TEPCo interdite d’exploiter une centrale nucléaire à cause de failles dans la sécurité

L’Autorité de régulation nucléaire du Japon vient d’interdire à TEPCo tout redémarrage de réacteur à sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa à cause de sérieuses failles dans la sécurité de l’installation. La compagnie doit remettre une analyse des failles détectées et une réponse dans les six mois, avec l’aide d’un tiers. L’instruction du dossier et les inspections devraient prendre plus d’un an. Pas de remise en service d’ici là. Il s’agit donc d’un revers sérieux pour la compagnie.

La décision disciplinaire est effective dès maintenant et interdit à TEPCo de transporter du combustible nucléaire vers sa centrale et de le charger dans ses réacteurs, tous à l’arrêt, car l’accès à la centrale n’est pas suffisamment sécurisé.

Le 20 septembre 2020, un employé a pu pénétrer dans la salle de contrôle d’un des réacteurs en utilisant la carte d’accès d’une autre personne. Comme il ne trouvait plus sa carte, il a simplement pris celle d’un collègue, à son insu. Les gardiens ont soupçonné un problème mais ne l’ont pas empêché d’entrer. Le lendemain, quand le vrai propriétaire de la carte d’accès a essayé d’entrer, le système lui a refusé l’accès. Le même gardien a compris l’erreur de la veille et a alerté sa hiérarchie. Lire le communiqué en anglais de TEPCo à ce sujet et une première analyse des failles.

TEPCo a signalé l’incident au secrétariat de l’autorité de régulation nucléaire dès le lendemain, le 21 septembre 2020, mais ce dernier n’a pas jugé que c’était suffisamment grave pour être signalé aux commissaires avant janvier 2021, selon l’Asahi. Ainsi, quand, le 23 septembre 2020, les commissaires ont estimé que la compagnie était apte à exploiter une centrale nucléaire, ils ne savaient rien de ce problème d’accès qui en dit long sur la culture de sûreté et de sécurité chez TEPCo.

Le 27 janvier 2021, un sous-traitant a, par inadvertance, cassé un appareil de détection des intrusions. L’incident a été signalé à l’autorité de régulation nucléaire et TEPCo a dû reconnaître que les systèmes de contrôle étaient défaillants en 15 points d’accès depuis au moins mars 2020. Et pour 10 d’entre eux, les défaillances ont duré pendant plus de 30 jours supplémentaires. Mais, la compagnie a prétendu avoir remédié au problème grâce à des mesures compensatoires. Lors d’une inspection surprise, tard le soir, un jour férié de février, l’autorité de régulation nucléaire a découvert que ces mesures étaient inefficaces et que le personnel en charge de la sécurité le savait. Les autorités ne veulent pas en dire plus sur les problèmes relevés, pour ne pas faciliter l’accès au site, mais elles ont classé les atteintes à la sécurité au niveau le plus élevé, qui est le rouge. Les investigations continuent.

Pour en savoir plus sur les évènements, lire un premier communiqué en anglais de TEPCo, daté du 16 mars 2021, et le document attaché. Dans un autre communiqué, daté du 18 mars, TEPCo ne conteste pas le classement de la faille de sécurité au plus haut niveau.

Même le premier ministre a fortement critiqué la compagnie, mettant en doute sa capacité à exploiter une centrale nucléaire. Et dire qu’en septembre dernier, l’Autorité de régulation nucléaire s’était déclarée satisfaite des engagements de TEPCo et l’avait jugée apte, malgré l’accident grave à la centrale de Fukushima daï-ichi.

Le dossier de sûreté des réacteurs 6 et 7 avait été validé par l’autorité de régulation en septembre 2017 et TEPCo compte beaucoup sur leur remise en service, même si les autorités locales s’y opposent. TEPCo espérait tout de même redémarrer la tranche 7 en juin 2021. En avril 2017, la compagnie annonçait vouloir relancer quatre tranches entre 2019 et 2021… Les réacteurs 2, 3 et 4 de cette centrale sont arrêtés depuis 2007, après un séisme de magnitude élevée.

Décisions de justice concernant l’exploitation de centrales nucléaires

Alors que le tribunal de Mito suspend la remise en service de Tôkaï-2, la haute cour de Hiroshima autorise finalement l’exploitation d’Ikata-3, après l’avoir arrêté en janvier 2020. Pour Tôkaï, qui a la plus forte densité de population à proximité, c’est l’absence de plan d’évacuation réaliste qui justifie la décision de la justice.

Le tribunal de Mito a jugé que l’absence de plan d’évacuation pour une grande partie des 940 000 habitants dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Tôkaï, était rédhibitoire. Et même pour les 5 communes qui ont un plan d’évacuation, la justice a estimé qu’ils étaient irréalistes. La principale difficulté pour les 9 autres communes, qui n’ont pas de plan, c’est de trouver des moyens de transport pour prendre en charge l’évacuation des personnes vulnérables, en supposant que la plupart des habitants partiront par leurs propres moyens. Les autorités provinciales estiment à 20 000 le nombre de personnes à prendre en charge en cas d’évacuation, ce qui nécessiterait de 400 à 500 bus. 

La justice a aussi estimé que si tout le monde part en même temps, cela va engendrer des embouteillages monstres qui vont entraver l’évacuation. Pour la capitale régionale, Mito, il y a aussi la difficulté de trouver des hébergements d’urgence pour les 270 000 habitants. La commune a trouvé une quarantaine de refuges répartis sur de grandes distances, mais elle doit encore préparer la répartition des personnes déplacées. Le tribunal a trouvé les plans d’urgence inadapté en cas de catastrophe naturelle simultanée. Comment se mettre à l’abri si sa maison est détruite ? Par où évacuer si des routes sont impraticables ? 

C’est la première fois que la justice japonaise suspend l’exploitation d’un réacteur nucléaire à cause des plans d’évacuation inadaptés. Cela pourrait faire jurisprudence. Japan Power Electric Co., l’exploitant de la centrale de Tôkaï, située dans la province d’Ibaraki, espérait pouvoir relancer son vieux réacteur en décembre 2022, une fois les travaux de renforcement de la sûreté terminés. Il va donc faire appel. Les 224 plaignants aussi, car toutes leurs revendications n’ont pas été retenues par la justice. Pour eux, l’exploitant a sous-estimé les risques sismiques et de tsunami et sur-estimé la résistance du bâtiment. Ils ont été déboutés sur ces derniers points.

C’est la huitième fois depuis la catastrophe de Fukushima qu’un tribunal interdit l’exploitation d’une centrale nucléaire au Japon. Les tribunaux portent un regard de plus en plus sévère sur la question.

Le réacteur Ikata-3, exploité par Shikoku Electric, avait été suspendu suite à une plainte de riverains. Etaient en jeu, une faille sismique qui passe à proximité et le risque volcanique lié au mont Also, situé à quelques 150 km. En validant les arguments de l’exploitant et en demandant aux plaignants de prouver leurs accusations, la Haute cour a inversé la charge de la preuve. Les plaignants peuvent encore saisir la Cour suprême.

Ikata-3 ne redémarrera pas tout de suite car il faut d’abord terminer les travaux de renforcement des protections contre le terrorisme. L’exploitant table pour la fin octobre 2021.

Le 12 mars dernier, le tribunal régional de Saga a refusé l’arrêt des réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire de Genkaï réclamé par des plaignants de la région. Il a aussi refusé d’annuler l’autorisation d’exploitation délivrée par le gouvernement. La cour a estimé que le nouveau référentiel de sûreté était suffisamment strict. Le principal point de contentieux concernait la résistance des installations aux séismes et était attendu avec intérêt suite à la décision d’un tribunal d’Ôsaka, en décembre dernier, d’annuler l’autorisation accordée par l’Autorité de régulation nucléaire de remettre en service les réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôï située dans la province de Fukui. Le gouvernement a fait appel et cette décision n’est pas suspensive.

La tranche n°3 de la centrale de Genkaï, exploitée par Kyûshû Electric, est l’un des quatre réacteurs japonais à utiliser du combustible MOx. Les plaignants devraient faire appel de ces deux décisions.

Bilan chiffré pour le 10ème anniversaire de la catastrophe de Fukushima

A l’approche du dixième anniversaire de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, voici un bilan chiffré effectué à partir des médias, des sites officiels et des 2 700 articles de ce site. Des mises à jour seront faites régulièrement.

Les chiffres clé publiés à l’occasion du neuvième anniversaire sont ici.

Situation à la centrale

Le dernier bilan du Ministère de l’industrie sur l’avancée des travaux à la centrale de Fukushima daï-ichi date du 24 décembre 2020 et a été mis en ligne en anglais le 28 janvier 2021 (lien direct).

Voir la centrale accidentée

Deux webcams fixes, installées en 2014, permettent devoir la centrale nucléaire en direct.

Il est possible de faire une visite virtuelle en anglais et japonais de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi (lien direct). Mais les images et documents ne semblent avoir été mis à jour depuis février 2020. Certains bilans remontent à 2018.

Comme nous l’avons déjà rapporté, TEPCo a mis en ligne sur son site internet (en japonais et en anglais) des centaines de photos aériennes de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi prises en mars 2011. Le blog de Fukushima en a extrait une sélection sur son site et a effectué un montage vidéo des 714 photos. Mais, certaines photos sont partiellement floutées, comme s’il y avait du secret, alors que des vues aériennes non floutées sont disponibles depuis le tout début de la catastrophe sur le site cryptome.org.

