Premier repiquage de riz à Futaba en 10 ans

Futaba, qui héberge la centrale de Fukushima daï-ichi avec Ôkuma, est l’une des communes les plus touchées par la catastrophe nucléaire. La population y est toujours évacuée. Mais les autorités veulent toujours reconquérir les territoires perdus. Du riz vient d’y être repiqué pour la première fois en 10 ans. C’est la dernière commune de Fukushima où de tels essais sont effectués.

Seule une toute partie du territoire devrait rouvrir afin de maintenir l’existence de la commune, avec seulement 978 m2 de rizière prévus.

Entreposages des déchets issus de la décontamination pas assez protégés, selon un audit

L’immense chantier de décontamination a entraîné de nombreux entreposages de déchets radioactifs disséminés un peu partout. Les déchets organiques doivent ensuite être incinérés et les terres, entreposées pendant une trentaine d’années sur un site centralisé, avant de trouver une meilleure solution.

Les déchets dispersés sont exposés aux intempéries. Par le passé, des sacs avaient été emportés par les eaux lors du passage d’un typhon. Le ministère de l’environnement avait alors inspecté 573 sites d’entreposage dans 10 provinces et avait pris des mesures de sécurisation pour certains d’entre eux, comme ajouter des filets de protection.

L’équivalent de la Cour des compte (Board of Audit) a contrôlé les sites inspectés par le ministère et vient de soumettre un rapport au parlement sur le sujet (qui est ici en japonais) dans lequel il alerte sur les risques encourus. Pour 549 entreposages, dont 170 à Fukushima gérés par le gouvernement, le ministère n’a pas vérifié s’ils se trouvaient dans des zones susceptibles d’être inondées en cas de tsunami ou de rupture de barrage. Par ailleurs, le risque tsunami a été vérifié pour 24 autres sites situé près du littoral, mais la rupture de barrage.

Les auditeurs ont aussi contrôlé 153 sites et ont trouvé que 5 d’entre eux sont exposés au risque de tsunami, et 3 à la rupture de barrage de réservoirs. Le ministère a répondu que ses inspections avaient été menées après le passage d’un typhon et qu’il n’avait pas regardé les autres agressions externes. Il le fera à l’avenir.

Par ailleurs, le board of audit a aussi contrôlé l’impact de la décontamination en termes de débits de dose dans les 11 communes où il y a eu des ordres d’évacuation. Sur 560 000 sites où les travaux de décontamination sont terminés depuis 2017, le niveau de dose ambiant n’a pas baissé pour 12 900 lieux contrôlés, soit 2,2%. Pour 50 000 autres lieux, soit 8,9% du total, le débit de dose ambiant avait baissé après la décontamination, mais il est remonté 6 mois à un an plus tard.

Plan d’évacuation inadéquats autour de Tôkaï-mura

Environ 940 000 personnes vivent dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Tôkaï-mura située dans la province d’Ibaraki. Le réacteur n°2 ne peut être exploité que si un plan d’évacuation de ces personnes est mis en place. En mars dernier, la justice japonaise a suspendu les opérations de remise en service de cette unité, estimant que les plans d’urgence n’étaient pas réalistes.

Le Maïnichi a utilisé une procédure d’accès aux documents administratifs pour obtenir un compte-rendu de réunion qui révèle que les hébergements d’urgence ne sont pas adaptés. La requête des fonctionnaires territoriaux de la province d’Ibaraki à leurs homologues des provinces voisines était de sécuriser 2 m2 par personne hébergée. Mais pour faire le calcul, la surface totale du bâtiment – un gymnase ou une école – a été simplement été divisée par deux pour en déduire sa capacité d’accueil. Cela signifie que les couloirs, placards, toilettes… ont été comptés comme des surfaces pouvant accueillir des personnes déplacées !

443 000 personnes pourraient être accueillies dans la province d’Ibaraki en cas d’accident. Pour les 517 000 autres, il fallait trouver un hébergement d’urgence dans les provinces voisines de Fukushima, Tochigi, Chiba, Gunma et Saïtama. Les fonctionnaire territoriaux d’Ibaraki ont donc simplement fourni leur propre formulaire d’évaluation du nombre de places à leurs homologues des autres provinces.

Lors d’une réunion, qui a eu lieu le 26 septembre 2014, certaines personnes se sont étonnées de cette méthode d’évaluation, mais les responsables d’Ibaraki ont expliqué qu’il s’agissait d’une estimation grossière. Une autre s’est interrogée sur ce qui allait se passer si une école pouvant accueillir 1 000 personnes suivant ce calcul n’avait qu’une cinquantaine de places de parking dans la cour. La réponse a été qu’ils verraient plus tard pour les parkings.

La province d’Ibaraki voulait terminer son plan d’urgence pour mars 2015 et a donc pressé ses voisins de fournir les informations demandées rapidement. Elle a tenu les délais, mais le plan est bâclé…

A lire : Tchernobyl par la preuve, de Kate Brown

En ce jour du 35ème anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, nous ne saurions trop recommander la lecture de Tchernobyl par la preuve, de l’historienne Kate Brown, dont la version française vient de paraître. Il s’agit du fruit d’un gigantesque travail d’analyse des archives soviétiques de l’époque qui met en évidence l’étendue du désastre, mais aussi les actions entreprises pour dissimuler la vérité et convaincre la communauté internationale et l’opinion publique de l’innocuité des retombées radioactives. Mais, suite à l’effondrement du système soviétique, des scientifiques ont tenté d’étudier, de documenter l’ampleur de la catastrophe et d’alerter.

Les puissances nucléaires occidentales, qui avaient exposées des populations aux retombées radioactives lors des essais nucléaires, avaient tout intérêt à accepter ce déni. Elles lui ont donné un verni de respectabilité via les agences de l’ONU. Comme l’explique l’auteure à AOC, “Tchernobyl est un scandale bien plus grand qu’on ne le dit. Ce n’était pas seulement une opération d’occultation soviétique, mais bien une initiative internationale. Et c’est pourquoi c’est si important pour nous aujourd’hui de nous pencher encore sur cette catastrophe.”

Une synthèse magistrale à lire absolument :

Un séminaire récent donné par Kate Brown à The University of British Colombia est disponible sur Youtube en anglais :

La reprise en main des conclusions du projet de recherche Shinrai continue à l’IRSN

En septembre 2020, l’ACRO avait démissionné du Comité d’orientation des recherches de l’IRSN suite au licenciement de Christine Fassert, une chercheuse en sciences humaines, spécialiste des risques, qui travaillait sur les conséquences de la catastrophe de Fukushima. Officiellement, l’Institut lui reproche un « comportement inadapté » et une « insubordination récurrente avec défiance vis-à-vis de sa hiérarchie ». En cause, les conclusions de son programme de recherche Shinraï (qui signifie confiance en japonais) mené en partenariat avec Sciences Po et l’université Tôkyô Tech.

Dans une tribune parue le 6 janvier dernier dans Le Monde, des chercheurs en sciences sociales et le président de l’ACRO rejettent la qualification d’« insubordination ». En effet, comme ils expliquent :

Pendant plusieurs années, Christine Fassert a fait face à des obstructions de la part de sa hiérarchie pour engager et mener à bien ses projets […]. Son travail de recherche fut à maintes reprises remis en cause par des interventions directes de sa hiérarchie, laquelle a, dans les derniers temps, dressé des obstacles à la publicisation de ses résultats.

Fin 2019, à l’issue d’un programme collectif de recherche lancé en 2014 et financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR), Christine Fassert était sur le point de publier un article s’appuyant sur des entretiens avec des contre-experts et sur l’examen des auditions du rapport dit Pompili. La publication comme sa présentation au colloque de clôture de l’ANR ont été bloquées par sa hiérarchie, au motif que ce travail révélait un parti pris.

Quelques mois plus tard, un article commandé pour un volume spécial de la revue scientifique et technique Les Annales des Mines a connu le même sort, au motif qu’« il mettait en défaut l’expertise institutionnelle [de l’IRSN] par rapport à la contre-expertise ». Moyennant une enquête de terrain de longue date, l’article conclut que « pour certains citoyens [japonais], les contre-experts ont été considérés comme les seuls acteurs prenant en compte leurs intérêts – et, au-delà de leurs intérêts, leur vulnérabilité – dans une situation de risque ». Cette conclusion est accusée de promouvoir la seule contre-expertise, qui est, de fait, essentielle dans l’amélioration du contrôle des risques radioactifs et donc de la protection de l’environnement et de la santé publique.

Dans les deux cas, Christine Fassert s’est donc vu reprocher d’avoir trahi « le point de vue institutionnel de l’IRSN ». Elle aurait dû employer systématiquement les formules et concepts préférés de son institution, de « l’amélioration continue de la sûreté » à « l’ouverture à la société », en passant par le « dialogue technique ».

Une fois Christine Fassert chassée, la route est libre et son supérieur hiérarchique direct peut s’approprier le programme de recherche Shinraï dans un séminaire interne de l’ASN programmé le jeudi 15 avril 2021 à 13h30. Le résumé de l’intervention diffusé en interne met en avant

une enquête approfondie menée auprès :

  • d’habitants de la préfecture de Fukushima (plus de 120 entretiens avec des habitants de retour dans leur ville d’origine après les levées d’ordre d’évacuation par le gouvernement, mais aussi habitants qui ont évacué dans des lieux parfois éloignés de Fukushima (Kyoto, Nagasaki, …),
  • de représentants des autorités nationales et locales, afin de comprendre les processus conduisant aux décisions de levée des ordres d’évacuation des populations après décontamination,
  • et d’associations et de « contre-experts », notamment « anti-nucléaires », qui ont joué un rôle important d’information et de soutien auprès des populations.

