Quatrième cas de cancer de la thyroïde découvert dans la commune de Marumori (Miyagi)

Le dépistage officiel du cancer de la thyroïde chez les jeunes est limité à la province de Fukushima. Mais, la commune de Marumori (丸森町), située tout au Sud de la province voisine de Miyagi, propose aussi un dépistage aux personnes qui avaient moins de 18 ans au moment de la catastrophe nucléaire afin de “dissiper les craintes”. La première campagne a eu lieu en 2012. Elle est ensuite renouvelée tous les 3 ans.

Lors de la troisième publication des résultats de cette surveillance (en japonais uniquement), la commune annonce avoir trouvé un cas de cancer de la thyroïde. Entre juin 2018 et mars 2019, 1 270 personnes ont bénéficié du programme de dépistage. Cela représente 55% des jeunes concernés. Parmi eux, 6 ont subi des examens complémentaires et 1 cas de cancer a été découvert. La commune se refuse à juger si l’apparition de ce cancer est dû ou pas à l’effet des radiations.

Les résultats de la première campagne de dépistage sont ici en japonais. Sur 1 982 personnes auscultées, 5 avaient dû subir des examens complémentaires. Aucun cas de cancer n’avait été trouvé. Je n’ai pas trouvé les résultats de la deuxième campagne sur le site Internet de la commune, mais le journal en ligne Kahoku mentionne que le cancer découvert lors de la troisième campagne est le quatrième cas dans la commune.

Ces cas de cancer viennent s’ajouter à ceux découverts lors du dépistage effectué dans la province de Fukushima dont les derniers résultats datent d’avril dernier.

La Norvège recommande à toute sa population d’avoir de l’iode à la maison et la France s’obstine à limiter la distribution d’iode

Depuis janvier 2019, l’autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection de la Norvège recommande à toute la population d’avoir de l’iode à la maison pour protéger la thyroïde en cas d’accident nucléaire alors qu’il n’y a pas de centrale nucléaire dans le pays (page, document). Pour rappel, la Suisse a étendu la distribution d’iode de 20 à 50 km autour de ses centrales nucléaires et la Belgique, de 20 à tout le pays (100 km). Pendant ce temps là, la France s’obstine à vouloir étendre la distribution d’iode de 10 à 20 km seulement.

Pour en savoir plus, lire notre article sur la prophylaxie à l’iode.

L’ACRO milite depuis des années pour l’extension de la distribution d’iode en France. Suite à notre dernière campagne, des centaines de mails ont été envoyés dans les préfectures pour demander à bénéficier d’iode à la maison quand on n’est pas dans un rayon de 20 km d’une centrale nucléaire. A notre connaissance, personne n’a reçu de réponse.

Nous avons écrit au ministère de l’intérieur pour lui demander de justifier pourquoi les Français ne bénéficient pas de la même protection que leurs voisins européens en cas d’accident nucléaire. Nous demandions aussi que les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes puissent être protégés en priorité et bénéficier de la prophylaxie à l’iode dès que la dose à la thyroïde dépasse les 10 mSv, conformément aux recommandations de l’OMS. La Belgique a adopté cette valeur.

La réponse que nous avons reçue rappelle la politique française, mais ne répond pas aux questions posées. Nous sommes heureux d’apprendre que les “méthodes retenues répondent d’une part aux objectifs de traçabilité, de qualité de stockage et de manœuvrabilité et d’autre part de réactivité au plus près des installations”. Rassurés ?

Des réunions d’informations devraient être organisées prochainement pour organiser la distribution d’iode entre 10 et 20 km autour des centrales nucléaires françaises. Il faut continuer à faire pression sur les autorités pour obtenir une meilleure protection.

