Dernier bilan de la décontamination des territoires

Le ministère de l’environnement a mis en ligne son bilan régulier de l’avancement de la décontamination et de la gestion des déchets. C’est un bilan qui reste global.

Page 6, le ministère annonce toujours un nombre total de travailleurs assez irréaliste : 13,7 millions dans les territoires évacués et 18,4 millions ailleurs, ce qui fait un total supérieur à 32 millions. Il doit plutôt s’agir du nombre de contrats CDD signés.

Le budget dédié à la fin 2018 est de 2 900 milliards de yens (23 milliards d’euros) et les volumes de sols radioactifs à stocker, à la date du mois de mars 2018 est de 9,1 millions de mètres cubes pour les territoires évacués et 7,9 millions de mètres cubes pour les autres territoires contaminés, dont 7,4 millions à Fukushima. Cela fait donc un total de 17 millions de mètres cubes. Ces déchets s’entassent un peu partout.

Le ministère présente aussi, page 7, les zones de décontamination spéciales dans les territoires dits de retour difficile. Comme nous l’avons déjà rapporté, il s’agit de réhabiliter les centres des communes de Les communes de Namié, Futaba et d’Ôkuma, pour qu’elles ne soient pas déclarées abandonnées. C’est une décision purement idéologique car il n’est pas sûr que des personnes aillent s’y installer. Les prévisions de retour sont complètement irréalistes. Il s’agit aussi de zones très contaminées de Tomioka, Iitaté et Katsurao.

Pour ce qui est du centre d’entreposage intérimaire de 16 km2 situé tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, les autorités avancent dans l’acquisition ou la location des terrains. Elles seraient arrivées à 81,7% de la surface totale. Rappelons que les déchets ne officiellement là que pour 30 ans même si personne ne sait où ils iront après. Les premiers déchets sont arrivés à Futaba et Ôkuma à la fin 2017. A la fin septembre 2018, un peu moins de 500 000 m3 y auraient été entreposés, ce qui a nécessité 75 000 transports par camion (6 m3/camion). Le Japon espère arriver à 6 millions de mètres cubes en 2020.

Page 18, le ministère présente ses projets de recyclage des sols dont la contamination en césium radioactif serait passée sous la limite de 8 000 Bq/kg. Ces projets sont décriés, mais les autorités espèrent obtenir l’assentiment des riverains… Des tests sont menés à Minami-Sôma (page 19). Tout semble si propre. Mais qu’en sera-t-il dans quelques décennies quand l’utilisation de sols recyclés sera oubliée ?

Cette option est complètement illogique. Pour les déchets dangereux, il y a généralement deux solutions : les isoler de la biosphère le temps nécessaire à leur décroissance radioactive ou les disperser comme les rejets des installations pour diluer au maximum leurs effets. Ici, le Japon a d’abord concentré les déchets avant de vouloir les éparpiller sans les diluer et une tenue des ouvrages non garantie car ce ne sont pas des centres de stockage.

Page 23, le “Fukushima Eco Tech Clean Center” est présenté. Il s’agit d’un centre de stockage de déchets dangereux qui a été converti et étendu pour accueillir les déchets radioactifs (cendres…) qui ont une activité inférieure à 100 000 Bq/kg. Même si l’entrée est à Naraha, le site est sur la commune de Tomioka. Sur cette photo prise par l’ACRO, on voit Fukushima daï-ni, au fond :

 

De la réalité virtuelle pour aider au démantèlement des réacteurs nucléaires accidentés ou de la recherche virtuelle ?

La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) a annoncé avoir réussi à reconstituer les taches de contamination à partir d’images prises dans les réacteurs accidentés. L’Agence a développé une gamma-caméra légère qui permet de reconstituer l’origine des radiations, ce qui permet d’aller au-delà de la simple mesure du rayonnement ambiant.

La JAEA a un département spécialisé dans la réalité virtuelle qui a reconstitué en images une partie de l’intérieur des réacteurs. Le but est permettre aux futurs intervenants de s’immerger virtuellement dans le réacteur afin de se préparer et de limiter le temps des interventions et l’exposition aux rayonnements. Selon les annonces récentes, outre les images en 3D et le débit de dose ambiant, il serait maintenant possible de voir les plus fortes taches de contamination radioactive.

