Les majors de l’électricité s’accrochent au nucléaire malgré l’évolution du marché

La fin du mois de juin est la saison des assemblées générales des compagnies d’électricité. Les directoire des neufs majors qui utilisaient de l’énergie nucléaire ont affirmé leur volonté de continuer dans cette voie, malgré les demandes d’actionnaires de revoir leur production. Selon l’Asahi, les maires de Kyôto et d’Ôsaka ont demandé à Kansaï Electric de renoncer au nucléaire. Le PDG a réaffirmé sa volonté d’exploiter cette source d’énergie et n’a pas exclu de construire de nouveaux réacteurs.

Chez Kûshû Electric, une motion demandant de développer significativement les énergies renouvelables a été rejetée. Le PDG a expliqué qu’il n’était possible d’assurer la stabilité de l’approvisionnement et de la fréquence avec les renouvelables. Comment font les autres pays ? Chez TEPCo, la demande de renoncer à redémarrer la centrale de Kashiwazaki-Kariwa a aussi été rejetée, tout comme celle d’arrêter de soutenir la Japan Atomic Power Co qui possède Tsuruga et Tôkaï.

En revanche, les nouveaux venus sur le marché de l’électricité depuis sa libéralisation, misent sur les renouvelables. Selon l’agence Kyodo, reprise par le Japan Times, d’autres grandes compagnies de la construction, de l’informatique ou une chaîne de super-marchés investissent aussi dans ce domaine. La part des énergies renouvelables serait passée de 10% en 2010 à 16% en 2016, bénéficiant de la politique de rachat avantageuse. De nombreux particuliers et PME investissent aussi dans le solaire, mais ils peinent à faire racheter leur production par les majors qui contrôlent les réseaux électriques. Ces compagnies ont compris le message de l’opinion et espèrent ainsi avoir une meilleure image auprès de leurs clients.

Par ailleurs, 10% des ménages auraient changé de fournisseur d’électricité depuis l’ouverture du marché. C’est dans les grandes villes qu’il y a eu le plus de changements.

Avec moins de 8 réacteurs nucléaires en service et un grand retard dans le développement des énergies renouvelables, les énergies fossiles ont fourni 83% de l’électricité en 2017.

Nouvelles taxes régionales sur les réacteurs nucléaires à l’arrêt

Comme partout, les 13 provinces japonaises qui ont des réacteurs nucléaires sur leur sol bénéficient de taxes qui contribuent de manière significative à leur budget. Avec l’arrêt des réacteurs, ces revenus ont fortement diminué. Selon l’Asahi, 12 de ces 13 provinces ont donc introduit de nouvelles taxes sur le nucléaire, à l’exception de Fukushima.

Avant la catastrophe nucléaire à Fukushima, c’est le combustible nucléaire apporté qui était taxé. En 2010, cela a rapporté un total de 22 milliards de yens (170 millions d’euros) à ces 13 provinces. Avec l’arrêt temporaire des réacteurs, la province de Fukui, qui est la plus dépendante du nucléaire, a introduit une nouvelle taxe dès novembre 2011 basée, cette fois-ci, sur la capacité des réacteurs. Les autres provinces ont suivi. La dernière en date est Miyagi, qui vient tout juste de le faire. Cela devrait leur rapporter environ 15 milliards de yens (115 millions d’euros) chaque année. La seule exception est Fukushima qui a décidé de ne plus taxer les réacteurs étant données les circonstances exceptionnelles.

Quatre provinces ont aussi décidé de taxer les réacteurs en démantèlement : Fukui, qui a commencé, Saga, Shimané et Ehimé. Cela devrait leur rapporter environ 1,1 milliard de yens (8,5 millions d’euros) de revenus annuels. D’autres pourraient suivre…

Evidemment, les compagnies d’électricité reportent ces taxes sur leurs factures d’électricité et ce sont les consommateurs qui payent in fine.

77ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 77ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 93,1 milliards de yens (716 millions d’euros au cours actuel). C’est dix fois plus que la dernière fois. Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 348,6 milliards de yens (plus de 64 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Tourisme de la catastrophe à Fukushima

Des compagnies ont commencé à emmener des touristes dans les zones évacuées ou récemment rouvertes de Fukushima, mais il y a encore peu de clients selon Reuters. Les autorités régionales veulent créer un parc mémorial et un centre d’archive de la triple catastrophe dans la commune de Namié. L’idée est d’attirer les touristes, même si montage financier n’est pas encore bouclé.

Toujours selon Reuters, les réactions sont mitigées à Namié où seulement 700 habitants sur 21 000 sont rentrés. Certains y voient une opportunité et d’autres ne veulent pas se donner en spectacle.

Redémarrage de Genkaï 4

Kyûshû Electric a redémarré le réacteur n°4 de sa centrale de Genkaï dans la province de Saga. D’une puissance de 1 180 MWe, il avait été arrêté en décembre 2011, ce qui fait plus de six ans et demi d’arrêt. Il a été autorisé à redémarrer en janvier 2017.

