Eau contaminée : rien de neuf malgré les annonces

Le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (METI) a proposé ses solutions pour l’eau contaminée accumulée sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi, qui dépasse le million de mètres cube. Il propose de la disperser dans l’océan ou dans l’atmosphère… Rien de neuf. Cela fait plusieurs années qu’il tourne autour du problème sans progresser. Petit rappel de quelques scènes de ce théâtre de kabuki !

En septembre 2013 (lire notre synthèse rédigée à l’époque), le premier ministre japonais, Shinzô Abe, avait alors assuré au Comité International Olympique que la situation était “sous contrôle”… C’est loin d’être le cas !

En 2014, plusieurs pistes sont explorées : enfouir cette eau, la vaporiser et rejeter dans l’atmosphère le dihydrogène seul, ou simplement rejeter l’eau dans l’océan après dilution. En 2016, les autorités ont tranché : sans surprise, c’est le rejet en mer qui l’option la moins chère et la plus rapide. Elle a donc les faveurs du gouvernement. En juillet 2017, le PDG de TEPCo déclare, dans une interview donnée à la presse étrangère que “la décision a déjà été prise prise”, l’eau sera rejetée en mer. En janvier 2018, l’Autorité de Régulation Nucléaire avait demandé une décision dans l’année…

Mais, patatra : lors des réunions publiques organisées en septembre 2018 pour faire accepter le rejet en mer, il est apparu que 80% du stock d’eau avait été mal traités et dépassaient les autorisations de rejet. Ce que TEPCo avait omis de préciser… La compagnie a donc proposé de traiter une deuxième fois cette eau avant rejet, mais c’était trop tard, le mal était fait. Dans ce document, TEPCo indique les niveaux de dépassement. Selon les derniers chiffres, 75% du stock dépasse toujours les niveaux autorisés pour le rejet. Pour plus de détails sur les radioéléments qui posent problème, il faut aller voir ici.

L’annonce récente du METI est sans intérêt. Elle ne fait qu’écarter la pseudo-option de l’enfouissement, même s’il continue à expliquer que le rejet en mer a ses faveurs. L’information reprise dans les médias n’évoque jamais le problème de la contamination résiduelle de cette eau accumulée. Combien de temps faudra-t-il pour la traiter à nouveau ? Combien cela va coûter ? Que restera-t-il après ces nouveaux traitements ? Le Japon va-t-il finir par accepter des contrôles indépendants qu’il refuse pour le moment ?

En effet, comme le souligne le journal britannique The Telegraph, le gouvernement japonais refuse toute mesure indépendante de l’eau qu’il souhaite rejeter dans l’océan. TEPCo se justifie en disant que cette eau est très contaminée et qu’il n’est pas possible de la transporter en dehors du site sans des procédures de protection strictes. Même l’autorité de sûreté et sécurité nucléaire coréenne n’a pas pu obtenir des informations détaillées, selon Reuters. Qu’y a t’il à cacher ? Il est plus facile de se plaindre des rumeurs néfastes que d’accepter la transparence !

S’il ne reste vraiment que du tritium dans l’eau, le stock était estimé à 3 400 TBq (3,4 milliards de millions de becquerels), ce qui représente 150 années de rejet à la limite autorisée pour la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi (22 TBq/an). Mais cela ne représente qu’environ 3 mois de rejet de l’usine Orano de La Hague en France, comme nous l’avons déjà souligné plusieurs fois.

TEPCo a récemment revu cette estimation, selon l’Asahi. Le stock actuel, contenu dans les cuves, serait actuellement de 856 TBq. C’est près de 4 fois moins que la quantité initiale. 40% du stock initial a simplement décru par décroissance radioactive. Il y a aussi du tritium dans les sous-sols et la nappe phréatique. Le reste, a fui en mer ? La quantité à rejeter, quant à elle, sera de 27 à 106 TBq, selon la date de début et de fin du rejet. En effet, le tritium ayant une demi-vie de 12 ans, le stock diminue avec le temps. Les dates envisagées pour le début du rejet sont 2020, 2025, 2030 et 2035. Et pour la fin du rejet, 2041 ou 2051, soit 30 et 40 ans après le déclenchement de la catastrophe nucléaire. Atoms in Japan, qui fait du lobbying pour le nucléaire, précise que les quantités rejetées seraient de 32 à 51 TBq par an, ce qui est plus que l’autorisation de rejet en mer pour les 6 réacteurs, fixée à 22 TBq. Sans surprise, Atoms in Japan n’évoque pas ce problème ! (A noter que cette organisation n’est même pas capable d’écrire une dose correctement, ce qui montre son peu de sérieux !)

