Un décontamineur porte plainte contre son ancien employeur

Un homme âgé de 49, employé par un sous-traitant sur un chantier de décontamination à Tomioka, a été blessé en décembre 2014. Son employeur direct a déclaré que l’accident avait eu lieu loin du chantier. L’inspection du travail a transmis le dossier à la justice à cause de la falsification et la cour d’Iwaki a condamné la compagnie à 100 000 yens (820 euros) d’amende.

Le blessé a demandé une indemnisation suite à sa blessure qui l’a empêcher de reprendre le travail et pour troubles psychologiques suite à la fausse déclaration. Mais la compagnie qui l’a employé a fait faillite en juin 2015. Il a donc décidé de saisir la justice pour obtenir du contractant de son ancien employeur une compensation de 18 millions de yens (un peu moins de 150 000 euros).

Ce cas, rapporté par le Maïnichi, montre les difficultés que rencontrent les travailleurs sur les chantiers de décontamination à faire valoir leur droits. Certains n’avaient même pas de contrats de travail valide, ni de couverture sociale.

TEPCo et l’Etat reconnus coupables de négligences vont faire appel

Le tribunal de Maebashi dans la province de Gunma, a récemment reconnu TEPCo et l’Etat japonais coupables de négligence suite à une plainte d’évacués de la catastrophe de Fukushima qui demandaient à être mieux indemnisés.

TEPCo et l’Etat japonais viennent de faire appel.

La justice japonaise autorise le redémarrage de réacteurs nucléaires de Takahama et Ikata

C’est un long feuilleton judiciaire qui se termine pour la centrale de Takahama exploitée par Kansaï Electric dans la province de Fukui : la haute cour de justice d’Ôsaka a annulé le jugement de première instance demandant la suspension du redémarrage des réacteurs 3 et 4. Le 9 mars 2016, suite à une plainte déposée par 29 personnes, le tribunal du district d’Ôtsu avait ordonné l’arrêt des opérations d’exploitation de ces réacteurs. Le réacteur n°3, qui venait de redémarrer avait alors été arrêté et déchargé. Le redémarrage du n°4 n’avait pas encore eu lieu à cause de problèmes techniques.

C’était la première fois que la justice suspendait l’exploitation d’un réacteur nucléaire au Japon.

En juin 2016, la cour d’Ôtsu a confirmé son jugement en estimant qu’il ne peut pas être déclaré que les réacteurs sont sûrs parce qu’ils satisfont aux nouveaux critères de sûreté. Elle l’a fait une troisième fois en juillet 2016. KEPCo a alors décidé de faire appel auprès de la haute cour d’Ôsaka, qui a estimé que les réacteurs, satisfaisant aux nouveaux critères de sûreté, pouvaient redémarrer. Le tribunal d’Ôtsu avait jugé que ce n’était pas suffisant pour garantir la sécurité des riverains. Dans son jugement de 415 pages, la haute cour a retourné la charge de la preuve, estimant que c’était aux plaignants de démontrer le danger. Elle considère aussi que les réacteurs pourront faire face à un séisme majeur et que les plans d’urgence sont satisfaisants. Le risque est estimé comme étant “acceptable”.

L’exploitant, le gouverneur de Fukui et le gouvernement se félicitent de cette décision et les opposants protestent. Les plaignants ont décidé de ne pas saisir la cour suprême.

La date du redémarrage n’est pas connue car des contrôles de sûreté sont encore en cours après la chute d’une grue sur le réacteur n°2 en janvier 2017.

Quelques jours plus tard, un tribunal de Hiroshima a débouté quatre plaignants qui demandaient l’arrêt du réacteur n°3 de la centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé, sur l’île de Shikoku. Le juge a aussi estimé que l’autorité de régulation nucléaire ayant jugé que ce réacteur satisfaisait aux nouveaux critères de sûreté, rien ne s’opposait à son exploitation. Ce réacteur a redémarré en août 2016. Pour les plaignants, le risque sismique était sous évalué.

Il y a actuellement une trentaine de plaintes en justice pour demander la suspension ou l’arrêt définitif de réacteurs nucléaires.

Il n’y a toujours que trois réacteurs nucléaires en service au Japon (Sendai 1 et 2 et Ikata 3) sur les 42 qui n’ont pas été arrêtés définitivement. Il y avait 54 réacteurs de production d’électricité avant 2011.

Par ailleurs, l’autorité de régulation nucléaire a autorisé le redémarrage d’un premier réacteur de recherche, celui de l’université du Kinki (Kindaï) à Ôsaka. Sa puissance n’est que d’un watt et il sert à l’enseignement. Un accord de principe avait été donné en mai 2016. Sa résistance aux agressions externes a été renforcée depuis et il devrait être remis en service en avril 2017.

