Japon: l’Autorité de régulation nucléaire va revoir sa politique de distribution d’iode

Actuellement, de l’iode doit être distribué dans un rayon de 5 km autour des installations nucléaires japonaises. Il doit protéger la thyroïde en cas d’accident nucléaire. Au-delà des 5 km, ce sont les mairies qui doivent assurer la distribution durant la phase d’urgence, ce qui est complètement irréaliste. Le retour d’expérience de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi a montré que cela n’avait pas été le cas à cause de la confusion qui régnait à l’époque.

L’Autorité de régulation nucléaire a décidé de revoir sa politique, en mettant la priorité sur la protection des enfants. Elle va voir si elle peut mettre en place les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) datées de 2017.

Les autorités sont gênées car officiellement, la hausse observée du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima n’est pas due aux radiations. Puisqu’il n’y a pas de problème, pourquoi distribuer de l’iode ? Mais comme l’OMS dit qu’il faut distribuer les comprimés à l’avance afin de mieux protéger les enfants et que ses recommandations sont mêmes disponibles en japonais, le Japon ne peut pas ignorer le sujet. Un rapport est attendu pour avril 2019.

Mais l’OMS ne donne aucune distance pour la distribution. En Suisse c’est 50 km et en Belgique, 100 km. La France va timidement passer de 10 à 20 km, ce qui est insuffisant. C’est pourquoi l’ACRO vous recommande d’écrire aux préfectures pour obtenir une extension de la distribution. Pour en savoir plus sur la protection de la thyroïde, voir notre fiche détaillée.

Agissez avec l’ACRO pour que la France étende à 100 km la distribution d’iode stable

Mis en avant

Alors que la Suisse et la Belgique ont étendu la distribution de comprimés d’iode de 20 à 50 et 100 km, respectivement, depuis la catastrophe de Fukushima, la France s’apprête péniblement à étendre cette distribution de 10 à 20 km. Ce n’est pas suffisant et l’ACRO milite depuis des années pour une extension à 100 km de cette distribution. Nous avons écrit à plusieurs ministres, sans obtenir de réponse. Nous avons besoin de votre aide pour tenter de faire bouger les pouvoirs publics.

Agissez avec l’ACRO pour que la France étende à 100 km la distribution d’iode stable ! Plus d’informations sur le site de l’association.

Un maire des environs de Tôkaï s’oppose au redémarrage du réacteur

Japan Atomic Power Co. (JAPC) veut remettre en service son réacteur Tôkaï-2 et prolonger son exploitation jusqu’à 60 ans. Cela relève plutôt de l’acharnement thérapeutique, mais c’est le dernier réacteur qui lui reste. Son dossier de sûreté vient d’être validé par l’Autorité de Régulation Nucléaire.

Dans un entretien au Maïnichi, le maire de Naka, commune située à moins de 30 km de la centrale, s’oppose au redémarrage du réacteur. Sa position est due à l’impossibilité de mettre en place un plan d’évacuation des populations en cas d’accident nucléaire grave. Avec une peu moins d’un million d’habitants dans un rayon de 30 km, il s’attend à des embouteillages monstres et au refus des chauffeurs de bus d’aller chercher les personnes à évacuer. Pour lui, il est plus simple de ne pas démarrer le réacteur.

Rappelons que les plans d’urgence sont la cinquième barrière de protection dans le concept de défense en profondeur, mais qu’ils ne sont pas évalués par l’Autorité de Régulation Nucléaire. Ce serait une première que l’impossibilité d’établir un plan d’urgence induise l’arrêt d’un réacteur nucléaire.

JAPC, l’exploitant, a signé un accord avec les six communes de la zone de préparation à l’urgence, d’un rayon de 30 km autour de la centrale, dans lequel il s’engage à leur demander leur avis. Mais rien n’est stipulé en cas de désaccord entre les communes. Est-ce la majorité qui l’emporte ? Pour le maire de Naka, il faut l’accord de chacune des six communes pour démarrer le réacteur. Il compte mener une large consultation de la population avant de prendre sa décision.

L’IARC prend position sur le dépistage du cancer de la thyroïde après un accident nucléaire grave

Le Centre International de Recherche sur le Cancer (International Agency for Research on Cancer, IARC), qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), vient de prendre position sur le dépistage du cancer de la thyroïde suite à un accident nucléaire grave. Son rapport est disponible en anglais.

Le groupe d’experts sollicités par l’IARC se prononce contre un dépistage systématique, tel qu’il est pratiqué chez les enfants de Fukushima. En revanche, il recommande de prendre en compte la possibilité de proposer un programme de surveillance à long terme pour les personnes les plus à risque après un accident nucléaire. Il est très prudent sur la définition du groupe à risque : il s’agit d’individus exposés in-utero ou durant l’enfance ou l’adolescence à des doses à la thyroïde dépassant les 100 à 500 mGy. A titre de comparaison, l’OMS, recommande que « la planification pour la prophylaxie utilisant de l’iode stable pour les enfants devrait idéalement être considérée au 1/10ème du niveau d’intervention générique, c’est à dire 10 mGy de dose évitable à la thyroïde. Ce niveau est également approprié pour les femmes enceintes ». Bien entendu, la surveillance doit se faire en accord avec les familles.

Le groupe d’experts ajoute que ce niveau de référence pour déclencher le programme de surveillance reste assez arbitraire et qu’il ne doit pas être utilisé pour refuser un examen à une personne qui aurait été exposée à une dose à la thyroïde inférieure. L’examen doit pouvoir être proposé après explication des bénéfices et des détriments.

Ces recommandations supposent, comme le souligne le rapport, que la dose a pu être évaluée, grâce, notamment, à de la surveillance dosimétrique, et qu’une prophylaxie à l’iode stable a été mise en place au bon moment. Ce n’était le cas, ni à Tchernobyl, ni à Fukushima. Il serait donc pertinent de faire des recommandations en cas de défaillance du plan d’urgence nucléaire, très probable étant donné qu’ils sont généralement peu réalistes.

Le groupe d’experts reconnait que les facteurs économiques et sociaux puissent être pris en compte dans la décision finale qui reviendra, in fine, au gouvernement concerné. Bien évidemment, la société civile n’a pas été consultée pour établir ces recommandations.

Le texte du rapport souligne l’importance de faire rapidement des mesures de la contamination de la thyroïde sur un échantillon représentatif de la population après un accident, avec une priorité sur les enfants et les femmes enceintes. Cela doit être fait dans les 4 semaines qui suivent l’accident et ne pas dépasser 6 semaines.

Enfin, une grande partie du rapport est dédiée à une discussion sur les cancers de la thyroïde à partir d’une revue de la littérature scientifique.

Extension de la distribution des comprimés d’iode : une mesure nécessaire mais insuffisante

ACRO.eu.orgPremière publication : janvier 2015. Dernière mise à jour : octobre 2018

Suite à l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi, la Suisse a, dès 2014, étendu la distribution de comprimés d’iode à un rayon de 50 km autour de ses quatre centrales nucléaires. Le Luxembourg a distribué de l’iode à toute sa population à cause de la centrale française de Cattenom. Les habitants les plus éloignés sont à une centaine de kilomètres. Il s’agit de sa première campagne de distribution dans ce pays. En Belgique, la distribution des comprimés d’iode a été étendue de 20 km à 100 km en mars 2018. Cela concerne tout le pays. En France, la distribution s’arrête toujours à 10 km et il est prévu d’aller à 20 km en 2019.

Pourquoi la France est-elle si en retard par rapport à ses voisins européens ? L’ACRO réclame l’extension à 100 km de la distribution des comprimés d’iode en France, conformément à ce qui a été admis au niveau européen (voir nos communiqués du 25 novembre 2014, du 11 janvier 2016 et du 6 mars 2018). Les stocks existent, leur distribution serait donc peu onéreuse. Voici quelques explications.

