Révision des recommandations de la CIPR après un accident grave

Mise à jour : la consultation de la CIPR est ouverte jusqu’au 20 septembre 2019.
Le billet ci-dessous a été initialement publié le 31 mai 2019.

La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) est une organisation non gouvernementale internationale qui émet des recommandations concernant l’exposition aux rayonnements ionisants. La quasi-totalité des réglementations et normes internationales et des réglementations nationales en radioprotection reposent sur ces recommandations.

Suite à la catastrophe de Fukushima, elle a mis en place un groupe de travail pour réviser ses recommandations (Task group 93). Peu d’information est disponible alors que cela intéresse toutes les personnes exposées dans les territoires fortement pollués par la radioactivité, comme autour de Kychtym, Tchernobyl ou Fukushima daï-ichi. Les seules communications sont destinées aux experts. En cherchant bien sur Internet, on trouve ce résumé donné à une conférence (lien direct, copie), ainsi que la présentation faite (lien direct, copie). La même personne a fait une autre présentation plus récente, à une autre conférence (ConRad), sans que rien ne soit disponible en ligne. Mais l’ACRO a reçu le catalogue des résumés.

Pour ce qui est de la révision des recommandations de la CIPR, l’application des principes de justification et d’optimisation reste assez abscons. Rien de bien concret n’est donné dans les résumés. La présentation (lien direct, copie) donne clairement l’orientation générale des changements envisagés : éviter les évacuations, puis autoriser les populations à rester à long terme dans les territoires contaminés. Cela est présenté sous la forme “faire plus de bien que de mal”. Mais les “dialogues de la CIPR” menés à Fukushima n’ont concerné que quelques personnes qui n’ont pas quitté Fukushima, sans prendre en compte l’avis des personnes qui sont parties et ne souhaitent pas rentrer. Les leçons sont forcément biaisées.

La CIPR envisage aussi une modification des niveaux de référence qui ne sont pas “compris et acceptés”. Durant la phase d’urgence, la recommandation actuelle propose un intervalle allant de 20 à 100 mSv pour les niveaux de référence. Le groupe de travail 93 propose de ne plus mettre de limite inférieure : le niveau de référence pour les sauveteurs et les populations serait alors inférieur à 100 mSv pendant la phase d’urgence ou sur un an. Une fois l’urgence terminée, s’il y a une contamination rémanente, la CIPR parle de “situation existante”. La recommandation actuelle propose un intervalle allant de 1 à 20 mSv par an, avec un retour à 1 mSv par an, sans pour autant donner de calendrier. Le groupe de travail 93 propose de limiter à 10 mSv/an les niveaux de référence, avec un retour progressif à 1 mSv/an, sans plus de précision sur la vitesse à laquelle doit se faire ce retour.

Il s’agit d’un progrès, mais ce n’est pas assez contraignant : le Japon s’est bien engagé à un retour à 1 mSv/an, mais à long terme, sans préciser ce qu’il entend par long terme. Pour le moment, plus de huit ans après la catastrophe, il s’accroche à sa limite de 20 mSv/an qui n’est pas acceptée par une grande partie de la population. Le taux de retour moyen dans les territoires où les ordres d’évacuer ont été levés est de 23% seulement (voir notre bilan chiffré pour le huitième anniversaire). En plus d’une dose limite annuelle, il faut vraiment introduire une dose limite sur la vie ou sur 50 ans. Les Etats-Unis limitent la dose à 50 mSv sur 50 ans en plus de la limite annuelle. Cela permettrait aux personnes âgées de rentrer chez elles si elles le souhaitent, tout en protégeant les enfants. L’ACRO avait milité pour une telle approche lors de la transposition des règles européennes dans le droit français. En vain.

Le groupe de travail 93 insiste aussi sur la prise en charge par les populations de leur radioprotection pour apprendre à vivre en territoire contaminé. Cela peut être une solution pour les personnes qui veulent rentrer ou rester en territoire contaminé, mais cela ne peut être en aucun cas une contrainte imposée aux populations pour les pousser à rentrer.

La présentation se termine par la phrase habituelle, “engager les parties-prenantes”, sans que la CIPR ne se l’applique à elle-même !

Les recommandations actuelles de la CIPR sont ici en français.

La conférence ConRad qui a eu lieu à Bonn ce mois-ci incluait une session complète sur la vie en territoire contaminé comme le montre le catalogue des résumés. Certains en sont encore à présenter les expériences menées il y a plus de 10 ans dans les environs Tchernobyl, comme s’il n’y avait rien eu de neuf depuis. Et surtout, il y a eu le professeur Yamashita, célèbre au Japon pour avoir déclaré qu’il fallait sourire et ne pas craindre les radiations car les principaux effets étaient psychologiques…

Quand est-ce que tous ces groupes de travail et programmes de recherche vont prendre en compte les préoccupations des populations exposées ?

En France métropolitaine, moins de 5% de la population bénéficiera de comprimés d’iode à la maison pour protéger sa thyroïde en cas d’accident nucléaire

L’Autorité de Sûreté Nucléaire française a lancé la campagne d’information sur l’extension à 20 km des PPI autour des centrales nucléaires françaises et la distribution d’iode. Il aura fallu attendre plus de 8 ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, pour la France étende la distribution d’iode autour de ses 19 centrales nucléaires. 3 millions de personnes bénéficieront d’une protection de leur thyroïde en cas d’accident nucléaire grave (chiffres officiels par centrale). Cela ne représente que 4,6% des 65 millions d’habitants en France métropolitaine.

A titre de comparaison, la Belgique propose de l’iode à toute sa population, ce qui représente un rayon de 100 km autour de ses centrales. Le Luxembourg aussi. Comme nous l’annoncions récemment, la Norvège, qui ne possède pas de centrale nucléaire, vient de recommander à toute sa population d’avoir de l’iode à la maison. En Suisse, 60% de la population a reçu de l’iode à la maison, suite à l’extension de 20 à 50 km de la distribution.

L’ACRO réclame depuis des années que la zone de distribution soit étendue à 100 km et invite la population et en particulier les familles avec enfants, les femmes enceintes ou allaitantes à demander des comprimés d’iode en utilisant le N° Vert mis à disposition par les autorités : 0 800 96 00 20 (appels possibles de 10h à 18h en semaine).

Quatrième cas de cancer de la thyroïde découvert dans la commune de Marumori (Miyagi)

Le dépistage officiel du cancer de la thyroïde chez les jeunes est limité à la province de Fukushima. Mais, la commune de Marumori (丸森町), située tout au Sud de la province voisine de Miyagi, propose aussi un dépistage aux personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la catastrophe nucléaire afin de “dissiper les craintes”. La première campagne a eu lieu en 2012. Elle est ensuite renouvelée tous les 3 ans.

Lors de la troisième publication des résultats de cette surveillance (en japonais uniquement), la commune annonce avoir trouvé un cas de cancer de la thyroïde. Entre juin 2018 et mars 2019, 1 270 personnes ont bénéficié du programme de dépistage. Cela représente 55% des jeunes concernés. Parmi eux, 6 ont subi des examens complémentaires et 1 cas de cancer a été découvert. La commune se refuse à juger si l’apparition de ce cancer est dû ou pas à l’effet des radiations.

Les résultats de la première campagne de dépistage sont ici en japonais. Sur 1 982 personnes auscultées, 5 avaient dû subir des examens complémentaires. Aucun cas de cancer n’avait été trouvé. Je n’ai pas trouvé les résultats de la deuxième campagne sur le site Internet de la commune, mais le journal en ligne Kahoku mentionne que le cancer découvert lors de la troisième campagne est le quatrième cas dans la commune.

