Communication sur le robot qui ira ausculter l’enceinte de confinement du réacteur n°2

TEPCo et Toshiba ont communiqué sur le nouveau robot qui doit aller ausculter l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°2 en janvier et février 2018. Le but est toujours de localiser le corium et d’en savoir plus sur l’intérieur extrêmement radioactif du réacteur afin de trouver une solution au démantèlement futur.

Ce n’est pas la première fois que TEPCo et ses sous-traitants envoient des robots dans ce réacteur. En janvier-février 2017, les premières images avaient fait apparaître un trou dans le grille située juste sous la cuve, probablement percé par le corium et des dépôts. Ces images ont été traitées et analysées récemment faisant apparaître un objet tombé. S’agit-il de corium ? C’est ce que TEPCo veut vérifier. Les niveaux de radiation record relevés alors, avaient été réévalué à la baisse par la suite. Ils restent cependant trop élevés pour des êtres humains.

Comme l’explique TEPCo dans ce document en anglais, le robot devrait, comme la dernière fois, aller explorer le bas de l’enceinte de confinement en prenant en compte le retour d’expérience. Il devrait mieux voir dans le brouillard et sera équipé d’un thermomètre et d’un dosimètre.

L’industrie nucléaire japonaise communique beaucoup sur ces robots afin de se placer sur le marché du démantèlement nucléaire.

Des déchets radioactifs à perte de vue

Le vaste chantier de décontamination à Fukushima engendre une énorme quantité de déchets radioactifs. Les autorités en attendent 22 millions de mètres cubes après incinération des déchets organiques (voir le dernier bilan officiel). D’ici 2021, 15,2 millions de mètres cubes devraient être entreposés « provisoirement » sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale accidentée, sur les communes d’Ôkuma et Futaba. En attendant, ces déchets s’entassent un peu partout, parfois à perte de vue.

Nous avons publié, il y a un peu plus d’un an, un reportage sur toute la chaîne de gestion de ces déchets, avec des photos et des vidéos. Greenpeace Japon vient de mettre en ligne des images de ces déchets vus du ciel :

Greenpeace Allemagne aussi si vous préférez l’Allemand :

Une note en anglais de Greenpeace fait aussi le point sur les déchets radioactifs.

La décontamination, presque terminée officiellement, sauf dans les zones dites de « retour difficile », ne concerne que les zones habitées qui deviennent des oasis au milieu des montagnes et des forêts qui couvrent 75% du territoire de la province de Fukushima. La décontamination de petites zones dans les territoires les plus contaminés est prévue pour ne pas rayer de la carte deux communes, même si les habitants ne rentreront pas. L’obstination de la reconquête, jusqu’à l’absurde.

Analyse des images prises dans l’enceinte de confinement des réacteurs n°2 et 3

TEPCo a effectué un traitement et une analyse des images prises par des robots dans les enceintes de confinement des réacteurs n°2 et n°3 de sa centrale accidentée de Fukusima daï-ichi.

Pour le réacteur n°3, les premières images avaient conduit à réviser le scénario de fusion du cœur. L’analyse mise en ligne récemment (en japonais uniquement) confirme la présence de combustibles fondus et de débris provenant de la cuve au fond de l’enceinte de confinement.

Sur cette photo mise en ligne par TEPCo, la compagnie pense qu’il s’agit d’un tube pour guider les barres de contrôle : Il devrait être dans la cuve et il jonche maintenant le fond de l’enceinte de confinement. Des câbles qui fondent à plus de 1 000°C sont aussi fortement endommagés. C’est fort probablement dû au combustible fondu et aux débris qui sont tombés de la cuve percée. Voir les explications en anglais.

TEPCo a aussi publié une image prise dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2 avec des explications en anglais :

On y voit le trou sous la cuve et un objet qui est tombé. La compagnie devrait y envoyer un nouveau robot en janvier 2018.

Voir Fukushima : un documentaire et une chaîne youtube

« La terre abandonnée », le documentaire de Gilles Laurent dédié à ceux qui ont refusé de partir est en libre accès jusqu’au 6 décembre 2017 sur tënk.

Il y aussi la chaîne youtube de Bob Thissen et Frederik Sempens sur Fukushima hors des sentiers battus qui montre les territoires évacués.

Le sommet du réacteur n°3 ouvert à la presse

TEPCo et le ministère de l’économie ont organisé un voyage de presse pour montrer la reconstruction du réacteur n°3 détruit par une explosion hydrogène en mars 2011 et l’installation du pont roulant pour retirer le combustible usé. Le Maïnichi était présent et a mis en ligne quelques images et une vidéo sous-titrée en anglais. L’Asahi aussi.

La visite a durée 15 minutes. Le débit de dose à proximité du réacteur est de 0,1 mSv/h. Sur la plateforme, il est de 0,08 mSv/h et monte à 0,7 mSv/h près de la piscine, sachant que la limite de dose pour le public et les journalistes est de 1 mSv/an, toutes expositions confondues. Même les travailleurs du nucléaire ne restent pas plus d’une à deux heures sur cette plateforme. On ne sait pas quelle dose ont reçu les journalistes et les accompagnateurs pendant la visite.