Préparation à l’urgence nucléaire

Suivant les recommandations de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), la sûreté nucléaire est partout basée sur le concept de « défense en profondeur » avec 5 niveaux de protection indépendants. Le dernier niveau concerne « la limitation des conséquences radiologiques des rejets » en cas d’accident. Et l’AIEA de souligner que, même si des efforts sont effectués aux niveaux inférieurs pour limiter les conséquences d’un accident nucléaire, « négliger les plans d’urgence externe serait incompatible avec la défense en profondeur » [IAEA1996]. Partout, ces plans d’urgence intègrent la mise à l’abri, la prise d’iode et éventuellement, une évacuation pour les cas les plus graves.

Pourquoi des comprimés d’iode ?

Selon le forum de Tchernobyl, « les statistiques des registres nationaux de la Biélorussie et de l’Ukraine indiquent que le nombre total de cancers de la thyroïde chez les personnes exposées avant l’âge de 18 ans, est actuellement de près de 5 000. Les chiffres diffèrent légèrement selon les méthodes d’évaluation, mais le nombre total observé dans les trois pays est certainement bien au-dessus de 4 000 » [IAEA2006]. L’UNSCEAR, qui est le comité scientifique des Nations-Unies sur les effets des radiations atomiques, compte 6 848 cas de cancer de la thyroïde entre 1991 et 2005 chez les moins de 18 ans en 1986. Le comité ajoute que la forte augmentation de l’incidence chez les moins de 10 ans est associée à l’accident nucléaire. Elle a débuté environ 5 ans après l’accident et a persisté jusqu’en 2005 [UNSCEAR2008].

L’incidence des cancers de la thyroïde, pour la Biélorussie et l’Ukraine avant Tchernobyl, était d’environ 0,5 par million d’enfants par an. C’est également celui qui est donné pour l’Angleterre et le pays de Galles. Il est donc possible de conclure qu’il y a eu une très forte augmentation de l’incidence du cancer de la thyroïde chez les enfants dans les zones autour de Tchernobyl et que cela est lié à l’exposition aux retombées radioactives (Voir IAEA Bulletin 383). L’OMS mentionne une incidence jusqu’à 500 km de la centrale accidentée [OMS1999].

Au Japon, 370 000 jeunes de Fukushima qui avaient moins de 18 ans en mars de 2011 ont droit à un dépistage régulier (les statistiques officielles sont ici). Les autorités en sont à la quatrième vague de dépistage et les chiffres évoluent rapidement (voir les derniers résultats, datés de juin 2018). Tout le monde s’accorde pour admettre qu’il y a déjà beaucoup plus de cas que ce qui est observé par ailleurs. En revanche, il n’y a pas consensus sur l’origine de cette hausse. Les autorités affirment que ce n’est pas dû à la catastrophe nucléaire et avancent un effet “râteau” du fait du dépistage. Une étude épidémiologique conteste cette explication et prétend qu’il n’y a pas d’autre cause possible que les rejets radioactifs. Voir les explications du Prof. Tsuda, le premier auteur.

D’une manière générale, il existe un consensus international pour reconnaître que l’iode radioactif libéré lors d’un accident nucléaire peut être à l’origine d’une augmentation des cancers de la thyroïde chez les jeunes. En conséquence, le fait de prendre de l’iode stable permet de protéger efficacement la thyroïde en la saturant et, ainsi, en empêchant l’iode radioactif de s’y concentrer. Notons que cette méthode de prophylaxie par l’iode n’a pas été utilisée dans l’ex-URSS après la catastrophe de Tchernobyl, et au Japon, presque pas.

Elle a été appliquée en Pologne en 1986, comme le précisent les lignes directrices pour l’utilisation de comprimés d’iode au Québec : « l’efficacité de la prophylaxie à l’iode stable a été démontrée en Pologne où des doses d’iode stable ont été distribuées à la suite de l’accident de Tchernobyl à 10,5 millions d’enfants et 7 millions d’adultes. La dose d’iode recommandée était de 15 mg chez les nouveau-nés, de 50 mg chez les enfants de 5 ans ou moins et de 75 mg chez les autres sujets, y compris les femmes enceintes. La dose à la thyroïde a été diminuée de 40 % chez les sujets qui ont pris l’iode stable trois jours après l’accident et de 25 % chez ceux qui l’ont pris quatre jours après. Ceci a permis de réduire la dose à la thyroïde à une valeur de 5 rem (50 mSv) (Nauman et Wolff, 1993). Dans cette population, aucune augmentation de l’incidence des cancers thyroïdiens chez les enfants ne fut observée. Par contre, en Biélorussie, où la prophylaxie à l’iode stable ne fut pas implantée, une hausse de 100 fois de l’incidence de ce cancer chez les enfants fut notée après l’accident de Tchernobyl » [ASSS2012]. Ce fut en particulier le cas dans la région de Brest, la deuxième la plus affectée après Gomel, qui est près de la frontière polonaise.

Quand prendre l’iode ?

La posologie est compliquée car, selon la Commission internationale de protection radiologique (CIPR), dans sa publication 109 dédiée à la protection des personnes dans des situations d’exposition d’urgence nucléaire et radiologique, « pour obtenir une efficacité maximale de la réduction de la dose à la thyroïde, l’iode stable doit être administré avant toute inhalation d’iode radioactif, ou dès que possible après. Si l’iode stable est administré par voie orale dans les 6 heures précédant la prise d’iode radioactif, la protection offerte est presque optimale ; si l’iode stable est administré au moment de l’inhalation de l’iode radioactif, l’efficacité de blocage de la thyroïde est d’environ 90%. L’efficacité de la mesure diminue en fonction du retard à débuter la prophylaxie, et l’absorption de l’iode radioactif peut être encore réduite d’environ 50% si le blocage est réalisé quelques heures après l’inhalation » [ICRP109 (B3)].

D’où la nécessité d’avoir de l’iode stable sous la main pour les populations exposées.

En Europe, les comprimés d’iode sont préventivement mis à disposition des résidents et des collectivités : « la pré-distribution est préférée parce que les comprimés sont directement disponibles et cela évite tout conflit avec d’autres mesures, en particulier la mise à l’abri » [HERCA2011]. Ce n’était pas le cas au Japon avant la catastrophe de Fukushima. Des stocks existaient localement, mais compte tenu du fait que les autorités n’ont pas réussi à donner des instructions appropriées au public, seul un très petit nombre de résidents de la région entourant la centrale accidentée s’en est servi [NAIIC2012].

Au Japon, l’Autorité de régulation du nucléaire a changé la politique après la catastrophe de 2011 et conseille maintenant la pré-distribution des comprimés d’iode jusqu’à 30 km d’un site nucléaire. Il est également recommandé que la prophylaxie à l’iode stable soit également considérée dans la zone de protection du panache radioactif d’un rayon de 50 km [NRA2012]. Cette recommandation n’a pas été adoptée et le problème de la prophylaxie à l’iode a été à l’origine d’un désaccord entre les autorités régionales et nationales lors d’un exercice de crise qui a tourné au fiasco (Niigata nuclear disaster drill finds governor, state at odds over iodine pill distribution, The Japan Times, 12 novembre 2014).

Jusqu’où distribuer les comprimés d’iode ?

En France, la distribution s’arrête à 10 km des centrales nucléaires et il est prévu d’étendre cette distribution à 20 km en 2019. Depuis 1997, la distribution d’iode a été renouvelée en 2000, 2005, 2009 et 2016 : voir le site Internet dédié.

En Belgique, les comprimés d’iode sont, depuis mars 2018, mis à disposition des résidents et des collectivités dans une zone de 100 km autour des centrales nucléaires et pour les sites proches des frontières du pays, ce qui couvre tout le pays.