En novembre dernier, le ministre de l’industrie avait affirmé que l’impact d’un rejet en mer serait négligeable : entre 0,052 et 0,62 microsievert par an, sans donner la moindre information sur les hypothèses du calcul. Ce serait 1,3 microsievert par an en cas de rejet atmosphérique (voir le Mainichi, par exemple). Là encore, on ne sait pas comment ce chiffre a été obtenu, alors qu’un calcul de dose dépend de nombreux paramètres. Et de comparer ces niveaux à la radioactivité naturelle qui induit une dose moyenne de 2 100 µSv/an. L’exposition naturelle n’est pas une référence en radioprotection !

Rappelons que TEPCo a annoncé qu’elle n’aurait plus de place pour entreposer l’eau contaminée dans des cuves à l’été 2022. Le stock sera alors de 1,37 million de mètres cube. Il pourrait dépasser les 2 millions de mètres cube en 2035 en l’absence de rejet.

Selon ce document récent, TEPCo injecte toujours environ 70 m3/j dans chacun des réacteurs accidentés pour refroidir le corium et en pompe plus dans les sous-sols à cause des infiltrations. Le stock d’eau traitée partiellement ou complètement s’élève officiellement à 1,17 million de mètres cube. Il y a aussi environ 30 000 m3 dans les sous-sols.

Selon cet autre document, le stock augmente peu en ce moment, en l’absence de pluie : 25 m3 par jour. En moyenne sur l’année, cela dépasse les 100 m3/j.

Rapport n°92 de l’ICRU sur la mesure de la radioactivité après un accident grave

L’International Commission on Radiation Units and Measurements (ICRU) a publié un rapport n°92 dédié à la mesure de la radioactivité après un accident grave. Il est en accès payant.

Nous n’allons pas entrer dans tous les détails techniques de ce rapport qui n’apporte rien de neuf. Concernant les résultats de mesure rassemblés par les autorités, l’ICRU écrit : “Pour éviter la perception que l’information est cachée, le plan de gestion des données devrait inclure un mécanisme de partage des données avec le public.” Le partage des données n’est donc là que pour éviter la perception que l’information est cachée, et pas parce que les résultats de mesure pourraient être utiles à la population concernée !

D’ailleurs l’ICRU s’inquiète : “Bien que les valeurs brutes puissent être souhaitées par ceux qui ont un bagage scientifique, elles seront difficiles, voire impossibles, à comprendre et à interpréter pour le public, ce qui entraînera de la confusion, une mauvaise interprétation et peut-être un manque de confiance. Un sous-ensemble de données qui a été traité et réduit, validé et approuvé par des processus de contrôle de la qualité, accompagné d’un énoncé convenablement rédigé sur la façon dont il devrait être interprété, peut être plus précieux pour le grand public.” Ah, ce public si stupide qui ne comprend rien. Donnons-lui des résultats réduits et rassurants !

Les annexes au rapport sont du même acabit. Celle dédiée à Fukushima ne présente que les données des autorités et ignore complètement la surveillance citoyenne qui a émergé après l’accident. Mais l’ICRU conclut sans vergogne cette partie en expliquant : “Les préoccupations du public aux niveaux local, national et international devraient être prises en compte et des dispositions devraient être prises pour partager l’information en temps opportun. Ces dispositions devraient comprendre des méthodes de surveillance des rayonnements et de communication des risques afin d’atténuer l’anxiété du public concernant la contamination radiologique et les restrictions associées à la consommation d’aliments.”

Incroyable que ces instances internationales en soient encore à ce niveau d’incompréhension des enjeux auxquels font face les populations exposées après un accident nucléaire grave. Leur principal souci est d’atténuer l’anxiété du public et pas de répondre à ses préoccupations. Quelle honte !

A un an des JO de Tôkyô, l’eau contaminée est-elle “sous contrôle” ?

