L’AIEA va examiner les rejets en mer de Fukushima

Le Japon et l’Agence Internationale de l’énergie atomique (AIEA) viennent de signer un accord à propos de l’eau contaminée de Fukushima qui doit être rejetée dans l’océan, conformément à la décision du gouvernement. Selon le communiqué de l’agence de l’ONU, cette dernière va examiner les différentes étapes du plan de rejet, à savoir :

  • la caractérisation des effluents avant rejet,
  • les aspects de sûreté,
  • la surveillance de l’environnement,
  • l’évaluation du calcul d’impact et
  • les contrôles du régulateur japonais.

L’accord n’est pas public, mais cela ressemble essentiellement à un examen de dossiers. TEPCo, dans son communiqué, parle de “revue”. Les médias japonais mentionnent que quelques prélèvements seront effectués lors des missions de l’AIEA sur place. Pas sûr que cela suffise à rassurer les Japonais et les autres pays, comme le prétend l’AIEA dans son communiqué. D’autant plus que l’agence n’a jamais rien trouvé à redire en 10 ans. Il n’y a donc pas grand chose à attendre de cet accord.

Rejets dans l’océan de l’eau contaminée : quels contrôles ?

TEPCo et les autorités ont décidé de rejeter dans l’océan l’eau contaminée qui s’accumule dans les cuves, après traitement. Pour le tritium, qui ne peut pas être filtré, la stratégie va consister à diluer cette eau de façon à ce que la concentration passe sous la limite de 1 500 Bq/L. Comment se fera le contrôle ?

TEPCo va d’abord effectuer une mesure de la contamination en tritium de l’eau qu’elle souhaite rejeter afin de déterminer le facteur de dilution à appliquer. Puis, une fois la dilution effectuée, des prélèvements auront lieu lors du rejet en mer. Mais, étant donné le délai nécessaire à la mesure, l’eau sera rejetée avant de connaître le résultat, selon le Maïnichi. Ce contrôle supplémentaire, en cours de rejet, a pour but de vérifier qu’il n’y a pas de dysfonctionnement et que la dilution dans de l’eau de mer se passe comme prévu. Pour attendre le résultat des contrôles avant rejet, il faudrait installer des cuves tampon qui vont compliquer les procédures et les rendre plus onéreuses. TEPCo préfère l’éviter. Elle doit soumettre sa procédure à l’Autorité de régulation nucléaire.

Mais, il n’y a pas que le tritium dans cette eau. Il faut aussi s’assurer que la contamination résiduelle de 63 autres radioéléments est bien inférieure aux limites autorisées. TEPCo a commencé à traiter une deuxième fois l’eau qui n’avait pas été traitée correctement. Les premiers tests étaient concluants et la compagnie a publié ses données relatives à la contamination résiduelle.

TEPCo a demandé à un laboratoire tiers, dont le nom n’est pas donné, de refaire les mesures et elle vient de rendre les résultats publics. Ils sont cohérents avec les siens. Mais le laboratoire tiers a mis deux mois pour analyser un échantillon, tout comme TEPCo. Ces délais doivent être réduits. Autre problème : comme il devra contrôler en continu, il doit s’assurer de bien disposer d’appareils redondants et de personnel qualifié en nombre suffisant afin de pouvoir faire face à une défaillance.

Les déchets issus de traitement de l’eau posent aussi un problème, comme nous l’avons rapporté. Leur contamination devrait aussi être contrôlée par des tiers…

Le Japon suspend la pêche du sébaste noir

Les autorités japonaises viennent de suspendre la pêche au sébaste noir (kurosoï en japonais), après qu’un spécimen dépassant la contamination maximale autorisée ait été pêché au large de Minami-Sôma. C’est la première fois en 14 mois qu’une telle mesure est prise.

Le spécimen pêché le 1er avril (!) avait une contamination en césium de 270 Bq/kg alors que la limite autorisée est de 100 Bq/kg. D’autres sébastes dépassant la limite avaient aussi été capturés en février dernier. Comme les pêcheurs appliquent une limite plus stricte, fixée à 50 Bq/kg, ils avaient déjà suspendu la commercialisation de cette espèce.

Les dernières restrictions sur la pêche avaient été levées en février 2020 et les pêcheurs de Fukushima avaient capturé 3 tonnes de sébastes noirs en 2020, soit moins de 1% de leur prises.

