La Haute cour d’Ôsaka déboute un plaignant qui demandait l’arrêt de la centrale d’Ôï

En 2017, un habitant de Kyôto avait saisi un tribunal d’Ôsaka pour demander l’arrêt de la centrale d’Ôï située dans la province voisine de Fukui, car il estimait qu’en cas de séisme majeur, les réacteurs ne tiendraient, ce qui menaçait la vie des riverains.

En mars dernier, il avait été débouté en première instance. Il avait fait appel et la Haute cour d’Ôsaka vient, à son tour, de le débouter.

Les réacteurs 3 et 4 d’Ôï, exploité par Kansaï Electric, avaient été remis en service en 2018.

Premier déchargement de combustible MOx à la centrale de Takahama

Kansaï Electric a commencé à décharger, pour la première fois, du combustible MOx d’un de ses réacteurs nucléaires. Ce combustible contient du plutonium issu du retraitement des combustibles usés. 8 assemblages de MOx sur 28 seront retirés du réacteur Takahama-3. Ils avaient été introduits en décembre 2010… et seront remplacés par du combustible classique à base d’uranium naturel enrichi. 73 autres assemblages classiques seront aussi déchargés.

Les réacteurs 3 et 4 de Takahama sont actuellement à l’arrêt pour maintenance.

Après le réacteur Ikata-3, où ont été déchargés, il y a quelques jours, 16 assemblages de combustible MOx, ce n’est que la deuxième fois que du MOx est retiré d’un réacteur dans le cadre du programme “pluthermal”. Cela en dit long sur le faible taux de recyclage des combustibles usés.

Sur les 9 réacteurs nucléaires remis en service depuis le renforcement du référentiel de sûreté suite à la catastrophe de Fukushima, seulement 4 utilisent du combustible MOx : Takahama 3 et 4, Ikata-3 et Genkaï-3. Ikata-3 vient d’être suspendu par la justice. Genkaï-3 sera arrêté en août prochain à cause du retard dans la mise en place des mesures anti-terrorisme. De même pour Takahama-3 et 4, avant le 3 août et le 8 octobre 2020, respectivement.

D’ici octobre 2020, il n’y aura donc plus aucun réacteur utilisant du MOx au Japon, même si Kansaï Electric espère avoir fini les travaux en novembre 2020 pour remettre en service Takahama-3 le 22 décembre prochain. Takahama-4, quant à lui, devrait être relancé le 10 février 2021. Comme en France, il n’y a aucune solution pour ce type de combustible après son déchargement. Il finira en déchet, même s’il est classé en matières dites valorisables pour le moment.

Les réacteurs expérimentaux, Monju et Fugen, tous les deux mis à l’arrêt définitif, utilisaient aussi une autre type de combustible MOx. Pour une partie de ceux de Fugen, la solution trouvée a été de signer un contrat avec Orano pour les envoyer en France en attendant, sans perspective de retraitement, pour le moment.

Shikoku Electric ne fera pas appel de la décision de justice qui suspend son réacteur Ikata-3

Il y a quelques jours, la Haute Cour de justice de Hiroshima a, pour la deuxième fois, suspendu le réacteur n°3 de la centrale d’Ikata, dans la province d’Ehimé, car elle considère que les risques sismiques et volcaniques étaient sous-estimés. Shikoku Electric, l’exploitant, a finalement décidé de ne pas faire appel pour le moment.

Le réacteur était déjà à l’arrêt pour maintenance et les problèmes s’accumulent : lors du dernier en date, le 25 janvier 2020, il y a eu un coupure générale d’électricité sur toute la centrale et ses 3 réacteurs nucléaires. Les diesels de secours et d’autres sources ont pris le relais. Mais, pendant une dizaine de secondes, le réacteur n°3 s’est retrouvé en black-out. Le 20 janvier, une alarme a sonné dans la piscine de combustible, indiquant la chute d’un assemblage lors d’une opération de manipulation. Il n’y aurait pas eu de chute, mais un accrochage. Et, le 12 janvier, une barre de contrôle a été relevée par erreur, pendant 7 heures.

L’AIEA inspecte l’autorité de régulation nucléaire

L’Autorité de régulation nucléaire japonaise a demandé un nouvel audit à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Lors de sa précédente inspection, qui a eu lieu en 2016, l’AIEA avait salué la création d’une nouvelle autorité indépendante mais avait aussi pointé de nombreux progrès à faire pour atteindre les standards internationaux. L’Autorité de régulation nucléaire, par exemple, ne menait pas d’inspections inopinées.

Dans le communiqué publié à l’issue de cette nouvelle inspection qui a duré 8 jours, l’AIEA souligne que l’Autorité japonaise a renforcé ses inspections, mais que des progrès sont encore nécessaires, notamment pour la radioprotection des travailleurs. L’Agence internationale a aussi noté des lacunes dans le contrôle du transport des matières radioactives.

