Japon: l’Autorité de régulation nucléaire va revoir sa politique de distribution d’iode

Actuellement, de l’iode doit être distribué dans un rayon de 5 km autour des installations nucléaires japonaises. Il doit protéger la thyroïde en cas d’accident nucléaire. Au-delà des 5 km, ce sont les mairies qui doivent assurer la distribution durant la phase d’urgence, ce qui est complètement irréaliste. Le retour d’expérience de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi a montré que cela n’avait pas été le cas à cause de la confusion qui régnait à l’époque.

L’Autorité de régulation nucléaire a décidé de revoir sa politique, en mettant la priorité sur la protection des enfants. Elle va voir si elle peut mettre en place les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) datées de 2017.

Les autorités sont gênées car officiellement, la hausse observée du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima n’est pas due aux radiations. Puisqu’il n’y a pas de problème, pourquoi distribuer de l’iode ? Mais comme l’OMS dit qu’il faut distribuer les comprimés à l’avance afin de mieux protéger les enfants et que ses recommandations sont mêmes disponibles en japonais, le Japon ne peut pas ignorer le sujet. Un rapport est attendu pour avril 2019.

Mais l’OMS ne donne aucune distance pour la distribution. En Suisse c’est 50 km et en Belgique, 100 km. La France va timidement passer de 10 à 20 km, ce qui est insuffisant. C’est pourquoi l’ACRO vous recommande d’écrire aux préfectures pour obtenir une extension de la distribution. Pour en savoir plus sur la protection de la thyroïde, voir notre fiche détaillée.

Décès par surmenage officiellement reconnu à la centrale de Fukushima daï-ichi

Tadaaki Igari, mécanicien auto, est décédé à la centrale de Fukushima daï-ichi le 26 octobre 2017. Il était âgé de 57 ans. Les autorités japonaises viennent de reconnaître que ce décès est dû au surmenage. Il avait une centaine d’heures supplémentaires dans le mois qui a précédé son décès.

M. Igari était mécanicien dans un garage d’Iwaki et avait en charge la maintenance du parc automobile de la centrale accidentée. Il devait travailler avec une combinaison de protection et un masque. Il ne comptait pas ses heures et arrivait généralement au garage d’Iwaki à 4h30 pour pointer, puis se rendait à la centrale située à une soixantaine de kilomètres au Nord. Selon sa famille, qui a fait la demande d’indemnisation, il a cumulé plus de 80 heures supplémentaires par mois durant les 6 mois qui ont précédé son décès.

A l’époque, TEPCo avait affirmé que ce décès était dû à une maladie et qu’il n’avait aucun lien avec son travail à la centrale accidentée.

En 2012 un autre décès à la centrale de Fukushima daï-ichi avait officiellement été attribué au surmenage.

Trois anciens dirigeants de TEPCo continuent à nier toute responsabilité dans l’accident nucléaire lors de leur procès

Le tribunal de Tôkyô a entendu les trois anciens dirigeants de TEPCo qui étaient en poste lors de la catastrophe nucléaire. Tsunéhisa Katsumata, le président, ainsi que Ichirô Takékuro et Sakaé Mutô, les vices présidents, sont accusés de négligence ayant entraîné la mort. Le procès a débuté en juin 2017 et une vingtaine de témoins ont déjà été entendus.

Les trois anciens dirigeants ont nié toute responsabilité dans l’accident lors de l’ouverture du procès, estimant qu’ils ne pouvaient pas l’anticiper. Il ressort pourtant des auditions de témoins que ces trois anciens dirigeants ont reporté sans cesse l’implémentation de mesures de protection renforcée contre les tsunamis. Selon un employé de TEPCo, un dirigeant de la compagnie aurait arrêté le projet de digue contre les tsunamis en 2008. Un autre a expliqué qu’après l’arrêt de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa et ses 7 réacteurs en 2007, suite à un fort séisme, la priorité de la compagnie était d’éviter tout arrêt sur ses deux autres centrales nucléaires. Le rehaussement de la digue aurait entraîné un arrêt momentané des réacteurs.