Ces cas de cancer viennent s’ajouter à ceux découverts lors du dépistage effectué dans la province de Fukushima dont les derniers résultats datent d’avril dernier.

La Norvège recommande à toute sa population d’avoir de l’iode à la maison et la France s’obstine à limiter la distribution d’iode

Depuis janvier 2019, l’autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection de la Norvège recommande à toute la population d’avoir de l’iode à la maison pour protéger la thyroïde en cas d’accident nucléaire alors qu’il n’y a pas de centrale nucléaire dans le pays (page, document). Pour rappel, la Suisse a étendu la distribution d’iode de 20 à 50 km autour de ses centrales nucléaires et la Belgique, de 20 à tout le pays (100 km). Pendant ce temps là, la France s’obstine à vouloir étendre la distribution d’iode de 10 à 20 km seulement.

Pour en savoir plus, lire notre article sur la prophylaxie à l’iode.

L’ACRO milite depuis des années pour l’extension de la distribution d’iode en France. Suite à notre dernière campagne, des centaines de mails ont été envoyés dans les préfectures pour demander à bénéficier d’iode à la maison quand on n’est pas dans un rayon de 20 km d’une centrale nucléaire. A notre connaissance, personne n’a reçu de réponse.

Nous avons écrit au ministère de l’intérieur pour lui demander de justifier pourquoi les Français ne bénéficient pas de la même protection que leurs voisins européens en cas d’accident nucléaire. Nous demandions aussi que les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes puissent être protégés en priorité et bénéficier de la prophylaxie à l’iode dès que la dose à la thyroïde dépasse les 10 mSv, conformément aux recommandations de l’OMS. La Belgique a adopté cette valeur.

La réponse que nous avons reçue rappelle la politique française, mais ne répond pas aux questions posées. Nous sommes heureux d’apprendre que les “méthodes retenues répondent d’une part aux objectifs de traçabilité, de qualité de stockage et de manœuvrabilité et d’autre part de réactivité au plus près des installations”. Rassurés ?

Des réunions d’informations devraient être organisées prochainement pour organiser la distribution d’iode entre 10 et 20 km autour des centrales nucléaires françaises. Il faut continuer à faire pression sur les autorités pour obtenir une meilleure protection.

Lettre envoyée par l’ACRO le 8 mars 2019 à Monsieur Christophe Castaner, ministre de l’intérieur :

La France devrait bientôt étendre la distribution de comprimés d’iode stable à un rayon de 20 km autour des centrales nucléaires alors que la Suisse l’a étendue de 20 à 50 km et la Belgique de 20 à 100 km. En effet, toutes les études s’accordent pour dire qu’en cas d’accident grave sur une centrale nucléaire, il pourrait être nécessaire de protéger la thyroïde de la population sur des distances pouvant dépasser la centaine de kilomètres. D’ailleurs, la France a validé le rapport européen ATHLET2014 recommandant « d’être en mesure d’étendre […] la mise à l’abri des personnes et la distribution d’iode sur un rayon allant jusqu’à 100 km ».

Comment pouvez-vous justifier que les Français ne bénéficieront pas de la même protection que leurs voisins européens ?

Nous vous demandons de revoir votre position et d’étendre la distribution de comprimés d’iode à une distance de 100 km voire à tout le pays. Les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes doivent être protégés en priorité et bénéficier de la prophylaxie à l’iode dès que la dose à la thyroïde dépasse les 10 mSv, conformément aux recommandations de l’OMS. La Belgique a adopté cette valeur. Pourquoi la France maintient-elle une limite à 50 mSv pour tout le monde ?

Voici la réponse que nous avons reçue.

Dépistage du cancer de la thyroïde à Fukushima : encore 5 nouveaux cas

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les derniers résultats à la date du 31 décembre 2018 de leur campagne de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de la province. Il s’agit du 34ième rapport. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait aussi proposer son propre résumé en anglais.

Rappelons que les autorités ont déjà effectué trois campagnes de dépistage et lancé la quatrième en avril 2018. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans. Les premiers enfants de moins de 18 ans au moment de la catastrophe ont eu 25 ans. Lors du bilan précédent, les autorités japonaises ont donc ajouté une nouvelle rubrique dans leurs données. Ces dernières n’ont pas été mises à jour depuis.

A noter que l’IRSN, dans le bilan publié à l’occasion du 8ième anniversaire de la catastrophe nucléaire, ne mentionne ni la quatrième campagne de dépistage, ni les résultats pour les plus de 25 ans. Il ne prend pas en compte les données les plus récentes.

Les autorités n’ont pas publié de mise à jour détaillée pour les deux premières campagnes de dépistage, mais le bilan global en japonais ne fait pas apparaître de changement. Le tableau ci-dessous reprend donc les chiffres de la dernière fois.

Pour la troisième campagne, trois nouveaux cas de cancers suspectés sont apparus et deux cancers supplémentaires ont été confirmés suite à une intervention chirurgicale. Cela fait donc un total de 21 cas suspectés, dont 15 ont été confirmés lors de cette campagne. Le bilan détaillé est ici en japonais.

Pour ce qui est de la quatrième campagne de dépistage, deux cas de cancer suspecté sont apparus sur 60 777 jeunes qui ont été contrôlés avec réception des résultats. Seulement 26,2% des jeunes concernés ont été auscultés à la date du 31 décembre 2018. Le bilan détaillé est ici en japonais.

Pour les jeunes qui ont atteint l’âge de 25 ans en 2017, les données n’ont pas été remises à jour depuis la dernière fois et datent donc toujours du 30 septembre 2018. Rappelons que sur les 22 653 jeunes nés en 1992 concernés par le dépistage, 2 005 ont été auscultés et 1 989 résultats sont connus. Parmi eux, deux cas de cancer de la thyroïde ont été découverts. Il n’y a pas eu d’intervention chirurgicale à la date du 30 septembre 2018.

Au total, on arrive à 168 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 211 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. Les autorités continuent à prétendre que ce très fort excès de cancers de la thyroïde n’est pas dû à la catastrophe nucléaire.

Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 130 547 116 101
Deuxième campagne 270 540 1 874 207 71 52
Troisième campagne

217 530

995 64 21 15
Quatrième campagne

60 777

90 6 2 0
Plus de 25 ans (30/9/2018)

1 989

58 3 2 0

A noter que les autorités n’opèrent plus aussi systématiquement et proposent plutôt une surveillance médicale, sauf si les familles préfèrent la chirurgie.

Le suivi médical contient des données en japonais sur d’autres pathologies.

Le gouvernement veut changer les règles d’indemnisation pour les décès indirects après une catastrophe

Les décès indirects dus à une dégradation des problèmes de santé suite à l’évacuation prolongée sont indemnisés au Japon et, actuellement, ce sont les autorités municipales qui décident s’il y a un lien entre le décès et la catastrophe. Elles veulent des règles nationales. Le gouvernement a décidé d’établir un standard national.

Rappelons que les derniers chiffres officiels de la province de Fukushima (source), qui datent du 13 février 2019, font état de 1 605 décès directs dus à la triple catastrophe, de 2 disparus et de 2 267 décès indirects.

Catastrophe nucléaire de Fukushima : chiffres clés pour le huitième anniversaire

A l’approche du huitième anniversaire de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias, les sites officiels et les 2 500 articles de ce site. Des mises à jour seront faites régulièrement.

Les chiffres clés publiés à l’occasion du septième anniversaire sont ici.

