Les microparticules riches en césium perdent leur radioactivité à haute température

Nous avons déjà mentionné à plusieurs reprises ces microparticules vitreuses riches en césium rejetées lors de l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Et, comme nous l’avons déjà signalé, elles peuvent facilement être remises en suspension et inhalées. Elle restent alors plus longtemps dans les poumons et peuvent avoir un impact sanitaire plus pénalisant. La télévision publique japonaise avait consacré un documentaire.

Selon une étude récente, disponible en libre accès, une fois chauffées à haute température dans un incinérateur, le césium radioactif a tendance à se désorber, ce qui entraîne une baisse significative de sa concentration. Pour cela, les auteurs ont chauffé entre 600 et 1 000°C six microparticules et ont mesuré leur radioactivité et ont trouvé qu’il y avait une baisse à partir de 600°C et qu’elle avait presque disparu à 1 000°C. Voir la figure ci-dessous extraite de l’article :

Cela signifie que lors de l’incinération des déchets organiques issus de la décontamination, le césium contenu dans ces microparticules est libéré et n’est pas piégé dans les cendres.

Comment retirer le corium ?

Comment retirer le corium, ce mélange hautement radioactif de combustible et débris fondus, tout en limitant les rejets radioactifs ? C’est la difficulté à laquelle est confrontée TEPCo. Selon le Fukushima Minpo, la compagnie envisage d’utiliser un bras articulé qui irait rechercher, petit bout par petit bout, le corium et autres débris radioactifs qui jonchent l’enceinte de confinement. Elle devrait commencer par les débris les plus petits. Les débris les plus gros devront d’abord être coupés ou cassés avant d’être extraits afin de maintenir une ouverture la plus petite possible. La technologie doit encore être développée.

TEPCo a déjà inséré des robots pour filmer l’intérieur de l’enceinte de confinement des réacteurs 1 à 3, où il y a eu fusion du cœur. Au début, TEPCo envisage de prendre le même chemin pour accéder aux débris, via une ouverture sur le côté, afin de maintenir au mieux le confinement.

Le niveau de l’eau dans le réacteur n°3 est très élevé. Il faudra peut-être le drainer avant. Quant au réacteur n°1, le débit de dose à proximité de l’ouverture atteint les 630 mSv/h. La compagnie pourrait s’installer ailleurs.

Bien entendu, personne ne sait ce qu’il sera fait de ces déchets très radioactifs par la suite.

Origine de l’augmentation des rejets radioactifs à partir du 18 mars 2011

La télévision publique japonaise, la NHK, vient de diffuser un documentaire repéré par Fukuleaks, qui explique l’origine de l’augmentation des rejets radioactifs à partir du 18 mars 2011 :

Selon le documentaire, 40% des rejets ont été émis durant cette période, et les vents ont parfois soufflé vers les terres de l’archipel. Or, TEPCo avait réduit l’injection d’eau de refroidissement dans les réacteurs pendant deux jours, et ce pourrait être à l’origine de cette hausse des émissions radioactives. A l’époque, le refroidissement était assuré par des camions pompe des pompiers.

L’amplitude des pics de contamination relevés sur des filtres situés à Futaba est aussi élevée qu’après ceux qui caractérisent les explosions hydrogène. Cela mérite donc des explications.

La NHK a essayé de comprendre pourquoi. Outre l’improvisation complète face à des évènements inattendus et le chaos qui régnait dans toute la chaîne de commande en situation de crise, une augmentation soudaine de la pression dans la chambre de suppression du réacteur n°3, qui est passée de 20 à 420 kPa, faisait craindre une rupture de l’enceinte de confinement. La réponse a été la réduction de l’injection d’eau de 600 à 160 L/min. L’injection a aussi été réduite dans les réacteurs 1 et 2.

Une analyse a posteriori a montré que le refroidissement était alors insuffisant et que la température du réacteur n°3 a commencé à augmenter pour passer de 200 à environ 400°C en deux jours. Cela a pu conduire a un détachement et une remise en suspension des produits de fission radioactifs. Les images du réacteur n°3 prises le 18 mars 2018 montrent un panache de vapeur provenant de l’enceinte de confinement, qui devait donc être très radioactif. De même, un panache est apparu au dessus du réacteur n°2 à cette époque. TEPCo, de son côté, affirme qu’il est difficile d’établir un lien de cause à effet entre la réduction de l’injection d’eau et la hausse des rejets. A l’époque, la compagnie avait mis deux jours pour comprendre ce qui se passait dans les réacteurs.

