TEPCo condamnée à indemniser deux nouvelles familles de victimes de l’évacuation

Une cour de Tôkyô a jugé que TEPCo devait indemniser les familles de deux personnes décédées lors de l’évacuation dramatique de l’hôpital de Futaba et de la maison de retraite adjacente. C’est le deuxième jugement en ce sens. En avril dernier, deux autres familles avaient obtenu une indemnisation sur décision de justice.

Cette fois-ci, il s’agit d’un patient de l’hôpital âgé de 97 ans et d’une pensionnaire de la maison de retraite, âgée de 86 ans, qui étaient décédés lors de leur transfert en bus à Iwaki qui avait duré une dizaine d’heures. Les patients qui ne pouvaient pas se lever ont attendu les secours plusieurs jours. Il y a eu une cinquantaine de décès en tout dans cet hôpital.

Les familles des deux victimes vont recevoir un total d’environ 30 millions de yens alors qu’elles en avaient demandé 66 millions. La cour a estimé que pour chacun de ces deux cas la compensation doit être de 20 millions de yens, mais qu’elle doit être réduite de 20 à 30% à cause de l’état de santé des patients qui était dégradé avant la catastrophe.

Le désarroi des familles dont un enfant a un cancer de la thyroïde

En mars dernier, deux pères avaient parlé anonymement aux médias à propos du cancer de la thyroïde d’un de leurs enfants et avaient fondé une association de soutien : 311 Thyroid Cancer Family Group. Après l’Asahi, le Japan Times leur consacre un article.

Un des pères a raconté que sa fille, adolescente, a eu la voix modifiée par l’intervention chirurgicale et qu’elle est dépressive depuis. Mais le plus dur à supporter pour ces familles est le silence qui leur est imposé à propos de cette maladie alors qu’elles doivent faire face à de nombreuses questions sans réponse et tabous. Si les cancers sont liés à la catastrophe nucléaire, la famille pourrait être stigmatisée, mais aussi toute la région. La famille n’a dit à personne que leur fille eu un cancer de la thyroïde. Si la découverte précoce des cancers est due au dépistage systématique, comme le prétendent les autorités, était-ce nécessaire de retirer partiellement la thyroïde ? Le cancer papillaire, le plus diagnostiqué, est connu pour avoir une évolution très lente. Une surveillance aurait peut-être été préférable. Dans tous les cas, c’est terrible pour les familles.

Un médecin explique qu’elles sont complètement perdues lors de l’annonce et qu’elles culpabilisent. Ont-elle failli dans la protection de leur enfant ? Ont-elles pris la bonne décision quant au traitement ? Y aura-t-il une rechute, même après une intervention chirurgicale ?

A noter que l’International Society for Environmental Epidemiology a écrit aux autorités japonaises à propos de l’augmentation du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants à Fukushima. Voir la lettre en anglais qui se réfère à l’étude du Prof. Tsuda et al. que nous avons mentionnée. Il y est mentionné le grand intérêt de cette société pour l’étude en question qui appelle à la poursuite du dépistage systématique. Elle propose aussi ses services, mais il est peu probable que le gouvernement japonais y réponde positivement.

Voir aussi les explications du Prof. Tsuda que nous avions traduites en français.

TEPCo condamnée à indemniser deux victimes de l’évacuation

Les familles de deux patients décédés lors de l’évacuation de l’hôpital de Futaba ont porté plainte contre TEPCo pour obtenir une meilleure indemnisation et la cour vient de décider que la compagnie devra leur verser 31 millions de yens en tout. Les familles demandaient le double environ et le juge a accepté l’argument de TEPCo que d’autres causes que la catastrophe nucléaire sont responsables de ces décès.

TEPCo avait accepté d’indemniser les familles, mais le conflit portait sur sa part de responsabilité dans les décès.

La première victime est un homme de 98 ans, évacué le 14 mars par l’armée et décédé deux jours plus tard dans l’abri. La deuxième est un homme de 73 ans évacué le 16 mars vers un autre hôpital où il est décédé le jour même. Ils avaient besoin de soins constants car ils ne pouvaient plus se nourrir par eux-même. La cour a estimé que l’hypothermie liée à l’absence de chauffage suite aux séismes et tsunami avait dégradé leur santé.

Une cinquantaine de patients de l’hôpital et de la maison de retraite attenante étaient décédés lors de l’évacuation en mars 2011. Sept familles, dont les deux en question ici, ont porté plainte contre TEPCo. Ce sont les deux décisions de justice.

Rappelons qu’il y avait 338 patients à l’hôpital de Futaba et que 209, qui pouvaient marcher, avaient été évacués par bus le 12 mars 2011. Les autres ont attendu plusieurs jours sans ressource que l’armée vienne les chercher.

Plans d’urgence nucléaire en France : forces et faiblesses

Etude pour l’ANCCLI

Résumé

En France, les plans d’urgence nucléaire sont définis dans tout un corpus de textes locaux, nationaux, voire européens. Ils n’ont jamais été discutés avec les personnes concernées ou avec les parties prenantes, malgré les recommandations en ce sens de la Commission internationale de protection radiologique. Certains Plans Particuliers d’Intervention (PPI) locaux ne sont même pas disponibles en ligne. En cas d’accident nucléaire grave, les populations riveraines ne connaissent pas les mesures de protection prévues et ne réagiront probablement pas comme attendu. L’approche « top-down » utilisée à ce jour doit donc évoluer et les populations locales et les organisations de la société civile intéressées devraient être impliquées dans le développement et la planification des plans d’urgence.

Les mesures de protection prévues sont les mêmes dans tous les pays. En revanche, l’étendue de la zone géographique où elles seront appliquées dépend de la gravité de l’accident. Les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima ont montré que les accidents les plus graves peuvent avoir des conséquences bien au-delà des périmètres de protection prévus en France. Les leçons de la catastrophe de Tchernobyl n’ont pas été tirées. Il ne faudrait pas passer à côté de celles de Fukushima daï-ichi. Par conséquent, l’Association Nationale des Comités et Commissions Locales d’Information (ANCCLI) réclame une révision en profondeur des périmètres des Plans Particuliers d’Intervention des Installations Nucléaires de Base et suggère même une extension des plans d’urgence à un rayon de 80 km. Elle considère, à la lumière de la catastrophe de Fukushima, qu’avec un rayon de 10 km, les plans actuels de secours sont inadaptés ; l’ANCCLI propose d’avoir une réflexion à l’échelle du bassin de vie de la population autour de chaque installation nucléaire.

Au niveau européen, le groupe de travail AtLHET sur l’urgence nucléaire, mis en place par les autorités de sûreté et les autorités compétentes en radioprotection, a conclu que l’évacuation doit être préparée jusqu’à 5 km et la prophylaxie à l’iode et la mise à l’abri jusqu’à 20 km. Il recommande aussi qu’une stratégie soit mise en place pour évacuer jusqu’à 20 km et mettre à l’abri et protéger la thyroïde jusqu’à 100 km. De telles distances peuvent impliquer un nombre d’habitants beaucoup plus élevé qu’autour des centrales de Tchernobyl et de Fukushima : il y a plus d’un million d’habitants dans un rayon de 30 km autour des centrales de Fessenheim et du Bugey.

Les mesures de protection prévues sont, dans l’ordre chronologique, la mise à l’abri, la prophylaxie à l’iode et, éventuellement l’évacuation. Puis, des mesures de restriction de consommation d’aliments peuvent être mises en place. Toutes ces mesures nécessitent une bonne coordination et une bonne information des personnes concernées qui peuvent dans un pays voisin.

En France, la mise à l’abri est d’une durée beaucoup plus courte que ce qui est recommandé au niveau international, ce qui est positif. En revanche, le seuil de déclenchement est plus élevé que ce qui est prévu dans d’autres pays comme la Belgique ou le Canada.

