Enquête gouvernementale sur l’accident nucléaire : certains témoignages resteront secrets

La commission d’enquête mise en place par le gouvernement après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukusima daï-ichi avait enregistré quelques 770 témoignages. 240 ont été rendus publics depuis, avec l’accord des personnes interrogées, dont celui de l’ancien directeur de la centrale, Masao Yoshida, maintenant décédé.

Des actionnaires de TEPCo avaient saisi la justice pour obtenir la publication des témoignages de 11 cadres de TEPCo et de 3 cadres de la NISA, qui était l’autorité de sûreté à l’époque. Ils viennent d’être déboutés. La justice a estimé que si ces documents étaient divulgués, il sera difficile d’obtenir la coopération des personnes concernées dans l’avenir. Il en est de même pour les portions secrètes de témoignages partiellement publiés.

Certains de ces témoignages avaient été repris par la presse.

Shikoku Electric veut démanteler le réacteur n°1 de sa centrale d’Ikata

La compagnie Shikoku Electric a soumis aux autorités régionales d’Ehimé et à l’Autorité de Régulation Nucléaire son plan de démantèlement du réacteur n°1 de sa centrale d’Ikata. Ce réacteur, mis en service en 1977, est arrêté définitivement depuis mai 2016. Le réacteur n°3 de cette même centrale est l’un des deux seuls réacteurs en activité au Japon.

Le démantèlement devrait durer 40 ans et coûter 40 milliards de yens (328 millions d’euros).

Taïwan : réunion publique agitée sur l’importation d’aliments japonais

Comme de nombreux pays, Taïwan avait restreint l’importation d’aliments en provenance du Japon après la catastrophe de Fukushima. Le gouvernement, dirigé par le Democratic Progressive Party, veut alléger ces restrictions, mais le parti nationaliste, dans l’opposition, le Kuomintang, est contre. Le parti au pouvoir est contre l’énergie nucléaire, pas le Kuomintang.

Le gouvernement veut maintenir l’interdiction d’importer des aliments de Fukushima, mais veut autoriser l’importation de certains aliments des provinces d’Ibaraki, Gunma, Tochigi et Chiba. Des contrôles aléatoires seront effectués avant de lever d’autres interdictions. Avant de prendre une décision définitive, le gouvernement a promis d’organiser 10 réunions publiques sur 3 jours. Suite aux protestations de l’opposition, d’autres réunions sont prévues en janvier 2017.

Le Kuomintang a manifesté bruyamment lors de la première réunion de Taipei qui a dû être annulée. Il a ensuite organisé une manifestation dans les rues de la capitale. Les arguments et slogans rapportés par la presse (Japan Times et Taipei Times) sont surtout nationalistes.

Information repérée par Fukuleaks.

Le déblaiement du réacteur n°3 prend du retard

Le déblaiement des débris du réacteur n°3 prend du retard, ce qui retarde la construction du nouveau bâtiments pour retirer les combustibles usés de la piscine.

Le retrait des combustibles aurait dû commencer en janvier 2018. Au tout début, TEPCo devait commencer en 2015. On ne connait pas encore le nouveau planning. En revanche, TEPCo a communiqué sur l’arrivée des premiers éléments du nouveau bâtiment, avec photos et vidéo.

Les débits de dose sur le site sont ici. Il y a jusqu’à 2,6 mSv/h à proximité du réacteur n°3.

Les solutions gouvernementales pour faire face au coût de la catastrophe nucléaire

Le gouvernement a récemment reconnu que les coûts de la catastrophe nucléaire de Fukushima avaient doublé. TEPCo rechigne à payer toute la décontamination alors que les coûts explosent. Ils atteignent déjà 4 000 milliards de yens, sans prendre en compte les zones les plus contaminées, dites de « retour difficile ».

Alors que dans l’ex-URSS, de vastes territoires ont été sacrifiés après la catastrophe de Tchernobyl, le gouvernement japonais s’y refuse et veut reconquérir tous les territoires, même les zones qualifiées de « retour difficile ». Dans les communes les plus contaminées, la reconquête commencera par un centre décontaminé, une sorte d’oasis, afin de pouvoir prétendre que la commune existe encore. Mais cela a un coût encore plus élevé que pour les autres territoires. Et puis, il n’y a pas de solution à long terme pour les déchets radioactifs. Le centre d’entreposage n’est prévu que pour 30 ans, officiellement. Mais, la reconquête des 7 communes concernées est difficile, voire impossible, même en maintenant la limite de dose la plus élevée des recommandations internationales (20 mSv/an).

