Rétractation de deux articles scientifiques controversés

Deux articles scientifiques publiés en 2017 avaient fait polémique car des données sur des doses prises par des habitants de Daté avaient été utilisées sans leur consentement. Et les auteurs s’étaient trompé dans leur interprétation, comme nous l’avions rapporté en janvier 2019. Les deux articles scientifiques en question ont finalement été rétractés durant l’été 2020 par leurs auteurs. Cela aura pris du temps, mais la polémique est définitivement close. Voici les liens vers le premier et le deuxième articles rétractés avec l’avertissement de l’éditeur et le billet de retractation watch.

L’erreur d’interprétation des données a induit une sous-estimation de la dose reçue sans que cela ne choque les auteurs, puisque c’était conforme à leur a priori idéologique. Une sur-estimation les aurait alerté ! Et comme l’explique ce billet, un troisième article scientifique était prévu par ces mêmes auteurs sur la relation entre la dose externe et la dose interne reçues par les habitants de Daté, mais il n’a jamais été publié car les résultats ne correspondaient pas à ce qui était attendu. On peut donc avoir des doutes sur la qualité scientifique des autres articles de ces auteurs concernant la catastrophe de Fukushima.

Un autre problème est que l’un des deux auteurs des articles rétractés, Ryûgo Hayano, était fréquemment invité et mis en avant par l’IRSN et le CEPN car il disait que ces deux organismes voulaient entendre… Il a notamment été invité à des rencontres lycéennes à Cherbourg en Cotentin en mars 2019, en connaissance de cause puisque la polémique sur ses articles avait déjà éclaté ! Et d’un autre côté, l’IRSN n’a pas hésité à licencier une chercheuse car les résultats de ses recherches à Fukushima ne cadraient pas avec les préjugés de ses supérieurs hiérarchiques.

Le gouvernement va subventionner l’installation de nouveaux habitants dans 12 communes de Fukushima

Alors que le taux de retour des habitants est de l’ordre de 20%, le gouvernement japonais va, à partir de 2021, subventionner l’installation de nouveaux résidents dans 12 communes. 11 d’entre elles ont été évacuées ou partiellement évacuées sur ordre du gouvernement (Futaba, Okuma, Tomioka, Namié, Iitaté, Kawamata, Minami-Soma, Katsurao, Naraha, Kawauchi, Tamura). A Hirono, ce sont les autorités municipales qui avaient ordonné l’évacuation. Les familles nouvellement installées doivent rester 5 ans.

L’aide sera de 1,2 million de yens (9 500 €) pour une famille venant de Fukushima et de 2 millions de yens (16 000 €) pour une famille venant d’une autre province. Cette aide sera respectivement de 800 000 yens (6 300 €) et 1,2 million de yens (9 500 €) pour une personne seule. L’Agence de reconstruction table sur 300 nouveaux habitants la première année. Une aide supplémentaire allant jusqu’à 4 millions de yens (32 000 €) pourra être versée en cas de création d’une nouvelle activité économique.

65% des personnes encore déplacées de Fukushima ne souhaitent pas rentrer chez elles – le nombre de personnes déplacées pauvres a quasiment doublé

Il y a encore officiellement plus de 36 900 personnes déplacées à Fukushima, selon les autorités locales. La Kwansei Gakuin University a envoyé un questionnaire à 4 876 déplacés et a reçu 694 réponses, dont 522 d’habitants originaires de Fukushima avant la catastrophe. Il apparaît que 65% des répondants originaires de Fukushima ne souhaitent pas rentrer chez eux et 26% espèrent pouvoir rentrer. Selon l’agence Kyodo, qui reprend l’information, les autorités n’ont pas effectué une telle enquête ces dernières années.

A la question de savoir pourquoi ils n’étaient toujours pas rentrés, 46% des répondants disent craindre la contamination et 45% disent s’être réinstallés ailleurs.

