Projet de site d’enfouissement des déchets radioactifs : un référendum sera organisé à Suttsu

Deux villages de Hokkaïdô se sont récemment portés candidats pour que des études bibliographiques soient menées sur la géologie de leur territoire en vue d’y créer un centre d’enfouissement. Ce choix divise les communautés et a entraîné une opposition des villages voisins. Le but premier des communes candidates est de toucher les subsides associés (jusqu’à 2 milliards de yens lors de la première phase).

Selon l’Asahi, le conseil municipal de Suttsu a adopté une ordonnance pour l’organisation d’un référendum sur le sujet avant le passage à la deuxième phase des investigations géologiques. Le maire, à l’initiative de la candidature, voulait que ce référendum soit organisé avant la troisème et dernière phase des investigations pour pouvoir bénéficier aussi des 7 milliards de yens associés à la deuxième phase qui inclut des carottages. Mais, un élu a proposé deux référendums, un avant chacune des phases.

Il y a environ 3 000 habitants à Suttsu.

Accès ouvert pour un petit bout d’Ôkuma

Ôkuma, où est partiellement implantée la centrale de Fukushima daï-ichi, est presque entièrement classée en zone de retour difficile. Le gouvernement japonais vient d’ouvrir l’accès à une petite partie, de 320 ha, située sur les districts de Shimonogami et Kuma. On peut s’y rendre librement, mais l’ordre d’évacuation n’est pas levé pour autant.

Japan Atomic Power Co continue à financer une nouvelle route vers sa centrale nucléaire qui n’a rien produit depuis 10 ans

La Japan Atomic Power Co (JAPCo), qui possède la centrale de Tsuruga, avec deux réacteurs et celle de Tôkaï, avec un réacteur, n’a pas produit un watt d’électricité depuis près de 10 ans. Mais, selon l’Asahi, elle continue à financer deux bouts de route dans la province de Fukui. Ces nouvelles sections faisaient partie du projet d’extension de la centrale de Tsuruga, qui a été abandonné suite à la catastrophe de Fukushima. Mais pas la route…

La route parcourt la côte Est de la péninsule de Tsuruga, très peu peuplée. Après être passée par la centrale de Tsuruga, elle revient par la côte Ouest, en passant devant le surgénérateur Monju, arrêté définitivement et par la centrale de Mihama, qui n’a rien produit non plus depuis 2011. Cette dernière centrale est la propriété de Kansaï Electric (KEPCo). Voir notre état des lieux sur le parc nucléaire japonais.

JAPCo est une filiale de plusieurs compagnies d’électricité, dont TEPCo, qui sont aussi ses clients et ne faisait que produire de l’électricité nucléaire. Elle ne produit plus, mais continue à toucher de l’argent de ses clients, qui eux-mêmes répercutent les coûts sur les factures d’électricité.

Le projet de nouvelles routes remonte à 1993 et JAPCo a commencé à le soutenir financièrement à partir de 2009, quand la province de Fukui, la plus nucléarisée du Japon, a approuvé la construction de deux nouveaux réacteurs. De 2009 à 2013, JAPCo a “donné” 1,98 milliards de yens (15 millions d’euros au cours actuel). En 2014, ce fût 570 millions de yens. Les travaux ont ensuite été suspendus pendant 3 ans, faute de contribution financière. Les “dons” ont repris, depuis.

KEPCo contribue aussi au projet. A elles deux, ces compagnies auront versé un total de 4,06 milliards de yens (31,5 millions d’euros au cours actuel) à la fin 2021. La part de JAPCo est de 58% et celle de KEPCo, 42%.

Le réacteur n°1 de Tsuruga est arrêté définitivement. JAPCo veut redémarrer le n°2, mais il est sur une faille sismique considérée comme active par l’autorité de régulation nucléaire, ce qui est rédhibitoire. Quant au projet de réacteurs 3 et 4, il est suspendu.

Et, il n’y a que 520 habitants sur cette péninsule…

Visite du premier ministre Suga à Fukushima

Le premier ministre japonais, Yoshihidé Suga, a rendu visite à la province de Fukushima en amont du dixième anniversaire. Il a garanti au maire d’Ôkuma, ville presque entièrement classée en zone de retour difficile où est implantée la centrale de Fukushima daï-ichi, que le gouvernement ne va pas changer sa politique qui consiste à permettre le retour de tous les habitants. Il n’y a plus à espérer qu’ils vivront assez longtemps…

Concernant la décision attendue du gouvernement sur le rejet en mer de l’eau accumulée à la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi, le premier ministre aurait déclaré qu’il ne voulait plus remettre à plus tard la décision et que le gouvernement décidera au moment opportun et de manière responsable… Les Japonais sont bien avancés !