Situation des réacteurs

Les travaux visent essentiellement à sécuriser les réacteurs accidentés qui sont encore menaçants. A proximité, les débits de dose sont tels que le temps de séjour doit être très limité, ce qui complique les travaux.

En juillet 2018, TEPCo a mis en ligne des vidéos montrant les progrès réalisés. On peut aussi faire une visite virtuelle, même si les images datent un peu.

La compagnie a ouvert un musée à Tomioka, mais n’a pas amélioré la qualité des informations publiées. Il suffit de voir la vidéo mise en ligne à l’occasion du 8ième anniversaire pour comprendre le problème : les deux premiers évènements de l’année écoulée sont la création d’un site internet et la mise en service d’une navette électrique sans chauffeur sur le site de la centrale accidentée…

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Depuis décembre 2014, la piscine de combustible du réacteur a été vidée et les travaux sont arrêtés car il n’est plus menaçant.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment avec un toit, de forme cylindrique, est terminée. Le retrait des combustibles devait débuter en novembre 2018 pour se terminer en 2019, mais ils ont pris du retard. Puis, les opérations ont une nouvelle fois été repoussées en mars 2019. La compagnie parle d’avril 2019 désormais. Cela fait 4 ans de retard par rapport aux plans initiaux. Il y a 566 assemblages usés dans cette piscine.

Il y aurait entre 188 et 394 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus.

TEPCo a fait une reconstitution en 3D des structures qui jonchent l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°3 et a mis quelques images de synthèse en ligne, ainsi qu’une vidéo où l’on tourne autour du cœur. La compagnie avait aussi envoyé un drone dans le bâtiment réacteur pour prendre des images et faire des mesures de débit de dose. Les débits de dose varient de 8 à 15 mSv/h alors que la limite pour les travailleurs du nucléaire est de 20 mSv par an. Cela signifie que les interventions humaines doivent être très très courtes.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de la piscine. La compagnie a envoyé plusieurs robots dans l’enceinte de confinement afin de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris.

Plusieurs séries d’images ont été mises en ligne par la compagnie. Les dernières sont ici. Elles ont été traitées de façon à pouvoir, grâce à la réalité virtuelle, se déplacer virtuellement dans cette enceinte et analyser son état. On voit clairement le corium et un élément d’assemblage de combustible tombé au fond de l’enceinte de confinement :

TEPCo a envoyé un autre robot entrer en contact avec le corium pour évaluer sa consistance. le robot a pu soulever des petits débris, mais le dépôt sédimentaire au fond de l’enceinte de confinement semble collé à la paroi. Sur la plateforme aussi les dépôts semblent être soit des graviers faciles à prendre à un endroit, soit une masse compacte bien collée. Des images et une vidéo sont disponibles.

Il y aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus.

TEPCo a aussi envoyé un robot à proximité de la chambre de suppression, cette pièce toroïdale qui entoure la base du réacteur, ainsi qu’à l’intérieur. Equipé de caméra, de lasers pour mesurer les distance et de dosimètre, il a entièrement filmé et repéré son parcours. La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) a ensuite reconstitué l’intérieur afin de permettre de se déplacer virtuellement à l’intérieur. Cela devrait permettre aux intervenants de s’entraîner dans une chambre de réalité virtuelle avant de pénétrer, afin de limiter la dose prise. Mais en juillet 2018, peu de personnes ont utilisé cet outil pour le moment. Surtout des chercheurs ou des étudiants, pas des intervenants, selon la JAEA. Et des visiteurs, comme le rédacteur de ces lignes

Réacteur n°1

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo a commencé à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles. Depuis, la compagnie est peu prolixe sur l’avancement des travaux.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteurs 5 et 6

Les réacteurs 5 et 6 étaient partiellement déchargés le 11 mars 2011 et un générateur diesel de secours était encore fonctionnel, ce qui a permis d’éviter la fusion du cœur. Ces réacteurs sont maintenant entièrement déchargés et vont être démantelés.

Eau contaminée

L’eau contaminée qui continue à s’accumuler est l’autre grand défi auquel doit faire face TEPCo, même si, en 2013, le premier ministre avait déclaré devant le comité international olympique que la situation est sous contrôle. Les scandales se sont aussi accumulés au cours de ces huit années.

TEPCo a lancé un nouveau portail internet sur ce sujet, qui est même disponible en anglais, mais qui ne contient aucune information pertinente. Greenpeace a aussi publié un rapport qui fait le point sur la situation. L’organisation s’oppose au rejet en mer.

Résumé de la situation

Le combustible qui a fondu et percé les cuves doit toujours être refroidi. A cette fin, TEPCo injecte environ 70 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3. Cette eau se contamine fortement au contact du combustible fondu et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui s’y infiltre.

Au début de la catastrophe, les infiltrations s’élevaient à environ 400 m3 par jour, qui se contaminaient et qu’il fallait entreposer dans des cuves. Inversement, l’eau des sous-sols, fortement contaminée, fuyait vers la nappe puis l’océan.

Pour réduire les infiltrations d’eau souterraine, TEPCo pompe en amont des réacteurs, avant que cette eau soit contaminée et la rejette directement dans l’océan. Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette eau est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution.

La dernière barrière mise en place est le gel du sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km dans le but de stopper les infiltrations. Après de nombreux déboires, le gel est terminé depuis novembre 2017. Elle a permis de réduire les infiltrations, mais pas de les stopper. La mise en place du mur gelé a coûté 34,5 milliards de yens (265 millions d’euros) aux contribuables auxquels il faut ajouter plus d’un milliard de yens (8 millions d’euros) par an pour l’électricité.

Flux et stocks

Selon un bilan récent, la compagnie pompe dans les sous-sols des réacteurs un surplus de 52 m3/jour par rapport à ce qu’elle injecte, en l’absence de précipitations. Une partie (7 m3) vient de la nappe phréatique proche, qui est aussi fortement contaminée.

L’eau pompée dans les sous-sols est traitée puis entreposée dans des cuves sur le site de la centrale. TEPCo retire 62 radioéléments, mais il reste notamment le tritium, de l’hydrogène radioactif, qu’il est difficile de séparer. La compagnie annonce avoir déjà traité deux millions de mètres cubes d’eau contaminée. Une partie est utilisée pour le refroidissement et le reste est stocké dans des cuves. Selon la compagnie, le stock d’eau traitée ou partiellement traitée s’élève à 1,1 million de mètres cubes auxquels il faut ajouter 48 370 m3 d’eau dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine (source). Il y a près d’un millier de cuves pour garder cette eau qui occupent presque tout le site de la centrale.

Que faire de cette eau ?

Que faire de cette eau traitée ? Après avoir envisagé plusieurs pistes peu réalistes, il ne reste que le rejet en mer. La concentration en tritium serait d’un à cinq millions de becquerels par litre, ce qui est plus que la limite autorisée, fixée à 60 000 Bq/L. Mais, il suffit de diluer, comme cela est fait en fonctionnement normal. Le problème est plutôt du côté du stock total, estimé à 3,4 PBq (3,4 milliards de millions de becquerels), ce qui représente de l’ordre de 150 années de rejet à la limite autorisée.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le seul tritium, de 18,5 PBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11,6 et 13,4 PBq par an. Le stock de tritium de Fukushima représente donc 3 mois et demi de rejets à La Hague. De quoi rendre jalouses les autorités japonaises !

