La province de Fukushima a créé un site Internet en français

La province de Fukushima a commencé à traduire son site Internet en de nombreuses langues étrangères, dont le français. Le contenu reste maigre pour le moment, mais il devrait s’enrichir avec le temps. Il y a déjà, des données sur la contamination des aliments et sur l’évolution des zones évacuées. Certaines données sont en anglais ou espagnol…

On trouve aussi quelques données lacunaires sur la santé des habitants, la décontamination

Création d’un fond de soutien aux enfants malades de la thyroïde à Fukushima

Selon le Japan Times, un groupe de citoyens a créé un fond pour soutenir financièrement les familles des enfants victimes d’un cancer de la thyroïde à Fukushima. Le but est de recueillir au moins 20 millions de yens (174 000 euros) pour couvrir une partie des dépenses de santé liées à cette maladie à Fukushima et dans les provinces voisines.

Les critères d’attribution d’une aide de l’ordre de 50 000 yens (moins de 500 euros) par enfant seront établis prochainement. Cela ne suffit pas, mais ce n’est pas négligeable pour une famille modeste.

Pour le moment, les frais médicaux des enfants ayant un cancer de la thyroïde à Fukushima sont couverts par la province. Mais les familles doivent avancer l’argent. Et il y a des frais supplémentaires liés aux déplacements, à l’hébergement, voire à une perte de revenu. Selon ce groupe, ces frais supplémentaires peuvent s’élever à 10 000 yens (90 euros) par consultation et à 150 000 yens (1 300 euros) lors d’une intervention chirurgicale.

Au 31 mars dernier, il y avait déjà 172 cas potentiels de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima, dont 131 confirmés par une intervention chirurgicale et un cas qui s’est révélé bénin. Le groupe espère pouvoir aider de 200 à 400 familles.

Comme nous l’avons déjà rapporté, certaines familles ont accepté de se confier aux médias pour exprimer leur désarroi.

Deuxième cas de leucémie reconnue comme maladie professionnelle à la centrale de Fukushima daï-ichi

Le ministère du travail a reconnu un deuxième cas de leucémie d’un travailleur à la centrale de Fukushima daï-ichi comme étant d’origine professionnelle. Il s’agit d’un homme de plus de 50 ans, employé par un sous-traitant, qui a travaillé quatre années à la centrale accidentée à partir d’avril 2011. Il avait en charge des réparations mécaniques et a reçu une dose totale enregistrée de 54,4 mSv. il a aussi retiré des débris.

Comme les autorités n’ont pas trouvé d’autre cause possible et selon les règles en vigueur au Japon depuis 1976, un travailleur du nucléaire, qui aurait été exposé à une dose supérieure à 5 mSv en un an et qui développerait une leucémie plus d’un an après avoir été engagé pour des travaux sous rayonnements ionisants, a droit à la prise en charge des soins et une indemnisation.

La leucémie s’est déclarée en janvier 2015, mais l’instruction de son dossier a pris du temps. Cinq autres dossiers de demande de prise en charge de leucémie de travailleurs de Fukushima daï-ichi ont été déposés.

La reconnaissance précédente a eu lieu en octobre 2015 et avait donné lieu à des explications officielles en anglais.

Environ 47 000 personnes ont travaillé à la centrale de Fukushima daï-ichi depuis le début de la catastrophe.

TEPCo condamnée à indemniser la famille d’une victime de l’évacuation de l’hôpital de Futaba

L’évacuation de l’hôpital et de l’hospice de Futaba situés dans la commune d’Ôkuma, à quelques kilomètres de la centrale accidentée, avait été particulièrement dramatique puisqu’elle avait entraîné une cinquantaine de décès directs.

Une patiente âgée de 88 ans, atteinte de démence, avait disparu lors de l’évacuation et n’a jamais pu être retrouvée. La famille a demandé à être indemnisée, mais TEPCo a refusé. Elle a donc saisi la justice qui lui a donné raison : TEPCo devra payer environ 22 millions de yens (195 000 euros) d’indemnisation. La famille demandait le double.