La NHK a aussi analysé les enregistrements des vidéoconférences entre le siège de TEPCo à Tôkyô, la cellule de crise à la centrale de Fukushima daï-ichi et les autres centrales du groupe. Il apparaît que la décision de réduire l’injection d’eau ne faisait pas l’unanimité. Le directeur de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, par exemple, y était opposé. A la centrale de Fukushima daï-ichi, le directeur et son équipe devaient face à une multitude de problèmes et ne pouvaient pas analyser les conséquences de la décision de réduire l’injection d’eau de refroidissement. Ils ne s’y sont pas opposés.

Selon les experts consultés par la NHK, c’est le directeur de Fukushima daï-ichi qui avait la meilleure expertise de la situation et qui a pris les meilleures décisions. Mais, le 17 mars 2011, quand la décision de réduire l’injection d’eau a été prise, il était plus préoccupé par le refroidissement des piscines de combustibles usés, qui ne sont pas protégées par une enceinte de confinement. Le “coût de la coordination” des nombreuses tâches qui retombaient sur les épaules du directeur de la centrale et son équipe ont entraîné la sous-estimation du risque et la non-détection des problèmes qui s’en sont suivis.

Rappelons aussi qu’il n’y avait pas d’électricité dans les réacteurs et les capteurs ne fonctionnaient pas tous. Par conséquent, peu d’information était disponible. Le rétablissement de l’électricité n’était pas prioritaire sur le refroidissement des piscines. Quand l’électivité a pu finalement être rétablie dans la salle de contrôle principale, le 19 mars, il est apparu que la température du réacteur n°3 était beaucoup trop élevée et dépassait les 300°C. L’erreur est devenue évidente et il a été ordonné d’augmenter l’injection d’eau de refroidissement.

Voir l’excellent documentaire en anglais sur Youtube :

L’article scientifique sur les rejets analysés à partir des aérosols collectés sur des filtres à Futaba et ailleurs est ici, en accès payant.

Les microparticules vitreuses, riches en césium, sont plus abondantes que prévu

Les rejets radioactifs lors de l’accident grave à la centrale de Fukushima daï-ichi n’ont pas été seulement sous forme gazeuse. Une partie de la contamination de l’environnement est due à des microparticules vitreuses (autres articles à ce sujet), particulièrement riches en césium et autres éléments radioactifs. Sous cette forme, l’impact sanitaire et sur la contamination à long terme pourrait être beaucoup plus grave. Mais, comme on ne sait pas grand chose à leur propos, les recherches sur le sujet se poursuivent.

Ces microparticules ont été découvertes dans les filtres à air, dans les sols et sur des plantes. Deux articles scientifiques viennent de paraître à ce sujet et apportent de nouvelles informations.

La première étude n’est pas en accès libre, mais l’article est à l’ACRO et un communiqué de presse donne les principaux résultats. Elle confirme la présence d’uranium et d’autres radioéléments toxiques dans les microparticules vitreuses, d’une taille inférieure à 5 µm, découvertes dans les retombées de la catastrophe de Fukushima. Ces microparticules, contenant du combustible nucléaire, ont été trouvées dans le premier centimètre de sol de rizières de la zone évacuée, situées à Ôkuma, à environ 4 km de la centrale accidentée, et d’une ferme aquicole abandonnée à 2 km.

L’étude montre que les particules contenant du combustible sont encapsulées ou attachées aux particules vitreuses riches en césium. Leur composition donne des indications sur le scénario de fusion du cœur. Et, comme nous l’avons déjà signalé, avec une telle taille, ces microparticules peuvent facilement être remises en suspension et inhalées. Elle restent alors plus longtemps dans les poumons et peuvent avoir un impact sanitaire plus pénalisant.

La deuxième étude n’est pas en accès libre, non plus, mais est aussi à l’ACRO. Un communiqué de presse en anglais est disponible. Les auteurs ont utilisé une technique largement répandue dans les laboratoires, l’autoradiographie, pour quantifier simplement l’activité de ces microparticules riches en césium dans des échantillons de sols. Elle a été testée sur quatre échantillons provenant de rizières situées de 4 à 40 km de la centrale accidentée. Il apparaît que ces microparticules sont présentes dans tous les échantillons et que la quantité de césium qui y est piégée est plus grande qu’attendu, de 8,53 à 31,8%. Cette étude confirme qu’une fraction significative du césium rejeté l’a été sous forme de microparticules vitreuses (voir d’autres articles à ce sujet). Les auteurs appellent à des études plus étendues sur la présence de cette forme de pollution dans l’environnement.