Lors d’une visite du centre de recherche de la JAEA situé à Tomioka, l’ACRO a pu tester la salle de réalité virtuelle. Le guide a reconnu qu’elle n’avait pas encore servi aux travailleurs sur le site…

Ce centre, appelé “Collaborative Laboratories for Advance Decommissioning Science“, est aussi un centre de ressources ouvert pour des recherches sur le démantèlement avec un immense hangar pour l’accueil d’équipes extérieures. Mais il est essentiellement vide. Il y a une reconstitution d’un bout de la chambre torique :

  

Cela devrait servir à tester le colmatage des fuites, comme expliqué sur le panneau ci-dessous :

Mais personne ne travaillait sur place et aucune expérience ne semblait en préparation.

Dans un coin, quelques robots étaient exposés :

Et un écran montrait des exercices effectués par ces robots :

Là encore, le guide a reconnu que l’installation pour tester les robots n’a servi qu’à des compétitions étudiantes…

Bref, ce centre apparaissait plus comme un centre de promotion auprès du public des activités de la JAEA que d’un véritable centre de recherche qui doit faire face à l’un des grands défis du Japon, à savoir démanteler les réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il paraît qu’une cinquantaine de personnes y travaillent. Les plans gouvernementaux de revitalisation de la région par le développement de laboratoires de recherche ne semblent pas très efficaces. Pourtant, ils bénéficient de beaucoup d’argent public.

Il est donc difficile de savoir si les annonces de la JAEA constituent une véritable avancée ou seulement une opération de communication.

Gestion des forêts contaminées à Fukushima : tout raser pour faire de la biomasse

Les forêts de Fukushima n’ont pas été décontaminées car elles couvrent 70% de la province et l’industrie forestière est exsangue. De nouveaux débouchés sont donc envisagés pour relancer cette industrie : la génération d’électricité avec de la biomasse.

Grâce aux tarifs de rachat de l’électricité d’origine renouvelable, l’investissement dans la biomasse est très rentable. La technologie est simple, les usines vites construites et le retour sur investissement n’est que de trois à quatre ans. Cela intéresse donc fortement les investisseurs et les projets sur multiplient. Le seul frein, c’est le combustible. Il n’y a pas tant de sources que cela : le Japon peut soit importer le bois, mais cela va contribuer à la déforestation de pays d’Asie du Sud Est, soit brûler des déchets, mais l’efficacité n’est pas si bonne et les ressources restent limitées, ou développer une industrie locale.

C’est là que les intérêts de Fukushima et du syndicat de producteurs d’électricité à partir de biomasse se rejoignent. L’idée est de raser les forêts en espérant qu’elles seront moins contaminées lors de leur régénération. Et comme c’est subventionné, tout le monde y gagne, sauf le contribuable.

Voilà ce que cela donne à Tamura, dans la province de Fukushima :

Vous trouvez cela choquant ? Ne vous inquiétez pas, vous vous y habituerez, selon le président du syndicat des producteurs. C’est comme les champs agricoles, qui sont nus en hiver. C’est ce qu’il aurait déclaré lors de la dernière assemblée générale ! Évidement, il faut plus d’années pour que cela repousse et la forêt cultivée n’a rien à voir avec une forêt naturelle. Et avec l’érosion des sols, il n’est même pas sûr que cela repousse.

Le bois est transformé en copeaux et transporté par camions dans tout le Japon. Des associations commencent à se mobiliser sur cette thématique et étudient l’impact radioactif des rejets car les filtres utilisés sont que de simples filtres à manche, comme de gros sacs d’aspirateurs, et non des filtres de haute efficacité.

Suspension de la vente de souvenirs à la centrale de Fukushima daï-ichi

Le 1er août dernier, TEPCo avait mis en vente des pochettes ornées de photos dans les supérettes de la centrale de Fukushima daï-ichi. Il s’agissait de souvenirs pour les travailleurs et les visiteurs. Face à la polémique, la compagnie a suspendu la vente.

En 2017, 12 500 personnes ont visité la centrale accidentée.

Le paquet de trois pochettes coûtait 300 yens (2,40€). TEPCo n’allait donc pas faire fortune avec cela. C’est surtout symbolique.