Sans surprise, le gouvernement choisit le rejet en mer pour l’eau

Sans surprise, le gouvernement japonais a choisi le rejet en mer pour l’eau contaminée accumulée depuis 10 ans dans des cuves à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela faisait quelques mois voire des années qu’il procrastinait. Comme nous le rappelions dans notre bilan chiffré publié à l’occasion du dixième anniversaire de la catastrophe nucléaire, TEPCo a accumulé plus d’1,2 million de mètres cube et le stock augmente chaque jour. La place devrait commencer à manquer sur le site de la centrale en 2022. Et comme il faut 2 ans pour construire une installation de rejet et instruire le dossier d’autorisation, le calendrier est tendu.

A l’origine, les autorités voulaient laisser passer les Jeux olympiques, mais ils ont été reportés d’un an. Il y a surtout les difficultés internes puisque l’opposition au rejet est très forte localement. Aussi bien les coopératives de pêche que les élus locaux sont contre. En juin 2020, 17 communes de Fukushima avaient aussi pris position contre, tout comme l’industrie de la pêche. Même Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU depuis 2014 sur les implications pour les droits humains de la gestion et de l’élimination écologiquement correcte des substances et déchets dangereux, s’en est mêlé dans une tribune. Lors de la consultation publique, 4 011 avis ont été déposés et quasiment tous étaient opposés au rejet. 

Cette eau aurait dû être décontaminée par la station de traitement ALPS qui filtre 62 radioéléments, mais TEPCo a mal travaillé et 72% du stock a une concentration résiduelle qui dépasse les autorisations de rejet en mer. Ce n’est qu’en septembre 2018 que la compagnie l’a reconnu, lors de réunions publiques pour expliquer… le rejet en mer. Depuis, la compagnie s’est engagée à reprendre de traitement de cette eau de façon à avoir une contamination résiduelle pour ces 62 radioéléments dans les limites autorisées. Les premiers tests effectués à l’automne 2020 étaient concluants, mais ne concernaient qu’un tout petit volume. Combien de temps il faudra pour tout reprendre ? Pas de communication sur le sujet.

Officiellement, après un traitement correct, il ne resterait plus que du tritium, de l’hydrogène radioactif qui est très difficile à filtrer puisqu’il entre dans la composition de la molécule d’eau. Dans les faits, il y a d’autres radioéléments dans cette eau qui ne sont pas filtrés et qui seront rejetés, comme TEPCo l’a reconnu très récemment : c’est le cas notamment du carbone-14 et du technétium-99. Ils seront rajoutés au bilan des éléments rejetés pour vérifier la conformité avec les autorisations de rejet.

En ce qui concerne le tritium, qui est le radioélément le plus abondant dans l’eau après traitement, le stock s’élèverait à 860 TBq dans les cuves ce qui est largement plus que la limite annuelle de rejet fixée à 22 TBq. TEPCo veut donc étaler ses rejets sur une trentaine d’années pour respecter cette limite. Il y a encore du tritium dans les combustibles usés et dans les sous-sols des réacteurs. Le rejet pourrait donc prendre plus longtemps. Un des arguments avancés pour le rejet en mer est la fragilité des cuves en cas de séisme, mais même avec rejet, il faudra qu’elles tiennent des décennies. 

Du tritium des nappes phréatiques s’écoule en mer actuellement, soit directement, soit via les pompages mis en place par TEPCo. En amont des réacteurs, au pied des cuves, le but est de réduire les flux afin de limiter les infiltrations dans les sous-sols des réacteurs. En aval, le but est de réduire les rejets radioactifs en mer.  Le niveau de contamination résiduelle est évalué avant rejet. Est-ce que ces rejets seront pris en compte dans le total ?

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Orano de La Hague est, pour le seul tritium, de 18 500 TBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11 400 et 13 200 TBq par an. Le stock dans les cuves représente environ un mois de rejet à La Hague… Le Japon ne pouvait pas reculer sur le rejet en mer, car il veut toujours démarrer sa propre usine de retraitement, à Rokkashô-mura, même si elle a déjà accumulé 25 années de retard. La valeur cible pour les rejets en tritium y est de 9 700 TBq par an (source).

A noter que la limite de 22 TBq/an pour les rejets en mer à Fukushima est inférieure à l’autorisation de rejet des installations françaises le long de la Loire. Pour Chinon, par exemple, la limite de rejet dans le fleuve est de 80 TBq/an (source). Et ce tritium se retrouve dans l’eau du robinet en aval, comme l’a montré l’ACRO

Par ailleurs, la concentration moyenne en tritium dans les cuves est de 730 000 Bq/L et dépasse donc la concentration maximale autorisée pour les rejets en mer, qui est de 60 000 Bq/L. TEPCo va donc diluer cette eau avant rejet de façon à avoir une concentration inférieure à 1 500 Bq/L. C’est cette limite qui est utilisée actuellement pour l’eau des nappes phréatiques car le tritium n’est pas le seul radioélément contaminant.