Rappelons que la télévision publique japonaise avait consacré un documentaire à ces microparticules.

Enfin, une troisième étude publiée récemment traite de la pollution en plutonium. Elle est aussi en accès payant, et disponible à l’ACRO. Un communiqué de presse en français rapporte les principaux résultats. L’étude montre que la distribution spatiale des dépôts de plutonium dans les sols de la région de Fukushima suit globalement celle du césium. Par contre, lorsque les sols de la région sont érodés par les puissants typhons auxquels le Japon est fréquemment exposé, le plutonium issu de la centrale accidentée de Fukushima est exporté préférentiellement par les rivières jusqu’à l’Océan Pacifique, car il est concentré à la surface des sols. De plus, l’analyse des sédiments de rivière au fil des années a mis en évidence une diminution de moitié de la concentration en plutonium entre 2011 et 2014. Une baisse similaire est observée pour la contamination en césium qui peut s’expliquer par l’érosion importante et l’export sédimentaire générés par les typhons, les glissements de terrain et les travaux de décontamination menés dans la région.

La seule exception à cette baisse générale est observée à l’aval de la première zone de la région à avoir été décontaminée, pour laquelle on observe bien une très forte baisse des teneurs en césium (jusqu’à 90 %) mais aussi une augmentation de la part du plutonium émis en 2011 passant de 12 à 39 %, le reste étant dû aux essais nucléaires atmosphériques des années 1960. Là encore, les auteurs évoquent les microparticules vitreuses comme explication possible.

Eau contaminée : bilan officiel après le gel du sol autour des réacteurs accidentés

TEPCo a mis en ligne une version en anglais de son étude datée du 1er mars sur l’impact du gel du sol tout autour des réacteurs accidentés afin de limiter les infiltrations de l’eau souterraine. Ce bilan intervient 6 mois après le gel complet, sauf en certains points en profondeur où la température ne serait pas passée en dessous de zéro. Le communiqué de presse présente les mesures prises comme un succès, pourtant, entre décembre 2017 et février 2018 le stock d’eau contaminée a continué à s’accroître de 110 m3 par jour en moyenne. C’est mieux qu’au début de la catastrophe (TEPCo annonce 490 m3 par jour en moyenne entre décembre 2015 et février 2016), mais le gel du sol était supposé “bloquer” les infiltrations.

Ces chiffres incluent les infiltrations de la nappe phréatique vers les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine, ainsi que l’eau souterraine pompée qui est trop contaminée pour être traitée sur place. En ce qui concerne les seules infiltrations, TEPCo annonce 190 m3/j entre décembre 2015 et février 2016 et 90 m3/j maintenant. Le reste, 300 m3/j avant le gel complet et 20 m3/j après, correspond à l’eau souterraine pompée en aval des réacteurs, mais en amont de la barrière souterraine construite le long de la mer pour réduire les fuites vers l’océan. Voir le schéma ci-dessous, reproduit de la page 10 du document explicatif :

La compagnie annonce aussi, qu’en dehors des épisodes pluvieux, le niveau de la nappe phréatique à l’intérieur du périmètre gelé est de 4 à 5 m plus bas qu’à l’extérieur, en amont des réacteurs.

En cas de fortes pluies, la quantité d’eau contaminée qui s’ajoute au stock est beaucoup plus élevée. Voir le graphe ci-dessous, extrait du même document :

En ce qui concerne le stock d’eau, le dernier document mis en ligne date du 23 avril, mais donne les chiffres jusqu’au 3 mai : 876 481m3 d’eau complètement traitée (retrait de 62 radioéléments, mais pas du tritium), plus 180 028 m3 d’eau partiellement traitée (retrait du strontium), ce qui fait un total de 1,06 million de mètre cubes auxquels il faut ajouter 9 253 m3 de déchets liquides concentrés. Il y a aussi approximativement 36 070 m3 d’eau contaminée dans les sous-sols des réacteurs.

Les cuves avec l’eau contaminée occupent une surface de 230 000 m2, ou 23 hectares et il n’y a presque plus de place. Ces cuves représentent une menace à long terme. Tiendront-elles en cas de fort séisme ? Pour le gouvernement, le rejet en mer est la meilleure solution et l’Autorité de régulation nucléaire a demandé qu’une décision en ce sens soit prise cette année.