Le gouvernement est prêt à prendre la décontamination des zones les plus contaminées à sa charge alors que la loi indique que c’est TEPCo qui doit payer. Un nouveau projet de loi sera soumis l’an prochain au parlement, mais, dès 2017, le gouvernement prévoit déjà un budget de 30 milliards de yens. L’argument avancé est que TEPCo a indemnisé les populations des zones de « retour difficile » en considérant que les populations ne rentreront pas. Et donc, le gouvernement estime que c’est aux contribuables de prendre en charge la réhabilitation de ces zones.

Pour ce qui concerne les indemnisations, qui devraient s’élever à un total de 7 900 milliards de yens, le gouvernement avance l’argent sans intérêt. Heureusement que les taux sont bas ! Comme TEPCo n’est pas en mesure de rembourser avant longtemps, une partie de la somme sera ajoutée sous forme de taxe sur les réseaux électriques et donc pris en charge par les consommateurs. Cette contribution devrait débuter en 2020 et durer 40 ans pour s’élever à 2 400 milliards de yens (20 milliards d’euros).

Le gouvernement demande à TEPCo d’augmenter ses profits en partageant avec d’autres opérateurs son réseau électrique et son parc nucléaire. La compagnie doit proposer un nouveau plan en 2017, mais il n’est pas sûr que les concurrents veulent partager les coûts de l’accident.

Une autre piste pour faire baisser les coûts et d’ouvrir à l’international le chantier de sécurisation puis de démantèlement des réacteurs accidentés. Pour le moment, c’est la chasse gardée des compagnies japonaises qui souhaitent se placer sur le marché de démantèlement, alors qu’aucun réacteur japonais n’a été entièrement démantelé. De plus, par le passé, c’est un sous-traitant américain qui avait dénoncé les falsifications des rapports de sûreté de TEPCo. Mais cet aspect n’est jamais suggéré par les autorités japonaises, comme le regrette une dépêche de l’agence Bloomberg. Le village nucléaire japonais reste très fermé.

Le gouvernement arrête enfin le surgénérateur Monju

Suite à la décision de l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) de ne plus autoriser la Japan Atomic Energy Agency (JAEA) à exploiter le surgénérateur Monju qui cumule les problèmes depuis sa mise en service, le gouvernement japonais aura mis le temps, mais il vient de décider d’arrêter définitivement ce réacteur particulièrement dangereux.

Le surgénérateur Monju est un échec patent : il n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994. Une fuite de sodium avait entraîné son arrêt en 1995. La culture de sûreté y est défaillante et l’Autorité de régulation nucléaire a demandé au gouvernement de trouver un autre exploitant. Il n’y a eu aucun candidat et les coûts explosent. Mais le gouvernement ne voulait pas perdre la face.

L’arrêt définitif ne signifie malheureusement pas la fin des problèmes car la culture de sûreté est toujours défaillante chez JAEA. Le chantier de démantèlement d’une autre de ses usines est mal parti.

Le gouverneur de Fukui a donc demandé des garanties concernant ce chantier qui a durer des décennies. En attendant, il a refusé de donner son accord au démantèlement. Le gouvernement pense que cela prendra une trentaine d’années et coûtera 375 milliards de yens (3 milliards d’euros).

Comme la gestion des combustibles usés, qualifiés de “matières valorisables” alors qu’elles ne sont pas valorisées, dépend de cette technologie, le gouvernement a aussitôt lancé le projet d’un nouveau surgénérateur, sans feuille de route bien précise. Mais, il tient à sauver sa filière plutonium, avec l’usine de retraitement de Rokkashô qui n’a jamais démarré, car, sans cela, il n’a plus de site pour entreposer les combustibles usés. Alors, un nouveau surgénérateur est présenté comme un atout (trump card en anglais, ce qui veut tout dire…) et la nouvelle feuille de route est annoncée pour 2018.

