Préparation à la levée des ordres d’évacuation à Futaba

Après Katsurao et Ôkuma en décembre, c’est au tour de Futaba de permettre aux anciens résidents de certaines zones de passer la nuit chez eux pour préparer leur retour. La décontamination et reconstruction n’ont été effectués que sur 780 hectares, soit 15% de la surface de la commune, situés autour de la gare. Il y avait 4 376 résidents dans cette zone avant l’accident. 3 613 y étaient encore enregistrés en décembre dernier, mais seulement 15, dans 11 foyers, ont demandé l’autorisation de passer la nuit chez eux à ce jour.

L’ordre d’évacuation avait déjà été levé en mars 2020 pour une toute petite partie de 220 hectares autour de la gare. Pour la zone étendue dont il est question ici, l’ordre d’évacuer devrait être levé en juin prochain. Et, pour les autres territoires habités de la commune, aussi classés en zone de retour difficile, le gouvernement compte lever les ordres d’évacuation dans la décennie à venir.

Retour progressif autorisé dans la partie la plus contaminée de Katsurao

Alors que les autorités s’apprêtent à lever l’ordre d’évacuer des zones les plus contaminées de Katsurao, dites de “retour difficile”, au printemps prochain, les résidents peuvent demander l’autorisation de dormir chez eux pour y préparer leur retour. La zone concernée par cette décision fait 95 hectares et 83 personnes y habitaient dans une trentaine de foyers avant la catastrophe nucléaire.

Katsurao est la première commune ayant un territoire classé en retour difficile à autoriser le retour temporaire de ses résidents. Cinq autres communes sont concernées. Lors d’une réunion publique dédiée aux conditions de retour, il n’y avait que 18 participants. Et, à ce jour, un seul couple a demandé l’autorisation de passer la nuit dans sa maison. Il réside actuellement à Tôkyô mais à l’intention de revenir à Katsurao de façon permanente.

La commune espère pouvoir attirer de nouveaux habitants dans la zone. Dans le district de Noyuki, il y avait une quarantaine d’habitations, qui ont presque toutes été démolies. Il n’en reste plus que 4, dont une en construction.

Fin progressive de la prise en charge des soins de santé pour les personnes déplacées de Fukushima

Selon l’Asahi, l’Agence de reconstruction veut cesser progressivement la prise en charge des soins médicaux des personnes déplacées par la catastrophe nucléaire et a entamé des discussions avec les autorités locales, comme l’a reconnu le ministre en charge du dossier.

Actuellement, les résidents de 13 municipalités de Fukushima qui ont dû évacuer obligatoirement ou par recommandation bénéficient d’une réduction totale ou partielle de leurs frais de santé ou de soins infirmiers. Le nombre de personnes évacuées de ces municipalités s’élevait à 150 000 en août 2011. Cette assistance devrait être réduite progressivement à partir de 2023 pour les personnes des zones où les ordres d’évacuer ont été levés avant avril 2017. Elle serait encore maintenue pour les 22 000 personnes originaires des zones dites de retour difficile.

Dans certaines communes, comme Minami-Sôma ou Tamura, les seuls bénéficiaires sont les personnes qui ont dû évacuer. Les “évacués volontaires”, qui sont partis d’eux-mêmes, n’en bénéficient pas. 

La fin des aides inquiète certains qui ont vu leurs conditions de santé s’aggraver suite à l’évacuation. Elles devraient être mieux ciblées vers les personnes qui en ont besoin, quel que soit leur statut d’origine.

La future levée partielle des ordres d’évacuation à Ôkuma crée la confusion

La commune d’Ôkuma, sur laquelle est installée une partie de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, est classée en zone dite de “retour difficile” et est toujours évacuée. Le gouvernement, qui a toujours promis un retour aux habitants, ne veut pas rayer cette commune de la carte. Il a donc engagé des travaux de décontamination et s’apprête à y lever les ordres d’évacuer. Mais la nouvelle frontière divise les communautés et crée de la confusion, selon l’Asahi.