Une photo de la pochette a été mise en ligne par le Japan Times. C’est assez moche :

Vente de souvenirs à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a commencé à vendre des pochettes ornées de photos souvenirs dans les supérettes situées sur le site de la centrale nucléaire accidentée. Selon la compagnie, le prix est quasiment identique au coût. Ces souvenirs auraient été mis en vente à la demande de visiteurs et de travailleurs.

Certaines images représentent les réacteurs accidentés et d’autres des travailleurs en action.

TEPCo va ouvrir un musée de l’accident nucléaire à Tomioka

TEPCo veut ouvrir un musée de la catastrophe nucléaire et du démantèlement dans la ville de Tomioka. Sur deux niveau, ce musée devrait montrer de nombreuses images qui reconstituent différents évènements qui ont marqué et qui marquent la catastrophe nucléaire. Pas de doute qu’il sera à la gloire de TEPCo et des efforts qu’elle déploie.

L’ouverture est prévue pour Novembre prochain et l’entrée sera gratuite. La surface dédiée à l’exposition est de 1 900 m2.

24 plages ont rouvert depuis le tsunami dans les zones dévastées

24 plages ont rouvert dans les zones endommagées, voire dévastées par le tsunami du 11 mars 2011 sur les 70 utilisées avant la catastrophe. Pour cela, il a fallu construire une digue, planter des arbres, nettoyer les plages et préparer un plan d’évacuation en cas de tsunami.

A Fukushima aussi, quatre plages ont rouvert : Haragamaobama à Sôma et trois autres à Iwaki, alors que 14 plages restent fermées dans la province. Pour certaines, ce pourrait être définitif.

Aucune contamination n’aurait été détectée dans l’eau de mer. L’eau du Pacifique près de Fukushima est donc moins contaminée que La Manche avec ses nombreuses installations nucléaires, comme le montrent les résultats de la surveillance citoyenne effectuée par l’ACRO.

Vidéos de TEPCo sur les progrès réalisés

TEPCo a mis en ligne deux vidéos sur les progrès réalisés à la centrale de Fukushima daï-ichi.

La première en anglais, donne un aperçu général des travaux de sécurisation du site. Les images du tout début de la catastrophe sont toujours aussi impressionnantes. Tout se passe bien et le mot “radioactivité” n’est utilisé que quand il y a une solution, comme pour les débris le long du littoral, qui ont été retirés depuis et pour l’eau qui est traitée. La phrase de conclusion est de la belle langue de bois : “Nous allons continuer à démanteler de façon sûre”, comme si tout avait été fait de façon sûre jusqu’à maintenant…

La deuxième vidéo, sous-titrée en anglais, traite de l’eau contaminée. Cette vidéo n’explique pas le traitement de l’eau radioactive, ni de ce qui est envisagé pour le million de mètres cubes d’eau accumulée. La seule donnée, est que la quantité d’eau accumulé quotidiennement a été divisée par 4.

Origine de l’augmentation des rejets radioactifs à partir du 18 mars 2011

La télévision publique japonaise, la NHK, vient de diffuser un documentaire repéré par Fukuleaks, qui explique l’origine de l’augmentation des rejets radioactifs à partir du 18 mars 2011 :

Selon le documentaire, 40% des rejets ont été émis durant cette période, et les vents ont parfois soufflé vers les terres de l’archipel. Or, TEPCo avait réduit l’injection d’eau de refroidissement dans les réacteurs pendant deux jours, et ce pourrait être à l’origine de cette hausse des émissions radioactives. A l’époque, le refroidissement était assuré par des camions pompe des pompiers.

L’amplitude des pics de contamination relevés sur des filtres situés à Futaba est aussi élevée qu’après ceux qui caractérisent les explosions hydrogène. Cela mérite donc des explications.

La NHK a essayé de comprendre pourquoi. Outre l’improvisation complète face à des évènements inattendus et le chaos qui régnait dans toute la chaîne de commande en situation de crise, une augmentation soudaine de la pression dans la chambre de suppression du réacteur n°3, qui est passée de 20 à 420 kPa, faisait craindre une rupture de l’enceinte de confinement. La réponse a été la réduction de l’injection d’eau de 600 à 160 L/min. L’injection a aussi été réduite dans les réacteurs 1 et 2.