Comme est venu l’expliquer un sismologue, les experts officiels avaient revu le risque sismique et de tsunami à la hausse et les exploitants du nucléaire aurait dû renforcer les protections contre ces agressions. Il y avait eu consensus à l’époque et si TEPCo avait pris les mesures nécessaires, l’accident aurait pu être évité. A Tôkaï, une nouvelle digue était en construction suite à la ré-estimation du risque sismique de 2002.

D’autres tribunaux ont déjà reconnu la responsabilité de TEPCo dans l’accident. Mais Sakaé Mutô a nié avoir reporté la décision de rehausser la digue en 2008, comme l’accusait un ancien employé. Il a expliqué avoir juste sollicité un avis extérieur car il y a beaucoup d’incertitudes dans les évaluations sismiques, ajoutant que c’était une pratique courante. Il n’aurait, de plus, jamais été informé qu’un tsunami pouvait détruire la centrale… et donc il a réfuté avoir, dans un premier temps, ordonné de rehausser la digue, avant de revenir sur cette décision.

Sakaé Mutô a commencé par s’excuser devant le tribunal pour le mal causé aux populations, avant de nier toute négligence. Selon lui, l’accident était imprévisible et il n’est donc pas responsable. Que valent ses excuses ? Ses deux comparses ont aussi continué à nier toute responsabilité.

Monsieur Takékuro était exactement sur la même ligne de défense que Sakaé Mutô. Il était “naturel”, pour lui de suspendre le renforcement des défenses anti-tsunami, le temps de consulter des experts. Et d’ajouter, qu’après avoir appris qu’une estimation donnait une hauteur de tsunami de 15,7 m, qu’il n’y avait aucun caractère d’urgence.

L’ancien président de la compagnie a été entendu le 29 octobre 2018. Comme les deux vice-présidents, il estime ne pas être responsable de la catastrophe nucléaire. Lui n’était que Président, sans autorité. Il ne s’occupait pas des affaires courantes et c’était au département de la sûreté de s’occuper des mesures de sûreté. Lui s’occupait des relations extérieures, entendez, du lobbying.

Au-delà du déni de leur responsabilité dans l’accident que la justice devra trancher, leurs excuses méritent d’être soulignées. Sakaé Mutô a présenté ses excuses : “aux nombreuses personnes qui ont perdu la vie, à leur famille ou à ceux qui ont dû quitter leur habitation, j’ai causé beaucoup de souffrance qui ne peut pas être exprimée par des mots, j’adresse mes excuses les plus sincères. Je suis désolé par ce qui s’est passé”. Voir le Maïnichi, par exemple. Tsunéhisa Katsumata, quant à lui, a déclaré : “Qu’en tant que que personne qui a servi comme président et président du conseil d’administration, j’adresse mes excuses pour avoir causé d’énormes problèmes à ceux qui ont perdu la vie, à leurs familles endeuillées et aux blessés” (Maïnichi).

Outre la contradiction entre le fait de plaider non-coupable et de s’excuser, ces mots sont une reconnaissance que de nombreux décès sont bien une conséquence de la catastrophe nucléaire. C’est important de le noter quand on voit fréquemment circuler que tous les décès sont dus au tsunami et que l’accident nucléaire, voire l’incident, c’est zéro mort. Et quand on évoque les nombreux décès engendrés par l’évacuation, ces mêmes personnes précisent qu’il ne s’agit pas de morts directs dus à l’exposition radioactive. Comme si les victimes des guerres n’incluaient que les personnes tuées par les armes. Ou que les victimes du réchauffement climatique se limitaient aux seuls décès par coup de chaud…

Selon le rapporteur spécial de l’ONU, le Japon doit stopper le retour des enfants et jeunes femmes dans les territoires contaminés

Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU pour les substances dangereuses et les déchets, a présenté son rapport devant l’assemblée générale à New York. Dans son adresse, il évoque notamment le cas des personnes déplacées de Fukushima contraintes de retourner dans des zones que le gouvernement n’aurait pas considérées comme sûres avant la catastrophe. En effet, la dose limite acceptable a été relevée de 1 à 20 mSv/an, avec des conséquences potentiellement graves pour les jeunes enfants retournant ou naissant dans les zones contaminées. 

