Les investigations de l’Autorité de régulation nucléaire pour comprendre l’accident à la centrale de Fukushima suspendues à cause de la COVID-19

En octobre 2019, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) avait relancé ses investigations pour comprendre le déroulement de l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi, profitant de la baisse des niveaux d’exposition à la radioactivité pour effectuer des inspections sur place. En décembre 2019, une vidéo avec des images impressionnantes de l’intérieur du bâtiment réacteur n°3 avaient été mise en ligne.

Le Japan Times, qui reprend une dépèche de l’agence Kyodo, annonce que ces inspections sont suspendues à cause de la COVID-19, afin de protéger les 4 000 travailleurs qui interviennent sur le site de la centrale accidentée.

Fin mars 2020, la NRA avait fixé 7 priorités et prévoyait d’envoyer des inspecteurs toutes les semaines ou quinzaines en avril et en mai. Mais, avec la déclaration de l’état d’urgence sanitaire à Tôkyô, le 7 avril, étendue à tout le pays le 16 avril, elle a dû suspendre ces déplacements. En effet, l’apparition d’un foyer de contamination au coronavirus sur le site de la centrale pourrait entraîner la suspension de nombreux travaux, dont certains sont importants pour maintenir la sûreté des installations.

Bien que l’état d’urgence soit maintenant levé, les inspections ne pourront pas être relancées rapidement car les fortes chaleurs estivales rendent le port des équipements de protection insupportable. Les investigations reprendront donc à l’automne et le rapport ne sera pas rendu avant la fin de l’année, comme prévu initialement.

Réévaluation du risque tsunami : Fukushima daï-ichi pourrait à nouveau être inondée

Le groupe d’experts gouvernemental a révisé l’évaluation du risque de tsunami suite à un fort séisme qui aurait lieu dans le Pacifique, au large du Japon. Au niveau de la fosse Chishima, la magnitude pourrait atteindre 9,3 et la secousse sur l’île de Hokkaïdô pourrait atteindre une magnitude supérieure à six sur l’échelle japonaise qui va jusqu’à 7. La vague de tsunami pourrait atteindre jusqu’à presque 30 m de haut sur le rivage.

En cas de séisme dans la fosse du Japon, qui pourrait atteindre une magnitude de 9,1, ce sont les provinces d’Iwaté et Miyagi qui seraient les plus touchées, comme en 2011. Là encore, la secousse et la vague pourraient atteindre des niveaux similaires à ceux calculés pour Hokkaïdô.

Le groupe d’experts a aussi calculé la hauteur potentielle de la vague à Futaba : 13,7 m. C’est plus haut que la nouvelle digue de 11 m de haut qui protège la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. TEPCo a dit qu’elle allait étudier cette nouvelle évaluation. Espérons qu’elle agira plus rapidement que par le passé où sa procrastination lui a été fatale.

Plusieurs bâtiments publics, dont des mairies, pourraient aussi être inondés.

En revanche, le groupe d’experts ne connait pas la probabilité de survenue d’un tel séisme, il note que la fréquence est d’environ un tous les 300 ou 400 ans et que la dernière fois, c’était au 17ième siècle !

Rapport de l’AIEA sur l’eau contaminée : rien de pertinent

Le gouvernement japonais a demandé à l’AIEA, basée à Vienne, d’évaluer son plan de gestion de l’eau contaminée. L’agence de l’ONU vient de mettre en ligne son rapport qui ne contient rien de neuf. Il ne fait qu’avaliser tout ce que propose le gouvernement japonais sans apporter de proposition. L’AIEA ne propose même pas l’idée de faire des analyses indépendantes…

A noter, que le chef de l’équipe d’évaluation, Christophe Xerri, travaillait pour Mitsubishi Nuclear Fuel (MNF) au moment de l’accident. Il faisait donc partie du “village nucléaire japonais”. Ce conflit d’intérêt n’est même pas signalé, tout comme il n’était pas signalé dans le rapport de la dernière délégation de l’AIEA à Fukushima. Une autre membre de l’équipe d’évaluation, Masahiro Yagi, était directeur des situations d’urgence de la NISA au moment de la catastrophe nucléaire… Ce n’est pas mentionné, non plus.

Depuis le début de cette catastrophe nucléaire, l’AIEA se contente de copier les informations officielles japonaises sans exercer la moindre analyse critique et n’a rien apporté de pertinent.

Avant la catastrophe nucléaire de Fukushima, l’autorité en charge de la sûreté au Japon (NISA) dépendait du ministère de l’industrie et se préoccupait plus de la promotion du nucléaire que de sa sûreté. Une des grandes leçons de cette catastrophe a été la création d’une autorité de régulation nucléaire indépendante. L’AIEA n’a rien changé de son fonctionnement bien qu’elle n’ait pas pu empêcher cette catastrophe. Sa principale activité reste la promotion de l’énergie nucléaire, sans la moindre remise en cause. Elle n’empêchera donc pas la prochaine catastrophe…

1 370 milliards de yens pour récupérer le corium des réacteurs 2 et 3

Selon l’Asahi, TEPCo a estimé que le retrait du corium de deux des trois réacteurs accidentés durera 12 ans et lui coûtera 1 370 milliards de yens (11,5 milliards d’euros). Il n’y pas d’estimation pour le réacteur n°1, car la compagnie ne sait pas encore comment s’y prendre.