Pour le 10ème anniversaire, TEPCo a mis à jour sa vidéo vantant l’avancement des travaux. Les explications sont en anglais. Aucun problème, aucun défi. Tout se déroule bien… La vidéo peut être regardée en ligne ou téléchargée depuis le site Internet de TEPCo. La voici :

Etat des réacteurs nucléaires

TEPCo a une frise chronologique numérique en anglais avec les principaux évènements relatifs à la sécurisation des réacteurs et leur démantèlement. La compagnie continue à affirmer qu’elle aura fini les travaux en une quarantaine d’années, même si la technologie pour reprendre le corium n’existe pas encore. Même en cas de succès, il y aura encore des tonnes de déchets sur place et autour qui seront sans solution de gestion à long terme. Si l’on prend en compte l’évacuation des déchets et la décontamination du site, il faut plutôt compter un siècle selon un scénario de l’Atomic Energy Society of Japan rapporté par l’Asahi.

Il y a aussi :

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. L’hydrogène venait du réacteur n°3, voisin, via la cheminée de rejet commune.

Sommet du réacteur n°4. Photo de TEPCo.

La partie supérieure du bâtiment réacteur a été démantelée, les débris retirés et une nouvelle structure a été construire afin de retirer les combustibles de la piscine, qui est vide depuis décembre 2014. Depuis, les travaux sont arrêtés car le réacteur n’est plus menaçant.

La carte avec quelques valeurs de débit de dose ambiant date de 2016.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment avec un toit, de forme cylindrique, a été construit. Le retrait des combustibles a débuté en avril 2019, avec 4 ans de retard par rapport au planning initial et s’est terminé le 28 février 2021. Les opérations se sont révélées être plus compliquées que prévu.

Il y avait 566 assemblages dans cette piscine (52 neufs, tous retirés et 514 usés). Certains ont été endommagés par la chute de débris. La page dédiée de TEPCo est ici en anglais. Une vidéo de présentation des opérations, ici en anglais.

Il y aurait, dans ce réacteur, entre 188 et 394 tonnes de corium (mélange fortement radioactif de combustible fondu et de débris), avec une valeur nominale à 364 tonnes. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus. TEPCo a estimé que la récupération du corium de deux réacteurs 2 et 3 durera 12 ans et lui coûtera 1 370 milliards de yens (11,5 milliards d’euros). En 2017, TEPCo avait publié des photos prises à l’intérieur de l’enceinte de confinement de ce réacteur, sous la cuve, et une vidéo :

 

Depuis septembre 2020, l’Autorité de régulation nucléaire a repris ses investigations pour comprendre le déroulement du triple accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela comprend des visites des réacteurs accidentés, malgré les forts niveaux ambiants de radiation. Elle en a rapporté des vidéos, dont celle-ci, prise le 18 septembre 2020, qui montre l’état de délabrement du bâtiment réacteur, presque 10 ans après l’accident :

Lors de ces visites, l’Autorité de régulation nucléaire, a découvert des débits de dose très élevés, de l’ordre de 10 Sv/h, au dessus de ces dalles de protection des réacteurs 2 et 3. Une dose létale en une heure sur place. Elle estime que la dalle du réacteur n°3 contient de l’ordre de 30 pétabecquerels (1015 Bq) de césium-137. Cela va compliquer les travaux de démantèlement.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. Le rayonnement ambiant est particulièrement élevé dans ce réacteur, rendant l’accès aux humains très difficile. Une délégation de l’Autorité de régulation nucléaire est allée visiter l’intérieur du bâtiment du réacteur, pour la première fois depuis l’accident, mais elle a dû faire demi-tour prématurément à cause des débit de dose qui atteignaient 11 à 12 mSv/h au cinquième niveau. Ce serait dû, notamment, à des poussières radioactives en suspension, ce qui est surprenant après tant d’années. Des débits de dose encore plus élevés, de l’ordre de 10 Sv/h, ont été mesurés au dessus des dalles de protection des réacteurs 2 et 3. L’Autorité de régulation estime que la dalle du réacteur n°2 contient de l’ordre de 20 à 40 pétabecquerels (1015 Bq) de césium-137.

TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de la piscine qui contient 615 assemblages. C’est désormais prévu aux alentours de 2024 et 2026 à cause des niveaux de dose ambiant dans le bâtiment réacteur. Des images ont été publiées en juin 2020 :

La compagnie a envoyé plusieurs robots dans l’enceinte de confinement afin de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris. Il y en aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus. Plusieurs séries d’images ont été mises en ligne par la compagnie. On voit clairement le corium et un élément d’assemblage de combustible tombé au fond de l’enceinte de confinement :

TEPCo avait envoyé un robot au contact du corium en février 2019. Les images étaient impressionnantes :


Les autorités espéraient pouvoir débuter le retrait du corium avant le 10ème anniversaire. C’était l’objectif fixé en décembre 2011. Mais la technologie doit encore être développée et les ambitions avaient déjà été revues à la baisse en 2019 : il ne s’agissait plus que de récupérer quelques grammes de corium dans le réacteur n°2 en 2021. TEPCo a annoncé, en décembre 2020, le report d’au moins un an du début des opérations, officiellement, à cause de l’épidémie de COVID-19 au Royaume-Uni. Le bras articulé d’un robot, qui doit prélever le corium, est développé conjointement par Veolia Nuclear Solutions au Royaume-Uni et Mitsubishi Heavy Industries au Japon.

Ce robot ne peut prélever que quelques grammes à la fois alors qu’il y a environ 880 tonnes de corium à récupérer dans les 3 réacteurs qui ont subi une fusion du cœur…

TEPCo a démantelé la moitié de la cheminée commune aux réacteurs 1 et 2, qui avait une hauteur de 120 m. Les travaux se sont révélés être plus complexes que prévu, notamment à cause d’une erreur de calcul sur la hauteur de la grue. La cheminée étant très contaminée, les travaux sont effectués par des engins télécommandés.

Réacteur n°1

ll y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo a commencé à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles. Depuis, la compagnie est peu prolixe sur l’avancement des travaux.

En revanche, le retrait des combustibles usés de la piscine du réacteur n°1 a pris du retard : ce sera au mieux, 2027, voire 2028. La première date envisagée pour commencer ce retrait était 2018… Le coût de ces opérations n’a pas été estimé car la compagnie ne sait pas encore comment s’y prendre. En attendant, TEPCo a couvert cette piscine pour la protéger avec des sacs gonflables :

L’explosion hydrogène a fracturé la dalle en béton de 12 m de diamètre et de 60 cm d’épaisseur qui est particulièrement contaminée dans les réacteurs 2 et 3. Des débits de dose très élevés avaient été relevés en 2017, jusqu’à 2,2 Sv/h, c’est à dire une dose létale en quelques heures sur place (voir ces blogs en anglais et en français). Pour la dalle brisée du réacteur n°1, il n’y aurait “que” 0,16 pétabecquerels environ de césium-137.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteurs 5 et 6

Les réacteurs 5 et 6 étaient arrêtés et partiellement déchargés le 11 mars 2011. Comme un générateur diesel de secours était encore fonctionnel, cela a permis d’éviter la fusion du cœur. Ces réacteurs sont maintenant entièrement déchargés et vont être démantelés.

Eau contaminée

En 2011, l’eau injectée pour refroidir les réacteurs a fini par déborder et provoquer la plus forte pollution radioactive marine de l’histoire. En avril 2011, c’était l’eau contaminée du réacteur n°2 se déversait dans la mer via une galerie souterraine. Et, en mai 2011, ce fut le tour du réacteur n°3.

TEPCo a estimé à 520 m3 d’eau très radioactive, soit 4 700 térabecquerels (1 terabecquerel représente un million de millions de becquerels) ou 20 000 fois l’autorisation de rejet annuel la fuite d’avril. Plus précisément, il y avait 2 800 terabecquerels d’iode-131, 940 térabecquerels de césium 134 et autant de césium 137. Ce seul rejet mériterait d’être classé au niveau 5 ou 6 de l’échelle internationale INES. L’IRSN avait estimé que c’était 20 fois plus.

Fuite du réacteur n°2 (photo TEPCo)

L’année 2013 a été émaillée par une série de scandales suite à la découverte tardive d’une fuite d’une cuve d’eau contaminée et de rejets en mer (lire la synthèse publiée à l’époque). Les autorités ont réagi et le premier ministre de l’époque avait déclaré devant le comité international olympique que la situation est sous contrôle. En 2021, la situation n’est toujours pas sous contrôle et les JO pourraient être annulés à cause de la pandémie…

L’eau contaminée qui continue à s’accumuler est l’autre grand défi auquel doit faire face TEPCo. 

Résumé de la situation

Le combustible qui a fondu et percé les cuves doit toujours être refroidi. A cette fin, TEPCo injecte environ 70 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 (voir le bilan daté du 8 février 2021). Cette eau se contamine fortement au contact du combustible fondu et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui s’y infiltre.

Après le fort séisme du 13 février 2021, TEPCo a remarqué que le niveau de l’eau dans les enceintes de confinement des réacteurs 1 et 3 avait baissé. Les fissures ont probablement été élargies et il se peut que la compagnie soit obligée d’augmenter le débit injecté. Pour le réacteur n°2, on ne sait pas car les capteurs ont été enlevés pour préparer le retrait du corium.

Au début de la catastrophe, les infiltrations souterraines s’élevaient à environ 400 m3 par jour et il fallait entreposer cette eau contaminée dans des cuves. Inversement, l’eau des sous-sols, fortement contaminée, fuyait vers la nappe phréatique, puis l’océan.

Pour réduire les infiltrations d’eau souterraine, TEPCo pompe dans la nappe phréatique en amont des réacteurs, avant que cette eau soit contaminée et la rejette directement dans l’océan. Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe aussi les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette eau est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution. Ce flux est de l’ordre de 5 m3/j selon le bilan daté du 8 février 2021 (entre 3 (source) et 8 m3/j (source) dans les bilans précédents disponibles ici).

La dernière barrière mise en place est le gel du sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km dans le but de stopper les infiltrations. Après de nombreux déboires, le gel est terminé depuis novembre 2017. Elle a permis de réduire les infiltrations, mais pas de les stopper. La mise en place du mur gelé a coûté 34,5 milliards de yens (265 millions d’euros) aux contribuables auxquels il faut ajouter plus d’un milliard de yens (8 millions d’euros) par an pour l’électricité.

