Pas d’augmentation des provisions pour faire face à un accident nucléaire

Le gouvernement, les exploitants du nucléaire et les compagnies d’assurance n’ont pas réussi à se mettre d’accord à propos de la prise en charge des accidents nucléaires futurs. Il n’y aura donc pas de changement au Japon. Les discussions avaient été lancées en mais 2015 par la Japan Atomic Energy Commission (JAEC) et tout le monde s’accorde pour dire que les provisions sont trop faibles. Mais, de là à parvenir à un accord sur le montant et le partage du coût…

Augmenter les provisions signifie plus un coût de l’assurance plus élevé qui sera reporté sur les consommateurs. Les exploitants ont demandé au gouvernement de prendre en charge une partie de l’augmentation des provisions, mais il n’y était pas favorable. Enfin, les compagnies d’assurance ont expliqué qu’elles ne pouvaient pas couvrir un coût plus élevé.

Les provisions des exploitants restent donc limitées à 120 milliards de yens (presque 1 milliard d’euros) par centrale alors que les indemnisations de la catastrophe de Fukushima dépassent les 8 300 milliards de yens (66 milliards d’euros). Mais, dans la loi actuelle, les exploitants doivent couvrir les frais dus aux conséquences des catastrophes, sans limite. Actuellement, le Japon avance l’argent à TEPCo qui devra rembourser, les intérêts étant à la charge des contribuables. En cas de nouvel accident, ce sera la même chose.

Cet avis du gouvernement est soumis à la consultation du public sur Internet.

78ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 78ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 13,4 milliards de yens (103 millions d’euros au cours actuel). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 362 milliards de yens (plus de 64,3 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Trois actionnaires saisissent la justice pour que TEPCo cesse de financer Tôkaï-2

Trois actionnaires de TEPCo ont saisi un tribunal de Tôkyô pour que la compagnie cesse de financer le renforcement de la sûreté de Tôkaï-2. Ils estiment que les intérêts de TEPCo et de ses actionnaires seront menacés qui un soutien financier est fourni à la Japan Atomic Power Co (JAPCo) qui possède Tôkaï-2.

Bien que l’Autorité de régulation nucléaire vienne d’estimer que Tôkaï-2 satisfaisait au nouveau référentiel de sûreté, le réacteur va avoir 40 ans en novembre et il ne peut espérer obtenir qu’une extension de la durée d’exploitation de 20 ans tout au plus. Et même si cette extension était accordée, les plaignants estiment que TEPCo ne pourra jamais être remboursée. Les travaux à effectuer, en cas d’avis positif de l’Autorité de régulation nucléaire, atteignent 174 milliards de yens (1,3 milliard d’euros).

Selon la loi japonaise, les compagnies ne doivent pas prendre des décisions qui peuvent nuire aux actionnaires. Mais TEPCo et les 4 autres compagnies qui possèdent JAPCo craignent la faillite de cette dernière si Tôkaï-2 ne redémarre pas.

Comme l’Etat est actionnaire majoritaire de TEPCo, la décision est aussi politique. L’opposition réclame que TEPCo utilisent cet argent pour indemniser les victimes de la catastrophe, plutôt que d’investir à fonds perdus dans Tôkaï-2.

Nouvelles taxes régionales sur les réacteurs nucléaires à l’arrêt

Comme partout, les 13 provinces japonaises qui ont des réacteurs nucléaires sur leur sol bénéficient de taxes qui contribuent de manière significative à leur budget. Avec l’arrêt des réacteurs, ces revenus ont fortement diminué. Selon l’Asahi, 12 de ces 13 provinces ont donc introduit de nouvelles taxes sur le nucléaire, à l’exception de Fukushima.