Alors, comme en France avec le projet ASTRID, c’est donc la fuite en avant et si, par miracle, ce projet devait aboutir un jour, il aura fallu un siècle de R&D… une filière d’avenir qui le restera ! Les compagnies d’électricité japonaises ont fait savoir qu’elles ne voulaient pas payer. Elles déjà assez de soucis avec leurs propres réacteurs. Pour elles, la filière surgénérateurs relève de la responsabilité du gouvernement.

Le Maïnichi critique le processus de prise de décision de continuer dans cette voie sans que l’on connaisse les arguments et les coûts réels à la charge des contribuables.

Un cancer de la thyroïde reconnu comme maladie professionnelle à Fukushima daï-ichi

Un employé de TEPCo, âgé d’une quarantaine d’années, qui a travaillé à la centrale de Fukushima daï-ichi après l’accident, a développé un cancer de la thyroïde en avril 2014. Il était présent sur le site lors des explosions hydrogène qui ont détruit les bâtiments des réacteurs 1 et 3.

Il a travaillé sur plusieurs centrales nucléaires entre 1992 et 2012 et aurait reçu une dose cumulée de 150 mSv, dont 140 mSv reçus à la centrale de Fukushima daï-ichi. Cette dose inclut environ 40 mSv liés à la contamination interne. Sa maladie vient d’être reconnue comme maladie professionnelle. Cela entraîne une prise en charge des frais médicaux.

C’est le troisième travailleur de Fukushima daï-ichi dont le cancer obtient cette reconnaissance. Les deux autres cas étaient des leucémies. Le premier cas avait été reconnu en octobre 2015 et le deuxième en août 2016. Le premier cas a porté plainte depuis. C’est la première fois qu’un cancer de la thyroïde est reconnu comme maladie professionnelle au Japon.

Quand il s’agit des enfants de Fukushima, les autorités refusent le lien avec la catastrophe sous le prétexte que la maladie a mis 4 à 5 ans à apparaître après l’accident de Tchernobyl. Là, c’est moins. Comment justifier cette différence de traitement ?

Arrêt programmé du réacteur Sendaï 2

Le réacteur n°2 de la centrale de Sendaï dans la province de Kagoshima vient d’être arrêté comme prévu après 13 mois d’exploitation alors que Sendaï 1 vient d’être remis en marche.

Avec Ikata 3, il n’y donc plus que 2 réacteurs nucléaires en fonctionnement au Japon. Il y avait 54 réacteurs avant la catastrophe de Fukushima. 12 ont été détruits ou arrêtés définitivement depuis.

De nouveaux cas de brimades envers des enfants de Fukushima dans les médias

Les cas récents de brimades (ijimé) envers des enfants de Fukushima évacués dans d’autres provinces présentés dans les médias ont incité des familles à parler. Les cas précédents étaient à Yokohama, Tôkyô et Niigata.

On retrouve les mêmes caractères dans les nouveaux cas qui ont surgi récemment : s’attaquer à un enfant plus vulnérable suite à son évacuation, qui n’est pas encore bien intégré, l’accuser d’être contagieux et tenter de lui soutirer de l’argent sous le prétexte que sa famille bénéficie d’un soutien financier.

Ainsi, un collégien de l’arrondissement de Chiyoda à Tôkyô a dû acheter des bonbons et sodas à trois camarades qui le harcelaient. Il y en aurait eu, selon l’Asahi, pour 10 000 yens environ (80 euros). Cela a commencé durant l’été 2015, quand des camarades on commencer à l’appeler “réfugié”. Puis, la pression a augmenté, allant jusqu’au chantage. Il devait aussi rapporter à la maison les déchets de ses camarades. Ses livres et cahiers ont été endommagés. Ce n’est qu’en novembre 2016, quand la mère a découvert les déchets dans le cartable, qu’elle a découvert le problème. L’enfant a raconté avoir été tourmenté depuis le primaire car il était originaire de Fukushima. La mère et l’enfant se sont plaints à l’administration du collège qui a enquêté auprès de 15 enfants. Elle ne peut pas confirmer que les brimades soient liées au statut de réfugié. Trois enfants ont reconnu avoir réclamé des cadeaux et le collège est arrivé au total de 10 000 yens.