Officiellement il resterait plus que du tritium (hydrogène radioactif) dans l’eau traitée, qu’il est difficile de séparer et stocker. Cette situation n’est pas pérenne et la meilleure solution trouvée par la compagnie et le gouvernement est le rejet en mer. Ne restait plus qu’à convaincre les résidents… Les autorités ont donc organisé 3 réunions publiques, à Tomioka et Kôriyama et les quelques personnes qui y ont assisté ont posé des questions sur la contamination résiduelle. C’est ainsi qu’elles ont appris que la contamination résiduelle pour certains éléments dépassait les concentrations maximales autorisées pour le rejet en mer.

TEPCo a fini par admettre que 80% du stock d’eau traitée avait une contamination résiduelle qui dépasse, en concentration, les autorisations de rejet en mer. La concentration en strontium, particulièrement radio-toxique, peut atteindre 600 000 Bq/L, ce qui est environ 20 000 fois plus que la limite autorisée. La compagnie parle maintenant d’effectuer un second traitement avant rejet en mer.

Environ 161 000 m3 auraient une concentration de l’ordre de 10 à 100 fois la limite, auxquels il faut ajouter 65 000 autres mètres cubes, avec jusqu’à 20 000 fois la limite, selon TEPCo. Sa station de traitement traite environ 340 m3 jour actuellement. A ce rythme là, il lui faudrait 2 ans pour traiter ce stock… sans parler du coût. Ce total ne fait pas encore les 750 000 m3 annoncés comme faisant 80% du stock. La presse ne donne pas de détails sur le reste.

Après, quand les populations s’opposent aux rejets, c’est à cause des rumeurs néfastes…Cette gestion de l’eau contaminée et de la concertation avec les populations est lamentable.

Travailleurs à la centrale accidentée

Données

Les données officielles sont ici en anglais sur le site internet du ministère du travail. Le nettoyage du site ainsi que le bétonnage et l’asphaltage ont permis de réduire l’exposition des travailleurs. Les mesures de protection nécessaires en fonction du zonage sont ici.

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

Il y a aussi 1 203 personnes qui ont une limite plus élevée pour pouvoir continuer à pénétrer sur le site. Leur dose moyenne cumulée depuis le début de l’accident est de 36,49 mSv et la valeur maximale de 102,69 mSv.

• Le 1er avril 2016, TEPCo a remis tous les compteurs à zéro. Ainsi, 174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose de 100 mSv sur 5 ans peuvent revenir. Depuis cette date, jusqu’au 30 novembre 2018, 20 243 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants, dont 18 168 sous-traitants (90%). Impossible de savoir combien d’entre eux ont déjà été exposés lors des cinq premières années.

Pour le seul mois de novembre 2018, 7 202 travailleurs ont été exposés à la centrale de Fukushima daï-ichi, dont 86% de sous-traitants (6 211). La dose moyenne mensuelle prise par ces sous-traitants est de 0,37 mSv et de 0,11 mSv pour les employés de TEPCo. 35 sous-traitants ont reçu une dose supérieure à 5 mSv, avec un maximum de 8,96 mSv.

Depuis le 1er avril 2016, 59 sous-traitants ont reçu une dose supérieure à 50 mSv. La dose maximale reçue est de 75,5 mSv. Les sous-traitants ont pris 95,2% de la dose collective qui est de 100,4 hommes.sieverts.

Le dernier bilan du ministère du travail sur les violations du droit du travail à la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination est ici en anglais.

Maladies professionnelles

Deux cas de cancer de la thyroïde ont été reconnus comme étant d’origine professionnelle parmi les travailleurs à la centrale accidentée (premier cas et deuxième cas). Il y a aussi trois leucémies (premier, deuxième et troisième cas) et un décès. 16 travailleurs en tout auraient fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle et 5 dossiers auraient déjà été rejetés.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi effectuée par les autorités date de novembre 2017 et est disponible en ligne sur le site dédié.

Cette carte donne les débits de dose mesurés dans tout le pays. Elle est mise à jour toutes les heures.

• Le “soil project” propose une carte basée sur des prélèvements de sols effectués par le réseau de stations de mesure et de laboratoires indépendants. Chikurin, le laboratoire monté au Japon avec le soutien financier et technique de l’ACRO est membre de ce réseau.

Liens vers la carte en anglais et en japonais.

• Cartes du “Projet de mesure de la radioactivité environnementale autour de Fukuichi (Fukushima daiichi)” : Ces cartes ont été traduites en français par l’association Nos Voisins lointains 3.11.

• Safecast : cette organisation utilise un radiamètre “maison” branché sur un smartphone pour mesurer le débit de dose ambiant. La carte regroupant les données est ici.

Décontamination et déchets radioactifs

Décontamination

La décontamination des zones évacuées est sous la responsabilité du gouvernement. Ailleurs, là où l’exposition externe pouvait dépasser 1 mSv/an, ce sont les communes qui doivent s’en occuper. Voir le dernier bilan mensuel publié par le ministère de l’environnement. Pour un bilan annuel plus complet, c’est ici.

Dans la zone évacuée, la décontamination est terminée, sauf dans la partie classée en “zone de retour difficile” où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an et les ordres d’évacuer levés depuis le 1er avril 2017.

Dans les zones non évacuées, 104 communes étaient initialement concernées, à Fukushima, Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama et Chiba et c’est passé à 93 par la simple décroissance radioactive. Les travaux de décontamination sont terminés partout depuis mars 2018.

Pour les zones dites de retour difficile, le gouvernement va décontaminer un centre à Futaba et Ôkuma afin de pouvoir affirmer qu’il n’a abandonné aucune commune. Les travaux ont débuté partout et ils devraient se terminer en 2022. Qui va revenir après 11 années d’évacuation ? Ces centres sont qualifiés de SZRR (special zones for reconstruction and revitalization) sur la carte ci-dessous (source) :

Le ministère de l’environnement a budgété 2 900 milliards de yens (23,4 milliards d’euros) jusqu’en mars 2019 pour financer les travaux de décontamination. La moitié est pour les zones évacuées, sans prendre en compte la zone dite de retour difficile et l’autre moitié pour les zones non évacuées.

Pour les forêts contaminées à Fukushima, la nouvelle politique est de tout raser pour faire de la biomasse afin de relancer une industrie forestière exsangue. Grâce aux tarifs de rachat de l’électricité d’origine renouvelable, l’investissement dans la biomasse est très rentable. Et comme tout est subventionné, tout le monde y gagne, sauf le contribuable.

Voilà ce que cela donne à Tamura, dans la province de Fukushima :

Le bois est transformé en copeaux et transporté par camions dans tout le Japon. Des associations commencent à se mobiliser sur cette thématique et étudient l’impact radioactif des rejets car les filtres utilisés sont que de simples filtres à manche, comme de gros sacs d’aspirateurs, et non des filtres de haute efficacité.

Déchets issus de la décontamination

Notre reportage de 2016 sur la gestion des déchets issus de la décontamination reste d’actualité.

Dans son bilan, le ministère de l’environnement fait état de 9,1 millions de mètres cubes de sols contaminés accumulés à la fin mars 2018 dans les zones évacuées et de 7,9 millions de mètres cubes dans les autres zones, dont 7,4 à Fukushima. Ces déchets ont vocation à être entreposés pendant 30 ans sur un site de 16 km2 (1 600 ha) qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi, en zone de retour difficile. Le gouvernement aurait acheté ou loué 85,4% des terrains. L’entreposage a débuté.