Le réacteur n°3 de cette même centrale avait été remis en service en mars dernier. Ces deux réacteurs auraient initialement être redémarrés en janvier et mars de cette année, mais il y a eu le scandale des pièces de Kôbé Steel et Mitsubishi dont la qualité était douteuse, puis un problème sur une pompe du réacteur n°4.

Environ 150 manifestants ont exprimé leur opposition devant la centrale.

C’est le 9ième réacteur à redémarrer au Japon depuis la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Il ne devrait pas y en avoir d’autre cette année. C’est aussi le 4ième de la compagnie Kyûshû Electric qui n’a pas déposé d’autre demande de redémarrage.

Si l’on fait un bilan :

  • Le Japon avait 54 réacteurs nucléaires pour la production d’électricité en 2010.
  • 15 réacteurs ont été détruits ou arrêtés définitivement depuis. Si l’on ajoute les 4 de Fukushima daï-ni dont l’arrêt définitif a été récemment annoncé, on arrive à un total de 19. Il ne reste donc que 35 réacteurs nucléaires pour la production d’électricité.
  • Une demande d’autorisation de redémarrage a été déposée pour 26 réacteurs.
  • 9 réacteurs ont redémarré depuis 2011, mais celui d’Ikata a été arrêté par la justice en décembre 2017. Il y a donc 8 réacteurs en service actuellement et aucun autre redémarrage n’est prévu pour cette année.

Plan de démantèlement de l’usine de retraitement de Tôkaï-mura approuvé

En septembre 2014, la Japan Atomic Energy Agency (JAEA) avait décidé d’arrêter définitivement son usine de retraitement de Tôkaï-mura, dans la province d’Ibaraki. Il s’agit de la première usine japonaise de retraitement, terminée en 1977 et mise en service en 1981. L’Agence avait ensuite soumis, en juin 2017, une demande d’autorisation de démantèlement à l’Autorité de Régulation Nucléaire, qui vient de donner son accord.

Les travaux de démantèlement devraient durer environ 70 ans et coûter 987 milliards de yens (environ 7,6 milliards d’euros) qui seront payés, pour l’essentiel, par l’Etat. Cette somme ne prend pas en compte la maintenance du site sur une durée aussi longue. L’usine a été mise en service en 1981. On a donc 70 ans de démantèlement pour un fonctionnement inférieur à 30 ans, ce n’est pas très profitable.

L’usine de remplacement, à Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, accuse déjà 24 années de retard. Evidemment, le plan de démantèlement ne dit rien sur la gestion à long terme des déchets engendrés.

Cette usine a seulement traité 1 140 tonnes de combustibles usés. Il y aurait 310 fûts de déchets vitrifiés de haute activité et 360 m3 de déchets liquides sur le site qui doivent encore être vitrifiés. Etant donnés les délais pour exécuter toutes ces tâches, la JAEA devra renforcer la résistance aux séismes de ses bâtiments.

La JAEA a aussi en charge le démantèlement du surgénérateur Monju, qui a été arrêté à cause d’une culture de sûreté insuffisante. L’histoire de l’Agence n’est pas très glorieuse. Il y a de quoi être inquiet pour l’avenir.

TEPCo annonce enfin l’arrêt définitif de Fukushima daï-ni

La centrale nucléaire de Fukushima daï-ni, avec ses 4 tranches, est à une douzaine de kilomètres au Sud de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi. Elle aussi été fortement secouée par le séisme et noyée par le tsunami, mais il n’y a pas eu d’accident grave car il y avait de l’électricité disponible à moins de 10 km.

TEPCo n’avait, jusqu’à présent, rien décidé quant à son sort, même si elle avait envisagé, en mars 2017, d’arrêter définitivement le réacteur n°1. L’assemblée régionale a adopté une motion demandant son arrêt définitif. Tomioka et Naraha, où la centrale est située, ont fait de même, tout comme les 57 autres communes de la province. Même le gouvernement est pour son arrêt !

Le 14 juin, le président de la compagnie, Tomoaki Kobayakawa, a informé le gouverneur de Fukushima, Masao Uchibori, de son intention d’arrêter définitivement la centrale nucléaire de Fukushima daï-ni. Enfin ! Le président de TEPCo et le gouverneur se sont accordés pour dire que cela permettra de lutter contre les rumeurs néfastes. Toujours aussi ridicule comme déclaration. En revanche, le président de TEPCo n’a pas expliqué pourquoi il a fallu 7 ans pour prendre cette décision.

Le réacteur n°1 a été mis en service en 1982 et le n°4 en 1987. Ils ont donc plus de 30 ans alors que la durée d’exploitation est limitée à 40 ans. Chaque tranche a une puissance de 1 100 MWe.

