Réacteur n°3 : lente progression du retrait des combustibles usés

Sans changement depuis le 6 février dernier, la page dédiée au retrait des combustibles de la piscine du réacteur n°3 a été mise à jour ce 10 juin 2020 : le nombre d’assemblages de combustibles usés retirés est désormais de 102 sur 514. C’était 18 sur 514 le 6 février 2020.

Rejet de l’eau contaminée : le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme demande au Japon de respecter ses obligations et de prendre le temps de consulter les populations

Le Japon n’a pas trouvé d’autre solution que de rejeter son stock d’eau contaminée dans l’Océan pacifique, après avoir procédé à un deuxième traitement afin d’abaisser la contamination résiduelle.TEPCo prévoit un rejet étalé sur une trentaine d’années.

Les autorités japonaises voulaient attendre la fin des Jeux olympiques de Tôkyô avant de commencer les rejets, sachant que le calendrier est serré puisqu’il n’y aura plus de place à partir de 2022. Le report des JO de l’été 2020 à l’été 2021 pour cause de pandémie de COVID-19 n’arrange pas ses affaires. Une consultation du public a eu lieu en avril-mai dernier.

Quatre experts du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), qui est la principale entité des Nations Unies en matière de droits de l’homme, viennent de rappeler à l’ordre le Japon à ce sujet. Dans un communiqué de presse, ils se disent “profondément préoccupés par les informations selon lesquelles le gouvernement japonais a accéléré son calendrier pour le rejet d’eaux usées radioactives dans l’océan sans avoir le temps ou la possibilité de mener des consultations sérieuses”. Ils demandent donc d’attendre que la crise COVID-19 soit passée pour que des consultations internationales appropriées puissent avoir lieu.

Ils ont déclaré qu’il n’était pas nécessaire de prendre des décisions hâtives car il y avait suffisamment d’espace pour installer des réservoirs de stockage supplémentaires afin d’augmenter la capacité, et la consultation publique ne devait initialement avoir lieu qu’après les Jeux olympiques de 2020. Et d’ajouter que la “COVID-19 ne doit pas être utilisé comme un tour de passe-passe pour détourner l’attention des décisions qui auront de profondes implications pour les populations et la planète pour les générations à venir”, ont déclaré les experts. “Il y aura de graves répercussions sur les moyens de subsistance des pêcheurs japonais locaux, mais aussi sur les droits de l’homme des personnes et des peuples en dehors du Japon”.

Ce n’est pas la première fois que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme critique le Japon pour sa gestion de la catastrophe de Fukushima.

Les dernières recommandations des experts japonais sur la gestion de l’eau contaminée sont ici en japonais. Rien de neuf par rapport à la dernière communication sur le sujet, ni par rapport à la communication précédente, de décembre 2019. Les autorités japonaises utilisent toujours la même stratégie : Décider – Annoncer – Défendre (DAD). Et toute critique est rabaisée au rang de rumeur néfaste…

Le gouvernement envisage de lever les derniers ordres d’évacuer avant la fin des travaux de décontamination

Les ordres d’évacuer ont été levés partout, sauf dans les zones dites de retour difficile, où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an au début de la crise. Cela concerne encore sept communes. La décontamination y est beaucoup plus complexe et ne suffit pas à abaisser suffisamment les niveaux d’exposition. Alors, selon l’Asahi, le gouvernement japonais veut y lever les ordres d’évacuer avant même d’avoir terminé les travaux de réhabilitation, à la condition que les habitants ne reviennent pas !

Actuellement, il y a trois conditions à satisfaire avant de lever un ordre d’évacuer : l’exposition externe doit être passée sous la valeur de 20 mSv/an (ce seuil est très élevé en comparaison du seuil de 1 mSv/an utilisé ailleurs, où il n’y a pas eu d’accident) ; les infrastructures et les services comme les routes, l’eau, l’électricité doivent avaoir été rétablis et les travaux de décontamination doivent être terminés ; enfin, des discussions doivent avoir eu lieu avec l’équipe municipale. Pour accélérer le processus dans les derniers territoires évacués, le gouvernement envisage de revoir certaines règles dans les zones où l’exposition externe est passée naturellement sous la barre de 20 mSv/an.

L’ordre d’évacuer pourrait y être levé avant même que les travaux de décontamination aient été effectués, à la condition que personne n’y réside et que la commune en fasse la demande ! Les ministères de l’industrie et de l’environnement se seraient déjà mis d’accord et l’Autorité de régulation nucléaire seraient chargée d’y établir les règles de protection.