La Maïnichi rapporte le cas d’un autre collégien qui, à Kawazaki, dans la province de Yokohama, a été insulté par ses camarades en 2012 : “les habitants de Fukushima sont stupides” ou “ne viens pas vers moi”. Il aurait aussi été bousculé et tapé. La famille a prévu l’école, en vain, car les autres enfants ont nié les faits. Les parents participent aussi à une action en justice collective pour demander une indemnisation. Lors des auditions, ils ont expliqué avoir enduré des moments très difficiles, mais aussi avoir bénéficié de soutien de leur entourage.

Après une enquête auprès de 61 familles qui sont parties prenantes de cette action en justice, il apparaît qu’il y a eu des cas de ijimé chez des enfants de 8 d’entre elles. Pour un de ces cas, il n’y a probablement pas de lien avec le statut de réfugié selon les avocats qui ont effectué le recensement. Les cas où les parents ont déclaré que les enfants ne pouvaient pas s’intégrer dans leur nouvelle école et se faire des amis n’ont pas été pris en compte.

Coût de la catastrophe : confirmation de la hausse. Qui va payer ?

Les chiffres gouvernementaux avaient fuité dans la presse : le coût officiel de la catastrophe a doublé depuis l’estimation de 2013. Ce n’est pas une surprise, mais les autorités ont tardé à le reconnaître car il faut décider qui va payer et combien.

Le chiffre gouvernemental total est de 21 500 milliards de yens (175 milliards d’euros). Cela inclut le démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, à hauteur de 8 000 milliards de yens (65 milliards d’euros), soit quatre fois plus que ce qui avait été envisagé précédemment, 7 900 milliards de yens (64 milliards d’euros) pour les indemnisations, près de 4 000 milliards de yens (32,5 milliards d’euros) pour la décontamination et 1 600 milliards de yens (13 milliards d’euros) pour le centre d’entreposage temporaire des déchets radioactifs.

Qui va payer ? Le gouvernement devrait augmenter la somme prêtée sans intérêt à TEPCo à une total de 13 500 milliards de yens (110 milliards d’euros) alors que la compagnie a déjà reçu 6 500 milliards de yens (53 milliards d’euros) sur les 9 000 milliards (73 milliards d’euros) initialement prévus. Cet argent devrait servir à payer les indemnisations et une partie de la décontamination et personne ne sait quand TEPCo remboursera.

Cette somme ne comprend pas le coût du stockage des déchets issus du démantèlement de la centrale accidentée ni la création d’un îlot décontaminé dans les zones dites “de retour difficile” dont le seul but est la non disparition des villages concernés.

La compagnie devra aussi payer pour le démantèlement des réacteurs de la centrale de Fukushima daï-ichi. Ce coût pourrait encore augmenter car personne sait comment s’y prendre pour les réacteurs 1 à 3 où il y a eu fusion du cœur.

Ce que les contribuables ne payeront pas, les consommateurs, le payeront. En effet, le gouvernement veut augmenter le prix du transport de l’électricité sur les réseaux de façon à faire payer tout le monde, même les nouveaux entrants sur ce marché qui n’utilisent pas d’énergie nucléaire. Cette contribution devrait débuter en 2020 et durer 40 ans pour s’élever à 2 400 milliards de yens (20 milliards d’euros).

Le ministère de l’économie veut plafonner la hausse des indemnisations à cette somme de 2 400 milliards de yens. C’est la seule dépense qu’il veut plafonner… Pour cela, le gouvernement pousse au retour des populations et entend toujours lever tous les ordres d’évacuation en mars 2017, sauf pour les zones dites de retour difficile. Les aides aux logement pour les auto-évacués cesseront aussi.

Le gouvernement va prendre en charge la décontamination et espère se rembourser en vendant les parts qu’il détient dans TEPCo. Mais il devra rester actionnaire majoritaire bien plus longtemps que ce qu’il avait initialement prévu car la compagnie n’est pas viable. La décontamination des zones dites de “retour difficile” devrait être inscrite au prochain budget.

Le gouvernement compte aussi sur une augmentation des bénéfices de TEPCo de 400 à 500 milliards de yens en coupant dans les coûts de transmission, ainsi que sur le redémarrage de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa dans la province de Niigata. Le groupe d’experts mandaté par le ministère de l’économie et de l’industrie, le METI, a suggéré que les autres exploitants nucléaires s’impliquent dans ce redémarrage.