TEPCo condamnée à un peu mieux indemniser des personnes déplacées

Le tribunal régional de Fukushima à Iwaki vient de condamner TEPCo a un peu mieux indemniser des personnes déplacées qui ont perdu leur commune d’origine. Les 297 plaignants réclamaient un total de 14,7 milliards de yens (117 millions d’euros) et 271 d’entre eux recevront un total de 600 millions de yens (4,76 millions).

Le juge a estimé que les indemnisations prévues par la loi étaient raisonnables et a refusé toute compensation supplémentaire, si ce n’est deux millions de yens en plus aux personnes (16 k€) qui ont perdu leur commune.

Le tribunal a aussi refusé de considérer TEPCo comme responsable pour n’avoir pas su prévenir l’accident grave.

Les plaignants devraient faire appel.

Le retrait des combustibles usés de la piscine du réacteur n°3 touche à sa fin

TEPCo arrive au bout du retrait des combustibles usés du réacteur n°3 de la centrale de Fukushima daï-ichi. Le dernier bilan, daté du 10 février 2021, rapporte que 483 assemblages usés sur 514 ont été retirés. La compagnie a déjà fini depuis longtemps de retirer les 52 assemblages neufs. Les opérations ont débuté en 2019.

Le crochet de 16 assemblages a été endommagé par la chute de débris suite à l’explosion hydrogène qui a détruit le bâtiment réacteur en mars 2011, dont 4 avec une forte déformation. TEPCo et Toshiba ont donc dû concevoir un équipement spécifique pour les retirer, avec un crochet adapté. Voici une vidéo de présentation en anglais, mise en ligne par TEPCo le 7 janvier dernier :

TEPCo espère avoir vidé cette piscine avant la fin mars 2021.

De très jeunes enfants au moment de la catastrophe aussi atteints d’un cancer de la thyroïde à Fukushima

Il est maintenant admis par tous que la catastrophe de Tchernobyl a entraîné une forte augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les jeunes dans les territoires contaminés de l’ex-URSS. L’augmentation a commencé 4 à 5 ans après les rejets radioactifs massifs. Il y a notamment eu un nombre élevé de cas de cancers de la thyroïde chez les plus jeunes, qui avaient moins de 5 ans au moment de la catastrophe nucléaire, démontrant une sensibilité particulière.

Pour interpréter l’augmentation des cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima, où un dépistage est effectué tous les deux ans, il est généralement admis qu’un temps de latence de 5 ans est nécessaire à l’apparition d’un cancer de la thyroïde. Les premiers résultats du dépistage ne mettaient en évidence aucun cas de cancer chez les enfants qui avaient moins de 6 ans au moment de la catastrophe. Les autorités japonaises, appuyées par des scientifiques, en déduisaient que l’augmentation observée était due au dépistage qui permet de découvrir plus tôt des cancers pré-existants et que la radioactivité n’y était pour rien. 

En mars 2017, c’est le fond de soutien aux malades de la thyroïde qui annonce le premier cas de cancer de la thyroïde chez un enfant qui avait 4 ans au moment de la catastrophe. Il était absent des données officielles, bien qu’il ait été opéré à l’université médicale de Fukushima, en charge du suivi. Et quand le fond de soutien a interrogé cette université, elle a nié les faits. La présidente de ce fond de soutien, Hisako Sakiyama, revient sur cette tentative de dissimulation dans un entretien.

Depuis, d’autres cas sont apparus et ont été officiellement reconnus.

Les dernières données relatives à la quatrième campagne de dépistage, publiées le 15 janvier dernier, font officiellement apparaître qu’un enfant de moins de 1 an et qu’un autre de 2 ans au moment de la catastrophe nucléaire, sont atteints d’un cancer de la thyroïde. Voir la figure ci-dessous. Difficile de prétendre que le cancer existait avant la catastrophe pour ces deux enfants !

Distribution par âge au moment de la catastrophe nucléaire des 27 cas de cancers de la thyroïde découverts lors de la quatrième campagne de dépistage. Les cases blanches correspondent aux filles et les cases grises, aux garçons.

Il y a désormais 8 cas de cancer de la thyroïde chez des enfants de Fukushima qui avaient 5 ans ou moins au moment de la catastrophe nucléaire. Si l’âge ne constitue pas une preuve qu’ils sont dus aux radiations, cette hypothèse ne peut pas être exclue.