Un rapport sera publié d’ici trois mois et devrait être rendu public.

La justice japonaise suspend à nouveau l’exploitation du réacteur Ikata 3

La Haute cour de Hiroshima a suspendu l’exploitation de réacteur n°3 de la centrale d’Ikata, située dans la province d’Ehimé, sur l’île de Shikoku. Elle a donné raison à trois plaignants d’une île de la mer intérieure de Séto, dans la province de Yamaguchi, qui avaient été déboutés en première instance en mars 2019 par le tribunal d’Iwakuni.

La Haute cour a pris en compte les risques liés à une faille active dans la zone de la centrale et à un volcan situé à environ 130 km, le mont Aso. Pour les plaignants, les secousses liées à cette failles pourraient être plus fortes que ce qui a été considéré par l’exploitant et les autorités. La justice a estimé que la faille, située à moins de 2 km, n’a pas été suffisamment étudiée par l’exploitant, Shikoku Electric. Elle critique aussi la décision de l’Autorité de régulation nucléaire qui a donné une autorisation d’exploitation.

Les plaignants craignent aussi une éruption du Mont Aso, situé sur l’île de Kyûshû, qui pourrait entraîner des écoulements pyroclastiques accompagnés de nuées ardantes.

De par sa location, cette centrale pourrait barrer l’accès à la péninsule Sadamisaki et ses 5 000 habitants en cas d’accident nucléaire grave. D’une quarantaine de kilomètres de long, elle n’a que 800 m de large par endroits. Leur évacuation est prévue par la mer.

Shikoku Electric devrait faire appel et l’Autorité de régulation nucléaire, mise en cause, s’est défendue.

Ce n’est pas la première fois que cette centrale est supendue par la Haute cour de Hiroshima. Ce fût déjà le cas en décembre 2017, à cause des risques liés au mont Aso. Un autre juge de cette même cour avait ensuite révoqué cette injonction et le réacteur n°3 avait été remis en service en octobre 2018. Mais rien n’a changé depuis, dans la prise en compte des risques volcaniques.

Le réacteur n°3, mis en service pour la première fois en 1994, était à l’arrêt depuis décembre dernier pour maintenance. Il aurait dû être remis en service le 27 avril 2020. Le réacteur n°2 de cette centrale a été, quant à lui, mis à l’arrêt définitif en mars 2018. Le n°1 est en cours de démantèlement.

Si seulement 9 réacteurs nucléaires ont été remis en service depuis le nouveau référentiel de sûreté post-Fukushima, 6 fonctionnent actuellement. Et seuls 4 réacteurs utilisaient du combustible MOx, dont Ikata-3, qui vient d’être suspendu. Le recyclage du plutonium reste quasiment nul au Japon.

Lancé en 1997, le projet “pluthermal”, qui consiste à utiliser du combustible MOx à base de plutonium dans des réacteurs classiques, n’est pas un franc succès. Ikata-3 a, pour la première fois dans l’histoire du Japon, déchargé du MOx usé d’un cœur de réacteur le 14 janvier dernier (la totalité des 16 assemblages). La présente décision de justice a aussi un impact sur ce programme. Comme en France, il n’y a pas de filière pour ce combustible MOx usé

Le Japon a décidément du mal à justifier son usine de retraitement de Rokkashô, qui accuse déjà 24 années de retard dans sa mise en service.

Le nucléaire japonais bloqué : pas de remise en service de réacteurs en 2019 et des arrêts en 2020

L’industrie nucléaire japonaise est bloquée : aucune remise en service de réacteur n’a en lieu en 2019 et des réacteurs remis en service les années précédentes devront être arrêtés pour des raisons de sécurité.

Tous les réacteurs nucléaires japonais avaient été mis à l’arrêt après la catastrophe de Fukushima et seulement 9 d’entre eux ont pu être remis en service depuis. Les autres ne satisfont pas encore au nouveau référentiel de sûreté. Il est peu probable que d’autres réacteurs soient remis en service en 2020.

Kansaï Electric (KEPCo) espérait relancer Takahama-1 en 2019, mais les travaux de renforcement de la sûreté ont pris du retard. Et le scandale de corruption qui secoue la compagnie pourrait retarder encore plus le redémarrage.

Par ailleurs, l’Autorité de régulation nucléaire a refusé de laisser un délai supplémentaire aux compagnies d’électricité pour la mise en place de mesure de protection contre les attaques terroristes. Quatre réacteurs devront être arrêtés en 2020, le temps de faire les travaux : Sendaï-1 et -2, puis Takahama-3 et -4. D’autres arrêts suivront en 2021 (voir la liste ici). A priori, 7 des 9 reacteurs remis en service devront être arrêtés pour les mêmes raisons.

