TEPCo envisage de réduire temporairement le refroidissement des réacteurs accidentés

Selon Reuters, TEPCo prévoit de réduire temporairement la quantité d’eau injectée dans les cuves des réacteurs accidentés de Fukushima daï-ichi. Cette eau sert au refroidissement du combustible fondu, pour éviter que la fusion reprenne, et fait écran aux radiations émises. Ces essais, prévus à partir de janvier 2019, devraient servir à déterminer la quantité et la localisation du combustible qui a fondu en étudiant l’élévation de température.

En janvier, TEPCo devrait réduire progressivement la quantité d’eau injectée dans le réacteur n°2, jusqu’à la moitié de la quantité injectée en une semaine. En mars, la compagnie prévoit d’arrêter complètement l’injection pendant sept heures afin de tester les modèles qui prédisent que le réacteur ne devrait pas chauffer.

Tôkaï-2 autorisé à fonctionner 60 ans

L’Autorité de Régulation Nucléaire a fini par donner son accord à la prolongation de 20 ans de l’exploitation du réacteur Tôkaï-2, situé dans la province d’Ibaraki. La demande de prolongation a été déposée il y a un an, malgré les nombreux obstacles à surmonter.

Beaucoup considèrent que c’est une folie de remettre ce réacteur en route : non seulement, il est vétuste, mais il a été endommagé par le tsunami et il y a presque un million d’habitants dans un rayon de 30 km. Mais c’est le seul réacteur qui reste à cette compagnie, qui aurait déjà fait faillite si elle n’était pas soutenue par les autres compagnies d’électricité. Trois actionnaires de TEPCo ont récemment saisi un tribunal de Tôkyô pour que la compagnie cesse de financer le renforcement de la sûreté de Tôkaï-2. Il y en aurait pour 174 milliards de yens (1,4 milliard d’euros) que l’exploitant, la Japan Atomic Power Company, ne peut pas payer seule. Rappelons que TEPCo, elle-même, ne doit sa survie qu’à l’argent des contribuables. Il serait malvenu que cet argent soit gaspillé dans Tôkaï-2.

La remise en service n’est pas pour tout de suite, puisqu’il y a pour plus de deux ans de travaux pour renforcer la sûreté. L’exploitant doit aussi obtenir l’assentiment des maires des 6 communes situées dans un rayon de 30 km. L’un d’entre eux a déjà fait part de son opposition à la remise en service de ce réacteur. La capitale régionale, Mito, y est aussi opposée. Selon le Maïnichi, le PDG de la compagnie a tenu à préciser que les accords signés avec ces communes n’indiquaient pas qu’elles ont le droit de s’opposer au démarrage… Le Yomiuri, journal officiel du village nucléaire japonais, est en phase : pour lui, le droit de donner son accord au redémarrage n’est pas un droit à s’y opposer. Tel est le sens de la démocratie et de la concertation pour l’industrie nucléaire !

Mis en service en novembre 1978, il s’agit d’un réacteur à eau bouillante de 1 100 MWhe. C’est le 4ième réacteur à être autorisé à être exploité jusqu’à 60 ans et c’est le seul à eau bouillante. Les 3 autres autres sont Takahama-3 et 4, ainsi que Mihama-3.

Les Amis de la terre du Japon ont lancé une pétition pour demander que l’argent du contribuable prêté à TEPCo ne serve pas à Tôkaï-2.

Décès par surmenage officiellement reconnu à la centrale de Fukushima daï-ichi

Tadaaki Igari, mécanicien auto, est décédé à la centrale de Fukushima daï-ichi le 26 octobre 2017. Il était âgé de 57 ans. Les autorités japonaises viennent de reconnaître que ce décès est dû au surmenage. Il avait une centaine d’heures supplémentaires dans le mois qui a précédé son décès.

M. Igari était mécanicien dans un garage d’Iwaki et avait en charge la maintenance du parc automobile de la centrale accidentée. Il devait travailler avec une combinaison de protection et un masque. Il ne comptait pas ses heures et arrivait généralement au garage d’Iwaki à 4h30 pour pointer, puis se rendait à la centrale située à une soixantaine de kilomètres au Nord. Selon sa famille, qui a fait la demande d’indemnisation, il a cumulé plus de 80 heures supplémentaires par mois durant les 6 mois qui ont précédé son décès.