Dans un communiqué de presse, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), basé à Genève, a choisi de mettre en avant la situation au Japon, dans les territoires contaminés par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Le rapporteur y déplore que le Japon n’ait pas tenu compte des précédentes recommandations de l’ONU. Et de rappeler ses recommandations de 2016 qui s’intéressaient particulièrement aux enfants exposés à des substances dangereuses. C’est au Japon de prouver que sa politique dans les territoires contaminés ne viole pas la convention relative aux droits de l’enfant dont il est partie, et, en particulier, l’article 24 qui stipule que “les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible”.

Le rapporteur regrette aussi dans le communiqué, “la décision du gouvernement de lever les ordres d’évacuation et la décision des autorités préfectorales de mettre fin à l’octroi d’aides au logement [qui] font peser de fortes pressions en faveur du retour sur un grand nombre d’auto-évacués. La levée progressive des ordres d’évacuation a créé d’énormes tensions sur les personnes dont la vie a déjà été affectée par la pire catastrophe nucléaire de ce siècle. Bon nombre d’entre eux ont l’impression d’être forcés de retourner dans des zones dangereuses, y compris celles où les niveaux de rayonnement sont supérieurs à ce que le gouvernement considérait auparavant comme sûr.”

Le titre du communiqué est sans ambiguïté : le Japon doit cesser les retours à Fukushima, où la radioactivité demeure un sujet de préoccupation. Évidemment, cela n’a pas plu aux autorités japonaises qui expliquent qu’il s’agit d’un point de vue partial qui pourrait heurter les populations de Fukushima. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que le gouvernement japonais est critiqué pour son non respect des droits humains.

Le rapporteur, qui avait déjà dénoncé les conditions de travail sur les chantiers de décontamination, regrette ne pas avoir été invité au Japon. Et, comme on peut le voir dans la liste des contributions reçues, ce pays n’a rien envoyé pour l’établissement du rapport 2018 sur l’exposition aux substances dangereuses.

Les rapports peuvent être trouvés ici en anglais.

L’IARC prend position sur le dépistage du cancer de la thyroïde après un accident nucléaire grave

Le Centre International de Recherche sur le Cancer (International Agency for Research on Cancer, IARC), qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), vient de prendre position sur le dépistage du cancer de la thyroïde suite à un accident nucléaire grave. Son rapport est disponible en anglais.

Le groupe d’experts sollicités par l’IARC se prononce contre un dépistage systématique, tel qu’il est pratiqué chez les enfants de Fukushima. En revanche, il recommande de prendre en compte la possibilité de proposer un programme de surveillance à long terme pour les personnes les plus à risque après un accident nucléaire. Il est très prudent sur la définition du groupe à risque : il s’agit d’individus exposés in-utero ou durant l’enfance ou l’adolescence à des doses à la thyroïde dépassant les 100 à 500 mGy. A titre de comparaison, l’OMS, recommande que « la planification pour la prophylaxie utilisant de l’iode stable pour les enfants devrait idéalement être considérée au 1/10ème du niveau d’intervention générique, c’est à dire 10 mGy de dose évitable à la thyroïde. Ce niveau est également approprié pour les femmes enceintes ». Bien entendu, la surveillance doit se faire en accord avec les familles.

Le groupe d’experts ajoute que ce niveau de référence pour déclencher le programme de surveillance reste assez arbitraire et qu’il ne doit pas être utilisé pour refuser un examen à une personne qui aurait été exposée à une dose à la thyroïde inférieure. L’examen doit pouvoir être proposé après explication des bénéfices et des détriments.

Ces recommandations supposent, comme le souligne le rapport, que la dose a pu être évaluée, grâce, notamment, à de la surveillance dosimétrique, et qu’une prophylaxie à l’iode stable a été mise en place au bon moment. Ce n’était le cas, ni à Tchernobyl, ni à Fukushima. Il serait donc pertinent de faire des recommandations en cas de défaillance du plan d’urgence nucléaire, très probable étant donné qu’ils sont généralement peu réalistes.

Le groupe d’experts reconnait que les facteurs économiques et sociaux puissent être pris en compte dans la décision finale qui reviendra, in fine, au gouvernement concerné. Bien évidemment, la société civile n’a pas été consultée pour établir ces recommandations.