Le ministère prévoit qu’1,2 million de mètres cubes de sols auront été transportés sur le centre d’entreposage d’ici la fin de l’année fiscale (31 mars 2019). Cela représente environ 181 000 voyages en camion (6 m3 par camion). Presque tous les sols contaminés devraient avoir été transférés pour les JO de 2020…

Après, au bout de 30 ans, les autorités envisagent un “recyclage” de ces sols pour la construction de routes, digues… Des chantiers pilotes sont en cours à Minami-Sôma ou en projet à Nihonmatsu ou Iitaté, malgré l’opposition des riverains et de nombreux experts. Selon les estimations du gouvernement, seulement 0,2% du volume total devra être stocké définitivement dans un lieu qui reste à définir. Le reste pourra être “recyclé” sans danger… Le seuil de libération pour la réutilisation des sols est toujours la valeur introduite au tout début de l’accident, à savoir 8 000 Bq/kg, alors qu’avant la catastrophe, il était de 100 Bq/kg pour le césium.

Dans les autres provinces, le gouvernement veut enterrer les sols radioactifs.

Les déchets organiques, quant à eux sont incinérés dans de nombreux incinérateurs répartis dans toute la province de Fukushima :

Les cendres seront mises en fûts bétonnés et stockées dans ce qui s’appelait le “Fukushima Eco Tech Clean Center” qui a été nationalisé depuis. Les autres déchets spéciaux qui seront aussi stockés.

De nombreux autres déchets, comme des boues de station d’épuration radioactives ou des cendres d’incinérateurs de déchets ménagers sont toujours en attente de solution dans de nombreuses provinces. A l’incinérateur d’Iwaki sud, les cendres sont simplement entreposées dans la cour :

Ce reportage de la télévision publique NHK en anglais montre l’étendue du problème, avec des déchets empilés partout, l’attitude du gouvernement pour qui “recyclage” dans la construction n’est pas du “stockage définitif” et la conclusion qui explique que le seul problème est l’opposition des populations, sans la moindre critique de la politique gouvernementale.

Transport des déchets issus de la décontamination

Les déchets sont transportés par de simples camions protégés par une bâche avec une affiche verte à l’avant, comme sur cette photo prise par Chikurin, le laboratoire que l’ACRO a soutenu au Japon :

Selon les règles introduites après la catastrophe nucléaire, par le ministère de l’environnement le débit de dose à 1 m du camion ne doit pas dépasser 100 µSv/h. Cela est traduit en Bq/kg pour les déchets transportés :

Plus bas, il est précisé que quand les sols sont retirés de zones où l’impact annuel ne dépasse pas 200 mSv/an, il n’est pas besoin de faire de mesures de contrôle. Et comme tous les sols ont été retirés de zones où l’impact annuel ne dépasse pas 50 mSv/an, il n’y a pas de contrôle avant transport. Seuls les transports issus des zones les plus contaminées pourraient donc être concernés.

Cela signifie que les chauffeurs doivent être exposés à une dose significative alors qu’il y a environ 2 000 transports par jour vers le centre d’entreposage centralisé situé sur les communes d’Ôkuma et Futaba.

A noter qu’il y a eu un accident de la route le 4 mars dernier et que le chargement est tombé du camion. Il n’y a pas beaucoup d’information pour le moment.

Travailleurs impliqués dans les travaux de décontamination

Le ministère de l’environnement fait état de 13,7 millions de travailleurs engagés dans des travaux de décontamination dans les territoires évacués et 18,4 millions dans les territoires non évacués. Ces chiffres ne sont pas réalistes. Il doit s’agir du nombre de contrats signés.

Un suivi dosimétrique individuel a été introduit en novembre 2013 par la Radiation Effects Association, qui est l’organisme qui suit les travailleurs du nucléaire au Japon, pour les décontamineurs (source en japonais) qui travaillent en zone évacuée et qui sont soumis aux mêmes limites de dose que les travailleurs du nucléaire (explications en anglais).

Au 31 mai 2018, 464 283 décontamineurs ont été enregistrés dans la base de données sur les doses. On est loin des millions de décontamineurs rapportés par le ministère de l’environnement. Le nombre de travailleurs par année et les doses sont résumés sur graphique (extrait de ce document) :

Les données pour l’année 2017 sont ici en anglais (pour les données 2016, voir les chiffres clés de l’an dernier). Elles font état de 12 000 à 16 000 travailleurs engagés chaque trimestre sur une centaine de chantiers de décontamination d’octobre 2017 à novembre 2018. La dose maximale reçue est de 3,8 mSv pour un trimestre. Pour l’année 2017, un total de 25 025 décontamineurs ont été enregistrés, avec 2,6% de femmes. La dose annuelle maximale est de 8 mSv. La minimale est de 0,3 mSv. La dose collective est de 7,6 hommes.sieverts.

La distribution des doses par zone est assez frappante. Sans surprise, c’est dans les communes classées en “zone de retour difficile” que les doses sont les plus élevées (Katsurao, Tamura, Futaba et Ôkuma).

Des apprentis vietnamiens ont été envoyés illégalement sur des chantiers de décontamination ou à la centrale de Fukushima daï-ichi, sans être informés des risques encourus et sans recevoir les primes de risque. Le ministère de la justice a diligenté une enquête auprès d’un millier compagnies du bâtiment qui prennent part au programme de formation de apprentis étrangers. Il en ressort que quatre d’entre elles ont envoyé des stagiaires étrangers sur les chantiers de décontamination.

Un ancien employé d’un incinérateur de déchets radioactifs d’Iitaté accuse son employeur de ne pas l’avoir assez protégé. Il craint pour sa santé et a porté plainte.

Le dernier bilan du ministère du travail sur les violations du droit du travail à la centrale de Fukushima daï-ichi et sur les chantiers de décontamination est ici en anglais.

A noter que trois rapporteurs de l’ONU ont préparé un rapport qui dénonce les conditions de travail sur les chantiers de décontamination de Fukushima et à la centrale de Fukushima daï-ichi.

Agriculture

L’agriculture reste sinistrée dans les territoires qui ont été évacués. Elle reste interdite dans les territoires toujours évacués. Dans les 12 communes concernées, 783 ha ont déjà été transformés en centrale solaire à la fin septembre 2018 (source). Cela représente environ 3% de la surface agricole totale de ces communes. En principe, il n’est pas permis de transformer les terres agricoles supérieures, mais dans les territoires sinistrés, font exception grâce à la loi sur la reconstruction. 80% des terrains convertis sont des terres agricoles supérieures.

Plus précisément :

Commune Surface agricole convertie en centrale solaire (ha)
Minami-Sôma 340
Namié 154
Tomioka 113
Kawauchi 48
Futaba 42
Iitaté 36
Naraha 21
Ôkuma 19
Tamura 5
Kawamata 4
Hirono 1
Katsurao 1

Zones évacuées et personnes déplacées

Le gouvernement avait introduit la limite d’évacuation la plus haute des recommandations internationales pour évacuer les populations : 20 mSv/an, même pour les bébés et les enfants qui sont plus sensibles aux radiations (voir nos explications sur les doses limites et normes). Il maintient cette même limite pour le retour alors que les recommandations internationales demandent une diminution progressive pour revenir à la limite normale qui est de 1 mSv/an.

Le rapporteur spécial de l’ONU pour les substances dangereuses, attaché au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), basé à Genève, regrette “la décision du gouvernement de lever les ordres d’évacuation et la décision des autorités préfectorales de mettre fin à l’octroi d’aides au logement [qui] font peser de fortes pressions en faveur du retour sur un grand nombre d’auto-évacués. La levée progressive des ordres d’évacuation a créé d’énormes tensions sur les personnes dont la vie a déjà été affectée par la pire catastrophe nucléaire de ce siècle. Bon nombre d’entre eux ont l’impression d’être forcés de retourner dans des zones dangereuses, y compris celles où les niveaux de rayonnement sont supérieurs à ce que le gouvernement considérait auparavant comme sûr.” Le titre du communiqué de presse est sans ambiguïté : le Japon doit cesser les retours à Fukushima, où la radioactivité demeure un sujet de préoccupation. Pour cela, il s’appuie sur l’article 24 de la convention relative aux droits de l’enfant dont le Japon est partie, qui stipule que “les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible”.