Les compagnies d’électricité japonaises ont déjà dépensé 5 380 milliards de yens (45 milliards d’euros) pour améliorer la sûreté de leurs installations, avec un piètre résultat.

Dans le même temps, 23 des 55 réacteurs nucléaires de production d’électricité du Japon ont été arrêtés définitivement depuis la catastrophe de Fukushima (voir notre état des lieux du parc nucléaire japonais), si l’on compte Monju.

L’usine de retraitement de Rokkashô-mura, quant à elle, n’a jamais été mise en service et accuse déjà 24 années de retard. Et même si elle devait fonctionner, il n’y aurait pas de débouché pour le plutonium extrait. En effet, le Japon ne peut pas en extraire plus des combustibles usés qu’il peut en utiliser, pour des raisons de prolifération. L’usine de retraitement ne sert donc à rien car Monju a été arrêté définitivement et peu de réacteurs peuvent utiliser du combustible MOx à base de plutonium.

Malgré ces faits, le gouvernement japonais continue à prétendre que la part du nucléaire sera de 20 à 22% à l’horizon 2030. En attendant, les compagnies d’électricité développent le charbon car c’est l’option la moins chère, même si c’est aussi la plus polluante.

La rénovation de Tôkaï-2 va coûter plus cher que prévu

Tôkaï-2 est un vieux réacteur qui a été partiellement noyé par le tsunami de 2011 et que son exploitant, Japan Atomic Power Co (JAPCo), veut redémarrer coûte que coûte. Officiellement, sa remise aux normes de sûreté coûtera près de 3 milliards d’euros. TEPCo devrait prendre en charge plus de la moitié de cette somme, alors que la compagnie serait en faillite sans un financement public et rogne sur toutes ses dépenses, y compris sur les indemnisations.

Mais, selon l’Asahi, cela va coûter près de 70 milliards de yens de plus (580 millions d’euros) selon les devis déposés par les compagnies sous-traitantes. Et comme JAPCo veut choisir les contractants d’ici mars 2020, elle n’aura pas d’autre choix que d’accepter les devis.

Corruption chez KEPCo : rapport d’étape de la commission d’enquête

La commission d’enquête indépendante, sur le scandale de corruption chez Kansaï Electric (KEPCo), qui a déjà entraîné la démission de 5 dirigeants de la compagnie et qui ne cesse d’enfler depuis, ne pourra pas rendre ses conclusions avant de la fin de l’année, comme cela avait déjà été annoncé le mois dernier. Ce n’est même pas sûr qu’elle puisse terminer ses travaux en mars 2020.

Lors d’une conférence de presse, elle a précisé avoir déjà interrogé plus de 700 personnes. Plus d’une centaine d’employés de KEPCo ont été auditionnés. Les autres personnes ont été interrogées par écrit.

KEPCo a admis que 20 cadres de la compagnie ont reçu des “dons” de la part d’Eiji Moriyama, ancien maire adjoint de Takahama, aujourd’hui décédé. L’Asahi, a trouvé quinze autres personnes qui avaient aussi reçu ses “dons”. Le quotidien a contacté une soixante de personnes qui ont eu des postes de dirigeant dans les trois centrales nucléaires de la compagnie, à Takahama, Ôï et Mihama. Des dirigeants de la branche de Fukui de KEPCo ont aussi été interrogés. 15 ont admis avoir reçu des “dons”, dont cinq sont devenus des dirigeants de la compagnie par la suite. 29 ont prétendu n’avoir rien reçu et 7 ont refusé d’être interrogés. Pour les autres, la rencontre n’a pas encore pu avoir lieu.

Les cadeaux avaient une valeur de 100 000 à 200 000 yens (de 800 à 1 700 euros). Certains auraient renvoyé un cadeau de la même valeur. Plusieurs ont admis qu’Eiji Moriyama leur demandait que KEPCo accorde plus de contrats aux compagnies qu’il soutenait. Il aurait même menacé d’interférer dans le fonctionnement des centrales nucléaires s’il n’avait pas satisfaction.

Un article du Japan Times revient sur la génèse de cette affaire et prétend que les grands médias ont ignoré ce scandale jusqu’à ce qu’un lanceur d’alerte leur adresse une lettre. Et ce n’est qu’une fois que l’agence Kyodo a révélé l’affaire qu’ils ont réagi. La lettre, qui aurait d’abord été adressée au président de la compagnie le 10 mars 2019, accusait la compagnie de couvrir la découverte du bureau des impôts de Kanazawa. Le lanceur d’alerte demandait la démission des 20 cadres mis en cause et a menacé d’envoyer sa lettre à l’extérieur s’ils ne réagissaient pas.

