TEPCo reporte encore la reprise du corium à Fukushima daï-ichi

Les premiers essais consistant à récupérer quelques grammes de corium – ce mélange très irradiant de combustible nucléaire fondu et de débris – étaient initialement prévus pour 2021, juste avant le dixième anniversaire dans le réacteur n°2. La covid avait été invoquée lors du premier report. Cette fois-ci, l’essai devait se faire avant la fin de l’année fiscale qui se termine le 31 mars prochain. Ce ne sera pas avant l’automne 2024. Le bras du robot prévu ne serait pas assez précis. Un autre robot va donc être testé.

La reprise du corium est le plus grand défi auquel fait face le Japon car la technologie reste à développer. Sur la figure ci-dessous, reprise du site internet du ministère de l’économie (METI) du Japon, on voit une photo du bras articulé du robot en cours de test à Naraha et un schéma avec son installation prévue sur le réacteur n°2 (cliquer pour élargir).

Une réplique du réacteur n°2 avec l’ouverture X-6 qui sera utilisée pour accéder au corium a été construite dans le Naraka Center for Remote Control Technology Development. Voir la photo extraite de ce document qui permet de mieux se représenter la taille de l’objet : 

L’accès X-6 est bouché et TEPCo est en train de repousser les débris qui barrent l’accès à l’enceinte de confinement. La photo ci-dessous, extraite de cet article du METI, montre l’accès X-6 du réacteur n°5 qui n’a pas subi de fusion du coeur ni d’explosion hydrogène :

Et pour le réacteur n°2, des photos et des explications succinctes sont disponibles ici sur le site de TEPCo. On voit aussi l’appareil développé pour libérer l’accès. Cela consiste, dans un premier temps, en un jet d’eau basse pression pour pousser le dépôt granuleux. On peut voir les progrès dans cette nouvelle série de photos publiées sur le site de TEPCo, accompagnées d’explications toutes aussi succinctes.

Pour avoir une vue d’ensemble de l’avancement des travaux à la centrale de Fukushima daï-ichi, on peut aussi se référer à cette présentation publiée sur le site du METI.

Malgré ces trois années de retard, TEPCo s’accroche à son planning officiel de terminer le démantèlement de toute la centrale avant 2051.

En 2019, un robot avait soulevé quelques grains de corium dans ce même réacteur, avant de les laisser sur place. Une vidéo est disponible.

La centrale nucléaire de Shika secouée au-delà des estimations du référentiel de sûreté

Selon l’Autorité de régulation nucléaire (NRA), le fort séisme le 1er janvier dernier sur la péninsule de Noto a infligé à certaines parties de la centrale nucléaire de Shika des contraintes qui ont dépassé la limite prévue dans la conception de l’installation. Mais le refroidissement des combustibles nucléaires usés est assuré et il n’y a pas de problème de sûreté pour les deux réacteurs à l’arrêt depuis 2011.

Le séisme a atteint une intensité maximale de 7 sur l’échelle d’intensité sismique du Japon à Shika. Les différentes parties d’une centrale nucléaire réagissent différemment à l’activité sismique. Chaque installation et équipement a une période particulière où il est le plus vulnérable aux secousses. Durant ces périodes spécifiques, l’exploitant estime l’accélération de l’intensité maximale acceptable. Lors du séisme du 1er janvier, l’accélération lors des secousses a légèrement dépassé les niveaux acceptables pour certaines périodes. Mais les installations importantes pour la sûreté telles que les bâtiments réacteurs et les cuves sous pression ne se trouvaient pas dans des périodes sensibles.

Toujours selon la NRA, 18 des 116 balises de surveillance de la radioactivité n’ont pas été fonctionnelles, principalement à une quinzaine de kilomètres au nord de la centrale. Suite aux vérifications effectuées sur place, le problème viendrait d’un dysfonctionnement des communications. Or, ces balises sont utilisées pour décider si une évacuation est nécessaire en cas d’accident nucléaire…

Le nombre de balises inopérantes a progressivement diminué depuis le séisme. Le 10 janvier à 10h50, il en restait encore 7 hors d’usage.

Hokuriku Electric Power Co., l’exploitant, a signalé que de l’eau avait débordé des piscines de combustible usé des deux réacteurs. Il y a 1 657 assemblages en tout dans les piscines de refroidissement. Les transformateurs des deux réacteurs ont été endommagés et ont laissé échapper de l’huile, ce qui a entraîné une perte temporaire de l’alimentation électrique de l’une des piscines de refroidissement. Les exploitants n’ont pas signalé d’autres problèmes lors de la réunion avec la NRA. Mais cette dernière estime que la compagnie devait envisager la possibilité de nouveaux dommages aux transformateurs et à d’autres équipements clés à cause des répliques sismiques qui se poursuivent.

Le président de la NRA, Shinsuke Yamanaka, a demandé à la compagnie d’enquêter de manière approfondie sur la cause des dommages subis par les transformateurs qui a partiellement empêché la centrale de Shika de recevoir de l’électricité en provenance de l’extérieur et de rendre compte rapidement de ses conclusions. Il a ajouté que l’activité des failles sous-marines qui a déclenché le dernier séisme doit être prise en compte dans la mise à jour des normes de sûreté.