Pour être efficace, la protection de la thyroïde, une glande particulièrement sensible en cas de rejets d’iode radioactif, nécessite la pré-distribution de comprimés d’iode stable. C’est le cas en France, mais seulement dans un rayon de 10 km autour des installations nucléaires, alors que c’est 20 km en Belgique et 50 km en Suisse. Il y a urgence à appliquer ce que les autorités ont admis au niveau européen : la France doit étendre la pré-distribution d’iode stable jusqu’à 50 km au moins afin de pouvoir protéger plus efficacement sa population en cas d’accident grave. Au-delà, les plans de distribution de l’iode en situation d’urgence doivent être évalués et testés. En ce qui concerne le seuil d’intervention, la France devrait introduire un niveau plus protecteur pour les enfants et les femmes enceintes, conformément aux recommandations de l’OMS.

En cas de rejets prolongés, il est impératif que les populations concernées soient informées au préalable de la politique en matière d’administration multiple d’iode stable, sans que cela vienne se substituer à d’autres mesures de protection.

L’évacuation représente la mesure de protection la plus complexe, car elle nécessite une bonne coordination entre les différents acteurs, la transmission d’informations pertinentes au public et la mise en place d’une logistique lourde. Celle-ci doit souvent être décidée en tout début de crise lorsque la situation dans la centrale peut être encore incertaine.

L’évacuation est aussi la mesure de protection des populations la plus lourde de conséquences car elle peut conduire à la réinstallation avec perte totale du logement, de l’emploi et de tous les biens en cas de catastrophe majeure, comme cela a été le cas autour des centrales de Tchernobyl ou Fukushima, avec une rupture du lien social entre personnes proches, voire même à l’intérieur d’une même famille. Il s’agit d’une décision difficile à prendre, qui aura aussi des conséquences économiques à long terme pour tout le pays.

En France, les PPI ne prévoient l’évacuation que jusqu’à 5 km alors que le rapport européen AtHLET préconise qu’« une stratégie générale doit être définie afin d’être en mesure d’étendre l’évacuation sur un rayon allant jusqu’à 20 km ». La France doit donc étudier sérieusement l’évacuation de populations sur des distances allant bien au-delà de ce qui est prévu dans les PPI actuels. Quant aux capacités d’accueil, elles ne semblent pas bien évaluées et l’on ne sait pas si elles répondent aux besoins.

L’évacuation des personnes vulnérables, en particulier les malades alités dans les hôpitaux, est probablement l’aspect le plus dramatique de la phase d’urgence de la catastrophe nucléaire au Japon. Les personnes qui ont besoin de soins spéciaux sont aussi en danger en cas d’évacuation. Les plans d’urgence français ne proposent pas une réponse appropriée à ce danger. La France doit donc engager une réflexion profonde sur la prise en charge des personnes vulnérables en cas d’accident nucléaire. Ce travail doit être mené avec les acteurs locaux et peut conduire à un recensement dans les plans d’urgence du nombre d’hôpitaux et des capacités d’accueil dans un rayon de 30 à 80 km autour de l’installation nucléaire.

Contrairement à ce qui est exigé en Amérique du Nord, aucune estimation des temps d’évacuation autour des installations nucléaires n’a été effectuée en France. De telles estimations doivent donc être effectuées, rendues publiques et expliquées aux riverains des installations nucléaires. Ces évaluations doivent prendre en compte les évacuations spontanées.

A moyen et long terme, la réduction de l’exposition interne des populations nécessite la mise en place de restrictions de consommation pour la nourriture et la boisson. La doctrine française basée sur une interdiction préalable, le temps de faire des contrôles, est la bienvenue. En revanche, les Niveaux Maximum Admissibles (NMA) définis au niveau européen sont beaucoup plus élevés que ceux qui ont été fixés au Japon après la catastrophe de Fukushima. Après ce précédent, il est peu probable que les consommateurs européens acceptent les limites retenues par l’UE. A l’instar de ce qui s’est passé au Japon, ils adopteront leurs propres limites en se donnant les moyens de contrôler la nourriture. Les NMA fixés par les autorités doivent être clairement justifiés afin d’aider les citoyens à adapter leur régime. Il importe aussi de faciliter l’accès à la mesure et au contrôle, aussi bien pour les producteurs, que pour les consommateurs.

Toutes ces mesures de protection nécessitent de pouvoir alerter et transmettre les informations pertinentes aux personnes concernées pendant une situation de crise où les moyens de communication peuvent être très perturbés. Pour cela, les dernières technologies de l’information ne sont pas toujours prises en compte. Autour de Valduc, le minitel est toujours conseillé !

Le rôle de chacun des acteurs impliqués dans la gestion de la crise en termes de communication est bien clarifié dans le Plan national. En revanche, les CLIs ne semblent pas associées, pas plus que les experts non institutionnels qui seront sollicités par les médias. La pluralité de l’information est à la base de la démocratie, même en période de crise. De plus, la communication et l’information en période de crise devrait être évaluée, comme le reste. Tester les moyens de communication est indispensable. La compréhension des messages aussi.

Il existe de fortes disparités de part et d’autre des frontières européennes, reconnues par tous. Il importe de renforcer la coopération transfrontalière afin d’aller vers une harmonisation des pratiques en prenant en compte les mesures les plus protectrices.

En conclusion, la France devrait étendre les zones d’application de ses plans d’urgence, développer leur évaluation, associer les parties prenantes et la population aux exercices de crise et organiser une consultation régulière du public sur ces enjeux.

 

Cancers de la thyroïde : témoignage de parents

Nous avions signalé la création d’une association de familles ayant un enfant victime d’un cancer de la thyroïde à Fukushima. Les parents souhaitent rester anonymes et l’association sera représentée par un avocat et un médecin. Le but est de créer un lieu de dialogue et d’échange entre parents concernés et d’influencer les autorités pour obtenir une meilleure compréhension.

Certains parents se sont confiés au Asahi. La mère d’une lycéenne qui a une grande cicatrice au bas du cou qui doit être cachée par un foulard explique que sa fille est très fatiguée depuis et s’endort parfois en jouant. Elle se plaint de l’attitude des médecins : un chirurgien a expliqué qu’il fallait faire une ponction pour prélever des cellules de la thyroïde. Comme c’est douloureux, il leur a laissé un mois pour décider. Plus tard, au moment de l’annonce du résultat, le médecin aurait juste lâché, sans la moindre précaution oratoire devant la lycéenne : “c’est une tumeur maligne”. Il aurait ajouté qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir et qu’il n’y avait pas d’urgence à intervenir. Il était possible d’attendre six mois à un an. Après l’intervention, six mois plus tard, le chirurgien aurait déclaré que la tumeur était plus grosse qu’attendu et qu’il n’aurait pas fallu attendre six mois.

Plus tard, l’hôpital a organisé une réunion d’information des familles, mais, selon cette mère, c’était inutile. On leur juste délivré des informations sans répondre aux attentes des familles.

Le père d’un lycéen qui aurait été opéré par le même chirurgien explique qu’il a demandé plusieurs fois s’il y avait un lien avec la catastrophe nucléaire et que ce dernier aurait juste répondu : “il n’y a pas de corrélation”. Il aurait ajouté : “ne dites rien aux médias, même s’ils apprennent que votre fils a été opéré. Vous savez, il n’est pas nécessaire de leur répondre.” Le fils serait dans la crainte d’une récurrence de la maladie.

Interrogé par le quotidien japonais, le chirurgien aurait fait répondre par le service de presse de l’hôpital que “nous avons payé la plus grande attention à l’établissement d’un environnement où les patients peuvent parler de leurs inquiétudes et doutes, ayant des spécialistes de la santé mentale à leur côté à un stade précoce de leurs traitements. Ces efforts se poursuivent dans la période post-opératoire. En cas de diagnostic de cancer, nous prenons un soin extrême lorsque nous informons les patients. Mais maintenant, après avoir été confronté à des interprétations qui ne correspondent pas à mes intentions, je me rends compte la grande difficulté de transmettre le message aux patients.”