Le quartier Machi va être partiellement rouvert dans quelques mois. Les habitants de l’enclave réhabilitée pourront rentrer chez eux et leurs voisins, parfois juste de l’autre côté de la rue, non, ou, pas avant la fin de la décennie. Sur les quelques 140 hectares de la zone, seuls 20 ont été décontaminés. Il y avait 90 foyers en tout dans ce district avant la catastrophe nucléaire et la moitié environ seront autorisés à rentrer. Selon un sondage effectué au mois de mai dernier, seulement 11 foyers souhaitaient revenir chez eux, mais tous ne le pourront pas.

Ce district est situé le long de la nationale 6, à 3 km au Sud-Est de la gare d’Ôno, qui était au centre ville. La route, qui longe le centre d’entreposage des déchets radioactifs issus de la décontamination, est empruntée par de nombreux camions et des voitures, mais l’accès aux rues adjacentes demeure interdit. La plupart des 860 hectares de terrains décontaminés pour permettre la reconquête de la ville sont situés près de la gare et Machi est à l’écart, comme on peut le voir sur la carte de l’Asahi :

Les élus d’Ôkuma souhaitaient une décontamination de toutes les zones qui étaient habitées avant la catastrophe, mais le gouvernement n’y était pas favorable à cause du coût. Le découpage actuel résulte donc d’un compromis entre le gouvernement et le conseil municipal. Et c’est le gouvernement qui a proposé d’inclure une partie de Machi dans le périmètre, car c’est là qu’était située la commune de Kumamachi, avant sa fusion avec d’autres communes pour former Ôkuma.

Les travaux de décontamination n’ont pas permis d’abaisser partout le débit de dose ambiant au-dessous du seuil fixé par les autorités japonaises, à savoir 3,8 µSv/h, ce qui correspond à une dose annuelle de 20 mSv (lire nos explications sur les limites de dose) : sur 1 269 sites, ou 2,7% des points de contrôles, le débit de dose était plus élevé que la limite.

La municipalité voulait autoriser les habitants à dormir chez eux pour pouvoir préparer leur retour, mais l’autorisation d’accès, prévue pour octobre, a dû être repoussée.

La zone dite de retour difficile couvre 33 700 hectares en tout, sur 7 communes. Au printemps prochain, l’ordre d’évacuer devrait être levé sur à peine 1 510 hectares situés dans les communes d’Ôkuma, Futaba et Katsurao. Il devrait être levé dans 3 autres communes (1 237 hectares) en 2023.

A Futaba aussi, le débit de dose dépasse la limite sur 563 sites ou 1% des points de contrôle. Il faudra donc redécontaminer. La remise en état des services (eau, électricité…) est plus lente que prévu et l’ordre d’évacuer ne sera probablement pas levé avant juin 2022.

Les trois anciens dirigeants de TEPCo plaident toujours non coupable en appel

Les trois anciens dirigeants de TEPCo avaient été acquittés en première instance en septembre 2019 par le tribunal de Tôkyô, qui avait estimé que Tsunéhisa Katsumata, Ichirô Takékuro et Sakae Mutô, n’étaient pas coupables de négligences ayant entraîné la mort et des blessures. Il avait notamment jugé qu’“il serait impossible d’exploiter une centrale nucléaire si les exploitants étaient obligés de prévoir toutes les éventualités liées aux tsunamis et de prendre les mesures nécessaires”. Les avocats commis d’office, agissant en qualité de procureurs, avaient requis 5 ans de prison en décembre 2018, la peine maximale, et les trois anciens dirigeants avaient plaidé non coupables, mais c’étaient excusés… Les trois accusés ont été inculpés pour avoir continué à exploiter la centrale alors qu’ils étaient en mesure de prévoir les dangers du tsunami, ce qui a, notamment, entraîné la mort de 44 patients d’un hôpital voisin qui ont dû être évacués en raison de l’accident.

Lors du procès en appel, qui vient de débuter, les anciens dirigeants ont encore plaidé non coupable. Tsunéhisa Katsumata était absent pour raison de santé. Le débat tourne toujours autour du fait de savoir si l’ampleur du tsunami qui a déclenché l’accident nucléaire était prévisible et si TEPCo a été négligente en ne renforçant pas les mesures de protection. Les avocats des accusés ont expliqué que même si les travaux avaient été lancés, ils n’auraient pas été terminés à temps.