TEPCo et l’Etat reconnus coupables de négligences : ils devront mieux indemniser les évacués

137 personnes, à savoir 76 évacués forcés et 61 auto-évacués, ont saisi la justice pour obtenir une meilleure indemnisation. Ils réclamaient un total de 1,5 milliard de yens (12 millions d’euros) car ils ont tout perdu dans la catastrophe nucléaire. Le débat s’est focalisé sur le fait de savoir si TEPCo et l’Etat auraient pu prévoir qu’un tel tsunami déferle sur la centrale et sur le montant des indemnisations.

Ces derniers ont expliqué que ce n’était pas prévisible et que les conséquences étaient inévitables. Les plaignants, quant à eux, ont soutenu que le tsunami aurait dû être prévu, en se basant sur une étude gouvernementale de 2002 qui estimait à 20% les chances d’un tsunami dû à un séisme de magnitude 8 dans les 30 années suivantes.

Le tribunal de Maebashi a donné droit aux demandes des plaignants, en estimant que l’Etat et TEPCo avaient été négligents face à la menace d’un tsunami. Si TEPCo avait installé des générateurs diesels de secours en hauteur, l’accident aurait pu être évité. Si le gouvernement avait utilisé son pouvoir de contrôle pour imposer des mesures de protection à TEPCo, l’accident aurait pu être évité. C’est la première fois qu’un tribunal reconnaît la responsabilité de l’Etat dans la catastrophe nucléaire.

Le Maïnichi rapporte que TEPCo avait estimé, en 2008, comme nous l’avons déjà rapporté, qu’un tsunami d’une hauteur de 15,7 m pourrait frapper la centrale de Fukushima daï-ichi, mais n’a rien entrepris pour s’en protéger. La compagnie a plutôt choisi une formule de la Japan Society of Civil Engineers (JSCE), qui mettait la hauteur du tsunami à 6,1 m. Le 11 mars 2011, la hauteur était de 15,5 m…

En septembre 2006, la défunte Nuclear Safety Committee (NSC) avait établi de nouvelles règles de résistance aux séismes. Le gouvernement avait alors demandé aux exploitants de vérifier que leurs installations nucléaires satisfaisaient bien à ces nouveaux standards. En août 2007, TEPCo a soumis un rapport intermédiaire qui n’incluait aucune mesure de protection contre les tsunamis. Le tribunal de Maebashi a estimé que le gouvernement avait alors violé la loi en n’imposant pas à TEPCo de mettre en place des mesures de protections contre les tsunamis.

Le tribunal a demandé le versement d’indemnités à 62 plaignants de 45 foyers évacués dans la province de Gunma, allant de 70 000 à 3,5 millions de yens, pour un total de 38,55 millions de yens (316 000 euros) en plus des indemnisations déjà reçues. Les autres plaignants ne seront pas indemnisés plus, le tribunal ayant estimé que la somme qui leur a été allouée était suffisante.

Selon le Maïnichi, 19 plaignants originaires d’une zone où il y a eu ordre d’évacuer recevront entre 750 000 (6 000 euros) et 3,5 millions de yens (29 000 euros) en plus des indemnisations déjà reçues. 43 “auto-évacués”, originaires d’une zone contaminée où il n’y a pas eu d’ordre d’évacuer, recevront chacun entre 70 000 yen (574 euros) et 730 000 yens (6 000 euros) supplémentaires.

Une dame d’Iwaki, qui était partie d’elle-même pendant une dizaine de jours en mars 2011, devrait bénéficier d’une indemnisation de 200 000 yens (1 600 euros). En revanche, le tribunal a refusé de prendre en compte les deux mois supplémentaires pendant lesquels elle était repartie, estimant que le niveau de dose à Iwaki ne le justifiait pas.

Rappelons que les auto-évacués n’ont reçu que 80 000 yens d’indemnisation de la part de TEPCo et que certains bénéficient d’un logement gratuit jusqu’à la fin du mois. Les plaignants sont contents d’avoir remporté une bataille judiciaire qui reconnait la responsabilité de l’Etat et de TEPCo, mais sont déçus par le niveau d’indemnisations supplémentaires qui leur est allouées. Le jugement tend à entériner les règles mises en place en août 2011 par les autorités.

Il y a une trentaine de plaintes similaires impliquant environ 12 000 personnes à travers le pays. Ce jugement va faire jurisprudence et le gouvernement pourrait faire appel.

Chiffres clés pour le sixième anniversaire

A l’approche du sixième anniversaire de la catastrophe, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias et les sites officiels. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure de leur apparition.

Les chiffres clés à l’occasion du cinquième anniversaire sont ici.

A previous version of this article was translated into English.

Situation des réacteurs

Les travaux visent essentiellement à sécuriser les réacteurs accidentés qui sont encore menaçants. A proximité, les débits de dose sont tels que le temps de séjour doit être très limité, ce qui complique les travaux. Voir la dernière carte officielle de TEPCo avec les débits de dose.

TEPCo a mis en ligne un webdoc retraçant les étapes importantes depuis le 11 mars 2011.