Lettre envoyée par l’ACRO le 8 mars 2019 à Monsieur Christophe Castaner, ministre de l’intérieur :

La France devrait bientôt étendre la distribution de comprimés d’iode stable à un rayon de 20 km autour des centrales nucléaires alors que la Suisse l’a étendue de 20 à 50 km et la Belgique de 20 à 100 km. En effet, toutes les études s’accordent pour dire qu’en cas d’accident grave sur une centrale nucléaire, il pourrait être nécessaire de protéger la thyroïde de la population sur des distances pouvant dépasser la centaine de kilomètres. D’ailleurs, la France a validé le rapport européen ATHLET2014 recommandant « d’être en mesure d’étendre […] la mise à l’abri des personnes et la distribution d’iode sur un rayon allant jusqu’à 100 km ».

Comment pouvez-vous justifier que les Français ne bénéficieront pas de la même protection que leurs voisins européens ?

Nous vous demandons de revoir votre position et d’étendre la distribution de comprimés d’iode à une distance de 100 km voire à tout le pays. Les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes doivent être protégés en priorité et bénéficier de la prophylaxie à l’iode dès que la dose à la thyroïde dépasse les 10 mSv, conformément aux recommandations de l’OMS. La Belgique a adopté cette valeur. Pourquoi la France maintient-elle une limite à 50 mSv pour tout le monde ?

Voici la réponse que nous avons reçue.

TEPCo renonce à faire venir de la main d’œuvre étrangère

Le Japon est en pénurie de main d’œuvre dans plusieurs secteurs et a introduit un nouveau visa pour faire venir des personnes qualifiées dans un nombre limités de domaines. Il y a un mois, TEPCo avait incité ses sous-traitants à bénéficier de cette opportunité.

Le 21 mai, le ministère du travail, de la santé et des affaires sociales a appelé TEPCo à la prudence en lui rappelant que les travailleurs étrangers bénéficient du même niveau de protection que les travailleurs japonais face aux rayonnements ionisants et à ce qu’ils doivent connaître suffisamment bien la langue pour pouvoir comprendre les instructions. Le ministre a demandé à la compagnie de se prononcer sur le sujet et de lui faire un rapport.

Le ministère s’est aussi inquiété du suivi à long terme des travailleurs, une fois rentrés dans leur pays d’origine, sachant que le visa est d’une durée de 5 ans au maximum.

La réponse de TEPCo ne s’est pas fait attendre : elle renonce pour le moment à faire venir de la main d’œuvre étrangère. Le ministère ne pouvait pas contraindre la compagnie, mais le message a été suffisamment clair.

88ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 88ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 6,0 milliards de yens (49 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo a déjà reçu un total de 9 008,8 milliards de yens (73,4 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. 64,5% sont allés aux entreprises et propriétaires, le reste aux individus évacués. La somme reçue par les propriétaires n’a pas évolué depuis la dernière fois. C’est la part des entreprises qui augmente le plus.

Démantèlement de la cheminée des réacteurs 1 & 2 reporté suite à une erreur de calcul

Il y a une semaine, TEPCo annonçait que le démantèlement de la cheminée des réacteurs 1 & 2, débuterait le 20 mai prochain. Selon l’Asahi, les travaux sont reportés suite à une erreur de calcul.

La cheminée est tellement contaminée qu’il faut la découper avec des engins télécommandés suspendus à une grue. Il est apparu que l’appareil de découpe est 1,6 m trop bas et ne peut donc pas atteindre le sommet de la cheminée. C’est peut-être dû à un problème d’angle.

La communication en cas de crise selon l’AIEA

L’AIEA s’était illustrée par son inutilité lors de la catastrophe de Fukushima : elle n’a diffusé aucune information pertinente lors de la crise, se limitant à transmettre les informations officielles du gouvernement japonais. Surtout, elle n’a émis aucun avis critique quand le Japon avait classé, dans un premier temps, la catastrophe au niveau 5 de l’échelle internationale INES. Ou quand le Japon se refusait d’utiliser l’expression “fusion du cœur” et se limitait à “endommagement du combustible”.

Plus récemment, quand un nuage radioactif chargé de ruthénium a survolé l’Europe, l’AIEA n’a fourni aucune information. Alors, quand cette Agence de l’ONU organise un symposium sur la communication en cas de crise nucléaire, on ne s’attend pas à grand chose. L’AIEA vient de mettre en ligne le compte-rendu et le résultat est encore pire que ce l’on pouvait craindre.

