La province de Miyagi donne son accord à la remise en service d’Onagawa-2

Une première version de cet article a été publiée le 22 octobre 2020. Il a été remis à jour avec les derniers développements.

En début d’année, l’Autorité de régulation nucléaire avait donné son accord à la remise en service du réacteur n°2 de la centrale d’Onagawa, située dans la province de Miyagi. Il fallait encore obtenir l’assentiment des élus locaux. Vers le 15 octobre, les médias japonais ont annoncé qu’Yoshihiro Muraï, le gouverneur de la province, devrait donner son accord d’ici la fin de l’année. La centrale est sur les communes d’Ishinomaki et d’Onagawa. Le maire d’Ishinomaki a aussi fait savoir qu’il était d’accord. Les conseil municipaux de ces deux communes aussi. Et, le 22 octobre, l’assemblée régionale de Miyagi a voté en faveur de cette remise en service, avec 35 voix pour et 19 contre.

Le 9 novembre, une réunion a été organisée avec tous les maires de la province de Miyagi pour recueillir leur opinion sur le redémarrage de ce réacteur nucléaire. Certains considèrent que c’est trop tôt, mais la plupart y étaient favorables. Selon l’Asahi, il a finalement été décidé de laisser les maires d’Ishinomaki et Onagawa avoir le dernier mot, avec le gouverneur. Et sans surprise, ils ont donné leur accord le 11 novembre 2020.

Il s’agit d’un réacteur de 825 MWe à eau bouillante dont les sous-sols avaient été inondés par le tsunami de 2011, mais il n’y a pas eu d’accident nucléaire. L’exploitant espère pouvoir remettre ce réacteur en service en 2022, une fois les mesures de renforcement de la sûreté mises en place. Il y a notamment la construction d’un nouveau mur contre les tsunamis d’une longueur de 800 m. Les travaux de renforcement de la sûreté face aux agressions externes du réacteur n°2 devraient coûter la bagatelle de 340 milliards de yens (2,7 milliards d’euros). C’est beaucoup plus que pour les 9 réacteurs déjà remis en service dans l’Ouest du pays. Mais les risques sismiques y sont supérieurs.

Ce pourrait être le premier réacteur à eau bouillante à être remis en service au Japon depuis 2011. Les réacteurs de Fukushima daï-ichi étaient aussi à eau bouillante.

La commune d’Onagawa a été fortement endommagée par le tsunami. Il y a eu 800 morts ou disparus. La moitié de ses commerces et compagnies auraient mis la clé sous la porte. La chambre de commerce locale soutient donc cette remise en service. Les pêcheurs, qui ont aussi beaucoup souffert, ont bénéficié d’aides de la commune, qui a pu payer grâce à la taxe nucléaire.

La province reçoit 10 milliards de yens (80 millions d’euros) par an grâce à la présence de la centrale nucléaire. Cette dépendance financière des deux communes et de la province expliquent leur soutien à la remise en service rapide du réacteur n°2, malgré l’inquiétude d’une partie de la population.

Les plans d’évacuation en cas d’accident grave sont aussi problématiques. Les habitants de la péninsule Oshika doivent se rapprocher de la centrale pour évacuer. Un tsunami pourrait détruire la route. Tout le monde reconnaît que les itinéraires d’évacuation demeurent un problème à résoudre, selon l’Asahi. Et l’iode n’a été distribuée qu’à quelques 750 personnes dans un rayon de 5 km.

Tôhoku Electric, l’exploitant, a décidé d’arrêter définitivement Onagawa-1 et se prépare à déposer une demande de remise en service pour Onagawa-3.

L’école de Tsushima (Namié) va fermer après que le dernier élève passe au collège

Le district de Tsushima, à Namié, avait une école élémentaire et un collège qui accueillaient 1 700 élèves avant la catastrophe nucléaire. La commune est presque entièrement classée en zone dite de retour difficile. L’école élémentaire a donc déménagé à Nihonmatsu, dans les bâtiments d’une ancienne école. Elle va fermer à la fin de l’année scolaire, qui termine fin mars 2021, faute d’élèves.

Selon le Maïnichi, il n’y a plus qu’un seul élève à l’école élémentaire… et il va passer au collège.

Deux synthèses sur l’évolution de la contamination radioactive à Fukushima

Un article de revue synthétise les connaissances acquises sur la contamination de l’environnement terrestre à Fukushima et son évolution. Il est en accès payant, mais l’IRSN en a mis une version gratuite en ligne.