Avant la catastrophe nucléaire à Fukushima, c’est le combustible nucléaire apporté qui était taxé. En 2010, cela a rapporté un total de 22 milliards de yens (170 millions d’euros) à ces 13 provinces. Avec l’arrêt temporaire des réacteurs, la province de Fukui, qui est la plus dépendante du nucléaire, a introduit une nouvelle taxe dès novembre 2011 basée, cette fois-ci, sur la capacité des réacteurs. Les autres provinces ont suivi. La dernière en date est Miyagi, qui vient tout juste de le faire. Cela devrait leur rapporter environ 15 milliards de yens (115 millions d’euros) chaque année. La seule exception est Fukushima qui a décidé de ne plus taxer les réacteurs étant données les circonstances exceptionnelles.

Quatre provinces ont aussi décidé de taxer les réacteurs en démantèlement : Fukui, qui a commencé, Saga, Shimané et Ehimé. Cela devrait leur rapporter environ 1,1 milliard de yens (8,5 millions d’euros) de revenus annuels. D’autres pourraient suivre…

Evidemment, les compagnies d’électricité reportent ces taxes sur leurs factures d’électricité et ce sont les consommateurs qui payent in fine.

77ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 77ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 93,1 milliards de yens (716 millions d’euros au cours actuel). C’est dix fois plus que la dernière fois. Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 348,6 milliards de yens (plus de 64 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

76ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 76ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 9,8 milliards de yens (77 millions d’euros au cours actuel). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 255,5 milliards de yens (presque 65 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

La catastrophe de Fukushima aurait pu être évitée selon un sismologue

Les auditions se poursuivent au procès de trois anciens dirigeants de TEPCo. Récemment, un cadre de TEPCo avait révélé comment le vice-président avait stoppé le projet de digue. Lors de la 11ième audition qui a eu lieu le 9 mai 2018, Kunihiko Shimazaki, sismologue, est venu témoigner. Il avait participé, en 2002, à la compilation des données sismiques qui alertait sur le risque sismique de la région. Il a aussi été membre de l’autorité de régulation nucléaire, mise en place après la catastrophe, jusqu’en 2014.

En 2002, son rapport prédisait qu’un séisme de magnitude 8 accompagné d’un tsunami d’une hauteur de 10 m était possible sur une vaste zone du Nord-Est du Japon. Puis, en 2008, TEPCO avait estimé qu’une vague de tsunami de 15,7 m de haut pouvait frapper sa centrale de Fukushima daï-ichi, mais n’avait rien fait pour s’en protéger. Le gouvernement non plus, n’avait pas pris en compte cette compilation pour ses plans d’urgence.

Interrogé par le procureur, K. Shimazaki a expliqué que les experts avaient des opinions variées lors de la compilation des données, mais que la possibilité d’un séisme de grande ampleur était partagée par tous. Et d’ajouter que la catastrophe aurait donc pu être évitée si des mesures de protections avaient été prises. Mais, comme le note K. Shimazaki, cela ennuyait les exploitants nucléaires.

Le gouvernement aurait fait pression sur le groupe de travail peu avant la publication du rapport afin que l’évaluation à long terme soit présentée comme peu fiable. Le groupe aurait donc ajouté des réserves dans l’introduction sur la fiabilité du travail. K. Shimazaki aurait indiqué lors de son audition que la non prise en compte de cette évaluation a conduit à adopter des mesures de protection contre les tsunamis inappropriées. de nombreuses vies auraient pu être sauvées.

75ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 75ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 30,4 milliards de yens (229 millions d’euros au cours actuel). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 245,7 milliards de yens (62 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Fin des indemnisations pour les personnes déplacées de la catastrophe nucléaire

A la fin mars 2018, TEPCo a dépensé plus de 8 000 milliards de yens (60 milliards d’euros) en indemnisations. Une moitié environ est allée aux personnes déplacées et l’autre aux entreprises et commerces affectées. Cet argent est avancé par l’Etat et selon une estimation récente de la cour des comptes japonaise, le coût des intérêts, à la charge des contribuables japonais pourrait atteindre 218,2 milliards de yens (1,7 milliards d’euros).