TEPCo veut augmenter son soutien à Higashidôri où elle veut construire une centrale nucléaire

Il y a deux centrales de Higashidôri dans la province d’Aomori, qui sont adjacentes : une avec un réacteur à l’arrêt et un autre en projet. La première appartient à Tôhoku Electric et l’autre est un projet de TEPCo, avec deux réacteurs. La construction du premier réacteur a débuté en janvier 2011 et est suspendue depuis mars 2011. Bien que ruinée, TEPCo veut reprendre les travaux, quitte à s’associer à d’autres compagnies d’électricité.

Pour garder de “bonnes relations” avec la commune, TEPCo envisage de lui verser 3 milliards de yens en plus sur 5 ans, selon l’agence Kyodo. En 2019 et en 2020, la compagnie a fait un don de 200 millions de yens.

Rappelons que la compagnie a dû être nationalisée pour éviter la faillite et a déjà reçu 9 733,8 milliards de yens (76 milliards d’euros au cours actuel) de prêts à taux zéro, les intérêts étant à la charge du contribuable. Cette tendance à verser plus d’argent aux communes où sont implantées les centrales nucléaires et donc particulièrement choquante dans le cas de TEPCo.

Plainte d’habitants d’Iitaté contre TEPCo et l’Etat pour exposition à la radioactivité

La commune d’Iitaté, située au-delà d’un rayon de 30 km, a été évacuée tardivement. L’ordre d’évacuer a été annoncé le 11 avril 2011 et les habitants avaient un mois pour partir (relire le suivi de la première année de la catastrophe). Pendant ce temps là, ceux qui n’avaient pas quitté les lieux par eux-mêmes ont été exposés aux retombées radioactives.

29 habitants d’Iitaté ont porté plainte contre TEPCo et l’Etat et demandent 200 millions de yens de dommages car les autorités leur avaient dit au début de la catastrophe qu’il n’était pas nécessaire de partir. L’absence d’information sur l’augmentation des niveaux de radiation les a privés de leur droit à évacuer et les a laissés exposés inutilement. Ils affirment également que l’évacuation de tout le village qui a suivi leur a fait perdre leurs maisons et leurs fermes, a détruit leur communauté et les a privés de leur ville natale.

Le chef des plaignants, Kanno Hiroshi, affirme qu’il a développé des maladies au cours des dix dernières années et que les inquiétudes concernant les effets des radiations ne s’estomperont jamais. Il tient le gouvernement et l’exploitant de la centrale comme responsables.

C’est la première plainte collective déposée pour demander une indemnisation suite à l’exposition aux radiations durant les premiers jours de l’accident nucléaire.

A noter que les premières mesures indépendantes effectuées par l’ACRO au Japon suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima concernaient Iitaté. Voir les résultats et le communiqué de presse de l’époque. Ces résultats démontraient une situation alarmante. L’ACRO écrivait que la contamination par l’iode 131 était prépondérante, avec des niveaux tels qu’il serait prudent d’évacuer le village d’Iitate : au lieu dit Maeda, nous avions détecté 1,9 million de becquerels par mètre carré. Concernant le césium radioactif, presque toutes les zones contrôlées par l’ACRO étaient au-dessus de des limites fixées en Biélorussie pour ouvrir le droit à la migration.

Ces cancers de la thyroïde qui n’auraient jamais dû survenir – Thyroid cancers that should not have occurred

English below

L’ACRO a effectué une revue de la littérature scientifique à propos des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Les dernières données publiées font état de 252 cas de cancer suspecté, dont 202 ont été confirmé après une intervention chirurgicale. Mais ces données officielles ne prennent en compte que les cas découverts dans le cadre du suivi sanitaire lancé en 2011 par la province de Fukushima et ne sont donc pas complètes. Il n’est pas possible de connaître le nombre exact de cas.