La contamination résiduelle avant rejet n’est pas bien connue et TEPCo a refusé tout contrôle indépendant. Aucune étude d’impact détaillée du rejet n’a été produite en dix ans et encore moins discutée. Il faut croire TEPCo et les autorités sur parole. La défiance de la population et des pêcheurs est donc légitime. Le communiqué de TEPCo sur la décision gouvernementale est un modèle de langue de bois qui ne répond à aucune des inquiétudes. Le seul impact négatif reconnu est sur la réputation (les fameuses “rumeurs néfastes”) que la compagnie s’engage à indemniser… Mettre en ligne une photo de l’eau décontaminée ne suffira pas !

Les autorités ne sont pas en reste. L’agence de la reconstruction a lancé une campagne d'”information”, à quelques millions de yens, avec le tritium, représenté comme un personnage à l’apparence inoffensive, pour lutter contre les “rumeurs néfastes” :

Il fallait oser ! Encore plus débilisant que la plante en pot du ministère de l’environnement avec de la terre radioactive mise en avant il y a un an. Mais, devant le tollé, l’agence de la reconstruction a dû retirer ses vidéo et plaquette de son site Internet, selon le Japan Times (voir le communiqué en japonais). C’est pour se laisser le temps de préparer cette campagne que le gouvernement a tant tardé à décider ?

Mise à jour du 16 avril 2021 :

Alors que 3 experts de l’ONU critiquent, dans un communiqué de presse, la décision japonaise de rejeter en mer, l’eau contaminée, TEPCo prend plusieurs engagements dans une note (copie). Même s’il y a beaucoup de bla-bla, TEPCo s’engage notamment à traiter l’eau autant de fois que nécessaire pour passer sous les concentrations maximales autorisées, à faire un contrôle avant rejet et à en publier les résultats. Elle parle aussi, pour la première fois, de contrôle par un tiers, sans en dire plus sur qui fera les mesures. La compagnie va aussi étendre sa surveillance de l’environnement en impliquant des tiers, mais en se focalisant sur le tritium, alors qu’il y a de nombreux autres radioéléments qui mériteraient d’être aussi contrôlés.

TEPCo dit aussi qu’en 2025, la quantité d’eau qui s’infiltre dans les sous-sols, se contamine et s’accumule sera réduite à environ 100 m3 par jour, sans dire comment elle va s’y prendre.

Un autre document, plus court, reprend les engagements de la compagnie.

Mise à jour du 22 avril 2021 :

La plaquette d'”information” (copie) a été rééditée et le tritium est désormais représenté par un T cerclé…

Avant :

Après :

Denstu, la principale agence de communication du Japon, très proche du parti libéral démocrate, au pouvoir, s’est surpassée ! Son slogan : “Champions for meaningful progress” (sic).

Rejet de l’eau contaminée dans l’océan : le Japon va demander l’aide de l’AIEA

Le Japon s’est finalement décidé à accepter la proposition de l’AIEA à l’aider à faciliter le rejet dans l’océan de l’eau partiellement décontaminée qui s’accumule à la centrale de Fukushima daï-ichi. Le ministre de l’industrie a demandé à l’Agence de l’ONU d’évaluer, de manière “scientifique et objective”, l’impact du rejet et d’informer le monde des résultats obtenus.

Au tout début de la catastrophe, l’AIEA n’avait rien trouvé à redire quand le Japon avait initialement fixé le niveau de la catastrophe en cours à 5 sur l’échelle internationale INES qui en compte 7. Elle n’avait transmis aucune information pertinente, se contentant de relayer la parole des autorités japonaises. Son rapport de 2020 sur l’eau contaminé ne faisait qu’avaliser tout ce que propose le gouvernement japonais sans apporter de proposition. L’AIEA ne proposait même pas l’idée de faire des analyses indépendantes.

Le gouvernement japonais a demandé à l’AIEA d’évaluer les méthodes, la gestion et les installations avant le rejet, et qu’ils assurent le contrôle de la qualité et la surveillance de l’environnement une fois les rejets commencés. Pas un mot, semble-t-il, sur le fait que 72% du stock n’ait pas été traité correctement et qu’il faudra le reprendre.    

Bon, même si rien n’est encore officiellement annoncé, c’est un pas de plus du gouvernement vers le rejet en mer. Il a pris beaucoup de retard car la place va manquer en 2022 et il faut du temps pour construire les installations de rejet. A moins que les travaux aient déjà commencé.