Création d’une association de familles avec un enfant ayant un cancer de la thyroïde

Des familles ayant un enfant ayant un cancer de la thyroïde découvert après la catastrophe de Fukushima se sont regroupées en association. Il y a cinq familles qui appellent d’autres à les rejoindre. Il s’agit d’une étape importante car les parents ont plutôt tendance à se cacher par crainte de la stigmatisation. « Je n’ai pu en parler à personne. Le médecin est notre seul interlocuteur, mais les visites pour les examens ne durent que 5-6 minutes et il est difficile de discuter », a témoigné à visage caché un père lors de la conférence de presse, selon l’AFP reprise par Le Point. « Nous ne savons pas du tout à qui demander conseil et, de ce fait, nous disposons de très peu d’informations sur le cancer de la thyroïde et ses conséquences », ajoute-t-il. « Pour plusieurs raisons, dont la peur des regards extérieurs, les familles se sont enfermées dans l’isolement. »

Ces familles réclament l’inversion de la charge de la preuve, à savoir un soutien sauf si l’on peut démontrer que la catastrophe n’est pas à l’origine de la maladie. « L’accident de Fukushima a entraîné des rejets massifs d’éléments radioactifs dans la nature. Nous avons été irradiés et il n’y a rien qui nous prouve à ce jour que cette catastrophe ne soit pas la cause des cancers », rapporte Le Matin.

Voir leur site internet en japonais.

Rappelons, qu’à ce jour, il y a déjà 166 cas suspectés ou confirmés et que c’est plus que ce qui est observé ailleurs et que les autorités japonaises nient le lien avec les rejets radioactifs.

Fukushima cinq ans après, retour à l’anormale

Etude pour Greenpeace Belgique

Rapport complet

Voir le communiqué de Greenpeace et ses autres rapports en anglais

Résumé

La catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi (FDI), classée au niveau 7 de l’échelle internationale INES – le niveau le plus élevé – est largement reconnue comme étant d’origine humaine. Elle a contaminé un grand territoire au Japon et est responsable du déplacement de 160 000 personnes environ, selon les statistiques officielles. Les territoires contaminés qui n’ont pas été évacués sont aussi fortement affectés.

Les rejets radioactifs de la centrale accidentée perdurent, parfois à des niveaux anormalement élevés. Cela a été caché pendant plusieurs mois, générant ainsi une forte confusion. De mauvaises pratiques ont ainsi conduit à des rejets importants de poussières radioactives et à une contamination significative à des dizaines de kilomètres de la centrale. TEPCo peine à réduire les fuites en mer et l’eau contaminée continue à s’accumuler dans des cuves sans solution en vue.

La compagnie en est toujours à tenter de stabiliser la centrale et de réduire les menaces. Le démantèlement à proprement parler n’a pas encore commencé. Alors que les territoires qui entourent la centrale ont été évacués, il y a une crainte de reprise des rejets massifs en cas de nouvelle catastrophe naturelle. Les personnes déplacées se demandent s’il est raisonnable de rentrer une fois l’ordre d’évacuation levé. En effet, les réacteurs accidentés de la centrale de FDI sont plus fragiles que des réacteurs normaux et leur enceinte de confinement fuit. Ils pourraient ne pas tenir en cas de séisme et tsunami, entraînant ainsi de nouveaux rejets radioactifs massifs.

Les évacués

De nombreuses personnes ont dû évacuer pendant la phase d’urgence, suivies par d’autres durant les premiers mois à cause de la contamination radioactive. De nombreuses autres personnes sont parties d’elles-mêmes pour se protéger ou protéger les enfants. Cinq ans plus tard, la plupart restent évacuées et ont du mal à imaginer leur avenir.

Le nombre total de personnes déplacées n’est pas bien connu. Cependant, selon les données officielles, environ 160 000 personnes ont fui les territoires contaminés. Cinq ans plus tard, le nombre de personnes déplacées est toujours de 100 000 environ alors que l’ordre d’évacuer n’a été levé que dans trois communes. Celles qui se sont réinstallées ailleurs ne sont plus comptées bien qu’elles souffrent encore.

Au-delà de ces chiffres, il y a de nombreux individus dont la vie a été fortement perturbée. Les catastrophes nucléaires majeures sont d’abord des catastrophes humaines qui conduisent au déplacement de nombreuses personnes qui perdent tout : le logement, la vie de famille, le lien social, jusqu’à leur avenir. L’évacuation génère de grandes difficultés et de la souffrance pour les populations affectées, mais elle était nécessaire. Les personnes qui n’ont pas été évacuées et qui vivent toujours en territoire contaminé s’inquiètent aussi beaucoup pour leur santé ; leur vie quotidienne est aussi fortement perturbée.

Pour définir le devenir des territoires évacués, les autorités japonaises les ont divisé en trois zones en fonction du débit de dose ambiant : les zones où l’exposition externe annuelle devrait dépasser vingt millisieverts (20 mSv) pendant cinq ans et là où elle dépasse 50 mSv actuellement sont classées en « zones de retour difficile ». L’ordre d’évacuation ne sera pas levé avant plusieurs années et la réinstallation des résidents est aidée. Les zones où l’exposition externe sera sûrement inférieure à 20 mSv par an sont classées en zones où l’ordre d’évacuer est prêt à être levé. Entre les deux, là où l’exposition externe est comprise entre 20 et 50 mSv par an, les résidents ne peuvent pas rentrer, mais la décontamination devrait pouvoir la faire passer sous la limite de 20 mSv par an.

La protection contre les radiations

Aussi bien la politique d’évacuation que celle de retour des populations est basée sur une interprétation laxiste des recommandations internationales de radioprotection qui ne sont pas très contraignantes. 20 mSv par an correspond à la valeur la plus haute des niveaux de référence introduits par la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) pour ce qu’elle appelle les « situations existantes » qui incluent le post-accident. La CIPR recommande de baisser ce niveau à 1 mSv par an. Les autorités japonaises ont donc adopté cette valeur comme un objectif à long terme, sans calendrier d’application. Pour le moment, elles maintiennent un niveau de référence de 20 mSv par an qui est trop élevé pour nombre de Japonais.

En ce qui concerne la contamination de l’alimentation, la stratégie est complètement différente : les niveaux de contamination maximaux admissibles ont été fixés en dessous des recommandations internationales pour retrouver la confiance des consommateurs et soutenir l’agriculture dans les territoires contaminés.

Le contraste entre la protection contre l’exposition externe liée au rayonnement ambiant et l’exposition interne liée à l’alimentation est saisissant. Dans le premier cas, les autorités refusent de baisser les niveaux de référence qui sont au plus haut des recommandations internationales et dans l’autre, les niveaux maximum admissibles sont divisés par un facteur 5 après un an.

Une telle différence montre que le souci premier des autorités concerne les conséquences économiques de la catastrophe nucléaire. La diminution des niveaux dans l’alimentation avait pour but de rassurer les consommateurs qui évitent les produits de Fukushima. Inversement, l’indemnisation des personnes évacuées représente un lourd fardeau économique et les autorités n’envisagent rien d’autre que le retour des populations déplacées.

Afin d’obtenir l’assentiment des citoyens, les autorités répètent à l’envi que des cancers radio-induits n’apparaissent pas, ou s’ils apparaissent ils sont indétectables, en dessous d’une dose cumulée de 100 mSv, bien que les recommandations internationales soient basées sur l’hypothèse que le nombre de cancers et les effets héréditaires sont proportionnels à la dose reçue, sans seuil. Avec une limite à 20 mSv par an, 100 mSv cumulés peuvent être rapidement atteints.

Ainsi, les autorités japonaises ont changé leur politique et ont introduit une nouvelle façon de mesurer la dose. Les zones d’évacuation ont été définies à partir du débit de dose ambiant qui peut être mesuré simplement à l’aide de différents appareils, dont de simples radiamètres. Puis, pour estimer la dose annuelle, il est supposé que chaque individu passe en moyenne 8 heures par jour à l’extérieur et qu’à l’intérieur, l’exposition est réduite de 60%. Mais, pour le retour des populations, les autorités vont fournir des dosimètres individuels, appelés glass-badges au Japon, pour enregistrer les doses reçues par chacun, sans mentionner que ce type d’appareil donne une valeur globale 30 à 40% inférieure à l’autre méthode de mesure avec des radiamètres.