L’AIEA a aussi publié une synthèse des connaissances sur les transferts des radioéléments dans l’environnement de Fukushima. Le document est en libre accès ici.

Plus qu’un seul réacteur nucléaire en activité au Japon

Avec l’arrêt temporaire d’Ôï-4, pour maintenance, tous les réacteurs nucléaires exploités par Kansaï Electric sont arrêtés. Cela devrait durer jusqu’au 22 décembre, avec le redémarrage de Takahama-3.

Kansaï Electric (KEPCo) avait remis en route 4 réacteurs depuis la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi : Ôï-3 et -4, ainsi que Takahama-3 et -4, tous situés dans la province de Fukui. Takahama-3 et -4 ont du retard dans la mise en place des mesures anti-terrorisme. Des tuyaux doivent être changés dans Ôï-3.

Sur les 9 réacteurs remis en service depuis la catastrophe de Fukushima, il n’y en a qu’un en activité actuellement : Genkaï-4. Genkaï-3 est arrêté pour maintenance et Sendaï-1 et -2, aussi exploités par Kyûshû Electric, sont arrêtés à cause du retard dans l’implémentation des mesures anti-terrorisme.

Et Ikata-3, exploité par Shikoku Electric a été arrêté par la justice en janvier denier.

269 problèmes de santé au travail ayant conduit à une indemnisation à Fukushima daï-ichi

Selon le ministère du travail, il y a eu 269 cas de maladies liées au travail ayant conduit à une indemnisation depuis le début de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Ce chiffre élevé est dû aux conditions de travail très difficile sur le site. En ce moment, environ 4 000 personnes travaillent chaque jour sur le site et beaucoup sont exposées aux rayonnements ionisants.

Selon l’agence Kyodo, qui relaie l’information du ministère, il y a notamment six cas de travailleurs qui ont développé un cancer ou une leucémie en raison d’une exposition aux radiations, et quatre autres qui ont souffert de maladies liées au surmenage. TEPCo dénombre 98 personnes qui ont souffert de la chaleur sous les combinaisons de protection.

L’article mentionne aussi 313 accidents, dont trois mortels, sans expliquer le lien avec le chiffre précédent.

Le Japon veut atteindre la neutralité carbone en 2050

Lors de son premier discours politique devant le parlement, le 26 octobre, le premier ministre Yoshihide Suga s’est engagé à réduire les émissions de gaz à effet de serre au Japon pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Il voit une source de croissance économique. Un plan d’action devrait être présenté d’ici la fin de l’année. Alors que le Japon est très dépendant du charbon pour l’électricité (80%), la clé serait l’innovation.

Un porte-parole du gouvernement a précisé que cet objectif serait atteint sans la construction de nouvelles centrales nucléaires.

C’est toute la politique énergétique du pays qui est à revoir, en commençant par être plus ambitieux pour son objectif de 2030 (réduction de 26% par rapport à 2013). Les nouvelles technologies, mises en avant, ne seront peut-être par prêtes à temps. Il faut commencer par réduire la consommation. Ce point là n’est jamais mentionné dans les discours politiques.

Dans un éditorial, le Maïnichi, appelle à ce que cet engagement soit accompagné par un autre engagement de réduire à zéro la part du nucléaire en 2050.

120 pays ont déjà pris un tel engagement.

Le gouvernement reporte l’annonce de sa décision concernant le rejet en mer de l’eau partiellement décontaminée

Comme nous l’avions mentionné récemment, selon les médias japonais, le gouvernement devait annoncer qu’il avait choisi le rejet en mer de l’eau accumulée à Fukushima, après une nouvelle décontamination partielle. Mais les pêcheurs et plusieurs communes y sont farouchement opposés. Lors de la consultation, 4 011 avis ont été déposés et quasiment tous étaient opposés au rejet. Le gouvernement a donc décidé de reporter l’annonce de sa décision…

Officiellement, il n’y aurait plus d’urgence à trancher et il faut prendre le temps de prendre en compte les différentes opinions. Jusqu’à présent, la saturation du site était prévue en 2022 et, en considérant, les deux années nécessaires pour construire des installations de rejet validées par l’autorité de régulation nucléaire, le gouvernement aurait dû décidé cet été. Mais, selon l’Asahi, l’eau s’accumulerait un peu moins vite que prévu et TEPCo a trouvé un peu de place pour mettre plus de cuves. Le gouvernement et la compagnie pourraient ainsi gagner deux années supplémentaires à convaincre les pêcheurs.