Sur les 522 répondants de Fukushima, 100, ou 14,4% sont originaires des zones dites de retour difficile et 140, ou 20,2%, de zones où l’ordre d’évacuer a été levé. Enfin, 417, soit 60% de tous les 694 répondants, sont des “auto-évacués”, originaires de Fukushima ou d’autres provinces.

L’université a aussi interrogé les personnes déplacées sur leurs revenus. Selon le Maïnichi, qui reprend l’information, le nombre de foyers qui gagnaient moins de 3 millions de yens (24 000 €) par an en 2019 est 1,7 fois plus élevé qu’avant la catastrophe. La part de ces foyers était de 22,7% avant la catastrophe et 39,1% en 2019.

Sur les 117 mères célibataires qui ont répondu, 103 sont des auto-évacuées. 50 ont divorcé. Enfin, 44% ont eu un revenu annuel inférieur à 2 millions de yens (16 000€) en 2019. C’est 3,6 fois plus qu’avant la catastrophe. Certaines mères cumulent plusieurs “petits jobs” pour s’en sortir.

L’école de Tsushima (Namié) va fermer après que le dernier élève passe au collège

Le district de Tsushima, à Namié, avait une école élémentaire et un collège qui accueillaient 1 700 élèves avant la catastrophe nucléaire. La commune est presque entièrement classée en zone dite de retour difficile. L’école élémentaire a donc déménagé à Nihonmatsu, dans les bâtiments d’une ancienne école. Elle va fermer à la fin de l’année scolaire, qui termine fin mars 2021, faute d’élèves.

Selon le Maïnichi, il n’y a plus qu’un seul élève à l’école élémentaire… et il va passer au collège.

Fukushima et la liberté d’expression

Selon l’Asahi, les guides qui accueillent les visiteurs au musée de la catastrophe, qui a ouvert le 20 septembre dernier à Futaba, n’ont le droit de critiquer ni TEPCo, ni le gouvernement. Les 29 guides sont des victimes de la catastrophe ou des personnes formées. Chaque visite guidée dure une heure et est payée 3 500 yens.

Lors des formations qui ont eu lieu cet été, le manuel distribué indiquait qu’il fallait éviter de “critiquer ou diffamer certaines organisations, personnes ou autres installations”. Et si un visiteur interroge le guide à propos de ses sentiments sur la responsabilité de TEPCo, la réponse doit être évasive et le visiteur renvoyé vers le personnel du musée. Chaque guide doit aussi mettre par écrit son propos et le soumettre à la direction du musée qui le corrige. Et si jamais ils critiquent une organisation, leur présentation sera immédiatement arrêtée et ils ne pourront plus jamais être guide dans ce musée.

Certains guides se sont offusqués : en tant que victimes, ils devraient pouvoir critiquer TEPCo et le gouvernement, qui sont responsables de la catastrophe nucléaire. Un autre guide a vu son script corrigé après avoir mentionné cette responsabilité. Pourtant, les rapports d’enquête officiels ont pointé la responsabilité de TEPCo et du gouvernement. Ne pas pouvoir le mentionner dans un musée dédié à la catastrophe nucléaire est scandaleux.

Par ironie du calendrier, le Canard Enchaîné a publié, ce même jour, un article sur le licenciement d’une chercheuse de l’IRSN qui travaillait sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima et qui n’acceptait pas de voir ses travaux censurés par sa hiérarchie. En réaction, l’ACRO a quitté le Comité d’orientation des recherches (COR) de cet Institut. La lettre de démission est sur le site de l’association et reprise ci-dessous.

Selon le Canard Enchaîné, le supérieur hiérarchique direct de Christine Fassert, la chercheuse licenciée, « voulait imposer des changements, voire censurer des mots et des phrases [d’un] article, » afin d’« écarter les critiques envers la gestion post-accidentelle du gouvernement japonais, et du secteur nucléaire civil en général », et de « minimiser et relativiser le risque lié à l’exposition aux radiations ».

