Sept ans et demi après la triple catastrophe

Sept ans et demi après la triple catastrophe, il reste encore officiellement environ 58 000 personnes déplacées dont 5 623 vivent toujours dans des préfabriqués, à Iwaté, Miyagi et Fukushima.

A Fukushima, il y a eu des ordres d’évacuer dans 11 communes. Ils tous été levés, sauf dans les zones qualifiées de retour difficile, présentes dans 7 communes. Là où l’ordre a été levé, le taux de retour moyen est de 20%, avec de fortes disparités.

Le gouvernement ne veut plus d’hébergement provisoire d’ici 2020 à Iwaté et Miyagi, et 2021 à Fukushima.

Le nombre officiel de décès provoqués par le séisme et tsunami est de 15 896 auxquels il faut ajouter 2 536 disparus. A la fin mars 2018, la triple catastrophe avait entraîné 3 676 décès supplémentaires provoqués par l’évacuation, dont 2 202 à Fukushima.

Nouveaux cas de cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les derniers résultats de leur campagne de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de la province. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait aussi proposer son propre résumé en anglais.

Au 30 juin 2018, il y avait un total de 164 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 201 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. C’est deux de plus pour les confirmés et trois de plus pour les suspectés par rapport à la publication précédente.

Rappelons que les autorités ont déjà effectué trois campagnes de dépistage et lancé la quatrième en avril dernier. Cette dernière venant à peine de débuter, aucun cas suspect n’a été trouvé parmi les 953 enfants qui ont reçu leurs résultats. Pour la quatrième campagne, les données sont ici en japonais.

Les autorités n’ont pas publié de mise à jour détaillée pour les deux premières campagnes de dépistage, mais le bilan global en japonais ne fait pas apparaître de changement. Le tableau ci-dessous reprend donc les chiffres de la dernière fois. Pour la troisième campagne, il y a eu des changements et le bilan détaillé est ici en japonais.

Première campagne Deuxième campagne Troisième campagne
Dépistage avec résultat 300 472 270 540 217 506
Examens complémentaires effectués 2 130 1 874 913
Cytoponctions 547 207 45
Nombre de cancers suspectés 116 71 15
Nombre de cancers confirmés 101 52 11

Rappelons que, selon un fond de soutien, un cas de cancer de la thyroïde a échappé aux statistiques officielles (source). L’enfant avait moins de 5 ans en 2011.

Comme on peut le voir sur le tableau ci-dessus, le taux de dépistage diminue à chaque campagne et n’est que de 64% pour la troisième. Selon Le Monde, qui publie un excellent reportage intitulé Au Japon, les enfances volées de Fukushima après la catastrophe nucléaire“, l’université médicale de Fukushima “recommande même de lever le pied sur les examens et fait le tour des écoles pour expliquer aux enfants qu’ils ont désormais le droit de refuser. Le « surdépistage » générerait trop de « stress ».”

Les enfants chez qui l’on a suspecté un cancer lors des deux premières campagnes mais qui n’ont toujours pas subi d’intervention chirurgical sont sous surveillance. A noter que les autorités ne donnent aucun chiffre sur les enfants qui ont subi plusieurs interventions chirurgicales. Comme nous l’avons signalé en mars dernier, selon ce même fond de soutien, qui a effectué un suivi de 84 enfants ayant déclaré un cancer de la thyroïde, 8 d’entre eux ont dû subir une deuxième intervention chirurgicale après une rechute. Ils avaient entre 6 et 15 ans au moment de l’accident. Il réclame des statistiques officielles sur le nombre de rechutes.

L’article du Monde présente un tel cas :

“L’angoisse, Mme Sakura vit avec depuis ce jour de mars 2014 où un nodule de 5 millimètres a été repéré chez sa fille. Un mois plus tard, une ponction (« très douloureuse ») confirme que les cellules sont cancéreuses. Sa fille est fatiguée, elle est prise de fortes fièvres. « J’ai demandé au médecin de l’UMF de l’enlever tout de suite. Il m’a répondu que ça ne pressait pas, que le cancer de la thyroïde n’était pas un cancer grave. » Le jour de ses 17 ans, sa fille est opérée. Le nodule avait doublé de volume. « Je n’oublierai jamais ce qu’a dit le médecin à ma fille sur son lit d’hôpital : « Maintenant qu’on t’a enlevé la thyroïde, tu seras tranquille, le cancer ne reviendra plus » », dit-elle sans pouvoir retenir ses larmes.