A noter que TEPCo injecte toujours quotidiennement 72 m3 dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 afin de refroidir le corium, ce mélange de combustible et débris fondus. Cette eau se contamine fortement avant de s’infiltrer dans les sous-sols où elle se mélange à l’eau qui s’infiltre.

TEPCO dit vouloir continuer ses efforts pour réduire l’accumulation d’eau contaminée, mais ne présente aucune mesure concrète autre que de limiter les infiltrations d’eau de pluie. L’eau contaminée va donc continuer à s’accumuler à un rythme d’une centaine de mètres cubes par jour pendant longtemps. C’est probablement le maximum que peut faire TEPCo. Rappelons que la gestion de cette eau lui coûte 32% des 1,7 milliards d’euros dépensés annuellement pour la sécurisation de la centrale accidentée.

Le sol est gelé tout autour des 4 réacteurs accidentés, mais les effets sont décevants

Le sol est gelé tout autour des quatre réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi, mais les effets sont décevants. Son but est de limiter les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des réacteurs où elle se mélange à l’eau utiliser pour le refroidissement des corium, qui est extrêmement radioactive et de limiter les fuites de ce mélange polluant.

D’une longueur de 1,4 km, ce projet a coûté de 34,5 milliards de yens (260 millions d’euros) aux contribuables japonais. Des tuyaux où circule un liquide refroidissement à -30°C s’enfoncent dans le sol tous les mètres, jusqu’à une trentaine de mètres de profondeur. La glace formée entre les tuyaux doit bloquer les écoulements. Mais, dans les faits, TEPCo ne sait pas si le sol est bien gelé partout.

Selon le dernier bilan publié par la compagnie, TEPCo injecte 72 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs n°1, 2 et 3 pour les refroidir. Comme tout est percé, cette eau se retrouve dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle est pompée pour éviter les débordements. Au début de la catastrophe, TEPCo devait pomper 400 m3 par jour en plus de l’eau injectée qui s’accumulait, jour après jour, dans des réservoirs qui recouvrent tout le site de la centrale. Diverses mesures ont été mises en place pour réduire les infiltrations d’eau souterraine. Le gel du sol était l’ultime solution. Mais TEPCo doit toujours pomper plus que ce qu’elle injecte. Selon son dernier bilan, elle pompe 82 m3 chaque jour en plus de ce qu’elle injecte pour compenser les infiltrations. Et comme l’eau souterraine est, par endroits, trop contaminée pour être traitée directement, TEPCo la rejette après pompage dans les sous-sols où elle est à nouveau pompée avec l’eau de refroidissement et les infiltrations. Cela représente 31 m3 par jour. Ainsi, TEPCo stocke 82+31= 113 m3 d’eau quotidiennement après décontamination.

En cas de fortes pluies, et en particulier lors des typhons, les volumes supplémentaires à pomper peuvent être beaucoup plus élevés et peuvent dépasser les 1 000 m3 par jour (1 million de litres).

Les sous-sols des réacteurs sont plein d’eau contaminée qu’il faudra pomper avant d’intervenir pour retirer le corium des réacteurs 1 à 3. Mais si l’eau continue de s’infiltrer, ce ne sera pas possible. Il faudra donc travailler entourer l’eau contaminée.

En attendant, TEPCo continue d’ajouter des cuves sur le site de sa centrale. Dans son dernier bilan, la compagnie annonce un stock d’un million de mètres cubes d’eau traitée ou partiellement traitée auxquels il faut ajouter 41 560 m3 dans les sous-sols et 16 280 m3 dans une autre installation.

Contrôle de la cheminée de rejet

Les cheminées de rejet sont assez instables en cas de séisme et leur contamination très élevée. Il n’est donc pas facile de les démanteler, même avec des robots.

TEPCo a utilisé des drones pour faire des mesures de radioactivité au niveau de la cheminée commune aux réacteurs n°1 et 2. Quand elle a envoyé un drone dans la cheminée, elle s’est rendue compte qu’une barre empêchait l’engin de descendre plus bas qu’à 10-20 m sous l’embouchure. C’est assez incroyable que la compagnie ne savait pas que cette barre existait et qu’elle ne peut pas donner sa position plus précisément.

TEPCo n’a mis que deux images en ligne avec un commentaire laconique. Et aucun résultat de mesure de débit de dose n’est donné. La transparence progresse…

Des images des drones avaient été publiées en septembre dernier.