L’été 2013 avait été marqué par des scandales à répétition concernant l’eau contaminée (lire notre synthèse rédigée à l’époque). En septembre 2013, le premier ministre japonais, Shinzô Abe, avait alors assuré au Comité International Olympique que la situation était “sous contrôle”. Cela avait suffit et les Jeux avaient été attribués au Japon. Six ans plus tard, à un an des J.O., qu’en est-il ?

TEPCo a créé un portail dédié à l’eau contaminée qui donne une information limitée aux stocks et pas aux flux. Il faut connaître la situation pour comprendre et fouiller le site pour trouver des données, qui ne sont parfois disponibles qu’en japonais.

Dans son dernier bilan sur les flux, TEPCo indique injecter 71 à 72 m3 par jour et par réacteur d’eau pour refroidir les coriums, ce mélange de combustible fondu et débris. Cette eau se contamine fortement et fuit vers les sous-sols des bâtiments réacteurs où elle se mélange à l’eau déjà présente et celle qui s’infiltre depuis les nappes phréatiques.

Pour un bilan de l’eau pompée dans les sous-sols, il faut aller consulter la dernière version d’un autre document. Les infiltrations d’eau souterraine et d’eau de pluie sont actuellement de 150 m3 par jour, qui viennent s’ajouter à l’eau de refroidissement. C’est monté à 250 m3 jour à la fin de la saison des pluies (mi-juillet).

Toute cette eau contaminée est pompée des sous-sols et décontaminée. Une partie est réinjectée pour le refroidissement et l’autre est stockée dans des cuves. Le document précédent indique que le stock d’eau traitée est de 1 048 270 m3 (retrait de 62 radioéléments par la station ALPS) auxquels il faut ajouter 90 948 m3 partiellement traités (seuls le strontium et césium ont été retirés). Il y a aussi 17 280 m3 d’eau dans les sous-sols des 4 réacteurs accidentés et 15 040 m3 dans deux autres bâtiments.

Le portail, quant à lui, indique qu’au 18 juillet dernier, le stock d’eau traitée stockée s’élevait à 1 145 809 m3. Sur le site, il y aurait 970 cuves : 129 avec de l’eau partiellement traitée et 827 avec de l’eau ayant subi un traitement complet.

Comme l’explique l’Asahi, TEPCo s’était engagée à réduire le volume d’eau des sous-sols, peu étanches, car elle est très contaminée. Elle présente aussi un risque en cas de nouveau tsunami. Mais les volumes ne diminuent pas et la compagnie n’a pas de solution à proposer. Elle se serait fait tancer lors de la réunion de juin dernier avec l’Autorité de régulation nucléaire.

Pour réduire les infiltrations, TEPCo a mis en œuvre plusieurs actions. Tout d’abord, elle pompe la nappe phréatique en amont des réacteurs. Elle pompe aussi à proximité, mais la contamination peut atteindre 13 000 Bq/L en bêta total selon les derniers résultats publiés par TEPCo. Une partie est partiellement décontaminée et rejetée en mer et l’autre est injectée dans les sous-sols pour être traitée avec l’eau la plus contaminée. TEPCo a aussi gelé le sol tout autour des quatre réacteurs accidentés, sur 1,4 km, afin de limiter les transferts. Mais le stock dans les cuves continue à s’accroître, sans solution pour le moment.

Officiellement il resterait plus que du tritium (hydrogène radioactif) dans cette eau traitée, qu’il est difficile de séparer et stocker. Mais TEPCo a fini par admettre que 80% du stock d’eau traitée avait une contamination résiduelle qui dépasse, en concentration, les autorisations de rejet en mer. La concentration en strontium, particulièrement radio-toxique, peut atteindre 600 000 Bq/L, ce qui est environ 20 000 fois plus que la limite autorisée. La compagnie parle maintenant d’effectuer un second traitement avant rejet en mer… En mai dernier, le gouvernement a proposé que l’eau reste dans les cuves plus longtemps que prévu, pour laisser passer les JO. Il n’y a pas eu de progrès depuis.

Il y a quelques données sur la contamination de l’eau dans les cuves. Il s’agit de moyennes par zone. On observe des dépassements de la concentration maximale autorisée pour le rejet pour le tritium, l’iode 129, le strontium-90 et le ruthénium-106.