Cet évènement est très inquiétant car il montre que l’IRSN n’est pas disposé à accepter des résultats de recherches qui remettent en cause ses préjugés. Et quand on est en charge de la sûreté nucléaire, c’est particulièrement grave. Ce n’est pas la seule personne à avoir subi la rigidité de cet institut, mais c’est la première fois que cela conduit à un licenciement, ce qui est scandaleux.

Nous avons déjà souligné, par deux fois, en juillet 2018 et en mars 2019, l’originalité des travaux de Christine Fassert, socio-anthropologue, spécialiste des risques à l’IRSN, qui travaillait sur la confiance, dans le cadre du projet Shinrai en partenariat avec Sciences Po et l’université Tôkyô Tech. Au Japon, comme en France, elle est allée, avec ses collègues japonais, à la rencontre de tous les protagonistes et a interrogé aussi bien des fonctionnaires que des experts indépendants, comme on peut le voir dans cette présentation (copie).

A l’IRSN, on préfère s’intéresser aux personnes qui montrent qu’il est possible de vivre dans les territoires contaminés. Et le paradigme dominant est qu’il faut éviter d’évacuer et faire revenir au plus vite les personnes évacuées, passant outre les directives de l’ONU sur les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays qui leur garantissent protection, le droit de choisir entre le retour et une réinstallation, ainsi que leur pleine participation aux décisions (voir notre rapport de 2016 : Fukushima, retour à l’anormale ?). C’est aussi flagrant dans les programmes de recherche européens auxquels l’IRSN participe, où la réduction des incertitudes dans la modélisation des retombées radioactives doit permettre d’éviter d’évacuer inutilement des populations (voir page 58 de cette présentation, par exemple), alors que les défauts dans la modélisation à Fukushima ont aussi conduit à ne pas évacuer des personnes qui auraient dû l’être ! C’est le cas pour les territoires contaminés qui vont jusqu’à une quarantaine de kilomètres vers le Nord-Ouest. L’ordre d’évacuer n’est arrivé que le 22 avril 2011 alors que la catastrophe a débuté le 11 mars 2011.

Dans la pratique, l’IRSN, n’a pas hésité à travailler et à mettre en avant un chercheur peu scrupuleux, comme nous l’avons rapporté en janvier 2019, mais qui disait ce que l’institut voulait entendre. C’est aussi l’objet des “dialogues” de Fukushima soutenus par l’IRSN montrés dans le webdocumentaire “Kotoba” (qui signifie “mot” et pas “dialogue”) : pas de déchets radioactifs, pas de malade, pas de résidents qui ne veulent pas rentrer… Juste quelques petits soucis, mais en douze “dialogues”, tout est réglé ! Le bilan de ces dialogues par l’IRSN est une affligeante liste de banalités. C’est inquiétant pour la gestion post-accidentelle en cas d’accident en France.

Christine Fassert, quant à elle, est aussi allée à la rencontre des personnes qui sont parties et qui ne veulent pas revenir, donnant une visibilité à une catégorie de populations que tout le monde veut ignorer, alors qu’elle est la plus nombreuse. Le projet a aussi examiné les écueils d’une communication sur le risque radiologique essentiellement « rassurante », la difficulté du rôle des experts en radioprotection en prise directe avec le public, la tension entre une politique gouvernementale d’évacuations et de retours pensée par les élites tokyoïtes et la mise en œuvre de ces directives par les maires dans la région de Fukushima… Que des sujets qui n’entraient pas dans le cadre étroit de ce qui était attendu. Alors, c’était le cadre ou elle !

Message de démission expédié le 18 septembre 2020 aux membres du COR :

Madame la Présidente,

Suite au licenciement d’une chercheuse de l’IRSN, je souhaite démissionner du COR. Si l’IRSN n’est pas capable d’accepter des voix singulières en interne, il ne peut pas s’ouvrir à la société.