Levée des ordres d’évacuer avant la fin de la décennie dans les zones dites de retour difficile

Le gouvernement japonais veut lever les ordres d’évacuer dans les zones dites de retour difficile, qui sont le plus contaminées, avant la fin de la décennie. Pour cela, il va interroger les habitants pour savoir s’ils veulent rentrer ou non – après presque 20 ans ! – et dit vouloir décontaminer si besoin. Ces zones, dites de retour difficile, couvrent 30 000 hectares.

En 2017 et 2018, dans un souci de maintenir l’existence de toutes les communes évacuées, le gouvernement japonais avaient lancé des travaux de décontamination et de réhabilitation sur seulement 8% des territoires concernés (2 700 hectares). Seules sont concernées des petites zones dans chaque commune, souvent à proximité de la gare. Reste à savoir si les populations iront s’installer dans ces “oasis” où l’ordre d’évacuer devrait être levé en 2023.

Il y a fort à parier que les autorités ne vont pas baisser la limite de dose maximale admissible pour permettre le retour des populations. Elle est toujours fixée à 20 mSv/an, ce qui correspond à la valeur la plus élevée des recommandations internationales. C’est aussi la limite pour les travailleurs du nucléaire. Le gouvernement s’est engagé à revenir à la limite de 1 mSv/an, à long terme, mais il ne donne toujours pas de calendrier.

Le gouvernement a déjà dépensé quelques 3 000 milliards de yens (23 milliards d’euros) pour la décontamination des zones évacuées, où 14 000 personnes sont rentrées, soit environ 30% de la population initiale. Il y a encore 22 000 personnes enregistrées comme résidentes dans les zones de retour difficile. Et le gouvernement ne peut pas encore chiffrer le coût de la décontamination additionnelle car il ne sait pas encore combien de personnes voudront venir se réinstaller.

Premier repiquage de riz à Futaba en 10 ans

Futaba, qui héberge la centrale de Fukushima daï-ichi avec Ôkuma, est l’une des communes les plus touchées par la catastrophe nucléaire. La population y est toujours évacuée. Mais les autorités veulent toujours reconquérir les territoires perdus. Du riz vient d’y être repiqué pour la première fois en 10 ans. C’est la dernière commune de Fukushima où de tels essais sont effectués.

Seule une toute partie du territoire devrait rouvrir afin de maintenir l’existence de la commune, avec seulement 978 m2 de rizière prévus.

Entreposages des déchets issus de la décontamination pas assez protégés, selon un audit

L’immense chantier de décontamination a entraîné de nombreux entreposages de déchets radioactifs disséminés un peu partout. Les déchets organiques doivent ensuite être incinérés et les terres, entreposées pendant une trentaine d’années sur un site centralisé, avant de trouver une meilleure solution.

Les déchets dispersés sont exposés aux intempéries. Par le passé, des sacs avaient été emportés par les eaux lors du passage d’un typhon. Le ministère de l’environnement avait alors inspecté 573 sites d’entreposage dans 10 provinces et avait pris des mesures de sécurisation pour certains d’entre eux, comme ajouter des filets de protection.

L’équivalent de la Cour des compte (Board of Audit) a contrôlé les sites inspectés par le ministère et vient de soumettre un rapport au parlement sur le sujet (qui est ici en japonais) dans lequel il alerte sur les risques encourus. Pour 549 entreposages, dont 170 à Fukushima gérés par le gouvernement, le ministère n’a pas vérifié s’ils se trouvaient dans des zones susceptibles d’être inondées en cas de tsunami ou de rupture de barrage. Par ailleurs, le risque tsunami a été vérifié pour 24 autres sites situé près du littoral, mais la rupture de barrage.

Les auditeurs ont aussi contrôlé 153 sites et ont trouvé que 5 d’entre eux sont exposés au risque de tsunami, et 3 à la rupture de barrage de réservoirs. Le ministère a répondu que ses inspections avaient été menées après le passage d’un typhon et qu’il n’avait pas regardé les autres agressions externes. Il le fera à l’avenir.