Réacteur n°4

La cuve était vide le 11 mars 2011 et il n’y a pas eu de fusion du cœur, mais une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Depuis décembre 2014, la piscine de combustible du réacteur a été vidée et les travaux sont arrêtés.

Réacteur n°3

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Tous les débris de la partie haute ont été retirés à l’aide d’engins télécommandés. Un nouveau bâtiment qui va couvrir le tout et permettre de vider la piscine de combustibles est en cours d’assemblage. Le débit de dose est si élevé, que les travaux sont plus complexes que prévu et le chantier a pris du retard. Pour en savoir plus.

Il y aurait entre 188 et 394 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 364 tonnes pour le réacteur n°3. Ce dernier contient du combustible MOx, à base de plutonium. Pour en savoir plus.

Réacteur n°2

Il y a eu fusion du cœur, mais le bâtiment réacteur est entier. TEPCo n’a pas commencé à retirer les combustibles usés de a piscine, mais a tenté de localiser le corium, ce mélange de combustible fondu et de débris, par divers moyens. Les débits de dose à l’intérieur du bâtiment sont tels qu’il est impossible d’y travailler. Dans l’enceinte de confinement, des niveaux record ont été observés. Même les robots qui y ont été envoyés n’ont pas résisté longtemps. Pour en savoir plus.

Il y aurait entre 189 et 390 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 237 tonnes. Pour en savoir plus.

Réacteur n°1

Il y a eu une fusion du cœur et une explosion hydrogène a détruit le bâtiment réacteur. Ce bâtiment avait été recouvert d’une nouvelle structure en 2011, qui a été entièrement démantelée en novembre 2016. TEPCo va commencer à retirer les débris de la partie haute du réacteur, pour, ensuite, reconstruire une nouvelle structure afin de vider la piscine de combustibles.

Il y aurait entre 232 et 357 tonnes de corium dans ce réacteur, avec une valeur nominale à 279 tonnes. Pour en savoir plus.

Débris

TEPCo aurait retiré 200 400 m3 de débris radioactifs issus des réacteurs accidentés qui ont été mis dans des conteneurs métalliques.

Eau contaminée

TEPCo injecte respectivement 72, 108 et 72 m3 d’eau par jour dans les réacteurs 1, 2 et 3 pour refroidir les coriums (source). Cela fait un total de 252 m3/j. Cette eau se contamine fortement et s’infiltre dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle se mélange à l’eau des nappes phréatiques qui inonde ces mêmes sous-sols.

Pour réduire les fuites d’eau souterraine radioactive en mer, TEPCo pompe en amont avant que cette eau soit contaminée par les réacteurs et la rejette directement dans l’océan. Cette eau est essentiellement contaminée au tritium, qui est de l’hydrogène radioactif. Dans un des puits de pompage, il y a environ 2 000 Bq/L (source), mais après dilution par l’eau des autres puits, l’eau rejetée en mer a une contamination de l’ordre de 130 à 140 Bq/L (source).

Elle a aussi construit une barrière tout le long du littoral et pompe les nappes phréatiques au pied des réacteurs. Une partie de cette est partiellement décontaminée et rejetée dans l’océan. Une autre partie, trop contaminée, est mélangée à l’eau pompée dans les sous-sols des réacteurs pour être mise dans des cuves après traitement, en attendant une meilleure solution. Quelques données récentes sur la contamination des nappes phréatiques sont ici en japonais : il y a jusqu’à 240 000 Bq/L en bêta total. Celle en tritium, monte à 58 000 Bq/L.

Ainsi, TEPCO pompe quotidiennement 135 m3 d’eau contaminée dans les sous-sols des bâtiments réacteurs et turbine, en plus de celle qu’elle injecte pour le refroidissement et 62 m3 des nappes phréatiques, ce qui fait un total de 197 m3 qui s’accumulent quotidiennement dans des cuves après traitement (source). C’est plus en cas de pluie, voire beaucoup plus lors des typhons.

TEPCo annonce avoir déjà traité 1 730 390 m3 d’eau contaminée, ce qui a généré 597 m3 de boues radioactives. Une partie de cette est utilisée pour le refroidissement et le reste est stocké dans des cuves. Selon la compagnie, le stock d’eau traitée ou partiellement traitée s’élève à 937 375 m3 auxquels il faut ajouter 52 200 m3 d’eau dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine (source). Il y a près d’un millier de cuves pour garder cette eau qui occupent presque tout le site de la centrale.

Certaines ont fui par le passé, entraînant une contamination des nappes phréatiques à proximité. Dans la zone H4, la contamination en tritium peut toujours atteindre 15 000 Bq/L (source).