Dans son avis sur le post-accident, le COR, avait souligné, pour le volet « populations et gouvernance » : « Le GT pense qu’il serait important de mener des recherches sur ce sujet en prenant en compte les avis de toutes les catégories de population. Les auto-évacués échappent au suivi officiel au Japon et à la plupart des études et recherches auxquelles l’IRSN participe. Le retour d’expérience ne peut pas se limiter à la seule population qui souhaite rester sur place ou rentrer, peu représentative de l’ensemble des populations affectées par un accident nucléaire grave. L’IRSN gagnerait à élargir le champ de ses études et recherches ou à se rapprocher d’autres programmes impliquant toutes les personnes affectées par la catastrophe, y compris celles qui ne souhaitent pas rester sur place ou rentrer. »

En cas d’accident nucléaire en France, l’IRSN ne pourra pas choisir parmi les populations affectées. La participation de toutes les parties prenantes sera nécessaire. La chercheuse licenciée est justement la seule personne de l’institut qui s’intéressait à toutes les catégories de population, le programme des « dialogues » n’ayant sélectionné que des personnes en accord avec le paradigme dominant à l’IRSN.

J’ai déjà eu l’occasion plusieurs fois, au sein du COR, d’interroger et d’alerter sur la liberté de publier et de communiquer des chercheurs de l’IRSN, en vain. Jamais le COR n’a accepté d’en débattre.

Depuis le début du COR, j’ai œuvré pour plus d’ouverture et la prise en compte des demandes de la société. J’ai participé à quasiment tous les GT et j’en ai présidé deux. Mais je crains que tout ce travail ait été vain et que l’IRSN ne soit pas prêt à s’ouvrir sincèrement. Dans ces conditions, je ne vois pas d’autre solution que de démissionner du COR.

Bien à vous,

David Boilley

La reconstruction de la région affectée par la triple catastrophe de 2011 absente du discours du nouveau premier ministre sur les défis qui l’attendent

Dans un éditorial, l’Asahi souligne que la reconstruction de la région affectée par la triple catastrophe de 2011 ne fait pas partie de la liste des défis qui attendent le nouveau premier ministre Yoshihidé Suga. Elle est aussi absente de son programme de gouvernement. Les habitants de la région sont inquiets.

Le gouvernement précédent, de Shinzô Abe, avait augmenté le soutien aux mesures de reconstruction au cours des cinq années qui ont suivi la catastrophe, passant de 19 000 milliards de yens à 25 000 milliards de yens. Les projets d’infrastructure seront en grande partie terminés pour le dixième anniversaire.

Mais seulement 10 % environ du montant total des fonds publics ont été dépensés pour réhabiliter les industries locales et soutenir les moyens de subsistance des victimes. De nombreux terrains d’habitation nouvellement aménagés restent vacants parce que les projets n’ont pas été adaptés à la baisse de la population. Environ 30 % des terrains surélevés destinés à la construction de logements, mis à disposition dans le cadre de “projets de réajustement foncier”, sont inutilisés.

Une enquête gouvernementale sur les entreprises qui ont reçu des subventions pour réparer ou remplacer les installations et équipements endommagés, fait apparaître que 46 % des personnes interrogées ont déclaré que leurs ventes avaient retrouvé leur niveau d’avant la catastrophe. Cependant, il existe de grands écarts entre les industries. Dans le secteur de la construction, qui a largement bénéficié des dépenses de travaux publics, 74 % des personnes interrogées ont déclaré que leurs ventes s’étaient redressées, tandis que ce chiffre était de 32 % pour la pêche et l’industrie alimentaire.

Dans la préfecture de Fukushima, il y a d’autres difficultés à surmonter. Il s’agit notamment de la gestion des déchets radioactifs issus de la décontamination et l’eau radioactive qui s’accumule à la centrale nucléaire de Fukushima dai-ichi, de la levée des ordres d’évacuer dans les zones désignées comme de retour difficile et de la reconstruction des communautés alors que seuls 30 % des résidents sont revenus après la levée des ordres d’évacuation.