Nobuhiko Ban, un autre commissaire de la NRA, a qualifié d'”énorme problème” la perte des balises suite au séisme. M. Yamanaka a également suggéré que les plans d’urgence pour les résidents autour de la centrale soient revus.

Les réacteurs de Shika ont été mis en service en 1993 et 2006. Hokuriku Electric a, en 2014, fait une demande de redémarrage du réacteur n° 2, le plus récent. La compagnie a tourjours l’espoir de redémarrer le réacteur n° 2 d’ici 2026, mais les derniers événements et les contrôles à effectuer pourraient retarder son plan.

Fort séisme près de la péninsule de Noto et petit tsunami

Un séisme d’une magnitude de 7,6 sur l’échelle japonaise a secoué la péninsule de Noto le 1er janvier à 16h10. Une alerte au tsunami a immédiatement été lancée. Les dégâts sont importants : de nombreuses maisons anciennes n’ont pas résisté et des incendies se sont déclarés en plusieurs endroits. Environ 33 000 foyers se sont retrouvés sans électricité. Le bilan humain a augmenté jour après jour pour atteindre plus de 200 décès, le 9 janvier et plus de 100 disparus. A cette même date, il y a encore 60 000 foyers sans accès à l’eau courante et plus de 15 000 sans électricité.

Un petit tsunami d’une hauteur de 1,2 m a été observé à Wajima, ville côtière au nord de la péninsule, le 1er janvier à 16h21. Le ras de marée faisait 80 cm à Toyama et 40 cm à Kashiwazaki où il y a une centrale nucléaire de TEPCo. Il a aussi atteint les côtes coréennes. Mais l’alerte a été maintenue car d’autres vagues, potentiellement plus élevées sont possibles suite aux nombreuses répliques.

La centrale nucléaire de Shika, exploitée par Hokuriku Electric Power Co (Rikuden), est située sur la côte ouest de la péninsule, à une soixantaine de kilomètres de l’épicentre. Ses deux réacteurs sont à l’arrêt depuis mars 2011. La centrale de Kashiwazaki-Kariwa, exploitée par TEPCo dans la province de Niigata, est à 120 km environ. Ses réacteurs sont arrêtés depuis 2007 pour certains et 2011 pour d’autres, suite à des séismes. La centrale de Tsuruga, dans la province de Fukui, est à environ 220 km. Ses deux réacteurs sont arrêtés depuis 2011, le plus ancien, définitivement. Enfin, les centrales nucléaires de Kansai Electric Power Co., aussi situées dans la province de Fukui, sont à plus de 250 km. Certains réacteurs ont été remis en route : voir l’état du parc japonais.

Dès les premières heures, tous ces exploitants nucléaires ont communiqué pour signaler qu’aucune anomalie n’avait été détectée dans leurs installations. TEPCo a même signalé que tout allait bien à la centrale de Fukushima daï-ichi, située à plus de 300 km de l’épicentre, car un séisme de magnitude 3 a été ressenti dans la province de Fukushima. Mais, rapidement, il est apparu que la centrale de Shika avait subi des dommages : l’autorité de régulation nucléaire (NRA) a signalé qu’une explosion et une odeur de brûlé ont été observées près du transformateur électrique du réacteur n*2 qui est indisponible. Le transformateur du réacteur n°1 est aussi indisponible suite à une fuite d’huile.

Lors d’une conférence de presse tenue le 2 janvier, Rikuden a expliqué que la secousse la plus forte enregistrée avait une accélération de 336,4 gals horizontalement et 329,9 gals verticalement, ce qui est moins que les accélérations maximales envisagées dans le dossier de sûreté, à savoir 600 gals horizontalement et 405 gals verticalement. L’exploitant a confirmé les fuites d’huile sur les deux transformateurs : 3 600 litres pour le réacteur n°1 et 3 500 litres pour le n*2. Et le 5 janvier, la fuite au niveau du réacteur n°2 s’avère être de 19 800 litres !

Ces transformateurs servent à l’alimentation électrique depuis l’extérieur. Ainsi, les systèmes branchés sur ces deux transfo ne sont pas alimentés. En revanche, d’autres sources d’électricité sont disponibles pour les équipements importants pour la sûreté. Et les diesels de secours ont assez de carburant pour tenir 7 jours. Le refroidissement des combustibles usés est assuré. Au 5 janvier, l’alimentation électrique extérieure n’était toujours pas rétablie.

Et il a fallut attendre le 3 janvier soir pour que Rikuden explique que le niveau de l’eau de mer était monté de 3 mètres à la centrale, entre 17h45 et 18h. Le matin, la compagnie avait affirmé qu’aucune élévation du niveau de la mer n’avait été enregistrée… Et d’ajouter que le mur de protection du réacteur n*1, haut de 4 m, était incliné de plusieurs centimètres. La centrale est à 11 m au-dessus de la mer.

La centrale nucléaire de Shika a fait l’objet d’une controverse à propos de la faille sismique qui passe sous les réacteurs. Est-elle active, comme l’estime la NRA, – ce qui empêcherait la remise en service du réacteur n°1 et imposerait le renforcement de la résistance aux séismes du réacteur n°2 – ou est-elle inactive, comme l’affirme l’exploitant ? En octobre dernier, Rikuden espérait redémarrer le réacteur n°2 en 2026. Avec ce séisme, rien n’est moins sûr.