La piscine contient 566 assemblages de combustible.

Mise en place de l’installation pour retirer le combustible du réacteur n°3

Alors que la reconstruction du réacteur n°3 se poursuit, TEPCo nous gratifie de quelques images de l’arrivée et de la mise en place du pont roulant qui va servir à retirer les combustibles de la piscine. La pièce fait 72 tonnes.

Pour l’arrivée, la vidéo est sans le moindre intérêt. Il y a une autre vidéo montrant la mise en place sur le réacteur n°3 où l’on voit beaucoup de monde pour la mise en place. TEPCo ne donne aucune information sur les débits de dose au sommet du réacteur n°3, ni sur les doses prises lors de cette opération.

La piscine, située à 36 m au dessus du niveau du sol, contient 566 assemblages. Le retrait des combustibles devrait avoir lieu à partir du milieu de l’an prochain.

Voir Futaba la nuit

La ville de Futaba, presque entièrement située en zone de retour difficile demeurent donc évacuée. Si les habitants peuvent obtenir une autorisation pour retourner dans leur ancienne maison, il est interdit d’y passer la nuit. L’Asahi a mis des caméras en plusieurs lieux en une nuit de pleine lune afin de voir Futaba, la ville fantôme, de nuit.La vidéo est sur le site du quotidien.

Les commentaires sont en japonais.

Réouverture d’un tronçon de la ligne de train Jôban, entre Naraha et Tomioka

La ligne de chemin de fer Jôban, qui longe le littoral a été endommagée par le séisme de 2011, partiellement détruite par le tsunami et fortement contaminée, par endroits, par les rejets radioactifs de la centrale de Fukushima daï-ichi. Sa remise en service partielle, tronçons après tronçons, est un marqueur des efforts de reconstruction et c’est un symbole fortement médiatisé pour les politiques. A Minami-Sôma, la réouverture partielle de la ligne avait accompagné la levée de l’ordre d’évacuer en juillet 2016. Plus au Nord, la ligne a été surélevée dans les zones proches du littoral à cause des tsunamis, et a rouvert en décembre 2016.

C’est une nouvelle portion de cette ligne qui vient de rouvrir, entre la station Tatsuta à Naraha et Tomioka, où l’ordre d’évacué a été levé fin mars 2017. Cette nouvelle portion fait 6,9 km et il y a 11 aller-retours par jour.

Le littoral de Tomioka, détruit par le tsunami, est devenu, à proximité de la centrale de Fukushima daï-ni, un centre de gestion des déchets radioactifs issu de la décontamination des territoires, avec entreposage, tri, incinération et bétonnage des cendres (voir notre reportage en photos). La nouvelle ligne passe à proximité, comme on peut le voir dans les médias japonais. Voir, par exemple, cette photo reprise du Maïnichi :

Fukushima 311 Voices signale que cette photo a disparu de la version japonaise du Maïnichi sous la pression de lecteurs. Voir aussi les explications de Nos Voisins Lointains 3.11.

L’ancienne gare a été détruite par le tsunami :

gare_Tomioka

La nouvelle ligne passe au même endroit, sans être sur-élevée comme c’est le cas plus au Nord. Surélever le train tout en laissant les déchets en bas aurait paru trop ridicule ? Voir d’autres photos du Maïnichi.

Sur cette autre photo du Maïnichi, le train passe à proximité d’un des incinérateurs de déchets issus de la décontamination, qui est situé le long du littoral, dans la zone ravagée par le tsunami :

Comme nous l’avons déjà signalé, le taux de retour des habitants à Tomioka est très faible et la ligne sera peu usitée : fin août, seulement 200 habitants, sur 13 300 avant la catastrophe sont rentrés.

Après Tomioka, vers le Nord, il reste une portion de 21 km qui passe par les zones dites de « retour difficile » et pour laquelle la compagnie Japan Rail (JR) espère une réouverture avant la fin mars 2020, juste avant les jeux olympiques. En attendant, un service de bus fait la liaison.

Des poupées de chiffon pour peupler les commerces et lieux publics déserts des anciennes zones évacuées

Ce reportage de France24, qui montre la vie, ou l’absence de vie, dans les territoires où l’ordre d’évacuation a été levé, montre que le chemin de la reconquête est encore long. A Naraha, l’une des premières villes à avoir rouvert, un groupe de personnes âgées s’est mis à fabriquer des poupées grandeur nature pour peupler des commerces et des lieux publics toujours déserts. Et, à défaut des anciens habitants, c’est une nouvelle population qui est en train d’investir l’ancien no man’s land. Des milliers d’ouvriers en décontamination, en construction ou encore des ingénieurs en nucléaire cherchent ainsi à habiter plus près de leur lieu de travail. Ils s’installent dans des bâtiments neufs ou bien dans les anciennes habitations des réfugiés du nucléaire, ravis de céder leur bien.