Arrêt du réacteur nucléaire Sendaï-2 à cause du retard dans la mise en place des mesures anti-terrorisme

En mars dernier, Kyûshû Electric avait été contrainte d’arrêter le réacteur n°1 de sa centrale nucléaire de Sendaï à cause du retard dans la mise en place des mesures de protection contre les attaques terroristes. C’est au tour du réacteur n°2 d’être arrêté pour les mêmes raisons. La centrale de Takahama, exploitée par Kansaï Electric devrait suivre (voir la liste des réacteurs concernés).

Kyûshû Electric espère redémarrer Sendaï-1 le 26 décembre 2020 et Sendaï-2 le 26 janvier 2021. Fin avril 2020, la compagnie annonce avoir réalisé 90% du gros œuvre et 70% des travaux d’électricité et de machinerie. Les travaux de renforcement de la sûreté devraient lui coûter 242 milliards de yens (2 milliards d’euros).

La centrale est située dans la province de Kagoshima. A noter que Genkaï-3, situé dans la province de Saga, sera arrêté en septembre 2020 pour maintenance. Kyûshû Electric n’aura alors plus qu’un seul réacteur nucléaire en exploitation, sur les quatre qui ont été remis en service depuis la catastrophe de Fukushima.

Le dossier de sûreté de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura validé

L’Autorité de régulation nucléaire a fini par valider le dossier de sûreté de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura, située dans la province d’Aomori. Cette décision est soumise à l’avis du public pendant un mois. Pour contribuer, c’est ici en japonais. Après cette étape, il y aura encore des contrôles. Selon le Président de l’autorité de régulation nucléaire, il peut se passer encore beaucoup de temps avant une mise en service, qui accumule déjà 24 années de retard… L’exploitant, quant à lui, vise une mise en service en 2021.

Les travaux de construction ont commencé en 1993 et devaient être terminés en 1997. Après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, l’exploitant, Japan Nuclear Fuel Ltd, a dû revoir son dossier de sûreté. Il a déposé une demande en janvier 2014. Mais plusieurs scandales ont entraîné des retards dans la procédure.

Cette usine, prévue pour traiter 800 tonnes par an afin d’en extraire le plutonium des combustibles usés, devrait coûter en tout, jusqu’à son démantèlement, 14 000 milliards de yens (120 milliards d’euros). Le coût de sa seule construction est passé de 760 à 2 900 milliards de yens (6,4 à 25 milliards d’euros). Mais, elle n’a rien produit jusqu’à maintenant, et son activité sera réduite en cas de mise en service car il n’y a pratiquement pas de débouchés pour le plutonium extrait. Ce n’est pas un investissement rentable.

Rappelons que seulement 9 réacteurs nucléaires ont été remis en service au Japon depuis la catastrophe de Fukushima, dont 4 qui sont autorisés à utiliser du combustible MOx avec du plutonium recyclé. Un a été arrêté par la justice, en janvier dernier. Le Japon prévoyait 16 à 18 réacteurs utilisant ce combustible MOx… Le surgénérateur Monju, a quant à lui, été arrêté définitivement en décembre 2016. Et comme le Japon s’est engagé, en 2018, de n’extraire que la quantité de plutonium nécessaire, cette usine de retraitement ne sert à rien, car il faut déjà écouler le stock de 45,7 tonnes de plutonium. A pleine capacité, l’usine de retraitement de Rokkashô-mura devrait produire 7 tonnes de plutonium par an.

Les autorités locales de Rokkashô veulent renvoyer les 2 968 tonnes de combustibles usés déjà entreprosées dans la commune si l’usine de retraitement est abandonnée. Et comme il n’y a pas de place dans les centrales nucléaires pour les reprendre, tout le monde fait semblant que l’usine sera mise en service…

Dans un éditorial, l’Asahi parle de non-sens au regard des nombreux problèmes que pose cette usine au regard de la prolifération nucléaire, de sa rentabilité économique, de son intérêt énergétique… Le Maïnichi aussi et, tout comme l’Asahi, appelle à l’arrêt du projet qui a déjà trop coûté. Dans un autre article, l’Asahi rappelle le sacrifice des populations locales à qui l’on avait promis un avenir radieux. Mais les projets de “modernisation” du territoire se sont révélés être chimériques.

Comme en France, toute cette chimère n’a que pour seul but de changer le statut des déchets nucléaires en matières prétendument valorisables, mais jamais valorisées, tout en gardant une technologie d’origine militaire. D’un côté, le Japon appelle au désarmement nucléaire, tout en refusant de signer le traité d’interdiction des armes nucléaires, et d’un autre côté, il veut accumuler du plutonium…

La moitié de la cheminée des réacteurs 1 et 2 a été démantelée

TEPCo annonce avoir démantelé la moitié de la cheminée commune aux réacteurs 1 et 2. La compagnie a mis en ligne des photos et une vidéo pour l’occasion. La cheminée avait une hauteur de 120 m.