Cette nouvelle politique repose aussi sur un changement de paradigme : chacun devient responsable de sa propre protection contre les rayonnements ionisants. A l’inverse des travailleurs du nucléaire qui doivent être contrôlés, personne ne va vérifier que la population utilise bien ce dosimètre individuel. C’est particulièrement problématique pour les enfants qui sont plus sensibles aux radiations. Contrôler sa vie au quotidien, apprendre à minimiser la dose reçue, constituent des fardeaux qui ne sont pas acceptés, surtout quand il y a des enfants car ce n’est pas un avenir à leur proposer.

Trente ans après la catastrophe de Tchernobyl, les règles de radioprotection définies au niveau international ne sont pas adaptées aux personnes qui vivent dans les territoires contaminés. Elles sont particulièrement confuses pour les populations et difficiles à mettre en œuvre. Cela permet aux autorités de les adapter à leur propre avantage plutôt qu’à celui des population concernées. Les règles devraient être plus contraignantes en terme de limites, d’évolution temporelle et de mise en œuvre opérationnelle.

Contamination de l’alimentation

En ce qui concerne la contamination de l’alimentation, les autorités japonaises ont d’abord sous-estimé l’ampleur des problèmes et ont été fréquemment prises par surprise dans les premiers mois. Par conséquent, la confiance envers les autorités et le gouvernement s’est érodée et les populations préoccupées par la sécurité alimentaire ont reconsidéré leur relation à l’Etat et à l’alimentation.

Mais les citoyens japonais, les producteurs, les vendeurs et les consommateurs ont mesuré la radioactivité dans les aliments, forçant ainsi les autorités à introduire des contrôles systématiques. La situation s’est donc rapidement améliorée et, à l’exception des plantes sauvages, du gibier, des poissons et des potagers, la contamination de l’alimentation vendue sur les marchés reste faible. La contamination interne des enfants contrôlés par anthropogammamétrie est suffisamment faible pour considérer que l’exposition externe est le problème principal dans les territoires contaminés. Ce succès a un coût : de nombreux agriculteurs ne peuvent pas reprendre leurs activités et certaines productions traditionnelles pourraient disparaître.

Le cas japonais montre l’intérêt d’un processus ouvert dans lequel chacun peut contrôler la contamination et adapter son régime alimentaire à ses propres critères. Cependant, les consommateurs rechignent toujours à acheter des aliments en provenance des territoires contaminés. Les producteurs et les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, forestiers… en particulier souffrent encore cinq ans plus tard.

La politique gouvernementale s’est focalisée sur la sécurité alimentaire (anzen en japonais), sans se préoccuper de la dimension culturelle et du climat de confiance vis à vis des aliments (anshin, en japonais). Imposer des standards ne suffit pas à surmonter la défiance des consommateurs et le défi est de garantir la sécurité alimentaire et la tranquillité qui va avec.

Quel avenir pour les territoires évacués ?

Le gouvernement japonais a décidé de lever tous les ordres d’évacuation avant mars 2017 et d’arrêter les indemnisations avant mars 2018, sauf dans les zones dites de retour difficile. Même J-Village, un ancien centre d’entraînement de football transformé en base pour les travailleurs à la centrale de FDI, va être rendu aux sports avant les jeux olympiques de 2020.

Les autorités japonaises rêvent d’une catastrophe réversible et les recommandations internationales sur la gestion post-accidentelle se préoccupent surtout de retour à la normale. Avec une demi-vie de 30 ans, le césium-137 décroît trop lentement. Le gouvernement japonais a donc lancé un vaste chantier de décontamination aussi bien dans les territoires évacués que dans ceux qui n’ont pas été évacués, partout où l’exposition externe pourrait dépasser 1 mSv par an, à l’exception, une fois encore, des zones de retour difficile. Cela consiste à gratter la terre, couper les herbes, émonder les arbres et les buissons et laver les toits des habitations, les routes, trottoirs… dans les environs immédiats des zones de vie, transformant ainsi les villes et villages en oasis au milieu d’un vaste territoire contaminé. Pour les zones évacuées, les plans prévoient la décontamination de 24 800 ha et rien n’est prévu au-delà, dans les forêts et montagnes qui couvrent 70% de la province de Fukushima.

La décontamination n’est pas très efficace et engendre une grande quantité de déchets radioactifs pour lesquels les solutions envisagées sont des échecs à cause de l’opposition des populations. De fait, la gestion des déchets radioactifs est très complexe dans tous les pays qui en ont accumulé une quantité significative. Mais après un accident grave, c’est encore plus complexe et les volumes sont gigantesques. Dans la seule province de Fukushima, environ 20 millions de mètres cubes sont attendus et le centre d’entreposage prévu va couvrir une superficie de 16 km2. Pour le moment, les projets de stockage sont bloqués à Fukushima et dans les autres provinces, mais les autorités s’accrochent à leur approche autoritaire qui est un échec : Décider, Annoncer et Défendre (DAD). Pendant ce temps là, les déchets s’accumulent dans des sacs qui se détériorent rapidement.

La décontamination s’est révélée être très décevante alors que le niveau de dose ambiant n’a pas baissé de façon significative par rapport à ce que l’on a pu observer dans les forêts où aucun travaux n’ont eu lieu. Mais les autorités continuent à favoriser le retour des populations.

Les résidents sont réticents à rentrer

Jusqu’à présent, les ordres d’évacuation ont été levés dans des parties de Tamura et de Kawauchi en 2014, et à Naraha en 2015. Tous ces territoires sont dans les parties les moins contaminées de la zone d’évacuation de 20 km. Les recommandations à l’évacuation autour de nombreux points chauds répartis çà et là ont toutes été levées. Mais les habitants rechignent à rentrer et les territoires contaminés font face aux problèmes de dépopulation et de vieillissement.

La commune de Hirono, par exemple, qui est entre 20 et 30 km de la centrale de FDI a été incluse dans la zone dite de préparation à l’évacuation d’urgence en 2011. Les habitants peuvent rentrer, mais selon le dernier recensement de 2015, une grande partie des résidents est engagée dans les travaux à la centrale accidentée : la population masculine a augmenté de 2,3% depuis 2010 et la population féminine, au contraire, a baissé de 42,3%. A Minami-Soma, la population a baissé de 66% depuis l’accident et l’âge moyen des habitants a augmenté de 14 années, un niveau attendu pour 2025.

Un retour à la normale est impossible après un accident nucléaire de grande ampleur comme ceux de Tchernobyl et de Fukushima. Les principes directeurs des Nations Unies relatifs aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays enjoignent les autorités à associer pleinement ces personnes à la planification et à la gestion de leur retour et de leur réinstallation. Mais au Japon, cette participation est réduite à des « réunions d’explication » (seitsumeikai) à huis clos, sans la présence de médias, d’associations, ou d’experts, laissant ainsi les populations désarmées.

Les communautés ne voient pas la fin des difficultés auxquelles elles font face et en souffrent. Rester ou partir, rentrer ou se réinstaller sont autant de choix difficiles sans solution satisfaisante. Le nombre de personnes souffrant de troubles psychologiques, comme le stress post-traumatique ou la dépression, est plus élevé que la normale, aussi bien chez les personnes évacuées que chez les personnes non-évacuées. Le nombre de suicides liés à la triple catastrophe est plus élevé à Fukushima que dans les provinces de Miyagi et d’Iwate, sévèrement touchées par le tsunami.

Conclusions

Les conséquences de l’accident nucléaire sont toujours présentes et des réponses acceptables pour les populations sont indispensables. Les personnes affectées sont toujours en train de se battre pour s’en remettre. Elles continuent à faire face à de fortes inquiétudes relatives à leur santé, à la séparation de leur famille, aux ruptures dans leur vie et à la contamination de l’environnement sur de vastes territoires. Et comme une catastrophe nucléaire dure pendant des décennies, les populations ne voient pas la fin des difficultés auxquelles elles font face.