Ce travail a entièrement été effectué par Christine Fassert et ses collègues de Sciences Po et de l’université Tôkyô Tech, sans son supérieur hiérarchique, impliqué dans d’autres thématiques ! On peut s’attendre à ce que les conclusions présentées seront plus conformes à l’idéologie dominante en termes de gestion post-accidentelle…

Décontamination des territoires évacués : quel bilan ?

A Tchernobyl, les autorités soviétiques ont abandonné de vastes territoires et le réacteur accidenté. L’Europe a financé la construction d’une arche gigantesque destinée à limiter l’impact d’un effondrement dans le bâtiment réacteur pendant au moins un siècle. Des centaines de travailleurs interviennent toujours dans la zone, chaque jour et la pollution radioactive continue de se disséminer. La Pripyat, qui traverse la zone d’exclusion, déverse la pollution radioactive dans le Dniepr qui sert à l’alimentation en eau potable de Kiev et à l’irrigation des cultures de toute la plaine jusqu’à la Mer Noire. Les épisodes réguliers d’inondation provoquent des pics de contamination de l’eau et le projet dément de voie navigable transeuropéenne E40 devrait aggraver l’impact radiologique, comme l’ACRO l’a montré.

A l’inverse, les autorités japonaises se sont lancées dans une politique de reconquête totale : les réacteurs accidentés vont être démantelés et les territoires contaminés rendus à leurs habitants. Et donc un vaste programme de décontamination a été lancé. Même pour les zones dites de retour difficile, des oasis décontaminés seront créés pour que les communes les plus affectées ne soient pas rayées de la carte. Il est important de garder à l’esprit que seules les zones habitées et agricoles ont été décontaminées. Ni les forêts, ni les montagnes, qui couvrent environ 70% de la province de Fukushima, ne le seront. Malgré ces restrictions, les travaux auraient déjà coûté 5 600 milliards de yens (43 milliards d’euros au cours actuel) pour un faible taux de retour des populations dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés, comme on peut le lire dans le bilan chiffré effectué pour le 10ème anniversaire. Parmi les raisons invoquées pour ne pas revenir, il y a la contamination résiduelle qui est trop élevée.

Dans les zones évacuées, c’est le ministère de l’environnement qui a la responsabilité des travaux et, selon cet article du Japan Times, il n’a pas l’habitude de mener à bien de grands projets. Il a donc chargé des majors du BTP de coordonner les travaux, sans véritable contrôle. Ce type de travail génère normalement une marge bénéficiaire de 5 %, mais dans ce cas, elle était d’environ 10 %. En conséquence, il y a eu des détournements de fonds car le ministère de l’environnement manquait de personnel pour contrôler. Et le gouvernement a toujours refusé de lui allouer plus de contrôleurs, sous prétexte que la décontamination n’était qu’un projet à court terme.

Toujours selon le Japan Times, le ministère avait prévu de ne construire que deux incinérateurs pour brûler les déchets organiques, mais les autorités locales ont déclaré qu’elles n’autoriseraient l’incinération que des déchets collectés à l’intérieur de leurs frontières, si bien que le ministère a fini par construire 16 incinérateurs dans la seule province de Fukushima (lire notre reportage sur le sujet). Et bien qu’ils aient été construits pour durer 20 ans, la moitié d’entre eux ont depuis été démantelés afin d’apaiser les inquiétudes locales, de sorte que dans de nombreuses régions, les travaux n’ont pas été achevés. Ainsi, le coût de l’incinération des déchets a fini par être plus de cinq fois supérieur à l’estimation initiale.

Quant aux sols contaminés, qui ne peuvent pas être incinérés, ils sont transportés vers un site d’entreposage de 16 km2 tout autour de la centrale accidentée, situé sur les communes de Futaba et d’Ôkuma. Ces déchets doivent être retirés du centre d’entreposage avant 2045, selon la loi, car le gouvernement a promis que tout le monde pourrait rentrer, à condition de vivre assez longtemps… Le stock de déchets attendu sur le site d’entreposage est de 14 millions de mètres cube. Difficile de trouver un ou plusieurs sites définitifs en dehors de Fukushima, comme prévu par la loi. Le gouvernement veut donc “recycler” 80% environ de ce stock, quand la contamination en césium-137 sera passée sous le seuil de 8 000 Bq/kg, en utilisant ces sols pour la construction de routes, digues, etc…

Après avoir dépensé des milliards d’euros pour collecter cette pollution et la rassembler sur un site unique, les autorités japonaises vont donc dépenser des milliards en plus pour la redisperser. Drôle de logique !

Le gouvernement devrait publier d’ici mars 2025 des directives sur les sites où ces sols peuvent être utilisés et sur la manière de les gérer. En revanche, il n’a fait aucune mention du processus de sélection des sites candidats pour le stockage définitif des 20% les plus contaminés, sous le prétexte que l’on ne connaît toujours pas les quantités exactes.

Des expériences sont en cours sur l’utilisation des terres radioactives. C’est le cas notamment dans le district de Nagadoro d’Iitaté, qui est toujours classé en zone de retour difficile. Selon le Maïnichi, 430 000 tonnes de sols radioactifs devraient y être étendus sur 34 ha de terres agricoles. Depuis 2018, le ministère de l’environnement y mène aussi des expériences sur la réhabilitation de l’agriculture en y plantant des légumes, des fleurs et des céréales. Jusqu’à maintenant les céréales étaient détruites, mais le gouvernement envisage de les mettre sur le marché car la contamination est inférieure à la limite maximale admissible, fixée à 100 Bq/kg.

Ailleurs, la réutilisation des sols contaminés n’est pas gagnée puisque, comme le souligne l’Asahi qui a interrogé les gouverneurs, aucune autre province du Japon n’accepte pour le moment. Les gouverneurs de Yamagata, Yamanashi, Nagasaki, Kagoshima et Okinawa sont contre toute réutilisation sur leur territoire. Le gouverneur de Shizuoka y est opposé pour les terrains agricoles et celui de Shiga pour la construction de routes. Tous les autres gouverneurs sont restés prudents, invoquant des doutes sur la sécurité du sol ou préférant ne pas répondre…

Huit gouverneurs ont rejeté l’idée d’accueillir le centre de stockage définitif. Les autres n’ont pas voulu se prononcer, au prétexte que le processus de sélection du site n’est pas connu.

Cérémonie de fin d’année pour le seul et dernier élève de l’école élémentaire de Tsushima

L’école élémentaire de Tsushima, un district de Namié, n’avait plus qu’un seul élève qui va passer au collège. Ils étaient 58 en mars 2011, quand l’accident nucléaire a eu lieu et que tout le monde a dû évacuer. La cérémonie de fin d’année vient d’avoir lieu, selon l’Asahi, dans une ambiance intime. C’est la dernière.

Tsushima était un hameau de montagne avec 1 500 âmes avant la catastrophe nucléaire, situé à une trentaine de kilomètre de la centrale de Fukushima daï-ichi. C’est là qu’une partie des habitants de Namié ont été évacués dans l’urgence, en mars 2011. Le site était sous les retombées radioactives et les déplacés ont été plus exposés que s’ils étaient restés chez eux. Cet épisode est un des évènements marquant de l’évacuation chaotique. Le district a aussi été évacué par la suite, et est toujours interdit d’accès, car classé en zone de retour difficile. 

L’école a rouvert dans les environs de Nihonmatsu, au bout de trois ans, avec une vingtaine d’élèves. Le nombre n’a cessé de décliner depuis et Yoshito Sudo était le seul élève cette année scolaire. Sept enseignants et personnels s’occupaient de lui. Des personnes déplacées donnaient un coup de main de temps en temps, pour entretenir l’école ou lors d’évènements.

L’école va fermer avec le départ de Yoshito Sudo vers un collège de la ville de Fukushima, proche de son domicile actuel.

Décisions de justice concernant l’exploitation de centrales nucléaires

Alors que le tribunal de Mito suspend la remise en service de Tôkaï-2, la haute cour de Hiroshima autorise finalement l’exploitation d’Ikata-3, après l’avoir arrêté en janvier 2020. Pour Tôkaï, qui a la plus forte densité de population à proximité, c’est l’absence de plan d’évacuation réaliste qui justifie la décision de la justice.

Le tribunal de Mito a jugé que l’absence de plan d’évacuation pour une grande partie des 940 000 habitants dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Tôkaï, était rédhibitoire. Et même pour les 5 communes qui ont un plan d’évacuation, la justice a estimé qu’ils étaient irréalistes. La principale difficulté pour les 9 autres communes, qui n’ont pas de plan, c’est de trouver des moyens de transport pour prendre en charge l’évacuation des personnes vulnérables, en supposant que la plupart des habitants partiront par leurs propres moyens. Les autorités provinciales estiment à 20 000 le nombre de personnes à prendre en charge en cas d’évacuation, ce qui nécessiterait de 400 à 500 bus. 

La justice a aussi estimé que si tout le monde part en même temps, cela va engendrer des embouteillages monstres qui vont entraver l’évacuation. Pour la capitale régionale, Mito, il y a aussi la difficulté de trouver des hébergements d’urgence pour les 270 000 habitants. La commune a trouvé une quarantaine de refuges répartis sur de grandes distances, mais elle doit encore préparer la répartition des personnes déplacées. Le tribunal a trouvé les plans d’urgence inadapté en cas de catastrophe naturelle simultanée. Comment se mettre à l’abri si sa maison est détruite ? Par où évacuer si des routes sont impraticables ? 

