Plainte d’habitants de Namié contre TEPCo et l’Etat

Une centaine d’habitants de Namié estiment que les indemnisations qu’ils ont reçues ne suffisent pas à compenser tout ce qu’ils ont perdu dans l’accident nucléaire et ils réclament plus. L’accident nucléaire a détruit leur communauté et les a obligé à évacuer.

La protestation remonte à loin. En mai 2013, le conseil municipal avait saisi, au nom des habitants, la structure de conciliation mise en place par le gouvernement. Environ 15 000 habitants, plus de 70% de la population de la commune, s’étaient joints à cette demande. Et en mars 2014, la commission de conciliation avait proposé de faire passer le montant de l’indemnisation de 100 000 à 150 000 yens (775 à 1 163€) par mois pour les moins de 75 ans et 180 000 yens (1 400€) par mois pour les plus de 75 ans. La commune, qui demandait 350 000 yens, a accepté la proposition, mais pas TEPCo qui trouve cela injuste envers les autres personnes évacuées. La conciliation s’est terminée en avril dernier. 850 de ces 15 000 personnes sont décédées depuis.

109 personnes, réparties dans 49 foyers ont donc saisi la justice pour réclamer 12,1 millions de yens (94 000 €) chacune. C’est plus que ce que leur a accordé la commission de réconciliation. L’Etat japonais est aussi visé afin de clarifier sa responsabilité dans l’accident. Elles pourraient être suivies par 2 000 autres personnes.

Des milliers d’autres personnes ont déjà saisi la justice pour obtenir une meilleure réparation, mais c’est la première  action collective qui fait suite à un arbitrage de la commission de réconciliation.

82ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 82ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 158 milliards de yens (1,2 milliard d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 771,7 milliards de yens (environ 68 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Trois anciens dirigeants de TEPCo continuent à nier toute responsabilité dans l’accident nucléaire lors de leur procès

Le tribunal de Tôkyô a entendu les trois anciens dirigeants de TEPCo qui étaient en poste lors de la catastrophe nucléaire. Tsunéhisa Katsumata, le président, ainsi que Ichirô Takékuro et Sakaé Mutô, les vices présidents, sont accusés de négligence ayant entraîné la mort. Le procès a débuté en juin 2017 et une vingtaine de témoins ont déjà été entendus.

Les trois anciens dirigeants ont nié toute responsabilité dans l’accident lors de l’ouverture du procès, estimant qu’ils ne pouvaient pas l’anticiper. Il ressort pourtant des auditions de témoins que ces trois anciens dirigeants ont reporté sans cesse l’implémentation de mesures de protection renforcée contre les tsunamis. Selon un employé de TEPCo, un dirigeant de la compagnie aurait arrêté le projet de digue contre les tsunamis en 2008. Un autre a expliqué qu’après l’arrêt de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa et ses 7 réacteurs en 2007, suite à un fort séisme, la priorité de la compagnie était d’éviter tout arrêt sur ses deux autres centrales nucléaires. Le rehaussement de la digue aurait entraîné un arrêt momentané des réacteurs.

Comme est venu l’expliquer un sismologue, les experts officiels avaient revu le risque sismique et de tsunami à la hausse et les exploitants du nucléaire aurait dû renforcer les protections contre ces agressions. Il y avait eu consensus à l’époque et si TEPCo avait pris les mesures nécessaires, l’accident aurait pu être évité. A Tôkaï, une nouvelle digue était en construction suite à la ré-estimation du risque sismique de 2002.

D’autres tribunaux ont déjà reconnu la responsabilité de TEPCo dans l’accident. Mais Sakaé Mutô a nié avoir reporté la décision de rehausser la digue en 2008, comme l’accusait un ancien employé. Il a expliqué avoir juste sollicité un avis extérieur car il y a beaucoup d’incertitudes dans les évaluations sismiques, ajoutant que c’était une pratique courante. Il n’aurait, de plus, jamais été informé qu’un tsunami pouvait détruire la centrale… et donc il a réfuté avoir, dans un premier temps, ordonné de rehausser la digue, avant de revenir sur cette décision.

Sakaé Mutô a commencé par s’excuser devant le tribunal pour le mal causé aux populations, avant de nier toute négligence. Selon lui, l’accident était imprévisible et il n’est donc pas responsable. Que valent ses excuses ? Ses deux comparses ont aussi continué à nier toute responsabilité.

Monsieur Takékuro était exactement sur la même ligne de défense que Sakaé Mutô. Il était “naturel”, pour lui de suspendre le renforcement des défenses anti-tsunami, le temps de consulter des experts. Et d’ajouter, qu’après avoir appris qu’une estimation donnait une hauteur de tsunami de 15,7 m, qu’il n’y avait aucun caractère d’urgence.