Un an plus tard, une échographie de contrôle trouve un autre nodule, de 12 mm celui-là. Nouvelle ponction, nouveau cancer confirmé et élargi aux ganglions lymphatiques. La deuxième opération a eu lieu en février 2018. Et le calvaire n’est pas terminé. La fille de Mme Sakura doit désormais commencer des séances de radiothérapie. « Elle va devoir prendre un comprimé d’iode radioactif très fort pendant une semaine, raconte la maman. Elle a peur de devenir elle-même radioactive, que son corps contamine ses petites nièces et petits neveux » qui vivent sous le même toit, à Koriyama, à une quarantaine de kilomètres de Fukushima.”

Et Le Monde d’ajouter que de nombreuses familles avec un enfant victime du cancer de la thyroïde ont peur des réactions des voisins ou des proches et préfèrent se cacher. « Dans certaines familles, on cache même au petit frère ou à la petite sœur que le grand frère ou la grande sœur est malade ». Nous avons déjà rapporté le désarroi des familles confrontées à cette maladie, qui, pour certaines, se sont regroupées en association. Certains témoignages sont poignants.

Premier décès reconnu comme d’origine professionnelle à la centrale de Fukushima daï-ichi

Les autorités ont reconnu comme maladie professionnelle un cancer du poumon développé chez un travailleur à la centrale de Fukushima daï-ichi. C’est le 5ième cas de cancer reconnu comme lié à l’exposition aux radiations chez les intervenants à la centrale nucléaire accidentée, et c’est le premier cancer du poumon.

Le travailleur en question, un sous-traitant âgé d’une cinquantaine d’année, est décédé des suites de son cancer qui s’est déclaré en février 2016. Sa famille sera indemnisée.

Il a travaillé plus de 28 ans dans le nucléaire et est intervenu à Fukushima daï-ichi dans les premiers jours de la catastrophe, quand les risques étaient les plus élevés. Il y a travaillé jusqu’en 2015. Il a été exposé à une dose totale de 195 mSv. A titre de comparaison, en temps normal, les travailleurs du nucléaire ne doivent pas être exposés à une dose supérieure à 100 mSv sur 5 ans.

La première année de l’accident, il aurait reçu une dose de 34 mSv et en septembre 2015, son exposition totale à la centrale de Fukushima daï-ichi aurait atteint 74 mSv. Ces chiffres sont peut-être sous-estimés car, durant le premier mois de l’accident, il n’y avait pas un dosimètre par personne et l’évaluation des doses est très approximative.

Il n’est pas possible de déterminer sur un cas individuel si le cancer est dû aux radiations ou pas, ni de l’exclure. La réglementation japonaise considère donc que si un travailleur a reçu une dose supérieure à 100 mSv et qu’il développe un cancer du poumon plus de 5 ans après l’exposition, sa maladie sera reconnue comme d’origine professionnelle. Le dossier médical est soumis à un panel d’experts avant toute décision gouvernementale.

Etude sur le risque lié à la non-évacuation des patients hospitalisés

Une équipe de recherche, dont les résultats de travaux sont disponibles en libre accès, étudie le risque de ne pas évacuer les patients d’un hôpital lors d’un accident nucléaire grave. La auteurs ont regardé le taux de mortalité de la clinique privée Takano, située dans la commune de Hirono, à 22 km au Sud de la centrale de Fukushima daï-ichi entre le 1er janvier 2008 et le 31 décembre 2016 et il ont détecté une augmentation de 57% dans les 100 jours qui ont suivi la catastrophe (les auteurs parlent d’incident !) par rapport à la période qui a précédé l’accident.

La clinique n’a pas été évacuée. Elle était la seule dans le district de Futaba et a donc joué un rôle important dans la région. Rappelons qu’il y a eu mise à l’abri dans la commune de Hirono, puis recommandation à l’évacuation à partir du 22 avril 2011, qui a été levée le 30 septembre 2011. La population de la commune est actuellement inférieure à 60% du niveau d’avant la catastrophe nucléaire.