Depuis mars 2016, TEPCo tente de geler le sol tout autour des réacteurs accidentés afin de réduire les infiltrations et la dispersion d’eau polluée, mais ce n’est pas aussi efficace que prévu. L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, doute sérieusement de l’efficacité de cette technique qu’elle considère désormais comme secondaire. On peut le voir sur ce graphe, où la baisse des volumes d’eau à stocker chaque jour n’est pas très forte. La glace ne prend pas par endroit, où les courants souterrains sont les plus forts (données officielles sur le gel du sol).

Environ la moitié des travailleurs sur le site sont là à cause de l’eau contaminée.

Travailleurs

A la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi

• Du 11 mars 2011 au 31 mars 2016, 46 956 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, dont 42 244 sous-traitants. Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus élevées, avec une moyenne qui varie de 0,51 à 0,56 mSv par mois entre Janvier et Février 2016. C’est entre 0,18 et 0,22 pour les salariés de TEPCo.

Il y a aussi 1 203 personnes qui ont une limite plus élevée pour pouvoir continuer à pénétrer sur le site. Leur dose moyenne cumulée depuis le début de l’accident est de 36,49 mSv et la valeur maximale de 102,69 mSv.

• Le 1er avril 2016 a remis tous les compteurs à zéro. Ainsi, 174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose vont pouvoir revenir. Depuis cette date, jusqu’au 31 décembre 2016, 14 643 travailleurs ont été exposés aux rayonnements ionisants sur le site de la centrale accidentée, dont 13 027 sous-traitants (89%). Ce sont les sous-traitants qui prennent les doses les plus fortes. Parmi eux, on ne sait pas combien étaient déjà exposés aux rayonnements avant le 1er avril 2016. Pour en savoir plus.

• Il y a eu des travailleurs d’origine brésilienne qui ne parlaient pas bien japonais et ne comprenaient pas toujours les consignes de radioprotection. L’ambassade du Brésil a réagi.

• Si d’énormes progrès ont été faits pour les conditions de travail sur le site, avec la construction d’un bâtiment dédié à l’accueil et au repos, équipé d’une cantine et d’une superette, il reste des problèmes liés à la sous-traitance en cascade.

• 3 travailleurs ont vu leur cancer reconnu comme maladie professionnelle : deux leucémies et un cancer de la thyroïde. L’un a porté plainte contre TEPCo et Kyûshû Electric.

Il y a 15 cancers en tout chez ces travailleurs, dont 8 cas de leucémie.

• Stigmatisation : selon une étude menée sur 1 417 employés de TEPCo qui travaillaient à Fukushima daï-ichi ou daï-ni au moment de l’accident, 181, soit 12,8%, ont été insultés ou ont subi des discriminations à cause de leur emploi. Ces travailleurs avaient un taux de troubles post-traumatique 5,7 fois plus élevé que les autres employés de TEPCo sur place qui n’ont pas été stigmatisés. C’était encore 3,7 fois plus trois ans plus tard. Lien vers l’article de presse.

• Les vêtements protecteurs contre la contamination par les poussières radioactives sont à usage unique. Ils ont engendré 64 700 m3 de déchets radioactifs que TEPCo espère incinérer.

Cartographie de la pollution radioactive

• La dernière cartographie aérienne de la pollution radioactive autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi date de 2015 et est disponible en ligne sur le site dédié.

Cette nouvelle carte fait apparaître les zones encore évacuées et une baisse moyenne de 65% du débit de dose ambiant par rapport à ce qui était mesuré à l’automne 2011. La décroissance radioactive est responsable d’une baisse de 53%. Le reste est dû au lessivage des sols et, par endroits, aux travaux de décontamination.

Décontamination

La décontamination des zones évacuées est sous la responsabilité du gouvernement. Ailleurs, là où l’exposition externe pouvait dépasser 1 mSv/an, ce sont les communes qui doivent s’en occuper.

• Dans les zones évacuées, les travaux de décontamination sont officiellement terminés, sauf pour les zones dites de retour difficile (source). Cela signifie que la décontamination a été effectuée dans les habitations et leurs jardins, le long des routes, sur les terrains agricoles et sur 20 m dans les forêts qui bordent ces espaces.

• Dans les zones non évacuées, 104 communes étaient concernées, mais avec la baisse naturelle de la radioactivité, c’est passé à 94. Une carte est donnée page 14 de ce document. A Fukushima, 15 communes sur 36 ont terminé. Les autres provinces concernées sont Iwaté, Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saïtama et Chiba. Le nombre de communes où les travaux sont terminés est page 15 de ce même document. A noter qu’une commune de Tochigi n’a toujours pas établi de programme de décontamination.

Déchets radioactifs

• Voir notre reportage de l’été 2016 sur le problème des déchets issus de la décontamination.

• Selon les données officielles, il y a 7 467 880 sacs avec du sol contaminé issu des travaux de décontamination dans les zones évacuées (un sac fait 1 m3 environ), et dans les zones non évacuées, 5 740 858 m³ de sols contaminé répartis sur 146 489 sites (source).