C’est la première fois que la justice japonaise suspend l’exploitation d’un réacteur nucléaire à cause des plans d’évacuation inadaptés. Cela pourrait faire jurisprudence. Japan Power Electric Co., l’exploitant de la centrale de Tôkaï, située dans la province d’Ibaraki, espérait pouvoir relancer son vieux réacteur en décembre 2022, une fois les travaux de renforcement de la sûreté terminés. Il va donc faire appel. Les 224 plaignants aussi, car toutes leurs revendications n’ont pas été retenues par la justice. Pour eux, l’exploitant a sous-estimé les risques sismiques et de tsunami et sur-estimé la résistance du bâtiment. Ils ont été déboutés sur ces derniers points.

C’est la huitième fois depuis la catastrophe de Fukushima qu’un tribunal interdit l’exploitation d’une centrale nucléaire au Japon. Les tribunaux portent un regard de plus en plus sévère sur la question.

Le réacteur Ikata-3, exploité par Shikoku Electric, avait été suspendu suite à une plainte de riverains. Etaient en jeu, une faille sismique qui passe à proximité et le risque volcanique lié au mont Also, situé à quelques 150 km. En validant les arguments de l’exploitant et en demandant aux plaignants de prouver leurs accusations, la Haute cour a inversé la charge de la preuve. Les plaignants peuvent encore saisir la Cour suprême.

Ikata-3 ne redémarrera pas tout de suite car il faut d’abord terminer les travaux de renforcement des protections contre le terrorisme. L’exploitant table pour la fin octobre 2021.

Le 12 mars dernier, le tribunal régional de Saga a refusé l’arrêt des réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire de Genkaï réclamé par des plaignants de la région. Il a aussi refusé d’annuler l’autorisation d’exploitation délivrée par le gouvernement. La cour a estimé que le nouveau référentiel de sûreté était suffisamment strict. Le principal point de contentieux concernait la résistance des installations aux séismes et était attendu avec intérêt suite à la décision d’un tribunal d’Ôsaka, en décembre dernier, d’annuler l’autorisation accordée par l’Autorité de régulation nucléaire de remettre en service les réacteurs 3 et 4 de la centrale d’Ôï située dans la province de Fukui. Le gouvernement a fait appel et cette décision n’est pas suspensive.

La tranche n°3 de la centrale de Genkaï, exploitée par Kyûshû Electric, est l’un des quatre réacteurs japonais à utiliser du combustible MOx. Les plaignants devraient faire appel de ces deux décisions.

Il y a dix ans : l’évacuation tragique de la clinique de Futaba

L’évacuation de la clinique de Futaba, située dans la commune d’Ôkuma à 4,5 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, a eu lieu entre les 12 et 15 mars 2011. Avec 50 décès directs, c’est sans doute l’épisode le plus tragique de la fuite des populations devant les rejets radioactifs en cours à la centrale nucléaire accidentée. Alors que, 10 ans plus tard, un hebdomadaire français, qui prétend “informer”, titre sans vergogne “Zéro mort, aucun cancer : le vrai bilan de l’accident nucléaire de Fukushima”, il est important de revenir sur cet épisode.

Cette évacuation tragique a été analysée par la commission d’enquête mise en place par le gouvernement de façon très détaillée et par celle mise en place par le parlement. Les rapports sont disponibles en anglais.

L’ordre d’évacuer la zone située dans un rayon de 10 km de la centrale de Fukushima daï-ichi a eu lieu le 12 mars 2011 à 5h44 le matin. 5 bus ont venus chercher les patients et le personnel de la clinique vers midi. 209 patients pouvant marcher et une grande partie du personnel, sont montés à bord. Environ 130 patients et 98 résidents de l’EHPAD “Deauville Futaba”, affilié à la clinique, sont restés avec le directeur de l’établissement et quelques membres du personnel médical. Il n’y avait plus d’eau ni électricité.

Il fallait contourner la zone d’évacuation de 20 km pour rejoindre Iwaki, au Sud. Là encore, l’évacuation a dû être suspendue car la situation à la centrale devenait inquiétante. Les derniers patients ont été transportés le 15 mars par l’armée. Les débits de dose sur place étaient très élevés et l’évacuation a dû être suspendue pendant un temps car les infirmières risquaient de dépasser leur limite de dose fixée à 5 mSv. Le directeur de l’établissement, quant à lui, est resté sur place jusqu’au bout.

Voir aussi le documentaire en anglais de la télévision publique japonaise diffusé le 12 septembre 2013 :

La prise en charge des personnes vulnérables est la partie la plus complexe de la mise à l’abri et des évacuations après un accident nucléaire grave. En France, dix ans plus tard, quelles mesures ont été prises à ce sujet ? A la clinique de Futaba, l’évacuation n’avait jamais été envisagée.

Bilan chiffré pour le 10ème anniversaire de la catastrophe de Fukushima

A l’approche du dixième anniversaire de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, voici un bilan chiffré effectué à partir des médias, des sites officiels et des 2 700 articles de ce site. Des mises à jour seront faites régulièrement.

Les chiffres clé publiés à l’occasion du neuvième anniversaire sont ici.

Situation à la centrale

Le dernier bilan du Ministère de l’industrie sur l’avancée des travaux à la centrale de Fukushima daï-ichi date du 24 décembre 2020 et a été mis en ligne en anglais le 28 janvier 2021 (lien direct).

Voir la centrale accidentée

Deux webcams fixes, installées en 2014, permettent devoir la centrale nucléaire en direct.

Il est possible de faire une visite virtuelle en anglais et japonais de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi (lien direct). Mais les images et documents ne semblent avoir été mis à jour depuis février 2020. Certains bilans remontent à 2018.

Comme nous l’avons déjà rapporté, TEPCo a mis en ligne sur son site internet (en japonais et en anglais) des centaines de photos aériennes de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi prises en mars 2011. Le blog de Fukushima en a extrait une sélection sur son site et a effectué un montage vidéo des 714 photos. Mais, certaines photos sont partiellement floutées, comme s’il y avait du secret, alors que des vues aériennes non floutées sont disponibles depuis le tout début de la catastrophe sur le site cryptome.org.

Pour le 10ème anniversaire, TEPCo a mis à jour sa vidéo vantant l’avancement des travaux. Les explications sont en anglais. Aucun problème, aucun défi. Tout se déroule bien… La vidéo peut être regardée en ligne ou téléchargée depuis le site Internet de TEPCo. La voici :

Etat des réacteurs nucléaires

TEPCo a une frise chronologique numérique en anglais avec les principaux évènements relatifs à la sécurisation des réacteurs et leur démantèlement. La compagnie continue à affirmer qu’elle aura fini les travaux en une quarantaine d’années, même si la technologie pour reprendre le corium n’existe pas encore. Même en cas de succès, il y aura encore des tonnes de déchets sur place et autour qui seront sans solution de gestion à long terme. Si l’on prend en compte l’évacuation des déchets et la décontamination du site, il faut plutôt compter un siècle selon un scénario de l’Atomic Energy Society of Japan rapporté par l’Asahi.

Il y a aussi :

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. L’hydrogène venait du réacteur n°3, voisin, via la cheminée de rejet commune.

Sommet du réacteur n°4. Photo de TEPCo.

La partie supérieure du bâtiment réacteur a été démantelée, les débris retirés et une nouvelle structure a été construire afin de retirer les combustibles de la piscine, qui est vide depuis décembre 2014. Depuis, les travaux sont arrêtés car le réacteur n’est plus menaçant.

La carte avec quelques valeurs de débit de dose ambiant date de 2016.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment avec un toit, de forme cylindrique, a été construit. Le retrait des combustibles a débuté en avril 2019, avec 4 ans de retard par rapport au planning initial et s’est terminé le 28 février 2021. Les opérations se sont révélées être plus compliquées que prévu.

Il y avait 566 assemblages dans cette piscine (52 neufs, tous retirés et 514 usés). Certains ont été endommagés par la chute de débris. La page dédiée de TEPCo est ici en anglais. Une vidéo de présentation des opérations, ici en anglais.

Il y aurait, dans ce réacteur, entre 188 et 394 tonnes de corium (mélange fortement radioactif de combustible fondu et de débris), avec une valeur nominale à 364 tonnes. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus. TEPCo a estimé que la récupération du corium de deux réacteurs 2 et 3 durera 12 ans et lui coûtera 1 370 milliards de yens (11,5 milliards d’euros). En 2017, TEPCo avait publié des photos prises à l’intérieur de l’enceinte de confinement de ce réacteur, sous la cuve, et une vidéo :

 

Depuis septembre 2020, l’Autorité de régulation nucléaire a repris ses investigations pour comprendre le déroulement du triple accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela comprend des visites des réacteurs accidentés, malgré les forts niveaux ambiants de radiation. Elle en a rapporté des vidéos, dont celle-ci, prise le 18 septembre 2020, qui montre l’état de délabrement du bâtiment réacteur, presque 10 ans après l’accident :

Lors de ces visites, l’Autorité de régulation nucléaire, a découvert des débits de dose très élevés, de l’ordre de 10 Sv/h, au dessus de ces dalles de protection des réacteurs 2 et 3. Une dose létale en une heure sur place. Elle estime que la dalle du réacteur n°3 contient de l’ordre de 30 pétabecquerels (1015 Bq) de césium-137. Cela va compliquer les travaux de démantèlement.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. Le rayonnement ambiant est particulièrement élevé dans ce réacteur, rendant l’accès aux humains très difficile. Une délégation de l’Autorité de régulation nucléaire est allée visiter l’intérieur du bâtiment du réacteur, pour la première fois depuis l’accident, mais elle a dû faire demi-tour prématurément à cause des débit de dose qui atteignaient 11 à 12 mSv/h au cinquième niveau. Ce serait dû, notamment, à des poussières radioactives en suspension, ce qui est surprenant après tant d’années. Des débits de dose encore plus élevés, de l’ordre de 10 Sv/h, ont été mesurés au dessus des dalles de protection des réacteurs 2 et 3. L’Autorité de régulation estime que la dalle du réacteur n°2 contient de l’ordre de 20 à 40 pétabecquerels (1015 Bq) de césium-137.

TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de la piscine qui contient 615 assemblages. C’est désormais prévu aux alentours de 2024 et 2026 à cause des niveaux de dose ambiant dans le bâtiment réacteur. Des images ont été publiées en juin 2020 :

La compagnie a envoyé plusieurs robots dans l’enceinte de confinement afin de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris. Il y en aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus. Plusieurs séries d’images ont été mises en ligne par la compagnie. On voit clairement le corium et un élément d’assemblage de combustible tombé au fond de l’enceinte de confinement :

TEPCo avait envoyé un robot au contact du corium en février 2019. Les images étaient impressionnantes :


Les autorités espéraient pouvoir débuter le retrait du corium avant le 10ème anniversaire. C’était l’objectif fixé en décembre 2011. Mais la technologie doit encore être développée et les ambitions avaient déjà été revues à la baisse en 2019 : il ne s’agissait plus que de récupérer quelques grammes de corium dans le réacteur n°2 en 2021. TEPCo a annoncé, en décembre 2020, le report d’au moins un an du début des opérations, officiellement, à cause de l’épidémie de COVID-19 au Royaume-Uni. Le bras articulé d’un robot, qui doit prélever le corium, est développé conjointement par Veolia Nuclear Solutions au Royaume-Uni et Mitsubishi Heavy Industries au Japon.

Ce robot ne peut prélever que quelques grammes à la fois alors qu’il y a environ 880 tonnes de corium à récupérer dans les 3 réacteurs qui ont subi une fusion du cœur…

TEPCo a démantelé la moitié de la cheminée commune aux réacteurs 1 et 2, qui avait une hauteur de 120 m. Les travaux se sont révélés être plus complexes que prévu, notamment à cause d’une erreur de calcul sur la hauteur de la grue. La cheminée étant très contaminée, les travaux sont effectués par des engins télécommandés.

Réacteur n°1

ll y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo a commencé à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles. Depuis, la compagnie est peu prolixe sur l’avancement des travaux.

En revanche, le retrait des combustibles usés de la piscine du réacteur n°1 a pris du retard : ce sera au mieux, 2027, voire 2028. La première date envisagée pour commencer ce retrait était 2018… Le coût de ces opérations n’a pas été estimé car la compagnie ne sait pas encore comment s’y prendre. En attendant, TEPCo a couvert cette piscine pour la protéger avec des sacs gonflables :

L’explosion hydrogène a fracturé la dalle en béton de 12 m de diamètre et de 60 cm d’épaisseur qui est particulièrement contaminée dans les réacteurs 2 et 3. Des débits de dose très élevés avaient été relevés en 2017, jusqu’à 2,2 Sv/h, c’est à dire une dose létale en quelques heures sur place (voir ces blogs en anglais et en français). Pour la dalle brisée du réacteur n°1, il n’y aurait “que” 0,16 pétabecquerels environ de césium-137.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteurs 5 et 6

Les réacteurs 5 et 6 étaient arrêtés et partiellement déchargés le 11 mars 2011. Comme un générateur diesel de secours était encore fonctionnel, cela a permis d’éviter la fusion du cœur. Ces réacteurs sont maintenant entièrement déchargés et vont être démantelés.

Eau contaminée

En 2011, l’eau injectée pour refroidir les réacteurs a fini par déborder et provoquer la plus forte pollution radioactive marine de l’histoire. En avril 2011, c’était l’eau contaminée du réacteur n°2 se déversait dans la mer via une galerie souterraine. Et, en mai 2011, ce fut le tour du réacteur n°3.

TEPCo a estimé à 520 m3 d’eau très radioactive, soit 4 700 térabecquerels (1 terabecquerel représente un million de millions de becquerels) ou 20 000 fois l’autorisation de rejet annuel la fuite d’avril. Plus précisément, il y avait 2 800 terabecquerels d’iode-131, 940 térabecquerels de césium 134 et autant de césium 137. Ce seul rejet mériterait d’être classé au niveau 5 ou 6 de l’échelle internationale INES. L’IRSN avait estimé que c’était 20 fois plus.

Fuite du réacteur n°2 (photo TEPCo)

L’année 2013 a été émaillée par une série de scandales suite à la découverte tardive d’une fuite d’une cuve d’eau contaminée et de rejets en mer (lire la synthèse publiée à l’époque). Les autorités ont réagi et le premier ministre de l’époque avait déclaré devant le comité international olympique que la situation est sous contrôle. En 2021, la situation n’est toujours pas sous contrôle et les JO pourraient être annulés à cause de la pandémie…

L’eau contaminée qui continue à s’accumuler est l’autre grand défi auquel doit faire face TEPCo. 

Résumé de la situation

Le combustible qui a fondu et percé les cuves doit toujours être refroidi. A cette fin, TEPCo injecte environ 70 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs 1, 2 et 3 (voir le bilan daté du 8 février 2021). Cette eau se contamine fortement au contact du combustible fondu et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui s’y infiltre.

Après le fort séisme du 13 février 2021, TEPCo a remarqué que le niveau de l’eau dans les enceintes de confinement des réacteurs 1 et 3 avait baissé. Les fissures ont probablement été élargies et il se peut que la compagnie soit obligée d’augmenter le débit injecté. Pour le réacteur n°2, on ne sait pas car les capteurs ont été enlevés pour préparer le retrait du corium.

Au début de la catastrophe, les infiltrations souterraines s’élevaient à environ 400 m3 par jour et il fallait entreposer cette eau contaminée dans des cuves. Inversement, l’eau des sous-sols, fortement contaminée, fuyait vers la nappe phréatique, puis l’océan.

Pour réduire les infiltrations d’eau souterraine, TEPCo pompe dans la nappe phréatique en amont des réacteurs, avant que cette eau soit contaminée et la rejette directement dans l’océan. Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe aussi les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette eau est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution. Ce flux est de l’ordre de 5 m3/j selon le bilan daté du 8 février 2021 (entre 3 (source) et 8 m3/j (source) dans les bilans précédents disponibles ici).

La dernière barrière mise en place est le gel du sol tout autour des 4 réacteurs accidentés, sur 1,4 km dans le but de stopper les infiltrations. Après de nombreux déboires, le gel est terminé depuis novembre 2017. Elle a permis de réduire les infiltrations, mais pas de les stopper. La mise en place du mur gelé a coûté 34,5 milliards de yens (265 millions d’euros) aux contribuables auxquels il faut ajouter plus d’un milliard de yens (8 millions d’euros) par an pour l’électricité.

Depuis, les infiltrations sont inférieures à 100 m3/j (voir le bilan du 8 février 2021), sauf en cas de fortes pluies.

Flux et stocks

TEPCo pompe l’eau contenue dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine des 4 réacteurs accidentés pour éviter les débordements. Comme cette eau est très contaminée, elle est traitée puis entreposée dans des cuves sur le site de la centrale. Une partie est réinjectée pour le refroidissement. Voici le circuit de l’eau à la centrale de Fukushima daï-ichi, tel que représenté par TEPCo :

Le dernier du 8 février 2021 fait état d’un surplus à stocker de 90 m3/j. C’est monté à plus de 350 m3/j à l’automne 2020 et même 600 m3/j lors du passage des typhons en octobre 2019. En 2019, le ministère de l’industrie faisait état d’un accroissement du stock d’eau de 50 000 à 60 000 m3 par an (source).

TEPCo a un portail dédié à l’eau contaminée où il apparaît qu’elle a accumulé 1,243 millions de mètres cube d’eau traitée. Il y a 1061 cuves sur le site de la centrale, dont 1018 contiennent de l’eau traitée par la station ALPS. Dans 29 autres cuves, il y a de l’eau où seuls le césium et le strontium ont été “filtrés”. Il y a aussi environ 4 800 m3 d’eau non traitée dans les sous-sols des réacteurs (au 8 février 2021).

TEPCo estime qu’elle n’aura plus de place sur le site de sa centrale pour mettre de nouvelles cuves à partir de 2022. L’option privilégiée est le rejet en mer.

Que faire de cette eau traitée ?