Le législateur doit apporter un soutien matériel et moral aux personnes qui sont encore contraintes de vivre en tant qu’évacués. Comment le nouveau Premier ministre va-t-il protéger les moyens de subsistance des habitants de cette région ?

Le nouveau gouvernement ne semble pas avoir l’intention de revoir la politique énergétique du pays, alors qu’aucun réacteur nucléaire n’a été remis en service depuis l’été 2018 et que la mise en service de l’usine de retraitement a encore été repoussée. Va-t-il maintenir les objectifs irréalistes du gouvernement précédent ?

Des ordres d’évacuation vont être levés sans décontamination à la condition qu’il n’y ait pas de retour

Article initialement daté du 27 août et mis à jour

Les autorités japonaises ont levé tous les ordres d’évacuer, sauf dans les territoires les plus contaminés, classées en zones dites de retour difficile. A Futaba et Ôkuma, les deux communes les plus touchées car la centrale de Fukushima daï-ichi est sur leur territoire, le centre, classé en zone de retour difficile, a été décontaminé pour leur permettre de pouvoir continuer à exister.

Pour lever ses ordres d’évacuer, le gouvernement a fixé plusieurs conditions : que les travaux de décontaminations soient terminés, que l’exposition externe ne dépasse pas 20 mSv/an, que les infrastructures et services aient été rétablis et qu’une consultation ait eu lieu. Mais, à la demande de la commune d’Iitaté, il a revu ces conditions.

L’accès au district de Nagadoro de cette commune reste interdit à cause des niveaux élevés de contamination, alors que l’ordre d’évacuer a été levé ailleurs. Il y avait très peu de résidents avant la catastrophe nucléaire. Comme nous l’avons déjà mentionné, les élus veulent y créer un “parc de réhabilitation” et ont donc demandé l’autorisation d’y accéder.

Selon le Maïnichi, avant de donner une réponse favorable, le gouvernement a consulté l’Autorité de régulation nucléaire. Les nouvelles conditions pour lever l’ordre d’évacuer sans effectuer de travaux de décontamination, outre le fait que les résidents ne se réinstallent pas chez eux, sont que les doses annuelles d’exposition aux rayonnements ne dépassent pas 20 millisieverts, que les doses individuelles soient contrôlées à l’aide de dosimètres et que des informations soient fournies pour limiter l’exposition. Pour l’Autorité de régulation les conditions sont essentiellement les mêmes qu’avant et elle a donné son accord.

C’est une façon d’entériner le non-retour des populations dans certaines zones, sans le reconnaître.

Les autorités veulent aussi y faire des essais de “recyclage” des terres contaminées à partir de mars 2021. Comme l’explique de Fukushima Minpo, repris par le Japan Times, le projet remonte à 2016, et après un an de négociations, la commune a cédé. De la terre issue de travaux de décontamination devrait donc être apportée sur 186 hectares afin de les transformer en terre arable.

Les 5 autres communes qui ont une partie de leur territoire classé en zone de retour difficile, ne veulent pas que ces nouvelles mesures soient appliquées sur leur territoire. Elles craignent que le gouvernement les poussent à suivre l’exemple d’Iitaté, ne sachant pas quels sont les plans gouvernementaux en dehors des centres réhabilités. Dans un éditorial, le Maïnichi demande à ce que la décision pour Nagadoro ne soit pas généralisée.

Le dernier bilan officiel du ministère de l’environnement sur les travaux de décontamination et la gestion des déchets engendrés est ici en anglais.

Exercice de crise nucléaire, avec évacuation, pendant la pandémie

Un exercice de crise a eu lieu dans la province de Fukui, avec évacuation, pour tester la réponse en situation de pandémie. Et le scénario supposait un accident sur deux centrales nucléaires (Takahama et Ôï) voisines en simultané, suite à un séisme de magnitude 6 dans la Baie de Wakasa.