• Pour le centre d’entreposage provisoire, qui doit accueillir environ 22 millions de mètres cube de déchets sur 1 600 ha ou 16 km2 autour de la centrale de Fukushima daï-ichi pour une durée maximale de 30 ans, le gouvernement n’a signé de contrat qu’avec 633 propriétaires fonciers (26,8%), pour une surface totale de 287 ha (ou 2,87 km2), soit à peine 17,9% de la surface totale. (Source). Les autorités veulent réutiliser ces sols quand ils seront passés sous la limite de 8 000 Bq/kg pour le césium.

Personnes déplacées

• Recensement national : Le Japon effectue un recensement de sa population tous les 5 ans. Les deux derniers ont eu lieu en 2010, juste avant la catastrophe et en 2015. Au 1er octobre 2015, la population de la province de Fukushima a baissé de 5,7% par rapport à 2010 (115 000 personnes en moins), celle de Miyagi de 0,6% et celle d’Iwaté de 3,8%.

Ce recensement est basé sur les personnes réellement présentes et non les personnes enregistrées. Ainsi, dans les communes de Namié, Futaba, Ôkuma et Tomioka il y a zéro habitant. La population de Kawauchi, où l’ordre d’évacuer a partiellement été levé en 2014, la population a baissé de 28,3%. A Naraha, où l’ordre d’évacuer a été entièrement levé en septembre 2015, la population a baissé de 87,3%.

Certaines communes qui accueillent des personnes déplacées ont vu leur population augmenter.

Sur tout le Japon, le nombre d’habitants a baissé de 0,7% (- 947 000) en cinq ans et était de 127,11 millions au 1er octobre 2015. Le nombre d’habitants a augmenté à Tôkyô (+2,7%), Saïtama et Aïchi. La plus forte baisse est à Akita (-5,8%) qui n’a pas été touchée par la triple catastrophe. Fukushima a la deuxième plus forte baisse, avec -5,7%.

• Nombre de personnes déplacées : A Fukushima, il y avait encore 84 289 personnes déplacées, dont 40 405 résident en dehors de la province en novembre 2016 (source). Ce nombre est passé sous les 80 000 depuis : 79 446 au 20 février 2017 (39 818 en dehors de la province de Fukushima et 39 608 dans la province). C’était de 160 000 en février 2012 (source). Une partie de ces personnes se sont réinstallées sans rentrer chez elles et ne sont plus comptées. C’est le cas, notamment, pour celles qui sont originaires des zones dites de retour difficile.

Ces chiffres ne prennent en compte que les personnes qui bénéficient d’un logement mis à leur disposition par les autorités. Une fois réinstallées, elles ne sont plus comptées comme “personnes déplacées” par les autorités. Pour 5 communes situées autour de la centrale accidentée, la télévision publique NHK estime que le nombre de personnes vraiment déplacées est 42 000 alors que les autorités n’en comptent plus que 17 781. C’est 24 000 de plus que le chiffre officiel.

Sur toute la zone affectée par la triple catastrophe (séisme, tsunami et accident nucléaire), il y aurait encore 123 168 personnes déplacées dans des logements temporaires, à la date du 13 février 2017.

A la date du 20 février 2017, il y avait, à Fukushima, encore 12 381 personnes hébergées dans des préfabriqués, peu confortables. Plus de 40% ont plus de 65 ans. En juillet 2012, elles étaient 33 016 (source). A la fin janvier 2017, c’est 35 503 en tout pour Iwaté, Miyagi et Fukushima, les trois provinces les plus touchées par le tsunami. Il y a beaucoup de personnes âgées isolées qui n’ont pas la force ou la volonté de reconstruire ou rechercher un logement. Dans certains complexes, il n’y a que des personnes âgées (source).

Selon un sondage effectué par l’Asahi, à la question “combien de temps faudra-t-il encore pour retrouver la vie qu’ils avaient avant la catastrophe ?”,

  • 50% répondent plus de 20 ans ;
  • 21% environ 20 ans ;
  • 16% environ 10 ans et
  • 7% environ 5 ans.

• Levée de l’ordre d’évacuer : Le Japon se refuse toujours de baisser la limite de dose à partir de laquelle il lève les ordres d’évacuer, et maintient la valeur la moins protective des normes internationales, à savoir 20 mSv/an. Pour en savoir plus, lire le rapport rédigé pour les cinq ans de la catastrophe, Fukushima cinq ans après, retour à l’anormale, aussi disponible en anglais.

L’ordre d’évacuer a été levé dans 5 communes (Tamura, Minami-Sôma, Kawauchi, Katsurao et Naraha), mais seulement 13% des personnes concernées sont rentrées, soit environ 2 500 personnes sur 19 460. A Naraha, c’est 11% et à Katsurao, c’est 9%.

