Nombre officiel de sacs de déchets emportés par le typhon Hagibis

Suite au passage du typhon Hagibis, qui a fait de nombreuses victimes et beaucoup de dégâts, le ministère de l’environnement a mis en ligne un bilan en anglais (repéré par Enerwebwatch) du nombre de sacs de déchets radioactifs issus de la décontamination qui ont été emportés par les flots.

A la date du 20 octobre, 236 sites d’entreposage de déchets sous la responsabilité du ministère ont été contrôlés. A Iitaté, un sac a été emporté, mais il a été retrouvé intact. Il a été récupéré depuis.

Il y a aussi 716 sites sous la responsabilité des communes qui ont été contrôlés. A Tamura, 20 sacs ont été retrouvés : 8 n’étaient pas endommagés. 11 sacs étaient vides. A Nihonmatsu, 15 sacs ont été perdus, mais 5 ont été retrouvés et récupérés. Le site accueille 2 339 sacs. A Kawauchi, 18 sacs sur 2 677 ont été emportés et 2 ont été récupérés. Un des deux était vide et l’autre, non endommagé.

En dehors de la province de Fukushima, 27 des 44 sites ont été contrôlés. Le ministère ne signale aucune anomalie.

On arrive à un total de 996 sites où des déchets radioactifs sont en attente d’un transfert vers le centre d’entreposage centralisé, pour ceux de Fukushima, où ils doivent officiellement rester 30 ans avant d’être repris pour être stockés définitivement ailleurs. Pour les autres, le gouvernement n’a pas de solution.

Presque 3 milliards d’euros pour relancer le vieux réacteur Tôkaï-2

Tôkaï-2 est un vieux réacteur qui a été partiellement noyé par le tsunami de 2011 et que son exploitant, Japan Atomic Power Co (JAPCo), veut redémarrer coûte que coûte. Filiale de plusieurs compagnies d’électricité, JAPCo ne fait, ou plutôt faisait qu’exploiter deux centrales nucléaires. Celle de Tsuruga ne redémarrera jamais à cause d’une faille considérée comme active par l’autorité de régulation nucléaire. Ne lui reste donc que Tôkaï-2, qui a été autorisé à fonctionner jusqu’à 60 ans.

Selon l’agence de presse Kyodo, JAPCo devrait recevoir 350 milliards de yens (presque 3 milliards d’euros) pour remettre Tôkaï-2 au niveau de sûreté exigé depuis la catastrophe de Fukushima. C’était 300 milliards de yens en mars dernier. Tôkyô Electric (TEPCo) et Tôhoku Electric payer 80% de cette somme et 3 autres compagnies, Chûbu Electric, Hokuriku Electric et Kansai Electric, le reste. Il s’agit d’un emprunt garanti par ces compagnies.

Alors que TEPCo serait en faillite sans un financement public et qu’elle rogne sur toutes ses dépenses, y compris sur les indemnisations, cet investissement dans un vieux réacteur nucléaire est choquant pour beaucoup.

JAPCo joue sa survie avec ce réacteur, mais en cas d’échec, ce sont ses propriétaires, dont TEPCo qui paieront. Des actionnaires ont saisi la justice pour que la compagnie cesse de financer Tôkaï-2.

Typhon Hagibis

Le typhon Hagibis (n°19) a fait d’énormes dégâts au Japon, au moins 78 victimes et 13 disparus. Plus de 42 000 habitations ont inondées dans 17 provinces, de nombreux trains à grande vitesse (shinkansen) devront aller à la casse… La province de Fukushima a aussi été durement touchée, entraînant des débordements de l’Abukuma.

A Tamura, des sacs contenant des déchets radioactifs issus des travaux de décontamination ont été emportés dans la rivière Furumichi. Le site, situé à Miyakoji-machi, contenait 2 667 sacs d’un mètre cube chacun. 6 sacs ont pu être repêchés, une centaine de mètres plus bas. Combien ont été emportés ? On ne le sait pas.

Selon l’Asahi, le site n’a pas été recouvert d’une bâche en plastique avant le passage du typhon.