L’ancien président de la compagnie a été entendu le 29 octobre 2018. Comme les deux vice-présidents, il estime ne pas être responsable de la catastrophe nucléaire. Lui n’était que Président, sans autorité. Il ne s’occupait pas des affaires courantes et c’était au département de la sûreté de s’occuper des mesures de sûreté. Lui s’occupait des relations extérieures, entendez, du lobbying.

Au-delà du déni de leur responsabilité dans l’accident que la justice devra trancher, leurs excuses méritent d’être soulignées. Sakaé Mutô a présenté ses excuses : “aux nombreuses personnes qui ont perdu la vie, à leur famille ou à ceux qui ont dû quitter leur habitation, j’ai causé beaucoup de souffrance qui ne peut pas être exprimée par des mots, j’adresse mes excuses les plus sincères. Je suis désolé par ce qui s’est passé”. Voir le Maïnichi, par exemple. Tsunéhisa Katsumata, quant à lui, a déclaré : “Qu’en tant que que personne qui a servi comme président et président du conseil d’administration, j’adresse mes excuses pour avoir causé d’énormes problèmes à ceux qui ont perdu la vie, à leurs familles endeuillées et aux blessés” (Maïnichi).

Outre la contradiction entre le fait de plaider non-coupable et de s’excuser, ces mots sont une reconnaissance que de nombreux décès sont bien une conséquence de la catastrophe nucléaire. C’est important de le noter quand on voit fréquemment circuler que tous les décès sont dus au tsunami et que l’accident nucléaire, voire l’incident, c’est zéro mort. Et quand on évoque les nombreux décès engendrés par l’évacuation, ces mêmes personnes précisent qu’il ne s’agit pas de morts directs dus à l’exposition radioactive. Comme si les victimes des guerres n’incluaient que les personnes tuées par les armes. Ou que les victimes du réchauffement climatique se limitaient aux seuls décès par coup de chaud…

81ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 81ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 112 milliards de yens (0,9 milliard d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 714,5 milliards de yens (plus de 68 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Dernier bilan de la décontamination des territoires

Le ministère de l’environnement a mis en ligne son bilan régulier de l’avancement de la décontamination et de la gestion des déchets. C’est un bilan qui reste global.

Page 6, le ministère annonce toujours un nombre total de travailleurs assez irréaliste : 13,7 millions dans les territoires évacués et 18,4 millions ailleurs, ce qui fait un total supérieur à 32 millions. Il doit plutôt s’agir du nombre de contrats CDD signés.

Le budget dédié à la fin 2018 est de 2 900 milliards de yens (23 milliards d’euros) et les volumes de sols radioactifs à stocker, à la date du mois de mars 2018 est de 9,1 millions de mètres cubes pour les territoires évacués et 7,9 millions de mètres cubes pour les autres territoires contaminés, dont 7,4 millions à Fukushima. Cela fait donc un total de 17 millions de mètres cubes. Ces déchets s’entassent un peu partout.

Le ministère présente aussi, page 7, les zones de décontamination spéciales dans les territoires dits de retour difficile. Comme nous l’avons déjà rapporté, il s’agit de réhabiliter les centres des communes de Les communes de Namié, Futaba et d’Ôkuma, pour qu’elles ne soient pas déclarées abandonnées. C’est une décision purement idéologique car il n’est pas sûr que des personnes aillent s’y installer. Les prévisions de retour sont complètement irréalistes. Il s’agit aussi de zones très contaminées de Tomioka, Iitaté et Katsurao.

Pour ce qui est du centre d’entreposage intérimaire de 16 km2 situé tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, les autorités avancent dans l’acquisition ou la location des terrains. Elles seraient arrivées à 81,7% de la surface totale. Rappelons que les déchets ne officiellement là que pour 30 ans même si personne ne sait où ils iront après. Les premiers déchets sont arrivés à Futaba et Ôkuma à la fin 2017. A la fin septembre 2018, un peu moins de 500 000 m3 y auraient été entreposés, ce qui a nécessité 75 000 transports par camion (6 m3/camion). Le Japon espère arriver à 6 millions de mètres cubes en 2020.

Page 18, le ministère présente ses projets de recyclage des sols dont la contamination en césium radioactif serait passée sous la limite de 8 000 Bq/kg. Ces projets sont décriés, mais les autorités espèrent obtenir l’assentiment des riverains… Des tests sont menés à Minami-Sôma (page 19). Tout semble si propre. Mais qu’en sera-t-il dans quelques décennies quand l’utilisation de sols recyclés sera oubliée ?

Cette option est complètement illogique. Pour les déchets dangereux, il y a généralement deux solutions : les isoler de la biosphère le temps nécessaire à leur décroissance radioactive ou les disperser comme les rejets des installations pour diluer au maximum leurs effets. Ici, le Japon a d’abord concentré les déchets avant de vouloir les éparpiller sans les diluer et une tenue des ouvrages non garantie car ce ne sont pas des centres de stockage.