En 1993, le gouvernement suisse a commencé à distribuer des comprimés d’iode aux habitants vivant à une distance de 20 km d’un réacteur nucléaire. Cette distribution a été renouvelée en 2004. Il a décidé, en 2014, d’étendre la distribution jusqu’à 50 km. Le nombre de personnes bénéficiant d’une boîte de 12 comprimés a ainsi presque quadruplé pour atteindre le nombre de 4,9 millions de personnes, incluant les habitants des villes de Zurich, Bâle, Neuchâtel ou Lucerne. Ceci représente près de 60% de la population suisse. Le coût de l’extension, environ 30 millions de francs, devrait être couvert par les compagnies d’électricité (Confédération Suisse, La distribution préventive de comprimés d’iode en cas d’accident nucléaire sera étendue, communiqué de presse, 22 janvier 2014).

Enfin, le Luxembourg a organisé la première distribution d’iode à toute sa population en 2014. Les habitants les plus éloignés sont à une centaine de kilomètres des centrales nucléaires situées dans les pays voisins.

Pourquoi 50 ou 100 km ? Suite à l’accident de Fukushima, la nouvelle Autorité de Régulation Nucléaire japonaise a estimé que la zone dans laquelle la dose à la thyroïde pouvait dépasser les critères de prophylaxie fixés par l’AIEA (50 mSv sur les 7 premiers jours) s’étendait jusqu’à environ 50 km de la centrale [NRA2012]. La centrale étant située en bord de mer, 80% des rejets atmosphériques sont allés vers l’océan pacifique. La distance aurait donc été beaucoup plus grande si les zones sous les vents dominants étaient habitées.

Après la catastrophe de Tchernobyl, une augmentation de l’incidence des cancers de la thyroïde a été observée jusqu’à plus de 500 km de la centrale [OMS1999]. Ce fut le cas, par exemple, dans la région de Brest en Biélorussie, à 300 km environ de la centrale. La distance de 100 km choisie par la Suisse est donc un minimum et devrait être adoptée par les autres pays européens.

En Belgique, l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire soulignait, le 8 mars 2011, juste avant la catastrophe de Fukushima, que « les études de dispersion des nuages radioactifs réalisées pour différents termes-sources susceptibles d’être rencontrés en cas d’accident nucléaire montrent que, pour les niveaux d’intervention faibles tels qu’ils sont actuellement préconisés, des comprimés d’iode pourraient se révéler nécessaires pour les membres du public cible prioritaire à des distances allant jusqu’à plusieurs dizaines de km. La notion de zone sans risque devient donc pratiquement virtuelle et il y aura lieu de prévoir la possibilité d’approvisionnement en iode en pratique sur l’ensemble du territoire » [AFCN2011].

Les autorités de sûreté européennes ont récemment recommandé que la thyroïde puisse être protégée jusqu’à 100 km en cas d’accident grave [ATHLET2014]. Et dans ses nouvelles recommandations, la Commission allemande de radioprotection a effectué une estimation des zones où les niveaux de mise à l’abri ou de prise d’iode stable peuvent être atteints [SSK2014]. Elle conclut qu’il pourrait être « nécessaire d’administrer de l’iode stable aux enfants, jeunes et femmes enceintes qui sont bien plus éloignés de la centrale (>100 km) mais sous les vents. Les calculs ont montré que les limites de dose peuvent être dépassées jusqu’à 200 km autour des centrales allemandes. Les distances plus grandes que 200 km n’ont pas été étudiées » car cela couvre déjà presque tout le territoire national. Dans ses calculs, la commission a choisi, pour les enfants, jeunes et femmes enceintes, un seuil de prise d’iode stable de 50 mSv, qui correspond au seuil pour les adultes en Belgique, en France ou en Suisse. Par conséquent, la même conclusion s’impose pour toute la population de ces pays.

Que se passera-t-il au-delà de la zone de distribution ?

En France, des stocks d’iode sont disponibles au-delà des zones de pré-distribution. Ces comprimés devront être distribués en urgence, si nécessaire.

En France, selon la circulaire interministérielle du 11 juillet 2011, « le ministre chargé de la santé a décidé de constituer un stock de 110 millions de comprimés d’iodure de potassium dosés à 65 mg […]. Les nouveaux comprimés d’iodure de potassium sont produits par la pharmacie centrale des armées […]. Dans le cadre de la nouvelle doctrine, le principe d’un seul site de stockage par département a été retenu […]. Un stock zonal de sécurité sera également conservé afin de permettre, en cas de besoin, l’ajustement des dotations ou les mutualisations nécessaires, notamment selon les variations saisonnières des populations […]. Le stock départemental est constitué proportionnellement au nombre d’habitants par département […]. Les lieux de stockage départementaux ont été déterminés en tenant compte de la nécessité d’organiser une distribution rapide et efficace » sur tout le territoire national [Santé2011].

Ainsi, au-delà des 10 km, la « ventilation » des comprimés d’iode est définie dans les plans ORSEC-iode. Celui du Tarn-et-Garonne, par exemple, mentionne qu’« à l’inverse des dispositions antérieures les mairies chefs-lieux de canton ne seront donc plus dépositaires permanents des comprimés. En revanche, en cas de crise nucléaire avec des rejets radioactifs les communes chefs-lieux de canton recevront les stocks de comprimés d’iode correspondant à la population du canton et seront chargées d’en organiser la distribution pour les communes qui viendront récupérer leur lot de comprimés. Toutes les communes continueront à assurer la distribution des comprimés aux populations se trouvant sur le territoire communal » [ORSEC-iode2012].

« Dès la décision de distribution des comprimés d’iode prise par le préfet, la préfecture alerte le grossiste répartiteur pour initier la phase de ventilation des comprimés vers les mairies chefs-lieux de canton. » Ensuite chaque mairie doit aller au chef lieu de canton chercher les comprimés et assurer la distribution aux habitants. Ce n’est pas très réaliste.

Au-delà des zones de distribution, des stocks d’iode sont disponibles sur un seul site de stockage par département. Dès la décision de distribution des comprimés d’iode, la préfecture alerte le grossiste répartiteur pour initier la phase de « ventilation » des comprimés vers les mairies chefs-lieux de canton. Ensuite chaque mairie doit aller au chef lieu de canton chercher les comprimés et assurer la distribution aux habitants. Cela n’est pas très réaliste et peut entrer en conflit avec un ordre de mise à l’abri. De plus, cette procédure n’a jamais été évaluée.

De plus, ces plans n’ont pas été évalués et l’on ne sait pas combien de temps serait nécessaire à la distribution de ces comprimés en cas d’urgence nucléaire, sachant qu’elle pourrait être perturbée par les populations fuyant les zones potentiellement exposées. Par ailleurs, la distribution de ces comprimés en phase d’urgence ou l’appel à aller les retirer dans les mairies peut entrer en conflit avec l’ordre de mise à l’abri.

Le cas français est particulièrement surprenant. En février 2014, les autorités françaises ont publié le premier plan national d’urgence nucléaire [SGDSN2014] qui va obliger de revoir les Plans Particuliers d’Intervention (PPI) locaux sur de nombreux points, mais n’a pas étendu pas la distribution d’iode au-delà de 10 km en 2016. Au même moment, ces mêmes autorités discutaient au niveau européen une prise de position commune recommandant l’extension de la protection de la thyroïde jusqu’à 100 km. Elles ont reconnu qu’il est nécessaire d’avoir « un niveau minimal de préparation à la mise en œuvre des actions :

  • l’évacuation doit être préparée sur un rayon allant jusqu’à 5 km autour des centrales, la mise à l’abri des personnes et la distribution d’iode sur un rayon allant jusqu’à 20 km ;
  • une stratégie générale doit être définie afin d’être en mesure d’étendre l’évacuation sur un rayon allant jusqu’à 20 km, la mise à l’abri des personnes et la distribution d’iode sur un rayon allant jusqu’à 100 km » [ATHLET2014].