Pour un point sur l’eau contaminée, lire notre dernier bilan chiffré de la catastrophe nucléaire.

Deux synthèses sur l’évolution de la contamination radioactive à Fukushima

Un article de revue synthétise les connaissances acquises sur la contamination de l’environnement terrestre à Fukushima et son évolution. Il est en accès payant, mais l’IRSN en a mis une version gratuite en ligne.

L’AIEA a aussi publié une synthèse des connaissances sur les transferts des radioéléments dans l’environnement de Fukushima. Le document est en libre accès ici.

Le gouvernement reporte l’annonce de sa décision concernant le rejet en mer de l’eau partiellement décontaminée

Comme nous l’avions mentionné récemment, selon les médias japonais, le gouvernement devait annoncer qu’il avait choisi le rejet en mer de l’eau accumulée à Fukushima, après une nouvelle décontamination partielle. Mais les pêcheurs et plusieurs communes y sont farouchement opposés. Lors de la consultation, 4 011 avis ont été déposés et quasiment tous étaient opposés au rejet. Le gouvernement a donc décidé de reporter l’annonce de sa décision…

Officiellement, il n’y aurait plus d’urgence à trancher et il faut prendre le temps de prendre en compte les différentes opinions. Jusqu’à présent, la saturation du site était prévue en 2022 et, en considérant, les deux années nécessaires pour construire des installations de rejet validées par l’autorité de régulation nucléaire, le gouvernement aurait dû décidé cet été. Mais, selon l’Asahi, l’eau s’accumulerait un peu moins vite que prévu et TEPCo a trouvé un peu de place pour mettre plus de cuves. Le gouvernement et la compagnie pourraient ainsi gagner deux années supplémentaires à convaincre les pêcheurs.

En effet, en août 2015, le PDG de TEPCo s’était engagé auprès des pêcheurs à ne procéder à aucun rejet sans avoir obtenu leur accord. Et les deux parties étaient alors parvenues à un accord pour le rejet de l’eau souterraine contaminée, après décontamination partielle (voir les explications de l’époque). Les autorités et TEPCo continuent à voir les pêcheurs comme les seuls propriétaires de l’océan…

Rappelons que l’eau destinée à être rejetée ne contient pas que du tritium, comme les autorités et TEPCo ont réussi à le faire croire, mais de nombreux autres radioéléments, partiellement filtrés, voire pas filtrés du tout, comme le carbone-14 et le technécium-99.

Alors que le gouvernement doit annoncer qu’il a choisi le rejet en mer, TEPCo publie des résultats partiels pour les essais sur un second traitement de l’eau contaminée

Selon les médias japonais, le gouvernement devrait annoncer, d’ici la fin du mois, sa décision quant au devenir de l’eau contaminée accumulée dans des cuves, et sans surprise, ce sera le rejet dans l’océan. Cette décision, attendue pour l’été 2020, mettra fin à 7 années de Kabuki durant lesquels il a été considéré des solutions alternatives stupides comme évaporer ce stock d’eau (plus d’un million de mètres cube, tout de même !) ou l’injecter dans les sous-sols. Des réunions d’information avec les élus locaux auraient eu lieu pour préparer l’annonce.

Les pêcheurs locaux sont contre, comme nous l’avons mentionné. Plusieurs communes aussi. La Corée du Sud est très active dans son opposition à ce rejet dans l’Océan. L’annonce de la décision de rejet devrait donc être accompagnée d’un plan de surveillance de l’environnement et de lutte contre les “rumeurs néfastes”… Une fois la décision prise, il faudra encore construire des installations de rejet et les faire valider la l’Autorité de régulation nucléaire. Cela pourrait prendre deux ans.

Au 22 octobre 2020, le portail dédié à l’eau contaminée de TEPCo, fait état d’un stock de 1,234 millions de mètres cubes d’eau “traitée” accumulée dans des cuves. Mais une large partie du stock (environ 72%) a n’a pas été traitée convenablement, et les concentrations résiduelles pour certains éléments dépassent les concentrations maximales autorisées pour rejet en mer. Il faut donc traiter une deuxième fois cette eau.