Il convient de noter que le premier cas découvert par le fond de soutien n’est pas dans les statistiques officielles, car il n’a pas été pris en charge via le suivi mis en place par les autorités. Les données officielles sont donc incomplètes.

108ème versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 108ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 4,5 milliards de yens (35,7 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 716,5 milliards de yens (77,1 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 693,6 milliards de yens (76,9 milliards d’euros).

Une cour d’appel confirme une condamnation de TEPCo à indemniser des déplacés, mais ne considère plus l’Etat comme responsable

En mars 2017, le tribunal de Maebashi, dans la province de Gunma, avait reconnu TEPCo et le gouvernement responsables de négligences et les avait condamnés à mieux indemniser des plaignants, personnes déplacées de la catastrophe nucléaire. TEPCo et l’Etat avaient fait appel.

La cour d’appel de Tôkyô vient de confirmer la condamnation de TEPCo et a triplé la somme à payer, mais elle vient aussi de relaxer l’Etat japonais. Cette décision est en contradiction avec celle, récente, de la haute cour de Sendaï qui a confirmé, en appel, la responsabilité de TEPCo et de l’Etat japonais dans la catastrophe de Fukushima.

TEPCo devra verser un total de 119,72 millions de yens à 90 plaignants. La somme individuelle dépend de la résidence d’origine et va de 70 000 à 14,94 millions de yens. En mars 2017, le tribunal de Maebashi avait attribué un total de 38,55 millions de yens à 62 plaignants qui avaient fui Fukushima. 137 plaignants, qui se sont réinstallés dans la province de Gunma, avaient réclamé 11 millions de yens chacun, soit un total de 1,5 milliards.

Toujours plus d’argent pour les collectivités locales qui accueillent des installations nucléaires

En 2000, suite à l’accident nucléaire qui a eu lieu à Tôkaï-mura, le gouvernement japonais avait fait voter une loi garantissant une assistance financière supplémentaire aux collectivités qui accueillent des installations nucléaires. Le but était de faciliter l’acceptabilité de nouvelles installations dans le contexte de défiance qui a suivi l’accident. Deux employés de l’usine de conversion de l’uranium étaient décédés et des centaines de riverains avaient été exposés aux rayonnements ionisants.

Cette aide financière devait s’arrêter au bout de 10 ans. Mais, suite à la catastrophe de Fukushima, en 2011, elle avait été reconduite pour une dizaine d’années supplémentaires, jusqu’à mars 2021, donc. Et, selon l’Asahi, le gouvernement actuel voudrait la reconduire pour une autre décennie.

En 2019, ce sont 14,4 milliards de yens (114 millions d’euros au cours actuel) qui ont été ainsi distribués. Cela vient s’ajouter aux aides financières perçues lors de la construction de nouvelles installations et aux taxes qui s’en suivent.

L’Asahi a aussi effectué un bilan des taxes collectées par les communes et les provinces qui accueillent une installation nucléaire. Elles seraient passées de 20,1 milliards de yens (160 M€ au cours actuel) en 2011 à 46,7 milliards de yens (370 M€) en 2020. C’est plus que les 40,3 milliards de yens perçus en 2010, juste avant l’accident nucléaire à Fukushima. Les provinces d’Aomori, avec les installations relatives au combustible nucléaire et de Fukui avec 15 tranches, ont empochés plus de 60% de ces taxes.

A l’origine, c’est le combustible en réacteur qui était taxé. Mais, après la catastrophe de mars 2011, tout le parc japonais a été arrêté en 13 mois. Et six provinces n’ont perçu aucune taxe sur le combustible en 2011. La province de Fukui a donc, dès l’automne 2011, changé la méthode de calcul, en se basant sur la puissance installée des réacteurs nucléaires, afin de sécuriser ses revenus, même en cas d’arrêt. D’autres collectivités locales ont suivi.

En 2014, la province d’Ehimé a étendu cette taxe aux réacteurs en cours de démantèlement, suivie rapidement par celle de Saga. Et, en 2019, ces deux provinces ont aussi commencé à taxer le combustible usé qui reste sur le site des centrales, au Japon. Les communes de Genakaï et d’Ikata avaient fait de même en 2017 et 2018, respectivement.

La commune de Mutsu, dans la province d’Aomori, qui va bientôt accueillir des combustibles usés dans un entreposage centralisé, va suivre le mouvement et prévoit d’empocher 9,3 milliards de yens en 5 ans. Les premières taxes sur le combustible nucléaire ont été introduites en 1976 par la province de Fukui. Toutes ces taxes auraient engendré un revenu total dépassant les 1 000 milliards de yens jusqu’en 2020.