Zonage

Les derniers ordres d’évacuer ont été levés au 1er avril 2017 et il ne reste que les zones dites de retour difficile où l’accès est interdit.

Commune Date de la levée de l’ordre d’évacuation
Tamura 1er avril 2014
Kawauchi 1er octobre 2014 pour une partie, puis 14 juin 2016
Naraha 5 septembre 2015
Katsurao 12 juin 2016
Minamisôma 12 juillet 2016
Iitate village 31 mars 2017
Kawamata village 31 mars 2017
Namie town 31 mars 2017
Tomioka town 1er avril 2017

Retour des populations

En juillet 2018, le nombre officiel de personnes déplacées à Fukushima était de 44 878, dont 33 622 en dehors de la province (source). Il est actuellement de 36 200. Les critères pour compter une personne déplacée ou pas ne sont pas clairs. Sur tout le Japon, il y aurait encore 51 778 personnes déplacées par la triple catastrophe.

Les personnes originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les “auto-évacuées” ne sont plus prises en compte dans ce décompte, car elles ne bénéficient de plus aucune aide. Cela ne signifie pas que les personnes déplacées sont rentrées. En effet, en août 2014, l’Agence de reconstruction, avait demandé aux administrations de toutes les provinces japonaises de ne compter que les personnes qui désiraient retourner chez elles. Et d’ajouter que s’il était difficile d’estimer leur désir, il ne fallait pas compter les personnes qui s’étaient réinstallées en achetant un logement ou en bénéficiant d’un logement du parc public. Chaque province applique à sa façon ces instructions et les critères ne sont pas homogènes. Ces chiffres, donnés à l’unité près, sont donc à prendre avec recul.

Le taux de retour dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés reste faible et la population totale diminue. La dépopulation des zones rurales a commencé avant la catastrophe nucléaire. Cette dernière a fortement accéléré le processus. Globalement, dans les zones où l’ordre d’évacuer a été levé, seulement 23% des personnes encore enregistrées sont rentrées. Selon le Maïnichi, 45,5% d’entre elles ont plus de 65 ans. Les séniors de plus de 65 ans ne représentaient que 27,4% des habitants des communes concernées avant la catastrophe. Les moins de 15 ne représentent que 5% de la population contre 13,1% en 2010.

Voici les données par commune :

  • Namié : 896 personnes résidentes sur 17 582 habitants, soit 5% (source). Elles étaient 21 434 au 11 mars 2011 (source) ;
  • Iitaté : 1 003 résidents sur 5 685 habitants, soit 17,6% (source et page d’accès) ; Elles étaient 6 509 au 11 mars 2011 (source) ;
  • District d’Odaka à Minami-Sôma : 8 034 résidents sur 12 842 avant la catastrophe, soit 62,5% (source) ; Il n’y a que 617 enfants âgés de moins de 14 ans ;
  • Kawamata, district de Yamakiya : 334 résidents sur 858 personnes enregistrées, soit 39% (source) ;
  • Naraha : 3 641 résidents sur 6 969 personnes enregistrées, soit 52% (source et données). Elles étaient 8 011 au 11 mars 2011 (source) ;
  • Tomioka : 791 résidents sur 9 714 personnes enregistrées, soit 8,1% (source et données). Elles étaient 15 960 au 11 mars 2011 (source) ;
  • Katsurao : 280 résidents sur 1 415 personnes enregistrées, soit 20% (source). Elles étaient 1 567 au 11 mars 2011 (source).
  • Kawauchi : 2 165 résidents sur 3 038 personnes enregistrées le 11 mars 2011 (source)
  • Futaba et Ôkuma : respectivement 7 140 (source) et 11 505 (source) habitants le 11 mars 2011 et zéro retours puisque ces communes sont classées en zone dite de retour difficile.

Etablissements scolaires

Les communes ont dépensé beaucoup d’argent pour leurs établissements scolaires dans le but d’attirer les familles. Ces établissements sont au centre de la politique de reconstruction. Les bâtiments ont été entièrement rénovés ou reconstruits. Les cantines, les uniformes et vêtements de sport sont gratuits, tout comme les transports scolaires. Mais, cela ne suffit pas et de nombreux établissements devront fermer, faute d’élèves (source).

En avril 2018, 8 écoles primaires et 6 collèges ont rouvert, mais il n’y avait que 135 inscrits à la rentrée dernière. Cela ne représente que 3,4% des effectifs d’avant la catastrophe.

Dans le district de Yamakiya à Kawamata, où 330 personnes habitent, il y a 6 enseignants à l’école élémentaire pour 5 élèves qui vont bientôt passer au collège. Il n’y a aucune nouvelle candidature. Dans le collège, qui est dans le même bâtiment, il y a 10 élèves et il n’y aura aucun nouveau venu à la rentrée prochaine. L’école va devoir fermer alors que l’établissement a coûté environ 1,1 milliard de yens (8,7 millions d’euros).

A Iitaté, avec ses 3 écoles élémentaires et son collège, il y a, en tout, 75 élèves. 80% d’entre eux vivent en dehors de la communes et bénéficient de bus gratuits. C’est la commune où il y a le plus d’élèves.

A Katsurao, où il y a 1 400 habitants, seulement 18 enfants sont scolarisés dans deux établissements. En plus de la gratuité, chaque famille reçoit 20 000 yens par mois (158€) pour chaque enfant de moins de 15 ans.

Impact sanitaire

• Décès : Les derniers chiffres officiels de la province de Fukushima (source), qui datent du 13 février 2019 font état de 1 605 décès directs dus à la triple catastrophe et de 2 disparus. Il y a aussi 2 267 décès indirects dus à des suicides ou à une dégradation des conditions de santé suite à l’évacuation.

• Cancers de la thyroïde : L’université médicale de Fukushima effectue une campagne de dépistage par échographie des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans.

Les derniers résultats sont ici sur notre site : Au total, on arrive à 166 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 206 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. Les autorités continuent à prétendre que ce très fort excès de cancers de la thyroïde n’est pas dû à la catastrophe nucléaire.

Le bilan des campagnes de dépistage donne :

Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 130 547 116 101
Deuxième campagne 270 540 1 874 207 71 52
Troisième campagne

217 513

933 54 18 13
Quatrième campagne

25 982

7 0 0 0
Plus de 25 ans

1 989

58 3 2 0

A noter, que selon un fond de soutien, un cas de cancer de la thyroïde a échappé aux statistiques officielles (source). Selon ce même fond qui a effectué un suivi de 84 enfants ayant déclaré un cancer de la thyroïde, 8 d’entre eux ont dû subir une deuxième intervention chirurgicale après une rechute. Ils avaient entre 6 et 15 ans au moment de l’accident. Il réclame des statistiques officielles sur le nombre de rechutes.

Coût de la catastrophe

Coût total estimé

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros) et n’ont pas changé depuis. Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

En 2017, le Japan Center for Economic Research avait estimé que la facture de la catastrophe nucléaire pourrait être de 50 000 à 70 000 milliards de yens (420 à 580 milliards d’euros), ce qui est 3 fois plus élevé que l’estimation gouvernementale  (source). En 2019, ce centre a revu sa copie et estime désormais que la facture pourra dépasser les 80 000 milliards de yens (640 milliards d’euros au cours actuel). L’augmentation du coût serait surtout dû à l’eau contaminée. La note explicative est en japonais seulement.