Comment expliquer cette schizophrénie ? Il y a urgence à appliquer que les autorités ont admis au niveau international qui recommandent qu’une stratégie soit mise en place pour mettre à l’abri et protéger la thyroïde jusqu’à 100 km. Il faudrait donc distribuer l’iode jusqu’à 100 km pour éviter le conflit entre ces deux mesures de protection.

Problèmes frontaliers

Dans chaque pays, la distribution des comprimés d’iode s’arrête à la frontière. En Suisse la centrale de Beznau est à quelques kilomètres de la frontière allemande, mais c’est à l’Allemagne de protéger sa propre population (voir la carte interactive de distribution). C’est la même chose avec les centrales nucléaires françaises situées près des frontières. Celle de Chooz est enclavée dans le territoire belge, sans qu’EdF ne finance la distribution de comprimés d’iode en Belgique. Le Luxembourg distribue des comprimés d’iode à cause de la centrale française de Cattenom.

Une telle situation est aberrante. Ce doit être aux exploitants du nucléaire de financer la distribution de comprimés d’iode partout, même dans les pays voisins.

Niveau opérationnel d’intervention

Après la catastrophe de Tchernobyl, l’apparition en excès de cancers de la thyroïde a été constatée dans les zones où la dose moyenne à la thyroïde n’avait pas dépassé 100 mGy (Jacob et al, Thyroid cancer risk to children calculated, Nature 392 (1998) 31).

Il existe plusieurs définitions de la dose à la thyroïde (dose absorbée et dose équivalente), avec leurs unités propres, respectivement le milligray (mGy) et le millisievert (mSv). Les recommandations internationales mélangent les deux. Mais, appliquées à l’impact de l’iode radioactif à la thyroïde, ces deux unités sont équivalentes. On peut remplacer l’une par l’autre.

Ainsi, dans sa publication n°103, la CIPR recommande que l’iode stable soit administré, si la dose équivalente à la thyroïde risque de dépasser une valeur fixée entre 50 et 500 mSv. L’AIEA considère que la dose absorbée de 100 mGy par la thyroïde est une valeur générique optimisée [CE-TREN2010]. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) « estime qu’il convient d’examiner les risques pour différents groupes d’âge lors de l’élaboration des plans d’urgence détaillés, et aussi la possibilité de différencier les critères d’administration de prophylaxie par de l’iode stable. Ainsi, les enfants, qui ont un plus grand besoin en iode stable, seront considérés séparément des personnes âgées où les effets secondaires constituent un plus grand risque. » En conséquence, elle recommande que « la planification pour la prophylaxie utilisant de l’iode stable pour les enfants devrait idéalement être considérée au 1/10ème du niveau d’intervention générique, c’est à dire 10 mGy de dose évitable[1] à la thyroïde. Ce niveau est également approprié pour les femmes enceintes » [OMS1999].

En Europe, la situation varie selon les pays. Certains s’en tiennent pour l’instant aux directives de l’AIEA. La France, la Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg et la Suisse ont décidé conjointement d’adopter la plus faible valeur de la CIPR, à savoir 50 mSv en dose équivalente à la thyroïde. Enfin, la Belgique et d’autres pays européens ont également introduit le niveau optimisé de 10 mSv pour les enfants et les femmes enceintes ou qui allaitent [CE-TREN2010].

En Suisse, dans le document « questions/réponses » du site Internet dédié à la distribution d’iode [KI2014], il est précisé que dans les pays où les apports en iode sont insuffisants, « le risque de développer une hyperthyroïdie est considéré comme important, et on recommande aux personnes de plus de 45 ans de ne pas prendre de comprimés d’iodure de potassium en cas d’accident. En Suisse, il a été décidé de stocker des comprimés d’iodure de potassium pour tous les habitants. » Le Luxembourg, quant à lui, recommande « aux personnes de plus de 45 ans de demander conseil à leur médecin traitant. » Auront-ils la réponse le jour de l’accident ? En France, les documents d’information de l’ASN ne mentionnent pas de limite d’âge.

En revanche, dans ces pays, il n’est pas prévu de seuil d’administration plus bas pour les enfants en bas âge et les femmes enceintes ou allaitantes.

Administration multiple

Une dose d’iode stable a un effet pendant 24 heures environ. En cas de rejets prolongés, comme ce fut le cas à Tchernobyl ou à Fukushima, la CIPR considère que « normalement, l’évacuation doit être préférée à l’administration d’une seconde dose. Si des rejets prolongés potentiels entraînent une administration répétée à une population à l’abri, le plan d’urgence doit expliquer comment cela sera réalisé. L’administration répétée ne doit pas être considérée, à moins qu’un rejet soit détecté plus de 24 heures après la première administration et que l’évacuation n’est pas possible. Idéalement, la prophylaxie à l’iode stable ne doit pas être utilisée pour se protéger contre la contamination des aliments. Quand c’est possible, des restrictions alimentaires doivent s’y substituer » [ICRP109 (Table C3)].

Une étude comparative européenne sur le sujet signale qu’une « seconde administration est envisagée dans la plupart des pays, surtout en cas de rejets prolongés, avec un dosage identique ou plus faible que lors de la première prise. Au Royaume-Uni et en Belgique, l’iode stable peut aussi être utilisé temporairement pour protéger les enfants d’une exposition via l’alimentation, jusqu’à ce que des restrictions alimentaires soient imposées. La deuxième prise est généralement envisagée 24 heures après la première. La deuxième prise est parfois envisagée pour les populations les plus sensibles, à savoir, les nouveaux nés, les jeunes enfants, les femmes enceintes et les femmes qui allaitent » [EC-TREN2010].

Le Plan National français précise effectivement que, « si l’évolution de la situation le nécessite, une deuxième prise est alors envisageable », sans plus de précision [SGDSN2014].

Dans la rubrique « questions/réponses » du site Internet dédié à la distribution d’iode en Suisse [KI2014], il est mentionné que, pour les femmes enceintes et allaitantes, la posologie est de « deux comprimés par jour, à prendre en une fois, pendant deux jours au maximum. La durée nécessaire de la prise des comprimés est communiquée par les autorités. » Pour les enfants de 2 mois à 12 ans, le nombre de prises n’est pas précisé. Pour les autres catégories de population, la prise est unique.

A noter qu’en France, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) a lancé, le 27 mars dernier, le projet Priodac (prophylaxie répétée par l’iode stable en situation accidentelle) afin « de déterminer les modalités d’administration d’iode stable aux personnes se trouvant dans une zone de rejets accidentels radioactifs répétés ou prolongés tels que ceux qui ont été observés à Fukushima. L’objectif est de déterminer la posologie et le rythme d’administration optimaux, ainsi que les potentiels effets secondaires pour les différentes catégories de populations (nourrissons, enfants, adultes, femmes enceintes…) afin de réduire le risque de cancer de la thyroïde. Les premiers résultats sont attendus d’ici cinq ans avec, au terme du projet, une modification de l’actuelle autorisation de mise sur le marché des comprimés d’iodure de potassium et la proposition d’une nouvelle doctrine « Iode » en cas d’accident nucléaire. »

Les personnes concernées doivent impérativement être mieux informées au préalable de la politique en matière d’administration multiple d’iode stable.

Information de la population

Il est impossible, pour le public, de savoir si la dose limite à la thyroïde risque d’être dépassée et quand il faut prendre les comprimés d’iode en cas d’accident. Une bonne protection implique donc que les autorités arrivent à calculer rapidement les zones potentiellement touchées et puissent prévenir immédiatement les personnes concernées. Au Japon, lors de la catastrophe de Fukushima, cela n’a pas été le cas.