Après un tel accident, de nombreuses personnes ne croient plus en la parole des autorités et des experts qui n’ont pas réussi à les protéger. Mais les chemins vers la résilience requièrent une bonne coordination entre les autorités et les populations. Les solutions envisagées et expérimentées ne peuvent pas ignorer les besoins et demandes spécifiques des personnes concernées, ainsi que leurs suggestions. Cela implique de trouver aussi de nouvelle méthode de délibération et de prise de décision. Les solutions peuvent différer d’une famille à l’autre ou d’une communauté à l’autre. Comme il n’y a pas de bonne solution, chaque décision doit être évaluée et adaptée. En plus de la souffrance engendrée, un accident nucléaire remet en cause les fondements de la démocratie.

Les citoyens japonais ont fait montre d’initiative à propos de la mesure de la radioactivité. Une cartographie de la pollution radioactive a été effectuée partout et la surveillance des aliments a poussé les autorités, producteurs et vendeurs à renforcer leurs propres contrôles pour finalement conduire à une baisse significative de l’ingestion de radioéléments. Pourquoi un tel processus ouvert qui a fait ses preuves ne peut pas être mis en place pour décider de l’avenir des territoires contaminés et de leurs populations ?

Fukushima five years later: back to normal?

Analysis commissioned by Greenpeace Belgium

Full report

See Greenpeace’s press release and the other reports

Summary

The nuclear disaster at the Fukushima daiichi nuclear power plant (FDNPP), ranked at Level 7 of the International Nuclear Event Scale (INES), which is the highest level, is widely recognized as man-made. It contaminated a vast territory in Japan and was responsible of the displacement of about 160 000 persons according to official statistics. Contaminated territories that were not evacuated are also strongly affected by the disaster.

The crippled reactors are still discharging radioelements into the environment. Anomalous discharges were hidden for several months, generating to a lot of confusion. Sloppy behaviours led to significant contamination by radioactive dust tens of kilometres away from the plant. TEPCo has difficulties to curb down the radioactive leaks into the ocean and tainted water piles up in tanks without any solution in sight.

TEPCo has yet to fully stabilize the power station and its priority is still to reduce the threat. Dismantling has not started yet. While communities around the station were evacuated due to the long-going contamination, and many fear radioactive emissions could resume in the event of another natural disaster. They wonder if it is safe to come back when the evacuation order is lifted. Actually, the crippled reactors at FDNPP are more fragile than usual reactors, and their containment vessels are leaking. They might not be able to sustain an earthquake or a tsunami, which would lead to a new massive release of radioelements.

Evacuees

Many people were forced to evacuate during emergency phase followed by others during the first months of the disaster due to the radioactive contamination. Many others evacuated on their own in order to protect their children or themselves. Five years later most of them remain evacuated and hardly imagine their future.

The total number of evacuees related to the nuclear disaster is not well known. Nevertheless, about 160 000 people fled from contaminated territories according to official statistics. Five years later, the number of nuclear displaced persons is still about 100 000 as evacuation orders have only been lifted in three places. Evacuees who resettled are not counted anymore although they might be still suffering.

Behind these figures, there are individuals whose life was disrupted. Major nuclear disasters are firstly human disasters leading to the displacement of many people who lose everything from dwellings, family life, social relationship and future. Displacement generates conditions of severe hardship and suffering for the affected populations, but it could be avoided. Non-evacuated people in contaminated territories worry for their health and future and their daily life is also severely affected.

To decide about the fate of evacuees, Japanese authorities have divided the evacuated territories into three zones depending on the airborne dose rate: Areas where the annual integral dose of radiation is expected to be 20 mSv or more within five years and the current integral dose of radiation per year is 50 mSv or more are classified as difficult-to-return zones. Evacuation orders will not be lifted before several years and residents’ relocation is supported. Areas where it is confirmed that the annual integral dose of radiation will definitely be 20 mSv or less are classified as areas to which evacuation order is ready to be lifted. In between, with an annual external dose ranging from 20 to 50 mSv, the residents are not permitted to live, but decontamination is expected to reduce the annual dose below 20 mSv.

Radiation protection

Both evacuation and return policies are based on a lax interpretation of the international recommendations that not very binding. 20 mSv per year corresponds to the highest value of the International Commission on Radiological Protection (ICRP) reference interval in case of existing situation that includes post-accident. ICRP recommends lowering with time the reference level to 1 mSv per year. Consequently, Japanese authorities have adopted this value as a long-term target, without a precise agenda for compliance. At the moment authorities stick to the 20 mSv reference level that is considered as too high by many Japanese.

Regarding the food contamination, the strategy was completely different: maximum allowed concentrations were fixed below international standards to promote the recovery of consumers’ confidence and food production in contaminated territories.

Contrast between the protection against external exposure and internal exposure through food intake is shocking. In the first case Japanese authorities refuse to lower the reference levels that are kept at the highest value of the international recommendations whereas in the second case maximum allowed values were divided by a factor 5 after a year.

Such a contrast shows that the primary concern of Japanese government is the economical consequences of the nuclear disaster. Contamination limits in food were lowered to regain the confidence of consumers who avoid products from Fukushima. On the contrary compensation of the evacuated people represents a heavy economical burden and authorities do not propose any other solution than the return of displaced persons.

To win the citizens’ understanding, authorities keep claiming that radiation-induced cancer does not occur, or is undetectable even if it occurs, under the integrated exposure dose of 100 mSv although international recommendations on protection against radiations are based on the central assumption of a no-threshold linear dose–response relationship for the induction of cancer and heritable effects. And with a limit of 20mSv per year, 100 mSv might be quickly reached.

Consequently, Japanese authorities have changed their policy and introduced a new way of measuring the dose. Evacuation policy was based on the airborne dose rate that can be easily measured by various methods, including simple radiameters. Then, to estimate the annual dose, it is supposed that individuals spend 8 hours per day outdoors and that indoors, exposure is reduced by 60%. For the return, authorities will provide an individual dosimeter or glass-badge to register each individual cumulative dose, without mentioning that this apparatus gives an overall value that is 30 to 40% lower from what can be deduced with an apparatus measuring airborne dose rate.

This new policy is also a change of paradigm: Individuals will be in charge of their own protection against radiations. On the contrary to nuclear workers who are supposed to be well controlled, nobody controls if the population wear such individual dosimeters. This is crucially problematic for children who are more sensitive to radiations. Continuously controlling one’s life is a heavy burden that is hardly accepted, especially when there are children for which it is not a bright future to propose.

30 years after the Chernobyl disaster, international radiological protection rules and practices are not adapted for populations living in contaminated territories. They are extremely confusing and impossible to enforce, allowing authorities to adapt rules to their own advantage rather than the affected populations. Rule should be binding in terms of limits, temporal evolution and operational quantities.

Food contamination

Regarding the food issue, Japanese authorities initially failed to foresee the scale of problems with contaminated food and crops, and were repeatedly caught by surprise in the following months. As a consequence, many people’s trust in the government was eroded and the population concerned about food safety reconsidered their relationship to the state and to the food.

But citizens, famers, producers, retailers and consumers have been monitoring food production forcing authorities to introduce systematic controls. Situation has quickly improved and except for wild plants and animals, including fishes and self-production, contamination of the food found on the market remains low. Internal contamination of children checked by whole body counting is also low enough to consider that external dose is the dominating problem for residents in contaminated territories. This success has a cost: many farmers cannot resume farming and some traditional productions might disappear.

The food issue shows the merit of an open process in which every one can check the contamination and adapt its diet to its own requirement. Nevertheless consumers are still reluctant to buy food produced in contaminated territories and producers, including farmers, fishermen and foresters are still suffering five years later.

Government’s policy was focused on food safety (anzen in Japanese), but it did not address how to generate a climate of trustworthiness (anshin in Japanese) about food. Enforcing technical standards alone is not sufficient to overcome consumer mistrust. The challenge is to bring together food safety and the peace of mind that comes with it.

What future for evacuated territories?

Japanese government decided to withdraw evacuation orders by March 2017 and stop compensations by March 2018, except in the so-called difficult-to-return zones. Even J-Village, a former training centre for football, changed into a base for the workers at the FDNPP will turn back to sports before the 2020 Olympic games.