La compagnie avait reconnu avoir une part de responsabilité dans le décès des patients de Futaba, mais conteste parfois la somme demandée. Pour cette personne, TEPCO prétend que l’accident nucléaire ne serait pas à l’origine de sa disparition. Ce serait le séisme qui lui aurait permis de sortir et de se perdre, les serrures électriques s’étant toutes ouvertes. Mais la famille prétend que l’évacuation de la zone a empêché les recherches et que la patiente s’est retrouvée seule dans une ville désertée.

La cour a jugé que le personnel de l’hospice a correctement veillé sur elle après le séisme et sa disparition aurait pu être évitée si l’accident nucléaire n’avait pas eu lieu. En effet, le personnel a dû aussi évacuer et il ne restait plus que quelques personnes pour veiller sur les derniers patients.

Le personnel a confirmé que la patiente était présente jusqu’au 14 mars, c’est à dire deux jours après l’ordre d’évacuation. Pour rappel, les autres patients avaient été évacués en bus, sauf ceux qui ne pouvaient pas partir d’eux-même. Quand l’armée est finalement venue chercher les dernières personnes, le 16 mars, la patiente avait disparu. Son corps n’a jamais été retrouvé et elle a été officiellement été déclarée décédée en septembre 2013. Cela faisait quatre ans et demi qu’elle était dans cet hospice.

Pour d’autres victimes de l’évacuation de cet hôpital et hospice, la cour a fixé le niveau d’indemnisation à 20 million de yens, comme pour un accident de la route, puis a réduit cette somme de 20 à 40% pour prendre en compte les affections chroniques du patient. Mais dans ce cas, TEPCo devra payer 100% de cette somme car le décès est uniquement dû à l’évacuation du personnel.

Note IRSN sur les microparticules vitreuses riches en césium

Des médias français ont repris l’information concernant les microparticules vitreuses radioactives retrouvées dans les retombées de l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’IRSN a réagi en publiant une note sur son site Internet.

La communication à un congrès qui a servi de base à l’information reprise sur ce site et dans les médias ne concerne que les retombées sur Tôkyô le 15 mars 2011 qui auraient été composées, à 89% de microparticules vitreuses. Les médias ont un peu vite extrapolé à tous les rejets, ce que conteste l’IRSN. L’institut se base sur une autre étude menée à Tsukuba et disponible en libre accès, pour conclure que “que de l’ordre de 20 à 30 % du césium radioactif émis dans l’environnement lors de l’épisode de rejet du 14 au 16 mars 2011 l’auraient été sous forme de microbilles de silice formées à haute température près des matériaux en fusion”. Mais il ne s’agit là que des retombées sur Tsukuba.

L’IRSN explique que ces microparticules vitreuses ont été formées lors de l’interaction du combustible en fusion (corium), ce qui n’est pas une surprise, mais on ne sait pas trop avec quoi. La communication au congrès mentionne le béton. L’IRSN avance aussi la laine de verre ou l’eau de mer. Bref, on n’en sait rien.

Enfin, en ce qui concerne l’impact sanitaire, l’IRSN explique qu’“il est difficile et prématuré de tirer des conclusions définitives quant à l’impact dosimétrique et sanitaire lié à l’incorporation de césium pour partie contenu dans des microbilles de silice.” 

Mais une autre étude réservée aux abonnés et repérée par Fukuleaks, mentionne la rétention dans les poumons de ces particules. Les auteurs ont effectué un suivi de 7 travailleurs fortement exposés à la centrale de Fukushima daï-ichi. La baisse de leur contamination corporelle diminuerait bien suivant les modèles proposés par la CIPR, mais au bout de 500 jours, l’élimination du césium ralentit, surtout au niveau de la poitrine. Les auteurs suggèrent donc qu’une forme insoluble du césium resterait plus longtemps dans le corps. On pense immédiatement à ces microparticules vitreuses…

Microparticules vitreuses riches en césium autour de Fukushima

En février dernier, un article scientifique mentionnait la présence de microparticules vitreuses riches en césium autour de la centrale de Fukushima daï-ichi. Une communication à un congrès scientifique qui vient d’avoir lieu au Japon, permet d’en savoir plus (voir le résumé scientifique sur le site de la conférence et le communiqué repris par des sites scientifiques) sur ces particules qui peuvent atteindre la taille nanométrique.