Il devrait être aussi levé à la fin mars 2017 dans une partie d’Iitaté, de Kawamata, de Tomioka et Namié (source). Ne devraient rester que les zones dites de retour difficile, là où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an (voir la note explicative sur les doses et les limites). La levée des ordres d’évacuer pour ces quatre communes concerne 32 000 personnes. Il y a 24 000 personnes originaires des zones dites de retour difficile. La surface évacuée va être réduite à 30% de sa valeur initiale.

Les personnes qui sont parties d’elles-mêmes, par crainte de la radioactivité, ne bénéficient d’aucune indemnisation, à l’exception d’une aide au logement qui doit cesser à la fin mars 2017, sauf dans certaines provinces. Il s’agit souvent de femmes qui sont parties pour protéger leurs enfants.

A Tomioka, la commune veut rouvrir les écoles et les collège en avril 2018. Il y avait 2 écoles primaires et deux collèges avant la catastrophe, avec 1 400 élèves. Un seul établissement rouvrira en 2018. En attendant, la commune a ouvert une école et un collège à Miharu avec 15 primaires et 18 collégiens. Cet établissement devrait fermer en 2022. (Source : Fukushima Minpo).

Si des familles rentrent dès cette année, il y aura un bus pour aller dans les établissements scolaires de Naraha. C’est plus de 75% chez les moins de 30 ans.

A Namié, 53% de la population a indiqué ne plus vouloir entrer. Un seul établissement scolaire, combinant primaire et collège, va rouvrir.

Selon un sondage effectué par l’Asahi,

  • 40% des personnes interrogées à Fukushima pensent que les ordres d’évacuer ont été levés au bon moment ;
  • 19% pensent que c’est trop tôt ;
  • 22% pensent qu’ils n’auraient pas dû être levés et
  • 9% pensent que c’était trop tard.

Carte des zones évacuées :

• Brimades et discrimination : Alors que les révélations sur des cas de harassement et de brimades (ijimé) d’enfants évacués à l’école se sont multipliées ces derniers temps, l’Asahi a effectué un sondage auprès de personnes déplacées et a reçu 184 réponses valables, dont 147 émanent de personnes encore déplacées :

  • 18% ont déclaré qu’elle-même ou un membre de leur famille a été victime de discrimination liée à la catastrophe nucléaire ;
  • 44% ont dit avoir été témoin ou entendu parlé de discrimination autour d’elles ;
  • 33% n’ont pas été victime et ne connaissent aucun cas.

La télévision publique NHK a aussi fait réaliser une enquête auprès de 9 500 foyers originaires des quatre communes les plus proches de la centrale de Fukushima daï-ichi, à savoir, Ôkuma, Futaba, Tomioka, et Minami-Sôma. 741 familles ont répondu. Il en ressort que 54 familles ont répondu que leurs enfants ont subi des brimades ou ont été discriminés car ils étaient évacués de la catastrophe nucléaire (3 à la maternelle, 28 au primaire et 21 au collège).

Pour 32 cas, c’était de la violence verbale, pour 22 autres, de l’ostracisme, 13 ont subi des violences physiques et dans 5 cas, il leur était demandé de payer. Les indemnisation reçues par les familles étaient souvent évoquées. Dans un cas, il était demandé à un enfant de sauter du troisième étage. Un autre enfant a été menacé avec un couteau sous prétexte qu’il n’avait plus le droit de vivre. Plus de 60% des enfants ont arrêté de dire qu’ils étaient originaires de Fukushima.

Dans un autre article, la NHK mentionne que sur ces 741 familles, 334 ont répondu avoir ressenti de la discrimination, du harcèlement… Dans le questionnaire à choix multiples, 274 ont mentionné un lien avec les indemnisations, 197 leur statut de réfugié et 127 les retombées radioactives.

Impact sanitaire

Voir le rapport dédié de 2016.

• La triple catastrophe a officiellement provoqué 15 893 décès directs auxquels il faut ajouter 2 553 disparitions (source).

• Le nombre de décès dus à la dégradation des conditions de vie (aggravation de la maladie, suicides…) est de 2 099 à Fukushima, au 28 novembre 2016 (source). En septembre 2016, c’était 3 523 en tout pour la triple catastrophe, soit 116 de plus qu’il y a un an.

Le nombre de décès directs, dus au tsunami, est de 1 828 à Fukushima (source).

• En ce qui concerne les cancers de la thyroïde, voir les dernières données publiées le 21 février 2017 : le total est de 184 cas potentiel dont 145 confirmés après chirurgie.

Coût de la catastrophe

Les chiffres officiels relatifs au coût de la catastrophe ont été revus à la hausse en décembre 2016 pour atteindre 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros). Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs. Pour en savoir plus.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites « de retour difficile » dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

TEPCo a déjà reçu un total de 7 006,9 milliards de yens (57,3 milliards d’euros) d’avance pour les indemnisations. Cet argent est prêté sans intérêt (source).