C’est la commune d’Iitaté qui aurait fait une telle demande en février dernier. L’ordre d’évacuer est maintenu dans le district de Nagadoro, toujours classé en zone dite de retour difficile. La commune aimerait qu’il soit partiellement levé en 2023. Les 11 foyers concernés n’ont aucune intention de retourner vivre chez eux, même si cet ordre est levé.

La commune aimerait créer un parc dans la zone la plus contaminée. Iitaté n’est pas seule commune concernée par ces difficultés. C’est une façon d’entériner le non-retour des populations dans certaines zones, sans le reconnaître puisque l’ordre d’évacuation sera levé là où il n’y a plus personne à évacuer.

TEPCO cherche un président

Le président actuel de TEPCo, Takashi Kawamura, démissionnera de son poste après l’assemblée générale des actionnaires qui aura lieu ce mois-ci et il n’y a pas de remplaçant, pour le moment. Plusieurs personnes ont été approchées, mais elles ont toutes décliné l’offre.

Les investigations de l’Autorité de régulation nucléaire pour comprendre l’accident à la centrale de Fukushima suspendues à cause de la COVID-19

En octobre 2019, l’Autorité de régulation nucléaire (NRA) avait relancé ses investigations pour comprendre le déroulement de l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi, profitant de la baisse des niveaux d’exposition à la radioactivité pour effectuer des inspections sur place. En décembre 2019, une vidéo avec des images impressionnantes de l’intérieur du bâtiment réacteur n°3 avaient été mise en ligne.

Le Japan Times, qui reprend une dépèche de l’agence Kyodo, annonce que ces inspections sont suspendues à cause de la COVID-19, afin de protéger les 4 000 travailleurs qui interviennent sur le site de la centrale accidentée.

Fin mars 2020, la NRA avait fixé 7 priorités et prévoyait d’envoyer des inspecteurs toutes les semaines ou quinzaines en avril et en mai. Mais, avec la déclaration de l’état d’urgence sanitaire à Tôkyô, le 7 avril, étendue à tout le pays le 16 avril, elle a dû suspendre ces déplacements. En effet, l’apparition d’un foyer de contamination au coronavirus sur le site de la centrale pourrait entraîner la suspension de nombreux travaux, dont certains sont importants pour maintenir la sûreté des installations.

Bien que l’état d’urgence soit maintenant levé, les inspections ne pourront pas être relancées rapidement car les fortes chaleurs estivales rendent le port des équipements de protection insupportable. Les investigations reprendront donc à l’automne et le rapport ne sera pas rendu avant la fin de l’année, comme prévu initialement.

Centième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 100ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 11,3 milliards de yens (96 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 531,3 milliards de yens (81 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 505,6 milliards de yens (81 milliards d’euros).

Arrêt du réacteur nucléaire Sendaï-2 à cause du retard dans la mise en place des mesures anti-terrorisme

En mars dernier, Kyûshû Electric avait été contrainte d’arrêter le réacteur n°1 de sa centrale nucléaire de Sendaï à cause du retard dans la mise en place des mesures de protection contre les attaques terroristes. C’est au tour du réacteur n°2 d’être arrêté pour les mêmes raisons. La centrale de Takahama, exploitée par Kansaï Electric devrait suivre (voir la liste des réacteurs concernés).

Kyûshû Electric espère redémarrer Sendaï-1 le 26 décembre 2020 et Sendaï-2 le 26 janvier 2021. Fin avril 2020, la compagnie annonce avoir réalisé 90% du gros œuvre et 70% des travaux d’électricité et de machinerie. Les travaux de renforcement de la sûreté devraient lui coûter 242 milliards de yens (2 milliards d’euros).

La centrale est située dans la province de Kagoshima. A noter que Genkaï-3, situé dans la province de Saga, sera arrêté en septembre 2020 pour maintenance. Kyûshû Electric n’aura alors plus qu’un seul réacteur nucléaire en exploitation, sur les quatre qui ont été remis en service depuis la catastrophe de Fukushima.

Le dossier de sûreté de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura validé

L’Autorité de régulation nucléaire a fini par valider le dossier de sûreté de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura, située dans la province d’Aomori. Cette décision est soumise à l’avis du public pendant un mois. Pour contribuer, c’est ici en japonais. Après cette étape, il y aura encore des contrôles. Selon le Président de l’autorité de régulation nucléaire, il peut se passer encore beaucoup de temps avant une mise en service, qui accumule déjà 24 années de retard… L’exploitant, quant à lui, vise une mise en service en 2021.

Les travaux de construction ont commencé en 1993 et devaient être terminés en 1997. Après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima, l’exploitant, Japan Nuclear Fuel Ltd, a dû revoir son dossier de sûreté. Il a déposé une demande en janvier 2014. Mais plusieurs scandales ont entraîné des retards dans la procédure.

Cette usine, prévue pour traiter 800 tonnes par an afin d’en extraire le plutonium des combustibles usés, devrait coûter en tout, jusqu’à son démantèlement, 14 000 milliards de yens (120 milliards d’euros). Le coût de sa seule construction est passé de 760 à 2 900 milliards de yens (6,4 à 25 milliards d’euros). Mais, elle n’a rien produit jusqu’à maintenant, et son activité sera réduite en cas de mise en service car il n’y a pratiquement pas de débouchés pour le plutonium extrait. Ce n’est pas un investissement rentable.

Rappelons que seulement 9 réacteurs nucléaires ont été remis en service au Japon depuis la catastrophe de Fukushima, dont 4 qui sont autorisés à utiliser du combustible MOx avec du plutonium recyclé. Un a été arrêté par la justice, en janvier dernier. Le Japon prévoyait 16 à 18 réacteurs utilisant ce combustible MOx… Le surgénérateur Monju, a quant à lui, été arrêté définitivement en décembre 2016. Et comme le Japon s’est engagé, en 2018, de n’extraire que la quantité de plutonium nécessaire, cette usine de retraitement ne sert à rien, car il faut déjà écouler le stock de 45,7 tonnes de plutonium. A pleine capacité, l’usine de retraitement de Rokkashô-mura devrait produire 7 tonnes de plutonium par an.

Les autorités locales de Rokkashô veulent renvoyer les 2 968 tonnes de combustibles usés déjà entreprosées dans la commune si l’usine de retraitement est abandonnée. Et comme il n’y a pas de place dans les centrales nucléaires pour les reprendre, tout le monde fait semblant que l’usine sera mise en service…

Dans un éditorial, l’Asahi parle de non-sens au regard des nombreux problèmes que pose cette usine au regard de la prolifération nucléaire, de sa rentabilité économique, de son intérêt énergétique… Le Maïnichi aussi et, tout comme l’Asahi, appelle à l’arrêt du projet qui a déjà trop coûté. Dans un autre article, l’Asahi rappelle le sacrifice des populations locales à qui l’on avait promis un avenir radieux. Mais les projets de “modernisation” du territoire se sont révélés être chimériques.

Comme en France, toute cette chimère n’a que pour seul but de changer le statut des déchets nucléaires en matières prétendument valorisables, mais jamais valorisées, tout en gardant une technologie d’origine militaire. D’un côté, le Japon appelle au désarmement nucléaire, tout en refusant de signer le traité d’interdiction des armes nucléaires, et d’un autre côté, il veut accumuler du plutonium…

La moitié de la cheminée des réacteurs 1 et 2 a été démantelée

TEPCo annonce avoir démantelé la moitié de la cheminée commune aux réacteurs 1 et 2. La compagnie a mis en ligne des photos et une vidéo pour l’occasion. La cheminée avait une hauteur de 120 m.

Les travaux se sont révélés être plus complexes que prévu. Ils avaient dû être reportés en mai dernier suite à une erreur de calcul sur la hauteur de la grue. Puis, les premières opérations ont eu lieu en août 2019. Puis, la lame d’une scie circulaire s’est coincée, ce qui a entraîné une intervention humaine, avant la reprise des travaux en décembre 2019. Il y a eu aussi des problèmes de communication entre les engins commandés à distance et le poste de commande. A chaque fois, cela a conduit à une interruption.

La cheminée est très contaminée et TEPCo ne donne aucune indication sur le devenir des ces déchets radioactifs.

99ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 99ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 8,5 milliards de yens (73 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 520 milliards de yens (82 milliards d’euros au cours actuel), en incluant le présent versement et cela ne suffira pas. A noter que le nouveau total ne colle pas avec celui annoncé la dernière fois.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 498,4 milliards de yens (82 milliards d’euros).