Comme annoncé en septembre dernier, les premiers tests ont démarré sur 2 000 m3. La compagnie vient de publier un premier bilan à mi-parcours, après avoir traité 1 000 m3. TEPCo a retenu 7 radioéléments majeurs pour lesquels elle somme les ratios entre la concentration résiduelle et l’autorisation de rejet. Cette somme atteignait 3 791 pour un premier échantillon et 153 pour un autre, avant les tests. La somme des ratios pour ces 7 radioéléments majeurs serait passée de 2 188 à 0,15 pour le premier échantillon (TEPCo n’explique pas la différence entre les deux valeurs avant traitement). Dans ce mélange, les radioéléments qui dépassaient la limite autorisée étaient le césium-137, les strontium-90 et -89, et dl’iode-129. Pour le stontium-90, la concentration résiduelle atteignait 64 640 Bq/L, à comparer aux 30 Bq/L maximum autorisés avant rejet en mer ! Le strontium-89 ne fait pas partie du groupe de 7 radioéléments supposés majeurs et a dû être rajouté…

TEPCo va poursuivre les analyses pour déterminer les concentrations résiduelles de 54 autres radioéléments traités, auxquels elle compte ajouter le tritium et le carbone-14, non traités. Rappelons qu’il a fallu presque 10 ans à la compagnie pour reconnaître qu’il restait du carbone-14 dans l’eau contaminée, comme nous l’avons révélé en septembre dernier. Et TEPCo ne parle déjà plus du Technécium-99, déjà oublié.

Courage, il ne reste plus qu’un million de mètres cubes environ à reprendre…

L’industrie de la pêche à Fukushima fermement opposée au rejet en mer de l’eau partiellement décontaminée

Alors que le gouvernement s’apprête à annoncer le rejet en mer de l’eau partiellement décontaminée, les coopératives de pêche de Fukushima sont contre et elles le font savoir. Elles craignent pour leurs ventes. Lors de la dernière des 7 réunions entre le gouvernement et les pêcheurs, qui a eu lieu à Tôkyô, le 8 octobre, les représentants des pêcheurs ont réitéré leur position en soulignant qu’elle était unanime et qu’il n’y avait pas de compromis possible.

L’industrie de la pêche souffre encore des conséquences de la catastrophe nucléaire. En 2019, elle a capturé un total de 3 600 tonnes, ce qui représente 14% du niveau d’avant la catastrophe. Et, comme nous l’avons mentionné, les pêcheurs veulent reprendre la pêche de toutes les espèces à partir d’avril 2021.

Ces consultations, débutées en avril 2020, ont permis d’auditionner 43 personnes, représentatives de 29 organisations. Le gouvernement doit maintenant décider, mais il n’y a pas de suspense : ce sera le rejet en mer. Reste à savoir quand et comment il va l’annoncer.

Les coopératives de pêche envisagent une reprise complète de leurs activités à partir d’avril 2021

Lors d’une réunion à Iwaki le 29 septembre, la fédération régionale des coopératives de pêche de Fukushima s’est fixé comme objectif la reprise de l’ensemble des opérations de pêche commerciale en avril prochain. Les contrôles effectués à l’issue de captures test a permis de lever toutes les interdictions, y compris pour les poissons plats, comme les raies, dont l’alimentation dépend des fonds marins, plus contaminés.

Le calendrier de reprise en fonction des zones de pêche devrait être précisé au début 2021. Cependant, La zone proche de la centrale de Fukushima daï-ichi pourrait être évitée encore un certain temps. Il faut aussi consolider les circuits de commercialisation.

Les pêcheurs sont très inquiets du projet de rejet en mer de l’eau contaminée contenue dans les cuves à la centrale de Fukushima daï-ichi. Lors de l’assemblée générale de juin, la fédération a approuvé une résolution spéciale demandant une “objection absolue” au rejet dans l’océan.

Le Fukushima Minpo, qui relate l’information, rappelle aussi les principales dates depuis la catastrophe nucléaire :
• 15 mars 2011 : La fédération régionale des coopératives de pêche de Fukushima décide de suspendre la pêche côtière.
• 7 avril 2011 : Début de la surveillance de la contamination dans l’environnement pour les fruits de mer.
• 22 juin 2012 : Le gouvernement ordonne la limitation de la commercialisation de 36 espèces de poissons et lève l’interdiction pour les jeunes lançons.
• Le 25 juin 2012 : Première livraison de poissons capturés lors d’opérations de test.
• 28 août 2013 : La pêche expérimentale est suspendue et reportée en raison de la découverte de fuites radioactives à la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi.
• 24 septembre 2013 : Reprise de la pêche expérimentale et suspension volontaire des opérations dans la zone maritime située dans un rayon de 20 km autour de l’usine.
• 28 février 2017 : Zone de pêche restreinte réduite à un rayon de 10 km de l’usine.
• 25 février 2020 : Le gouvernement lève l’interdiction d’expédition de la raie commune, permettant la commercialisation de toutes les espèces de poissons.