Mais TEPCo n’aurait versé que 6% des indemnités demandées par les 12 communes touchées par les évacuations. Elles ont demandé 43,3 milliards de yens (353 millions d’euros), mais n’auraient reçu que 2,6 milliards de yens (21 millions d’euros). La compagnie aurait donné la priorité aux entreprises et individus. Futaba, par exemple, commune entièrement évacuée, n’a rien reçu, alors qu’elle a demandé 19,3 milliards de yens (157 millions d’euros). Namié, où l’ordre d’évacuer sera partiellement levé le 1er avril prochain, n’a reçu que 460 millions de yens (3,8 millions d’euros), soit 4% de la somme demandée. Kawamata et Tomioka ont reçu respectivement 53 et 45% des sommes demandées (source).

Le gouvernement détient toujours 50,1% des parts de TEPCo. Il devait commencer à vendre des parts à partir d’avril 2017, mais il devra maintenir le contrôle qu’il a sur la compagnie pour lui éviter la faillite.

Réacteurs nucléaires

• Sur les 54 réacteurs nucléaires en état de marche avant la catastrophe nucléaire, 6 ont été partiellement ou complètement détruits à la centrale de Fukushima daï-ichi. 6 autres, trop vieux, ont été arrêtés définitivement. Il ne reste donc officiellement que 42 réacteurs nucléaires au Japon.

Une demande d’autorisation de redémarrage n’a été déposée que pour 26 d’entre eux et elle n’a été accordée que pour 12 réacteurs actuellement. Deux réacteurs de la centrale de Sendaï (Kagoshima) produisent de l’électricité qui alimente le réseau. Un troisième est en marche à la centrale d’Ikata, dans la province d’Ehimé.

Digues contre les tsunamis

Les autorités ont prévu de construire 405 km de digues de protection contre les tsunamis le long du littoral des trois provinces les plus touchées, à savoir Iwaté, Miyagi et Fukushima. Au 1er janvier 2017,

  • 88 km ou 22% sont terminés ;
  • 263 km (65%) sont encore en travaux et
  • pour les derniers 54 km (13%) les travaux n’ont pas encore été engagés.

Il y a diverses raisons aux retards : l’opposition des riverains qui ont perdu la vue sur la mer, le manque de matériaux de construction et de main d’œuvre et, bien-sûr, la radioactivité à Fukushima. Source.

Divers

La côte du Pacifique s’était déplacée de plus de 5 m vers l’Est lors du séisme du 11 mars 2011, et enfoncée de plus d’un mètre. Depuis, elle serait remontée de plus de 40 cm au niveau de la péninsule d’Oshika, dans la province de Miyagi. La remontée serait de 30 cm à Ishinomaki, 24 cm à Kesennuma, toutes les deux à Miyagi, 17 cm à Kamaïshi, dans la province d’Iwaté Prefecture et 14 cm à Shinchi, dans celle de Fukushima. En conséquence, là où la construction des digues de protection contre les tsunamis ne sont pas terminées, leur hauteur sera rognée… Est-on sûr que cela ne va pas se renfoncer ? Sur la côte de la mer du Japon, le littoral s’est enfoncé depuis le séisme du 11 mars de 2011, jusqu’à presque 30 cm à Yuzawa, dans la province d’Akita (source).

Voir le Tôhoku

Le Yomiuri a mis en ligne quelques vidéos à l’occasion du sixième anniversaire de la triple catastrophe :

Rapports parus à l’occasion du sixième anniversaire

Dossier de sûreté de deux réacteurs de la centrale d’Ôï validés

L’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) a validé les dossiers de sûreté des réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire d’Ôï située dans la province de Fukui. Son avis va être soumis à la consultation du public sur Internet jusqu’au 24 mars prochain. Même en cas d’issue favorable, le démarrage ne sera pas immédiat. Kansaï Electric (KEPCo) doit encore faire des travaux de renforcement de la résistance aux séismes, puis obtenir l’accord formel du maire de la commune et du gouverneur de la province, qui y sont favorables.

Ce redémarrage est très controversé. Kunihiko Shimazaki, sismologue et commissaire de l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) jusqu’en septembre 2014, avait fait valoir qu’il fallait revoir les règles de sûreté en ce qui concerne la résistance aux séismes, après le tremblement de terre de Kumamoto. En ce qui concerne la centrale d’Ôï, la NRA a refait les calculs et conclu, le 13 juillet dernier, qu’il n’était pas nécessaire de réviser ses conclusions quant à la tenue de cette centrale aux séismes.

En 2014, des citoyens avaient saisi la justice pour obtenir la suspension des opérations de redémarrage de cette centrale. Ils avaient d’abord obtenu gain de cause.  Le PDG de KEPCo avait alors annoncé qu’il passerait outre et avait fait appel. L’affaire est encore en cours, mais ce n’est pas suspensif. La résistance aux séismes était déjà au cœur des polémiques, KEPCo estimant qu’il n’était pas nécessaire de renforcer la tenue de la centrale. Elle avait fini par céder. Le professeur Shimazaki devrait témoigner devant la justice en avril prochain.