Les travaux se sont révélés être plus complexes que prévu. Ils avaient dû être reportés en mai dernier suite à une erreur de calcul sur la hauteur de la grue. Puis, les premières opérations ont eu lieu en août 2019. Puis, la lame d’une scie circulaire s’est coincée, ce qui a entraîné une intervention humaine, avant la reprise des travaux en décembre 2019. Il y a eu aussi des problèmes de communication entre les engins commandés à distance et le poste de commande. A chaque fois, cela a conduit à une interruption.

La cheminée est très contaminée et TEPCo ne donne aucune indication sur le devenir des ces déchets radioactifs.

99ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 99ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 8,5 milliards de yens (73 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 520 milliards de yens (82 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas. A noter que le nouveau total ne colle pas avec celui annoncé la dernière fois.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 498,4 milliards de yens (82 milliards d’euros).

Réévaluation du risque tsunami : Fukushima daï-ichi pourrait à nouveau être inondée

Le groupe d’experts gouvernemental a révisé l’évaluation du risque de tsunami suite à un fort séisme qui aurait lieu dans le Pacifique, au large du Japon. Au niveau de la fosse Chishima, la magnitude pourrait atteindre 9,3 et la secousse sur l’île de Hokkaïdô pourrait atteindre une magnitude supérieure à six sur l’échelle japonaise qui va jusqu’à 7. La vague de tsunami pourrait atteindre jusqu’à presque 30 m de haut sur le rivage.

En cas de séisme dans la fosse du Japon, qui pourrait atteindre une magnitude de 9,1, ce sont les provinces d’Iwaté et Miyagi qui seraient les plus touchées, comme en 2011. Là encore, la secousse et la vague pourraient atteindre des niveaux similaires à ceux calculés pour Hokkaïdô.

Le groupe d’experts a aussi calculé la hauteur potentielle de la vague à Futaba : 13,7 m. C’est plus haut que la nouvelle digue de 11 m de haut qui protège la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. TEPCo a dit qu’elle allait étudier cette nouvelle évaluation. Espérons qu’elle agira plus rapidement que par le passé où sa procrastination lui a été fatale.

Plusieurs bâtiments publics, dont des mairies, pourraient aussi être inondés.

En revanche, le groupe d’experts ne connait pas la probabilité de survenue d’un tel séisme, il note que la fréquence est d’environ un tous les 300 ou 400 ans et que la dernière fois, c’était au 17ième siècle !

COVID-19 : Après l’extension de l’état d’urgence sanitaire à tout le pays, TEPCo va réduire le nombre de travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi

Face à la progression des cas de COVID-19, le gouvernement japonais a dû se résoudre à étendre à tout le pays l’état d’urgence sanitaire, après l’avoir seulement déclaré dans 7 provinces. TEPCo va donc réduire le nombre d’intervenants sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi afin de limiter la progression du coronavirus.

Il y a actuellement environ 3 000 personnes chaque jour sur le site de la centrale nucléaire accidentée. La réduction du nombre de travailleurs va entraîner des retards dans les travaux. Cependant, certaines opérations, comme le refroidissement des réacteurs ou la gestion de l’eau contaminée, ne peuvent pas être arrêtées.

COVID-19 : mesures minimales au Japon

Suite à l’augmentation du nombre de cas de COVID-19 au Japon, le premier ministre s’est résolu à déclarer l’état d’urgence dans une partie du pays. Les provinces concernées sont les plus peuplées : Tôkyô, Kanagawa, Saitama, Chiba, Ôsaka, Hyôgo et Fukuoka. Cela représente 44% de la population. Ailleurs, de nombreuses écoles ont rouvert…

Voici les données de la NHK au 6 avril 2020, sachant qu’une faible fraction des cas est détectée.

Comme pour le report des JO, le gouvernement a tardé à accepter l’évidence. Pourtant, la progression est actuellement exponentielle, comme en Europe. Certains y voient le résultat des fêtes sous les cerisiers en fleurs (hanami) où la distanciation n’est pas de mise.

Cette décision arrive probablement trop tard car le nombre de lits de réanimation par habitant est plus faible au Japon qu’en Europe. De plus, comme un des leaders mondiaux du tabac est japonais, le taux de tabagisme y est plus élevé. L’interdiction de fumer dans les restaurants vient à peine d’entrer en vigueur. Les hôpitaux japonais risquent donc de ne pas pouvoir faire face à la vague des admissions.

Le message du premier ministre, Shinzô Abé, est peu explicite pour la population et très optimiste : “Bien que l’état d’urgence soit déclaré, cela ne signifiera pas un confinement comme on le voit à l’étranger. […] Si chacun d’entre nous peut réduire les contacts avec d’autres personnes d’au moins 70 %, et idéalement de 80 %, nous devrions pouvoir constater un pic du nombre d’infections en deux semaines”.

Abé a également exhorté le peuple japonais à s’inspirer du sentiment d’unité qui a suivi le tremblement de terre dévastateur, le tsunami et la catastrophe nucléaire du pays en 2011 : “Nous sommes à nouveau confrontés à une grande difficulté. Cependant, si nous travaillons ensemble une fois de plus avec espoir, nous relèverons le défi et nous irons de l’avant […] Nous vaincrons le virus, nous vaincrons le virus et nous pourrons surmonter l’épreuve de cet état d’urgence”.

Bref, comme avec la catastrophe nucléaire, le gouvernement minimise l’impact, avec le sentiment que le Japon fera mieux que les autres.

A la centrale nucléaire accidentée de Fukushima daï-ichi, il commence à y avoir une pénurie d’équipement de protection, comme le signale l’agence AP, mais TEPCo aurait trouvé de nouveaux fournisseurs. La distance de sécurité nécessaire pour éviter la propagation du coronavirus ne peut pas toujours être respectée sur le site qui accueille environ 4 000 personnes par jour. Si la propagation du virus s’étend à tout le Japon, TEPCo devra revoir son organisation du travail car les travaux ne peuvent pas être arrêtés. La compagnie affirme que les travailleurs ayant des compétences particulières, qui seraient difficiles à remplacer, ont réduit les contacts avec les autres personnes afin de minimiser les risques d’infection. Le communiqué est très laconique et peu informatif.

Les données sur le COVID-19 dans la région de Tôkyô sont ici en anglais. Un site indépendant fait aussi un décompte en anglais sur tout le Japon.

Consultation sur le rejet de l’eau contaminée

Le ministère de l’industrie et de l’économie vient de lancer une consultation sur le rejet de l’eau contaminée à Fukushima daï-ichi. La date limite est le 15 mai 2020. Voir l’annonce en japonais.

Les contributions sont limitées à un texte en japonais de 2000 caractères au maximum. Elles peuvent être envoyées par mail, fax ou courrier. Les coordonnées sont dans l’annonce.

Rapport de l’AIEA sur l’eau contaminée : rien de pertinent

Le gouvernement japonais a demandé à l’AIEA, basée à Vienne, d’évaluer son plan de gestion de l’eau contaminée. L’agence de l’ONU vient de mettre en ligne son rapport qui ne contient rien de neuf. Il ne fait qu’avaliser tout ce que propose le gouvernement japonais sans apporter de proposition. L’AIEA ne propose même pas l’idée de faire des analyses indépendantes…

A noter, que le chef de l’équipe d’évaluation, Christophe Xerri, travaillait pour Mitsubishi Nuclear Fuel (MNF) au moment de l’accident. Il faisait donc partie du “village nucléaire japonais”. Ce conflit d’intérêt n’est même pas signalé, tout comme il n’était pas signalé dans le rapport de la dernière délégation de l’AIEA à Fukushima. Une autre membre de l’équipe d’évaluation, Masahiro Yagi, était directeur des situations d’urgence de la NISA au moment de la catastrophe nucléaire… Ce n’est pas mentionné, non plus.

Depuis le début de cette catastrophe nucléaire, l’AIEA se contente de copier les informations officielles japonaises sans exercer la moindre analyse critique et n’a rien apporté de pertinent.

Avant la catastrophe nucléaire de Fukushima, l’autorité en charge de la sûreté au Japon (NISA) dépendait du ministère de l’industrie et se préoccupait plus de la promotion du nucléaire que de sa sûreté. Une des grandes leçons de cette catastrophe a été la création d’une autorité de régulation nucléaire indépendante. L’AIEA n’a rien changé de son fonctionnement bien qu’elle n’ait pas pu empêcher cette catastrophe. Sa principale activité reste la promotion de l’énergie nucléaire, sans la moindre remise en cause. Elle n’empêchera donc pas la prochaine catastrophe…

TEPCo ne sait pas comment reprendre des sacs de sable très contaminés

Au début de la catastrophe, TEPCo avait utilisé les sous-sols de deux bâtiments pour y mettre de l’eau très contaminée. Elle avait mis des sacs de sable chargé en zéolites pour absorber le césium.

La compagnie veut maintenant purger les sous-sols de l’eau contaminée, mais elle ne sait pas comment reprendre le sable. Il y en a 26 tonnes, selon l’Asahi. Des mesures de débit de dose auraient été effectuées en décembre 2018 faisant apparaître des valeurs élevées. Des investigations complémentaires ont été effectuées depuis à l’aide d’un robot plongeur. Les sacs émettraient 3 à 4 sieverts par heure ! C’est une dose létale en quelques heures ! Un échantillon de sable prélevé avait une concentration en césium de 130 GBq/kg (130 milliards de becquerels par kilogramme).

TEPCo devait avoir fini de purger l’eau à la fin 2020. Ce sera après 2023. L’eau, pour le moment, sert d’écran aux radiations émises par les sacs. La compagnie doit trouver un moyen de reprendre les 26 tonnes de sable et de les emballer dans des conteneurs suffisamment protecteurs.