S’il y a consensus sur le fait que le nombre de cas de cancer de la thyroïde observé est beaucoup plus élevé que ce qui est observé généralement sans dépistage, et ce, dès la première campagne de dépistage, les explications de cette augmentation sont très controversées. L’un des principaux objectifs du suivi en cours, outre de rassurer les familles, est de déterminer si l’exposition à de faibles doses de rayonnements a des effets sur la santé. Cependant, l’ancien directeur du suivi sanitaire de Fukushima, Shunichi Yamashita, a déjà conclu que « bien que les effets sur la santé directement liés à l’exposition aux radiations soient très peu probables dans les circonstances actuelles et les niveaux de radiation à Fukushima, une augmentation des cas de cancer de la thyroïde chez les enfants à Tchernobyl due à l’exposition interne à l’iode radioactif a conduit à exagérer le risque sanitaire des radiations à faibles doses et a également suscité une peur des radiations ». Quels que soient les résultats obtenus, les organisateurs de l’enquête s’en tiennent à cette interprétation.

Plusieurs arguments ont été avancés pour expliquer que les cas de cancer de la thyroïde découverts au cours de la première campagne n’étaient pas le résultat d’une exposition aux radiations après l’accident de Fukushima dai-ichi. Premièrement, une grande part de la population cible a été exposée à de faibles doses. Cependant, l’UNSCEAR, qui a procédé à une évaluation des doses à la thyroïde, n’exclut pas quelques cas de cancer liés aux radiations. Deuxièmement, la latence prévue pour le cancer de la thyroïde radio-induit est de 4 à 5 ans. Mais la plupart des cancers découverts à partir de la deuxième campagne sont apparus en très peu de temps. Troisièmement, aucun cas de cancer n’a été découvert dans la tranche d’âge la plus jeune, de 0 à 5 ans, au cours de la première campagne. Depuis, plus de 8 cas de ce type ont été découverts lors des campagnes suivantes.

En ce qui concerne les corrélations statistiques avec les doses d’exposition, les données disponibles ne sont pas suffisamment détaillées pour permettre des études précises. Il est intéressant de noter que les études réalisées par les membres du groupe de suivi sanitaire de Fukushima ne trouvent jamais de corrélation avec les doses de radiation, alors que les études réalisées par des chercheurs externes ont trouvé de telles corrélations.

Les arguments avancés pour exclure tout lien avec les retombées radioactives sont contredits par les faits. Si, dix ans après la catastrophe de Fukushima, il n’est toujours pas possible de tirer des conclusions définitives sur les raisons de la forte augmentation du taux de cancer de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima, il n’est plus possible d’exclure que des cancers puissent être induits par les radiations.

Pour en savoir plus, lire l’étude ACRO.


ACRO conducted a review of the scientific literature on thyroid cancers among young people in Fukushima. The latest published data shows 252 cases of suspected cancer, 202 of which were confirmed after surgery. However, these official data only take into account the cases discovered in the framework of the health survey launched in 2011 by the prefecture of Fukushima and are therefore not complete. It is not possible to know the exact number of cases.

While there is a consensus that the number of thyroid cancer cases observed is much higher than what is generally observed without screening, and this from the first screening campaign onwards, the causes of this increase are very controversial. One of the main objectives of the ongoing monitoring, in addition to reassuring families, is to determine whether exposure to low doses of radiation has any health effects. However, the former director of health survey in Fukushima, Shunichi Yamashita, has already concluded that “although health effects directly related to radiation exposure are very unlikely under the current circumstances and levels of radiation in Fukushima, an increase in cases of thyroid cancer in children in Chernobyl due to internal exposure to radioactive iodine has led to an exaggeration of the health risk of low-dose radiation and has also led to a fear of radiation”. Whatever the results, the organisers of the survey stick to this interpretation.

Several arguments have been put forward to explain that the cases of thyroid cancer discovered during the first campaign were not the result of radiation exposure after the Fukushima dai-ichi accident. First, most of the target population was exposed to low doses. However, UNSCEAR, which carried out an assessment of doses to the thyroid, did not exclude some cases of radiation-related cancer. Second, the expected latency for radiation-induced thyroid cancer is 4-5 years. However, most cancers discovered from the second campaign onwards appeared within a very short time. Third, no cases of cancer were found in the youngest age group, 0 to 5 years, during the first campaign. But since then, there have been more than 8 such cases discovered in subsequent campaigns.

With regard to statistical correlations with exposure doses, the available data are not sufficiently detailed to allow accurate studies. It is interesting to note that studies carried out by members of the Fukushima health survey group never found any correlation with radiation doses, whereas studies carried out by external researchers have found such correlations.