Depuis, les infiltrations sont inférieures à 100 m3/j (voir le bilan du 8 février 2021), sauf en cas de fortes pluies.

Flux et stocks

TEPCo pompe l’eau contenue dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine des 4 réacteurs accidentés pour éviter les débordements. Comme cette eau est très contaminée, elle est traitée puis entreposée dans des cuves sur le site de la centrale. Une partie est réinjectée pour le refroidissement. Voici le circuit de l’eau à la centrale de Fukushima daï-ichi, tel que représenté par TEPCo :

Le dernier du 8 février 2021 fait état d’un surplus à stocker de 90 m3/j. C’est monté à plus de 350 m3/j à l’automne 2020 et même 600 m3/j lors du passage des typhons en octobre 2019. En 2019, le ministère de l’industrie faisait état d’un accroissement du stock d’eau de 50 000 à 60 000 m3 par an (source).

TEPCo a un portail dédié à l’eau contaminée où il apparaît qu’elle a accumulé 1,243 millions de mètres cube d’eau traitée. Il y a 1061 cuves sur le site de la centrale, dont 1018 contiennent de l’eau traitée par la station ALPS. Dans 29 autres cuves, il y a de l’eau où seuls le césium et le strontium ont été “filtrés”. Il y a aussi environ 4 800 m3 d’eau non traitée dans les sous-sols des réacteurs (au 8 février 2021).

TEPCo estime qu’elle n’aura plus de place sur le site de sa centrale pour mettre de nouvelles cuves à partir de 2022. L’option privilégiée est le rejet en mer.

Que faire de cette eau traitée ?

Après avoir envisagé plusieurs pistes peu réalistes, les autorités restreignent petit à petit les pistes au rejet dans l’océan de l’eau traitée, ce qui n’est pas une surprise. Avant tout traitement, ce bilan fait état d’une concentration de 65 MBq/L dans l’eau pompée. Avec sa station ALPS, TEPCo retire ensuite 62 radioéléments. Et, officiellement, il ne reste plus que du tritium (hydrogène radioactif) dans cette eau, car il est difficile de le retirer. Comme cet élément est rejeté par toutes les installations nucléaires, il devait plus y avoir de problème, si ce n’est que quelques rumeurs néfastes…

Mais, comme cela été découvert en septembre 2018, une large partie du stock (environ 72% actuellement) n’a pas été traitée convenablement, et les concentrations résiduelles pour certains éléments dépassent les concentrations maximales autorisées pour un rejet en mer. La charte ci-dessous, reprise du portail de TEPCo montre que pour 6% du stock, la contamination résiduelle pour 7 radioéléments majeurs est 100 fois plus élevée que ce qui est autorisé pour les rejets. C’est entre 10 et 100 fois pour 15% du stock.

Les “repurposed tanks” sont des cuves qui contenaient de l’eau contaminée partiellement traitée, où seul le strontium-90 avait été retiré. Cette eau ayant été traitée, les cuves sont réutilisées pour de l’eau entièrement traitée par la station ALPS. Mais, comme l’explique TEPCo dans ce document (copie), il restait des boues au fond de la cuve qui a fait remonter significativement la contamination de l’eau ! Ces cuves sont donc comptées à part dans la charte ci-dessus.

TEPCo s’est engagée à traiter une deuxième fois l’eau qui dépasse les autorisations de rejet et a commencé des tests en septembre 2020. Et ce n’est qu’à ce moment là que la compagnie a reconnu qu’il y avait d’autres radioéléments qui n’étaient pas retirés, comme le carbone-14. Cet élément n’était jamais mesuré ni évoqué dans les résultats publiés par la compagnie, comme nous l’évoquions dès septembre 2013, sans que cela ne perturbe l’autorité de régulation nucléaire japonais ou l’AIEA qui s’est prononcée sur la gestion de l’eau contaminée. Mais, le carbone-14 ne sera pas retiré pour autant…

Les tests effectués par TEPCo montrent que le procédé peut faire baisser la concentration résiduelle de l’eau contaminée sous les seuils de rejet, à l’exception du tritium. En fait, ce n’est pas vraiment une nouveauté, puisqu’une partie du stock avait déjà été correctement traitée. Les contaminations résiduelles élevées étaient dues à de mauvaises pratiques (économie sur des résines échangeuses d’ion, surveillance défaillante…). TEPCo ne présente aucune garantie sur l’amélioration de ses pratiques et le gouvernement japonais refuse toute mesure indépendante de l’eau qu’il souhaite rejeter dans l’océan.

La contamination en tritium, qui n’est pas retiré, est, en moyenne, de 730 000 Bq/L et dépasse donc la concentration maximale autorisée pour les rejets en mer, qui est de 60 000 Bq/L.  TEPCo veut donc diluer cette eau avant rejet, à un quarantième de la limite, soit 1 500 Bq/L. De plus, l’inventaire du tritium dans les cuves s’élèverait à 860 TBq, ce qui est largement plus que la limite annuelle de rejet fixée à 22 TBq. TEPCo veut donc étaler ses rejets sur une trentaine d’années pour respecter cette limite.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le seul tritium, de 18 500 TBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11 600 et 13 400 TBq par an. Le stock de tritium dans les cuves de Fukushima représente donc deux semaines et demi de rejets à La Hague. Le stock total, avec ce qui reste dans les combustibles, 2 mois… De quoi rendre jalouses les autorités japonaises, qui se font un malin plaisir de rappeler les rejets en tritium de nombreuses autres installations nucléaires de par le monde (page 13 de ce bilan du ministère de l’industrie) :

Cette carte ne mentionne aucun rejet au Japon ! En particulier, elle ne parle pas des rejets attendus de l’usine de retraitement japonaise de Rokkashô-mura. La valeur cible y est de 9 700 TBq par an pour le tritium (source). Mais, l’usine n’a jamais démarré…

Cela n’a pas suffit à convaincre les habitants de Fukushima qui sont, dans leur majorité, opposés aux rejets dans l’océan. En juin 2020, 17 communes de Fukushima avaient aussi pris position contre, tout comme l’industrie de la pêche. Même Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU depuis 2014 sur les implications pour les droits humains de la gestion et de l’élimination écologiquement correcte des substances et déchets dangereux, s’en est mêlé dans une tribune. Lors de la consultation publique, 4 011 avis ont été déposés et quasiment tous étaient opposés au rejet. Le gouvernement a donc décidé de reporter l’annonce de sa décision…

Le ministère de l’industrie japonais a ouvert, le 28 janvier 2021, une page spéciale dédiée à la gestion de l’eau traitée par la station ALPS, qui est moins bien détaillée que son dernier bilan daté de décembre 2020. On y trouve une photo de cette eau :

Rassuré ?

Travailleurs à Fukushima daï-ichi

Données

Les données officielles sont ici en anglais sur le site internet du ministère du travail. Le nettoyage du site ainsi que le bétonnage et l’asphaltage ont permis de réduire l’exposition des travailleurs. Les mesures de protection nécessaires en fonction du zonage sont ici.

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

• Le 1er avril 2016, TEPCo a remis tous les compteurs à zéro, ce qui est une pratique surprenante. La limite de dose sur 5 ans est individuelle, pas collective. Selon le dernier bilan publié le 29 janvier 2021, entre le 1er avril 2016 et le 31 décembre 2020, 24 502 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants à la centrale de Fukushima daï-ichi, dont 22 058 sous-traitants (90%). Ils sont un peu moins de 7 000 par mois. Ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées. Elle est, en moyenne individuelle, deux fois plus élevée que celle prise par les salariés de TEPCo. D’un point de vue collectif, les sous-traitants ont reçu 95% de la dose collective sur cette période, qui est de 158 hommes.sieverts. On ne sait pas combien avaient déjà été exposés lors des cinq premières années ni la dose cumulée sur 10 ans. Le dernier bilan publié donne aussi les répartitions par classes d’âge, ainsi que des données mensuelles depuis le début de la catastrophe.

La dose moyenne annuelle reçue par les intervenants est passée de 12,50 mSv en 2011 à 2,54 mSv en 2019. L’année fiscale 2020 n’étant pas encore terminée, le chiffre donné (2,07 mSv) ne peut pas être comparé aux années précédentes.

Les données relatives au droit du travail et à la radioprotection sont ici en anglais.

Dans son dernier bilan daté de juin 2020, l’inspection du travail de Fukushima rapporte le nombre de violations du droit du travail découvertes à la centrale de Fukushima daï-ichi en 2019. Sur 325 employeurs inspectés, 188 ont commis des infractions (57,8%). 16 cas étaient relatifs à la santé des travailleurs (vérification des heures de travail, médecine du travail…). Il y a beaucoup plus d’employeurs (148) qui ne respectent pas toutes leurs obligations liées à la gestion des ressources humains (primes de risque, heures supplémentaires, information…).

Travailleurs étrangers

Le Japon est en pénurie de main d’œuvre dans plusieurs secteurs et a introduit un nouveau visa pour faire venir des personnes qualifiées dans un nombre limités de domaines. En avril 2019, TEPCo avait incité ses sous-traitants à bénéficier de cette opportunité. Mais, le ministère du travail, de la santé et des affaires sociales a appelé TEPCo à la prudence en lui rappelant que les travailleurs étrangers bénéficient du même niveau de protection que les travailleurs japonais face aux rayonnements ionisants et à ce qu’ils doivent connaître suffisamment bien la langue pour pouvoir comprendre les instructions. La compagnie a finalement renoncé (source).