Sur le coût total de 81 000 milliards de yens (648 milliards d’euros), 51 000 milliards (408 milliards d’euros) sont dédiés au démantèlement de la centrale accidentée. A comparer au 8 000 milliards de yens estimés par le ministère de l’économie. L’indemnisation des victimes devrait coûter 10 000 milliards de yens (80 milliards d’euros) selon le think tank et la décontamination 20 000 milliards de yens (160 milliards d’euros).

Si l’eau contaminée était simplement rejetée en mer après dilution, la facture totale pourrait être réduite de 40 000 milliards de yens (320 milliards d’euros) selon le think tank, pour atteindre 41 000 milliards de yens (328 milliards d’euros). La facture totale pourrait encore être abaissée à 35 000 milliards de yens (280 milliards d’euros) si les réacteurs accidentés n’étaient pas démantelés, mais mis sous un sarcophage, comme à Tchernobyl. Mais cette solution reporte sur les générations futures les coûts du démantèlement et ne résout pas le problème des eaux souterraines qui s’infiltrent et se contaminent.

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo.

Indemnisations

En janvier dernier, les autorités avaient déjà prêté 8 747,2 milliards de yens (70 milliards d’euros) à TEPCo pour que la compagnie puisse indemniser les victimes de la catastrophe nucléaire et cela ne suffira pas. Les intérêts sont à la charge des contribuables.

L’indemnisation du stress psychologique s’est terminée un an après l’évacuation pour les personnes originaires d’un point chaud situé au-delà des zones d’évacuation. Les habitants originaires des zones dites de retour difficile ont reçu l’équivalent de douze années d’indemnisation et pour les autres, originaires des zones où l’ordre d’évacuer a été levé, l’indemnisation s’est arrêtée au bout de 7 ans. Un adulte a reçu 1,2 million de yens par an (environ 10 000 euros). Il y a eu aussi une compensation pour la perte des biens et des revenus, qui varie d’une famille à l’autre.

De nombreuses personnes ne sont pas satisfaites par les indemnisations reçues et réclament plus. En septembre 2011, les autorités japonaises ont mis en place une commission de conciliation chargée d’arbitrer les contentieux. Ses avis ne sont pas contraignants, mais TEPCo avait alors annoncé vouloir les respecter. Mais, dans les faits, TEPCo refuse de nombreux arbitrages et la commission a clôt de nombreux dossiers non réglés : 72 entre 2013 et 2017 (tous des employés de TEPCo et leur famille), 18 en 2018 et déjà un en 2019. Le groupe le plus important qui avait saisi, en vain, cette commission est constitué de 16 000 habitants de Namié, commune qui a été entièrement évacuée.

Plus de 10 000 Japonais ont porté plainte contre le gouvernement et parfois aussi contre l’Etat afin de bénéficier d’une meilleurs indemnisation. Il y a une trentaine de plaintes collectives. TEPCo a déjà été condamnée 8 fois à mieux indemniser les victimes et le gouvernement, cinq fois.

Parc nucléaire japonais

Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon comptait 54 réacteurs de production d’électricité plus des réacteurs de recherche. Une carte datant de 2010 est disponible ici.

Actuellement, 6 réacteurs ont été détruits ou endommagés par la catastrophe nucléaire à Fukushima daï-ichi, 15 arrêtés définitivement. Le Japon ne compte donc plus que 33 réacteurs nucléaires pour la production d’électricité : 15 ont leur dossier de sûreté validé et 9 ont été remis en service. 4 réacteurs utilisent du combustible MOx.

Pour voir le détail du parc japonais, c’est par ici.

• Le surgénérateur Monju a été arrêté définitivement. Il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994. Une fuite de sodium avait entraîné son arrêt en 1995. La culture de sûreté y est défaillante (source).

• Les autorités n’ont pas encore abandonné l’usine de retraitement située à Rokkashô-mura dans la province d’Aomori dont la mise en service cumule déjà 24 années de retard depuis 1997, année de la première date de mise en service prévue (source). Le démarrage est désormais annoncé pour 2021 et le coût a été multiplié par 4.

Son dossier de sûreté est quasiment validé par l’Autorité de régulation nucléaire. Mais, même si cette usine démarre, elle devra tourner au ralenti car il n’y a pas de débouché pour le plutonium extrait. En effet, le gouvernement japonais s’est engagé récemment à ne pas en extraire plus qu’il ne pouvait en consommer.

• Faute de débouchés sur le marché intérieur, le Japon avait fait de l’exportation de sa technologie nucléaire une priorité pour sauver son industrie. Mais tous les projets de centrale nucléaire dans un pays étranger ont été abandonnés ou suspendus face aux coûts exorbitants.

• Le charbon couvre maintenant 30% de la production d’électricité au Japon et cela augmente encore. Si tous les projets aboutissent, cela devrait atteindre 40%… alors que décembre 2017 marquait les 20 ans du protocole de Kyôto. Les engagements du Japon lors de la COP21, bien que modestes, pourraient ne pas être tenus.

Voir Fukushima

Les autorités provinciales de Fukushima proposent des visites guidées de la région. Le site internet de présentation en anglais propose de nombreuses images.

Autres rapports publiés à l’occasion du 8ième anniversaire

  • Fukuleaks/SimplyInfo.org’s annual report (pagerapport)
  • Greenpeace : Catastrophe nucléaire de Fukushima : les droits bafoués (communiqué de presse, rapport en anglais et images)
  • IRSN :
    • Rapport sur les conséquences sociales de l’accident de 2011 dans la préfecture de Fukushima (page, rapport en anglais). Cette étude, intitulée Shinrai (confiance en japonais), est basée sur un vrai travail de terrain.

    • Note sur l’impact sur la santé en 2019 de l’accident de Fukushima Daiichi (page, note)

Jeune fille fortement contaminée à Futaba en 2011

Ce n’est que maintenant que c’est rendu public : selon l’Asahi, une jeune fille de 11 ans à l’époque, originaire de Futaba, tout près de la centrale de Fukushima daï-ichi, a été fortement contaminée.

Il y a peu d’information disponible sur ce cas. Ce que l’article rapporte, c’est qu’un contrôle de sa thyroïde effectué le 17 mars 2011 dans un gymnase de Kôriyama où elle était réfugiée a donné une valeur de l’ordre de 50 000 à 70 000 coups par minute (cpm). Ce résultat a été transmis à une équipe de l’université de Tokushima présente sur les lieux qui a estimé que cela correspondait à une contamination de la thyroïde de l’ordre de 12 000 Bq. Le NIRS (National Institute of Radiological Sciences) aurait été alerté. Ce dernier aurait estimé que la dose reçue par la jeune fille était de 100 mSv. L’article ne précise pas si c’est la dose à la thyroïde ou au corps entier, ni quelles étaient les hypothèses pour faire ce calcul. Le site Internet du NIRS ne mentionne pas ce cas.

Un article scientifique du NIRS, publié en 2016 et disponible en libre accès, ne mentionne aucun cas avec une contamination aussi élevée, que ce soit à la thyroïde ou au corps entier. Le cas de cette jeune fille n’a semble-t-il pas été pris en compte dans l’étude.

Un article scientifique plus récent, disponible en libre accès, fait un bilan des estimations des doses à la thyroïde effectuées suite à la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et les valeurs qu’il rapporte sont toutes inférieures à 50 mSv.