Après avoir envisagé plusieurs pistes peu réalistes, les autorités restreignent petit à petit les pistes au rejet dans l’océan de l’eau traitée, ce qui n’est pas une surprise. Avant tout traitement, ce bilan fait état d’une concentration de 65 MBq/L dans l’eau pompée. Avec sa station ALPS, TEPCo retire ensuite 62 radioéléments. Et, officiellement, il ne reste plus que du tritium (hydrogène radioactif) dans cette eau, car il est difficile de le retirer. Comme cet élément est rejeté par toutes les installations nucléaires, il devait plus y avoir de problème, si ce n’est que quelques rumeurs néfastes…

Mais, comme cela été découvert en septembre 2018, une large partie du stock (environ 72% actuellement) n’a pas été traitée convenablement, et les concentrations résiduelles pour certains éléments dépassent les concentrations maximales autorisées pour un rejet en mer. La charte ci-dessous, reprise du portail de TEPCo montre que pour 6% du stock, la contamination résiduelle pour 7 radioéléments majeurs est 100 fois plus élevée que ce qui est autorisé pour les rejets. C’est entre 10 et 100 fois pour 15% du stock.

Les “repurposed tanks” sont des cuves qui contenaient de l’eau contaminée partiellement traitée, où seul le strontium-90 avait été retiré. Cette eau ayant été traitée, les cuves sont réutilisées pour de l’eau entièrement traitée par la station ALPS. Mais, comme l’explique TEPCo dans ce document (copie), il restait des boues au fond de la cuve qui a fait remonter significativement la contamination de l’eau ! Ces cuves sont donc comptées à part dans la charte ci-dessus.

TEPCo s’est engagée à traiter une deuxième fois l’eau qui dépasse les autorisations de rejet et a commencé des tests en septembre 2020. Et ce n’est qu’à ce moment là que la compagnie a reconnu qu’il y avait d’autres radioéléments qui n’étaient pas retirés, comme le carbone-14. Cet élément n’était jamais mesuré ni évoqué dans les résultats publiés par la compagnie, comme nous l’évoquions dès septembre 2013, sans que cela ne perturbe l’autorité de régulation nucléaire japonais ou l’AIEA qui s’est prononcée sur la gestion de l’eau contaminée. Mais, le carbone-14 ne sera pas retiré pour autant…

Les tests effectués par TEPCo montrent que le procédé peut faire baisser la concentration résiduelle de l’eau contaminée sous les seuils de rejet, à l’exception du tritium. En fait, ce n’est pas vraiment une nouveauté, puisqu’une partie du stock avait déjà été correctement traitée. Les contaminations résiduelles élevées étaient dues à de mauvaises pratiques (économie sur des résines échangeuses d’ion, surveillance défaillante…). TEPCo ne présente aucune garantie sur l’amélioration de ses pratiques et le gouvernement japonais refuse toute mesure indépendante de l’eau qu’il souhaite rejeter dans l’océan.

La contamination en tritium, qui n’est pas retiré, est, en moyenne, de 730 000 Bq/L et dépasse donc la concentration maximale autorisée pour les rejets en mer, qui est de 60 000 Bq/L.  TEPCo veut donc diluer cette eau avant rejet, à un quarantième de la limite, soit 1 500 Bq/L. De plus, l’inventaire du tritium dans les cuves s’élèverait à 860 TBq, ce qui est largement plus que la limite annuelle de rejet fixée à 22 TBq. TEPCo veut donc étaler ses rejets sur une trentaine d’années pour respecter cette limite.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le seul tritium, de 18 500 TBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11 600 et 13 400 TBq par an. Le stock de tritium dans les cuves de Fukushima représente donc deux semaines et demi de rejets à La Hague. Le stock total, avec ce qui reste dans les combustibles, 2 mois… De quoi rendre jalouses les autorités japonaises, qui se font un malin plaisir de rappeler les rejets en tritium de nombreuses autres installations nucléaires de par le monde (page 13 de ce bilan du ministère de l’industrie) :

Cette carte ne mentionne aucun rejet au Japon ! En particulier, elle ne parle pas des rejets attendus de l’usine de retraitement japonaise de Rokkashô-mura. La valeur cible y est de 9 700 TBq par an pour le tritium (source). Mais, l’usine n’a jamais démarré…

Cela n’a pas suffit à convaincre les habitants de Fukushima qui sont, dans leur majorité, opposés aux rejets dans l’océan. En juin 2020, 17 communes de Fukushima avaient aussi pris position contre, tout comme l’industrie de la pêche. Même Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU depuis 2014 sur les implications pour les droits humains de la gestion et de l’élimination écologiquement correcte des substances et déchets dangereux, s’en est mêlé dans une tribune. Lors de la consultation publique, 4 011 avis ont été déposés et quasiment tous étaient opposés au rejet. Le gouvernement a donc décidé de reporter l’annonce de sa décision…

Le ministère de l’industrie japonais a ouvert, le 28 janvier 2021, une page spéciale dédiée à la gestion de l’eau traitée par la station ALPS, qui est moins bien détaillée que son dernier bilan daté de décembre 2020. On y trouve une photo de cette eau :

Rassuré ?

Travailleurs à Fukushima daï-ichi

Données

Les données officielles sont ici en anglais sur le site internet du ministère du travail. Le nettoyage du site ainsi que le bétonnage et l’asphaltage ont permis de réduire l’exposition des travailleurs. Les mesures de protection nécessaires en fonction du zonage sont ici.

Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

• Le 1er avril 2016, TEPCo a remis tous les compteurs à zéro, ce qui est une pratique surprenante. La limite de dose sur 5 ans est individuelle, pas collective. Selon le dernier bilan publié le 29 janvier 2021, entre le 1er avril 2016 et le 31 décembre 2020, 24 502 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants à la centrale de Fukushima daï-ichi, dont 22 058 sous-traitants (90%). Ils sont un peu moins de 7 000 par mois. Ce sont toujours les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées. Elle est, en moyenne individuelle, deux fois plus élevée que celle prise par les salariés de TEPCo. D’un point de vue collectif, les sous-traitants ont reçu 95% de la dose collective sur cette période, qui est de 158 hommes.sieverts. On ne sait pas combien avaient déjà été exposés lors des cinq premières années ni la dose cumulée sur 10 ans. Le dernier bilan publié donne aussi les répartitions par classes d’âge, ainsi que des données mensuelles depuis le début de la catastrophe.

La dose moyenne annuelle reçue par les intervenants est passée de 12,50 mSv en 2011 à 2,54 mSv en 2019. L’année fiscale 2020 n’étant pas encore terminée, le chiffre donné (2,07 mSv) ne peut pas être comparé aux années précédentes.

Les données relatives au droit du travail et à la radioprotection sont ici en anglais.

Dans son dernier bilan daté de juin 2020, l’inspection du travail de Fukushima rapporte le nombre de violations du droit du travail découvertes à la centrale de Fukushima daï-ichi en 2019. Sur 325 employeurs inspectés, 188 ont commis des infractions (57,8%). 16 cas étaient relatifs à la santé des travailleurs (vérification des heures de travail, médecine du travail…). Il y a beaucoup plus d’employeurs (148) qui ne respectent pas toutes leurs obligations liées à la gestion des ressources humains (primes de risque, heures supplémentaires, information…).

Travailleurs étrangers

Le Japon est en pénurie de main d’œuvre dans plusieurs secteurs et a introduit un nouveau visa pour faire venir des personnes qualifiées dans un nombre limités de domaines. En avril 2019, TEPCo avait incité ses sous-traitants à bénéficier de cette opportunité. Mais, le ministère du travail, de la santé et des affaires sociales a appelé TEPCo à la prudence en lui rappelant que les travailleurs étrangers bénéficient du même niveau de protection que les travailleurs japonais face aux rayonnements ionisants et à ce qu’ils doivent connaître suffisamment bien la langue pour pouvoir comprendre les instructions. La compagnie a finalement renoncé (source).

Maladies professionnelles

Pour les maladies professionnelles, pas de changement depuis l’an dernier : deux cas de cancer de la thyroïde ont été reconnus comme étant d’origine professionnelle parmi les travailleurs à la centrale accidentée (premier cas et deuxième cas). Il y a aussi trois leucémies (premier, deuxième et troisième cas) et un décès. 16 travailleurs en tout auraient fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle et 5 dossiers auraient déjà été rejetés.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi effectuée par les autorités date d’octobre 2020 et est disponible en ligne sur le site dédié.

• L’Autorité de régulation nucléaire publie aussi des données sur les débits de dose ambiants dans différentes communes et des doses intégrées depuis le début de l’accident. La limite d’évacuation a été fixée à 3,8 µSv/h au Japon, ce qui est très élevé (lire nos explications sur ces limites). C’est cette même limite qui est utilisée pour autoriser le retour. Les chantiers de décontamination ont été lancés dans les zones où le débit de dose dépassait 0,23 µSv/h.

Carte officielle de la province de Fukushima avec des débits de dose ambiants.

Cette carte donne les débits de dose mesurés dans tout le pays. Elle est mise à jour toutes les heures.

• Le “soil project” propose une carte basée sur des prélèvements de sols effectués par le réseau de stations de mesure et de laboratoires indépendants. Chikurin, le laboratoire monté au Japon avec le soutien financier et technique de l’ACRO est membre de ce réseau.

Lien vers la carte.

• Safecast : cette organisation utilise un radiamètre “maison” branché sur un smartphone pour mesurer le débit de dose ambiant. La carte regroupant les données est ici.

Décontamination et déchets radioactifs

Décontamination

Les travaux de décontamination sont terminés depuis mars 2018, sauf dans les zones dites de retour difficile. Pas grand chose de neuf, donc. Une carte en japonais du ministère de l’environnement permet d’accéder à quelques données sur les travaux effectués. A noter que seules les zones habitées, les zones agricoles et leurs environs immédiats ont été décontaminés. Pas la forêt, qui couvre 70% de Fukushima.