Imaginons qu’une partie de l’eau soit traitée une deuxième fois et diluée pour réduire la concentration en tritium, combien de temps faudrait-il pour la rejeter en mer ? Si l’on se base sur les autorisations annuelles de rejet et l’inventaire de tritium, cela prendrait entre 40 et 150 ans, comme nous le disions en 2014. Un chercheur est arrivé à 17 ans, avec d’autres hypothèses. Selon le Maïnichi, Hiroshi Miyano a d’abord calculé que le stock d’eau contaminée au tritium, qui s’élève à plus d’un million de mètres cubes, passerait à 700 millions de mètres cubes après dilution pour obtenir une concentration inférieure à 1 500 Bq/L (limite utilisée actuellement pour les rejets en mer). Il ne s’est pas préoccupé, semble-t-il de la limite annuelle. Puis, il a pris en compte le débit des pompes des circuits de refroidissement des réacteurs 5 et 6, qui fonctionnent encore, pour arriver à 17 ans, en supposant qu’elles fonctionnent sans s’arrêter. Le ministère de l’économie, plus optimiste, avait estimé, en 2016, qu’il suffirait d’un peu plus de 7 années.

Comme les nappes phréatiques sont contaminées, il y a toujours un transfert de la pollution radioactive vers l’océan, qui est beaucoup plus faible qu’au début de la catastrophe. Au pied de la centrale, les dernières données de TEPCo mettent en évidence une contamination en césium de l’eau de mer qui peut atteindre 100 Bq/L pour le césium. Cela prouve qu’il y a encore des fuites vers l’océan. Mais cela se dilue rapidement. Un peu plus loin, des données trouvées sur le site de l’autorité de régulation nucléaire, montrent que l’on trouve du césium-137 et du tritium par endroits, mais à des concentrations très faibles. Encore plus au large, les dernières données sont ici. Les niveaux sont tout aussi faibles, voire plus faibles. Les sédiments marins, qui stockent le césium, sont, quant à eux, plus contaminés. Les dernières données publiées donnent des niveaux jusqu’à 210 Bq/kg de sédiments secs pour le césium-137.

Pour ce qui est de la contamination des poissons, cela dépend de l’espèce et de la zone de pêche. Dans le port devant la centrale accidentée, les derniers résultats publiés par TEPCo font état de plusieurs prises qui dépassent la limite de mise sur la marché fixée à 100 Bq/kg. Ces poissons ne sont pas destinés à la consommation humaine. Plus au large, toutes les prises contrôlées par TEPCo sont bien dans la limite. Les données du ministère de l’agriculture, de la pêche et de la foresterie sont ici. En 2019, aucun des animaux marins contrôlés n’a dépassé la limite de mise sur la marché.

Pour conclure, les transferts de contaminants vers l’océan ont été bien réduits depuis 2013 et l’annonce tonitruante du premier ministre. En revanche, la gestion de l’eau contaminée constitue toujours un énorme fardeau pour TEPCo, qui n’a pas de solution à proposer pour de nombreux problèmes. Il est donc difficile d’affirmer qu’elle est “sous contrôle”. En revanche, la communication est, elle, “sous contrôle”.

Réouverture du port de Tomioka

Le port de Tomioka est le dernier des dix ports de pêche de Fukushima dévastés par le tsunami de 2011 à rouvrir. La commune avait été entièrement évacuée suite à l’accident nucléaire.

Avant 2011, les pêcheurs ramenaient environ 48 tonnes de poisson par an dans le port de Tomioka. Après la réouverture, 8 bateaux sont attendus.

Tous les ports de pêche de Fukushima ont rouvert

Plus de 8 ans après le tsunami, le port de pêche de Tomioka est le dernier à rouvrir dans la province de Fukushima, où les travaux de reconstruction ont dû attendre la décontamination et la levée progressive des ordres d’évacuer.

Tomioka est le dernier des 10 ports de pêche de Fukushima à rouvrir. L’ordre d’évacuer de cette commune a été levé en avril 2017. Les bateaux étaient basés à Namié ou Iwaki en attendant. Une cérémonie devrait être organisée en juillet.

Par ailleurs, le président des Philippines a annoncé, lors d’un sommet avec le premier ministre japonais, la levée des restrictions à l’importation de certains poissons en provenance du Japon. Cette décision est avant tout symbolique car les exportations de produits de la mer du Japon vers les Philippines doivent être très faibles.