A l’époque, TEPCo avait affirmé que ce décès était dû à une maladie et qu’il n’avait aucun lien avec son travail à la centrale accidentée.

En 2012 un autre décès à la centrale de Fukushima daï-ichi avait officiellement été attribué au surmenage.

Visite virtuelle de la centrale de Fukushima daï-ichi en anglais

Comme nous l’avions rapporté, en mai dernier, TEPCo avait mis en ligne une visite virtuelle de la centrale de Fukushima daï-ichi, avec des commentaires en japonais. Cette visite est désormais disponible en anglais.

Plusieurs routes sont proposées. Le débit de dose est indiqué en bas à gauche de l’écran. Il date du mois de mars dernier, lors de la prise des images. Les commentaires sont les mêmes que la dernière fois… Même s’il s’agit d’une présentation bien lissée, les images sont impressionnantes.

Trois anciens dirigeants de TEPCo continuent à nier toute responsabilité dans l’accident nucléaire lors de leur procès

Le tribunal de Tôkyô a entendu les trois anciens dirigeants de TEPCo qui étaient en poste lors de la catastrophe nucléaire. Tsunéhisa Katsumata, le président, ainsi que Ichirô Takékuro et Sakaé Mutô, les vices présidents, sont accusés de négligence ayant entraîné la mort. Le procès a débuté en juin 2017 et une vingtaine de témoins ont déjà été entendus.

Les trois anciens dirigeants ont nié toute responsabilité dans l’accident lors de l’ouverture du procès, estimant qu’ils ne pouvaient pas l’anticiper. Il ressort pourtant des auditions de témoins que ces trois anciens dirigeants ont reporté sans cesse l’implémentation de mesures de protection renforcée contre les tsunamis. Selon un employé de TEPCo, un dirigeant de la compagnie aurait arrêté le projet de digue contre les tsunamis en 2008. Un autre a expliqué qu’après l’arrêt de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa et ses 7 réacteurs en 2007, suite à un fort séisme, la priorité de la compagnie était d’éviter tout arrêt sur ses deux autres centrales nucléaires. Le rehaussement de la digue aurait entraîné un arrêt momentané des réacteurs.

Comme est venu l’expliquer un sismologue, les experts officiels avaient revu le risque sismique et de tsunami à la hausse et les exploitants du nucléaire aurait dû renforcer les protections contre ces agressions. Il y avait eu consensus à l’époque et si TEPCo avait pris les mesures nécessaires, l’accident aurait pu être évité. A Tôkaï, une nouvelle digue était en construction suite à la ré-estimation du risque sismique de 2002.

D’autres tribunaux ont déjà reconnu la responsabilité de TEPCo dans l’accident. Mais Sakaé Mutô a nié avoir reporté la décision de rehausser la digue en 2008, comme l’accusait un ancien employé. Il a expliqué avoir juste sollicité un avis extérieur car il y a beaucoup d’incertitudes dans les évaluations sismiques, ajoutant que c’était une pratique courante. Il n’aurait, de plus, jamais été informé qu’un tsunami pouvait détruire la centrale… et donc il a réfuté avoir, dans un premier temps, ordonné de rehausser la digue, avant de revenir sur cette décision.

Sakaé Mutô a commencé par s’excuser devant le tribunal pour le mal causé aux populations, avant de nier toute négligence. Selon lui, l’accident était imprévisible et il n’est donc pas responsable. Que valent ses excuses ? Ses deux comparses ont aussi continué à nier toute responsabilité.

Monsieur Takékuro était exactement sur la même ligne de défense que Sakaé Mutô. Il était “naturel”, pour lui de suspendre le renforcement des défenses anti-tsunami, le temps de consulter des experts. Et d’ajouter, qu’après avoir appris qu’une estimation donnait une hauteur de tsunami de 15,7 m, qu’il n’y avait aucun caractère d’urgence.

