Les habitants de Kawamata bientôt autorisés à dormir chez eux

Les autorités vont autoriser les habitants de Kawamata à passer la nuit chez eux à partir du 31 août prochain. 1 192 personnes du district de Yamakiya, situé entre 30 et 40 km de la centrale sont concernées. Il s’agit de les aider à préparer leur retour.

Une partie ce ce district est classé en zone avec restriction de résidence car l’exposition externe était comprise entre 20 et 50 mSv par an. C’est la première fois que des habitants pourront dormir chez eux dans cette zone.

C’est officiel : l’ordre d’évacuer Naraha sera levé le 5 septembre 2015

L’information n’est pas nouvelle, mais est maintenant officielle : le gouvernement va lever l’ordre d’évacuer la commune de Naraha le 5 septembre prochain. Il s’agit de la première commune entièrement évacuée où cet ordre sera levé. 7 400 personnes et 2 700 foyers sont concernés. Tout n’est pas rétabli sur place et de nombreux habitants sont inquiets. Le nouveau mur anti-tsunami, par exemple, ne sera terminé qu’en 2018.

Pas de plan d’évacuation pour de nombreux centres de soin

Après la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi, les autorités japonaises ont élargi leur plans d’urgence et il est impératif de se préparer à évacuer dans un rayon de 30 km autour des centrales nucléaires. Les personnes les plus fragiles, dans les hôpitaux, cliniques et maison de retraite sont particulièrement à risque en cas d’urgence. Rappelons que l’évacuation de l’hôpital de Futaba a entraîné 50 décès direct en mars 2011.

Ces institutions doivent prévoir un lieu d’accueil, la route suivie et les moyens de transport en cas d’accident nucléaire. L’Asahi a interrogé les hôpitaux, cliniques, centres de soins et maisons de retraite situés dans un rayon de 30 km autour des centrales nucléaires japonaises et il apparaît que 52% d’entre eux n’ont pas de plan d’évacuation.

La situation est particulièrement critique autour de la centrale de Sendaï, qui s’apprête à redémarrer. Selon le quotidien, seulement 2 centres de soin sur 85 et 15 maisons de retraite sur 159 ont un plan d’évacuation.

Au niveau national, seulement 223 des 650 institutions médicales situées dans une zone de préparation à l’urgence ont un plan d’évacuation. Soit 34%. En ce qui concerne les 2 489 maisons de retraite, c’est 51%. Globalement, on arrive à un total de 47%. Mais, aucun réacteur n’est en fonctionnement actuellement.

A Kagoshima, où se trouve la centrale de Sendaï, les autorités régionales considèrent qu’il est irréaliste d’évacuer ces institutions dans un rayon de 30 km et ont donc limité leur plan à un rayon de 10 km. Elles prétendent avoir l’accord des autorités nationales. Les petits arrangement avec les règles de sûreté ont donc repris !

Autour des centrales de Takahama à Fukui et d’Ikata à Ehimé, qui pourraient être les suivantes à redémarrer, 100% de ces institutions situées à moins de 30 km ont un plan d’évacuation.

Enfin, dans la province de Shizuoka, aucune de ces institutions n’a de plan car les autorités régionales n’ont pas de stratégie pour faire face à une urgence nucléaire et n’ont donc fourni aucune instruction.

Nouvelle carte de la contamination

Les autorités japonaises viennent de mettre en ligne une nouvelle carte de la contamination des sols sur une zone allant du Nord de Tôkyô à Iwaté. Les données, datées de novembre 2014, ont été obtenues depuis un hélicoptère.

Grâce à la désintégration du césium-134, qui a une demi-vie de 2 ans, la contamination a baissé depuis 2011, mais évolue moins vite maintenant à cause du césium-137, qui lui, a une demi-vie de 30 ans. Il faut aussi ajouter le lessivage des sols qui entraîne une partie du césium, fixé sur les sédiments, dans les cours d’eau puis l’océan.

Un représentant de l’Agence de reconstruction a déclaré au Fukushima Minpo que “les niveaux de dose ont baissé significativement dans les régions de Nakadôri et Hamadôri, ce qui prouve que l’on n’est plus dans une situation où l’on doit évacuer les territoires situés en dehors des zones où il y a eu ordre d’évacuer”. Cela signifie-t-il que, jusqu’à maintenant, il aurait été nécessaire d’évacuer ? Ce commentaire, destiné à encourager le retour des déplacés “volontaires”, sonne comme un aveu.