Lors d’une crise grave, quelle qu’elle soit, la question d’évacuer ou non les patients se pose. A un moment, les pouvoirs publics et l’équipe médicale doit décider : partir ou rester ? A Fukushima, l’évacuation de l’hôpital de Futaba avait entraîné une cinquantaine de décès immédiats (lire nos rapports à ce propos : Les leçons de Fukushima en 2012 et Quel impact sanitaire ? en 2016). Selon les auteurs de l’étude, l’impact de l’évacuation a été bien étudié et documenté, mais pas l’impact de maintenir à l’abri les hôpitaux.

A la clinique Takano, il y avait 108 patients en mars 2011 et 61 ont été évacués. Le taux de mortalité a été multiplié par 1,57 (avec un intervalle de confiance de 95% compris entre les facteurs 1,11 et 2,18) chez les patients non évacués durant les 100 premiers jours. Il n’y a pas eu d’augmentation significative de la mortalité chez les patients évacués.

Rappelons que l’évacuation avait provoqué une augmentation du taux de mortalité dans certaines maison de retraite (lire nos rapports à ce propos : Les leçons de Fukushima en 2012 et Quel impact sanitaire ? en 2016). L’article scientifique en question mentionne d’autres travaux avec de tels résultats. La présente étude ne va pas dans le même sens. Après le séisme, il n’y avait plus d’eau et d’électricité dans les environs de la clinique Takano. Sans chauffage, les conditions de vie y étaient difficiles. L’électricité a été rétablie au bout d’une semaine, mais l’eau pas avant avril 2011. L’eau était livrée de façon irrégulière par les forces armées. L’approvisionnement en aliments a aussi été fortement perturbé par les retombées radioactives. Enfin, la plupart des employés de la clinique sont partis pour les mêmes raisons. Aussi bien l’alimentation que les soins des patients étaient insuffisants.

Les auteurs concluent leur article en disant que le risque de mortalité en cas de mise à l’abri dans un environnement hostile peut être comparable à celui d’une évacuation non planifiée. Si les ressources nécessaires à la mise à l’abri ne sont pas garanties, l’évacuation est une option raisonnable qui pourrait sauver des vies, si elle est bien préparée, avec des moyens de transport adéquats et des lieux d’accueil appropriés.

Rapport pour le Conseil des Droits Humains de l’ONU

Trois rapporteurs de l’ONU ont préparé un rapport qui dénonce les conditions de travail sur les chantiers de décontamination de Fukushima et à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’ONU ne publie qu’un communiqué de presse en anglais est en ligne. En voici une traduction rapide avec l’aide de deepl.com :

Le Japon doit agir d’urgence pour protéger les dizaines de milliers de travailleurs qui seraient exploités et exposés à des radiations nucléaires toxiques dans le cadre des efforts de décontamination de la centrale nucléaire de Fukushima Daichi, selon trois experts en droits humains des Nations Unies*.

“Les travailleurs engagés pour décontaminer Fukushima incluraient des migrants, des demandeurs d’asile et des sans-abri “, ont déclaré les experts.

“Nous sommes profondément préoccupés par l’exploitation possible par la tromperie concernant les risques d’exposition aux rayonnements, la coercition possible pour accepter des conditions de travail dangereuses en raison de difficultés économiques, et le caractère adéquat de la formation et des mesures de protection.

“Nous sommes également préoccupés par l’impact que l’exposition aux rayonnements peut avoir sur leur santé physique et mentale “, ont-ils ajouté.

La contamination de la zone et l’exposition aux rayonnements demeurent un danger majeur pour les travailleurs qui tentent de rendre la zone sûre sept ans après la catastrophe nucléaire qui a suivi les dommages causés à la centrale par un séisme et tsunami.

Des dizaines de milliers de travailleurs ont été recrutés au cours des sept dernières années dans le cadre du programme de décontamination. Le Ministère japonais de la santé, du travail et de la protection sociale indique sur son site Web que 46 386 travailleurs ont été employés en 2016, et le Centre central d’enregistrement des travailleurs irradiés du Japon a indiqué que 76 951 travailleurs en décontamination ont été embauchés au cours de la période de cinq ans allant jusqu’en 2016.

“Les personnes les plus exposées aux substances toxiques sont les plus vulnérables à l’exploitation : les pauvres, les enfants et les femmes, les travailleurs migrants, les personnes handicapées et les travailleurs âgés. Ils sont souvent exposés à une myriade de violations des droits de l’homme, contraints de faire le choix abominable entre leur santé et leur revenu, et leur sort est invisible pour la plupart des consommateurs et des décideurs politiques qui ont le pouvoir de le changer”, ont déclaré les experts.