Scandale de corruption chez KEPCo : 5 dirigeants démissionnent

Le scandale de corruption chez Kansaï Electric (KEPCo), révélé fin septembre 2019, vient d’entraîner la démission de trois dirigeants. Les révélations se sont succédé quasiment quotidiennement, rendant leur défense intenable. Le président Makoto Yagi a annoncé sa démission immédiate, le 9 octobre. Il devrait aussi démissionner de la Fédération économique du Kansaï, dont il visait la présidence. Ikuo Morinaka, vice-président exécutif, qui dirige la branche nucléaire, va aussi démissionner. Shigéki Iwané, quant à lui, va démissionner en décembre, quand la tierce-inspection composée de quatre magistrats, rendra son rapport. Il devrait aussi démissionner de son poste de président de la Fédération des compagnies d’électricité du Kansaï. Ce dernier avait notamment reçu une boîte de bonbons avec des pièces d’or quand il est devenu directeur. La commune de Takahama va aussi lancer des investigations. Deux autres cadres auraient aussi démissionné. Les coupures de salaire n’ont pas été suffisantes !

Les médias ont recueilli de nouveaux témoignages de cadres qui ont reconnu avoir reçu des dons de la part de l’ancien maire adjoint de Takahama, Eiji Moriyama. Cela aurait commencé bien avant l’année 2006, avancée par KEPCo, dès la fin des années 90, c’est à dire il y a 20 ans environ ! C’est le cas, notamment, d’un cadre de la centrale nucléaire d’Ôï. Il lui aurait alors fait un cadeau en retour, d’une valeur plus élevée. Puis, plus tard, lors d’un dîner, Moriyama lui aura demandé de favoriser une certaine compagnie pour la maintenance de la centrale nucléaire. KEPCo a reconnu que trois personnes ont aussi reçu de l’argent directement de compagnies sous-traitantes.

Le directeur Shigéki Iwané a aussi promu trois cadres qui avaient reçu des dons, alors qu’il avait été prévenu par lettres anonymes. Il s’agit d’Ikuo Morinaka, qui a reçu 40,6 millions de yens et qui est devenu vice-président, de Satoshi Suzuki, qui a reçu 123,67 millions de yens et de Shigeki Otsuka, qui a reçu 7,2 millions de yens. L’annonce du plan de promotion a été faite le 25 avril 2019. Les lettres anonymes, aussi adressées à  une association anti-nucléaire de Fukui, ont été envoyées entre avril et juin 2019. La promotion a été entérinée le 21 juin 2019.

Ces démissions ne suffiront pas à réduire l’indignation des Japonais. C’est tout le management de la compagnie qui doit être revu. Selon le Maïnichi, Koji Inada, vice-président excécutif de KEPCo, a expliqué que la compagnie ne pourrait pas redémarrer de nouveaux réacteurs nucléaires avant d’avoir regagné la confiance du public. Et de reconnaître que cela va prendre du temps… KEPCo espérait redémarrer les réacteurs 1 et 2 de Takahama l’an prochain (voir l’état des lieux du parc nucléaire japonais), après avoir reçu une autorisation de la prolongation de leur exploitation jusqu’à 60 ans. La compagnie cherche aussi un site pour entreposer ses combustibles usés.

En effet, la seule défense des cadres corrompus a été de dire qu’il avaient peur de l’ancien maire adjoint, connu pour ses colères. C’est un peu léger pour une des principales compagnies du pays, qui exploite des centrales nucléaires en plus !

Etudes sismiques complémentaires requises pour l’usine de retraitement de Rokkashô-mura

L’usine de retraitement de Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori, a déjà 24 années de retard dans sa mise en service. Alors qu’elle n’est d’aucune utilité, puisqu’il n’y a pas de débouché pour le plutonium qui serait extrait, l’exploitant, soutenu par le gouvernement, n’a pas renoncé à la mettre en service. Pour cela, il doit démontrer que l’usine satisfait au nouveau référentiel de sûreté mis en place après Fukushima. Les points cruciaux touchent à la résistance aux risques sismiques et volcaniques.

Selon un journal régional, l’Autorité de régulation nucléaire aurait demandé à l’exploitant, Japan Nuclear Fuel, d’effectuer de nouvelles recherches sur les failles à proximité de l’usine.

Dernières données relatives au dépistage du cancer de la thyroïde à Fukushima : 13 nouveaux cas

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les derniers résultats à la date du 31 mars 2019 de leur campagne de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de la province. Il s’agit du 36ième rapport. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait aussi proposer son propre résumé en anglais.

Les données publiées lors du 35ième rapport sont ici, à titre de comparaison.