As a matter of fact, Japanese authorities dream of a reversible disaster while international recommendations on post-accident management only focus on the return to normalcy. With a half-life of 30 years, caesium-137 decays too slowly. Japanese government has launched a huge decontamination programme in both non-evacuated and evacuated territories where the annual dose is higher than 1 mSv, except for the difficult-to-return areas. It consists on scrapping the soil, cutting the grass, trees, bushes and washing to roof of dwellings, roads, and sidewalks… in the vicinity of dwellings and other buildings, changing villages and towns into oasis in the middle of a vast contaminated land. In evacuated territories, decontamination plans covers about 24 800 ha and there are no such plans for the surrounding land, including forests and mountains that cover about 70% of Fukushima prefecture.

Decontamination is not very effective and generates huge amount of waste for which all proposed solutions failed because of the opposition of the populations. Actually, handling radioactive waste is a difficult issue in all countries that have accumulated significant amounts. But after a severe nuclear accident, it is even more difficult and volumes are enormous. 20 millions cubic meters are expected in Fukushima prefecture and the projected storage centre will cover 16 km2. Projects are stalled in Fukushima and other prefectures, but authorities stick to their authoritative attitude that is a complete failure: Decide – Announce – Defend (DAD). In the mean time waste is piling up in bags that are quickly damaging.

Decontamination proved to be deceiving as dose rates have not significantly fallen compared to what can be observed in the forest. Nevertheless authorities keep encouraging inhabitants to come back.

Residents are reluctant to come back

So far, evacuation orders were lifted in parts of Tamura and Kawauchi in 2014, and in Naraha in 2015. All these areas lie within the less contaminated parts of the 20 km evacuation zone. Evacuation recommendations around scattered hot-spots are also completely lifted. But residents are reluctant to come back and contaminated areas are facing aging and depopulation problems.

The town of Hirono, which lies between 20 and 30 km from the FDNPP, was included in the emergency evacuation preparation zone. Residents are expected to return, but according to the latest census in 2015, large portion of the present population is involved in nuclear reactor decommissioning work: the male population is up 2.3% from 2010 whereas the female population, on the other hand, was down 42.3%. In Minami-Soma, the population declined to 66% of that prior to the accident and the average resident age increased by 14 years, a level that was expected in 2025.

Facts prove that return to normalcy is impossible after a large-scale nuclear disaster such as the ones that occurred at Chernobyl and Fukushima. United Nations’ guidelines on internally displaced persons urge authorities to ensure the full participation of internally displaced persons in the planning and management of their return or resettlement and reintegration. But in Japan their participation is reduced to “explanation meetings” (setsumeikai) usually organized behind closed doors without any presence of media, NGOs, legal or independent experts and thus leaving evacuees with little recourse.

Affected communities see no end to the severe hardship they are facing and are suffering. To stay or to flee, to come back or to relocate are difficult choices in a no-win situation. Number of people suffering from psychological disorders such as depression and post-traumatic stress disorder is larger than usual among both evacuated and non-evacuated people. The number of suicides related to the disasters is larger in Fukushima than in Miyagi or Iwate that were hit by the tsunami.

Conclusions

The impact of the accident still continues, and responses that can be accepted by the affected populations are urgently required. Residents in the affected areas are still struggling to recover from the effects of the accident. They continue to face grave concerns, including the health effects of radiation exposure, the dissolution of families, disruption of their lives, and the environmental contamination of vast areas of land. As nuclear disasters last for decades affected population see no end to the severe hardship they are facing.

After a nuclear disaster, many residents distrust authorities and official experts that failed to protect them. But recovery paths require a good coordination between authorities and the populations. Solutions cannot ignore the specific needs and demands of the affected populations, as well as their suggestions. This means new ways for deliberation and decision. Solutions might differ from families or communities. There is no good solution and each decision should be evaluated and then adapted. Beyond the pain of the affected persons, a nuclear disaster also shakes the ground of democracy.

Japanese citizens have proved to be resourceful about the measurement of radioactivity. Citizen mapping of the contamination was done all over and food monitoring prompted authorities, producers, and retailers to strengthen their controls and finally led to a decrease of intake of radioelements. Why such an open process that proved to be effective is not possible when deciding about the fate of contaminated territories and affected population?

Chiffres clé pour le 5ième anniversaire

A l’approche du cinquième anniversaire de la catastrophe, voici quelques chiffres clé tels qu’ils apparaissent dans les médias. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure de leur apparition.

Cartographie de la pollution radioactive

• En septembre 2015, la Japan Atomic Energy Agency a effectué une nouvelle cartographie par hélicoptère de la pollution radioactive dans un rayon de 80 km autour de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi et a mis cette nouvelle édition en ligne sur le site dédié.

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Cette nouvelle carte fait apparaître une baisse moyenne de 65% du débit de dose ambiant par rapport à ce qui était mesuré à l’automne 2011. La décroissance radioactive est responsable d’une baisse de 53%. Le reste est dû au lessivage des sols et, par endroits, aux travaux de décontamination.

• Selon les données du ministère de l’agriculture, seulement 33% des terrains agricoles de Fukushima touchés par le tsunami ont été restaurés. C’est 74% sur tout le pays. A Miyagi et Iwaté, les deux provinces les plus touchées avec Fukushima, c’est respectivement 88 et 67%.

Plus de 21 480 hectares de terrains agricoles ont été touchés par le tsunami dans les provinces du littoral pacifique qui vont d’Aomori à Chiba. Les débris et le sel ont été retirés sur quelques 15 920 hectares. A Fukushima, s’ajoute le problème de la pollution radioactive qui empêche les travaux. Il y a encore 2 120 hectares de terrains agricoles touchés par le tsunami et non restaurés dans la zone évacuée.

Personnes déplacées

• Le Japon effectue un recensement de sa population tous les 5 ans. Les deux derniers ont eu lieu en 2010, juste avant la catastrophe et en 2015. Au 1er octobre 2015, la population de la province de Fukushima a baissé de 5,7% par rapport à 2010 (115 000 personnes en moins), celle de Miyagi de 0,6% et celle d’Iwaté de 3,8%.

Ce recensement est basé sur les personnes réellement présentes et non les personnes enregistrées. Ainsi, dans les communes de Namié, Futaba, Ôkuma et Tomioka il y a zéro habitant. La population de Kawauchi, où l’ordre d’évacuer a partiellement été levé en 2014, la population a baissé de 28,3%. A Naraha, où l’ordre d’évacuer a été entièrement levé en septembre 2015, la population a baissé de 87,3%.

Certaines communes qui accueillent des personnes déplacées ont vu leur population augmenter.

Sur tout le Japon, le nombre d’habitants a baissé de 0,7% (- 947 000) en cinq ans et était de 127,11 millions au 1er octobre 2015. Le nombre d’habitants a augmenté à Tôkyô (+2,7%), Saïtama et Aïchi. La plus forte baisse est à Akita (-5,8%) qui n’a pas été touchée par la triple catastrophe. Fukushima a la deuxième plus forte baisse, avec -5,7%.

• Selon les statistiques officielles compilées par les autorités régionales de Fukushima, il y a encore près de 100 000 personnes déplacées dans la province. Parmi elles, il y avait environ 18 000 “auto-évacués” qui bénéficient d’un logement gratuit en octobre 2015. Ce chiffre serait descendu à 16 000 en janvier 2016. Le nombre réel d'”auto-évacués” est bien plus élevé puisque tous ne sont pas enregistrés comme tel.

Plus précisément, ils seraient 56 463 à Fukushima et 43 497 dans une autre province à la date du 10 décembre 2015. Selon ces mêmes autorités, ce chiffre a atteint 164 865 en mai 2012.

A la fin octobre 2015, il y avait encore 10 557 mineurs originaires de Fukushima déplacés en dehors de la province. Comme certaines familles se sont enregistrées dans d’autres provinces, le nombre réel doit être plus élevé. Ils étaient 18 000 en avril 2012.

Les mineurs représentent environ 37% des “auto-évacués”. Plus précisément, 19,7% ont moins de 10 ans et 17,4% entre 10 et 19 ans.