En effet, en août 2015, le PDG de TEPCo s’était engagé auprès des pêcheurs à ne procéder à aucun rejet sans avoir obtenu leur accord. Et les deux parties étaient alors parvenues à un accord pour le rejet de l’eau souterraine contaminée, après décontamination partielle (voir les explications de l’époque). Les autorités et TEPCo continuent à voir les pêcheurs comme les seuls propriétaires de l’océan…

Rappelons que l’eau destinée à être rejetée ne contient pas que du tritium, comme les autorités et TEPCo ont réussi à le faire croire, mais de nombreux autres radioéléments, partiellement filtrés, voire pas filtrés du tout, comme le carbone-14 et le technécium-99.

105ème versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 105ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 12,9 milliards de yens (104 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 642,7 milliards de yens (77,8 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 621,9 milliards de yens (77,6 milliards d’euros).

Alors que le gouvernement doit annoncer qu’il a choisi le rejet en mer, TEPCo publie des résultats partiels pour les essais sur un second traitement de l’eau contaminée

Selon les médias japonais, le gouvernement devrait annoncer, d’ici la fin du mois, sa décision quant au devenir de l’eau contaminée accumulée dans des cuves, et sans surprise, ce sera le rejet dans l’océan. Cette décision, attendue pour l’été 2020, mettra fin à 7 années de Kabuki durant lesquels il a été considéré des solutions alternatives stupides comme évaporer ce stock d’eau (plus d’un million de mètres cube, tout de même !) ou l’injecter dans les sous-sols. Des réunions d’information avec les élus locaux auraient eu lieu pour préparer l’annonce.

Les pêcheurs locaux sont contre, comme nous l’avons mentionné. Plusieurs communes aussi. La Corée du Sud est très active dans son opposition à ce rejet dans l’Océan. L’annonce de la décision de rejet devrait donc être accompagnée d’un plan de surveillance de l’environnement et de lutte contre les “rumeurs néfastes”… Une fois la décision prise, il faudra encore construire des installations de rejet et les faire valider la l’Autorité de régulation nucléaire. Cela pourrait prendre deux ans.

Au 22 octobre 2020, le portail dédié à l’eau contaminée de TEPCo, fait état d’un stock de 1,234 millions de mètres cubes d’eau “traitée” accumulée dans des cuves. Mais une large partie du stock (environ 72%) a n’a pas été traitée convenablement, et les concentrations résiduelles pour certains éléments dépassent les concentrations maximales autorisées pour rejet en mer. Il faut donc traiter une deuxième fois cette eau.

Comme annoncé en septembre dernier, les premiers tests ont démarré sur 2 000 m3. La compagnie vient de publier un premier bilan à mi-parcours, après avoir traité 1 000 m3. TEPCo a retenu 7 radioéléments majeurs pour lesquels elle somme les ratios entre la concentration résiduelle et l’autorisation de rejet. Cette somme atteignait 3 791 pour un premier échantillon et 153 pour un autre, avant les tests. La somme des ratios pour ces 7 radioéléments majeurs serait passée de 2 188 à 0,15 pour le premier échantillon (TEPCo n’explique pas la différence entre les deux valeurs avant traitement). Dans ce mélange, les radioéléments qui dépassaient la limite autorisée étaient le césium-137, les strontium-90 et -89, et dl’iode-129. Pour le stontium-90, la concentration résiduelle atteignait 64 640 Bq/L, à comparer aux 30 Bq/L maximum autorisés avant rejet en mer ! Le strontium-89 ne fait pas partie du groupe de 7 radioéléments supposés majeurs et a dû être rajouté…

TEPCo va poursuivre les analyses pour déterminer les concentrations résiduelles de 54 autres radioéléments traités, auxquels elle compte ajouter le tritium et le carbone-14, non traités. Rappelons qu’il a fallu presque 10 ans à la compagnie pour reconnaître qu’il restait du carbone-14 dans l’eau contaminée, comme nous l’avons révélé en septembre dernier. Et TEPCo ne parle déjà plus du Technécium-99, déjà oublié.

Courage, il ne reste plus qu’un million de mètres cubes environ à reprendre…