D’une manière générale, toutes ces agences internationales aiment bien vanter l’implication des parties prenantes sans jamais inviter de parties prenantes. Mais là, la session dédiée à l’engagement des parties-prenantes a été introduite par la Chine, pays où les critiques du gouvernement finissent en prison et où un million de Ouïghours croupissent dans des “camps de rééducation”. Un exemple pour le monde.

Autrement, il n’y a rien sur l’importance de ne pas mentir, de préciser le niveau d’incertitudes relatives aux informations communiquées et de prendre en compte les demandes des personnes concernées, qui ne se limitent pas à “Suis-je en danger ?” comme on pourrait le croire en lisant le compte-rendu de la conférence. Et dire que l’AIEA devrait préparer des recommandations pour les pays membres…

Eau contaminée : elle pourra rester dans les cuves un peu plus longtemps

TEPCo a accumulé plus d’un million de mètres cube d’eau contaminée stockée dans des citernes et elle ne sait pas quoi en faire. Et le stock augmente de jour en jour. La majeure partie a été décontaminée partiellement. Comme ce n’est pas une solution durable, TEPCo et les autorités veulent rejeter cette eau dans l’océan. Face à l’opposition des pêcheurs, elles ont cherché, en vain, des solutions alternatives. En janvier 2018, l’Autorité de Régulation Nucléaire a demandé qu’une décision soit prise dans l’année. Ne restait plus qu’à convaincre les populations d’accepter les rejets…

Des réunions publiques ont donc été organisées et, en septembre 2018, il est apparu que 80% du stock d’eau dépassaient les autorisations de rejet. Ce que TEPCo avait omis de préciser… La compagnie a donc proposé de traiter une deuxième fois cette eau avant rejet, mais c’était trop tard, le mal était fait. Plus question de rabaisser les craintes à des “rumeurs néfastes”.

Face à la situation de blocage, le gouvernement va proposer au comité de suivi, selon le Maïnichi, d’ajouter l’option de laisser l’eau dans les cuves. L’approche des JO de 2020 incite aussi à la retenue. Mais cela ne fait que reporter la décision sans rien résoudre, car la capacité maximale des réservoirs devrait être atteinte au cours des trois ou quatre prochaines années.

TEPCo va commencer à démanteler la cheminée de rejet des réacteurs 1 et 2

D’une hauteur de 120 m, la cheminée de rejet des réacteurs 1 et 2 est source d’inquiétude car elle a été fragilisée par le séisme et l’explosion hydrogène du réacteur n°1. Comme elle a servi à une partie des rejets radioactifs lors de l’accident elle est fortement contaminée. En décembre 2013, un point chaud extrême était découvert à proximité. Le débit de dose à 10 m du sol était de 3,6 mSv/h. Evidemment, cette contamination diminue avec le temps, mais elle demeure élevée. En octobre 2015, il y avait encore 2 000 mSv/h au pied. Les images mises en ligne à l’époque montraient une dégradation de la structure qui rouille. Il y a aussi eu des images de l’intérieur mises en ligne en octobre 2016, qui ne montraient rien…

Un effondrement suite à un séisme pourrait entraver les travaux à proximité en posant des problèmes d’accès. Selon l’Asahi, TEPCo va débuter le démantèlement de la partie haute de la cheminée le 20 mai prochain. Les travaux se feront à l’aide d’engins télécommandés : un appareil pendu à une grue va découper la cheminée morceau par morceau. Le poste de contrôle est dans un bus à 200 m de là.

La nouvelle mairie d’Ôkuma a ouvert

Un peu moins d’un mois après avoir levé l’ordre d’évacuer dans une petite partie d’Ôkuma, une nouvelle mairie vient d’ouvrir dans le district d’Ogawara. Presque tous les services y ont été transférés, sauf les affaires scolaires qui restent à Aïzu-Wakamatsu, près des écoles, qui sont à une centaine de kilomètres d’Ôkuma. Environ 100 des 190 employés de la mairie sont revenus travailler dans la commune, mais peu y habitent.

