Rencontres internationales lycéennes de la radioprotection

L’IRSN, le CEPN et le CEA organisent les rencontres internationales lycéennes de la radioprotection à Cherbourg en Cotentin. Voir le programme. Ce sont ces mêmes organismes qui tentent de rendre l’accident nucléaire acceptable.

Quelle idée d’aller faire visiter la centrale de Flamanville à des enfants de Tchernobyl et Fukushima qui ont vu leur vie bouleversée par un accident nucléaire grave. C’est pour leur vanter la technologie française ?

Le Prof. Hayano, qui s’est fait remarquer pour avoir utiliser des données personnelles sans autorisation et s’est trompé dans leur exploitation, comme nous l’avons rapporté, est aussi au programme. Un bel exemple pour la jeunesse ! Il va parler de l’intégrité scientifique ou expliquer comment augmenter le nombre de followers sur twitter ?

Le réseau “Minna no data” fédère 31 laboratoires et stations de mesure indépendants au Japon, mais les organisateurs n’ont trouvé que le Prof. Hayano pour aider les lycéens.

Le dernier exposé par des lycéens de Fukushima est intitulé : “Comment aider les gens à se sentir “en sécurité” ?” Grâce à un détecteur de “rumeurs néfastes” qui demeurent la seule pollution à Fukushima ?

Tchernobyl : un quart des 20 000 cas de cancer de la thyroïde pourraient être dû à la radioactivité, selon l’ONU

A la veille du 32ième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, l’UNSCEAR, qui est le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations, vient de publier un livre blanc dédié à l’évaluation des données sur les cancers de la thyroïde dans les régions affectées par les retombées radioactives de cette catastrophe.

Le communiqué de presse de l’ONU annonce qu’un quart des 20 000 cas de cancer de la thyroïde enregistrés entre 1991 et 2015 chez les personnes qui avaient moins de 18 ans en 1986, sont “probablement” dus aux fortes doses de radiation reçues lors de la catastrophe nucléaire. Cela fait donc environ 5 000.

En 2008, l’UNSCEAR comptait 6 848 cas de cancer de la thyroïde entre 1991 et 2005 chez les moins de 18 ans en 1986. Il ajoutait que la forte augmentation de l’incidence chez les moins de 10 ans est associée à l’accident nucléaire. Cette augmentation a commencé à être observée environ 5 ans après l’accident et a persisté jusqu’en 2005.

Le nombre de 20 000 cas sur la période 1991 – 2015 est donc environ 3 fois plus grand que le nombre de cas sur la période 1991 – 2005. Ces chiffres ne concernent que les personnes originaires des zones non-évacuées de la Biélorussie, de l’Ukraine et des quatre oblasts les plus contaminés de la Fédération de Russie, qui avaient moins de 18 ans en 1986. Et, selon le livre blanc, 7 à 50% pourraient dus aux radiations, avec une valeur nominale à 25%. Pour les détails du calcul, voir le livre blanc. Ce n’est pas très précis pour une démarche qui prétend fournir un rapport faisant autorité.

Levée des ordres d’évacuer : les victimes de la catastrophe nucléaire sont aussi victimes de l’arbitraire des autorités

Pour les autorités, l’année 2017 doit être l’année du grand retour, mais les populations concernées ne sont pas aussi enthousiastes. Là où l’ordre d’évacuer a été levé ces dernières années, le taux de retour est seulement de 14,5%. Cet ordre vient aussi d’être levé dans une partie des communes de Kawamata, Namié, Iitaté et Tomioka. 32 000 personnes dans 12 000 foyers sont concernées, mais, là encore, seulement un faible pourcentage rentrera.

Futaba et Ôkuma sont désormais les deux seules communes à être encore entièrement évacuées.

A Tomioka, où une allée de 2,2 km de cerisiers attirait 100 000 personnes par an pendant la floraison avant 2011, la mairie va l’illuminer sur 600 m entre 18 et 20 h pendant deux semaines à partir du 1er avril afin de faire revenir les touristes et les habitants. Un petit centre commercial de 6 000 m2 a aussi ouvert. Il abrite 6 commerces.

Il n’est pas sûr que toutes ces actions suffisent à faire revenir les 9 000 habitants concernés par la levée de l’ordre d’évacuation. Seulement 16% ont affirmé vouloir le faire.

C’est en 2015 que le gouvernement japonais a annoncé la levée de tous les ordres d’évacuation à la fin mars 2017, sauf dans les zones qualifiées de « retour difficile ». Le retour est espéré dans l’année qui suivra et l’indemnisation s’arrêtera en mars 2018. Pour les « auto-évacués », qui avaient quitté d’eux mêmes les zones contaminées, sans en recevoir l’ordre, c’est la fin des logements gratuits mis à leur disposition. Les autorités espèrent aussi leur retour à Fukushima. Il n’a pas demandé l’avis des personnes concernées.