Pour les zones de retour difficile, ce sont de petits îlots qui sont décontaminés, essentiellement pour des raisons idéologiques. C’est aussi le cas à proximité des gares le long de la ligne Jôban. La ligne a été entièrement rouverte en mars 2020 après la réhabilitation de la portion de 20,8 km située entre Tomioka et Namié. Le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer à proximité des gares d’Ôno, à Ôkuma et de Futaba. Les dates sont le 4 mars 2020 pour Futaba, le 5 mars 2020 pour Ôkuma et le 10 mars pour Tomioka. Le train a repris du service à partir du 14 mars 2020.

Dans les zones de retour difficile, la démolition de nombreux bâtiments abandonnés est en cours. C’est le cas notamment pour les bâtiments publics d’Ôkuma, Namié, Tomioka, Iitaté et Katsurao, dans les zones qualifiées de bases spécifiques de reconstruction et réhabilitation. Le but est de lever les ordres d’évacuation dans ses bases aux printemps 2022 et 2023.

La page officielle du ministère de l’environnement est ici en anglais.

Déchets issus de la décontamination

Les immenses volumes de déchets engendrés par les travaux de décontamination continuent de poser des problèmes insolubles. Voir le cahier d’acteur sur le sujet, que nous avons écrit pour le débat national sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) qui a eu lieu en 2019.

Dans son dernier bilan, daté d’août 2020, le ministère de l’environnement fait état de 14 millions de mètres cubes de sols contaminés accumulés. Ces déchets ont vocation à être entreposés pendant 30 ans sur un site de 16 km2 (1 600 ha) qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi, en zone de retour difficile (voir le site Internet officiel). Le gouvernement aurait acheté ou loué 92% des terrains. 8,33 millions de mètres cube de terre y auraient déjà été transportés, à la fin juin 2020. En mars 2021, la presse japonaise mentionne 10,48 millions de mètres cube de terre transportés, soit 75% du stock. Le Japon espère avoir terminé en mars 2022.

Sur les anciens sites d’entreposage, dispersés un peu partout à Fukushima, le terrain est décontaminé et réhabilité, une fois les déchets partis.

Le transport se fait par camion de 10 tonnes essentiellement, qui protégés par une bâche avec une affiche verte à l’avant, comme sur cette photo prise par Chikurin, le laboratoire que l’ACRO a soutenu au Japon. En 2018, c’était environ 1 000 camions par jour ! Et entre 2 000 et 2 400 en 2019 !

Après, au bout de 30 ans, les autorités envisagent un “recyclage” de ces sols pour la construction de routes, digues… Cette politique fait l’objet d’une forte opposition, y compris parmi les experts officiels. Il est étonnant que d’énormes moyens soient déployés pour rassembler les déchets et les isoler du mieux possible, avant de les disperser dans tout le pays. La logique nous échappe. Deux projets tests sont en cours à Minami-Sôma et Iitaté.

Selon un sondage, 80% des habitants de la province de Fukushima ne croient pas à l’engagement du gouvernement de reprendre les déchets au bout de 30 ans.

Pour lutter contre les rumeurs néfastes relatives au “recyclage” des terres contaminées, le ministère de l’environnement japonais a trouvé la solution : mettre une plante en pot avec de la terre radioactive au ministère à Tôkyô ! Heureusement, le ridicule ne tue pas.

Une équipe de chercheurs de l’Institut national pour les études environnementales a estimé que la gestion des 14 millions de mètres cube de sols contaminés va coûter 440 milliards de yens (3,4 milliards d’euros) si plus de 90% sont recyclés. Ils ont donc fait l’hypothèse qu’il faudrait en stocker 8%, ou 1,13 million de mètres cube. Et, si le taux de recyclage devait être inférieur, les coûts seront encore plus élevés.

Les déchets organiques, quant à eux, sont incinérés dans une vingtaine d’incinérateurs répartis dans toute la province de Fukushima :

Certains étaient dédiés aux déchets ménagers avant la catastrophe nucléaire et d’autres ont été construits spécialement. Les cendres seront mises en fûts bétonnés et stockées dans ce qui s’appelait le “Fukushima Eco Tech Clean Center”, un centre d’enfouissement de déchets industriels qui a été nationalisé depuis. Les autres déchets spéciaux y seront aussi stockés.

Le bilan du ministère de l’environnement fait état de 480 000 tonnes de déchets incinérés à la fin juin 2020.

De nombreux autres déchets, comme des boues de station d’épuration radioactives ou des cendres d’incinérateurs de déchets ménagers sont toujours en attente de solution dans de nombreuses provinces. A l’incinérateur d’Iwaki sud, les cendres sont simplement entreposées dans la cour :

Décontamineurs

Un suivi dosimétrique individuel a été introduit en novembre 2013 par la Radiation Effects Association, qui est l’organisme qui suit les travailleurs du nucléaire au Japon, pour les décontamineurs qui travaillent en zone évacuée et qui sont soumis aux mêmes limites de dose que les travailleurs du nucléaire (explications en anglais). Les données jusqu’en 2019 sont sur cette page en anglais.

Pour l’année 2019, ce tableau fait état de 30 807 décontamineurs qui ont pris une dose moyenne de 0,3 mSv. La dose maximale est de 9,3 mSv. La décontamination en 2019, a donc engendré une dose collective de 10 103,1 hommes.sieverts.

Pour la période 2017-2019, ce tableau donne 47 797 décontamineurs exposés à une dose moyenne de 0,5 mSv. 7 d’entre eux ont reçu une dose comprise entre 15 et 20 mSv. La dose moyenne en 2019 semble donc plus élevée. Ce doit être lié au fait qu’elle a lieu essentiellement dans les zones dites de retour difficile.

Il y a aussi des données qui vont de d’octobre 2019 à septembre 2020 où il y avait encore environ 20 000 décontamineurs exposés chaque trimestre. On n’a pas le nombre cumulé de travailleurs sur cette dernière année. Les doses moyennes sont de 0,1 mSv par trimestre et les doses maximales, de 2 mSv environ.

Zones évacuées et personnes déplacées

Le gouvernement avait introduit la limite d’évacuation la plus haute des recommandations internationales pour évacuer les populations : 20 mSv/an, même pour les bébés et les enfants qui sont plus sensibles aux radiations (voir nos explications sur les doses limites et normes). Il maintient cette même limite pour le retour alors que les recommandations internationales demandent une diminution progressive pour revenir à la limite normale qui est de 1 mSv/an.

Zonage

Les derniers ordres d’évacuer ont été levés au 1er avril 2017 à l’exception des zones dites de retour difficile où l’accès est interdit. Voici la dernière carte avec les zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les “zones spéciales de reconstruction et de réhabilitation” indiquées par SZRR (source) :

Les SZRR consistent en quelques centaines d’hectares dans les communes les plus touchées pour maintenir l’illusion de la reconquête. Mais la décontamination y est beaucoup plus complexe.

En juin 2020, le gouvernement japonais envisageait de lever des interdictions d’accès dans la zone de retour difficile avant même d’avoir terminé les travaux de réhabilitation, à la condition que les habitants ne reviennent pas ! Et dans le district de Nagadoro de la commune d’Iitaté, les autorités veulent lever l’interdiction d’accès sans même décontaminer ! L’accès y sera contrôlé, un dosimètre sera exigé et les habitants ne pourront pas s’y réinstaller. Les autorités veulent y créer un “parc de réhabilitation” où des essais de “recyclage” des terres contaminées seront menés. Les 5 autres communes qui ont une partie de leur territoire classé en zone de retour difficile, ne veulent pas que ces nouvelles mesures soient appliquées sur leur territoire.

Voici les dates de levée des ordres d’évacuer :

Commune Date de la levée de l’ordre d’évacuation
Tamura 1er avril 2014
Kawauchi 1er octobre 2014 pour une partie, puis 14 juin 2016
Naraha 5 septembre 2015
Katsurao 12 juin 2016
Minamisôma 12 juillet 2016
Iitate village 31 mars 2017
Kawamata village 31 mars 2017
Namie town 31 mars 2017
Tomioka town 1er avril 2017

personnes déplacées et Retour des populations

Le nombre de personnes déplacées n’est pas connu avec précision. Au tout début de la triple catastrophe, il y a eu jusqu’à 470 000 personnes dans des hébergements d’urgence. De nombreux autres s’étaient réfugiés dans des hôtels ou dans la famille et ne sont pas comptés. La seule catastrophe nucléaire a déplacé durablement 160 000 personnes environ. Le portail en anglais de la province de Fukushima annonçait encore 43 000 personnes déplacées en novembre 2018.

La presse japonaise rapporte qu’il y a encore 28 personnes qui vivent dans des préfabriqués : 23 à Iwaté et 5 à Fukushima. Il y en a eu jusqu’à 116 565 dans les trois provinces les plus touchées par la triple catastrophe.

Les personnes déplacées qui se sont installées ailleurs et ne bénéficient plus d’aide financière ne sont plus comptées comme déplacées. C’est le cas, en particulier, des personnes originaires de zones où l’ordre d’évacuer a été levé et les “auto-évacuées”, qui sont partis même s’ils n’habitaient pas une zone d’évacuation. En effet, en août 2014, l’Agence de reconstruction, avait demandé aux administrations de toutes les provinces japonaises de ne compter que les personnes qui désiraient retourner chez elles. Et d’ajouter que s’il était difficile d’estimer leur désir, il ne fallait pas compter les personnes qui s’étaient réinstallées en achetant un logement ou en bénéficiant d’un logement du parc public. Chaque province applique à sa façon ces instructions et les critères ne sont pas homogènes.