“Des rapports détaillés indiquant que les contrats de décontamination ont été accordés à plusieurs grandes entreprises et qu’ils ont été sous-traités à des centaines de petites entreprises, sans expérience, sont préoccupants. Ces arrangements, ainsi que le recours à des recruteurs pour trouver un nombre considérable de travailleurs, peuvent avoir créé des conditions favorables aux abus et aux violations des droits des travailleurs”.

Les experts des droits de l’homme de l’ONU ont entamé un dialogue avec le Gouvernement depuis l’année dernière et ont tenu compte d’une réponse récente à leurs préoccupations les plus récentes.

Dans le cadre de l’Examen périodique universel, le Japon a récemment “accepté de donner suite” à une recommandation d’autres États de rétablir les niveaux de rayonnement à ceux d’avant la catastrophe pour protéger le droit à la santé des femmes enceintes et des enfants, entre autres recommandations. Les experts exhortent vivement le Gouvernement à abaisser la dose admissible de rayonnement à 1 mSv/an pour protéger les enfants et les femmes qui pourraient tomber enceintes.

Les experts de l’ONU restent disponibles pour donner des conseils sur la meilleure façon d’aborder la question actuelle de l’exposition des travailleurs aux rayonnements toxiques à la suite d’une réponse antérieure du gouvernement japonais, et sur la nécessité de renforcer la protection des travailleurs.

En septembre, l’un des experts de l’ONU, Baskut Tuncak, présentera un rapport au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, demandant aux États et aux employeurs de renforcer la protection des travailleurs contre l’exposition aux substances toxiques, et proposant des principes à cet égard.

(*) Les experts de l’ONU : M. Baskut Tuncak, Rapporteur spécial sur les conséquences pour les droits de l’homme de la gestion et de l’élimination écologiquement rationnelles des substances et déchets dangereux, Mme Urmila Bhoola, Rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage, y compris leurs causes et conséquences, et M. Dainius Puras, Rapporteur spécial sur le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible.

La réponse du Japon ne s’est pas fait attendre. Sans surprise, il rejette ces accusations. Voir le communiqué sur le site du Ministère des Affaires Etrangères, qui inclut le courrier reçu de l’ONU et la réponse apportée par le Japon.

Le courrier adressé au Ministre des affaires étrangères rappelle les engagements du Japon lors de la revue périodique qui s’est terminée en mars dernier. Il y est notamment question du retour à la limite de 1 mSv/an pour les enfants et les femmes enceintes et le soutien aux personnes auto-déplacées. L’essentiel de la lettre concerne les travailleurs, comme indiqué dans le communiqué ci-dessus et demande au gouvernement japonais d’apporter des garanties pour faire respecter les droits des travailleurs et de justifier certaines de ces décisions.

Les réponses apportées par le Japon sont assez précises, pour ce qui est des travailleurs. Il ne nie pas certains problèmes, mais récuse le caractère alarmant des accusations des trois rapporteurs. Le nombre de violations du droit du travail ne serait pas anormalement élevé. La réponse n’aborde pas le problème de la limite de dose qui reste très élevée pour les enfants et les femmes enceintes, ni l’arrêt de tout soutien pour les personnes déplacées.

Cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima : 162 cas confirmés sur 198 suspectés

Avec presque un mois de retard, voici les derniers résultats concernant le dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima qui ont été rendus public en japonais le 18 juin dernier. Un résumé officiel en anglais est aussi disponible. Et comme d’habitude, Fukushima Voices a publié son résumé en anglais.

Ainsi, au 31 mars 2018, il y avait 162 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 198 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. C’est deux de plus pour les confirmés et deux de plus pour les suspectés par rapport à la publication précédente.

Rappelons que les autorités en sont à la troisième campagne de dépistage par échographie. Contrairement à la fois précédente, les données relatives aux deux premières campagnes sont en ligne après une mise à jour. Le nombre de cancers confirmés ou suspectés à l’issue des deux premières campagnes n’ont pas changé, même si le nombre d’examens complémentaires a augmenté (données en japonais pour la première campagne et pour la deuxième campagne). Voir aussi le tableau ci-dessous.