L’ancien président de la compagnie a été entendu le 29 octobre 2018. Comme les deux vice-présidents, il estime ne pas être responsable de la catastrophe nucléaire. Lui n’était que Président, sans autorité. Il ne s’occupait pas des affaires courantes et c’était au département de la sûreté de s’occuper des mesures de sûreté. Lui s’occupait des relations extérieures, entendez, du lobbying.

Au-delà du déni de leur responsabilité dans l’accident que la justice devra trancher, leurs excuses méritent d’être soulignées. Sakaé Mutô a présenté ses excuses : “aux nombreuses personnes qui ont perdu la vie, à leur famille ou à ceux qui ont dû quitter leur habitation, j’ai causé beaucoup de souffrance qui ne peut pas être exprimée par des mots, j’adresse mes excuses les plus sincères. Je suis désolé par ce qui s’est passé”. Voir le Maïnichi, par exemple. Tsunéhisa Katsumata, quant à lui, a déclaré : “Qu’en tant que que personne qui a servi comme président et président du conseil d’administration, j’adresse mes excuses pour avoir causé d’énormes problèmes à ceux qui ont perdu la vie, à leurs familles endeuillées et aux blessés” (Maïnichi).

Outre la contradiction entre le fait de plaider non-coupable et de s’excuser, ces mots sont une reconnaissance que de nombreux décès sont bien une conséquence de la catastrophe nucléaire. C’est important de le noter quand on voit fréquemment circuler que tous les décès sont dus au tsunami et que l’accident nucléaire, voire l’incident, c’est zéro mort. Et quand on évoque les nombreux décès engendrés par l’évacuation, ces mêmes personnes précisent qu’il ne s’agit pas de morts directs dus à l’exposition radioactive. Comme si les victimes des guerres n’incluaient que les personnes tuées par les armes. Ou que les victimes du réchauffement climatique se limitaient aux seuls décès par coup de chaud…

Selon le rapporteur spécial de l’ONU, le Japon doit stopper le retour des enfants et jeunes femmes dans les territoires contaminés

Baskut Tuncak, rapporteur spécial de l’ONU pour les substances dangereuses et les déchets, a présenté son rapport devant l’assemblée générale à New York. Dans son adresse, il évoque notamment le cas des personnes déplacées de Fukushima contraintes de retourner dans des zones que le gouvernement n’aurait pas considérées comme sûres avant la catastrophe. En effet, la dose limite acceptable a été relevée de 1 à 20 mSv/an, avec des conséquences potentiellement graves pour les jeunes enfants retournant ou naissant dans les zones contaminées. 

Dans un communiqué de presse, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), basé à Genève, a choisi de mettre en avant la situation au Japon, dans les territoires contaminés par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Le rapporteur y déplore que le Japon n’ait pas tenu compte des précédentes recommandations de l’ONU. Et de rappeler ses recommandations de 2016 qui s’intéressaient particulièrement aux enfants exposés à des substances dangereuses. C’est au Japon de prouver que sa politique dans les territoires contaminés ne viole pas la convention relative aux droits de l’enfant dont il est partie, et, en particulier, l’article 24 qui stipule que “les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible”.

Le rapporteur regrette aussi dans le communiqué, “la décision du gouvernement de lever les ordres d’évacuation et la décision des autorités préfectorales de mettre fin à l’octroi d’aides au logement [qui] font peser de fortes pressions en faveur du retour sur un grand nombre d’auto-évacués. La levée progressive des ordres d’évacuation a créé d’énormes tensions sur les personnes dont la vie a déjà été affectée par la pire catastrophe nucléaire de ce siècle. Bon nombre d’entre eux ont l’impression d’être forcés de retourner dans des zones dangereuses, y compris celles où les niveaux de rayonnement sont supérieurs à ce que le gouvernement considérait auparavant comme sûr.”