50 habitants de la commune d’Ôï ont participé à l’exercice d’évacuation. 30 ont été emmenés en bus jusqu’à Tsuruga. Seul un siège sur deux a été utilisé. Les autres se sont confinés dans un local municipal.

L’an denier, l’exercice avait impliqué un millier d’habitants et 1 800 personnes. Cette année, il a été revu à la baisse pour protéger les participants ! Outre les habitants, il n’y a eu que 300 personnes impliquées dans l’exercice.

Boom hôtelier à Fukushima, le long de la côte

Avant la triple catastrophe, le parc hôtelier sur la côte de Fukushima était dominé par des petites pensions, selon l’Asahi, mais depuis l’accident nucléaire, de grands hôtels, avec une centaine de chambres, ont été construits pour héberger principalement les travailleurs du nucléaire.

L’hôtel Futabanomori, avec 95 chambres, va ouvrir le 15 juillet à Namié. Il est à 9 km seulement de la cenrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. A peine 1 400 personnes sont rentrée à Namié, depuis la lever de l’ordre d’évacuer au centre ville, soit moins de 10% de la population d’avant l’accident. Le gouvernement y a installé un centre de recherche pour relancer l’activité économique et l’attractivité de la ville.

Plus proche de la centrale, à Futaba même, un autre hôtel devrait ouvrir cet automne, avec 134 chambres, alors que presque toute la commune est encore interdite d’accès. L’ordre d’évacuer a été levé sur à peine 4,7% de son territoire, en mars dernier. C’est une chaîne hôtelière (Arm System) qui s’y installe. Un parc mémoriel devrait aussi ouvrir à l’automne.

Plus au sud, à Tomioka, un nouvel hôtel a ouvert en octobre 2019, avec 69 chambres. Le taux d’occupation est d’environ 70%. Il est à 10 km de la centrale accidentée. Presque tous les clients sont liés au nucléaire ou à la reconstruction de la région.

D’autres hôtels ont ouvert ou vont ouvrir, alors que la zone a probablement atteint le pic de clients potentiels. La compétition pourrait être rude, surtout avec la crise sanitaire liée à la Covid-19. Presque toute l’économie de l’ancienne zone évacuée est tirée par le chantier pharaonesque de sécurisation et de démantèlement des réacteurs nucléaires, ainsi que par la reconstruction de la zone. Le chantier nucléaire va durer bien plus longtemps. L’avenir à long terme de ces territoires, avec un bouleversement de sa population et de son économie reste à inventer et n’est jamais débattu.

Tribune d’un rapporteur spécial de l’ONU : la gestion des déchets radioactifs est aussi une décision relative aux droits humains

L’agence de presse Kyodo a publié une tribune, reprise par le Maïnichi, de Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU depuis 2014 sur les implications pour les droits humains de la gestion et de l’élimination écologiquement correcte des substances et déchets dangereux. La voici en français :

Dans quelques semaines, le gouvernement japonais aura l’occasion de montrer au monde entier à quel point il attache de l’importance à la protection des droits humains et de l’environnement et au respect de ses obligations internationales.

Au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima daï-ichi, moi-même et d’autres rapporteurs spéciaux de l’ONU avons constamment exprimé nos préoccupations quant aux approches adoptées par le gouvernement japonais. Nous avons craint que le relèvement des “limites acceptables” d’exposition aux radiations pour inciter à la réinstallation ne viole les obligations du gouvernement en matière de droits humains envers les enfants.

Nous nous sommes inquiétés de l’exploitation possible des migrants et des pauvres pour les travaux de décontamination radioactive. Notre préoccupation la plus récente est la façon dont le gouvernement a utilisé la crise COVID-19 pour accélérer considérablement son calendrier de décision concernant le déversement dans l’océan des eaux radioactives qui s’accumulent à Fukushima daï-ichi.