Les indemnisations sont officiellement terminées depuis le 31 mars 2018, mais ce n’est pas encore la fin pour TEPCo. Il y a une trentaine de plaintes collectives, regroupant plus de 12 000 personnes, pour réclamer de meilleures indemnisations.

Chaque personne qui a dû évacuer a reçu 100 000 yen par mois (760 €) en compensation du stress engendré auxquels pouvaient s’ajouter des indemnisations liées à la perte des ressources financières, au logement, aux transports… La seule partie liée au stress peut s’élever à 8,4 millions de yens (63 000 €) par personne sur 7 ans. Les 25 000 personnes originaires de la zone dite de retour difficile ont reçu une somme supplémentaire de 7 millions de yens (53 000 €) en une seule fois.

Ce soutien financier s’est terminé une année après la levée de l’ordre d’évacuer pour les personnes originaires des zones concernées et cette année pour toutes les autres. Cependant, le gouvernement a demandé à TEPCo de maintenir l’aide au logement une année de plus.

Ces indemnisations ont provoqué beaucoup de jalousies et des discriminations envers les personnes déplacées qui apparaissaient comme privilégiées. A titre de comparaison, les personnes auto-évacuées, qui sont parties d’elles-mêmes, sans y être obligées, ont reçu, en plus d’une aide au logement, 120 000 yens (900 €) en une seule fois. C’était 720 000 yens (5 400 €) pour les mineurs et les femmes enceintes. La différence de niveau de contamination de leur lieu de vie pouvait être très faible avec les personnes évacuées de force.

La fin des indemnisations ne signe pas la fin de la catastrophe, loin de là. Les populations affectées ne retrouveront jamais leur vie d’antan. Elles font toujours face à de nombreux problèmes. Il en est de même pour les communes affectées par les évacuations. Comme le taux de retour dans les zones où il est permis de rentrer est faible, de l’ordre de 15% en moyenne, certaines communes veulent attirer de nouveaux habitants. Tomioka, par exemple, offre à chaque famille 300 000 yens ( 2 300 €) par an pendant 3 ans, plus 180 000 yens (1 400 €) par an par enfant.

Selon un employé de TEPCo, un dirigeant de la compagnie a arrêté le projet de digue contre les tsunamis en 2008

Les auditions des témoins continuent dans le procès de trois anciens dirigeants de TEPCo. Un employé vient de rapporter que Sakaé Mutô, vice-président de la compagnie a arrêté le projet de digue anti-tsunami à la centrale de Fukushima daï-ichi.

Rappel de l’épisode précédent : un rapport interne à TEPCo daté de mars 2008 avait estimé qu’un tsunami pouvait atteindre une hauteur de 15,7 m à la centrale de Fukushima daï-ichi. Les calculs étaient basés sur une mise à jour, en 2002, des prédictions gouvernementales qui aboutissaient à un séisme de magnitude 8,2 au large de Fukushima.

Le témoin, dont les propos sont rapportés par l’Asahi et le Maïnichi, faisait partie de l’équipe en charge de définir les mesures de renforcement des protections contre les séismes et tsunamis, mise en place en novembre 2007. Il rapportait directement à Sakaé Mutô à l’époque. Selon lui, le groupe était arrivé au consensus que TEPCo devait prendre en compte la réévaluation gouvernementale du risque tsunami et a chargé une filiale de faire une estimation de la vague la plus haute. La filiale a informé le groupe en mars 2008 des résultats de son évaluation : 15,7 m. Et le groupe a informé Sakaé Mutô à ce sujet en juin de cette même année.

Toujours selon le témoin, M. Mutô aurait alors demandé que l’on prépare une demande de permis de construire une digue. Puis, en juillet 2008, M. Mutô aurait informé le groupe que TEPCo ne retenait pas cette valeur de 15,7 m, sans la moindre explication. Le groupe aurait été choqué par cette décision.

Comme on le sait, la vague la plus haute du tsunami de 2001 faisait 15,5 m de haut à la centrale de Fukushima daï-ichi… Le procès continue.