La nouvelle mairie n’est qu’à 8 km de la centrale accidentée. Les anciens locaux étaient à Aïzu-Wakamatsu, à une centaine de kilomètres de la commune d’Ôkuma. Rappelons que la centrale de Fukushima daï-ichi est localisée sur les communes de Futaba et d’Ôkuma.

Une cinquantaine de logements devraient être livrés en juin prochain et petit centre commercial devrait ouvrir en février 2020.

Le nouveau bâtiment a coûté 2,74 milliards de yens (22,3 millions d’euros). Le gouvernement japonais ne lésine pas sur les moyens pour reconquérir les territoires évacués, mais le taux de retour des populations reste très bas. Il est de 23% en moyenne. Il est inférieur à 10% à Tomioka et Namié, les deux communes les plus proches de la centrale accidentée (voir le bilan chiffré à l’occasion du huitième anniversaire). L’argent ne fait pas tout. On ne rebâtit pas une communauté sans les populations… Les autorités japonaises semblent l’avoir oublié.

Pas de report des échéances pour la mise en place des mesures anti-terroristes dans les centrales nucléaires japonaises

Le 17 avril 2019, trois compagnies d’électricité, Kyûshû Electric, Kansaï Electric et Shikoku Electric, ont demandé à l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) un report de l’échéance pour la mise en place de mesures anti-terroristes dans leurs centrales nucléaires. La NRA a refusé et menace d’arrêter les réacteurs qui ne satisferaient pas aux exigences dans les temps.

Face à la surcharge de travail, la NRA avait, dans un premier temps, évalué la réponse aux risques naturels, reportant à plus tard les risques terroristes. Puis, elle avait fixé à juillet 2018 la date limite avant de la reporter, car peu réaliste. Les exploitants du nucléaire espéraient un nouveau sursis…

Les nouvelles règles de sûreté introduites en 2013 laissent 5 ans après l’autorisation de remise en service d’un réacteur pour mettre en place une installation bunkérisée qui permettrait de maintenir le refroidissement en cas d’attaque comme un crash d’avion. Cette installation, située à plus de 100 m des réacteurs, inclut une salle de contrôle, des générateurs de secours, des pompes et d’autres équipements. Aucune centrale n’en est dotée à ce jour. Les trois compagnies qui ont remis en service des réacteurs nucléaires ne seront pas prêtes dans les temps et ont demandé un report, en vain. Les premiers réacteurs remis en service pourraient donc être arrêtés si les exploitants ne peuvent pas accélérer les travaux.

Réacteur Echéance Retard estimé REMIS En service
Kyûshû Electric
Sendaï 1 mars 2020 un an oui
Sendaï 2 mai 2020 un an oui
Genkaï 3 août 2022 ? oui
Genkaï 4 septembre 2022 ? oui
Kansaï Electric
Takahama 1 juin 2021 2,5 ans non
Takahama 2 juin 2021 2,5 ans non
Takahama 3 août 2020 1 an oui
Takahama 4 octobre 2020 1 an oui
Ôï 3 août 2022 1 an oui
Ôï 4 août 2022 1 an oui
Mihama 3 octobre 2021 1,5 an non
Shikoku Electric
Ikata 3 mars 2021 1 an oui
Japan Atomic Power
Tôkaï 2 octobre 2023 ? non

La NRA en fait une question de principe : il y a des règles et il n’y a aucune raison de les adapter car il n’y a pas eu de catastrophe naturelle qui est venue retarder les travaux, pour reprendre les mots de son président. Il s’agit d’un sérieux revers pour les compagnies d’électricité qui vont probablement être obligées d’arrêter les rares réacteurs péniblement remis en service. Chaque installation de secours coûterait de 50 à 120 milliards de yens (de 0,4 à 1 milliard d’euros). La tentation de procrastiner est grande, mais compenser la production d’un réacteur nucléaire arrêté par une centrale thermique coûterait de 40 à 60 milliards de yens, selon les exploitants, qui ne cessent de répéter que la sûreté est leur priorité n°1.

Et dire que le gouvernement japonais compte augmenter la part du nucléaire…