Maladies professionnelles

Pour les maladies professionnelles, pas de changement depuis l’an dernier : deux cas de cancer de la thyroïde ont été reconnus comme étant d’origine professionnelle parmi les travailleurs à la centrale accidentée (premier cas et deuxième cas). Il y a aussi trois leucémies (premier, deuxième et troisième cas) et un décès. 16 travailleurs en tout auraient fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle et 5 dossiers auraient déjà été rejetés.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi effectuée par les autorités date d’octobre 2020 et est disponible en ligne sur le site dédié.

• L’Autorité de régulation nucléaire publie aussi des données sur les débits de dose ambiants dans différentes communes et des doses intégrées depuis le début de l’accident. La limite d’évacuation a été fixée à 3,8 µSv/h au Japon, ce qui est très élevé (lire nos explications sur ces limites). C’est cette même limite qui est utilisée pour autoriser le retour. Les chantiers de décontamination ont été lancés dans les zones où le débit de dose dépassait 0,23 µSv/h.

Carte officielle de la province de Fukushima avec des débits de dose ambiants.

Cette carte donne les débits de dose mesurés dans tout le pays. Elle est mise à jour toutes les heures.

• Le “soil project” propose une carte basée sur des prélèvements de sols effectués par le réseau de stations de mesure et de laboratoires indépendants. Chikurin, le laboratoire monté au Japon avec le soutien financier et technique de l’ACRO est membre de ce réseau.

Lien vers la carte.

• Safecast : cette organisation utilise un radiamètre “maison” branché sur un smartphone pour mesurer le débit de dose ambiant. La carte regroupant les données est ici.

Décontamination et déchets radioactifs

Décontamination

Les travaux de décontamination sont terminés depuis mars 2018, sauf dans les zones dites de retour difficile. Pas grand chose de neuf, donc. Une carte en japonais du ministère de l’environnement permet d’accéder à quelques données sur les travaux effectués. A noter que seules les zones habitées, les zones agricoles et leurs environs immédiats ont été décontaminés. Pas la forêt, qui couvre 70% de Fukushima.

Pour les zones de retour difficile, ce sont de petits îlots qui sont décontaminés, essentiellement pour des raisons idéologiques. C’est aussi le cas à proximité des gares le long de la ligne Jôban. La ligne a été entièrement rouverte en mars 2020 après la réhabilitation de la portion de 20,8 km située entre Tomioka et Namié. Le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer à proximité des gares d’Ôno, à Ôkuma et de Futaba. Les dates sont le 4 mars 2020 pour Futaba, le 5 mars 2020 pour Ôkuma et le 10 mars pour Tomioka. Le train a repris du service à partir du 14 mars 2020.

Dans les zones de retour difficile, la démolition de nombreux bâtiments abandonnés est en cours. C’est le cas notamment pour les bâtiments publics d’Ôkuma, Namié, Tomioka, Iitaté et Katsurao, dans les zones qualifiées de bases spécifiques de reconstruction et réhabilitation. Le but est de lever les ordres d’évacuation dans ses bases aux printemps 2022 et 2023.

La page officielle du ministère de l’environnement est ici en anglais.

Déchets issus de la décontamination

Les immenses volumes de déchets engendrés par les travaux de décontamination continuent de poser des problèmes insolubles. Voir le cahier d’acteur sur le sujet, que nous avons écrit pour le débat national sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) qui a eu lieu en 2019.

Dans son dernier bilan, daté d’août 2020, le ministère de l’environnement fait état de 14 millions de mètres cubes de sols contaminés accumulés. Ces déchets ont vocation à être entreposés pendant 30 ans sur un site de 16 km2 (1 600 ha) qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi, en zone de retour difficile (voir le site Internet officiel). Le gouvernement aurait acheté ou loué 92% des terrains. 8,33 millions de mètres cube de terre y auraient déjà été transportés, à la fin juin 2020. En mars 2021, la presse japonaise mentionne 10,48 millions de mètres cube de terre transportés, soit 75% du stock. Le Japon espère avoir terminé en mars 2022.

Sur les anciens sites d’entreposage, dispersés un peu partout à Fukushima, le terrain est décontaminé et réhabilité, une fois les déchets partis.

Le transport se fait par camion de 10 tonnes essentiellement, qui protégés par une bâche avec une affiche verte à l’avant, comme sur cette photo prise par Chikurin, le laboratoire que l’ACRO a soutenu au Japon. En 2018, c’était environ 1 000 camions par jour ! Et entre 2 000 et 2 400 en 2019 !

Après, au bout de 30 ans, les autorités envisagent un “recyclage” de ces sols pour la construction de routes, digues… Cette politique fait l’objet d’une forte opposition, y compris parmi les experts officiels. Il est étonnant que d’énormes moyens soient déployés pour rassembler les déchets et les isoler du mieux possible, avant de les disperser dans tout le pays. La logique nous échappe. Deux projets tests sont en cours à Minami-Sôma et Iitaté.

Selon un sondage, 80% des habitants de la province de Fukushima ne croient pas à l’engagement du gouvernement de reprendre les déchets au bout de 30 ans.

Pour lutter contre les rumeurs néfastes relatives au “recyclage” des terres contaminées, le ministère de l’environnement japonais a trouvé la solution : mettre une plante en pot avec de la terre radioactive au ministère à Tôkyô ! Heureusement, le ridicule ne tue pas.

Une équipe de chercheurs de l’Institut national pour les études environnementales a estimé que la gestion des 14 millions de mètres cube de sols contaminés va coûter 440 milliards de yens (3,4 milliards d’euros) si plus de 90% sont recyclés. Ils ont donc fait l’hypothèse qu’il faudrait en stocker 8%, ou 1,13 million de mètres cube. Et, si le taux de recyclage devait être inférieur, les coûts seront encore plus élevés.

Les déchets organiques, quant à eux, sont incinérés dans une vingtaine d’incinérateurs répartis dans toute la province de Fukushima :

Certains étaient dédiés aux déchets ménagers avant la catastrophe nucléaire et d’autres ont été construits spécialement. Les cendres seront mises en fûts bétonnés et stockées dans ce qui s’appelait le “Fukushima Eco Tech Clean Center”, un centre d’enfouissement de déchets industriels qui a été nationalisé depuis. Les autres déchets spéciaux y seront aussi stockés.

Le bilan du ministère de l’environnement fait état de 480 000 tonnes de déchets incinérés à la fin juin 2020.

De nombreux autres déchets, comme des boues de station d’épuration radioactives ou des cendres d’incinérateurs de déchets ménagers sont toujours en attente de solution dans de nombreuses provinces. A l’incinérateur d’Iwaki sud, les cendres sont simplement entreposées dans la cour :

Décontamineurs

Un suivi dosimétrique individuel a été introduit en novembre 2013 par la Radiation Effects Association, qui est l’organisme qui suit les travailleurs du nucléaire au Japon, pour les décontamineurs qui travaillent en zone évacuée et qui sont soumis aux mêmes limites de dose que les travailleurs du nucléaire (explications en anglais). Les données jusqu’en 2019 sont sur cette page en anglais.

Pour l’année 2019, ce tableau fait état de 30 807 décontamineurs qui ont pris une dose moyenne de 0,3 mSv. La dose maximale est de 9,3 mSv. La décontamination en 2019, a donc engendré une dose collective de 10 103,1 hommes.sieverts.

Pour la période 2017-2019, ce tableau donne 47 797 décontamineurs exposés à une dose moyenne de 0,5 mSv. 7 d’entre eux ont reçu une dose comprise entre 15 et 20 mSv. La dose moyenne en 2019 semble donc plus élevée. Ce doit être lié au fait qu’elle a lieu essentiellement dans les zones dites de retour difficile.

Il y a aussi des données qui vont de d’octobre 2019 à septembre 2020 où il y avait encore environ 20 000 décontamineurs exposés chaque trimestre. On n’a pas le nombre cumulé de travailleurs sur cette dernière année. Les doses moyennes sont de 0,1 mSv par trimestre et les doses maximales, de 2 mSv environ.

Zones évacuées et personnes déplacées

Le gouvernement avait introduit la limite d’évacuation la plus haute des recommandations internationales pour évacuer les populations : 20 mSv/an, même pour les bébés et les enfants qui sont plus sensibles aux radiations (voir nos explications sur les doses limites et normes). Il maintient cette même limite pour le retour alors que les recommandations internationales demandent une diminution progressive pour revenir à la limite normale qui est de 1 mSv/an.

Zonage

Les derniers ordres d’évacuer ont été levés au 1er avril 2017 à l’exception des zones dites de retour difficile où l’accès est interdit. Voici la dernière carte avec les zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les “zones spéciales de reconstruction et de réhabilitation” indiquées par SZRR (source) :

Les SZRR consistent en quelques centaines d’hectares dans les communes les plus touchées pour maintenir l’illusion de la reconquête. Mais la décontamination y est beaucoup plus complexe.

En juin 2020, le gouvernement japonais envisageait de lever des interdictions d’accès dans la zone de retour difficile avant même d’avoir terminé les travaux de réhabilitation, à la condition que les habitants ne reviennent pas ! Et dans le district de Nagadoro de la commune d’Iitaté, les autorités veulent lever l’interdiction d’accès sans même décontaminer ! L’accès y sera contrôlé, un dosimètre sera exigé et les habitants ne pourront pas s’y réinstaller. Les autorités veulent y créer un “parc de réhabilitation” où des essais de “recyclage” des terres contaminées seront menés. Les 5 autres communes qui ont une partie de leur territoire classé en zone de retour difficile, ne veulent pas que ces nouvelles mesures soient appliquées sur leur territoire.