A l’inverse, le Japon a annoncé un renforcement des contrôles sur l’importation de poissons en provenance de Corée. Officiellement, le but est de protéger les Japonais contre les risques d’intoxication pendant les fortes chaleurs estivales, mais, selon le Japan Times, il s’agit plutôt de mesure de rétorsion contre les restrictions à l’import de produits de la mer japonais en Corée suite à la catastrophe de Fukushima. En avril dernier, l’OMC avait tranché en faveur de la Corée dans le différend qui oppose les deux pays.

Importation en Corée d’aliments en provenance de Fukushima : l’OMC tranche faveur de la Corée en appel

Plusieurs pays ont introduit des restrictions à l’importation d’aliments en provenance du Japon. C’est le cas, en particulier, de la Corée, de la Chine et de Taïwan qui ont des relations de voisinage tendues avec le Japon. La Corée avait interdit l’importation de produits de la mer en provenance de plusieurs provinces japonaises suites aux scandales à répétition de l’été 2013 sur des fuites d’eau radioactive en mer. Il s’agit d’Aomori, Iwaté, Miyagi, Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Gunma et Chiba.

Le Japon a décidé de saisir l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) dans le cas de la Corée, qui lui a donné raison, dans un premier temps. Mais la Corée a fait appel et vient de gagner. Elle a donc décider de maintenir les interdictions.

La page dédiée à ce conflit sur le site de l’OMC est ici en anglais. Les documents relatifs à l’appel sont aussi disponibles en français. Je laisse le lecteur se reporter à ces documents si cela le passionne.

Dans l’année qui a précédé ces restrictions à l’importation en août 2013, la Corée aurait importé pour 11 milliards de yens de produits de la mer du Japon. Ce serait descendu à 8,4 milliards de yens l’année suivante, selon le gouvernement japonais.

Rencontres internationales lycéennes de la radioprotection

L’IRSN, le CEPN et le CEA organisent les rencontres internationales lycéennes de la radioprotection à Cherbourg en Cotentin. Voir le programme. Ce sont ces mêmes organismes qui tentent de rendre l’accident nucléaire acceptable.

Quelle idée d’aller faire visiter la centrale de Flamanville à des enfants de Tchernobyl et Fukushima qui ont vu leur vie bouleversée par un accident nucléaire grave. C’est pour leur vanter la technologie française ?

Le Prof. Hayano, qui s’est fait remarquer pour avoir utiliser des données personnelles sans autorisation et s’est trompé dans leur exploitation, comme nous l’avons rapporté, est aussi au programme. Un bel exemple pour la jeunesse ! Il va parler de l’intégrité scientifique ou expliquer comment augmenter le nombre de followers sur twitter ?

Le réseau “Minna no data” fédère 31 laboratoires et stations de mesure indépendants au Japon, mais les organisateurs n’ont trouvé que le Prof. Hayano pour aider les lycéens.

Le dernier exposé par des lycéens de Fukushima est intitulé : “Comment aider les gens à se sentir “en sécurité” ?” Grâce à un détecteur de “rumeurs néfastes” qui demeurent la seule pollution à Fukushima ?

Rapport de Greenpeace sur l’eau contaminée accumulée à la centrale de Fukushima daï-ichi

Greenpeace vient de publier un rapport qui fait le point sur le problème de l’eau contaminée qui s’accumule à la centrale de Fukushima daï-ichi (communiqué de presse, rapport en anglais). Bien évidemment, l’organisation s’oppose au rejet en mer de l’eau partiellement traitée.

C’est l’occasion de refaire un point sur les dernier chiffres publiés par TEPCo. Selon ce premier document, la compagnie a injecté 65 m3/jour dans le réacteur n°1 et 67 m3/j dans chacun des réacteurs 2 et 3 afin de refroidir le corium. Ces chiffres sont pour le 17 janvier. Elle annonce 72 m3/jour pour chaque réacteur pour le 24 janvier. Cette eau se contamine fortement au contact des combustibles fondu et s’écoule dans les sous-sols des réacteurs où elle se mélange à l’eau déjà présente et celle qui s’infiltre depuis la nappe phréatique.

TEPCo pompe l’eau des sous-sols pour éviter les débordements, mais elle doit pomper plus que ce qu’elle injecte. Ce surplus s’accumule jour après jour. Ce deuxième document mentionne que le surplus est de 52 m3/jour, en l’absence de précipitations. Une partie (7 m3) vient de la nappe phréatique proche, qui est aussi fortement contaminée.