Localement, l’augmentation des taxes sur les installations nucléaires doit compenser la baisse des dotations de l’Etat pour favoriser l’acceptabilité de cette industrie et les autres taxes fixes. Les élus locaux mettent aussi en avant la nécessité de construire de nouvelles routes pour faciliter l’évacuation en cas d’accident grave. Mais, dans les faits, cet argent est utilisé pour de nombreuses autres activités sans lien avec le nucléaire.

Et, à la fin, ce sont les consommateurs d’électricité qui payent.

Une grande bibliothèque va être construite à Ôkuma

La commune d’Ôkuma est presque entièrement classée en zone dite de “retour difficile”. L’ordre d’évacué y a été levé dans une toute petite partie, en 2019. Et la zone devant la gare, qui a rouvert, doit être aussi réhabilitée. Cela fait partie de la politique de reconquête, quels qu’en soient les coûts.

Selon le Fukushima Minpo, les autorités veulent maintenant construire un complexe scolaire à dans le district d’Ogawara d’Ôkuma, de la crèche au collège, auquel serait associé une grande bibliothèque pouvant abriter 50 000 livres. Le complexe, dont une maquette a été dévoilée, devrait ouvrir en avril 2023. Y aura-t-il des habitants et des enfants pour en profiter ?

Ôkuma avait une bibliothèque municipale avec 100 000 livres avant la catastrophe nucléaire, située dans zone très contaminée. La commune a reçu près de 2 000 livres depuis.

40ème bilan sur les cancers de la thyroïde à Fukushima : 6 nouveaux cas

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les documents de la 40ème réunion du comité de suivi de la campagne de dépistage des cancers de la thyroïde chez les jeunes de la province. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait proposer son propre résumé en anglais.

Les données publiées lors du 39ème rapport sont ici, à titre de comparaison. Les nouvelles données sont à la date du 30 juin 2020 et sont synthétisées dans ce document en japonais.

Tous les jeunes de Fukushima, qui avaient moins de 18 ans lors de la catastrophe nucléaire ou qui étaient encore dans le ventre de leur mère, sont concernés (nés entre le 2 avril 1992 et le 1er avril 2012). Avec un dépistage tous les deux ans par échographie, certains jeunes en sont à leur 5ème examen médical. Après 20 ans, le dépistage suivant se fait à l’âge de 25 ans. Il n’y a pas eu d’évolution dans les données des 3 premières campagnes. Et, il n’y a pas eu de mise à jour pour les plus de 25 ans, avec des données toujours à la date du 31 mars 2020. Ainsi, les chiffres repris dans le tableau ci-dessous pour ces catégories sont les mêmes que la dernière fois.

Lors de la quatrième campagne de dépistage, dont les résultats sont détaillés ici en japonais, 6 nouveaux cas de cancer suspecté sont apparus, pour atteindre un total de 27 cas. Parmi eux, 16 ont été confirmés par une intervention chirurgicale, soit 3 de plus que la dernière fois. Ce sont tous des carcinomes papillaires. A noter que sur une population cible de 294 240 jeunes, il y a eu 181 005 examens médicaux, soit 61.5%.

Les autorités de la province de Fukushima publient aussi les toutes premières données relatives à la cinquième campagne de dépistage qui a débuté en avril 2020. Sur une population cible de 252 821 jeunes, il n’y a eu, au 30 juin 2020, que 564 examens médicaux, avec 41 résultats connus. Il n’y a pas encore eu d’examen complémentaire.

On arrive donc à un total de 252 cas de cancers de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 202 ont été confirmés lors d’une intervention chirurgicale. Il n’y a toujours qu’un seul cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention (première campagne).

Le nombre de cas nouveaux, qui n’ont été détectés qu’à partir de la seconde campagne de dépistage (136), est plus élevé que le nombre de cas détectés lors de la première campagne (116), qui peut inclure des cancers qui existaient déjà avant la catastrophe nucléaire.

Le tableau ci-dessous synthétise issues du dépistage officiel. Le taux de dépistage diminuant au fur et à mesure des campagnes, le nombre de cas réels est donc plus élevé.

  Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 091 547 116 101
Deuxième campagne 270 529 1 826 207 71 54
Troisième campagne 217 920 1 060 78 31 27
Quatrième campagne 177 424 758 64 27 16
Cinquième campagne 41 0 0 0 0
Plus de 25 ans 5 234 160 13 7 4
Bilan des campagnes de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima au 30 juin 2020 ( 31 mars 2020 pour les plus de 25 ans)

Rappelons qu’il y a plus un an, le fond de soutien des enfants ayant un cancer de la thyroïde, créé en 2016, avait recensé au moins 17 cas supplémentaires, non pris en compte dans les données officielles, dont un qui avait moins de 5 ans au moment de la catastrophe.

Le dépistage gouvernemental n’a lieu que dans la province de Fukushima alors que les provinces voisines ont aussi été touchées par les retombées radioactives. Les cas de cancer de la thyroïde qui pourraient y apparaître échappent aux données officielles.

Niveaux de radiation extrêmement élevés découverts dans les bâtiments réacteur à la centrale de Fukushima daï-ichi

Depuis septembre 2020, l’Autorité de régulation nucléaire a repris ses investigations pour comprendre le déroulement du triple accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cela comprend des visites des réacteurs accidentés, malgré les forts niveaux ambiants de radiation. Le président de l’Autorité de régulation, a notamment pris une dose de 0,85 mSv en une dizaine de minutes lors de la visite du réacteur n°2, ce qui l’a obligé de quitter le bâtiment, comme nous l’avons rapporté.

Plusieurs vidéos de ces visites récentes sont disponibles en ligne :

A noter qu’en décembre 2019, l’Autorité de régulation avait déjà mis en ligne une vidéo d’une visite du réacteur n°3.

Cette fois-ci, les médias japonais ont rapporté que des débits de dose très élevés avaient été relevés au niveau des dalles qui couvrent l’enceinte de confinement (voir l’Asahi, par exemple). Pour le réacteur n°1, l’explosion hydrogène a fracturé cette dalle en béton de 12 m de diamètre et de 60 cm d’épaisseur et des débits de dose très élevés avaient déjà été relevés en 2017, jusqu’à 2,2 Sv/h, c’est à dire une dose létale en quelques heures sur place (voir ces blogs en anglais et en français).

Cette fois-ci, ce sont des débits de dose encore plus élevés, de l’ordre de 10 Sv/h, qui ont été mesurés au dessus de ces dalles de protection des réacteurs 2 et 3. Une dose létale en une heure sur place. L’Autorité de régulation estime que la dalle du réacteur n°2 contient de l’ordre de 20 à 40 pétabecquerels (1015 Bq) de césium-137 et celle du réacteur n°3, 30 pétabecquerels environ. Cela va compliquer les travaux de démantèlement.

Pour la dalle brisée du réacteur n°1, il n’y aurait “que” 0,16 pétabecquerels environ…

Rétractation de deux articles scientifiques controversés

Deux articles scientifiques publiés en 2017 avaient fait polémique car des données sur des doses prises par des habitants de Daté avaient été utilisées sans leur consentement. Et les auteurs s’étaient trompé dans leur interprétation, comme nous l’avions rapporté en janvier 2019. Les deux articles scientifiques en question ont finalement été rétractés durant l’été 2020 par leurs auteurs. Cela aura pris du temps, mais la polémique est définitivement close. Voici les liens vers le premier et le deuxième articles rétractés avec l’avertissement de l’éditeur et le billet de retractation watch.

L’erreur d’interprétation des données a induit une sous-estimation de la dose reçue sans que cela ne choque les auteurs, puisque c’était conforme à leur a priori idéologique. Une sur-estimation les aurait alerté ! Et comme l’explique ce billet, un troisième article scientifique était prévu par ces mêmes auteurs sur la relation entre la dose externe et la dose interne reçues par les habitants de Daté, mais il n’a jamais été publié car les résultats ne correspondaient pas à ce qui était attendu. On peut donc avoir des doutes sur la qualité scientifique des autres articles de ces auteurs concernant la catastrophe de Fukushima.

Un autre problème est que l’un des deux auteurs des articles rétractés, Ryûgo Hayano, était fréquemment invité et mis en avant par l’IRSN et le CEPN car il disait que ces deux organismes voulaient entendre… Il a notamment été invité à des rencontres lycéennes à Cherbourg en Cotentin en mars 2019, en connaissance de cause puisque la polémique sur ses articles avait déjà éclaté ! Et d’un autre côté, l’IRSN n’a pas hésité à licencier une chercheuse car les résultats de ses recherches à Fukushima ne cadraient pas avec les préjugés de ses supérieurs hiérarchiques.