Voici les dates de levée des ordres d’évacuer :

Commune Date de la levée de l’ordre d’évacuation
Tamura 1er avril 2014
Kawauchi 1er octobre 2014 pour une partie, puis 14 juin 2016
Naraha 5 septembre 2015
Katsurao 12 juin 2016
Minamisôma 12 juillet 2016
Iitate village 31 mars 2017
Kawamata village 31 mars 2017
Namie town 31 mars 2017
Tomioka town 1er avril 2017

personnes déplacées et Retour des populations

Le nombre de personnes déplacées n’est pas connu avec précision. Au tout début de la triple catastrophe, il y a eu jusqu’à 470 000 personnes dans des hébergements d’urgence. De nombreux autres s’étaient réfugiés dans des hôtels ou dans la famille et ne sont pas comptés. La seule catastrophe nucléaire a déplacé durablement 160 000 personnes environ. Le portail en anglais de la province de Fukushima annonçait encore 43 000 personnes déplacées en novembre 2018.

La presse japonaise rapporte qu’il y a encore 28 personnes qui vivent dans des préfabriqués : 23 à Iwaté et 5 à Fukushima. Il y en a eu jusqu’à 116 565 dans les trois provinces les plus touchées par la triple catastrophe.

Les personnes déplacées qui se sont installées ailleurs et ne bénéficient plus d’aide financière ne sont plus comptées comme déplacées. C’est le cas, en particulier, des personnes originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les “auto-évacuées”, qui sont partis même s’ils n’habitaient pas une zone d’évacuation. En effet, en août 2014, l’Agence de reconstruction, avait demandé aux administrations de toutes les provinces japonaises de ne compter que les personnes qui désiraient retourner chez elles. Et d’ajouter que s’il était difficile d’estimer leur désir, il ne fallait pas compter les personnes qui s’étaient réinstallées en achetant un logement ou en bénéficiant d’un logement du parc public. Chaque province applique à sa façon ces instructions et les critères ne sont pas homogènes.

La triple catastrophe qui a frappé la province de Fukushima a accéléré le déclin accéléré de la population, comme on peut le voir sur le graphe ci-dessous (extrait de cette page en japonais). La dépopulation des zones rurales a commencé avant la catastrophe nucléaire. Cette dernière a fortement accéléré le processus.

Dans son dernier décompte, daté de janvier 2021, la province de Fukushima donne 28 959 personnes qui ont quitté la région à cause de l’accident. Il y aurait encore 36 000 personnes déplacées, en comptant celles qui sont restées dans la province de Fukushima. Les communes n’ont pas les mêmes critères et quand on fait la somme de leurs chiffres, on arrive à 67 000 personnes déplacées, selon l’agence Kyodo, reprise par le Maïnichi.

Le taux de retour dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés reste faible et la population totale diminue. Le gouvernement va donc soutenir financièrement les nouveaux habitants qui viendraient s’installer dans 12 communes de Fukushima.

Voici les données par commune :

  • Namié : Une grande partie du territoire de la commune est classée en zone de retour difficile et l’ordre d’évacuer n’a été levé que dans une petite partie. Il y avait 21 434 résidents le 11 mars 2011 (source). Au 31 janvier 2021, 20 072 personnes originaires de Namié étaient encore déplacées, dont 14 021 dans la province de Fukushima et 6 051 en dehors (source, archives). A Namié, il y a 1 579 personnes qui y habitent, sur 16 681 habitants enregistrés, soit 9,5% (source). Voir aussi la fiche d’information en japonais ;
  • Iitaté : Le district de Nagadoro est classé en zone de retour difficile, mais très peu de personnes y vivaient. L’ordre d’évacuer a été levé dans le reste du village. Il y avait 6 509 résidents le 11 mars 2011 (source). Il y a maintenant 5 247 habitants enregistrés dans la commune. Au 31 janvier 2021, 1 482 personnes habitaient à Iitaté et 3 744 personnes originaires de étaient encore déplacées, dont 3 548 dans la province de Fukushima et 196 en dehors (source, archives) ;
  • District d’Odaka (小高) à Minami-Sôma : Le district d’Odaka a été évacué et l’ordre d’évacuation est levé. En mars 2011, il y avait 71 561 habitants à Minami-Sôma (source), dont 12 840 dans le district d’Odaka (source). Au 1er janvier 2021, il y a désormais 52 765 habitants enregistrés à Minami-Sôma (source). Dans le district d’Odaka, sur 7 003 résidents enregistrés, 4 725 y vivent vraiment (2 201 ont plus de 65 ans). Les 2 278 autres résident en dehors de la ville (source, archives). En ce qui concerne la partie évacuée du district de Haramachi (原町), il y avait 1 439 résidents en mars 2011. Et sur 683 résidents enregistrés, 592 y vivent vraiment (source).
  • Kawamata, district de Yamakiya (山木屋) : Ce district a été évacué et l’ordre d’évacuation a été levé. Il y avait 1 252 résidents dans ce district en mars 2011 (source). Au 1er février 2021, il y a 343 résidents sur 724 personnes enregistrées (source). Ce tableau fait état de 670 personnes encore déplacées, dont 117 dans la commune et 176 en dehors de Fukushima.
  • Naraha : Il y avait 8 011 résidents le 11 mars 2011 (source). Début 2021, il y a 6 761 personnes enregistrés dans la commune (source), dont 4 038 y vivent vraiment (source). La répartition par quartier et par classe d’âges est aussi disponible.
  • Tomioka : Il y avait 15 960 habitants en mars 2011 (source). Au 1er février 2021, il y a 12 319 personnes enregistrées (source), mais 1 576 y vivent (source). La répartition des personnes déplacées est aussi ici. La plupart sont à Iwaki et Kôriyama.
  • Katsurao : Une partie de la commune est encore classée en zone de retour difficile. Il y avait, dans la commune, 1 567 résidents le 11 mars 2011 (source). Au 1er février 2021, sur 1 376 personnes enregistrées, 925 sont toujours évacuées (source). La plupart sont à Miharu et Kôriyama.
  • Kawauchi : Il y avait 3 038 habitants le 11 mars 2011 (source). La page d’accueil de la commune ne donne que le nombre de personnes enregistrées : 2 566. Les seules statistiques démographiques ne sont pas à jour et ne permettent pas de connaître le nombre de résidents présents.
  • Futaba : La commune est presque entièrement classée en zone de retour difficile. Il y avait 7 140 habitants le 11 mars 2011 (source). Toute la population est encore évacuée. Cette page donne la destination de 6 803 personnes déplacées au 31 janvier 2021. Le nombre de personnes enregistrées dans la commune mois après mois est ici en japonais : elles sont 5 773 en janvier 2021.
  • Ôkuma : La commune est presque entièrement classée en zone de retour difficile. Il y avait 11 505 habitants le 11 mars 2011 (source). Au 31 janvier 2021, il y a 10 249 personnes enregistrées (source). Cette page donne aussi la destination des personnes déplacées et mentionne 283 habitants enregistrés vivant dans la commune. Il y aurait aussi environ 863 personnes vivant dans la commune sans y être enregistrées. Ce sont fort probablement des travailleurs en mission.
  • Hirono : La commune de Hirono est situées au-delà des 20 km et il n’y a pas eu d’ordre d’évacuer, mais juste une recommandation. Il y avait 5 490 habitants le 11 mars 2011 (source). La page d’accueil de la commune fait état de 4 699 personnes enregistrées dont 4 216 y vivent vraiment. Il y a aussi 2 447 qui y vivent sans y être enregistrées. Il s’agit de personnes déplacées d’autres communes et de travailleurs.
  • Tamura : seule une petite partie de la commune a été évacuée, dans le district de Miyakojimachi (都路町). En mars 2011, il y avait 41 662 habitants, dont 380 dans la partie évacuée du district de Miyakojimachi, et 4 117 dans la bande comprise entre 20 et 30 km où il a été recommandé de partir (source). Au 31 janvier 2021, il y a 254 habitants enregistrés dans la partie qui a été évacuée dont 213 qui y vivent vraiment (source). Pour la bande comprise entre 20 et 30 km, il y a 3 060 personnes enregistrées au 31 janvier 2021, dont 2 885 qui y vivent vraiment (source).

Impact sanitaire

• Décès directs : Le nombre total de décès directs dus à la triple catastrophe, s’élève à 15 899 (9 543 à Miyagi, 4 675 à Iwaté, 1 614 à Fukushima et 67 dans les autres provinces). C’est deux de plus que l’an dernier, car deux corps ont pu être identifiés. Il y a aussi 2 529 disparus.

• Décès post-accidentels : Les derniers chiffres officiels de la province de Fukushima (lien direct, copie), qui datent du 12 février 2021 font état de 1 606 décès directs dus à la triple catastrophe et de 1 disparu. Il y a aussi 2 317 décès indirects dus à des suicides ou à une dégradation des conditions de santé suite à l’évacuation.

Pour les trois provinces les plus affectées par le séisme et le tsunami, à savoir Iwaté, Miyagi et Fukushima, le nombre de décès indirects était de 3 739 au 30 septembre 2019. Un quart concernait des personnes avec handicap, selon l’agence de presse Kyodo qui a contacté 42 communes. La part des personnes handicapées est de 7% au Japon et celle des personnes de plus de 65 ans, de 14%. Ces statistiques pointent la nécessité d’améliorer la prise en charge des personnes handicapées en cas de catastrophe.

240 suicides sont directement liés à la triple catastrophe, dont 54 à Iwaté, 58 à Miyagi et 118 à Fukushima. Sur ces 240 suicides, 54 ont eu lieu en 2011, 24 en 2012, 38 en 2013. Et pour ces dernières années, c’était 9 en 2018, 16 en 2019 et 5 en 2020 (source).

• Cancers de la thyroïde : L’université de médecine de Fukushima effectue une campagne de dépistage par échographie des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans.

Les derniers résultats sont ici sur notre site : le dépistage officiel a découvert de 252 cas de cancers de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 202 ont été confirmés lors d’une intervention chirurgicale. Il n’y a toujours qu’un seul cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention (première campagne).