Les investigations complémentaires et la décontamination des lieux d’intervention devrait coûter 330 millions de yens (2,75 milliards d’euros), les premiers tests dans le réacteur n°2, 20 milliards de yens (167 millions d’euros) et la construction des installations pour le retrait du corium des réacteurs 2 et 3, 1 020 milliards de yens (8,5 milliards de yens).

TEPCo prévoit toujours de commencer par le réacteur n°2 avant la fin de 2021. Et pour le réacteur n°3, qui contenait du combustible MOx, ce sera avant 2031.

La compagnie prévoit 79 milliards de yens (658 millions de yens) de bénéfice en 2019, en baisse de 66% par rapport à 2018. Mais elle continue à être aidée par le gouvernement, qui lui a prêté près de 80 milliards d’euros, sans intérêt.

Les informations de TEPCo sont ici en japonais.

Fukushima 50

Le film japonais “Fukushima 50“, réalisé par Setsurô Wakamatsu, vient de sortir au Japon. Il retrace les premiers jours de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. La date de sortie en Europe n’est pas encore connue. Il est basé sur le récit de Ryūshō KADOTA (門田 隆将), 死の淵を見た男 吉田昌郎と福島第一原発の五〇〇日, paru en 2012, traduit en anglais sous le titre “On the Brink: The Inside Story of Fukushima Daiichi“.

Ryūshō KADOTA a interrogé plus de 90 personnes, dont de nombreux travailleurs présents, ainsi que le directeur de l’époque, Masao Yoshida, maintenant décédé et le premier ministre Naoto Kan. Il a voulu rendre un hommage à ces travailleurs qui ont risqué leur vie pour sauver le Japon.

N’ayant pas vu le film, il est difficile d’en dire plus. C’est Ken Watanabe qui joue le rôle de Yoshida. Les autres personnages ont été recréés pour le film à partir de plusieurs travailleurs bien réels. Le film dure deux heures.

Voir la bande annonce internationale, sous-titrée en anglais :

Fausses nouvelles et vrais mensonges sur Fukushima

Le Blog de Fukushima vient de publier une série en trois épisodes sur les nombreuses infox relatives à l’accident de Fukushima. Il s’agit d’un gros travail, très utile.

A lire :

Niveaux d’irradiation élevés dans le réacteur n°2

L’autorité de régulation nucléaire a envoyé un robot faire des mesures de débit de dose dans la bâtiment réacteur n°2. Les opérations, qui font partie des investigations pour comprendre le déroulé de l’accident, ont été montrées aux médias.

C’est le niveau au dessus du cœur qui a été investigué. Et juste au-dessus du cœur, il y avait 683 mSv/h, à comparer aux 20 mSv/an à ne pas dépasser pour les travailleurs. Cette zone reste interdite d’accès aux humains.

TEPCo va augmenter le nombre de ses employés à la centrale de Fukushima daï-ichi

Suite à une série de problèmes et d’erreurs à la centrale de Fukushima daï-ichi, TEPCo, qui s’est fait sermonner par l’Autorité de régulation nucléaire, s’est engagée à augmenter son personnel sur place, afin de mieux superviser ses sous-traitants. Il devrait y avoir entre 70 et 90 personnes supplémentaires. En octobre dernier, il y avait 1 070 employés de TEPCo à la centrale accidentée.

Pour l’Autorité, c’est d’abord la réduction de coûts qui est responsable des problèmes.

Vidéo de l’intérieur du bâtiment réacteur n°3

L’autorité de régulation nucléaire a mis en ligne une vidéo qu’elle a prise lors d’une inspection à l’intérieur du bâtiment réacteur n°3. Les images datent du 12 décembre 2019.

Le “blog de Fukushima” publie des images extraites de la vidéo.

Les inspecteurs cherchaient notamment à comprendre l’origine de l’explosion hydrogène qui a soufflé le bâtiment. Par où est passée la vapeur d’eau qui a entraîné l’accumulation d’hydrogène au tout début de la catastrophe ?

La vidéo de 16 minutes est impressionnante. Elle commence par une description des équipements de protection (3 épaisseurs de gants, masque intégral…). A l’arrivée au 2ième niveau (2F), vers 1:18, des débris jonchent le sol. La montée au troisième niveau se fait en marchant sur des gravats. Arrivé au troisième niveau, ce sont de gros débris qui entravent la route. A 6:40, on voit une poutre en béton effondrée.

Les inspecteurs n’ont pas pu aller plus haut que le 3ième niveau (2ième étage), à cause des débris qui bloquaient le passage (poutres, tuyaux…). Le démantèlement de la partie supérieure est allé jusqu’au 5ième niveau. Tout au long du périple, les débits de dose sont régulièrement annoncés : ils sont tous de quelques milisieverts par heure, sachant que la limite de dose est d’un millisievert par an pour le public et 20 mSv/an pour les travailleurs du nucléaire. Des points chauds ont été relevés à chaque niveau, de 20 à 50 mSv/h au troisième, allant jusqu’à 150 mSv/h au deuxième.

Les inspecteurs auraient pris une dose totale de 3,72 mSv. Si l’intervention a duré 15 minutes, comme le film, cela fait une moyenne de 15 mSv/h dans le bâtiment réacteur. Difficile d’y envoyer des hommes travailler.

Le rapport de cette investigation est attendu pour le début 2020.