La motivation gouvernementale est double : il y a, bien entendu, le coût des indemnisations, mais aussi une décision prise sans concertation de reconquête totale des territoires contaminés, quel qu’en soit le prix, pour des raisons idéologiques.

Ainsi, les autorités peuvent annoncer que les surfaces encore évacuées ne couvrent plus que 369 km2 et ont été réduites à 30% de leur surface initiale. Mais, c’est trompeur car seuls les environs immédiats des zones habitées ont été décontaminés. Toutes les forêts n’ont pas été décontaminées.

Le principal obstacle au retour est lié à la pollution radioactive. La limite de dose retenue pour le retour est la plus élevée des recommandations internationales et n’est pas acceptée par une partie de la population, surtout par les familles avec enfants. Et puis, il y a tous ces déchets radioactifs qui s’accumulent, dont la gestion semble sans fin et pour lesquels de nouveaux problèmes surgissent.

Pour les sols contaminés accumulés, le gouvernement envisage toujours le recyclage sous forme de fondations pour des routes, digues etc… Il va mettre en place une nouvelle organisation pour “obtenir l’assentiment du public”. C’est ainsi que les autorités conçoivent la concertation…

La centrale accidentée reste menaçante : en cas de nouveau séisme de magnitude élevée ou de tsunami, on ne peut pas exclure de nouveaux rejets radioactifs. Or, plusieurs communes n’ont toujours pas de plan d’évacuation alors que c’est obligatoire jusqu’à 30 km d’une centrale nucléaire : il s’agit d’Iitaté, Katsurao, Tamura, Ôkuma et Futaba. Pour ces deux dernières communes, l’ordre d’évacuer n’est pas levé. Les risques liés à la centrale accidentée sont pourtant une source de préoccupation.

Cette politique est une atteinte à la démocratie, comme l’explique le Maïnichi. Les décisions les plus importantes, comme la limite de dose tolérée pour le retour des populations, ont été prises à huis clos, sans la moindre consultation des personnes concernées. Cette limite introduit pourtant une discrimination vis à vis du reste de la population qui bénéficie d’une limite plus protectrice. Il en est de même pour le seuil de contamination de 8 000 Bq/kg fixé pour recycler les déchets de la décontamination. Ailleurs dans le pays, c’est 100 Bq/kg.

Un retour à la normale est impossible après un accident nucléaire de grande ampleur comme ceux de Kychtym, Tchernobyl et de Fukushima. Les principes directeurs des Nations Unies relatifs aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays enjoignent les autorités à associer pleinement ces personnes à la planification et à la gestion de leur retour et de leur réinstallation. Mais au Japon, cette participation est réduite à des « réunions d’explication » (seitsumeikai) à huis clos, sans la présence de médias, d’associations, ou d’experts, laissant ainsi les populations désarmées. Il ne respecte pas non plus le cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe adopté lors de la troisième Conférence mondiale de l’ONU tenue à Sendai au Japon le 18 mars 2015.

Les populations évacuées et celles qui sont restées dans les territoires contaminées sont victimes de la catastrophe nucléaire. Elles sont maintenant aussi victimes de l’arbitraire des autorités.

Fukushima : l’obstination de la reconquête

Masahiro Imamura, le ministre japonais de la reconstruction, a récemment comparé à un marathon la reconquête des territoires contaminés par l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi en mars 2011, en précisant que « la reconstruction en est au trentième kilomètre ». Cela a provoqué l’ire des personnes concernées et des élus locaux qui ne voient pas le bout du tunnel. Le gouverneur de la province a tenu à rappeler que certaines zones évacuées n’ont même pas franchi la ligne de départ (source).

Cet épisode montre le fossé existant entre la perception du gouvernement central, qui voudrait tourner rapidement la page, et la réalité sur place.

A Tchernobyl, les autorités soviétiques ont abandonné de vastes territoires et le réacteur accidenté. L’Europe vient de terminer la construction d’une arche gigantesque destinée à limiter l’impact d’un effondrement dans le bâtiment réacteur pendant au moins un siècle. A l’inverse, les autorités japonaises se sont lancées dans une politique de reconquête totale : les réacteurs accidentés vont être démantelés et les territoires contaminés rendus à leurs habitants. Six ans plus tard, alors que les autorités s’apprêtent à lever les ordres d’évacuer partout, sauf dans les zones les plus contaminées classées en « zones de retour difficile », il est évident que le volontarisme affiché ne parviendra pas cacher les limites de cette politique.