Rappelons que les autorités nient le lien entre l’augmentation du cancer de la thyroïde et l’exposition aux rayonnements (voir les derniers résultats). Un de leurs arguments est justement la faible exposition…

Polémiques à propos d’articles scientifiques relatifs aux doses prises par les habitants de Daté

Afin de rassurer sa population, le maire de Daté, dans la province de Fukushima, a soutenu la mise en place d’un programme d’enregistrement des doses par des dosimètres individuels (glass badges) distribués aux habitants. Il veut démontrer que les doses reçues sont inférieures à 5 mSv/an, ce qui plus que la limite en temps normal, fixée à 1 mSv/an, mais inférieur à la limite de 20 mSv/an fixée par le Japon après la catastrophe pour définir sa politique d’évacuation (lire nos explications sur les normes). La commune est située à une soixantaine de kilomètres de la centrale de Fukushima daï-ichi. Elle n’a pas été évacuée, mais elle a été touchée par les retombées radioactives. Et quelques points chauds découverts tardivement ont entraîné l’évacuation de plus d’une centaine de foyers. De nombreuses autres familles sont aussi parties par elles-mêmes.

Le programme de surveillance de la population est considéré comme pilote par le CEPN et l’IRSN qui l’ont accompagné et soutenu via les projets “Ethos in Fukushima” et “ICRP dialogues”. Il a déjà fait l’objet de polémiques que nous avons rapportées : les dosimètres distribués ne mesurent pas la même grandeur que les radiamètres utilisés jusqu’alors pour établir le zonage radioactif. Ils donnent des valeurs 30 à 40% inférieures, sans que cela ait été expliqué aux populations. La compagnie qui fournit les dosimètres l’a reconnu.

Cette fois-ci, ce sont deux articles scientifiques qui font polémique. Un des deux auteurs, Ryûgo Hayano, est un ancien professeur de physique de l’université de Tôkyô, spécialiste de physique des particules. Lors de ses exposés, comme celui qui a eu lieu lors d’un séminaire ANCCLI-IRSN (présentation, vidéo), il commence par donner le nombre d’abonnés à son compte twitter… L’autre auteur travaille à l’université médicale de Fukushima.

Le premier article, en libre accès sur internet, fait une comparaison entre les doses enregistrées par les dosimètres et les doses calculées à partir du niveau de rayonnement ambiant. Les auteurs arrivent à la conclusion que les doses enregistrées sont 4 fois plus faibles que les doses calculées. Environ 67 000 personnes vivaient à Daté avant la catastrophe nucléaire, 61 000 maintenant. Au début, les enfants et les femmes ont reçu les dosimètres en priorité. Puis, ils ont été distribués à toute la population (environ 65 000 personnes), avec un taux de retour de 81%. Par la suite, seules les personnes vivant dans les zones les plus contaminées ont continué à les utiliser. Elles étaient plus rares dans les zones moins touchées.

Le deuxième article, aussi en libre accès, tente d’évaluer la dose reçue sur la vie entière par les habitants de Daté à partir des données recueillies par les “glass badges”. La dose médiane sur la vie dans la zone la plus contaminée ne devrait pas dépasser 18 mSv selon ces auteurs, et pourrait atteindre 35 mSv. L’article s’intéresse aussi à la décontamination qui aurait un impact très faible sur la dose reçue au cours de la vie.

Le premier problème avec ces articles concerne l’utilisation des données individuelles. Selon la commune, citée par OurPlanet TV, le premier article scientifique mentionne les données de 59 056 personnes alors que seulement la moitié aurait donné son accord à l’utilisation des données personnelles. Plus précisément, sur 53 481 habitants qui ont participé à l’étude, 30 151 ont donné leur accord, 97 se sont opposés à l’utilisation de leurs données et les 27 233 autres n’ont pas fourni leur accord.

Le deuxième problème, pointé par le Shin’ichi Kurokawa et mentionné dans un article de l’Asahi, concerne une erreur d’interprétation des données fournies par les “glass badges”, qui sont ramassés tous les trois mois. Les auteurs ont cru que les données étaient pour une période de 3 mois alors qu’il s’agit de la dose moyenne mensuelle. Ils ont donc sous-estimé d’un facteur 3 toutes leurs données ! Les auteurs ont reconnu leur erreur qui leur a valu les honneurs de “retractation watch“, un site internet qui recense les retraits d’articles scientifiques.

Même avec des données consenties et corrigées, ces études contiennent des biais intrinsèques qui ne sont même pas discutés : rien ne prouve que les doses enregistrées par les “glass-badges” soient représentatives. Les témoignages des enfants laissent penser qu’ils ne le portent pas tout le temps, dès qu’ils sortent. La comparaison avec le débit de dose ambiant est donc hasardeuse. De plus, l’extrapolation du modèle mathématique pour calculer la dose sur la vie est hasardeuse, comme toutes les extrapolations.

R. Hayano est souvent invité par l’IRSN, la CIPR (comme ici)… mais a aussi l’oreille du gouvernement japonais qui l’utilise pour lutter contre les “rumeurs néfastes” (comme ici, par exemple). L’IRSN lui donne souvent la parole : interviews dans sa revue et en vidéo, webdoc.. et l’a même fait intervenir dans la formation des enseignants français, comme ici, à Clermont-Ferrand ou lors de rencontres lycéennes, comme ici à Dijon. Il est même présenté comme faisant de la “mesure citoyenne”… Tel est le risque quand on sélectionne les experts, non pour leurs compétences, mais parce qu’ils disent ce que l’on souhaite entendre.

Dépistage du cancer de la thyroïde à Fukushima : 5 nouveaux cas suspectés

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les derniers résultats de leur campagne de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de la province à la date du 30 septembre 2018. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait aussi proposer son propre résumé en anglais.

Rappelons que les autorités ont déjà effectué trois campagnes de dépistage et lancé la quatrième en avril dernier. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans. Les premiers enfants de moins de 18 ans au moment de la catastrophe ont eu 25 ans. Les autorités japonaises ont donc ajouté une nouvelle rubrique dans leurs données.

Les autorités n’ont pas publié de mise à jour détaillée pour les deux premières campagnes de dépistage, mais le bilan global en japonais ne fait pas apparaître de changement. Le tableau ci-dessous reprend donc les chiffres de la dernière fois.

Pour la troisième campagne, trois nouveaux cas de cancers suspectés sont apparus et deux cancers supplémentaires ont été confirmés suite à une intervention chirurgicale. Cela fait donc un total de 18 cas suspectés, dont 13 ont été confirmés lors de cette campagne. Le bilan détaillé est ici en japonais. Aucun cas de cancer de la thyroïde n’a été détecté lors de la quatrième campagne de dépistage, qui n’est pas terminée. Tant mieux !

Pour les jeunes qui ont atteint l’âge de 25 ans en 2017, les données sont ici en japonais. Sur les 22 653 jeunes nés en 1992 concernés par le dépistage, 2005 ont été auscultés et 1 989 résultats sont connus. Parmi eux, deux cas de cancer de la thyroïde ont été découverts. Il n’y a pas eu d’intervention chirurgicale à la date du 30 septembre 2018.

Au total, on arrive à 166 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 206 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. Les autorités continuent à prétendre que ce très fort excès de cancers de la thyroïde n’est pas dû à la catastrophe nucléaire.

Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 130 547 116 101
Deuxième campagne 270 540 1 874 207 71 52
Troisième campagne

217 513

933 54 18 13
Quatrième campagne

25 982

7 0 0 0
Plus de 25 ans

1 989

58 3 2 0