22 mois sans électricité nucléaire

Cela fait exactement 22 mois consécutifs que le Japon est sans électricité d’origine nucléaire. Des demandes d’autorisation de redémarrage ont été déposé pour 25 réacteurs sur 43 restant. Les dossiers de sûreté de quatre d’entre eux ont été jugés recevables, à Sendaï (Kagoshima) et Takahama (Fukui). Mais pour cette dernière centrale, un arrêt de justice a suspendu toute autorisation de redémarrage. Un premier appel a été rejeté.

En mai dernier, un cinquième réacteur a vu son dossier de sûreté jugé recevable par l’Agence de Régulation Nucléaire, la NRA. Il s’agit du réacteur n°3 d’Ikata dans la province d’Ehimé, sur l’île de Shikoku. L’avis a ensuite été soumis au public pendant un mois. L’Agence a recueilli 3 464 contributions et elle vient de franchir une étape supplémentaire en approuvant les mesures de sûreté, malgré les nombreuses critiques reçues. Pour certains, la tenue aux séismes n’est pas suffisante, ou le risque d’explosion hydrogène est sous-estimé. La NRA pense que les mesures proposées sont suffisantes et les corrections effectuées dans son avis sont mineures.

Par ailleurs, comme nous l’avions signalé, les plans d’urgence externes en cas d’accident ne sont pas satisfaisants. La centrale est sur une péninsule très étroite. Un accident pourrait bloquer la route d’évacuation pour les 5 000 habitants vivant au-delà de la centrale, à l’Ouest. Il y a 123 000 habitants dans un rayon de 30 km autour de la centrale. Les habitants de l’île de Kaminoséki dans la province de Yamaguchi sont aussi concernés.

Une enquête a montré que les élus locaux craignent des embouteillages en cas d’accident, entravant l’évacuation rapide. Pour les personnes dans les hôpitaux et les maisons de retraite, ce sera encore plus compliqué. Par ailleurs, la province voisine de Kôchi, sur l’île de Shikoku, n’a pas encore donné son accord pour accueillir les réfugiés.

Ce réacteur, arrêté depuis avril 2011, va utiliser du combustible MOx, avec du plutonium de retraitement. Il est peu probable qu’un redémarrage soit possible cette année. En effet, il y a encore de nombreux dossiers à soumettre et la NRA doit inspecter la centrale. De plus, les travaux de renforcement des protections contre les séismes vont prendre du temps. l’exploitant, Shikoku Electric, doit encore construire un centre de crise bunkérisé.

Il faudra aussi consulter les élus locaux. Mais, là encore, cela devrait se limiter au maire de la commune qu’Ikata et le gouverneur d’Ehimé, qui dépendent financièrement des subsides de la centrale nucléaire. Ces derniers restent très prudents dans leur déclarations et n’ont pas fait savoir leur opinion. En attendant, la compagnie va faire du porte à porte dans un rayon de 20 km autour de la centrale pour expliquer les mesures de sûreté.

Par ailleurs, Chûgoku Electric, propriétaire de la centrale de Shimané, vient de se faire tancer par la NRA pour avoir falsifié des documents. La compagnie a reconnu, le 30 juin dernier, qu’elle n’avait pas effectué les inspections requises sur les équipements de manipulation des déchets de faible activité, bien qu’elle les ait enregistrées comme faites. Le président de la NRA déplore un manque de culture de sûreté.

Voyage en zone évacuée le long de la nationale 6

Sur cette vidéo d’une quinzaine de minutes, qui filme la nationale 6 à travers la zone évacuée, on peut voir, notamment :
– les cheminées de la centrale de Fukushima daï-ichi à 7:54
– le panneau “le nucléaire, un avenir radieux” de Futaba à 11:11
Vidéo repérée par Nos voisins lointains 3.11.

L’ordre d’évacuer Naraha levé le 5 septembre 2015

Le gouvernement japonais voulait lever l’ordre d’évacuer la ville de Naraha avant o-Bon, qui est à la mi-août. Ce sera finalement le 5 septembre. Le ministre de l’économie en a informé le maire qui a accepté.

Le conseil municipal avait estimé que début août était trop tôt car toutes les infrastructures n’auront pas été rétablies. Elles le seront un mois plus tard ? Des navettes gratuites pour accéder aux centres de soin seront proposées. Une superette est ouverte depuis janvier dernier.

Il y a encore beaucoup de maisons à réparer après quatre années à l’abandon. Sans médecins et commerces, comment vivre sur place ? Les zones détruites par le tsunami n’ont pas été reconstruites. Bref, la décision gouvernementale paraît prématurée pour beaucoup d’habitants.