Le texte du rapport souligne l’importance de faire rapidement des mesures de la contamination de la thyroïde sur un échantillon représentatif de la population après un accident, avec une priorité sur les enfants et les femmes enceintes. Cela doit être fait dans les 4 semaines qui suivent l’accident et ne pas dépasser 6 semaines.

Enfin, une grande partie du rapport est dédiée à une discussion sur les cancers de la thyroïde à partir d’une revue de la littérature scientifique.

Sept ans et demi après la triple catastrophe

Sept ans et demi après la triple catastrophe, il reste encore officiellement environ 58 000 personnes déplacées dont 5 623 vivent toujours dans des préfabriqués, à Iwaté, Miyagi et Fukushima.

A Fukushima, il y a eu des ordres d’évacuer dans 11 communes. Ils tous été levés, sauf dans les zones qualifiées de retour difficile, présentes dans 7 communes. Là où l’ordre a été levé, le taux de retour moyen est de 20%, avec de fortes disparités.

Le gouvernement ne veut plus d’hébergement provisoire d’ici 2020 à Iwaté et Miyagi, et 2021 à Fukushima.

Le nombre officiel de décès provoqués par le séisme et tsunami est de 15 896 auxquels il faut ajouter 2 536 disparus. A la fin mars 2018, la triple catastrophe avait entraîné 3 676 décès supplémentaires provoqués par l’évacuation, dont 2 202 à Fukushima.

Nouveaux cas de cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les derniers résultats de leur campagne de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de la province. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait aussi proposer son propre résumé en anglais.

Au 30 juin 2018, il y avait un total de 164 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 201 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. C’est deux de plus pour les confirmés et trois de plus pour les suspectés par rapport à la publication précédente.

Rappelons que les autorités ont déjà effectué trois campagnes de dépistage et lancé la quatrième en avril dernier. Cette dernière venant à peine de débuter, aucun cas suspect n’a été trouvé parmi les 953 enfants qui ont reçu leurs résultats. Pour la quatrième campagne, les données sont ici en japonais.

Les autorités n’ont pas publié de mise à jour détaillée pour les deux premières campagnes de dépistage, mais le bilan global en japonais ne fait pas apparaître de changement. Le tableau ci-dessous reprend donc les chiffres de la dernière fois. Pour la troisième campagne, il y a eu des changements et le bilan détaillé est ici en japonais.

Première campagne Deuxième campagne Troisième campagne
Dépistage avec résultat 300 472 270 540 217 506
Examens complémentaires effectués 2 130 1 874 913
Cytoponctions 547 207 45
Nombre de cancers suspectés 116 71 15
Nombre de cancers confirmés 101 52 11

Rappelons que, selon un fond de soutien, un cas de cancer de la thyroïde a échappé aux statistiques officielles (source). L’enfant avait moins de 5 ans en 2011.

Comme on peut le voir sur le tableau ci-dessus, le taux de dépistage diminue à chaque campagne et n’est que de 64% pour la troisième. Selon Le Monde, qui publie un excellent reportage intitulé Au Japon, les enfances volées de Fukushima après la catastrophe nucléaire“, l’université médicale de Fukushima “recommande même de lever le pied sur les examens et fait le tour des écoles pour expliquer aux enfants qu’ils ont désormais le droit de refuser. Le « surdépistage » générerait trop de « stress ».”

Les enfants chez qui l’on a suspecté un cancer lors des deux premières campagnes mais qui n’ont toujours pas subi d’intervention chirurgical sont sous surveillance. A noter que les autorités ne donnent aucun chiffre sur les enfants qui ont subi plusieurs interventions chirurgicales. Comme nous l’avons signalé en mars dernier, selon ce même fond de soutien, qui a effectué un suivi de 84 enfants ayant déclaré un cancer de la thyroïde, 8 d’entre eux ont dû subir une deuxième intervention chirurgicale après une rechute. Ils avaient entre 6 et 15 ans au moment de l’accident. Il réclame des statistiques officielles sur le nombre de rechutes.