The arguments put forward to exclude any link with radioactive fallout are contradicted by the facts. While ten years after the Fukushima disaster, it is still not possible to draw definitive conclusions about the reasons for the sharp increase in thyroid cancer rates among young people in Fukushima, it is no longer possible to exclude radiation-induced cancers.

To find out more, read the ACRO study.

Translated with the help of www.DeepL.com/Translator (free version)

La piscine du réacteur n°3 est enfin vide !

TEPCo a annoncé avoir terminé le retrait des 566 assemblages qui étaient dans la piscine du réacteur n°3. Le retrait avait débuté en avril 2019, alors que le planning initial prévoyait fin 2014. A la fin, les opérateurs travaillaient jour et nuit.

Lire la note en anglais de TEPCo.

C’est une bonne nouvelle car les combustibles sont désormais dans une piscine au niveau du sol qui risque moins d’être endommagée en cas d’agression extérieure que la piscine des réacteurs perchée dans un bâtiment endommagé.

Rappelons que le retrait des 1 533 assemblages du réacteur n°4 est terminé depuis décembre 2014. Mais des humains pouvaient y travailler. Ce n’était pas possible pour le réacteur n°3 à cause des niveaux d’exposition trop élevés. Il a donc fallu enlever les débris et reconstruire un bâtiment réacteur avec des engins télécommandés.

TEPCo doit encore retirer les combustibles des réacteurs 1 avec 392 assemblages et 2 avec 615 assemblages. Elle espère avoir terminé en 2031… Pour le réacteur n°1, il y a de nombreux débris et pour le réacteur n°2, les débits de dose sont particulièrement élevés.

109ème versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 109ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 17,3 milliards de yens (135 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo annonce avoir reçu un total de 9 733,8 milliards de yens (76 milliards d’euros au cours actuel) et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Le total s’élève à 9 702,8 milliards de yens (76,9 milliards d’euros).

Baisse de pression dans le réacteur n°1 suite au séisme du 13 février dernier – Sismographes en panne

Une première version de cet article a été publiée le 22 février 2021

Le fort séisme du 13 février dernier a finalement eu un impact sur les réacteurs accidentés de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. Il y a deux jours, TEPCo a noté une baisse continue du niveau d’eau dans l’enceinte de confinement des réacteurs 1 et 3. Cette baisse se poursuit, ce qui confirme l’hypothèse d’une aggravation des fuites.

Maintenant, c’est une baisse de pression qui est annoncée : TEPCo a confirmé que la pression dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1 a baissé de 1,2 hectopascal à 0,9 hectopascal. La compagnie va donc injecter plus d’azote pour augmenter la pression et réduire le risque d’une explosion hydrogène. Elle pense que la baisse du niveau d’eau a peut-être exposé une partie endommagée qui permet à l’air de fuir.

Lire la note en anglais de TEPCo au sujet de la baisse des niveaux d’eau et de pression.

L’important, c’est que les coriums restent refroidis. La centrale a tenu cette fois-ci. Jusqu’à quelle magnitude peut-être supporter un séisme ? Il est fort probable que personne ne peut répondre à cette question.

Par ailleurs, TEPCo a admis devant l’Autorité de régulation nucléaire que deux sismographes installés dans le bâtiment réacteur n°3, au rez de chaussée et au 4ème étage, étaient en panne et qu’ils n’avaient pas été réparés. Installés en mars 2020, l’un est tombé en panne en juillet et l’autre en octobre derniers et ils n’ont pas pu enregistrer le séisme du 13 février dernier. Ce point avait été omis lors de la conférence de presse liée au séisme ou dans sa communication en ligne. Tous les sismographes installés avant mars 2011 dans les réacteurs 1 à 4 ont été détruits lors de la catastrophe et n’ont pas été remplacés. La compagnie utilise actuellement les sismomètres installés dans les réacteurs 5 et 6. Lire la note en anglais de TEPCo à propos des données sismiques du réacteur n°3.

Dix ans après la catastrophe nucléaire, TEPCo reste TEPCo… Sa culture de sûreté a encore des marges de progrès !

La compagnie a aussi indiqué que 53 réservoirs avaient glissé de 3 à 19 cm à cause du séisme, qu’un conteneur de stockage transportant des déchets radioactifs avait basculé et que le revêtement en asphalte de la centrale était fissuré. Lire la note en anglais de TEPCo sur le déplacement des cuves et de certains tuyaux de couplage.

Le séisme du 13 février a aussi provoqué un décès dans la ville de Fukushima.