Le nombre de cas nouveaux, qui n’ont été détectés qu’à partir de la seconde campagne de dépistage (136), est plus élevé que le nombre de cas détectés lors de la première campagne (116), qui peut inclure des cancers qui existaient déjà avant la catastrophe nucléaire.

Le tableau ci-dessous synthétise issues du dépistage officiel. Le taux de dépistage diminuant au fur et à mesure des campagnes, le nombre de cas réels est donc plus élevé.

  Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 091 547 116 101
Deuxième campagne 270 529 1 826 207 71 54
Troisième campagne 217 920 1 060 78 31 27
Quatrième campagne 177 424 758 64 27 16
Cinquième campagne 41 0 0 0 0
Plus de 25 ans 5 234 160 13 7 4
Bilan des campagnes de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima au 30 juin 2020 ( 31 mars 2020 pour les plus de 25 ans)

Rappelons qu’il y a plus un an, le fond de soutien des enfants ayant un cancer de la thyroïde, créé en 2016, avait recensé au moins 17 cas supplémentaires, non pris en compte dans les données officielles, dont un qui avait moins de 5 ans au moment de la catastrophe.

A ces chiffres, on peut ajouter les 4 cas découverts à Marumori, au Sud de la province voisine de Miyagi.

Les dernières données relatives à la quatrième campagne de dépistage, publiées le 15 janvier dernier, font officiellement apparaître qu’un enfant de moins de 1 an et qu’un autre de 2 ans au moment de la catastrophe nucléaire, sont atteints d’un cancer de la thyroïde. Voir la figure ci-dessous. Difficile de prétendre que le cancer existait avant la catastrophe pour ces deux enfants !

Distribution par âge au moment de la catastrophe nucléaire des 27 cas de cancers de la thyroïde découverts lors de la quatrième campagne de dépistage. Les cases blanches correspondent aux filles et les cases grises, aux garçons.

Il y a désormais 8 cas de cancer de la thyroïde chez des enfants de Fukushima qui avaient 5 ans ou moins au moment de la catastrophe nucléaire. Si l’âge ne constitue pas une preuve qu’ils sont dus aux radiations, cette hypothèse ne peut pas être exclue.

Il convient de noter que le premier cas découvert par le fond de soutien n’est pas dans les statistiques officielles, car il n’a pas été pris en charge via le suivi mis en place par les autorités. Les données officielles sont donc incomplètes.

Pour en savoir plus, lire notre revue de la littérature scientifique sur le sujet. Si, dix ans après la catastrophe de Fukushima, il n’est toujours pas possible de tirer des conclusions définitives sur les raisons de la forte augmentation du taux de cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima, il n’est plus possible d’exclure que des cancers puissent être induits par les radiations.

Coût de la catastrophe

Coût total estimé

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros) et n’ont pas changé depuis. Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Les médias japonais ont rapporté qu’en décembre 2020, TEPCo avait déjà dépensé 1 443,8 milliards de yens (11 milliards d’euros au cours actuel) pour sécuriser et démanteler sa centrale nucléaire accidentée. Le coût total attendu est toujours de 8 000 milliards de yens. Il dépend de la technologie qui sera utilisée pour reprendre le corium.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

En 2019, Japan Center for Economic Research estime que la facture pourra dépasser les 80 000 milliards de yens (640 milliards d’euros au cours actuel). La note explicative est en japonais seulement. Sur le coût total de 81 000 milliards de yens (648 milliards d’euros), 51 000 milliards (408 milliards d’euros) sont dédiés au démantèlement de la centrale accidentée. A comparer au 8 000 milliards de yens estimés par le ministère de l’économie. L’indemnisation des victimes devrait coûter 10 000 milliards de yens (80 milliards d’euros) selon le think tank et la décontamination 20 000 milliards de yens (160 milliards d’euros).

Si l’eau contaminée était simplement rejetée en mer après dilution, la facture totale pourrait être réduite de 40 000 milliards de yens (320 milliards d’euros) selon le think tank, pour atteindre 41 000 milliards de yens (328 milliards d’euros). La facture totale pourrait encore être abaissée à 35 000 milliards de yens (280 milliards d’euros) si les réacteurs accidentés n’étaient pas démantelés, mais mis sous un sarcophage, comme à Tchernobyl. Mais cette solution reporte sur les générations futures les coûts du démantèlement et ne résout pas le problème des eaux souterraines qui s’infiltrent et se contaminent.

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo.

Indemnisations

En janvier dernier, les autorités avaient déjà prêté 9 716,5 milliards de yens (77,1 milliards d’euros), à TEPCo pour que la compagnie puisse indemniser les victimes de la catastrophe nucléaire et cela ne suffira pas. Les intérêts sont à la charge des contribuables.

L’indemnisation du stress psychologique s’est terminée un an après l’évacuation pour les personnes originaires d’un point chaud situé au-delà des zones d’évacuation. Les habitants originaires des zones dites de retour difficile ont reçu l’équivalent de douze années d’indemnisation et pour les autres, originaires des zones où l’ordre d’évacuer a été levé, l’indemnisation s’est arrêtée au bout de 7 ans. Un adulte a reçu 1,2 million de yens par an (environ 10 000 euros). Il y a eu aussi une compensation pour la perte des biens et des revenus, qui varie d’une famille à l’autre.

De nombreuses personnes ne sont pas satisfaites par les indemnisations reçues et réclament plus. En septembre 2011, les autorités japonaises ont mis en place une commission de conciliation chargée d’arbitrer les contentieux. Ses avis ne sont pas contraignants, mais TEPCo avait alors annoncé vouloir les respecter. Mais, dans les faits, TEPCo refuse de nombreux arbitrages et la commission a clôt de nombreux dossiers non réglés : 72 entre 2013 et 2017 (tous des employés de TEPCo et leur famille), 18 en 2018 et déjà un en 2019. Le groupe le plus important qui avait saisi, en vain, cette commission est constitué de 16 000 habitants de Namié, commune qui a été entièrement évacuée.

Plus de 10 000 Japonais ont porté plainte contre le gouvernement et parfois aussi contre l’Etat afin de bénéficier d’une meilleurs indemnisation. Il y a une trentaine de plaintes collectives. TEPCo a été condamnée de nombreuses fois à mieux indemniser les victimes et le gouvernement aussi. 14 jugements ont déjà été rendus par des tribunaux régionaux et 3 par une cour d’appel.

Parc nucléaire japonais

Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon comptait 54 réacteurs de production d’électricité plus des réacteurs de recherche. Une carte datant de 2010 est disponible ici.

6 réacteurs ont été détruits ou endommagés par la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et 15 autres ont été arrêtés définitivement depuis. Le Japon ne compte donc plus que 33 réacteurs nucléaires pour la production d’électricité : 16 ont leur dossier de sûreté validé et 9 ont été remis en service, dont 4 qui utilisent du combustible MOx. Mais, Ikata-3 a été suspendu par la justice en janvier 2020. Il n’y a donc plus que 8 réacteurs autorisés à fonctionner, dont 3 utilisent du MOx. Sur ces 33 réacteurs, certains ne seront fort probablement jamais remis en service, comme Tsuruga-2, qui est sur une faille sismique reconnue comme active par l’Autorité de régulation nucléaire.

Aucune remise en service de réacteur n’a en lieu en 2019, ni en 2020. Le nucléaire japonais est bloqué. Par ailleurs, l’Autorité de régulation nucléaire a refusé de laisser un délai supplémentaire aux compagnies d’électricité pour la mise en place de mesure de protection contre les attaques terroristes. Quatre réacteurs ont dû être arrêtés en 2020, le temps de faire les travaux : Sendaï-1 et -2, puis Takahama-3 et -4. En novembre 2020, il n’y avait qu’une seule tranche en service… D’autres arrêts suivront en 2021 (voir la liste ici). A priori, 7 des 9 réacteurs remis en service devront être arrêtés pour les mêmes raisons.

Pour voir le détail du parc japonais, c’est par ici. Il y a aussi la liste tenue par le JAIF.

L’an dernier, les compagnies d’électricité japonaises avaient déjà dépensé 5 380 milliards de yens (45 milliards d’euros) pour améliorer la sûreté de leurs installations, avec un piètre résultat. De plus, selon l’agence Kyodo, un quart environ des employés des centrales nucléaires n’ont pas d’expérience d’exploitation suite aux arrêts prolongés. Cela atteint même 40% chez Tôhoku Electric, Chûbu Electric et Chûgoku Electric.

En décembre dernier, la justice a remis en cause l’évaluation du risque sismique validée par l’Autorité de régulation nucléaire. Lire notre article pour en savoir plus. C’est la première fois que la justice japonaise remet en cause l’instruction des dossiers de sûreté et l’application les règles de sûreté révisées en 2013, après la catastrophe de Fukushima. Cette décision pourrait faire jurisprudence.

Le gouvernement japonais voulait atteindre 20 à 22% de nucléaire dans le mix électrique à l’horizon 2030, mais il n’y arrivera pas. En novembre dernier, le ministre de l’industrie a reconnu qu’il ne sera pas possible d’engager la construction d’un nouveau réacteur nucléaire dans les 10 prochaines années, car l’opinion n’y est pas prête. Le gouvernement est en train de revoir la politique énergétique du pays, le plan actuel n’étant pas réaliste. En attendant, les communes sur lesquelles sont installées les centrales nucléaires reçoivent toujours plus d’argent

• Le surgénérateur Monju a été arrêté définitivement. Il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994. Une fuite de sodium avait entraîné son arrêt en 1995. La culture de sûreté y est défaillante (source).

• Les autorités n’ont pas encore abandonné l’usine de retraitement située à Rokkashô-mura dans la province d’Aomori dont la mise en service cumule déjà 25 années de retard depuis 1997, année de la première date de mise en service prévue (source). Le démarrage est désormais annoncé pour 2022 et le coût a été multiplié par 4.