TEPCo avait 17 réacteurs avant la catastrophe nucléaire : 10 à Fukushima (6 à daï-ichi et 4 à daï-ni) et 7 à Niigata (Kashiwazaki-Kariwa). Elle a donc déjà perdu plus de la moitié de son parc et il n’est pas sûr qu’elle puisse redémarrer ses 7 réacteurs restants.

Quand cet arrêt définitif sera officiel, le nombre de réacteurs nucléaires au Japon ne sera plus que de 35, contre 54 avant la catastrophe. Cela fait donc un total de 19 tranches arrêtés définitivement. D’autres pourraient suivre. Il n’y a que 7 réacteurs en activité.

Gouverneur pro-gouvernemental élu à Niigata

Le gouverneur de Niigata, fermement opposé au redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, avait démissionné suite à une affaire de mœurs. Des élections viennent d’avoir lieu et c’est Hideyo Hanazumi, le candidat soutenu par le gouvernement, qui a gagné.

Lors de la compagne, il a maintenu une position ambigüe sur le redémarrage de la plus grande centrale du Japon, avec 7 tranches, exploitée par TEPCo. Une fois élu, il a exprimé son soutien à l’enquête menée par sa province sur les causes de l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi, mais a aussi expliqué vouloir prendre la décision seul. Un sondage récent a montré que 65% des habitants de Niigata étaient opposés au redémarrage.

Comme d’habitude, seulement 58,25% des électeurs se sont déplacés aux urnes, mais c’est mieux que la fois précédente. La victoire est très courte : 546 670 voix contre 509 568 pour la principale opposante, soutenue par 5 partis d’opposition.

Evolution de la contamination de la Baie de Tôkyô

L’Océan pacifique a été directement exposés aux rejets radioactifs liquides et aériens de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi. Grâce au fort brassage lié aux courants marins et l’immense masse d’eau, cette pollution s’est dispersée. Des traces ont même pu être détectées au large de l’Amérique du Nord.

La situation est complètement différente pour la Baie de Tôkyô qui est presque fermée. Elle mesure environ 70 km sur 20 km. Bien qu’elle n’aie pas été directement exposée, elle est contaminée vie le lessivage des sols et les fleuves qui s’y jettent, comme nous l’avons déjà mentionné à plusieurs reprises.

Une publication récente en libre accès fait le point sur l’évolution de cette contamination. La pollution est plus prononcée à l’embouchure des fleuves, comme on peut le voir ci-dessous sur la figure extraite de l’article. Cela signifie que la pollution en césium, liée au sédiments, est essentiellement piégée dans les estuaires et diffuse très peu vers le centre de la Baie. Elle proviendrait surtout de la zone Nord-Est de la capitale japonaise et c’est bien expliqué par la répartition des retombées radioactives. Les valeurs indiquées concernent les sédiments et ont été corrigées de la décroissance radioactive pour être rapportées à la date du 16 mars 2011.

 

Les chercheurs ont aussi analysé des carottes de sédiments et tenté de comprendre la dynamique de la pollution. Le carottage a permis de montrer que les apports en césium radioactif ont augmenté avec le temps, dans les années qui ont suivi la catastrophe, pour finalement rebaisser.

Dans le fleuve Sakagawa, un pic de pollution est attribué aux travaux de décontamination de la commune de Kashiwa (Chiba) entre octobre 2011 et décembre 2012. Cette ville de la banlieue de Tôkyô a particulièrement été affectée par les retombées radioactives. La décontamination n’est bien qu’un déplacement de la radioactivité…

La pollution la plus élevée a été mesurée dans l’estuaire de l’ancienne Edogawa, avec une contamination de 100 000 Bq/m2 en juillet 2016. Au centre de la Baie, elle est de l’ordre de 500 Bq/m2.

Comment retirer le corium ?

Comment retirer le corium, ce mélange hautement radioactif de combustible et débris fondus, tout en limitant les rejets radioactifs ? C’est la difficulté à laquelle est confrontée TEPCo. Selon le Fukushima Minpo, la compagnie envisage d’utiliser un bras articulé qui irait rechercher, petit bout par petit bout, le corium et autres débris radioactifs qui jonchent l’enceinte de confinement. Elle devrait commencer par les débris les plus petits. Les débris les plus gros devront d’abord être coupés ou cassés avant d’être extraits afin de maintenir une ouverture la plus petite possible. La technologie doit encore être développée.

TEPCo a déjà inséré des robots pour filmer l’intérieur de l’enceinte de confinement des réacteurs 1 à 3, où il y a eu fusion du cœur. Au début, TEPCo envisage de prendre le même chemin pour accéder aux débris, via une ouverture sur le côté, afin de maintenir au mieux le confinement.

Le niveau de l’eau dans le réacteur n°3 est très élevé. Il faudra peut-être le drainer avant. Quant au réacteur n°1, le débit de dose à proximité de l’ouverture atteint les 630 mSv/h. La compagnie pourrait s’installer ailleurs.

Bien entendu, personne ne sait ce qu’il sera fait de ces déchets très radioactifs par la suite.