Le fiasco du mur gelé souterrain

Les lecteurs de ce blog le savent, un des problèmes majeurs auxquels doit faire face TEPCo concerne l’eau contaminée qui s’accumule sans solution en vue. Et l’ultime solution mise en place pour tenter d’enrailler le problème, à savoir le gel du sol tout autour des réacteurs, tourne au fiasco. L’idée date de la fin 2013, mais la mise en œuvre a été beaucoup plus complexe que prévue. Malheureusement, les premiers doutes de l’été se confirment et la compagnie et les autorités n’ont pas vraiment d’autre solution.

Rappelons que la falaise a été arasée pour mettre les réacteurs plus près du niveau de la mer et que leurs sous-sols sont sur le parcours des écoulements phréatiques. Avant la catastrophe, TEPCo devait pomper environ 1 000 m3 par jour dans les nappes phréatiques pour éviter les infiltrations. Après l’accident, ces pompages ont été arrêtés et l’eau souterraine, après infiltration, se mélange à l’eau qui sert au refroidissement des combustibles fondus, qui est très contaminée. Les échanges ont lieu dans les deux sens et les nappes phréatiques sont aussi très contaminées. Ce n’est qu’en 2013 que TEPCo a admis le problème et les fuites vers la mer.

TEPCo pompe l’eau des sous-sols, la décontamine partiellement et la réinjecte pour le refroidissement. Mais elle doit pomper environ 400 m3 par jour de plus que ce qu’elle injecte. Cette eau est stockée dans des cuves et TEPCo ne sait plus où les mettre. L’ultime solution proposée par les autorités et payée par les contribuables japonais consiste en un gel du sous-sol dans le but de bloquer les écoulements. L’installation est en service depuis le mois de juin 2016, et, trois mois plus tard, les résultats se font attendre car certaines parties ne gèlent pas et les infiltrations d’eau dans les sous-sols des réacteurs restent élevées.

Ce problème est apparu dès les premiers tests en 2014 : il était impossible de geler les nombreuses galeries souterraines situées entre les réacteurs et le littoral. Ce n’était pourtant pas faute d’insister. Tout avait été testé, même un colmatage partiel. En vain. Ces galeries ont donc été bétonnées en 2015. C’était dû aux écoulements. Et si le gel ne prend pas partout actuellement, c’est encore dû aux écoulements. La solution proposée par TEPCo ne varie pas non plus : bétonner les parties qui ne gèlent pas. Cela n’a pas marché pour les galeries. Est-ce que cela marchera cette fois-ci ? Probablement pas. Il faudra peut-être tout bétonner.

Le typhon n°10, Lionrock, qui a entraîné de fortes pluies et provoqué plusieurs décès au Japon, est aussi responsable du dégel partiel du mur. Au sud du réacteur n°4, par exemple, la température est passée de -5 à +1,8°C. A l’est du réacteur n°3, c’est passé de -1,5 à +1,4°C. Par ailleurs, le niveau de la nappe phréatique est monté de 7 cm entre les réacteurs et le littoral, malgré les pompages. Il n’était plus qu’à 28 cm de profondeur.

TEPCo reste optimiste dans sa communication : le débit des infiltrations devrait passer de 400 m3 par jour à 250 en septembre, puis 150 en janvier, selon l’Asahi.

Ce projet a déjà coûté 34,5 milliards de yens (300 millions d’euros) aux contribuables et le coût de fonctionnement est élevé. Il était contesté depuis le début et il serait temps d’écouter les critiques. Certains proposaient de construire plutôt un mur souterrain en béton tout autour des réacteurs, même si cela prend plus de temps. Cela risque d’être la solution adoptée in fine. Plusieurs années auront alors été perdues pendant lesquelles l’eau contaminée s’est accumulée.

Voir aussi le bon article du New-York Times à ce sujet.

PS du 9 septembre 2016 : dans ses tweets sur le sujet, TEPCo explique que le  “mur gelé progresse” et que “la température et les niveaux d’eau évoluent”. Cela ne veut rien dire. On est dans la com sans aucun intérêt. Dans ces données publiées, il n’y a pas la quantité d’eau contaminée pompée, qui est pourtant l’indicateur le plus pertinent.

Démantèlement du réacteur n°1 : nouvelle vidéo de TEPCo

TEPCo a engagé le démantèlement de la structure qui recouvrait le réacteur n°1. Elle va ensuite retirer les débris et reconstruire une nouvelle structure afin de retirer le combustible de la piscine de refroidissement. Cela a déjà été effectué pour le réacteur n°4. Pour le réacteur n°3, le retrait des débris est terminé et TEPCo construit une nouvelle structure.