Son dossier de sûreté est validé par l’Autorité de régulation nucléaire. Mais, même si cette usine démarre, elle devra tourner au ralenti car il n’y a pas de débouché pour le plutonium extrait. En effet, le gouvernement japonais s’est engagé à ne pas en extraire plus qu’il ne pouvait en consommer.

Les premiers déchargements de combutible MOx de l’histoire du Japon ont eu lieu en janvier 2020, dans les réacteurs d’Ikata-3 et Takahama-3.

• Faute de débouchés sur le marché intérieur, le Japon avait fait de l’exportation de sa technologie nucléaire une priorité pour sauver son industrie. Mais tous les projets de centrale nucléaire dans un pays étranger ont été abandonnés ou suspendus face aux coûts exorbitants.

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Projet de site d’enfouissement des déchets radioactifs : un référendum sera organisé à Suttsu

Deux villages de Hokkaïdô se sont récemment portés candidats pour que des études bibliographiques soient menées sur la géologie de leur territoire en vue d’y créer un centre d’enfouissement. Ce choix divise les communautés et a entraîné une opposition des villages voisins. Le but premier des communes candidates est de toucher les subsides associés (jusqu’à 2 milliards de yens lors de la première phase).

Selon l’Asahi, le conseil municipal de Suttsu a adopté une ordonnance pour l’organisation d’un référendum sur le sujet avant le passage à la deuxième phase des investigations géologiques. Le maire, à l’initiative de la candidature, voulait que ce référendum soit organisé avant la troisème et dernière phase des investigations pour pouvoir bénéficier aussi des 7 milliards de yens associés à la deuxième phase qui inclut des carottages. Mais, un élu a proposé deux référendums, un avant chacune des phases.

Il y a environ 3 000 habitants à Suttsu.

Japan Atomic Power Co continue à financer une nouvelle route vers sa centrale nucléaire qui n’a rien produit depuis 10 ans

La Japan Atomic Power Co (JAPCo), qui possède la centrale de Tsuruga, avec deux réacteurs et celle de Tôkaï, avec un réacteur, n’a pas produit un watt d’électricité depuis près de 10 ans. Mais, selon l’Asahi, elle continue à financer deux bouts de route dans la province de Fukui. Ces nouvelles sections faisaient partie du projet d’extension de la centrale de Tsuruga, qui a été abandonné suite à la catastrophe de Fukushima. Mais pas la route…

La route parcourt la côte Est de la péninsule de Tsuruga, très peu peuplée. Après être passée par la centrale de Tsuruga, elle revient par la côte Ouest, en passant devant le surgénérateur Monju, arrêté définitivement et par la centrale de Mihama, qui n’a rien produit non plus depuis 2011. Cette dernière centrale est la propriété de Kansaï Electric (KEPCo). Voir notre état des lieux sur le parc nucléaire japonais.

JAPCo est une filiale de plusieurs compagnies d’électricité, dont TEPCo, qui sont aussi ses clients et ne faisait que produire de l’électricité nucléaire. Elle ne produit plus, mais continue à toucher de l’argent de ses clients, qui eux-mêmes répercutent les coûts sur les factures d’électricité.

Le projet de nouvelles routes remonte à 1993 et JAPCo a commencé à le soutenir financièrement à partir de 2009, quand la province de Fukui, la plus nucléarisée du Japon, a approuvé la construction de deux nouveaux réacteurs. De 2009 à 2013, JAPCo a “donné” 1,98 milliards de yens (15 millions d’euros au cours actuel). En 2014, ce fût 570 millions de yens. Les travaux ont ensuite été suspendus pendant 3 ans, faute de contribution financière. Les “dons” ont repris, depuis.

KEPCo contribue aussi au projet. A elles deux, ces compagnies auront versé un total de 4,06 milliards de yens (31,5 millions d’euros au cours actuel) à la fin 2021. La part de JAPCo est de 58% et celle de KEPCo, 42%.

Le réacteur n°1 de Tsuruga est arrêté définitivement. JAPCo veut redémarrer le n°2, mais il est sur une faille sismique considérée comme active par l’autorité de régulation nucléaire, ce qui est rédhibitoire. Quant au projet de réacteurs 3 et 4, il est suspendu.

Et, il n’y a que 520 habitants sur cette péninsule…

TEPCo veut augmenter son soutien à Higashidôri où elle veut construire une centrale nucléaire

Il y a deux centrales de Higashidôri dans la province d’Aomori, qui sont adjacentes : une avec un réacteur à l’arrêt et un autre en projet. La première appartient à Tôhoku Electric et l’autre est un projet de TEPCo, avec deux réacteurs. La construction du premier réacteur a débuté en janvier 2011 et est suspendue depuis mars 2011. Bien que ruinée, TEPCo veut reprendre les travaux, quitte à s’associer à d’autres compagnies d’électricité.

Pour garder de “bonnes relations” avec la commune, TEPCo envisage de lui verser 3 milliards de yens en plus sur 5 ans, selon l’agence Kyodo. En 2019 et en 2020, la compagnie a fait un don de 200 millions de yens.

Rappelons que la compagnie a dû être nationalisée pour éviter la faillite et a déjà reçu 9 733,8 milliards de yens (76 milliards d’euros au cours actuel) de prêts à taux zéro, les intérêts étant à la charge du contribuable. Cette tendance à verser plus d’argent aux communes où sont implantées les centrales nucléaires et donc particulièrement choquante dans le cas de TEPCo.

Toujours plus d’argent pour les collectivités locales qui accueillent des installations nucléaires

En 2000, suite à l’accident nucléaire qui a eu lieu à Tôkaï-mura, le gouvernement japonais avait fait voter une loi garantissant une assistance financière supplémentaire aux collectivités qui accueillent des installations nucléaires. Le but était de faciliter l’acceptabilité de nouvelles installations dans le contexte de défiance qui a suivi l’accident. Deux employés de l’usine de conversion de l’uranium étaient décédés et des centaines de riverains avaient été exposés aux rayonnements ionisants.

Cette aide financière devait s’arrêter au bout de 10 ans. Mais, suite à la catastrophe de Fukushima, en 2011, elle avait été reconduite pour une dizaine d’années supplémentaires, jusqu’à mars 2021, donc. Et, selon l’Asahi, le gouvernement actuel voudrait la reconduire pour une autre décennie.

En 2019, ce sont 14,4 milliards de yens (114 millions d’euros au cours actuel) qui ont été ainsi distribués. Cela vient s’ajouter aux aides financières perçues lors de la construction de nouvelles installations et aux taxes qui s’en suivent.

L’Asahi a aussi effectué un bilan des taxes collectées par les communes et les provinces qui accueillent une installation nucléaire. Elles seraient passées de 20,1 milliards de yens (160 M€ au cours actuel) en 2011 à 46,7 milliards de yens (370 M€) en 2020. C’est plus que les 40,3 milliards de yens perçus en 2010, juste avant l’accident nucléaire à Fukushima. Les provinces d’Aomori, avec les installations relatives au combustible nucléaire et de Fukui avec 15 tranches, ont empochés plus de 60% de ces taxes.

A l’origine, c’est le combustible en réacteur qui était taxé. Mais, après la catastrophe de mars 2011, tout le parc japonais a été arrêté en 13 mois. Et six provinces n’ont perçu aucune taxe sur le combustible en 2011. La province de Fukui a donc, dès l’automne 2011, changé la méthode de calcul, en se basant sur la puissance installée des réacteurs nucléaires, afin de sécuriser ses revenus, même en cas d’arrêt. D’autres collectivités locales ont suivi.

En 2014, la province d’Ehimé a étendu cette taxe aux réacteurs en cours de démantèlement, suivie rapidement par celle de Saga. Et, en 2019, ces deux provinces ont aussi commencé à taxer le combustible usé qui reste sur le site des centrales, au Japon. Les communes de Genakaï et d’Ikata avaient fait de même en 2017 et 2018, respectivement.

La commune de Mutsu, dans la province d’Aomori, qui va bientôt accueillir des combustibles usés dans un entreposage centralisé, va suivre le mouvement et prévoit d’empocher 9,3 milliards de yens en 5 ans. Les premières taxes sur le combustible nucléaire ont été introduites en 1976 par la province de Fukui. Toutes ces taxes auraient engendré un revenu total dépassant les 1 000 milliards de yens jusqu’en 2020.

Localement, l’augmentation des taxes sur les installations nucléaires doit compenser la baisse des dotations de l’Etat pour favoriser l’acceptabilité de cette industrie et les autres taxes fixes. Les élus locaux mettent aussi en avant la nécessité de construire de nouvelles routes pour faciliter l’évacuation en cas d’accident grave. Mais, dans les faits, cet argent est utilisé pour de nombreuses autres activités sans lien avec le nucléaire.

Et, à la fin, ce sont les consommateurs d’électricité qui payent.

L’industrie nucléaire japonaise face à ses déchets

Comme partout, l’industrie nucléaire japonaise peine à trouver une solution pour ses déchets radioactifs. Elle a basé sa politique sur une chimère, le recyclage, et le mythe s’est effondré avec la catastrophe de Fukushima. Sans alternative, elle s’accroche à cette politique sans issue. Même en France, où l’usine de retraitement fonctionne, moins de 1% de la masse des combustibles usés est recyclé actuellement.