Selon ces travaux, les retombées radioactives sur Tôkyô auraient été dominées par cette “suie vitreuse” formée lors de la fusion des cœurs des réacteurs. Ainsi, le césium radioactif retombé sur la capitale n’aurait donc pas été dissout dans l’eau l’eau de pluie. L’analyse de plusieurs filtres à air collectés à Tôkyô le 15 mars 2011 montre que 89% de la radioactivité était contenue dans cette “suie vitreuse”.

Une des conséquences est que la pollution n’aurait pas été emportée directement par les eaux de ruissellement et qu’il a fallu une action de nettoyage pour s’en débarrasser. Pour le principal auteur, cela justifie a posteriori l’intérêt des travaux de décontamination effectués à Tôkyô.

Les analyses ont montré que cette suie est surtout composée de nanoparticules qui auraient été formées lors de l’interaction du corium (cœur fondu) avec le béton des réacteurs accidentés. La concentration en césium peut atteindre 4,4×1014 Bq/kg.

Selon les auteurs de cette étude, ces découvertes imposent de revoir certaines hypothèses concernant les rejets en situation accidentelle ainsi que l’impact sanitaire de ces retombées sous forme de nano- et microparticules qui pourraient rester plus longtemps dans les poumons que du césium soluble.

Les maladies radio-induites « négligeables », un nouveau paradigme

Dans un texte lumineux, Abraham Béhar, président de l’Association des Médecins Français pour la prévention de la Guerre Nucléaire, présente la nouvelle limite pour les faibles doses : les maladies radio-induites “négligeables”. Ainsi, on ne nie plus la survenue des maladies radio induites aux faibles doses, mais on les déclare négligeables devant le nombre de maladies provoquées par d’autres causes.

A lire sur le site Vivre après Fukushima.

La catastrophe de Fukushima n’est qu’un problème d’image

Quand l’agence de reconstruction, mise en place après mars 2011, communique sur son action à Fukushima, le titre de la présentation est : Eliminer l’impact d’une mauvaise réputation. La catastrophe nucléaire ne serait donc qu’un problème d’image !

En effet, tout va bien : la zone évacuée ne fait que 7% de la surface de la province de Fukushima et ailleurs, la vie y est “normale”. Les habitants inquiets apprécieront. Le débit de dose ambiant est inférieur à ce que l’on peut mesurer à Paris ou Shanghai.

Dans une vidéo du même acabit, mise en ligne en mars 2016, à l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe, le ministère de l’industrie explique que le retour des habitants dans les zones où l’ordre d’évacuer a été levé “progresse en douceur”. La décontamination est montrée, mais l’on ne voit pas un seul déchet.

En ce qui concerne l’impact sanitaire, seules les prédictions du rapport de l’UNSCEAR sont mentionnées. Pas de crainte à avoir, donc. Pas un mot sur le nombre réel de cancers de la thyroïde qui est observé. A la fin de la vidéo, on a l’impression que la vie à Fukushima y est meilleure qu’avant la catastrophe…

C’est à ce demander pourquoi la population, qui souffre de son statut de personnes déplacées, préfère ne pas rentrer.

Ce genre de propos lénifiants sont repris en France par l’IRSN et le CEPN dans leur webdocumentaire “Kotoba” (qui signifie “mot” et pas “dialogue”) : pas de déchets radioactifs, pas de malade, pas de résidents qui ne veulent pas rentrer… Juste quelques petits soucis, mais en douze dialogues, tout est réglé !

Bref, les rapports de l’ACRO :

ne contiennent que des “rumeurs néfastes”…

Cancers de la thyroïde à Fukushima : 172 cas suspectés dont 131 confirmés

Les dernières données sur les cancers de la thyroïde chez les jeunes à Fukushima viennent d’être rendues publiques. Elles sont ici en japonais et seront bientôt disponibles ici en anglais. Comme d’habitude, Fukushima Voices en propose immédiatement une traduction non officielle en anglais.

Ces publications se suivent et se ressemblent, malheureusement, avec une nouvelle hausse significative du nombre de cas de cancer de la thyroïde chez les jeunes et les commentaires officiels ne varient pas : on ne peut pas faire de lien avec la catastrophe nucléaire.