A la centrale, les progrès sont impressionnants, mais les trois réacteurs où il y a eu fusion du cœur sont encore menaçants. Pourraient-ils supporter un nouveau séisme majeur ou un tsunami ? Les piscines avec des combustibles usés sont toujours pleines et pourraient entraîner une catastrophe encore plus grande en cas de rupture. Mais les débits de dose sont tels qu’il est impossible de travailler dans les bâtiments réacteur. Les travaux de déblaiement des débris et de reconstruction prennent du retard.

Quant au corium, ce magma de combustible fondu mélangé à des débris, excessivement radioactif, TEPCo ne sait toujours pas exactement où il est. Les robots envoyés dans l’enceinte de confinement pour le localiser n’ont tenu que quelques heures, sans succès. Les robots qui pourront aller rechercher ce corium n’existent pas encore.

En attendant, il faut continuer à le refroidir continuellement pour éviter une montée en température qui provoquerait des rejets radioactifs significatifs. L’eau qui y est versée se contamine avant de se mélanger à l’eau de la nappe phréatique dans les sous-sols des réacteurs. Toutes les mesures mises en place pour juguler les infiltrations et les fuites, allant de la construction de barrières souterraines au gel du sol tout autour des réacteurs accidentés, n’ont pas eu les effets escomptés. L’eau contaminée continue donc de s’accumuler dans des cuves à perte de vue.

Dans de telles conditions, qui accepterait de retourner vivre près de la centrale accidentée ? De facto, le taux de retour dans les territoires où l’ordre d’évacuer a été levé est seulement de 13%, soit 2 500 personnes. Outre les craintes que suscitent les réacteurs, il y a aussi un manque de services, commerces… et, surtout, un risque d’exposition aux retombées radioactives car les autorités japonaises s’accrochent la limite la moins protectrice des normes internationales.

Le Japon a beau avoir engagé un chantier pharaonique de décontamination, il ne vient pas à bout de la radioactivité. Alors, les autorités s’obstinent. Même dans les communes les plus contaminées, classées en zone de retour difficile, un petit centre devrait être installé pour que l’on ne puisse pas dire qu’elles ont été rayées de la carte. Le programme de décontamination à venir ne concerne que 5% de la surface. L’idéologie de la reconquête a même poussé les autorités à inscrire dans la loi que les 16 km2 de terrains tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, qui vont recevoir 22 millions de mètres cubes de déchets radioactifs issus de la décontamination, seront rendus après 30 ans. Outre la folie de déplacer une nouvelle fois un tel volume, il n’y a aucun autre site d’accueil. Alors, qui peut croire que ces terrains seront rendus ?

Pas les populations qui, quand elles le peuvent, ont refait leur vie ailleurs. La fin des aides au logement pour les personnes qui sont parties d’elles-mêmes et la levée des ordres d’évacuer les plongent dans le désarroi. Le gouvernement pousse au retour, passant outre les directives de l’ONU sur les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays qui leur garantissent protection, le droit de choisir entre le retour et une réinstallation, ainsi que leur pleine participation aux décisions.

C’est l’idéologie qui gouverne les tentatives de reconquête totale des territoires contaminés par la catastrophe de Fukushima, teintée de nationalisme et de foi en le nucléaire. Il y a aussi beaucoup d’argent en jeu. In fine, c’est la démocratie et les populations exposées qui en font les frais.

Entre l’abandon de vastes territoires et une politique de reconquête à tout prix, il y a un besoin impératif de rechercher une autre politique à l’écoute et au service des populations affectées. Qu’en serait-il en Europe après un accident grave ayant entraîné l’évacuation de territoires contaminés ?

Le rapport rédigé pour les cinq ans de la catastrophe, Fukushima cinq ans après, retour à l’anormale, disponible en anglais, reste d’actualité. Les données ont été mises à jour dans l’article sur les chiffres clé.

Les solutions gouvernementales pour faire face au coût de la catastrophe nucléaire

Le gouvernement a récemment reconnu que les coûts de la catastrophe nucléaire de Fukushima avaient doublé. TEPCo rechigne à payer toute la décontamination alors que les coûts explosent. Ils atteignent déjà 4 000 milliards de yens, sans prendre en compte les zones les plus contaminées, dites de « retour difficile ».