Cette eau est partiellement traitée et réinjectée pour le refroidissement. Le surplus est stocké dans des cuves en l’absence d’autre solution. Le premier document fait état d’un volume total de 1,1 million de mètres cubes stockés dans des cuves. La compagnie aurait traité 2 millions de mètres cubes d’eau contaminée.

A noter que TEPCo a lancé, la veille du rapport de Greenpeace, une version anglaise de son site internet dédié à l’eau contaminée. Ce site ne donne aucune information précise sur la contamination résiduelle de l’eau traitée, les flux entrants, etc etc. Il s’agit d’une piètre opération de communication.

Quatrième mission de l’AIEA à Fukushima daï-ichi : rapport préliminaire

A la demande du Japon, l’AIEA a effectué sa quatrième mission à la centrale de Fukushima daï-ichi depuis l’accident. Selon le rapport d’étape, cette mission a eu pour but d’effectuer une revue indépendante des travaux menés. A noter, que, selon son cv, le chef de la délégation, Christophe Xerri, travaillait pour Mitsubishi Nuclear Fuel au moment de l’accident. Il faisait donc partie du village nucléaire japonais. Peut-on parler de revue “indépendante” ?

Comme nous l’avons rapporté, le Japon avait refusé d’inviter le rapporteur spécial de l’ONU pour les substances dangereuses et les déchets et n’a pas rendu son rapport. Ce dernier avait critiqué la politique japonaise et recommandé l’arrêt du retour des enfants et femmes en âge de procréer dans les territoires contaminés. En invitant l’AIEA, et ses experts “indépendants”, issu du sérail, il attend donc un rapport complaisant.

Le rapport final est attendu pour le 31 janvier 2019. Que dit le rapport préliminaire ? Après quelques banalités sur les progrès et les défis, il est écrit que l’équipe a noté les progrès effectués en vue du retrait des combustibles usés des piscines des réacteurs 3, puis 1 et 2. Le rapport va jusqu’à dire que les opérations sont bien avancées pour le réacteur n°3. Etonnant, alors que l’Autorité de Régulation Nucléaire japonaise a critiqué les retards pris pour ce retrait. Faut-il y lire une critique de cette autorité ?

Dans son communiqué de presse et lors de sa conférence de presse, l’équipe de l’AIEA a mis l’accent sur le problème du stock d’eau contaminée. Le rapport dit grosso-modo que, malgré les améliorations apportées pour s’attaquer aux causes profondes qui contribuent à la production d’eau contaminée, l’équipe de l’AIEA continue de considérer la gestion de l’eau comme essentielle à la durabilité des activités de démantèlement. Tout le monde est d’accord sur ce point. Étant donné que le volume d’eau traitée devrait atteindre la capacité maximale des réservoirs au cours des trois ou quatre prochaines années, et qu’un traitement et un contrôle supplémentaires des eaux stockées avant leur élimination seraient nécessaires pour appliquer l’une des cinq solutions envisagées par le gouvernement japonais, une décision devrait être prise d’urgence en impliquant toutes les parties prenantes. L’AIEA ne prend pas position quant aux 5 solutions envisagées par les autorités, même si c’est le rejet en mer qui a la préférence des autorités.

Mais l’équipe de l’AIEA tient à souligner qu’ils ont osé interroger les autorités japonaises à propos des informations rendues publiques récemment sur la contamination résiduelle de l’eau traitée. Mais, on n’en saura pas plus pour l’instant ! Rappelons que 80% du stock d’eau traitée dépasse les autorisations de rejet. Et que conseille l’AIEA à ce propos ? Rien, si ce n’est que TEPCO doit respecter la loi et la réglementation japonaises. Est-ce une critique en creux ?

En ce qui concerne la communication de TEPCo, elle aurait, selon le rapport, évolué positivement dans le but de maintenir la confiance des parties prenantes et dissiper les rumeurs néfastes ! Ah bon, les parties prenantes ont confiance en TEPCo ? Il n’y a que l’AIEA pour croire à de telles sornettes ! Malgré cela, l’AIEA reconnait que TEPCo a omis de signaler clairement que l’eau contaminée contenait plus que du tritium après traitement. Et l’Agence de l’ONU de demander une meilleure communication. Tous les éditoriaux japonais l’avaient déjà souligné.