L’article du Monde présente un tel cas :

“L’angoisse, Mme Sakura vit avec depuis ce jour de mars 2014 où un nodule de 5 millimètres a été repéré chez sa fille. Un mois plus tard, une ponction (« très douloureuse ») confirme que les cellules sont cancéreuses. Sa fille est fatiguée, elle est prise de fortes fièvres. « J’ai demandé au médecin de l’UMF de l’enlever tout de suite. Il m’a répondu que ça ne pressait pas, que le cancer de la thyroïde n’était pas un cancer grave. » Le jour de ses 17 ans, sa fille est opérée. Le nodule avait doublé de volume. « Je n’oublierai jamais ce qu’a dit le médecin à ma fille sur son lit d’hôpital : « Maintenant qu’on t’a enlevé la thyroïde, tu seras tranquille, le cancer ne reviendra plus » », dit-elle sans pouvoir retenir ses larmes.

Un an plus tard, une échographie de contrôle trouve un autre nodule, de 12 mm celui-là. Nouvelle ponction, nouveau cancer confirmé et élargi aux ganglions lymphatiques. La deuxième opération a eu lieu en février 2018. Et le calvaire n’est pas terminé. La fille de Mme Sakura doit désormais commencer des séances de radiothérapie. « Elle va devoir prendre un comprimé d’iode radioactif très fort pendant une semaine, raconte la maman. Elle a peur de devenir elle-même radioactive, que son corps contamine ses petites nièces et petits neveux » qui vivent sous le même toit, à Koriyama, à une quarantaine de kilomètres de Fukushima.”

Et Le Monde d’ajouter que de nombreuses familles avec un enfant victime du cancer de la thyroïde ont peur des réactions des voisins ou des proches et préfèrent se cacher. « Dans certaines familles, on cache même au petit frère ou à la petite sœur que le grand frère ou la grande sœur est malade ». Nous avons déjà rapporté le désarroi des familles confrontées à cette maladie, qui, pour certaines, se sont regroupées en association. Certains témoignages sont poignants.

Premier décès reconnu comme d’origine professionnelle à la centrale de Fukushima daï-ichi

Les autorités ont reconnu comme maladie professionnelle un cancer du poumon développé chez un travailleur à la centrale de Fukushima daï-ichi. C’est le 5ième cas de cancer reconnu comme lié à l’exposition aux radiations chez les intervenants à la centrale nucléaire accidentée, et c’est le premier cancer du poumon.

Le travailleur en question, un sous-traitant âgé d’une cinquantaine d’année, est décédé des suites de son cancer qui s’est déclaré en février 2016. Sa famille sera indemnisée.

Il a travaillé plus de 28 ans dans le nucléaire et est intervenu à Fukushima daï-ichi dans les premiers jours de la catastrophe, quand les risques étaient les plus élevés. Il y a travaillé jusqu’en 2015. Il a été exposé à une dose totale de 195 mSv. A titre de comparaison, en temps normal, les travailleurs du nucléaire ne doivent pas être exposés à une dose supérieure à 100 mSv sur 5 ans.

La première année de l’accident, il aurait reçu une dose de 34 mSv et en septembre 2015, son exposition totale à la centrale de Fukushima daï-ichi aurait atteint 74 mSv. Ces chiffres sont peut-être sous-estimés car, durant le premier mois de l’accident, il n’y avait pas un dosimètre par personne et l’évaluation des doses est très approximative.

Il n’est pas possible de déterminer sur un cas individuel si le cancer est dû aux radiations ou pas, ni de l’exclure. La réglementation japonaise considère donc que si un travailleur a reçu une dose supérieure à 100 mSv et qu’il développe un cancer du poumon plus de 5 ans après l’exposition, sa maladie sera reconnue comme d’origine professionnelle. Le dossier médical est soumis à un panel d’experts avant toute décision gouvernementale.

Etude sur le risque lié à la non-évacuation des patients hospitalisés

Une équipe de recherche, dont les résultats de travaux sont disponibles en libre accès, étudie le risque de ne pas évacuer les patients d’un hôpital lors d’un accident nucléaire grave. La auteurs ont regardé le taux de mortalité de la clinique privée Takano, située dans la commune de Hirono, à 22 km au Sud de la centrale de Fukushima daï-ichi entre le 1er janvier 2008 et le 31 décembre 2016 et il ont détecté une augmentation de 57% dans les 100 jours qui ont suivi la catastrophe (les auteurs parlent d’incident !) par rapport à la période qui a précédé l’accident.