KEPCo espère un redémarrage pour l’été.

Cela porte à 12, le nombre de réacteurs qui satisfont aux nouveaux critères de sûreté établis après la catastrophe de Fukushima. Mais seulement trois réacteurs ont été remis en service. En revanche, 12 réacteurs ont été arrêtés définitivement.

Encore des cas de brimades envers de enfants évacués de Fukushima

Une mère de famille qui a évacué “volontairement” à Tôkyô a témoigné devant la justice des brimades subies par son enfant. Le Maïnichi rapporte qu’on lui disait qu’il allait mourir bientôt d’une leucémie. L’enseignant aurait ajouté, sur le ton de la plaisanterie, que l’enfant serait probablement décédé avant la fin de l’école primaire. Un camarade l’aurait aussi poussé dans les escaliers en disant “tu vas mourir, de toutes façons”.

Cette famille est partie prenante d’une plainte collective contre TEPCo et le gouvernement. La mère estime que son enfant a subi des brimades à cause de son statut d’évacué et que c’est un stress de devoir cacher que l’on est évacué.

Une fois au collège, des camarades de classe ont forcé l’enfant à leur payer pour 10 000 yens de bonbons et sucreries. Ce cas fait actuellement l’objet d’une investigation des autorités pédagogiques de district de Chiyoda.

Le Maïnichi rapporte aussi qu’à Niigata, une collégienne a cessé d’aller à l’école en décembre dernier à cause des brimades subies. Des camarades l’appelaient “microbe”. Cela a commencé au primaire, mais elle ne s’en est ouvert à ces parents qu’à la mi-décembre. Les parents ont alerté l’école et les enfants concernés ont dû s’excuser. Certains savaient que la collégienne était évacuée de Fukushima mais prétendent que cette appellation n’était pas liée.

Maire pronucléaire réélu à Ôma

Le maire d’Ôma, dans la province d’Aomori, qui soutient la construction du réacteur nucléaire, vient d’être réélu pour un quatrième mandat. Il a obtenu 79% des voix. Le réacteur d’Ôma, qui doit ne consommer que du combustible MOx, est en construction malgré une plainte déposée par une commune voisine située sur l’île de Hokkaïdô. Le chantier avait débuté en 2008 et a été suspendu en 2011 pour reprendre en octobre 2012.

Enquête gouvernementale sur l’accident nucléaire : certains témoignages resteront secrets

La commission d’enquête mise en place par le gouvernement après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukusima daï-ichi avait enregistré quelques 770 témoignages. 240 ont été rendus publics depuis, avec l’accord des personnes interrogées, dont celui de l’ancien directeur de la centrale, Masao Yoshida, maintenant décédé.

Des actionnaires de TEPCo avaient saisi la justice pour obtenir la publication des témoignages de 11 cadres de TEPCo et de 3 cadres de la NISA, qui était l’autorité de sûreté à l’époque. Ils viennent d’être déboutés. La justice a estimé que si ces documents étaient divulgués, il sera difficile d’obtenir la coopération des personnes concernées dans l’avenir. Il en est de même pour les portions secrètes de témoignages partiellement publiés.

Certains de ces témoignages avaient été repris par la presse.

Un travailleur du nucléaire atteint d’une leucémie reconnue d’origine professionnelle a porté plainte contre ses employeurs

L’Asahi du 18 novembre dernier a annoncé qu’un travailleur du nucléaire atteint d’une leucémie après avoir reçu environ 20 mSv à la centrale nucléaire de Genkaï dans la province de Saga et à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi allait porter plainte contre TEPCo et Kyûshû Electric qui n’ont pas su le protéger. La plainte a été déposée depuis et il a demandé 59 millions de yens (500 000 euros).

Sa leucémie, diagnostiquée en janvier 2014, avait été reconnue comme maladie professionnelle en octobre 2015, ce qui lui assure une couverture médicale complète. La limite pour en bénéficier a été fixée à 5 mSv.

Selon le Maïnichi, il n’est toujours pas en état de travailler. Lors d’une conférence de presse, il s’est plaint de l’attitude de TEPCo, expliquant que les travailleurs ne sont pas des pions. Quand sa maladie a été reconnue comme étant d’origine professionnelle, TEPCo a déclaré n’avoir rien à dire car il s’agissait d’un sous-traitant alors qu’il attendait des excuses ou une reconnaissance.

C’est à l’automne 2011 qu’il a décidé d’aller travailler à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi contre l’avis de sa famille. Il n’a pas eu de tablier de plomb pour réduire la dose reçue car il n’y en avait pas assez.

Selon le ministère de la santé, 11 personnes ont demandé une reconnaissance professionnelle de leur cancer après être passées à la centrale de Fukushima daï-ichi. Seulement deux d’entre elles ont obtenu cette reconnaissance et 5 dossiers sont à l’étude.