La suite traite du management et de l’organisation entre les différents acteurs. L’AIEA insiste pour que les feuilles de route prennent en compte les incertitudes. Il faut y lire une critique en creux : les feuilles de route présentées ne seraient donc pas réalistes.

En ce qui concerne les travailleurs sur le site de la centrale accidentée, l’AIEA note des progrès dans la culture de sûreté. Mais cela ne semble pas suffisant, puisqu’il est demandé de développer plus cette culture, y compris auprès des sous-traitants. La compagnie doit aussi tout faire pour réduire les doses auxquelles sont exposés les travailleurs. Mais l’équipe n’a pas jugé bon de rencontrer les syndicats pour leur demander leur avis sur le sujet.

A la fin, le rapport de l’AIEA pointe le problème des déchets radioactifs sur le site, pour lesquels aucune solution de gestion à long terme n’existe. Il y en aurait déjà plus de 400 000 m3.

A noter que l’équipe de l’AIEA n’a rencontré que des officiels du gouvernement et de TEPCo, et n’a auditionné aucune organisation ou expert qui pourrait avoir un esprit critique. Pas étonnant que son rapport préliminaire soit si lisse et n’apporte rien de pertinent.

TEPCo a mis en ligne quelques photos de la visite de la délégation, qui n’ont pas le moindre intérêt.

80% du stock d’eau contaminée à Fukushima daï-ichi dépasse les autorisations de rejet

TEPCo a accumulé plus d’un million de mètres cubes d’eau contaminée dans des citernes sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi et le stock continue à s’accroître de jour en jour. Une grande partie de cette eau a été partiellement décontaminée, et il restait plus, officiellement, que du tritium (hydrogène radioactif), qu’il est difficile de séparer et stocker. Cette situation n’est pas pérenne et la meilleure solution trouvée par la compagnie et le gouvernement est le rejet en mer. Ne restait plus qu’à convaincre les résidents…

Les autorités ont donc organisé 3 réunions publiques, à Tomioka et Kôriyama et les quelques personnes qui y ont assisté ont posé des questions sur la contamination résiduelle. Il est rapidement apparu, comme nous l’avons rapporté en août dernier, que la contamination résiduelle pour certains éléments dépassait les concentrations maximales autorisées pour le rejet en mer. Les populations concernées se sont donc senties trahies, une nouvelle fois, car il n’était question que de tritium dans la communication de l’exploitant et du gouvernement. L’assistance a donc fait part de son opposition aux rejets en mer.

TEPCo vient d’admettre que 80% du stock d’eau traitée avait une contamination résiduelle qui dépasse, en concentration, les autorisations de rejet en mer. La concentration en strontium, particulièrement radio-toxique, peut atteindre 600 000 Bq/L, ce qui est environ 20 000 fois plus que la limite autorisée. La compagnie parle maintenant d’effectuer un second traitement avant rejet en mer.

Environ 161 000 m3 auraient une concentration de l’ordre de 10 à 100 fois la limite, auxquels il faut ajouter 65 000 autres mètres cubes, avec jusqu’à 20 000 fois la limite, selon TEPCo. Sa station de traitement traite environ 340 m3 jour actuellement. A ce rythme là, il lui faudrait 2 ans pour traiter ce stock… sans parler du coût. Ce total ne fait pas encore les 750 000 m3 annoncés comme faisant 80% du stock. La presse ne donne pas de détails sur le reste.

La compagnie n’a plus de place sur le site de la centrale. Et toute cette eau accumulée représente un danger en cas de fort séisme car on ne sait pas si les cuves tiendront. Quand on pense que le premier ministre japonais avait déclaré au Comité international olympique que la situation était sous contrôle…

TEPCo évoque des pannes en 2013 sur ALPS, la station de traitement des eaux, et de l’eau fortement contaminée se serait mélangée à de l’eau traitée. La compagnie aurait aussi eu du retard par moment dans le remplacement des filtres. Et ce n’est que maintenant qu’elle le dit ! Après, quand les populations s’opposent aux rejets, c’est à cause des rumeurs néfastes…

Cette gestion de l’eau contaminée et de la concertation avec les populations est lamentable.