Page 23, le “Fukushima Eco Tech Clean Center” est présenté. Il s’agit d’un centre de stockage de déchets dangereux qui a été converti et étendu pour accueillir les déchets radioactifs (cendres…) qui ont une activité inférieure à 100 000 Bq/kg. Même si l’entrée est à Naraha, le site est sur la commune de Tomioka. Sur cette photo prise par l’ACRO, on voit Fukushima daï-ni, au fond :

 

80ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 80ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 227,2 milliards de yens (1,7 milliards d’euros au cours actuel). C’est 17 fois plus que le précédent versement. Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 602,5 milliards de yens (plus de 66,2 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Cabinets médicaux et cliniques en difficulté autour dans les territoires contaminés autour de la centrale de Fukushima daï-ichi

Avant la catastrophe nucléaire, il y avait une centaine de cliniques, hôpitaux et cabinets médicaux dans les 12 communes qui entourent la centrale de Fukushima daï-ichi. Il n’y en aurait plus que 31 et 70% auraient des difficultés financières et bénéficient d’aides.

A Tomioka, par exemple, la clinique Chûo Iin reçoit 10 fois moins de patients qu’avant la catastrophe. Et les institutions médicales doivent offrir des salaires élevés pour attirer du personnel qualifié dans ces zones.

Pourtant, les services médicaux disponibles sont un des critères pris en compte par les personnes évacuées pour décider de rentrer ou pas. Et comme la population qui est rentrée est essentiellement composée de personnes âgées, il est important d’avoir une offre de soin adaptée. Mais le modèle économique doit encore être trouvé.

Gestion des forêts contaminées à Fukushima : tout raser pour faire de la biomasse

Les forêts de Fukushima n’ont pas été décontaminées car elles couvrent 70% de la province et l’industrie forestière est exsangue. De nouveaux débouchés sont donc envisagés pour relancer cette industrie : la génération d’électricité avec de la biomasse.

Grâce aux tarifs de rachat de l’électricité d’origine renouvelable, l’investissement dans la biomasse est très rentable. La technologie est simple, les usines vites construites et le retour sur investissement n’est que de trois à quatre ans. Cela intéresse donc fortement les investisseurs et les projets sur multiplient. Le seul frein, c’est le combustible. Il n’y a pas tant de sources que cela : le Japon peut soit importer le bois, mais cela va contribuer à la déforestation de pays d’Asie du Sud Est, soit brûler des déchets, mais l’efficacité n’est pas si bonne et les ressources restent limitées, ou développer une industrie locale.

C’est là que les intérêts de Fukushima et du syndicat de producteurs d’électricité à partir de biomasse se rejoignent. L’idée est de raser les forêts en espérant qu’elles seront moins contaminées lors de leur régénération. Et comme c’est subventionné, tout le monde y gagne, sauf le contribuable.

Voilà ce que cela donne à Tamura, dans la province de Fukushima :

Vous trouvez cela choquant ? Ne vous inquiétez pas, vous vous y habituerez, selon le président du syndicat des producteurs. C’est comme les champs agricoles, qui sont nus en hiver. C’est ce qu’il aurait déclaré lors de la dernière assemblée générale ! Évidement, il faut plus d’années pour que cela repousse et la forêt cultivée n’a rien à voir avec une forêt naturelle. Et avec l’érosion des sols, il n’est même pas sûr que cela repousse.

Le bois est transformé en copeaux et transporté par camions dans tout le Japon. Des associations commencent à se mobiliser sur cette thématique et étudient l’impact radioactif des rejets car les filtres utilisés sont que de simples filtres à manche, comme de gros sacs d’aspirateurs, et non des filtres de haute efficacité.

Fin des logements gratuits en 2020 pour les personnes originaires des zones dites de retour difficile

Les autorités régionales de Fukushima ont annoncé vouloir cesser la prise en charge du logement pour la plupart des habitants originaires des zones dites de retour difficile, où la contamination radioactive est la plus élevée. Les aides financières ont cessé en mars dernier pour les habitants originaires des autres zones contaminées, qu’elles aient été évacuées ou non, mais certains bénéficient toujours d’une aide au logement.

Selon le Maïnichi, sont concernés par la présente décision, 3 298 foyers originaires des zones de retour difficile de Katsurao, Iitaté, Tomioka et Namié. En ce qui concerne les 1 661 foyers de Futaba et Ôkuma, les deux communes qui accueillent la centrale de Fukushima daï-ichi et qui ont été les plus touchées par les retombées radioactives, les autorités vont faire des sondages avant de décider si elles continuent ou non leur soutien au-delà de mars 2020.

Par ailleurs, toujours selon le Maïnichi, l’aide au logement va cesser dès mars 2019 pour 2 389 foyers originaires de 5 communes où les ordres d’évacuer ont été levés. Elle pourrait être maintenue pour certaines personnes qui ont des besoins spécifiques.

79ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 79ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 13,3 milliards de yens (102 millions d’euros au cours actuel). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 375 milliards de yens (plus de 64,4 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.