Une vidéo promotionnelle de TEPCo explique les opérations à venir et insiste sur les mesures prises pour éviter la dispersion de poussières. Comme le retrait des débris du réacteur n°3 avait entraîné des rejets conséquents de poussières radioactives qui avait contaminé des travailleurs et fort probablement des rizières situées au-delà des zones évacuées, TEPCo promet de faire attention cette fois-ci.

Ce que ne dit pas la vidéo, c’est que les travaux auraient dû débuter en juillet 2014, mais ils ont pris du retard suite au scandale des rejets de poussières radioactives. Ce n’est que le 31 décembre 2013 que l’on avait appris que TEPCo n’avait pas aspergé des résines fixatrices sur le réacteur n°3 ou les avait fortement diluées. Voir notre bilan des quatre ans à ce propos, ainsi que celui pour les cinq ans.

TEPCo explique que toutes les mesures mises en place au niveau du réacteur n°1 sont pour la “tranquillité d’esprit des riverains” (sic). C’est que ces idiots de riverains, ils ont peur de tout !

Le problème de l’eau contaminée demeure malgré le gel du sous-sol

L’eau souterraine qui s’écoule sous la centrale pénètre dans les sous-sols des bâtiments réacteur où elle se mélange à l’eau contaminée qui sert au refroidissement des combustibles fondus. Cette contaminée ressort et s’écoule vers la mer. TEPCo pompe, décontamine partiellement et stocke le tout dans des cuves qu’elle ne sait plus où mettre.

La dernière tentative mise pour limiter ces infiltrations est un gel du sous-sol tout autour des réacteurs accidentés. Un projet à 34,5 milliards de yens payé par les contribuables. TEPCo communique régulièrement sur le sujet. Son dernier tweet explique que les températures et niveaux d’eau changent. Pas très explicite. Si l’on veut en savoir plus, il y a un document technique peu lisible. Le dernier mis en ligne date du 12 août. Le précédent, du 28 juillet. Il y a quelques points où les températures restent positives. Quant aux niveaux des nappes phréatiques en dedans et en dehors de l’enceinte gelée, ils ne baissent pas.

Fin juillet 2016, TEPCo avait fini par admettre, du bout des lèvres, que le mur gelé ne remplissait pas son rôle de limiter les infiltrations. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, vient de demander à TEPCo de trouver des solutions alternatives. Le gel était déjà une opération ultime, car il requiert des technologies complexes à mettre en œuvre et coûte cher. La compagnie affirme que 99% des thermomètres sur une longueur de 820 m montrent des températures négatives. Mais cela ne suffit pas.

Selon l’Asahi, le groupe d’experts de la NRA, qui vient de recevoir un rapport de TEPCo, estime aussi que le gel du sol, qui en est à son cinquième mois, n’est pas un succès. La quantité d’eau souterraine que TEPCo doit pomper en aval du sol gelé, mais en amont de la barrière en béton située le long du littoral, ne baisse pas.

TEPCo avance toujours l’idée de bétonner le sous-sol là où il ne gèle pas. La NRA lui a demandé d’évaluer l’impact d’autres pompages en amont du mur. Rappelons que la compagnie pompe déjà au pied des cuves, plus en amont, là où la nappe phréatique n’est pas trop contaminée, avec rejet direct en mer. Mais l’impact sur les infiltrations est négligeable.

Pour une meilleure compréhension, rappelons que TEPCo pompe la nappe phréatique bien en amont et rejette l’eau dans la mer. La compagnie a aussi construit une barrière en béton tout le long du littoral pour ralentir les écoulements souterrains d’eau radioactive vers l’océan. Pour éviter que cette eau contourne la barrière, la compagnie doit aussi pomper en amont. Comme l’eau est contaminée, elle doit être traitée pour être partiellement décontaminée, avant d’être rejetée directement dans la mer, sauf si elle est trop radioactive. Dans ce cas, elle rejoint le circuit qui finit dans des cuves. Bien entendu, TEPCo pompe aussi sans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine, décontamine partiellement l’eau et stocke la partie qui n’est pas réinjectée pour le refroidissement.

Selon le dernier bilan mis en ligne par la compagnie, elle injecte 108 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 pour les refroidir. Les quantités pompées ne sont pas indiquées. En revanche, TEPCo stocke de l’ordre de 800 000 m3 d’eau radioactive, contenant essentiellement du tritium. Il faut y ajouter ce qui inonde tous les sous-sols de la centrale qui servent aussi de stockage, bien peu étanche.