutissaient à un séisme de magnitude 8,2 au large de Fukushima.

Le témoin, dont les propos sont rapportés par l’Asahi et le Maïnichi, faisait partie de l’équipe en charge de définir les mesures de renforcement des protections contre les séismes et tsunamis, mise en place en novembre 2007. Il rapportait directement à Sakaé Mutô à l’époque. Selon lui, le groupe était arrivé au consensus que TEPCo devait prendre en compte la réévaluation gouvernementale du risque tsunami et a chargé une filiale de faire une estimation de la vague la plus haute. La filiale a informé le groupe en mars 2008 des résultats de son évaluation : 15,7 m. Et le groupe a informé Sakaé Mutô à ce sujet en juin de cette même année.

Toujours selon le témoin, M. Mutô aurait alors demandé que l’on prépare une demande de permis de construire une digue. Puis, en juillet 2008, M. Mutô aurait informé le groupe que TEPCo ne retenait pas cette valeur de 15,7 m, sans la moindre explication. Le groupe aurait été choqué par cette décision.

Comme on le sait, la vague la plus haute du tsunami de 2001 faisait 15,5 m de haut à la centrale de Fukushima daï-ichi… Le procès continue.

Du déni de réalité à la catastrophe

En août 2002, c’est à dire neuf ans avant la catastrophe de Fukushima, l’ancienne “autorité” de sûreté, la NISA, avait demandé à TEPCo d’évaluer l’impact d’un tsunami suite à un séisme au large et l’exploitant aurait refusé. C’est ce qui ressort du témoignage de Shuji Kawahara, qui était à la tête d’une équipe en charge de la tenue aux séismes à la NISA. Cette demande faisait suite à la publication, le 31 juillet 2002, d’un rapport d’un comité d’experts gouvernemental qui estimait qu’un tsunami majeur, similaire à celui de 1896, pouvait frapper la côte pacifique du Japon à tout moment. Il estimait la probabilité à 20% dans les 30 prochaines années pour la partie allant de Chiba au Tôhoku.

Selon le Japan Times, qui a pu consulter le témoignage de Shuji Kawahara, une réunion a eu lieu le 5 août 2002 dans les locaux de la NISA pour discuter des conséquences du rapport. TEPCo aurait résisté pendant 40 minutes avant refuser d’évaluer l’impact d’un tsunami. Shuji Kawahara pense que cela aurait demandé beaucoup de moyens pour faire l’étude demandée et la NISA n’a pas plus insisté.

Ce témoignage a été produit par des plaignants qui réclament une meilleure indemnisation et est appuyé par une série de emails qui résument les discussions entre la NISA et TEPCo. La compagnie a refusé de répondre aux médias à ce propos.

Selon le Maïnichi, la NISA aurait refait une demande en 2006, suite au tsunami de 2004 qui avait ravagé l’Asie du Sud-Est et, comme on le sait déjà, en 2008, TEPCo avait estimé qu’un tsunami d’une hauteur de 15,7 m pourrait frapper la centrale de Fukushima daï-ichi, mais n’avait entrepris aucune action pour renforcer la protection des réacteurs nucléaires.

Le gouvernement, plus préoccupé par la promotion du nucléaire que par sa sûreté, n’a pas su imposer des contrôles plus stricts. La NISA était une branche du ministère de l’industrie, qui soutenait le développement de l’énergie nucléaire.