L’alerte rapide de la population avec la transmission d’informations pertinentes est indispensable à la réussite d’une gestion de crise. Cela nécessite une redondance de moyens de communication, incluant des sirènes, les médias audio-visuels et les téléphones. L’information doit arriver à temps. Ces moyens ont-ils été testés au moyen d’une enquête pour connaître le pourcentage de personnes qui ont entendu l’alerte et compris le message diffusé ?

Le contenu des messages est bien cadré par la convention d’Aarhus sur l’accès à l’information et la participation du public [Aarhus1998], qui stipule, dans son article 5, « qu’en cas de menace imminente pour la santé ou l’environnement, qu’elle soit imputable à des activités humaines ou qu’elle soit due à des causes naturelles, toutes les informations susceptibles de permettre au public de prendre des mesures pour prévenir ou limiter d’éventuels dommages qui sont en la possession d’une autorité publique soient diffusées immédiatement et sans retard aux personnes qui risquent d’être touchées. »

Au-delà de la prophylaxie à l’iode

En cas d’accident grave, la protection de la thyroïde par la prise de comprimés d’iode n’est utile qu’en attendant la mise en place d’autres mesures de protection de la population, qui consistent dans la mise à l’abri temporaire et l’évacuation. Un accident nucléaire grave entraîne les rejets de nombreux autres éléments radioactifs contre lesquels les comprimés d’iode ne sont d’aucune utilité. Le laboratoire de l’ACRO a identifié 11 radioéléments différents dans les sols autour de Fukushima durant le premier mois.

Comme le note le site officiel suisse [KI2014], « les comprimés d’iode empêchent l’accumulation dans la glande thyroïde de l’iode radioactif, qui peut être émis dans l’air lors d’un incident survenant dans une centrale nucléaire et transporté par le vent dans un secteur alentour. En revanche, ils ne protègent pas des risques liés à un rayonnement radioactif direct. Dans ce cas, il est donc impératif de se rendre à l’intérieur d’une maison, dans une cave ou un abri conformément aux instructions des autorités. »

La publication 109 de la CIPR précise que la mise à l’abri n’est pas recommandée au-delà de 48 heures environ. En outre, la nécessité de l’approvisionnement alimentaire et la séparation potentielle des membres d’une famille constituent d’autres facteurs limitant. Les enfants peuvent être à l’école et les parents au travail. Ainsi, les autorités françaises préconisent de ne pas dépasser « une durée de l’ordre d’une demi-journée » [SGDSN2014].

A Tchernobyl et Fukushima, les rejets les plus massifs se sont poursuivis pendant une dizaine de jours.

Dans les zones les plus contaminées, l’évacuation demeure la seule mesure de protection possible, même si c’est la plus complexe à mettre en œuvre, car elle nécessite une bonne coordination entre les différents acteurs, la transmission d’informations pertinentes vers le public et la mise en place d’une lourde logistique. Celle-ci doit souvent être décidée en tout début de crise, lorsque la situation dans la centrale peut encore être incertaine. Une telle mesure nécessite une bonne préparation qui doit être soigneusement évaluée. C’est aussi la plus traumatisante pour les populations concernées qui risquent de tout perdre.

Sites Internet officiels :

Sigles :

AFCN :           Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (Belgique)
AIEA :             Agence Internationale de l’Energie Atomique
CIPR :            Commission Internationale de Protection Radiologique
HERCA :         Head of the European Radiological protection Competent Authorities
NAIIC :            Nuclear Accident Independent Investigation Commission of Japanese National Assembly
NRA :             Nuclear Regulation Authority (Japon)
NRC :             Nuclear Regulatory Commission (Etats-Unis)
OMS :             Organisation Mondiale de la Santé
TEPCo :          Tôkyô Electric Power Company
UNSCEAR :     United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation

Références :

[Aarhus1998] Nations Unies, Commission Economique pour l’Europe, Convention sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement, 25 juin 1998
[AFCN2011] P. Smeesters, L. Van Bladel, Agence fédérale de Contrôle nucléaire, Accidents nucléaires et protection de la thyroïde par l’iode stable, 8 mars 2011

[ASSS2012] Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Lignes directrices pour l’utilisation des comprimés d’iode stable en cas d’accident à la centrale nucléaire Gentilly-2, Mise à jour 2012
http://www.urgencenucleaire.qc.ca/documentation/lignes_directrices_ki.pdf

[ATHLET2014] Heads of the European Radiological protection Competent Authorities (HERCA) and Western European Nuclear Regulators’ Association (WENRA), Ad hoc High-Level Task Force on Emergencies (AtHLET), Position paper, 22 October 2014
Ou en français, Approche HERCA-WENRA pour une meilleure coordination transfrontalière des actions de protection durant la première phase d’un accident nucléaire, 22 octobre 2014
[EC-TREN2010] EC DG for Transport & Energy, Medical Effectiveness of Iodine Prophylaxis in a Nuclear Reactor Emergency Situation and Overview of European Practices, RISKAUDIT Report No. 1337, January 2010
[HERCA2011] Head of the European Radiological protection Competent Authorities, Emergency Preparedness – Practical Guidance – Practicability of Early Protective Actions, Approved at the occasion of the 7th HERCA meeting held in Brussels on 30 June 2011
[IAEA1996] IAEA, Report by the International Nuclear Safety Advisory Group-10, Defence in Depth in Nuclear Safety, 1996
[IAEA2006] The Chernobyl Forum: 2003–2005, Chernobyl’s Legacy: Health, Environmental and Socio-Economic Impacts and Recommendations to the Governments of Belarus, the Russian Federation and Ukraine, April 2006
[ICRP109] International Commission on Radiological Protection, Publication 109: Application of the Commission’s Recommendations for the Protection of People in Emergency Exposure Situations, Approved by the Commission in October 2008.
[KI2014] Service d’approvisionnement en iodure de potassium, ATAG Organisations économiques SA, sur mandat de la pharmacie de l’armée, base logistique de l’armée / affaires sanitaires, site Internet d’information kaliumiodid.ch, consulté en octobre 2014.
[NRA2012] Nuclear Safety Commission, Special Committee on Nuclear Disaster, Emergency Preparedness guidelines working group, Interim Report for Reviewing, “Regulatory Guide: Emergency Preparedness for Nuclear Facilities”, March 2012
[OMS1999] World Health Organization, Guidelines for Iodine Prophylaxis following Nuclear Accidents, Update 1999
[ORSEC-iode2012] Préfet du Tarn-et Garonne, Plan départemental de gestion et de distribution des comprimés d’iode stable (Plan Orsec Iode), Octobre 2012

http://www.tarn-et-garonne.gouv.fr/content/download/1920/11758/file/PLAN_IODE_Dpt_82_-__Octobre_2012.pdf

[PURNB2003] Arrêté royal portant fixation du plan d’urgence nucléaire et radiologique pour le territoire belge, 17 octobre 2003, Moniteur belge, 20 novembre 2003, p. 55876 http://www.fanc.fgov.be/GED/00000000/700/715.pdf

[Santé2011] Ministère du travail, de l’emploi et de la santé, ministère des solidarités et de la cohésion sociale, Circulaire interministérielle DGS/DUS no 2011-340 et DSC no 2011-64 du 11 juillet 2011 relative au dispositif de stockage et de distribution des comprimés d’iodure de potassium hors des zones couvertes par un plan particulier d’intervention (PPI) (IOCE1119318C)
[SGDSN2014] Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), Plan national de réponse, accident nucléaire ou radiologique majeur, février 2014
[SSK2014] Strahlenschutzkommission, Planungsgebiete für den Notfallschutz in der Umgebung von Kernkraftwerken, Empfehlung der Strahlenschutzkommission, Verabschiedet in der 268. Sitzung der Strahlenschutzkommission am 13./14. Februar 2014
Also available in English: Planning areas for emergency response near nuclear power plants – Recommendation by the German Commission on Radiological Protection, Adopted at the 268th meeting of the German Commission on Radiological Protection on 13 and 14 February 2014
[UNSCEAR2008] United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation 2008, Report to the General Assembly with Scientific Annexes, Volume II, Scientific Annexe D, published in 2011

 [1] La « dose évitable » est, comme son nom l’indique, la dose qui peut être évitée par une prophylaxie à l’iode stable. Pour pouvoir éviter 10 mGy, il faut que la dose reçue soit d’au moins 10 mGy. Si elle est potentiellement beaucoup plus élevée, on préconisera l’administration d’iode stable, même si la période n’est pas optimale par rapport aux rejets.