Dans une interview pour une webradio citée par le japan Times, Jirô Hayami, un ancien cadre de KEPCo, explique que ces échanges d’argent et de cadeaux étaient dus à l’obsession de la compagnie de maintenir l’énergie nucléaire dans la région.

Un groupe de 3 272 personnes a porté plainte contre 12 cadres de KEPCo.

Bien que critiqué pour son soutien au charbon, le Japon persiste

Le Japon a été critiqué à l’occasion de la COP25 pour son utilisation et soutien du charbon. Des ONG lui ont décerné le prix “fossile du jour”. Les Nations Unies ont aussi demandé au pays de ne plus construire de centrale à charbon. Le Japon a fortement investi dans cette énergie pour palier à l’arrêt de son parc nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima. Le ministre de l’industrie a répondu en disant qu’il souhaitant garder le charbon en option, mais que promis juré, le Japon se tournerait vers les énergies renouvelables, dans l’avenir…

Selon la coalition “coal exit”, trois banques japonaises, Mizuho, Mitsubishi et Sumitomo-Mitsui dominent le soutien financier au charbon à travers le monde. A elles seules, elles ont couvert 32% des prêts accordés pour la construction de nouvelles centrales thermiques au charbon depuis 2017. Mizuho arrive en tête avec 16,8 milliards de dollars, suivie par Mitsubishi avec 14,6 milliards de dollars. Sumitomo-Mitsui est en troisième position avec 7,9 milliards de dollars. Une fois construite une centrale à charbon est utilisée durant des décennies.

Paradoxalement, le Japon souffre des conséquences du réchauffement climatique. Les canicules et typhons sont plus fréquents et plus forts. Mais cela ne semble pas avoir d’effet sur le comportement de la population et du gouvernement. Bien au contraire, ce dernier tient à son rôle de leader dans le développement du charbon, car la demande serait forte, selon l’agence Kyodo reprise par le Japan Times.

Le ministre de l’environnement n’avait rien de concret à annoncer lors de son intervention à la COP25 qui a eu lieu à Madrid. Il a donc fait un discours creux et sans intérêt.

Il y a une centaine de centrales à charbon au Japon qui fournissent environ 33% de l’électricité et une vingtaine sont en construction ou plannifiées. Ce n’est pas l’énergie nucléaire qui va le remplacer. Seulement 9 réacteurs ont redémarré depuis 2011 et quatre devront être arrêtés l’an prochain.

Autorisation de remise en service d’Onagawa-2, à Miyagi

Tôhoku Electric a indiqué avoir reçu l’autorisation de l’Autorité de régulation nucléaire de remettre en service son réacteur Onagawa-2, situé dans la province de Miyagi. Cette décision va être soumise à la consultation du public. La demande avait été déposée en décembre 2013.

Il s’agit d’un réacteur à eau bouillante, comme à Fukushima daï-ichi. La centrale d’Onagawa était la plus proche de l’épicentre du séisme du 11 mars 2011 et ses sous-sols ont été inondés par le tsunami. Heureusement, de l’électricité était toujours disponible sur le réseau électrique, ce qui a permis de maintenir le refroidissement des réacteurs. L’autorisation de remise en service inquiète, car le séisme de 2011 a endommagé la centrale.

Les travaux de renforcement de la sûreté devraient coûter 340 milliards de yens (2,8 milliards d’euros). Il faut notamment rehausser la digue de protection contre les tsunamis pour qu’elle atteingne 29 m de haut. Il faudra ensuite ajouter les protections contre le terrorisme, qui ne sont pas inclues dans cette somme. Les travaux vont prendre du temps, puis il faudra obtenir l’accord des élus locaux. La centrale est sur deux communes : Onagawa et Ishinomaki. Le redémarrage ne pourra pas avoir lieu avant 2021. Mais ce pourrait être le premier réacteur à eau bouillante à repartir.

Il n’y a pas encore de plan d’évacuation réaliste des populations autour ce cette centrale, située au début d’une péninsule, mal déservie par les routes (voir sur une carte). Un accident nucléaire barrera le chemin aux personnes habitant au-delà de la centrale. Par ailleurs, comme le souligne l’Asahi, 30% de la population d’Onagawa et d’Ishinomaki a plus de 65 ans et ne peut pas évacuer par ses propres moyens. Il y a 210 000 habitants dans un rayon de 30 km.

Onagawa-1 a été arrêté définitivement et Tôhoku Electric n’a pas encore décidé pour Onagawa-3.

Avec Onagawa-2, 16 réacteurs nucléaires ont reçu une autorisation d’exploitation au Japon, mais seulement 9 ont été remis en service depuis 2011, tous des réacteurs à eau sous pression (voir notre état des lieux du parc nucléaire japonais). Plusieurs vont être suspendus car les exploitants ont tardé à implémenter des mesures contre le terrorisme.