Avec un dépistage tous les deux ans par échographie, les jeunes de moins de 18 ans qui participent en sont déjà à leur 4ième examen médical. Après 18 ans, le dépistage suivant se fait à l’âge de 25 ans. Pour les plus de 25 ans, les autorités de la province de Fukushima n’ont pas publié de nouveau rapport relatif à la première campagne de dépistage. Les données du tableau ci-dessous reprennent donc les valeurs de la fiche de synthèse.

Les autorités n’ont pas publié de nouvelles données relatives à la deuxième campagne de dépistage, mais un court texte avec leurs conclusions. Elles expliquent que le taux de cancer de la thyroïde détecté lors de la première campagne est beaucoup plus élevé que ce qui est enregistré dans les autres provinces où il n’y a pas de dépistage. Ce taux est légèrement inférieur lors de la deuxième campagne, mais reste 10 fois plus élevé que la prévalence observée ailleurs, sans dépistage. Cependant, les autorités se refusent à faire un lien avec l’exposition à la radioactivité. Pour cela, elles se basent sur les calculs de dose provisoires effectués par le Comité scientifique des Nations Unies, l’UNSCEAR, pour affirmer qu’il n’y a pas de lien clair entre les deux.

Pour ce qui est de la troisième campagne de dépistage, qui a commencé le 1er mai 2016, les dernières données en japonais, qui vont jusqu’au 30 juin 2019, font apparaître que 217 879 personnes sur 336 669 ont été examinées (65%). Des examens supplémentaires complets ont été effectués chez 1 038 enfants sur 1 499. Il y a eu 72 cytoponctions et 29 cancers ont été détectés (12 garçons et 17 filles). C’est 5 cancers de plus que la dernière fois. Sur ces 29 enfants, 19 ont subi une intervention chirurgicale qui a confirmé le cancer.

Les données relatives à la quatrième campagne, font apparaître qu’à la date du 30 juin 2019, 105 927 personnes ont été examinées et ont reçu leurs résultats. 346 enfants ont subi des examens supplémentaires qui sont terminés. Il y a eu 23 cytoponctions et 13 cancers (6 garçons et 7 filles). C’est 8 cancers de plus que la dernière fois. Sur ces 13 enfants, un seul a subi une intervention chirurgicale qui a confirmé le cancer.

Pour les jeunes qui ont eu 25 ans, aucune nouvelle donnée n’a été publiée. Les chiffres du tableau ci-dessous sont ceux de la dernière fois.

On arrive donc à un total de 231 cas de cancer de la thyroïde suspectés chez les jeunes de Fukushima, dont 174 confirmé par une intervention chirurgicale.

Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 091 547 116 101
Deuxième campagne 270 540 1 826 207 71 52
Troisième campagne 217 879 1 038 72 29 19
Quatrième campagne 105 927 346 23 13 1
Plus de 25 ans 2 288 80 6 2 1

Rappelons que, selon le fond de soutien des enfants ayant un cancer de la thyroïde, créé en 2016, il y aurait au moins 17 cas supplémentaires, non pris en compte dans les données officielles : 16 d’entre eux auraient été diagnostiqués lors de contrôles effectués par les parents en dehors de la province de Fukushima, et un cas avait déjà oublié par le passé. L’un d’entre eux avait moins de 5 ans au moment de la catastrophe nucléaire. Evidemment, il y a probablement d’autres cas non recensés.

A ces chiffres, on peut ajouter les 4 cas découverts à Marumori, au Sud de la province voisine de Miyagi.

Action en justice pour récupérer le loyer dû par 5 familles d’auto-évacués

Selon l’Asahi, les autorités provinciales de Fukushima vont saisir la justice pour chasser 5 familles d’évacués volontaires à Tôkyô et récupérer 2 ans de loyer. Ces familles ont, comme de nombreuses autres, bénéficié d’un logement gratuit jusqu’en mars 2017. Après, les autorités les ont autorisé à rester dans le logement, à condition de signer un bail et de payer le loyer. Mais, ces 5 familles sont passées outre et occupent toujours les logements à titre gratuit.

Lors du passage de l’assemblée du conseil régional, le parti communiste a voté contre et le Constitutional Democratic Party n’a pas pris part au vote. Les autres ont autorisé l’action en justice.

Selon l’avocat de trois familles, elles sont dans une situation économique difficile et ne peuvent pas payer le loyer.

Kansaï Electric : le scandale de corruption enfle !