La clinique n’a pas été évacuée. Elle était la seule dans le district de Futaba et a donc joué un rôle important dans la région. Rappelons qu’il y a eu mise à l’abri dans la commune de Hirono, puis recommandation à l’évacuation à partir du 22 avril 2011, qui a été levée le 30 septembre 2011. La population de la commune est actuellement inférieure à 60% du niveau d’avant la catastrophe nucléaire.

Lors d’une crise grave, quelle qu’elle soit, la question d’évacuer ou non les patients se pose. A un moment, les pouvoirs publics et l’équipe médicale doit décider : partir ou rester ? A Fukushima, l’évacuation de l’hôpital de Futaba avait entraîné une cinquantaine de décès immédiats (lire nos rapports à ce propos : Les leçons de Fukushima en 2012 et Quel impact sanitaire ? en 2016). Selon les auteurs de l’étude, l’impact de l’évacuation a été bien étudié et documenté, mais pas l’impact de maintenir à l’abri les hôpitaux.

A la clinique Takano, il y avait 108 patients en mars 2011 et 61 ont été évacués. Le taux de mortalité a été multiplié par 1,57 (avec un intervalle de confiance de 95% compris entre les facteurs 1,11 et 2,18) chez les patients non évacués durant les 100 premiers jours. Il n’y a pas eu d’augmentation significative de la mortalité chez les patients évacués.

Rappelons que l’évacuation avait provoqué une augmentation du taux de mortalité dans certaines maison de retraite (lire nos rapports à ce propos : Les leçons de Fukushima en 2012 et Quel impact sanitaire ? en 2016). L’article scientifique en question mentionne d’autres travaux avec de tels résultats. La présente étude ne va pas dans le même sens. Après le séisme, il n’y avait plus d’eau et d’électricité dans les environs de la clinique Takano. Sans chauffage, les conditions de vie y étaient difficiles. L’électricité a été rétablie au bout d’une semaine, mais l’eau pas avant avril 2011. L’eau était livrée de façon irrégulière par les forces armées. L’approvisionnement en aliments a aussi été fortement perturbé par les retombées radioactives. Enfin, la plupart des employés de la clinique sont partis pour les mêmes raisons. Aussi bien l’alimentation que les soins des patients étaient insuffisants.

Les auteurs concluent leur article en disant que le risque de mortalité en cas de mise à l’abri dans un environnement hostile peut être comparable à celui d’une évacuation non planifiée. Si les ressources nécessaires à la mise à l’abri ne sont pas garanties, l’évacuation est une option raisonnable qui pourrait sauver des vies, si elle est bien préparée, avec des moyens de transport adéquats et des lieux d’accueil appropriés.

Rapport pour le Conseil des Droits Humains de l’ONU

Trois rapporteurs de l’ONU ont préparé un rapport qui dénonce les conditions de travail sur les chantiers de décontamination de Fukushima et à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’ONU ne publie qu’un communiqué de presse en anglais est en ligne. En voici une traduction rapide avec l’aide de deepl.com :

Le Japon doit agir d’urgence pour protéger les dizaines de milliers de travailleurs qui seraient exploités et exposés à des radiations nucléaires toxiques dans le cadre des efforts de décontamination de la centrale nucléaire de Fukushima Daichi, selon trois experts en droits humains des Nations Unies*.

“Les travailleurs engagés pour décontaminer Fukushima incluraient des migrants, des demandeurs d’asile et des sans-abri “, ont déclaré les experts.

“Nous sommes profondément préoccupés par l’exploitation possible par la tromperie concernant les risques d’exposition aux rayonnements, la coercition possible pour accepter des conditions de travail dangereuses en raison de difficultés économiques, et le caractère adéquat de la formation et des mesures de protection.

“Nous sommes également préoccupés par l’impact que l’exposition aux rayonnements peut avoir sur leur santé physique et mentale “, ont-ils ajouté.

La contamination de la zone et l’exposition aux rayonnements demeurent un danger majeur pour les travailleurs qui tentent de rendre la zone sûre sept ans après la catastrophe nucléaire qui a suivi les dommages causés à la centrale par un séisme et tsunami.