Hors contrôle : séisme à Fukushima

RMC découverte et la RTBF ont diffusé, en mars 2011, un documentaire de Julien Balestier (agence CAPA) sur les premiers jours de la catastrophe nucléaire japonaise auquel nous avons participé. Il se base sur la reconstitution que nous avons faite sur ce site internet.

En France, ce documentaire peut être regardé en replay jusqu’au 23 mars 2018. Il est disponible sur Youtube et Dailymotion.

L’ACRO demande l’extension de la distribution d’iode dans un rayon de 100 km autour des centrales nucléaires françaises, comme en Belgique

A partir de ce mardi 6 mars 2018, tous les habitants de Belgique peuvent aller retirer des comprimés d’iode dans les pharmacies pour protéger leur thyroïde en cas d’accident nucléaire grave. Le Luxembourg a fait de même en 2014 et, en Suisse, la pré-distribution de ces comprimés a été étendue à un rayon de 50 km autour des centrales nucléaires suite à l’accident nucléaire survenu à la centrale de Fukushima daï-ichi il y a sept ans. En France, la distribution reste limitée à 10 km.

Des stocks de comprimés d’iode sont disponibles au-delà des 10 km, mais le plan de distribution pendant la crise est peu réaliste. Une pré-distribution est indispensable pour une bonne prophylaxie.

Rappelons qu’au niveau Européen, les autorités en charge de la sûreté nucléaire et de la radioprotection recommandent depuis 2014 qu’« une stratégie générale doit être définie afin d’être en mesure d’étendre l’évacuation sur un rayon allant jusqu’à 20 km, la mise à l’abri des personnes et la distribution d’iode sur un rayon allant jusqu’à 100 km » (rapport ATHLET).

L’ACRO vient d’écrire au ministre de la transition écologique et solidaire pour lui demander que la France étende à un rayon de 100 km autour des centrales nucléaires la distribution de comprimés d’iode et engage un grand chantier de révision de ses plans d’urgence nucléaire en concertation avec les acteurs locaux prêts à s’impliquer.

Pour en savoir plus :

Etude sur les plans d’urgence nucléaire en France.

Etude sur les plans d’urgence en Belgique.

Etude sur les plans d’urgence en Inde. 

Etude sur les plans d’urgence en Ontario (Canada).

Mystérieux rejet radioactif : la Russie soupçonnée nie les fait mais manque de transparence

Mises à jour en fin de document :

Explications

11 novembre 2017

L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) vient d’annoncer (en français et en anglais) que les traces de ruthénium-106, élément radioactif, détectées en Europe occidentale en septembre dernier, étaient probablement dues à un rejet massif, de l’ordre de 100 et 300 térabecquerels, quelque part “entre la Volga et l’Oural sans qu’il ne soit possible, avec les données disponibles, de préciser la localisation exacte du point de rejet.”

L’Institut ajoute que les conséquences d’un accident de cette ampleur en France auraient nécessité localement de mettre en œuvre des mesures de protection des populations sur un rayon de l’ordre de quelques kilomètres autour du lieu de rejet.”

Toujours selon l’IRSN, le rejet aurait eu lieu au cours de la dernière semaine du mois de septembre 2017 et serait terminé.

Le ruthénium-106

Le ruthénium 106 est un produit de fission radioactif issu de l’industrie nucléaire qui n’existe pas à l’état naturel. Sa demi-vie est d’un peu plus d’un an (373 jours), ce qui signifie que la quantité présente est divisée par deux tous les ans. En se désintégrant, le ruthénium-106 se transforme en rhodium-106, qui est lui aussi radioactif avec une demi-vie de 30 secondes. Chaque désintégration de ruthénium-106 est accompagnée, peu de temps après, de la désintégration du rhodium-106. Ainsi, il faudrait considérer le couple ruthénium-rhodium et multiplier par deux la quantité rejetée de 100 et 300 térabecquerels annoncée par l’IRSN.

C’est au rhodium-106 que l’on devra l’essentiel de la dose provoquée par l’incorporation de couple inséparable d’isotopes radioactifs.

Origine du rejet

En cas de rejet provenant d’un réacteur nucléaire, divers radioéléments sont détectés. Ici, comme le ruthénium-106 et le rhodium-106 sont les seuls radioéléments à avoir été mis en évidence, l’origine ne peut pas être un réacteur nucléaire. En revanche, ce peut être le rejet accidentel d’une installation de traitement des combustibles usés ou de fabrication de sources radioactives.

L’ACRO détecte parfois le couple ruthénium-rhodium autour des usines Areva de La Hague. En 2001, deux incidents dans ces usines avaient conduit l’association à démontrer que l’exploitant, qui s’appelait encore Cogéma, sous-estimait ses rejets de ruthénium-rhodium dans l’atmosphère. En mai, puis en octobre 2001, les quantités effectivement rejetées étaient environ 1 000 fois plus élevées que ce qui avait été annoncé (voir notre note technique). Les travaux menés à la suite de cette alerte de l’ACRO ont montré que les rejets atmosphériques en ruthénium-rhodium avaient été systématiquement sous-estimés.

En février 2016, l’ACRO avait de nouveau détecté ce couple de radioéléments autour des usines de La Hague, ce qui témoignait d’un rejet atmosphérique plus important qu’en routine, indiquant peut-être un dysfonctionnement non déclaré.

Quantité rejetée

L’IRSN annonce un terme source en Russie de 100 et 300 térabecquerels pour le seul ruthénium-106, et donc le double en prenant aussi en compte le rhodium-106. Un térabecquerel, c’est 1 000 milliards de becquerels.

A titre de comparaison, l’autorisation de rejets atmosphériques des usines Areva de La Hague est de 0,001 térabecquerel (1 GBq) par an pour les émetteurs bêta-gamma (dont les ruthénium-rhodium) autres que le tritium, gaz rares et iodes. Concernant les rejets liquides, pour le seul ruthénium-106 rejeté en mer, la limite est de 15 térabecquerels par an.

Lors des incidents de 2001, c’est de l’ordre de 10 GBq qui a été rejeté à chaque fois, pour le seul ruthénium. Le rejet accidentel de septembre 2017 estimé par calcul par l’IRSN est 10 000 à 30 000 fois plus élevé.

La quantité rejetée lors de l’incident rapporté par l’IRSN est donc considérable et cet évènement devrait être classé au niveau 5 de l’échelle internationale INES. Tchernobyl et Fukushima étaient au 7, qui est le niveau maximal. Pourtant, aucune information n’est disponible sur le site de l’AIEA, qui est plus préoccupée par la promotion du nucléaire que par son contrôle.

Conclusion provisoire

60 ans après la catastrophe de Kychtym dans l’Oural et plus de 30 ans après celle de Tchernobyl, qu’un évènement de cette ampleur puisse rester secret plus d’un mois est incroyable. C’est particulièrement grave pour les populations locales qui ont été exposées sans bénéficier de la moindre protection, comme en 1957 et 1986.