Le Japon s’est donc lancé dans le rêve du recyclage, car la technologie d’extraction du plutonium a un intérêt militaire. Il s’agit du programme “pluthermal”. Mais l’usine de retraitement, située à Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, n’a jamais fonctionné et sa mise en service industriel accuse déjà un retard de 25 années… L’usine de combustibles MOx, voisine, n’a pas plus d’utilité, même si ces deux installations ont vu leur dossier de renforcement de la sûreté validé par l’autorité de régulation nucléaire. La mise en service de l’usine MOx vient à son tour d’être reportée à 2024. Il ne s’agit que du 7ème report pour le moment…

Le principal problème est qu’il n’y a pas de débouché pour le plutonium extrait. Sur les 9 réacteurs remis en service depuis la catastrophe de Fukushima, seuls 4 sont autorisés à utiliser du combustible MOx, qui permet de recycler le plutonium. Et parmi ces 4, l’exploitation d’Ikata-3 a été suspendue par la justice. Le programme “pluthermal”, établi en 1997, prévoyait que 16 à 18 réacteurs utilisent du combustible MOx en 2010. En 2009, cet objectif a été repoussé à 2015. La catastrophe de Fukushima, en 2011, a rendu ce programme irréaliste. Mais la fédération des compagnies de production d’électricité du Japon veut toujours arriver à au moins 12 réacteurs consommant du combustible MOx d’ici 2030. Cet objectif permettrait de ne pas accumuler de plutonium, comme le Japon s’y est engagé, même si l’usine de retraitement de Rokkashô était finalement mise en service. Il ne repose sur rien d’autre. Et il y a encore 36 tonnes de plutonium japonais en attente au Royaume-Uni et en France. Ce stock pourrait être mutualisé entre les différents exploitants nucléaires japonais.

En attendant, les combustibles usés se sont accumulés et les entreposages seront rapidement saturés si les réacteurs repartent. C’est particulièrement problématique pour Kansaï Electric, qui a tous ses réacteurs nucléaires dans la province de Fukui. Les autorités locales s’opposent à une extension des entreposages sur place, ainsi qu’au redémarrage des anciens réacteurs Takahama-1 et 2 et Mihama-3, tant qu’il n’y a pas de nouvel entreposage. Kansaï Electric semble à la peine pour trouver un site d’accueil. La fédération des compagnies d’électricité a donc trouvé la parade : mutualiser l’entreposage qui doit ouvrir à Mutsu, dans la province d’Aomori, dont le dossier de sûreté vient d’être validé. Il est la propriété de TEPCo et de sa filiale JAPCo, qui ont toutes leurs centrales arrêtées. Alors, elles peuvent faire un peu de place aux autres… Mais le maire de Mutsu est contre, comme le rapportent l’Asahi et le Maïnichi, car il craint que cet entreposage ne dure bien plus longtemps que ce qui a été prévu initialement. Et dire que Kansaï Electric doit présenter son nouvel entreposage avant la fin 2020 pour obtenir l’assentiment du gouverneur de Fukui… La conseil municipal de Mihama, qui a besoin de la manne financière du nucléaire, a immédiatement accepté ce plan de mutualisation à Mutsu et a donné son accord à la remise en service de Mihama-3, selon l’Asahi. Il en est de même à Takahama.

Pour les déchets ultimes, ce n’est guère plus brillant. Certes, deux villages de Hokkaïdô viennent de se porter candidats pour que des études bibliographiques soient menées sur la géologie de leur territoire en vue d’y créer un centre d’enfouissement. Mais les communes voisines se positionnent contre les déchets nucléaires, tout comme le gouverneur de la province. Selon l’Asahi, le village de Shimamaki, adjacent à Suttsu qui est candidat, par exemple, a voté une résolution interdisant le passage de déchets radioactifs sur le territoire de sa commune. Furubira a fait de même. Kuromatsunai, Rankoshi et Shakotan pourraient suivre.

Centrale nucléaire d’Ôï : l’autorisation de l’Autorité de régulation annulée par la justice

Un tribunal d’Ôsaka a annulé la décision de l’Autorité de régulation nucléaire de remettre en service les réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôï, suite à une plainte déposée par 127 personnes. La justice estime que l’Autorité de régulation a sous-estimé l’amplitude maximale des séismes qui pourraient secouer cette centrale située dans la province de Fukui.

Les deux réacteurs avaient été remis en service en 2018 (voir notre état des lieux du parc nucléaire japonais) et sont actuellement à l’arrêt pour maintenance. Un pourvoi en appel suspendrait la décision de justice, car les plaignants n’en ont pas fait la demande. Les deux réacteurs peuvent être exploités jusqu’à la fin de la procédure judiciaire.

Cette décision est un camouflet pour l’Autorité de régulation nucléaire, qui a donné son accord à une remise en service en 2017. Le séisme maximal pris en compte est proposé par l’exploitant et l’Autorité utilise ses propres critères pour accepter ou pas. En 2017, l’accélération maximale de 856 gals avait donc été validée quand l’exploitant, Kansaï Electric (KEPCo), a obtenu l’autorisation de remettre en service ces deux réacteurs.

Les plaignants ont contesté la façon dont KEPCo a évalué le séisme maximal. La méthode de calcul, basée sur la dimension des failles sismiques et leur densité, ne produirait qu’une valeur moyenne, selon les plaignants, et pas la valeur maximale. Ils se sont aussi appuyés sur une nouvelle disposition des règles de l’Autorité de régulation qui demandent de prendre en compte la variabilité des résultats en fonction des méthodes de calcul. Ainsi, ils estiment que KEPCo aurait dû renforcer la sûreté de ses réacteurs de façon à résister à une secousse d’au moins 1 150 gals.

Les avocats du gouvernement ont argué que l’exploitant avait pris en considération une zone fracturée plus grande que la réalité et que ses calculs pénalisant ne nécessitaient pas de prendre en compte plusieurs méthodes de calcul. Mais le tribunal a donné raison aux plaignants et a ordonné la suspension de l’autorisation de remise en service des deux réacteurs nucléaires. Il est, en effet, surprenant d’introduire dans la réglementation la nécessité de prendre en compte la variabilité des calculs, pour ne finalement pas la prendre en compte dans la pratique. Le tribunal demande donc l’application stricte des règles.

La résistance de la centrale d’Ôï aux séismes fait polémique depuis longtemps. Initialement, KEPCo ne voulait pas réviser le risque sismique et passer outre les nouvelles règles de sûreté, mais elle a dû se résigner face à la nouvelle autorité indépendante. L’accélération maximale était alors passée de 700 à 856 gals. En 2016, Kunihiko Shimazaki, sismologue et commissaire de l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) jusqu’en septembre 2014, pensait qu’il fallait revoir les règles de sûreté. La pluralité des méthodes d’évaluation de l’accélération était déjà au cœur du débat. Mais l’Autorité de régulation nucléaire avait décidé de ne pas changer ses critères.

C’est la première fois que la justice japonaise remet en cause l’instruction des dossiers de sûreté et l’application les règles de sûreté révisées en 2013, après la catastrophe de Fukushima. Cette décision pourrait faire jurisprudence pour d’autres centrales nucléaires remises en service, car la méthode d’évaluation de l’accélération maximale y est la même qu’à Ôï. C’est le cas, en particulier, pour la centrale voisine de Takahama, où la même faille sismique a été utilisée pour le calcul. L’exploitant a immédiatement fait part de son intention de faire appel. L’Autorité de régulation, quant à elle, a annoncé vouloir se concerter avec les ministères avant de prendre une décision, alors qu’elle est indépendante. Les cours d’appel ont souvent remis en cause les jugements favorables aux plaignants.

L’Autorité de régulation nucléaire a régulièrement vanté ses nouvelles règles de sûreté, prétendument les plus strictes au monde, sans jamais démontrer cette affirmation. On découvre qu’elles ne sont appliquées strictement… Elle devrait donc revoir l’évaluation des risques sismiques des nucléaires japonais déjà remis en service. Il ne faut pas s’étonner ensuite, si la population japonaise ne veut plus de nucléaire.

Les réacteurs 3 et 4 d’Ôï ont été mis en service en 1991 et 1993, respectivement. Rappelons qu’ils avaient été temporairement remis en service durant l’été 2012, avant même que le nouveau référentiel de sûreté n’entre en vigueur le 8 juillet 2013, pour être arrêtés à nouveau en septembre 2013. Cela avait provoqué de fortes manifestations au Japon. En 2014, la justice avait déjà suspendu la remise en service de cette centrale car elle déjà estimait que les risques sismiques avaient été sous-évalués. Ce jugement, qui avait fait des vagues, n’était pas suspensif non plus. Les réacteurs 3 et 4 avaient finalement été remis en service en 2018 (réacteur 3, réacteur 4).

Les réacteurs 1 et 2 de la centrale d’Ôï ont été arrêtés définitivement après la catastrophe de Fukushima.

La commune de Takahama accepte la remise en service de deux réacteurs anciens de la centrale éponyme

En 2016, Kansaï Electric (KEPCo) a obtenu le feu vert de l’Autorité de régulation nucléaire pour prolonger au-delà de 40 ans l’exploitation des réacteurs 1 et 2 de sa centrale de Takahama. Comme les travaux de renforcement de la sûreté devraient être bientôt achevés, la compagnie a sollicité l’avis de la commune. Sans surprise, le conseil municipal a émis un avis favorable (10 votes pour sur 13). Le maire devrait faire de même en décembre prochain. L’assemblée régionale et le gouverneur vont aussi donner leur avis.

Comme partout, la commune est très dépendante financièrement des installations nucléaires sur son territoire. Le gouverneur, quant à lui, a demandé à la compagnie de trouver, d’ici la fin de l’année, un site d’entreposage pour les combustibles usés en dehors de la province, car les piscines sont proches de la saturation (voir les 3 défis auxquels fait face l’exploitant).

En juillet 2013, le gouvernement de l’époque avait limité à 40 ans la durée d’exploitation des réacteurs nucléaire du pays, tout en autorisant, de façon “exceptionnelle”, une demande de prolongation à 60 ans. C’est la première centrale qui devrait bénéficier de cette mesure. KEPCo espère remettre en service Takahama-1 en mars 2021 et Takahama-2 en mai 2021. Chaque réacteur a une puissance électrique de 826 MW. L’Autorité de régulation nucléaire a autorisé la prolongation d’exploitation de deux autres réacteurs : Mihama-3 et Tôkaï-2.