La semaine dernière, le directeur de Kansaï Electric (KEPCo) avait, lors d’une conférence de presse, reconnu que 20 cadres de sa compagnie, dont lui-même, avaient reçu des dons et des cadeaux de la part de l’ancien maire adjoint de Takahama où la compagnie exploite une centrale nucléaire. Le total atteindrait 320 millions de yens (2,7 millions d’euros), mais une partie aurait été retournée, celle qui dépassait le niveau maximum jugé acceptable par le bon sens… Depuis, le scandale ne cesse d’enfler.

Cette somme, estimée à partir des souvenirs des cadres, est très approximative. Il est probable qu’ils aient oubliés des cadeaux. Ils ont donc dû recevoir plus… Il n’y a aucun enregistrement des sommes reçues et des renvois. Bref, tout cela reste très flou et basé sur les témoignages des personnes mises en cause. Ces renvois n’auraient eu lieu qu’après le début des investigations des services fiscaux, en janvier dernier.

Inversement, si Eiji Moriyama, l’ancien maire de Takahama, décédé en mars dernier, a été généreux avec les cadres de KEPCo, cette dernière a aussi été généreuse avec lui. La compagnie aurait notamment organisé des fêtes en son honneur, lors de la floraison des cerisiers par exemple ou lors de son anniversaire. Elle lui fournissait aussi des informations confidentielles qu’il pouvait monnayer auprès de compagnies locales, dont Yoshida Kaihatsu, basée à Takahama.

La compagnie Yoshida Kaihatsu, qui serait à l’origine d’une partie des fonds distribués par l’ancien adjoint au maire, est devenue très dépendante de KEPCo : en 2018, 60% de ses recettes seraient liés à des contrats avec l’exploitant nucléaire : sur un chiffre d’affaire de 2,2 milliards de yens, 250 millions de yens venaient de contrats directs avec KEPCo, et 1,06 milliard de contrats indirects. En 2014, Yoshida Kaihatsu n’avait eu que pour un total de 700 millions de yens de contrats avec l’exploitant nucléaire. C’est en 2017 que ces contrats ont été les plus élevés, avec 2,1 milliards de yen en contrats indirects.

Le directeur de KEPCo prétend que Yoshida Kaihatsu a été sélectionnée suivant les procédures internes à la compagnie. Bref, il n’y aurait aucun lien avec les cadeaux.

Les premières investigations ont aussi permis de révéler que deux compagnies de BTP, dont la désormais célèbre Yoshida Kaihatsu, ont directement versé pour environ 4 millions de yens à trois cadres de KEPCo sous forme de cash et de cadeaux. Il s’agit de l’ancien président et deux cadres exécutifs : Shigéki Otsuka aurait reçu un million de yens en cash et pour 400 000 yens de cadeaux de Yoshida Kaihatsu ; Toyomatsu et Suzuki auraient reçu pour 2,5 millions de yens de bons d’achat de l’autre compagnie pour s’acheter des costumes sur mesure. Suzuki aurait utilisé les 2 millions de yens de bons d’achat. Les deux autres auraient rendu les cadeaux. Le nom de la deuxième compagnie n’a pas été révélé.

La corruption ne touche pas que la branche nucléaire de KEPCo. Trois cadres de la branche transport et distribution auraient reçu pour 2,5 millions de yens de dons et cadeaux de la part de l’ancien maire adjoint de Takahama, Eiji Moriyama, décédé en mars dernier. Ces cadres auraient fourni, en échange, des informations sur trois projets. Et, une compagnie de BTP, proche de Moriyama, aurait remporté un lot sur un projet de ferme solaire. Les investigations internes chez KEPCo ont montré que Moriyama aurait reçu des informations pour 70% des 113 contrats remportés par Yoshida Kaihatsu. Ainsi, des informations relatives à 83 projets dans le nucléaire auraient été fournies entre septembre 2014 et décembre 2017.

Les commissaires de KEPCo savaient que des cadres de KEPCo avaient reçu des dons et des cadeaux, mais ils n’auraient pas alerté les autorités. Ils se sont donc rendus complices des faits. A quoi servent-ils ?

Le maire d’Ôsaka a demandé aux dirigeants de démissionner. La ville est l’un des principaux actionnaires de KEPCo.

Kyûshû Electric va arrêter deux réacteurs l’an prochain à cause de son retard dans la mise en place de mesures anti-terroristes

En avril dernier, l’Autorité de régulation nucléaire, la NRA, avait refusé un report de l’échéance pour la mise en place de mesures anti-terroristes dans les centrales nucléaires. Elle avait confirmé cette décision en juin dernier. La liste des réacteurs concernés est dans le premier billet.