A noter que dès le 11 octobre dernier, le Bundesamt für Strahlenschutz en Allemagne pointait du doigt le Sud de l’Oural (communiqué en allemand et en anglais), affirmant que l’IRSN partageait ce point de vue. Il n’y a donc pas eu de progrès en un mois dans l’identification de l’origine de ce rejet.

Un tel secret s’explique-t-il par le fait qu’une installation militaire est en cause ? La Russie a nié être à l’origine de ce rejet. Elle devrait publier toutes ses données de mesure dans l’environnement.

Sans laboratoire indépendant, ni surveillance citoyenne, rien n’a changé sur place. Parce qu’il est important que l’ACRO puisse survivre en France, vos dons sont indispensables.

Mayak ?

Plusieurs sites Internet ciblent le complexe nucléaire de Mayak, situé dans l’oblast de Tcheliabinsk, comme origine de cette contamination, sans que nous soyons en mesure de valider ces affirmations. À l’origine, ce complexe militaro-industriel secret est conçu afin de fabriquer et raffiner le plutonium pour les têtes nucléaires et est devenu tristement célèbre pour ses accidents nucléaires graves, dont celui de Kychtym (Wikipedia). Le site est toujours actif et sert de centre de traitement des combustibles usés (site Internet de l’exploitant).


La Russie reconnaît une contamination au ruthénium, mais dément être à l’origine de la fuite

Mise à jour du 20 novembre 2017

A la demande de Greenpeace Russie, c’est l’agence météorologique russe qui a fini par admettre que l’origine de la fuite est bien en Russie (communiqué en russe). Elle titre son communiqué : pollution extrêmement élevée et élevée. L’entreprise d’Etat Rosatom, quant à elle, nie toujours en être à l’origine (communiqué en anglais).

Dans son communiqué, l’agence météo ne donne pas la contamination en ruthénium-106, ni en rhodium-106, mais plutôt la contamination bêta total des aérosols. Mais on peut supposer que l’excès est essentiellement dû à ce couple de radio-éléments. La concentration la plus forte a été détectée à Argayash (Аргаяш), dans l’Oblast de Tcheliabinsk, qui inclut Mayak et Kychtym entre le 26 septembre et le 1er octobre derniers : 7 610×10-5 Bq/m3, soit 986 fois plus que ce qui est généralement mesuré dans cette station. A Novogorny, toujours dans l’Oblast de Tcheliabinsk, c’était, ces mêmes jours, 5 230×10-5 Bq/m3, soit 440 fois plus que les valeurs habituelles. Des valeurs excessives en aérosols radioactifs ont aussi été détectée dans le Caucase du Nord, jusqu’à 2 147×10-5 Bq/m3, soit 230 fois le bruit de fond, et au Tatarstan. D’autres données sont disponibles dans ce document en russe.

Il est donc maintenant confirmé qu’un rejet grave a eu lieu sur une installation nucléaire russe qui est encore secret. Mais l’agence météorologique n’a, semble-t-il, pas lancé d’alerte et ce sont les populations locales, qui vivent dans un environnement déjà fortement pollué, qui ont été exposées. A quoi servent ses balises ?

L’agence météorologique explique que les niveaux relevés sont très inférieurs aux limites locales fixées à 4,4 Bq/m3. Un non-évènement en Russie, donc…

Ces concentrations sont très élevées au regard de ce qui est mesuré habituellement et c’est la signature non ambigüe d’un rejet anormal. En revanche, les concentrations atmosphériques annoncées ne nécessitent pas la mise à l’abri ou l’évacuation, même au regard des normes françaises. La station de mesure de Argayash (Аргаяш), où la concentration la plus forte a été mesurée, est à une trentaine de kilomètres du complexe nucléaire de Mayak. A proximité du point de rejet, la pollution peut être plus élevée. Des mesures environnementales indépendantes sont indispensables.

L’agence météorologique russe mentionne aussi des retombées allant de 10 à 50 Bq/m2 et par jour, par endroits.

Toujours rien sur le site de l’AIEA

A noter que l’agence météo mentionne aussi une pollution à l’iode radioactif dans la région d’Obnisk (Обнинск), située à environ 100 km au Sud-Est de Moscou. Les concentrations ont atteint 1,85×10-3 Bq/m3 les 18 et 19 septembre et seraient due à un centre de recherche local.

Le 21 novembre, l’IRSN précise dans l’Obs que les résultats de sa modélisation donnaient des valeurs beaucoup plus élevées dans les environs immédiats du point de rejet. Mais, si les balises dont les résultats ont été publiés ne sont pas sous les vents au moment du rejet, cela reste compatible. Et l’Institut d’ajouter : “On peut dès lors se poser la question du rôle de l’AIEA. Ce n’est pas normal d’arriver à cette situation. Ce n’est pas normal d’observer du ruthénium dans l’air de toute l’Europe, sans jamais en connaître la source.”


La Russie tente de rassurer

Mise à jour du 24 novembre 2017

L’agence de régulation des produits agricoles Rosselkhoznadzor a diffusé un communiqué (en russe uniquement) démentant la contamination des produits agricoles russes. Elle parle de panique sur le marché des céréales qui ne serait due qu’à des rumeurs et aux spéculations médiatiques, mais ne donne aucun résultat de mesure.

L’Institut de sécurité nucléaire de l’Académie des sciences russe (IBRAE RAS), quant à lui, a annoncé la création d’une commission d’enquête dans un communiqué (en russe uniquement) dont le but est de déterminer l’origine de la pollution au ruthénium et rhodium. Il se veut aussi rassurant en affirmant que les niveaux relevés en Russie sont largement dans les normes et a déjà conclu que Rosatom, la compagnie nationale russe, n’est pas en cause. Et c’est Rosatom qui informera le public des résultats de l’enquête.

Faute de laboratoire indépendant sur place, il y a encore des progrès à faire en termes de transparence et de radioprotection du public en Russie.


Les données de l’AIEA ont fuité

27 novembre 2017

L’ACRO met en ligne les données récoltées par l’AIEA concernant la pollution au ruthénium détectée en Europe que l’agence de l’ONU refuse de rendre publiques. Ce tableau, daté du 13 octobre 2017, ne contient aucune donnée russe…

Quant à Rosatom, l’entreprise d’Etat russe, elle invite, sur sa page Facebook, les journalistes et les blogueurs à venir faire un tour à Mayak, qui, d’après les journalistes occidentaux, est devenue le berceau du ruthénium… Au programme, “alphabétisation” sur le ruthénium. La compagnie ferait mieux de publier ses données environnementales, si elle en a.


Résultat de l’enquête “indépendante” pilotée par Rosatom

8 décembre 2017

La compagnie nucléaire d’Etat, Rosatom, a tenu une conférence de presse pour communiquer les conclusions de l’enquête “indépendante” sur la contamination au ruthénium-rhodium relevée fin septembre dans toute l’Europe : elle n’est pas responsable de cette pollution ! Rien sur son site Internet pour le moment… A suivre !

Seule une enquête indépendante internationale permettra de faire la lumière sur ce rejet. La Russie pourrait commencer par publier toutes ses données environnementales dans la zone suspectée.


Rosatom reconnaît rejeter du ruthénium-106 dans l’environnement, en routine

14 décembre 2017

Selon l’Agence de presse AP, Yuri Mokrov, conseiller du directeur général du centre nucléaire de Mayak, a reconnu que le traitement des combustibles usés conduit à des rejets de ruthénium-106 dans l’environnement. Et d’ajouter que l’usine de Mayak n’est pas à l’origine du rejet anormalement élevé qui a été détecté dans toute l’Europe en septembre dernier. Les rejets seraient minimes et des centaines de fois inférieurs aux limites autorisées. Les niveaux autorisés ne sont pas donnés dans l’article.