En mettant de côté les devoirs de consultation et de protection qui incombent au Japon en vertu du droit international, je suis attristé de penser qu’un pays qui a subi les horreurs d’être le seul sur lequel non pas une mais deux bombes nucléaires ont été larguées pendant la guerre, continuerait sur cette voie pour faire face aux conséquences radioactives de la catastrophe de Fukushima daï-ichi.

Le rejet des eaux usées toxiques collectées à la centrale nucléaire de Fukushima serait, sans aucun doute, un coup terrible porté aux moyens de subsistance des pêcheurs locaux. Indépendamment des risques sanitaires et environnementaux, l’atteinte à la réputation serait irréparable, une cicatrice invisible et permanente sur les produits de mer locaux. Aucune somme d’argent ne peut remplacer la perte de culture et de dignité qui accompagne ce mode de vie traditionnel pour ces communautés.

Les communautés de Fukushima, si dévastées par les événements tragiques du 11 mars 2011, ont exprimé ces dernières semaines leurs préoccupations et leur opposition au rejet de l’eau contaminée dans leur environnement. C’est leur droit à un environnement qui leur permette de vivre dans la dignité, de profiter de leur culture et de ne pas être délibérément exposées à une contamination radioactive supplémentaire. Ces droits doivent être pleinement respectés et ne doivent pas être ignorés par le gouvernement de Tôkyô.

Le déversement de déchets nucléaires dans l’océan pourrait nuire aux relations internationales du Japon. Les pays voisins sont déjà préoccupés par le rejet d’importants volumes de tritium radioactif et d’autres contaminants dans les eaux usées.

Le Japon a le devoir, en vertu du droit international, de prévenir les dommages environnementaux transfrontaliers. Plus précisément, en vertu de la Convention de Londres, le Japon a l’obligation de prendre des précautions en ce qui concerne le déversement de déchets dans l’océan. Compte tenu de l’incertitude scientifique quant aux effets sur la santé et l’environnement de l’exposition à des rayonnements de faible intensité, le rejet de ces eaux usées serait totalement incompatible avec l’esprit, sinon la lettre, de cette loi.

Les peuples autochtones ont un droit internationalement reconnu au consentement libre, préalable et éclairé. Cela inclut l’élimination des déchets dans leurs eaux et les actions susceptibles de contaminer leur alimentation. Quelle que soit l’importance de la contamination de leur eau et de leur nourriture, le gouvernement japonais a l’obligation incontestable de consulter les peuples indigènes potentiellement affectés, obligation qu’il n’a pas remplie.

Le gouvernement japonais n’a pas, et ne peut pas, s’assurer de consultations significatives comme l’exige le droit international des droits de l’homme pendant la pandémie actuelle. Rien ne justifie un calendrier aussi dramatiquement accéléré pour la prise de décision pendant la crise de la covid-19. Le Japon dispose de l’espace physique nécessaire pour stocker les eaux usées pendant de nombreuses années.

Depuis six ans, je présente un rapport annuel au Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Qu’il s’agisse des droits de l’enfant ou des droits des travailleurs, dans presque toutes les discussions aux Nations unies, la situation de Fukushima daï-ichi est soulevée par des observateurs inquiets, afin que le monde entier puisse l’entendre. Les organisations intervenantes ont demandé année après année au gouvernement japonais de leur adresser une invitation à se rendre sur place afin que je puisse faire des recommandations pour améliorer la situation. Je regrette que mon mandat arrive à son terme sans cette possibilité, malgré mes demandes répétées de visite et d’évaluation de la situation.

La catastrophe de 2011 ne peut être annulée. Toutefois, le Japon a encore la possibilité de minimiser les dégâts. À mon avis, il existe de graves risques pour les moyens de subsistance des pêcheurs au Japon et pour sa réputation internationale. Une fois de plus, j’invite le gouvernement japonais à réfléchir à deux fois à son héritage : en tant que véritable champion des droits de l’homme et de l’environnement, ou pas.

Traduit avec l’aide de www.DeepL.com/Translator