Les nouvelles règles de sûreté introduites en 2013 laissent 5 ans après l’autorisation de remise en service d’un réacteur pour mettre en place une installation bunkérisée qui permettrait de maintenir le refroidissement en cas d’attaque comme un crash d’avion. Cette installation, située à plus de 100 m des réacteurs, inclut une salle de contrôle, des générateurs de secours, des pompes et d’autres équipements. Aucune centrale n’en est dotée à ce jour. Les trois compagnies qui ont remis en service des réacteurs nucléaires ne seront pas prêtes dans les temps et ont demandé un report, en vain.

Kyûshû Electric est la première compagnie à avoir à arrêter des réacteurs remis en service il y a bientôt 5 ans. Elle vient de le confirmer. Les réacteurs 1 et 2 de Sendaï, dans la province de Kagoshima, seront arrêtés avant le 17 mars et le 21 mai 2020, respectivement. La compagnie espère les remettre en service en décembre 2020 et janvier 2021. Pendant l’arrêt, Kyûshû Electric estime le manque à gagner à 8 milliards de yens par mois (68 millions d’euros).

Puis, arrivera le tour de Genkaï 3 et 4, situés dans la province Saga. Ils seront arrêtés en août et décembre 2020. Ainsi, entre août et décembre 2020, Kyûshû Electric n’aura qu’un seul réacteur nucléaire en service. En cas de retard dans les travaux, elle pourrait repasser à zéro réacteur en activité…

Sendaï 1 est actuellement à l’arrêt et devrait être remis en service en novembre pour s’arrêter à nouveau 4 mois plus tard.

Les autruches de Fukushima

L’Asahi consacre un article aux autruches de Fukushima, qui erraient dans la zone interdite après l’accident nucléaire.

Toshiaki Tomizawa, maintenant âgé de 81 ans, a ouvert un parc en 2001 avec 9 autruches, à 9 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, dans la commune d’Ôkuma. L’idée était d’attirer les touristes. Le parc a grandi avec une trentaine d’oiseaux et un restaurant qui servait de la viande d’autruche. Puis, la catastrophe nucléaire est survenue.

Toshiaki Tomizawa a fui dans la province de Saïtama. Quand il est revenu 3 mois plus tard, la dizaine d’autruches restantes étaient devenues sauvages dans la zone interdite. Elles ont effrayé nombre de personnes qui retournaient chez elles récupérer des biens abandonnés.

Six d’entre elles ont été capturées et utilisées pour de la recherche. Elles sont restées dans la zone évacuée, car elles étaient trop contaminées, mais elles ont été enfermées dans leur enclos et nourries avec de la nourriture non contaminée. En mars 2012, quand cette recherche a commencé, elles rayonnaient à un niveau de 4,6 µSv/h. Les oiseaux ont été tués au bout d’un mois, de deux mois et demi, de neuf mois et demi et de quatorze mois pour mesurer leur contamination résiduelle. Le césium radioactif, qui se fixe plutôt dans les muscles, n’a commencé à diminuer de façon significative qu’au bout de 9,5 mois.

Pour l’annecdote, ces autruches ont plus intéressé les médias étrangers que les médias japonais. Toshiaki Tomizawa dit avoir été traité comme une célébrité quand il a voyagé en Australie ou en Indonésie.

L’ironnie de toute cette histoire réside dans son origine : c’est TEPCo qui a initié l’élevage d’autruches à la centrale de Fukushima daï-ichi en 1999, avec 4 oiseaux. Le but était de faire la promotion du nucléaire, car comme cette énergie, les autruches sont très productives : elles deviennent adulte en 2 ans avec un régime alimentaire pauvre. Elles atteignent une taille de 2 m et un poids qui dépasse les 100 kg. Une femelle pond ensuite jusqu’à 40 ans. Une brochure de l’époque expliquait que, de la même façon, une centrale nucléaire génère beaucoup d’énergie à partir d’une faible quantité d’uranium.

TEPCo a même eu l’idée de baptiser la centrale de Fukushima daï-ichi, la centrale Strauss (autruche en allemand). Mais, même les employés de la compagnie ne comprenaient pas…

L’élevage s’est révélé être plus compliqué que prévu. TEPCo a dû embaucher un vétérinaire pour en prendre soin. Une est décédée et les trois autres ont finalement été données à Toshiaki Tomizawa. Et l’Asahi de conclure cette histoire en expliquant que les autruches sont très productives, mais difficiles à exploiter, comme une centrale nucléaire !