On résume :

  1. La Russie n’a d’abord pas détecté le ruthénium radioactif détecté dans toute l’Europe ;
  2. Puis, suite aux calculs faits en Allemagne et en France qui pointaient vers l’Oural, elle a fini par reconnaître l’avoir détecté à des niveau extrêmement élevés, mais sans danger. De fait, les niveaux annoncés sont très supérieurs à ce qui est mesuré en routine, mais ne nécessitent pas de mesure de protection particulière. La mesure d’une pollution atmosphérique se fait en filtrant l’air pendant plusieurs jours. Il s’agit peut-être d’une moyenne sur longue période qui atténue le pic de pollution. La période de mesure n’est pas donnée.
  3. Rosatom, l’industrie nucléaire d’Etat en Russie nie toute implication dans le rejet. Elle met en place une commission “indépendante” qui conclut dans le même sens et qui ressort la thèse de la chute d’un satellite. Et là, tout d’un coup, Rosatom reconnaît rejeter régulièrement du ruthénium-106 dans l’environnement et que ses rejets sont dans les limites admissibles. Et donc pas d’incident particulier à signaler… La limite doit être très élevée !

La Russie n’a pas beaucoup changé depuis Tchernobyl. Sans laboratoire indépendant sur place, la glasnost n’a pas touché le secteur nucléaire.


Du ruthénium-103 était aussi présent dans les rejets

5 février 2018

Une réunion avec des experts internationaux a eu lieu en Russie fin janvier 2018 à propos de cette affaire de ruthénium, dont l’IRSN. Voir le compte-rendu en anglais. Il en ressort que dans certains pays du ruthénium-103 était aussi présent dans le nuage radioactif. Étonnamment, aucune communication officielle n’en parlait jusqu’à présent, alors que cela donne des indications sur la source potentielle de cette contamination. Le 22 janvier dernier, le Bundesamt für Strahlenschutz en Allemagne disait encore qu’il n’y avait que du ruthénium-106.

La demi-vie du ruthénium-103 est de 39,26 jours, ce qui signifie qu’il disparaît beaucoup plus vite que le ruthénium-106 qui a une demi-vie de 373,6 jours. Et donc le combustible nucléaire à l’origine du rejet ne doit pas être sorti depuis longtemps du réacteur : 3 à 4 ans maximum. Or, en général, le traitement des combustibles usés se fait sur des combustibles plus anciens.

La presse russe en déduit que cela disculpe le site de Mayak. En effet, cela permet d’exclure a priori la vitrification fortement soupçonnée jusqu’à présent, sauf, si pour une raison obscure, du combustible jeune a pu être traité et les résidus vitrifiés. En revanche, la fabrication de sources radioactives se fait généralement sur du combustible usé « jeune ». Et Mayak fabrique des sources…

Le Figaro évoque la commande par le CEA et l’INFN en Italie au complexe nucléaire de Mayak d’une source de cérium-144 destinée à une expérience de physique. Or, la production de cette source nécessite le traitement de combustibles “jeunes”, âgés de moins de 5 ans. Le quotidien parle de coïncidence troublante…

Décidément, ce rejet est suffisamment mystérieux pour que tout soit mis sur la table et l’on espère une communication officielle des experts internationaux présents en Russie.

Le 6 février, l’IRSN a mis en ligne une note d’information en français et en anglais et un rapport en anglais uniquement qui résument ses investigations qui confirment la détection de ruthénium-103 et étudient l’hypothèse de la fabrication d’une source de cérium-144. Le rapport est riche d’informations.


2ième réunion internationale sur l’affaire du ruthénium : rien de neuf

13 avril 2018

Le groupe international d’experts qui tente de faire la lumière sur cette affaire de ruthénium s’est réuni pour la deuxième fois le 11 avril dernier et un résumé succinct de leurs conclusions est en ligne. Etaient présents, des représentants des organismes d’expertise officiels de France, Finlande, Suède, Allemagne, Norvège, Grande Bretagne et Russie.

Des mesures additionnelles de la radioactivité auraient été effectuées sur place, en Russie, et toutes les données ont été collectées dans une base qui devrait être rendue publique. Cependant, les experts n’ont, semble-t-il, pas réussi à s’entendre et ils n’ont pas décidé s’il y aurait une suite à ces rencontres.

Bref, rien de neuf. De son côté, l’AIEA n’a toujours rien à dire sur le sujet.

La presse allemande rapporte l’avis de Florian Gering de l’Office fédéral de radioprotection. Après avoir rappelé les faits déjà connus : ses calculs pointent vers le Sud de l’Oural et l’usine de traitement de Mayak est la seule installation connue dans cette zone pour pouvoir être à l’origine de ce rejet. La source de cérium-144 mentionnée précédemment pourrait être une explication possible. Il est aussi fait mention que, selon des images satellite, un toit a été réparé sur place, juste après la découverte du ruthénium dans l’atmosphère de plusieurs pays européens.

On espère que la recommandation de rendre publiques toutes les données sera suivie. Des mesures indépendantes sur places sont indispensables.

Pas besoin de prévoir un accident sur plusieurs centrales à Fukui selon les autorités

Les centrales nucléaires de Takahama et d’Ôï ne sont séparées que de 13,5 km sur la mer du Japon dans la province de Fukui. Les autorités régionales et le gouvernement ont estimé ensemble qu’il n’était pas nécessaire de prévoir un plan d’évacuation pour deux accidents nucléaires simultanés dans ces deux centrales. Les plans d’évacuation de chacune d’entre elles seraient suffisants.

Des représentants des provinces voisines et de l’exploitant étaient présents lors de cette réunion.

Il y a 160 000 et 180 000 habitants dans un rayon de 30 km autour de chacune des ces centrales.

Du déni de réalité à la catastrophe

En août 2002, c’est à dire neuf ans avant la catastrophe de Fukushima, l’ancienne “autorité” de sûreté, la NISA, avait demandé à TEPCo d’évaluer l’impact d’un tsunami suite à un séisme au large et l’exploitant aurait refusé. C’est ce qui ressort du témoignage de Shuji Kawahara, qui était à la tête d’une équipe en charge de la tenue aux séismes à la NISA. Cette demande faisait suite à la publication, le 31 juillet 2002, d’un rapport d’un comité d’experts gouvernemental qui estimait qu’un tsunami majeur, similaire à celui de 1896, pouvait frapper la côte pacifique du Japon à tout moment. Il estimait la probabilité à 20% dans les 30 prochaines années pour la partie allant de Chiba au Tôhoku.

Selon le Japan Times, qui a pu consulter le témoignage de Shuji Kawahara, une réunion a eu lieu le 5 août 2002 dans les locaux de la NISA pour discuter des conséquences du rapport. TEPCo aurait résisté pendant 40 minutes avant refuser d’évaluer l’impact d’un tsunami. Shuji Kawahara pense que cela aurait demandé beaucoup de moyens pour faire l’étude demandée et la NISA n’a pas plus insisté.

Ce témoignage a été produit par des plaignants qui réclament une meilleure indemnisation et est appuyé par une série de emails qui résument les discussions entre la NISA et TEPCo. La compagnie a refusé de répondre aux médias à ce propos.

Selon le Maïnichi, la NISA aurait refait une demande en 2006, suite au tsunami de 2004 qui avait ravagé l’Asie du Sud-Est et, comme on le sait déjà, en 2008, TEPCo avait estimé qu’un tsunami d’une hauteur de 15,7 m pourrait frapper la centrale de Fukushima daï-ichi, mais n’avait entrepris aucune action pour renforcer la protection des réacteurs nucléaires.

Le gouvernement, plus préoccupé par la promotion du nucléaire que par sa sûreté, n’a pas su imposer des contrôles plus stricts. La NISA était une branche du ministère de l’industrie, qui soutenait le développement de l’énergie nucléaire.