Le nombre de personnes déplacées dépend de la façon de compter et des critères fixés. Ces chiffres incluent les personnes qui vivent dans un logement provisoire ou dans de la famille. En revanche, il ne prend pas en compte les personnes qui ont trouvé à se reloger, en devenant propriétaire ou bénéficiaire d’un logement dans le parc public pour les victimes de la catastrophe.

Sur tout le Japon, il y a encore 180 000 personnes déplacées en tout suite à la triple catastrophe de 2011.

• La commune de Hirono, par exemple, est juste en dehors de la zone évacuée de 20 km. Les habitants ont d’abord été confinés, puis il leur a été recommandé de partir. Tous les services ont fermé. La recommandation d’évacuer a été levée en septembre 2011, mais la mairie a recommandé aux habitants de rester éloignés jusqu’en avril 2012. Actuellement, seulement la moitié des 5 000 habitants sont rentrés. Un petit centre commercial, financé par le gouvernement, vient d’ouvrir, pour attirer les habitants.

Selon le dernier recensement effectué à l’automne 2015, une grande partie de la population actuelle est employée sur le chantier de la centrale accidentée. La population masculine y est de 2 746 personnes, avec une augmentation de 2,3% depuis 2010. La population féminine, au contraire, est à peu près la moitié, avec une baisse de 42,3%.

• A Naraha, l’ordre d’évacuer a été levé en septembre 2015 et seulement 440 personnes sont rentrées sur 8 000 personnes avant la catastrophe. 70% ont plus de 60 ans. Il y a un petit centre commercial avec une poste, une superette et deux restaurants. Il y a plus de travailleurs à la centrale accidentée dans des logements provisoires que d’habitants.

• Fin novembre 2015, il y avait encore 30 293 logements préfabriqués utilisés dans les provinces de Fukushima, Miyagi et Iwaté avec 62 798 personnes. Le plus grand nombre de préfabriqués occupé était de 48 628 en avril 2012. Le Yomiuri a interrogé les communes concernées et est arrivé à la conclusion qu’il y aurait encore un minimum de 14 000 préfabriqués occupés au 1er avril 2016. Ces logements, qui ne sont pas prévus pour durer, se détériorent très vite.

Début 2016, il y a encore 59 000 personnes dans ces logements provisoires. Les autorités de ces trois provinces veulent construire 29 105 unités d’habitation (appartements et maisons) pour reloger les personnes déplacées par la triple catastrophe. Ce chiffre est basé sur les demandes des personnes concernées. 13 933 unités sont disponibles, mais 909 d’entre elles, soit 7%, sont vacantes. Les délais de construction ont entraîné le retrait de candidatures. Parfois, l’emplacement ne convient pas ou le loyer est trop élevé.

Le nombre de “décès solitaires” dans un préfabriqué atteindrait 188 à la fin décembre 2015 pour les trois provinces. Ce chiffre était de 16 en 2011 et le phénomène s’aggrave. Les autorités ont du mal à faire face car cs logements provisoires sont de moins en moins occupés et les personnes qui restent, de plus en plus isolées.

Certaines personnes pourraient rester une dizaine d’années dans ces logements provisoires. C’est le cas, par exemple à Otsuchi dans la province d’Iwaté où un quart de la population est encore dans des préfabriqués. La mairie pensent qu’il faudra attendre 2021 au moins pour reloger tout le monde. Dans d’autres communes, il est question de 2019, juste avant les JO de 2020… 17 communes ne peuvent pas faire de prédiction, dont 11 à Fukushima.

Environ 10% des habitants qui restent dans ces logements temporaires ne savent pas où aller après. Certains n’ont pas fait de demande pour accéder à un logement publique pour diverses raisons : des problèmes financiers ou de santé…

• 125 000 logements auraient été détruits par le tsunami de 2011 dans ces trois provinces. Certaines communes ont renoncé à aménager des terrains pour la reconstruction, plus en altitude ou plus dans les terres élevés à cause du coût élevé et de la baisse de la demande. De nombreuses personnes auraient en effet renoncé à reconstruire car elles n’en ont pas les moyens. D’autres se sont déjà réinstallées ailleurs.

• Environ 160 écoles, collèges et lycées ont dû être déplacés suite à la triple catastrophe. 5 ans plus tard, 40% sont encore dans des bâtiments temporaires. Il s’agit de préfabriqués ou des bâtiments prêtés par d’autres établissements. Cela peut perturber cette classe comme les sciences ou le sport. C’est à Fukushima qu’il y a le plus grand nombre d’établissements scolaires encore déplacés : 39 sur 63 en tout.

• Les commerces dans des préfabriqués sont à la peine. Après la triple catastrophe, les autorités ont construit des préfabriqués pour y installer des commerces en attendant la reconstruction. Ils bénéficient d’un loyer gratuit pour 5 ans. Actuellement, il y a encore 669 commerces sur 62 sites. Il y a eu jusqu’à 68 sites. Leur chiffres d’affaire diminue avec la dépopulation des zones sinistrées et beaucoup n’ont pas les moyens de se réinstaller dans du dur et de payer un loyer. Certaines communes, propriétaires des préfabriqués, pourraient demander un loyer à partir de cet automne. Le gouvernement prévoit d’étendre son plan d’aide jusqu’en 2018.

Impact sanitaire

Voir le rapport dédié.

• Les dernières statistiques officielles datée du 7 mars 2016 font état de 15 894 décès directs dus à la triple catastrophe. 75 corps restent non identifiés. Il y a 2 561 personnes portées disparues (1 236 à Miyagi, 1 124 à Iwaté et 197 à Fukushima). Plus de 90% des décès sont dus à la noyade.

• Nombre de décès liés à la catastrophe dus à la dégradation des conditions de vie (aggravation de la maladie, suicides…) :

  • Fukushima : 2 024
  • Miyagi : 918
  • Iwate : 455

Les familles endeuillées ont été indemnisées (2,5 ou 5 millions de yens). Pour Fukushima, c’est plus que le nombre de décès directs dus aux séisme et tsunami qui est de 1 604.

Le nombre de suicides est aussi plus élevé à Fukushima qu’à Miyagi et Iwaté.

• En ce qui concerne les cancers de la thyroïde, voir les dernières données publiées le 16 février 2016.

Travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi

Voir les dernières données publiées sur les doses prises par les 46 181 personnes à avoir travaillé à la centrale depuis le début de l’accident.

Un travailleur a vu sa leucémie reconnue comme d’origine professionnelle. Il aurait été exposé à une dose de 16 mSv à la centrale de Fukushima daï-ichi et 4 mSv sur un autre réacteur.

Selon les règles en vigueur au Japon depuis 1976, un travailleur du nucléaire, qui aurait été exposé à une dose supérieure à 5 mSv en un an et qui développerait une leucémie plus d’un an après avoir été engagé pour des travaux sous rayonnements ionisants, a droit à la prise en charge des soins et une indemnisation. 8 demandes en ce sens auraient déjà été déposées.

Alimentation

• Pour la deuxième année consécutive, tout le riz récolté à Fukushima pour être commercialisé avait une contamination inférieure à la limite de mise sur le marché qui est de 100 Bq/kg. Plus de 10 millions de sacs de 30 kg ont été contrôlés (10 307 119 exactement). 99,9% d’entre eux avaient une contamination inférieure à 25 Bq/kg qui correspond à la limite de détection.

Les cultures test dans les zones évacuées qui ne sont pas destinées à être commercialisées et l’auto-production, ne sont pas concernés pas ces chiffres.

• La pêche à Fukushima est limitée à 71 espèces à titre expérimental. En 2014, 740 tonnes d’animaux marins ont été pêchés, soit à peine 3% de la pêche d’avant la catastrophe.

• La part des produits locaux dans les menus des cantines scolaires était de 36,1% en 2010 à Fukushima. Elle n’a pas été mesurée en 2011 et 2012. En 2013, elle était descendu à 18,3%. Elle en hausse depuis et a atteint 27,3% en 2015 (Source : Fukushima Minpo).