La troisième campagne a concerné 216 358 jeunes de moins de 18 ans au moment de l’accident sur 336 368 concernés, ce qui fait un taux de dépistage de 64,3%. Il y a eu 803 examens complémentaires d’effectués sur 1 367 recommandés et 689 ont eu leurs résultats. Les 35 cytoponctions effectuées ont permis de découvrir 12 cas de cancers suspectés, soit deux de plus que la fois précédente. 9 d’entre eux ont été confirmés après chirurgie, ce qui fait deux de plus que la fois précédente.

Le bilan des trois campagnes de dépistage donne :

Première campagne Deuxième campagne Troisième campagne
Dépistage avec résultat

300 472

270 540

216 358
Examens complémentaires effectués 2 130 1 874 689
Cytoponctions 547 207 35
Nombre de cancers suspectés 116 71 12
Nombre de cancers confirmés 101 52 9

 

Les microparticules riches en césium perdent leur radioactivité à haute température

Nous avons déjà mentionné à plusieurs reprises ces microparticules vitreuses riches en césium rejetées lors de l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Et, comme nous l’avons déjà signalé, elles peuvent facilement être remises en suspension et inhalées. Elle restent alors plus longtemps dans les poumons et peuvent avoir un impact sanitaire plus pénalisant. La télévision publique japonaise avait consacré un documentaire.

Selon une étude récente, disponible en libre accès, une fois chauffées à haute température dans un incinérateur, le césium radioactif a tendance à se désorber, ce qui entraîne une baisse significative de sa concentration. Pour cela, les auteurs ont chauffé entre 600 et 1 000°C six microparticules et ont mesuré leur radioactivité et ont trouvé qu’il y avait une baisse à partir de 600°C et qu’elle avait presque disparu à 1 000°C. Voir la figure ci-dessous extraite de l’article :

Cela signifie que lors de l’incinération des déchets organiques issus de la décontamination, le césium contenu dans ces microparticules est libéré et n’est pas piégé dans les cendres.

Les microparticules vitreuses, riches en césium, sont plus abondantes que prévu

Les rejets radioactifs lors de l’accident grave à la centrale de Fukushima daï-ichi n’ont pas été seulement sous forme gazeuse. Une partie de la contamination de l’environnement est due à des microparticules vitreuses (autres articles à ce sujet), particulièrement riches en césium et autres éléments radioactifs. Sous cette forme, l’impact sanitaire et sur la contamination à long terme pourrait être beaucoup plus grave. Mais, comme on ne sait pas grand chose à leur propos, les recherches sur le sujet se poursuivent.

Ces microparticules ont été découvertes dans les filtres à air, dans les sols et sur des plantes. Deux articles scientifiques viennent de paraître à ce sujet et apportent de nouvelles informations.

La première étude n’est pas en accès libre, mais l’article est à l’ACRO et un communiqué de presse donne les principaux résultats. Elle confirme la présence d’uranium et d’autres radioéléments toxiques dans les microparticules vitreuses, d’une taille inférieure à 5 µm, découvertes dans les retombées de la catastrophe de Fukushima. Ces microparticules, contenant du combustible nucléaire, ont été trouvées dans le premier centimètre de sol de rizières de la zone évacuée, situées à Ôkuma, à environ 4 km de la centrale accidentée, et d’une ferme aquicole abandonnée à 2 km.

L’étude montre que les particules contenant du combustible sont encapsulées ou attachées aux particules vitreuses riches en césium. Leur composition donne des indications sur le scénario de fusion du cœur. Et, comme nous l’avons déjà signalé, avec une telle taille, ces microparticules peuvent facilement être remises en suspension et inhalées. Elle restent alors plus longtemps dans les poumons et peuvent avoir un impact sanitaire plus pénalisant.

La deuxième étude n’est pas en accès libre, non plus, mais est aussi à l’ACRO. Un communiqué de presse en anglais est disponible. Les auteurs ont utilisé une technique largement répandue dans les laboratoires, l’autoradiographie, pour quantifier simplement l’activité de ces microparticules riches en césium dans des échantillons de sols. Elle a été testée sur quatre échantillons provenant de rizières situées de 4 à 40 km de la centrale accidentée. Il apparaît que ces microparticules sont présentes dans tous les échantillons et que la quantité de césium qui y est piégée est plus grande qu’attendu, de 8,53 à 31,8%. Cette étude confirme qu’une fraction significative du césium rejeté l’a été sous forme de microparticules vitreuses (voir d’autres articles à ce sujet). Les auteurs appellent à des études plus étendues sur la présence de cette forme de pollution dans l’environnement.