Au 31 mars 2016, il y a un total de 172 cas de cancers de la thyroïde suspectés plus toujours un cas qui s’est révélé être bénin après chirurgie. C’était 166 au 31 décembre 2016, lors de la dernière publication. Sur ces 172 cas, 131 ont été confirmés suite à une intervention chirurgicale. Les autres sont en attente de traitement. 101 cas confirmés ont été détecté lors de la première échographie et 30 lors de la deuxième.

Plus précisément, le premier dépistage par échographie a concerné 300 476 enfants âgés de moins de 18 ans en mars 2011 sur un total de 368 000. Parmi eux, il y a 115 cas de cancer suspectés, dont 101 confirmés par chirurgie et un cas bénin. Il y a 100 cancers papillaires et 1 faiblement différentié. A noter que deux cas de cancer faiblement différentiés mentionnés la dernière fois ont été reclassés en cancers papillaires. Il semblerait que ce soit dû à une modification des critères de classement.

Une deuxième campagne de dépistage par échographie sur ces mêmes jeunes a débuté en avril 2014. Elle inclut les enfants né en 2011 et concerne donc 381 000 jeunes. A noter qu’une échographie est prévue tous les 2 ans jusqu’à 20 ans, puis tous les 5 ans après. Au 31 mars 2016, 267 769 jeunes ont subi ce deuxième examen et 256 670 ont reçu les résultats. Parmi eux, 169 ont subi une ponction dans la glande et dans 57 cas, un cancer est suspecté. C’est 6 de plus que la dernière fois. Parmi ces 57 cas, 30 jeunes ont subi une intervention chirurgicale qui a confirmé le cancer. Ce sont tous des cancers papillaires.

Pour la première fois, un enfant qui avait 5 ans en mars 2011 est concerné. Jusqu’à présent, les autorités avaient avancé l’absence de cas chez les moins de 5 ans au moment de l’accident pour exclure tout lien avec les retombées radioactives alors que c’est dans cette tranche d’âge qu’il y a eu une forte augmentation après Tchernobyl. Cet argument n’est pas recevable, bien-entendu, car le mode de contamination n’est probablement pas le même dans les deux cas. Après Tchernobyl, une part significative de la contamination à l’iode-131 est liée à l’alimentation et au lait en particulier. Ce n’est pas le cas au Japon.

A noter, que pour la première fois, une jeune femme, âgée actuellement de 21 ans, parle devant les caméras de son cancer le de thyroïde. C’est en japonais, avec des sous-titres en anglais. Rappelons que les familles concernées se sentent abandonnées et perdues. Certaines se sont regroupées en association pour savoir.

Japon : rapport caché sur l’impact sanitaire de Tchernobyl

C’est une histoire surprenante que révèle le Maïnichi. A la demande de la précédente majorité au pouvoir, une étude critique sur l’impact sanitaire de la catastrophe de Tchernobyl a débuté en novembre 2012. Le rapport est rendu en mars 2013, alors que le Japon a changé de gouvernement et n’a jamais été publié.

C’est le département des sciences du ministère qui avait la charge du suivi de l’étude. Après le changement de majorité, c’est l’Autorité de Régulation Nucléaire qui a récupéré la mission et le rapport. Elle ne l’a pas rendu public, mais l’a transmis à la bibliothèque du parlement via le ministère de l’environnement, bien que ce rapport ait plutôt tendance à minimiser l’impact de la catastrophe de Tchernobyl.

Il y a encore plus choquant : l’étude financée par le ministère de l’éducation, de la culture, des sports, des sciences et des technologies a été confiée à une compagnie de conseil créée par les compagnies d’électricité. Avec un tel choix, le résultat était connu d’avance ! Alors que l’impact sanitaire de la catastrophe de Tchernobyl décrit dans des rapports locaux est beaucoup plus grave que ce qui est décrit par les agences internationales, le gouvernement voulait en avoir le cœur net. Sans surprise, la firme qui a fait l’étude donne raison aux instances internationales.

Quant aux explications pour garder un tel rapport sous le boisseau, une source proche du gouvernement avance le changement de majorité. Une autre ajoute la volonté d’éviter toute polémique et de prévenir la propagation de “rumeurs néfastes”… Ne pas chercher à savoir et cacher tout ce que l’on sait semble être la stratégie gouvernementale de lutte contre les rumeurs.

Les victimes de la catastrophe nucléaire n’ont pas fini de souffrir avec une telle politique…