Les travaux de décontamination sont officiellement terminés depuis mars 2014, mais les habitants ne sont pas tous convaincus du résultat et s’inquiètent. Ils avaient réclamé plus en travaux en mai 2014. La contamination des boues du réservoir d’alimentation en eau potable continue à poser problème. La concentration en césium atteignait jusqu’à 18 700 Bq/kg en juillet 2014. Mais, pour le vice-ministre de l’économie, c’est un problème “psychologique”. La remarque a choqué, selon le Maïnichi, qui rapporte ces propos.

Il reste aussi des points chauds qui inquiètent les familles. Comment éviter que les enfants passent trop de temps à proximité ?

Toute la population de la commune, à savoir 7 401 personnes réparties dans 2 704 foyers, a dû évacuer en mars 2011. Les habitants peuvent déjà dormir chez eux depuis le 6 avril dernier, s’ils le souhaitent. Mais seulement 688 en ont fait la demande, dans 326 foyers. Le nombre de personnes qui dorment effectivement chez elles est encore plus faible.

TEPCo condamnée à indemniser un suicide

Kiichi Isozaki, 67 ans, originaire de Namié, commune entièrement évacuée suite à l’accident nucléaire, s’est suicidé en juillet 2011. Pour la famille, c’est lié à la dépression provoquée par l’évacuation. TEPCo refusait d’indemniser la famille sous le prétexte qu’il était déjà dépressif à cause de son diabète. Un tribunal de Fukushima vient de juger que le suicide était bien lié, à 60%, à l’accident nucléaire et demande à TEPCO de payer 27 millions de yens (presque 200 000 euros) à la famille. La famille demandait 87 millions. La veuve attend aussi des excuses de la part de TEPCo.

K. Isozaki et sa famille ont fui Namié le 12 juin 2011 et ont trouvé refuge dans un gymnase de Kôriyama le lendemain, où il faisait des insomnies. Un mois plus tard, ils sont allés dans un appartement à Nihonmatsu. Sa santé a recommencé à se détériorer en juin et il a fini par se suicider le 23 juillet 2011.

Cette même cour avait déjà demandé à TEPCo d’indemniser la famille d’une personne de Kawamata qui s’était suicidée. TEPCo n’avait, alors, pas fait appel.

A Fukushima, il y aurait 69 suicides reliés à l’accident nucléaire et tsunami.

Le gouvernement veut pousser les évacués « volontaires » au retour

Les évacués dits « volontaires », car originaires de zones où il n’y a pas eu ordre d’évacuation, ont pu bénéficier d’un logement gratuit au début de la catastrophe. Il a été récemment décidé que cette aide cesserait en mars 2017. Que faire après ? Le gouvernement veut les pousser à rentrer à Fukushima.

La loi adopté en juin 2012 par la précédente majorité, prévoit d’assouplir les règles d’accès au parc public de logements pour ces personnes. Cette politique a été réaffirmée dans la loi de soutien aux réfugiés adoptée par le gouvernement le 11 octobre 2013.
La veille, l’agence de la reconstruction et le ministre du territoire, des infrastructures, des transports et du tourisme, a convoqué des représentants des communes des provinces où il y a le plus de déplacés « volontaires », comme à Saïtama, Niigata ou Tôkyô. Le Maïnichi a pu obtenir les minutes de la rencontre.

Le représentant du gouvernement a annoncé clairement que la politique gouvernementale était le retour des habitants de Fukushima. Interrogé sur la politique à mettre en œuvre si ces déplacés demandent à bénéficier d’un logement public quand le logement gratuit cesserait, il a répondu qu’il fallait appliquer les règles habituelles, sans exception. Ces règles prévoient un tirage au sort pour les personnes originaires d’autres provinces. Il aussi insisté sur le fait que les communes ne devaient pas changer leurs règles d’accès pour les réfugiés « volontaires ».

En juin 2014, le gouvernement a distribué un document aux communes et provinces. Il a alors indiqué qu’il fixait des règles strictes pour échapper au tirage au sort. Mais le document obtenu par le quotidien n’en fait pas mention. Une quarantaine d’administrations locales appliquent des nouvelles règles d’accès au parc locatif public, mais le nombre de demandes reste faible.

Interrogé sur la loi de 2012 qui prévoit de faciliter l’accès aux logements publics pour les déplacés, le représentant du ministère a avoué qu’il ne sait pas combien il y aurait de demandes. Il a, par ailleurs, précisé que l’on ne pouvait pas traiter les déplacés « volontaires » comme des déplacés forcés qui échappent au tirage au sort. