Le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme de l’ONU s’intéresse aux victimes de la catastrophe de Fukushima

Le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme de l’ONU s’est intéressé au Japon. Concernant les victimes de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi (il faut cliquer sur F pour accéder aux documents en français), il note :

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a constaté avec inquiétude qu’il n’avait pas été suffisamment pourvu aux besoins particuliers des groupes défavorisés et vulnérables pendant la phase d’évacuation et au cours des travaux de relèvement et de reconstruction qui ont suivi le grave séisme qui a frappé l’est du Japon et l’accident nucléaire de Fukushima. Il a recommandé au Japon d’adopter une approche fondée sur les droits de l’homme en ce qui concernait les interventions en cas de catastrophe, l’atténuation des risques et les opérations de reconstruction […].

Le Rapporteur spécial sur le droit à la santé a recommandé au Japon de rendre publiques les informations relatives aux catastrophes dès que celles-ci se produisaient et de veiller à la participation effective et sans exclusive de la population aux processus de prise de décisions concernant les politiques et le cadre réglementaire en matière d’énergie nucléaire.

Plusieurs organisations sont intervenues auprès du Haut Commissariat :

IUVENTUM relève que l’état d’urgence décrété à la suite de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, en vigueur depuis mars 2011, autorise le Gouvernement à fixer les normes de sécurité. Si d’importants efforts de décontamination ont été faits, de nombreux lieux n’en ont pas bénéficié, ce qui fait que certains lieux décontaminés risquent d’être à nouveau contaminés. Alors qu’un rapport récent montre que le taux de radioactivité dans l’air est plus élevé à Fukushima qu’ailleurs, le Gouvernement renvoie les personnes qui avaient été évacuées dans les zones contaminées où la radiation est supérieure à 1 mSv/an. Greenpeace recommande au Japon de diffuser des informations exactes et aisément accessibles au sujet de la radiation et des niveaux de risque et de réduire le niveau annuel acceptable d’exposition supplémentaire dans les zones touchées par l’accident à un maximum de 1 mSv/an, ce qui correspondrait à la norme internationale.

Et d’ajouter :

IUVENTUM demande instamment au Japon de maintenir son aide financière aux évacués volontaires de la catastrophe de Fukushima. Greenpeace note avec préoccupation que la catastrophes a des conséquences psychologiques d’une grande ampleur et potentiellement fatales, en particulier pour les femmes et les filles, qui sont en outre, du fait de leur vulnérabilité face aux effets des radiations sur la santé, particulièrement pénalisées aux plans économique et politique par les politiques de reconstruction actuelles. HRN est préoccupé par la situation des enfants diagnostiqués comme souffrant d’un cancer de la thyroïde, ou dont on pense qu’ils en sont atteints, et invite instamment le Japon à améliorer la surveillance sanitaire et les services de santé.

HRN est l’organisation Human Rights Now basée à Tôkyô : sa contribution est ici en anglais. IUVENTUM est une organisation allemande. Enfin, la contribution de Greenpeace est accessible depuis ce communiqué en anglais.

Dans son rapport, le Japon n’est guère prolixe sur la situation des personnes déplacées par la catastrophe nucléaire :

Le Gouvernement offre aussi une aide technique et financière à la préfecture de Fukushima. Il a ainsi versé une subvention de 78,2 milliards de yen au Fonds pour la santé des habitants de Fukushima mis sur pied par la préfecture pour aider la population à prendre en charge leur santé à moyen et à long terme.

Selon Greenpeace, présente sur place à Genève, plusieurs pays sont intervenus en séance pour soutenir les victimes de la catastrophe nucléaire. Les diverses parties préparent actuellement des documents pour se répondre mutuellement. A suivre…

Le Japon veut rouvrir le centre d’Ôkuma en 2022

La ville d’Ôkuma, dans laquelle il y a une partie de la centrale de Fukushima daï-ichi, est classée en zone de retour difficile. Mais, le gouvernement, qui veut reconquérir tous les territoires à tout prix, veut autoriser le retour des habitants dans le centre de la commune, à partir de 2022, comme pour la commune voisine de Futaba.

860 hectares, situés à environ 4 km de la centrale accidentée, vont être décontaminés. Cela représente à peine 18% de la surface des territoires classés en zone de retour difficile à Ôkuma. Le gouvernement compte sur le retour de 1 500 personnes et l’installation d’un millier de travailleurs du nucléaire engagés dans le démantèlement. Il espère aussi 130 agriculteurs.

Ces chiffres sont complètement fantaisistes. Il est peu probable que 1 500 personnes retournent à Ôkuma plus de 10 ans après la catastrophe nucléaire. Quant aux travailleurs, après avoir été exposés à la radioactivité sur leur lieu de travail, ils seront encore exposés sur leur lieu de résidence, sans que cela soit pris en compte.

Seulement 90 enfants attendus dans les écoles d’Iitaté à la rentrée prochaine

742 enfants étaient scolarisés à Iitaté-mura avant la catastrophe nucléaire. Le village a été vidé de ses habitants jusqu’à la fin mars 2017, date de la levée des ordres d’évacuer. Selon le Fukushima Minpo, l’école devrait rouvrir à la rentrée d’avril 2018, mais les autorités locales n’attendent, selon une enquête récente, que 90 enfants. C’est à peine 12% des effectifs attendus, mais c’est 38 de plus que lors de la précédente enquête qui date d’août 2017.

A titre de comparaison, les établissements scolaires d’Iitaté, délocalisés à Kawamata et dans la ville de Fukushima, accueillent 139 enfants actuellement.

L’école fait tout pour séduire les parents, en vantant les faibles effectifs qui permettent un suivi plus personnalisé, des intervenants extérieurs et des uniformes dessinés par Hiroko Koshino, couturière célèbre.

TEPCo, l’Etat japonais et les plaignants font appel du dernier jugement

3 824 personnes s’étaient jointes à une plainte collective afin d’être mieux indemnisées et TEPCo et l’Etat japonais avaient été reconnus coupables de négligences. Les deux parties viennent de faire appel de cette décision.

TEPCo et l’Etat contestent cette décision et les plaignants estiment que l’indemnisation ordonnée par la cour n’est pas suffisante : la somme allouée est trop faible et certaines zones ne bénéficient toujours pas de soutien financier.

TEPCo et l’Etat japonais reconnus coupables par un tribunal de Fukushima

TEPCo et l’Etat japonais viennent d’être reconnus coupables de négligences car ils auraient dû prendre des mesures de protection des centrales nucléaires contre les tsunamis. La cour a noté que TEPCo était le premier responsable de la sûreté de ses installations et l’Etat en second. Ils devront indemniser 2 907 personnes pour un total de 500 millions de yens (3,8 millions d’euros). Elles recevront entre 10 000 et 360 000 yens (75 et 2 700 euros) chacune.

3 824 personnes s’étaient jointes à cette plainte collective, pour la plupart originaires de Fukushima. Environ 10% étaient des évacués forcés, mais 80% de ces plaignants sont restés chez eux après l’accident nucléaire. La plupart des 2 907 personnes qui seront indemnisées résident à Fukushima, et certaines à Ibaraki.

La justice reconnaît le droit à une indemnisation à des auto-évacués et à des personnes vivant en dehors de la province de Fukushima lors de l’accident. Il y a plus de 1,5 million de personnes qui vivent ou vivaient sur les mêmes territoires que ces personnes. Cette décision de justice, si elle est confirmée en appel, pourrait avoir un énorme impact sur le système d’indemnisation.

Les plaignants réclamaient 16 milliards de yens (120 millions d’euros) et avaient aussi demandé que TEPCo et l’Etat restaurent leurs environnements aux niveaux de radiation qui prévalaient avant l’accident. Ils ont été déboutés sur ce dernier point.

Une trentaine de plaintes similaires ont été déposées à travers le Japon, avec un total de 12 000 plaignants environ, et c’est la troisième fois que TEPCo est reconnue coupable, l’Etat, la deuxième. Les précédents jugements étaient à Maebashi, dans la province de Gunma et à Chiba. TEPCo et l’Etat avaient fait appel. Ces trois jugements reconnaissent le droit des plaignants à une meilleure indemnisation.

Une cour de Tôkyô vient d’ordonner à TEPCo de payer 670 millions de yens pour un golf à titre d’indemnisation (5 millions d’euros). C’est plus que pour 2 900 plaignants… Le gérant du golf, situé entre 20 et 30 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, réclamait 5,8 milliards de yens. Il a dû fermer 3 mois suite à la catastrophe, et depuis, seule une partie du parcours est utilisable. Le nombre de clients a chuté. La justice n’a pas cédé à la requête de faire décontaminer le golf par TEPCo.

Par ailleurs, un dame vient de porter plainte contre TEPCo à cause du décès de son père, âgé de 88 ans en 2011, qui soufrait d’une maladie rénale. Originaire de Hirono, il se rendait trois fois par semaine dans une clinique de Tomioka pour une dialyse. Après l’évacuation de sa commune, il a été envoyé dans quatre institutions médicales différentes à Iwaki, dans la province de Fukushima, puis à Tôkyô au bout d’une semaine. Il n’a pas pu bénéficier de soins réguliers, et est décédé le 1er avril 2011, soit trois semaines après l’accident nucléaire.

La commune de Hirono a reconnu que ce décès était lié à l’évacuation, mais TEPCo estime qu’elle n’est responsable qu’à 50% du décès et a octroyé 7,8 millions de yens en compensation. Cette somme est basé sur les contrats d’assurance automobile. La fille estime que ce n’est pas assez et a demandé plus à la compagnie, qui a refusé. Elle a donc saisi la justice et réclame 31 millions de yens.

En 2014, le Maïnichi avait révélé que TEPCo avait fixé à 50% par défaut sa contribution à l’indemnisation en cas de décès ou de maladie provoqués par l’évacuation. Il avait aussi présenté quelques cas.

Des poupées de chiffon pour peupler les commerces et lieux publics déserts des anciennes zones évacuées

Ce reportage de France24, qui montre la vie, ou l’absence de vie, dans les territoires où l’ordre d’évacuation a été levé, montre que le chemin de la reconquête est encore long. A Naraha, l’une des premières villes à avoir rouvert, un groupe de personnes âgées s’est mis à fabriquer des poupées grandeur nature pour peupler des commerces et des lieux publics toujours déserts. Et, à défaut des anciens habitants, c’est une nouvelle population qui est en train d’investir l’ancien no man’s land. Des milliers d’ouvriers en décontamination, en construction ou encore des ingénieurs en nucléaire cherchent ainsi à habiter plus près de leur lieu de travail. Ils s’installent dans des bâtiments neufs ou bien dans les anciennes habitations des réfugiés du nucléaire, ravis de céder leur bien.

Territoires évacués : peu de retour beaucoup de problèmes

En mars dernier, les autorités ont levé les derniers ordres d’évacuer, sauf dans les territoires dits de « retour difficile ». Pour les autorités, l’année 2017 devait être l’année du grand retour, mais les populations concernées ne sont pas aussi enthousiastes : les victimes de la catastrophe nucléaire sont aussi victimes de l’arbitraire des autorités. Force est de constater que le taux de retour reste très faible et que les personnes qui sont rentrées font face à de nombreuses difficultés.

A Tomioka, il y avait 13 300 habitants avant la catastrophe. Selon le Maïnichi, seuls 200 sont rentrés et à peine 400 sont venus assister aux feux d’artifice tirés le 11 août dernier. A Iitaté, seulement 466 personnes étaient rentrées au 1 août, sur 5 977, selon le Yomiuri.

Parmi les difficultés rencontrées par les personnes qui sont rentrées, il y a la présence d’animaux sauvages dans les lieux de résidence, dont des sangliers. Alors on met du grillage autour des propriétés pour prévenir la pénétration des animaux. « Mettre les humains en cage semble être une blague », a expliqué au Maïnichi une personne rentrée à Namié, « mais je suis contente si la barrière maintient les sangliers éloignés ». Ces barrières de 1,2 m de hauteur, sont un des projets tests mis en place par les autorités pour répondre à l’inquiétude des résidents. En cas de succès, c’est toutes les zones résidentielles qui pourraient être grillagées. D’autres animaux se sont installés dans les maisons abandonnées.

Fondements éthiques de la radioprotection

La CIPR a soumis à l’avis du public son projet de rapport sur les fondements éthiques de la radioprotection. Ce rapport mentionne la problématique de l’exposition après une catastrophe nucléaire.

Dans son avis envoyé à la CIPR, l’ACRO estime que cette analyse n’est pas complète et qu’elle ne prend pas en compte les préoccupations des populations exposées.

Lire l’avis complet.

Réouverture d’établissements scolaires à Odaka et Naraha qui avaient été évacués

Après 6 années, les écoles primaires et collèges ont rouvert leur portes à Odaka, dans la commune de Minami-Sôma et à Naraha, dans des territoires qui avaient été évacués. Il y a 129 élèves à Odaka, dont 62 en primaire et 105 à Naraha. C’est environ 10% des effectifs d’avant la catastrophe et il y a extrêmement peu de nouveaux inscrits.

Certaines familles n’ont pas encore réemménagé dans les communes et les enfants ont beaucoup de transport pour aller dans leur école. La plupart habite encore Iwaki. Ils prennent donc le train et un bus scolaire.

Selon le Fukushima Minpo, les communes concernées vont donc tenter de faire comprendre aux familles qui ne sont pas rentrées l’intérêt d’étudier dans leur commune d’origine. Quel est cet intérêt ?

Les uniformes scolaires et la cantine sont gratuits et les enfants reçoivent une tablette à partir de la cinquième année.

Le New York Times publie un reportage sur les établissements de Naraha. Dans certaines classes, il n’y a que 6 élèves alors qu’à peine 20% de la population est rentrée depuis la levée de l’ordre d’évacuer en septembre 2015.

Si une poste, un centre de soin ont rouvert à Naraha, il n’y a toujours pas de supermarché dans la commune. Et il y a des sacs de déchets radioactifs partout. La contamination des établissements scolaires, des chemins d’accès et des aliments de la cantine sont contrôlés régulièrement.

A Odaka, un lycée technique a aussi rouvert avec 503 élèves. Avant la catastrophe, il y avait deux lycées techniques avec 805 élèves.

Toutes les régions affectées par le tsunami de mars 2011 ont vu une chute des effectifs scolaires, mais elle est plus importante à Fukushima. D’une manière générale, sur tout le pays, la dénatalité entraîne une baisse de 1% par an du nombre d’enfants scolarisés. Selon l’Asahi, qui a enquêté, les 12 communes d’Iwaté les plus proches du littoral la baisse des effectifs scolaires est de 27,3% depuis 2010. C’est 38,5% à Yamada et 37,9% à Ôtsuchi. La province de Miyagi a vu une baisse globale de 8% depuis 2010. Mais, si l’on exclut Sendaï, la capitale, la baisse est de 15%. Elle atteint plus de 50% à Onagawa, la commune de la province la plus touchée par le tsunami.

A Fukushima, la baisse sur les communes où il y a eu ordre d’évacuer est de 30% depuis 2010. C’est la commune de Namié la plus touchée : le nombre d’enfants scolarisés en primaire ou collège est passé de 1 800 à 13 dans des écoles délocalisées.

Levée des ordres d’évacuer : les victimes de la catastrophe nucléaire sont aussi victimes de l’arbitraire des autorités

Pour les autorités, l’année 2017 doit être l’année du grand retour, mais les populations concernées ne sont pas aussi enthousiastes. Là où l’ordre d’évacuer a été levé ces dernières années, le taux de retour est seulement de 14,5%. Cet ordre vient aussi d’être levé dans une partie des communes de Kawamata, Namié, Iitaté et Tomioka. 32 000 personnes dans 12 000 foyers sont concernées, mais, là encore, seulement un faible pourcentage rentrera.

Futaba et Ôkuma sont désormais les deux seules communes à être encore entièrement évacuées.

A Tomioka, où une allée de 2,2 km de cerisiers attirait 100 000 personnes par an pendant la floraison avant 2011, la mairie va l’illuminer sur 600 m entre 18 et 20 h pendant deux semaines à partir du 1er avril afin de faire revenir les touristes et les habitants. Un petit centre commercial de 6 000 m2 a aussi ouvert. Il abrite 6 commerces.

Il n’est pas sûr que toutes ces actions suffisent à faire revenir les 9 000 habitants concernés par la levée de l’ordre d’évacuation. Seulement 16% ont affirmé vouloir le faire.

C’est en 2015 que le gouvernement japonais a annoncé la levée de tous les ordres d’évacuation à la fin mars 2017, sauf dans les zones qualifiées de « retour difficile ». Le retour est espéré dans l’année qui suivra et l’indemnisation s’arrêtera en mars 2018. Pour les « auto-évacués », qui avaient quitté d’eux mêmes les zones contaminées, sans en recevoir l’ordre, c’est la fin des logements gratuits mis à leur disposition. Les autorités espèrent aussi leur retour à Fukushima. Il n’a pas demandé l’avis des personnes concernées.

La motivation gouvernementale est double : il y a, bien entendu, le coût des indemnisations, mais aussi une décision prise sans concertation de reconquête totale des territoires contaminés, quel qu’en soit le prix, pour des raisons idéologiques.

Ainsi, les autorités peuvent annoncer que les surfaces encore évacuées ne couvrent plus que 369 km2 et ont été réduites à 30% de leur surface initiale. Mais, c’est trompeur car seuls les environs immédiats des zones habitées ont été décontaminés. Toutes les forêts n’ont pas été décontaminées.

Le principal obstacle au retour est lié à la pollution radioactive. La limite de dose retenue pour le retour est la plus élevée des recommandations internationales et n’est pas acceptée par une partie de la population, surtout par les familles avec enfants. Et puis, il y a tous ces déchets radioactifs qui s’accumulent, dont la gestion semble sans fin et pour lesquels de nouveaux problèmes surgissent.

Pour les sols contaminés accumulés, le gouvernement envisage toujours le recyclage sous forme de fondations pour des routes, digues etc… Il va mettre en place une nouvelle organisation pour « obtenir l’assentiment du public ». C’est ainsi que les autorités conçoivent la concertation…

La centrale accidentée reste menaçante : en cas de nouveau séisme de magnitude élevée ou de tsunami, on ne peut pas exclure de nouveaux rejets radioactifs. Or, plusieurs communes n’ont toujours pas de plan d’évacuation alors que c’est obligatoire jusqu’à 30 km d’une centrale nucléaire : il s’agit d’Iitaté, Katsurao, Tamura, Ôkuma et Futaba. Pour ces deux dernières communes, l’ordre d’évacuer n’est pas levé. Les risques liés à la centrale accidentée sont pourtant une source de préoccupation.

Cette politique est une atteinte à la démocratie, comme l’explique le Maïnichi. Les décisions les plus importantes, comme la limite de dose tolérée pour le retour des populations, ont été prises à huis clos, sans la moindre consultation des personnes concernées. Cette limite introduit pourtant une discrimination vis à vis du reste de la population qui bénéficie d’une limite plus protectrice. Il en est de même pour le seuil de contamination de 8 000 Bq/kg fixé pour recycler les déchets de la décontamination. Ailleurs dans le pays, c’est 100 Bq/kg.

Un retour à la normale est impossible après un accident nucléaire de grande ampleur comme ceux de Tchernobyl et de Fukushima. Les principes directeurs des Nations Unies relatifs aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays enjoignent les autorités à associer pleinement ces personnes à la planification et à la gestion de leur retour et de leur réinstallation. Mais au Japon, cette participation est réduite à des « réunions d’explication » (seitsumeikai) à huis clos, sans la présence de médias, d’associations, ou d’experts, laissant ainsi les populations désarmées. Il ne respecte pas non plus le cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe adopté lors de la troisième Conférence mondiale de l’ONU tenue à Sendai au Japon le 18 mars 2015.

Les populations évacuées et celles qui sont restées dans les territoires contaminées sont victimes de la catastrophe nucléaire. Elles sont maintenant aussi victimes de l’arbitraire des autorités.