La triple catastrophe qui a frappé la province de Fukushima a accéléré le déclin accéléré de la population, comme on peut le voir sur le graphe ci-dessous (extrait de cette page en japonais). La dépopulation des zones rurales a commencé avant la catastrophe nucléaire. Cette dernière a fortement accéléré le processus.

Dans son dernier décompte, daté de janvier 2021, la province de Fukushima donne 28 959 personnes qui ont quitté la région à cause de l’accident. Il y aurait encore 36 000 personnes déplacées, en comptant celles qui sont restées dans la province de Fukushima. Les communes n’ont pas les mêmes critères et quand on fait la somme de leurs chiffres, on arrive à 67 000 personnes déplacées, selon l’agence Kyodo, reprise par le Maïnichi.

Le taux de retour dans les zones où les ordres d’évacuer ont été levés reste faible et la population totale diminue. Le gouvernement va donc soutenir financièrement les nouveaux habitants qui viendraient s’installer dans 12 communes de Fukushima.

Voici les données par commune :

  • Namié : Une grande partie du territoire de la commune est classée en zone de retour difficile et l’ordre d’évacuer n’a été levé que dans une petite partie. Il y avait 21 434 résidents le 11 mars 2011 (source). Au 31 janvier 2021, 20 072 personnes originaires de Namié étaient encore déplacées, dont 14 021 dans la province de Fukushima et 6 051 en dehors (source, archives). A Namié, il y a 1 579 personnes qui y habitent, sur 16 681 habitants enregistrés, soit 9,5% (source). Voir aussi la fiche d’information en japonais ;
  • Iitaté : Le district de Nagadoro est classé en zone de retour difficile, mais très peu de personnes y vivaient. L’ordre d’évacuer a été levé dans le reste du village. Il y avait 6 509 résidents le 11 mars 2011 (source). Il y a maintenant 5 247 habitants enregistrés dans la commune. Au 31 janvier 2021, 1 482 personnes habitaient à Iitaté et 3 744 personnes originaires de étaient encore déplacées, dont 3 548 dans la province de Fukushima et 196 en dehors (source, archives) ;
  • District d’Odaka (小高) à Minami-Sôma : Le district d’Odaka a été évacué et l’ordre d’évacuation est levé. En mars 2011, il y avait 71 561 habitants à Minami-Sôma (source), dont 12 840 dans le district d’Odaka (source). Au 1er janvier 2021, il y a désormais 52 765 habitants enregistrés à Minami-Sôma (source). Dans le district d’Odaka, sur 7 003 résidents enregistrés, 4 725 y vivent vraiment (2 201 ont plus de 65 ans). Les 2 278 autres résident en dehors de la ville (source, archives). En ce qui concerne la partie évacuée du district de Haramachi (原町), il y avait 1 439 résidents en mars 2011. Et sur 683 résidents enregistrés, 592 y vivent vraiment (source).
  • Kawamata, district de Yamakiya (山木屋) : Ce district a été évacué et l’ordre d’évacuation a été levé. Il y avait 1 252 résidents dans ce district en mars 2011 (source). Au 1er février 2021, il y a 343 résidents sur 724 personnes enregistrées (source). Ce tableau fait état de 670 personnes encore déplacées, dont 117 dans la commune et 176 en dehors de Fukushima.
  • Naraha : Il y avait 8 011 résidents le 11 mars 2011 (source). Début 2021, il y a 6 761 personnes enregistrés dans la commune (source), dont 4 038 y vivent vraiment (source). La répartition par quartier et par classe d’âges est aussi disponible.
  • Tomioka : Il y avait 15 960 habitants en mars 2011 (source). Au 1er février 2021, il y a 12 319 personnes enregistrées (source), mais 1 576 y vivent (source). La répartition des personnes déplacées est aussi ici. La plupart sont à Iwaki et Kôriyama.
  • Katsurao : Une partie de la commune est encore classée en zone de retour difficile. Il y avait, dans la commune, 1 567 résidents le 11 mars 2011 (source). Au 1er février 2021, sur 1 376 personnes enregistrées, 925 sont toujours évacuées (source). La plupart sont à Miharu et Kôriyama.
  • Kawauchi : Il y avait 3 038 habitants le 11 mars 2011 (source). La page d’accueil de la commune ne donne que le nombre de personnes enregistrées : 2 566. Les seules statistiques démographiques ne sont pas à jour et ne permettent pas de connaître le nombre de résidents présents.
  • Futaba : La commune est presque entièrement classée en zone de retour difficile. Il y avait 7 140 habitants le 11 mars 2011 (source). Toute la population est encore évacuée. Cette page donne la destination de 6 803 personnes déplacées au 31 janvier 2021. Le nombre de personnes enregistrées dans la commune mois après mois est ici en japonais : elles sont 5 773 en janvier 2021.
  • Ôkuma : La commune est presque entièrement classée en zone de retour difficile. Il y avait 11 505 habitants le 11 mars 2011 (source). Au 31 janvier 2021, il y a 10 249 personnes enregistrées (source). Cette page donne aussi la destination des personnes déplacées et mentionne 283 habitants enregistrés vivant dans la commune. Il y aurait aussi environ 863 personnes vivant dans la commune sans y être enregistrées. Ce sont fort probablement des travailleurs en mission.
  • Hirono : La commune de Hirono est situées au-delà des 20 km et il n’y a pas eu d’ordre d’évacuer, mais juste une recommandation. Il y avait 5 490 habitants le 11 mars 2011 (source). La page d’accueil de la commune fait état de 4 699 personnes enregistrées dont 4 216 y vivent vraiment. Il y a aussi 2 447 qui y vivent sans y être enregistrées. Il s’agit de personnes déplacées d’autres communes et de travailleurs.
  • Tamura : seule une petite partie de la commune a été évacuée, dans le district de Miyakojimachi (都路町). En mars 2011, il y avait 41 662 habitants, dont 380 dans la partie évacuée du district de Miyakojimachi, et 4 117 dans la bande comprise entre 20 et 30 km où il a été recommandé de partir (source). Au 31 janvier 2021, il y a 254 habitants enregistrés dans la partie qui a été évacuée dont 213 qui y vivent vraiment (source). Pour la bande comprise entre 20 et 30 km, il y a 3 060 personnes enregistrées au 31 janvier 2021, dont 2 885 qui y vivent vraiment (source).

Impact sanitaire

• Décès directs : Le nombre total de décès directs dus à la triple catastrophe, s’élève à 15 899 (9 543 à Miyagi, 4 675 à Iwaté, 1 614 à Fukushima et 67 dans les autres provinces). C’est deux de plus que l’an dernier, car deux corps ont pu être identifiés. Il y a aussi 2 529 disparus.

• Décès post-accidentels : Les derniers chiffres officiels de la province de Fukushima (lien direct, copie), qui datent du 12 février 2021 font état de 1 606 décès directs dus à la triple catastrophe et de 1 disparu. Il y a aussi 2 317 décès indirects dus à des suicides ou à une dégradation des conditions de santé suite à l’évacuation.

Pour les trois provinces les plus affectées par le séisme et le tsunami, à savoir Iwaté, Miyagi et Fukushima, le nombre de décès indirects était de 3 739 au 30 septembre 2019. Un quart concernait des personnes avec handicap, selon l’agence de presse Kyodo qui a contacté 42 communes. La part des personnes handicapées est de 7% au Japon et celle des personnes de plus de 65 ans, de 14%. Ces statistiques pointent la nécessité d’améliorer la prise en charge des personnes handicapées en cas de catastrophe.

240 suicides sont directement liés à la triple catastrophe, dont 54 à Iwaté, 58 à Miyagi et 118 à Fukushima. Sur ces 240 suicides, 54 ont eu lieu en 2011, 24 en 2012, 38 en 2013. Et pour ces dernières années, c’était 9 en 2018, 16 en 2019 et 5 en 2020 (source).

• Cancers de la thyroïde : L’université de médecine de Fukushima effectue une campagne de dépistage par échographie des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans.

Les derniers résultats sont ici sur notre site : le dépistage officiel a découvert de 252 cas de cancers de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 202 ont été confirmés lors d’une intervention chirurgicale. Il n’y a toujours qu’un seul cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention (première campagne).

Le nombre de cas nouveaux, qui n’ont été détectés qu’à partir de la seconde campagne de dépistage (136), est plus élevé que le nombre de cas détectés lors de la première campagne (116), qui peut inclure des cancers qui existaient déjà avant la catastrophe nucléaire.

Le tableau ci-dessous synthétise issues du dépistage officiel. Le taux de dépistage diminuant au fur et à mesure des campagnes, le nombre de cas réels est donc plus élevé.

  Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 091 547 116 101
Deuxième campagne 270 529 1 826 207 71 54
Troisième campagne 217 920 1 060 78 31 27
Quatrième campagne 177 424 758 64 27 16
Cinquième campagne 41 0 0 0 0
Plus de 25 ans 5 234 160 13 7 4
Bilan des campagnes de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima au 30 juin 2020 ( 31 mars 2020 pour les plus de 25 ans)

Rappelons qu’il y a plus un an, le fond de soutien des enfants ayant un cancer de la thyroïde, créé en 2016, avait recensé au moins 17 cas supplémentaires, non pris en compte dans les données officielles, dont un qui avait moins de 5 ans au moment de la catastrophe.