Le titre du communiqué est sans ambiguïté : le Japon doit cesser les retours à Fukushima, où la radioactivité demeure un sujet de préoccupation. Évidemment, cela n’a pas plu aux autorités japonaises qui expliquent qu’il s’agit d’un point de vue partial qui pourrait heurter les populations de Fukushima. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que le gouvernement japonais est critiqué pour son non respect des droits humains.

Le rapporteur, qui avait déjà dénoncé les conditions de travail sur les chantiers de décontamination, regrette ne pas avoir été invité au Japon. Et, comme on peut le voir dans la liste des contributions reçues, ce pays n’a rien envoyé pour l’établissement du rapport 2018 sur l’exposition aux substances dangereuses.

Les rapports peuvent être trouvés ici en anglais.

Arrêt définitif d’Onagawa-1

Les médias japonais avaient annoncé, en septembre dernier, que Tôhoku Electric envisageait d’arrêter définitivement le réacteur n°1 de sa centrale d’Onagawa. C’est maintenant officiel puisque le PDG de la compagnie, Hiroya Harada, vient d’en informer le gouverneur de la province de Miyagi, ainsi que les maires d’Onagawa et Ishinomaki. Il ne serait pas rentable de renforcer la sûreté de ce réacteur mis en service en 1984.

Il s’agit d’un réacteur à eau bouillante de 524 MWe. En revanche, Tôhoku Electric veut redémarrer les deux autres réacteurs d’Onagwa, qui ont chacun une puissance de 825 MWe, mais pas avant 2020 au plus tôt. Les sous-sols d’Onagawa-2 ont été inondés par le tsunami en 2011 et l’exploitant va rehausser la digue le long du littoral.

C’est la 20ième mise à l’arrêt définitif depuis la catastrophe de Fukushima, si l’on compte les réacteurs accidentés. Les arrêts précédents concernaient Fukushima daï-ni et Ikata-2. Comme il y avait 54 réacteurs de production d’électricité au Japon en 2010, le parc japonais ne comptera plus que 34 réacteurs, une fois la mise à l’arrêt officialisée. D’autres arrêts définitifs devraient suivre.

Inversement, 15 réacteurs satisfont aux nouvelles règles de sûreté. Le dernier est Tôkaï-2. Et il n’y a que 8 réacteurs en activité. Ikata-3 devrait être remis en service sous peu suite à la décision de justice.

81ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 81ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 112 milliards de yens (0,9 milliard d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 714,5 milliards de yens (plus de 68 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Un maire des environs de Tôkaï s’oppose au redémarrage du réacteur

Japan Atomic Power Co. (JAPC) veut remettre en service son réacteur Tôkaï-2 et prolonger son exploitation jusqu’à 60 ans. Cela relève plutôt de l’acharnement thérapeutique, mais c’est le dernier réacteur qui lui reste. Son dossier de sûreté vient d’être validé par l’Autorité de Régulation Nucléaire.

Dans un entretien au Maïnichi, le maire de Naka, commune située à moins de 30 km de la centrale, s’oppose au redémarrage du réacteur. Sa position est due à l’impossibilité de mettre en place un plan d’évacuation des populations en cas d’accident nucléaire grave. Avec une peu moins d’un million d’habitants dans un rayon de 30 km, il s’attend à des embouteillages monstres et au refus des chauffeurs de bus d’aller chercher les personnes à évacuer. Pour lui, il est plus simple de ne pas démarrer le réacteur.

Rappelons que les plans d’urgence sont la cinquième barrière de protection dans le concept de défense en profondeur, mais qu’ils ne sont pas évalués par l’Autorité de Régulation Nucléaire. Ce serait une première que l’impossibilité d’établir un plan d’urgence induise l’arrêt d’un réacteur nucléaire.

JAPC, l’exploitant, a signé un accord avec les six communes de la zone de préparation à l’urgence, d’un rayon de 30 km autour de la centrale, dans lequel il s’engage à leur demander leur avis. Mais rien n’est stipulé en cas de désaccord entre les communes. Est-ce la majorité qui l’emporte ? Pour le maire de Naka, il faut l’accord de chacune des six communes pour démarrer le réacteur. Il compte mener une large consultation de la population avant de prendre sa décision.