Alors que dans l’ex-URSS, de vastes territoires ont été sacrifiés après la catastrophe de Tchernobyl, le gouvernement japonais s’y refuse et veut reconquérir tous les territoires, même les zones qualifiées de « retour difficile ». Dans les communes les plus contaminées, la reconquête commencera par un centre décontaminé, une sorte d’oasis, afin de pouvoir prétendre que la commune existe encore. Mais cela a un coût encore plus élevé que pour les autres territoires. Et puis, il n’y a pas de solution à long terme pour les déchets radioactifs. Le centre d’entreposage n’est prévu que pour 30 ans, officiellement. Mais, la reconquête des 7 communes concernées est difficile, voire impossible, même en maintenant la limite de dose la plus élevée des recommandations internationales (20 mSv/an).

Le gouvernement est prêt à prendre la décontamination des zones les plus contaminées à sa charge alors que la loi indique que c’est TEPCo qui doit payer. Un nouveau projet de loi sera soumis l’an prochain au parlement, mais, dès 2017, le gouvernement prévoit déjà un budget de 30 milliards de yens. L’argument avancé est que TEPCo a indemnisé les populations des zones de « retour difficile » en considérant que les populations ne rentreront pas. Et donc, le gouvernement estime que c’est aux contribuables de prendre en charge la réhabilitation de ces zones.

Pour ce qui concerne les indemnisations, qui devraient s’élever à un total de 7 900 milliards de yens, le gouvernement avance l’argent sans intérêt. Heureusement que les taux sont bas ! Comme TEPCo n’est pas en mesure de rembourser avant longtemps, une partie de la somme sera ajoutée sous forme de taxe sur les réseaux électriques et donc pris en charge par les consommateurs. Cette contribution devrait débuter en 2020 et durer 40 ans pour s’élever à 2 400 milliards de yens (20 milliards d’euros).

Le gouvernement demande à TEPCo d’augmenter ses profits en partageant avec d’autres opérateurs son réseau électrique et son parc nucléaire. La compagnie doit proposer un nouveau plan en 2017, mais il n’est pas sûr que les concurrents veulent partager les coûts de l’accident.

Une autre piste pour faire baisser les coûts et d’ouvrir à l’international le chantier de sécurisation puis de démantèlement des réacteurs accidentés. Pour le moment, c’est la chasse gardée des compagnies japonaises qui souhaitent se placer sur le marché de démantèlement, alors qu’aucun réacteur japonais n’a été entièrement démantelé. De plus, par le passé, c’est un sous-traitant américain qui avait dénoncé les falsifications des rapports de sûreté de TEPCo. Mais cet aspect n’est jamais suggéré par les autorités japonaises, comme le regrette une dépêche de l’agence Bloomberg. Le village nucléaire japonais reste très fermé.

Accident nucléaire grave en Europe : rendre le risque acceptable

Un accident nucléaire grave, de la même ampleur qu’à Fukushima, serait tout aussi ingérable en Europe, avec des conséquences désastreuses. Nos études sur les plans d’urgence en Belgique et en France le montrent. A long terme aussi.

Le sujet inquiète en plus haut lieu. Le European Nuclear Energy Forum, qui doit se réunir à Bratislava en octobre prochain, va consacrer une session à ce sujet. Un document préparatoire préliminaire explique que les plans d’urgence ont été revus en 2014 à la lumière de l’accident de Fukushima et qu’ils sont conformes aux recommandations internationales. C’est que ces recommandations ne sont pas très exigeantes… En revanche, le document reconnaît qu’il est nécessaire de démontrer que les mesures de protection seront effectives en pratique.

La note précise que des modifications ont été apportées aux plans d’urgence, mais qu’il reste une perception que ce n’est pas suffisant et que de meilleures garanties doivent être apportées au public. Dans un tel contexte, le European Nuclear Energy Forum va se poser toute une série de questions, parmi lesquelles :

Pourquoi le public en Europe continue d’avoir le sentiment que les dispositions prises pour sa protection en cas d’accident radiologique ou nucléaire sont insuffisantes et quelles mesures devraient être prises par les diverses parties prenantes pour améliorer la confiance du public ?

N’est-ce qu’un problème de perception du public ? Les études ACRO montrent que la Belgique et la France ne sont pas prêtes à faire face à un accident nucléaire grave. La dernière question du European Nuclear Energy Forum est un aveu :

Avons-nous les moyens, les capacités et les ressources nécessaires pour protéger convenablement tous les membres du public en cas d’accident comme à Fukushima en Europe, et ne serait-il pas préférable de concentrer les efforts sur l’éducation du public à propos des risques et des effets des rayonnements en comparaison aux autres risques industriels ?