A ces chiffres, on peut ajouter les 4 cas découverts à Marumori, au Sud de la province voisine de Miyagi.

Les dernières données relatives à la quatrième campagne de dépistage, publiées le 15 janvier dernier, font officiellement apparaître qu’un enfant de moins de 1 an et qu’un autre de 2 ans au moment de la catastrophe nucléaire, sont atteints d’un cancer de la thyroïde. Voir la figure ci-dessous. Difficile de prétendre que le cancer existait avant la catastrophe pour ces deux enfants !

Distribution par âge au moment de la catastrophe nucléaire des 27 cas de cancers de la thyroïde découverts lors de la quatrième campagne de dépistage. Les cases blanches correspondent aux filles et les cases grises, aux garçons.

Il y a désormais 8 cas de cancer de la thyroïde chez des enfants de Fukushima qui avaient 5 ans ou moins au moment de la catastrophe nucléaire. Si l’âge ne constitue pas une preuve qu’ils sont dus aux radiations, cette hypothèse ne peut pas être exclue.

Il convient de noter que le premier cas découvert par le fond de soutien n’est pas dans les statistiques officielles, car il n’a pas été pris en charge via le suivi mis en place par les autorités. Les données officielles sont donc incomplètes.

Pour en savoir plus, lire notre revue de la littérature scientifique sur le sujet. Si, dix ans après la catastrophe de Fukushima, il n’est toujours pas possible de tirer des conclusions définitives sur les raisons de la forte augmentation du taux de cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima, il n’est plus possible d’exclure que des cancers puissent être induits par les radiations.

Coût de la catastrophe

Coût total estimé

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros) et n’ont pas changé depuis. Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Les médias japonais ont rapporté qu’en décembre 2020, TEPCo avait déjà dépensé 1 443,8 milliards de yens (11 milliards d’euros au cours actuel) pour sécuriser et démanteler sa centrale nucléaire accidentée. Le coût total attendu est toujours de 8 000 milliards de yens. Il dépend de la technologie qui sera utilisée pour reprendre le corium.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

En 2019, Japan Center for Economic Research estime que la facture pourra dépasser les 80 000 milliards de yens (640 milliards d’euros au cours actuel). La note explicative est en japonais seulement. Sur le coût total de 81 000 milliards de yens (648 milliards d’euros), 51 000 milliards (408 milliards d’euros) sont dédiés au démantèlement de la centrale accidentée. A comparer au 8 000 milliards de yens estimés par le ministère de l’économie. L’indemnisation des victimes devrait coûter 10 000 milliards de yens (80 milliards d’euros) selon le think tank et la décontamination 20 000 milliards de yens (160 milliards d’euros).

Si l’eau contaminée était simplement rejetée en mer après dilution, la facture totale pourrait être réduite de 40 000 milliards de yens (320 milliards d’euros) selon le think tank, pour atteindre 41 000 milliards de yens (328 milliards d’euros). La facture totale pourrait encore être abaissée à 35 000 milliards de yens (280 milliards d’euros) si les réacteurs accidentés n’étaient pas démantelés, mais mis sous un sarcophage, comme à Tchernobyl. Mais cette solution reporte sur les générations futures les coûts du démantèlement et ne résout pas le problème des eaux souterraines qui s’infiltrent et se contaminent.

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo.

Indemnisations

En janvier dernier, les autorités avaient déjà prêté 9 716,5 milliards de yens (77,1 milliards d’euros), à TEPCo pour que la compagnie puisse indemniser les victimes de la catastrophe nucléaire et cela ne suffira pas. Les intérêts sont à la charge des contribuables.

L’indemnisation du stress psychologique s’est terminée un an après l’évacuation pour les personnes originaires d’un point chaud situé au-delà des zones d’évacuation. Les habitants originaires des zones dites de retour difficile ont reçu l’équivalent de douze années d’indemnisation et pour les autres, originaires des zones où l’ordre d’évacuer a été levé, l’indemnisation s’est arrêtée au bout de 7 ans. Un adulte a reçu 1,2 million de yens par an (environ 10 000 euros). Il y a eu aussi une compensation pour la perte des biens et des revenus, qui varie d’une famille à l’autre.

De nombreuses personnes ne sont pas satisfaites par les indemnisations reçues et réclament plus. En septembre 2011, les autorités japonaises ont mis en place une commission de conciliation chargée d’arbitrer les contentieux. Ses avis ne sont pas contraignants, mais TEPCo avait alors annoncé vouloir les respecter. Mais, dans les faits, TEPCo refuse de nombreux arbitrages et la commission a clôt de nombreux dossiers non réglés : 72 entre 2013 et 2017 (tous des employés de TEPCo et leur famille), 18 en 2018 et déjà un en 2019. Le groupe le plus important qui avait saisi, en vain, cette commission est constitué de 16 000 habitants de Namié, commune qui a été entièrement évacuée.

Plus de 10 000 Japonais ont porté plainte contre le gouvernement et parfois aussi contre l’Etat afin de bénéficier d’une meilleurs indemnisation. Il y a une trentaine de plaintes collectives. TEPCo a été condamnée de nombreuses fois à mieux indemniser les victimes et le gouvernement aussi. 14 jugements ont déjà été rendus par des tribunaux régionaux et 3 par une cour d’appel.

Parc nucléaire japonais

Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon comptait 54 réacteurs de production d’électricité plus des réacteurs de recherche. Une carte datant de 2010 est disponible ici.

6 réacteurs ont été détruits ou endommagés par la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et 15 autres ont été arrêtés définitivement depuis. Le Japon ne compte donc plus que 33 réacteurs nucléaires pour la production d’électricité : 16 ont leur dossier de sûreté validé et 9 ont été remis en service, dont 4 qui utilisent du combustible MOx. Mais, Ikata-3 a été suspendu par la justice en janvier 2020. Il n’y a donc plus que 8 réacteurs autorisés à fonctionner, dont 3 utilisent du MOx. Sur ces 33 réacteurs, certains ne seront fort probablement jamais remis en service, comme Tsuruga-2, qui est sur une faille sismique reconnue comme active par l’Autorité de régulation nucléaire.

Aucune remise en service de réacteur n’a en lieu en 2019, ni en 2020. Le nucléaire japonais est bloqué. Par ailleurs, l’Autorité de régulation nucléaire a refusé de laisser un délai supplémentaire aux compagnies d’électricité pour la mise en place de mesure de protection contre les attaques terroristes. Quatre réacteurs ont dû être arrêtés en 2020, le temps de faire les travaux : Sendaï-1 et -2, puis Takahama-3 et -4. En novembre 2020, il n’y avait qu’une seule tranche en service… D’autres arrêts suivront en 2021 (voir la liste ici). A priori, 7 des 9 réacteurs remis en service devront être arrêtés pour les mêmes raisons.

Pour voir le détail du parc japonais, c’est par ici. Il y a aussi la liste tenue par le JAIF.

L’an dernier, les compagnies d’électricité japonaises avaient déjà dépensé 5 380 milliards de yens (45 milliards d’euros) pour améliorer la sûreté de leurs installations, avec un piètre résultat. De plus, selon l’agence Kyodo, un quart environ des employés des centrales nucléaires n’ont pas d’expérience d’exploitation suite aux arrêts prolongés. Cela atteint même 40% chez Tôhoku Electric, Chûbu Electric et Chûgoku Electric.

En décembre dernier, la justice a remis en cause l’évaluation du risque sismique validée par l’Autorité de régulation nucléaire. Lire notre article pour en savoir plus. C’est la première fois que la justice japonaise remet en cause l’instruction des dossiers de sûreté et l’application les règles de sûreté révisées en 2013, après la catastrophe de Fukushima. Cette décision pourrait faire jurisprudence.

Le gouvernement japonais voulait atteindre 20 à 22% de nucléaire dans le mix électrique à l’horizon 2030, mais il n’y arrivera pas. En novembre dernier, le ministre de l’industrie a reconnu qu’il ne sera pas possible d’engager la construction d’un nouveau réacteur nucléaire dans les 10 prochaines années, car l’opinion n’y est pas prête. Le gouvernement est en train de revoir la politique énergétique du pays, le plan actuel n’étant pas réaliste. En attendant, les communes sur lesquelles sont installées les centrales nucléaires reçoivent toujours plus d’argent

• Le surgénérateur Monju a été arrêté définitivement. Il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994. Une fuite de sodium avait entraîné son arrêt en 1995. La culture de sûreté y est défaillante (source).

• Les autorités n’ont pas encore abandonné l’usine de retraitement située à Rokkashô-mura dans la province d’Aomori dont la mise en service cumule déjà 25 années de retard depuis 1997, année de la première date de mise en service prévue (source). Le démarrage est désormais annoncé pour 2022 et le coût a été multiplié par 4.

Son dossier de sûreté est validé par l’Autorité de régulation nucléaire. Mais, même si cette usine démarre, elle devra tourner au ralenti car il n’y a pas de débouché pour le plutonium extrait. En effet, le gouvernement japonais s’est engagé à ne pas en extraire plus qu’il ne pouvait en consommer.

Les premiers déchargements de combutible MOx de l’histoire du Japon ont eu lieu en janvier 2020, dans les réacteurs d’Ikata-3 et Takahama-3.

• Faute de débouchés sur le marché intérieur, le Japon avait fait de l’exportation de sa technologie nucléaire une priorité pour sauver son industrie. Mais tous les projets de centrale nucléaire dans un pays étranger ont été abandonnés ou suspendus face aux coûts exorbitants.

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