Par ailleurs, le board of audit a aussi contrôlé l’impact de la décontamination en termes de débits de dose dans les 11 communes où il y a eu des ordres d’évacuation. Sur 560 000 sites où les travaux de décontamination sont terminés depuis 2017, le niveau de dose ambiant n’a pas baissé pour 12 900 lieux contrôlés, soit 2,2%. Pour 50 000 autres lieux, soit 8,9% du total, le débit de dose ambiant avait baissé après la décontamination, mais il est remonté 6 mois à un an plus tard.

Plan d’évacuation inadéquats autour de Tôkaï-mura

Environ 940 000 personnes vivent dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Tôkaï-mura située dans la province d’Ibaraki. Le réacteur n°2 ne peut être exploité que si un plan d’évacuation de ces personnes est mis en place. En mars dernier, la justice japonaise a suspendu les opérations de remise en service de cette unité, estimant que les plans d’urgence n’étaient pas réalistes.

Le Maïnichi a utilisé une procédure d’accès aux documents administratifs pour obtenir un compte-rendu de réunion qui révèle que les hébergements d’urgence ne sont pas adaptés. La requête des fonctionnaires territoriaux de la province d’Ibaraki à leurs homologues des provinces voisines était de sécuriser 2 m2 par personne hébergée. Mais pour faire le calcul, la surface totale du bâtiment – un gymnase ou une école – a été simplement été divisée par deux pour en déduire sa capacité d’accueil. Cela signifie que les couloirs, placards, toilettes… ont été comptés comme des surfaces pouvant accueillir des personnes déplacées !

443 000 personnes pourraient être accueillies dans la province d’Ibaraki en cas d’accident. Pour les 517 000 autres, il fallait trouver un hébergement d’urgence dans les provinces voisines de Fukushima, Tochigi, Chiba, Gunma et Saïtama. Les fonctionnaire territoriaux d’Ibaraki ont donc simplement fourni leur propre formulaire d’évaluation du nombre de places à leurs homologues des autres provinces.

Lors d’une réunion, qui a eu lieu le 26 septembre 2014, certaines personnes se sont étonnées de cette méthode d’évaluation, mais les responsables d’Ibaraki ont expliqué qu’il s’agissait d’une estimation grossière. Une autre s’est interrogée sur ce qui allait se passer si une école pouvant accueillir 1 000 personnes suivant ce calcul n’avait qu’une cinquantaine de places de parking dans la cour. La réponse a été qu’ils verraient plus tard pour les parkings.

La province d’Ibaraki voulait terminer son plan d’urgence pour mars 2015 et a donc pressé ses voisins de fournir les informations demandées rapidement. Elle a tenu les délais, mais le plan est bâclé…

A lire : Tchernobyl par la preuve, de Kate Brown

En ce jour du 35ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, nous ne saurions trop recommander la lecture de Tchernobyl par la preuve, de l’historienne Kate Brown, dont la version française vient de paraître. Il s’agit du fruit d’un gigantesque travail d’analyse des archives soviétiques de l’époque qui met en évidence l’étendue du désastre, mais aussi les actions entreprises pour dissimuler la vérité et convaincre la communauté internationale et l’opinion publique de l’innocuité des retombées radioactives. Mais, suite à l’effondrement du système soviétique, des scientifiques ont tenté d’étudier, de documenter l’ampleur de la catastrophe et d’alerter.

Les puissances nucléaires occidentales, qui avaient exposées des populations aux retombées radioactives lors des essais nucléaires, avaient tout intérêt à accepter ce déni. Elles lui ont donné un verni de respectabilité via les agences de l’ONU. Comme l’explique l’auteure à AOC, “Tchernobyl est un scandale bien plus grand qu’on ne le dit. Ce n’était pas seulement une opération d’occultation soviétique, mais bien une initiative internationale. Et c’est pourquoi c’est si important pour nous aujourd’hui de nous pencher encore sur cette catastrophe.”

Une synthèse magistrale à lire absolument :

Un séminaire récent donné par Kate Brown à The University of British Colombia est disponible sur Youtube en anglais :