La réponse à la première question étant négative, l’ancien directeur de l’IRSN a déjà commencé à appliquer la deuxième partie de la question en expliquant dans une vidéo, à l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, qu’en cas d’accident nucléaire grave en France, nous appliquerions les mêmes principes qu’au Japon, basés sur le principe de précaution, et que cela conduirait aux mêmes conséquences néfastes pour les personnes déplacées. Il propose un autre paradigme qui pourrait être « restaurer la liberté individuelle, collective partout où c’est possible. Et ça veut dire […] qu’au lieu de chercher à administrer pendant des années des populations, il vaut mieux les accompagner dans leur choix personnels. […] Il faut aider ensuite ces populations, celles qui veulent rester, parce qu’il y en a, il faut effectivement mettre en place des mécanismes qui les aident à mesurer la radioactivité. » Car comprenez-vous, ces doses sont « faibles, mais ont un impact psychologique qu’il ne faut pas sous-estimer » (sic). Et les personnes qui veulent partir et se réinstaller, elles n’ont pas besoin d’aide et de soutien ?

Au niveau européen, un programme de recherche intitulé “CONFIDENCE” est en cours de préparation, en réponse à l’appel d’offre “CONCERT“. Dans un document de travail préliminaire, il pause d’emblée, comme principe de départ, dès la deuxième phrase du projet :

Pour protéger les populations, des hypothèses conservatives sont souvent prises qui peuvent résulter en plus de mal que de bien à cause des effets collatéraux comme cela a été observé après les accidents de Tchernobyl et Fukushima.

Bien sûr, on ne sait pas quelles sont ces “observations”, ni qui les a faites. Pas un mot sur les mesures de protections insuffisantes, pourtant bien réelles, comme les évacuations tardives, le manque de prise en charge des personnes vulnérables ou les limites trop élevées. La priorité affichée est la minimisation des bouleversements des conditions de vie (et donc des coûts associés), pas la protection des populations. Ce texte a été remanié depuis, suite aux protestations de l’ACRO, mais le but du projet reste le même.

Tel est le monde post-accidentel que les autorités nous préparent en Europe.

Japon : rapport caché sur l’impact sanitaire de Tchernobyl

C’est une histoire surprenante que révèle le Maïnichi. A la demande de la précédente majorité au pouvoir, une étude critique sur l’impact sanitaire de la catastrophe de Tchernobyl a débuté en novembre 2012. Le rapport est rendu en mars 2013, alors que le Japon a changé de gouvernement et n’a jamais été publié.

C’est le département des sciences du ministère qui avait la charge du suivi de l’étude. Après le changement de majorité, c’est l’Autorité de Régulation Nucléaire qui a récupéré la mission et le rapport. Elle ne l’a pas rendu public, mais l’a transmis à la bibliothèque du parlement via le ministère de l’environnement, bien que ce rapport ait plutôt tendance à minimiser l’impact de la catastrophe de Tchernobyl.

Il y a encore plus choquant : l’étude financée par le ministère de l’éducation, de la culture, des sports, des sciences et des technologies a été confiée à une compagnie de conseil créée par les compagnies d’électricité. Avec un tel choix, le résultat était connu d’avance ! Alors que l’impact sanitaire de la catastrophe de Tchernobyl décrit dans des rapports locaux est beaucoup plus grave que ce qui est décrit par les agences internationales, le gouvernement voulait en avoir le cœur net. Sans surprise, la firme qui a fait l’étude donne raison aux instances internationales.

Quant aux explications pour garder un tel rapport sous le boisseau, une source proche du gouvernement avance le changement de majorité. Une autre ajoute la volonté d’éviter toute polémique et de prévenir la propagation de “rumeurs néfastes”… Ne pas chercher à savoir et cacher tout ce que l’on sait semble être la stratégie gouvernementale de lutte contre les rumeurs.

Les victimes de la catastrophe nucléaire n’ont pas fini de souffrir avec une telle politique…

Tchernobyl, trente ans après

Rappelez-vous, il y a 30 ans, quelques vidéos :

Et 30 ans après ? L’ACRO a mis en ligne le bilan de sa cartographie citoyenne de la pollution rémanente de Tchernobyl en France et en Europe. Voir le site Internet dédié.

Pour changer, Tchernobyl

L’ACRO poursuit sa campagne de cartographie de la pollution rémanente liée aux retombées de la catastrophe de Tchernobyl. Les résultats sont mis en ligne au fur et à mesure sur le site Internet dédié.

Des échantillons prélevés dans les Alpes françaises et autrichiennes font apparaître une forte contamination. Les résultats de la partie française sont aussi détaillés dans le rapport pour l’association Les Enfants de Tchernobyl.