Une analyse a posteriori a montré que le refroidissement était alors insuffisant et que la température du réacteur n°3 a commencé à augmenter pour passer de 200 à environ 400°C en deux jours. Cela a pu conduire a un détachement et une remise en suspension des produits de fission radioactifs. Les images du réacteur n°3 prises le 18 mars 2018 montrent un panache de vapeur provenant de l’enceinte de confinement, qui devait donc être très radioactif. De même, un panache est apparu au dessus du réacteur n°2 à cette époque. TEPCo, de son côté, affirme qu’il est difficile d’établir un lien de cause à effet entre la réduction de l’injection d’eau et la hausse des rejets. A l’époque, la compagnie avait mis deux jours pour comprendre ce qui se passait dans les réacteurs.

La NHK a aussi analysé les enregistrements des vidéoconférences entre le siège de TEPCo à Tôkyô, la cellule de crise à la centrale de Fukushima daï-ichi et les autres centrales du groupe. Il apparaît que la décision de réduire l’injection d’eau ne faisait pas l’unanimité. Le directeur de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, par exemple, y était opposé. A la centrale de Fukushima daï-ichi, le directeur et son équipe devaient face à une multitude de problèmes et ne pouvaient pas analyser les conséquences de la décision de réduire l’injection d’eau de refroidissement. Ils ne s’y sont pas opposés.

Selon les experts consultés par la NHK, c’est le directeur de Fukushima daï-ichi qui avait la meilleure expertise de la situation et qui a pris les meilleures décisions. Mais, le 17 mars 2011, quand la décision de réduire l’injection d’eau a été prise, il était plus préoccupé par le refroidissement des piscines de combustibles usés, qui ne sont pas protégées par une enceinte de confinement. Le “coût de la coordination” des nombreuses tâches qui retombaient sur les épaules du directeur de la centrale et son équipe ont entraîné la sous-estimation du risque et la non-détection des problèmes qui s’en sont suivis.

Rappelons aussi qu’il n’y avait pas d’électricité dans les réacteurs et les capteurs ne fonctionnaient pas tous. Par conséquent, peu d’information était disponible. Le rétablissement de l’électricité n’était pas prioritaire sur le refroidissement des piscines. Quand l’électivité a pu finalement être rétablie dans la salle de contrôle principale, le 19 mars, il est apparu que la température du réacteur n°3 était beaucoup trop élevée et dépassait les 300°C. L’erreur est devenue évidente et il a été ordonné d’augmenter l’injection d’eau de refroidissement.

Voir l’excellent documentaire en anglais sur Youtube :

L’article scientifique sur les rejets analysés à partir des aérosols collectés sur des filtres à Futaba et ailleurs est ici, en accès payant.

Visite virtuelle de la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne une visite virtuelle de la centrale de Fukushima daï-ichi. Les commentaires sont en japonais uniquement pour le moment. Même si vous ne comprenez pas la langue, les images sont très impressionnantes et parlent d’elles-mêmes.

En bas à gauche de l’écran, la position est indiquée, tout comme le débit de dose ambiant. A proximité du réacteur n°1, il y a 39,5 µSv/h ! Idem, derrière le réacteur n°2. Cependant, les valeurs affichées ne varient pas beaucoup au cours du déplacement. Ce doit donc être des valeurs moyennes.

La route n°2 montre les réacteurs n°1 et 2. La route n°3, les réacteurs n°2, 3 et 4. On voit notamment que les sols ont été entièrement bétonnés pour réduire les infiltrations d’eau de pluie et les infiltrations dans les sous-sols depuis les nappes phréatiques.

La route n°4 revient sur les réacteurs 2 et 3. Pour ce dernier, on voit encore les conséquences de l’explosion hydrogène.

La route n°5 nous emmène dans le réacteur n°5, qui n’a pas été accidenté. Ce n’est pas possible dans les réacteurs 1 à 4 car le débit de dose y est trop élevé.

La route n°6 montre les installations de traitement de l’eau contaminée et la route n°7, les cuves avec l’eau radioactive.

La route n°8 nous emmène vers les installations de gel du sol tout autour des réacteurs accidentés, mais l’on ne voit pas grande chose. La route 9, au centre de crise.

La route n°10 prétend montrer les déchets radioactifs, mais ne montre pas grande chose.