Rappelons que la télévision publique japonaise avait consacré un documentaire à ces microparticules.

Enfin, une troisième étude publiée récemment traite de la pollution en plutonium. Elle est aussi en accès payant, et disponible à l’ACRO. Un communiqué de presse en français rapporte les principaux résultats. L’étude montre que la distribution spatiale des dépôts de plutonium dans les sols de la région de Fukushima suit globalement celle du césium. Par contre, lorsque les sols de la région sont érodés par les puissants typhons auxquels le Japon est fréquemment exposé, le plutonium issu de la centrale accidentée de Fukushima est exporté préférentiellement par les rivières jusqu’à l’Océan Pacifique, car il est concentré à la surface des sols. De plus, l’analyse des sédiments de rivière au fil des années a mis en évidence une diminution de moitié de la concentration en plutonium entre 2011 et 2014. Une baisse similaire est observée pour la contamination en césium qui peut s’expliquer par l’érosion importante et l’export sédimentaire générés par les typhons, les glissements de terrain et les travaux de décontamination menés dans la région.

La seule exception à cette baisse générale est observée à l’aval de la première zone de la région à avoir été décontaminée, pour laquelle on observe bien une très forte baisse des teneurs en césium (jusqu’à 90 %) mais aussi une augmentation de la part du plutonium émis en 2011 passant de 12 à 39 %, le reste étant dû aux essais nucléaires atmosphériques des années 1960. Là encore, les auteurs évoquent les microparticules vitreuses comme explication possible.

Tchernobyl : un quart des 20 000 cas de cancer de la thyroïde pourraient être dû à la radioactivité, selon l’ONU

A la veille du 32ième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, l’UNSCEAR, qui est le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations, vient de publier un livre blanc dédié à l’évaluation des données sur les cancers de la thyroïde dans les régions affectées par les retombées radioactives de cette catastrophe.

Le communiqué de presse de l’ONU annonce qu’un quart des 20 000 cas de cancer de la thyroïde enregistrés entre 1991 et 2015 chez les personnes qui avaient moins de 18 ans en 1986, sont “probablement” dus aux fortes doses de radiation reçues lors de la catastrophe nucléaire. Cela fait donc environ 5 000.

En 2008, l’UNSCEAR comptait 6 848 cas de cancer de la thyroïde entre 1991 et 2005 chez les moins de 18 ans en 1986. Il ajoutait que la forte augmentation de l’incidence chez les moins de 10 ans est associée à l’accident nucléaire. Cette augmentation a commencé à être observée environ 5 ans après l’accident et a persisté jusqu’en 2005.

Le nombre de 20 000 cas sur la période 1991 – 2015 est donc environ 3 fois plus grand que le nombre de cas sur la période 1991 – 2005. Ces chiffres ne concernent que les personnes originaires des zones non-évacuées de la Biélorussie, de l’Ukraine et des quatre oblasts les plus contaminés de la Fédération de Russie, qui avaient moins de 18 ans en 1986. Et, selon le livre blanc, 7 à 50% pourraient dus aux radiations, avec une valeur nominale à 25%. Pour les détails du calcul, voir le livre blanc. Ce n’est pas très précis pour une démarche qui prétend fournir un rapport faisant autorité.

Baisse des suicides liés à la catastrophe nucléaire

Les autorités japonaises comptent le nombre de suicides liés à la triple catastrophe. Le lien est établi par la police à partir du message laissé ou du témoignage des proches. Sur la synthèse publiée en 2015, on voyait clairement que le nombre de suicides liés au tsunami dans les provinces d’Iwaté et de Miyagi était en baisse. Ce n’est pas le cas à Fukushima, où il stagne, voire augmente :

En 2016, le nombre de suicides liés à la catastrophe est retombé à 7 à Fukushima, avant de remonter à 12 en 2017.

Depuis mars 2011, le nombre total de suicides liés à la catastrophe est de 99 à Fukushima, 53 à Miyagi et 48 à Iwaté.