• Selon une étude d’opinion, environ 15,7% des Japonais disent bouder les produits alimentaires de Fukushima. C’est 1,5 points de pourcentage plus bas qu’en août dernier.

Déchets radioactifs

• Le Japon a accumulé quelques 170 000 tonnes de déchets radioactifs dus à l’accident nucléaire avec une concentration en césium radioactif supérieur à 8 000 Bq/kg. Ces déchets sont répartis dans 12 provinces :

  • Fukushima : 142 139 tonnes
  • Tochigi : 13 533 tonnes
  • Chiba : 3 690 tonnes
  • Ibaraki : 3 533 tonnes
  • Miyagi : 3 406 tonnes
  • Gunma : 1 187 tonnes
  • Niigata : 1 018 tonnes
  • Tôkyô : 982 tonnes
  • Shizuoka : 8,6 tonnes
  • Kanagawa : 2,9 tonnes
  • Yamagata : 2,7 tonnes

Ces chiffres incluent les boues de station d’épuration, des cendres d’incinérateur de déchets et des déchets issus de la décontamination.

Mais grâce à la décroissance radioactive, la contamination de certains déchets est passée sous la limite de 8 000 Bq/kg et les autorités veulent les banaliser, c’est à dire, les traiter comme des déchets ordinaires. A Miyagi, la quantité de déchets ne serait plus qu’à un tiers de la quantité initiale, selon le ministère de l’environnement. Il n’en resterait plus quelques 1 090 tonnes.

• En ce qui concerne le centre d’entreposage de 16 km2 prévu autour de la centrale de Fukushima daï-ichi supposé accueillir environ 20 millions de m3 de déchets radioactifs de la province de Fukushima seulement pour une durée de 30 ans maximum, les autorités n’ont signé qu’avec 22 propriétaires terriens à la fin novembre 2015.

Fin janvier 2016, 44 propriétaires terriens avaient signé, pour une surface totale de 0,15 km2, soit moins de 1% de la surface totale du projet. Le ministère de l’environnement n’a pas réussi à entrer en contact avec 990 propriétaires, qui possèdent en tout environ 10% de la surface totale. 2 365 propriétaires sont a priori concernés. Si certains sont décédés, ce nombre devrait être plus élevé en prenant en compte les héritiers.

Interrogé sur ce problème, le premier ministre ne cesse de répéter qu’il va accélérer le processus et faire plus d’efforts, sans donner aucune solution concrète en ce sens. Le ministère de l’environnement, veut faire passer le nombre de personnels qui s’occupent des terrains de 75 à 100.

En attendant, à la fin septembre 2015, près de 9 millions de m3 attendent déjà sur environ 115 000 sites à Fukushima.

A la centrale de Fukushima daï-ichi

Combustibles usés dans les piscines : seule la piscine du réacteur n°4 a été entièrement vidée. Pour le réacteur n°3, les débris de la partie haute du bâtiment réacteur endommagé ont été retirés. TEPCo doit construire une structure pour aller reprendre ces combustibles, mais le débit de dose y est tel qu’il n’est pas possible à des humains d’y travailler. Le retrait des débris vient à peine de commencer pour le réacteur n°1.

Eau contaminée : à la date du 12 février, il y en avait plus de 760 000 m3 dans 1 106 cuves sur le site de la centrale accidentée. La place pour ajouter des cuves se fait de plus en plus rare.

Lors d’une conférence de presse, Yuichi Okamura, responsable de l’eau contaminée chez TEPCo, reconnait qu’il faudra 4 années supplémentaires pour arriver à pomper et traiter l’eau contaminée des sous-sols et des nappes phréatiques. Mais, il faudra continuer à traiter l’eau qui sert à refroidir les combustibles fondus pendant des décennies.

Le stock d’eau contaminée augmente de 500 m3 par jour actuellement.

Réacteurs nucléaires

• Sur les 54 réacteurs nucléaires en état de marche avant la catastrophe nucléaire, 6 ont été partiellement ou complètement détruits à la centrale de Fukushima daï-ichi. 5 autres, trop vieux, ont été arrêtés définitivement. Il ne reste donc officiellement que 43 réacteurs nucléaires au Japon.

Une demande d’autorisation de redémarrage n’a été déposée que pour 26 d’entre eux et elle n’a été accordée que pour 5 réacteurs actuellement. Deux réacteurs de la centrale de Sendaï (Kagoshima) produisent de l’électricité qui alimente le réseau. Il en est de même pour un troisième réacteur, à Takahama (Fukui). Enfin, un quatrième en cours de redémarrage à Takahama.

Divers

• La triple catastrophe aurait entraîné 1 698 faillites économiques selon un think-tank et cela a affecté près de 27 000 employés. C’est beaucoup plus que les 314 faillites dues au séisme de Kôbé.

90% des faillites sont attribuées à des facteurs indirects, comme la perte de clients ou de fournisseurs. Dans 8,3% des cas, il y a une cause directe comme la destruction de l’usine ou des bureaux. La plupart des faillites ont eu lieu dans le secteur des services comme la restauration, l’hôtellerie, suivi par la construction et la vente.

• Il y aurait eu 12 077 répliques du séisme du 11 mars 2011 selon l’agence de météorologie nucléaire japonaise. 8 112 ont eu lieu la première année, 1 583 la deuxième, 1 023 la troisième, 744 la quatrième et 615 la cinquième.

Livres parus pour le cinquième anniversaire

  • Franckushima, essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire coordonné, mis en forme et illustré par Géraud Bournet
  • La désolation, récit sur les travailleurs du nucléaire à Fukushima par Arnaud Vaulerin
  • Au cœur de Fukushima, journal d’un travailleur à la centrale nucléaire 1F, par Kazuto Tatsuta (dommage qu’il y ait de nombreuses erreurs de traduction : microsievert/h en japonais (p.118) devenu millisievert en français (p.120), accident devenu incident…)
  • Jets de poèmes, Dans le vif de Fukushima, par Ryoichi WAGO, traduit par Corinne Atlan, illustré par Elisabeth Gerony

Rapports parus à l’occasion du cinquième anniversaire :

Images

L’ASN favorable à l’extension à 100 km de la distribution d’iode comme le réclame l’ACRO

L’ACRO milite pour l’extension de la distribution de l’iode autour des centrales nucléaires. Rappelons qu’en France, c’est 10 km, 20 km en Belgique, 50 km en Suisse et tout le pays au Luxembourg. A l’occasion du renouvellement de la distribution, nous avons appelé à étendre cette distribution à 100 km.

Dans une interview à Libération, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, Pierre-Franck Chevet, après avoir rappelé qu’“il faut imaginer qu’un accident de type Fukushima puisse survenir en Europe,” il explique : “Fukushima a eu des conséquences de natures diverses pour les populations jusqu’à 100 kilomètres autour de la centrale. Et les gens ont dû être évacués durablement dans un rayon de 20 km, ce qui est déjà énorme. Si on pose ce schéma en Europe, il faut en tirer les conséquences et faire en sorte que nos moyens de gestion de crise soient adaptés, en allant au-delà du rayon de 10 km qui est celui des plans particuliers d’intervention (PPI) actuels autour des installations. Il faut regarder une zone plus large, jusqu’à 100 km.”

A la question, “beaucoup demandent à ce que la distribution actuelle de comprimés d’iode dans un rayon de 10 km autour des centrales françaises soit étendue à ces 100 km”, il répond “nous y sommes favorables.”

Dans la situation actuelle, au-delà de 10 km, il faudra sortir pour chercher ou distribuer l’iode, ce qui peut entrer en conflit avec la mise à l’abri. Pierre-Franck Chevet précise : “Si on est dans le nuage, effectivement, il ne faut pas sortir. Mais oui, il faudra absolument préciser les conditions dans lesquelles on achemine à temps les comprimés jusqu’aux personnes. Je ne sais pas si la solution sera d’étendre la prédistribution des comprimés à 100 km ou d’avoir un circuit très fiable de distribution au moment où… Tout cela se prépare, ça ne dépend pas que de l’ASN.”

Pour en savoir plus, lire notre article sur le sujet.