Des dizaines de milliers de travailleurs ont été recrutés au cours des sept dernières années dans le cadre du programme de décontamination. Le Ministère japonais de la santé, du travail et de la protection sociale indique sur son site Web que 46 386 travailleurs ont été employés en 2016, et le Centre central d’enregistrement des travailleurs irradiés du Japon a indiqué que 76 951 travailleurs en décontamination ont été embauchés au cours de la période de cinq ans allant jusqu’en 2016.

“Les personnes les plus exposées aux substances toxiques sont les plus vulnérables à l’exploitation : les pauvres, les enfants et les femmes, les travailleurs migrants, les personnes handicapées et les travailleurs âgés. Ils sont souvent exposés à une myriade de violations des droits de l’homme, contraints de faire le choix abominable entre leur santé et leur revenu, et leur sort est invisible pour la plupart des consommateurs et des décideurs politiques qui ont le pouvoir de le changer”, ont déclaré les experts.

“Des rapports détaillés indiquant que les contrats de décontamination ont été accordés à plusieurs grandes entreprises et qu’ils ont été sous-traités à des centaines de petites entreprises, sans expérience, sont préoccupants. Ces arrangements, ainsi que le recours à des recruteurs pour trouver un nombre considérable de travailleurs, peuvent avoir créé des conditions favorables aux abus et aux violations des droits des travailleurs”.

Les experts des droits de l’homme de l’ONU ont entamé un dialogue avec le Gouvernement depuis l’année dernière et ont tenu compte d’une réponse récente à leurs préoccupations les plus récentes.

Dans le cadre de l’Examen périodique universel, le Japon a récemment “accepté de donner suite” à une recommandation d’autres États de rétablir les niveaux de rayonnement à ceux d’avant la catastrophe pour protéger le droit à la santé des femmes enceintes et des enfants, entre autres recommandations. Les experts exhortent vivement le Gouvernement à abaisser la dose admissible de rayonnement à 1 mSv/an pour protéger les enfants et les femmes qui pourraient tomber enceintes.

Les experts de l’ONU restent disponibles pour donner des conseils sur la meilleure façon d’aborder la question actuelle de l’exposition des travailleurs aux rayonnements toxiques à la suite d’une réponse antérieure du gouvernement japonais, et sur la nécessité de renforcer la protection des travailleurs.

En septembre, l’un des experts de l’ONU, Baskut Tuncak, présentera un rapport au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, demandant aux États et aux employeurs de renforcer la protection des travailleurs contre l’exposition aux substances toxiques, et proposant des principes à cet égard.

(*) Les experts de l’ONU : M. Baskut Tuncak, Rapporteur spécial sur les conséquences pour les droits de l’homme de la gestion et de l’élimination écologiquement rationnelles des substances et déchets dangereux, Mme Urmila Bhoola, Rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage, y compris leurs causes et conséquences, et M. Dainius Puras, Rapporteur spécial sur le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible.

La réponse du Japon ne s’est pas fait attendre. Sans surprise, il rejette ces accusations. Voir le communiqué sur le site du Ministère des Affaires Etrangères, qui inclut le courrier reçu de l’ONU et la réponse apportée par le Japon.

Le courrier adressé au Ministre des affaires étrangères rappelle les engagements du Japon lors de la revue périodique qui s’est terminée en mars dernier. Il y est notamment question du retour à la limite de 1 mSv/an pour les enfants et les femmes enceintes et le soutien aux personnes auto-déplacées. L’essentiel de la lettre concerne les travailleurs, comme indiqué dans le communiqué ci-dessus et demande au gouvernement japonais d’apporter des garanties pour faire respecter les droits des travailleurs et de justifier certaines de ces décisions.

Les réponses apportées par le Japon sont assez précises, pour ce qui est des travailleurs. Il ne nie pas certains problèmes, mais récuse le caractère alarmant des accusations des trois rapporteurs. Le nombre de violations du droit du travail ne serait pas anormalement élevé. La réponse n’aborde pas le problème de la limite de dose qui reste très élevée pour les enfants et les femmes enceintes, ni l’arrêt de tout soutien pour les personnes déplacées.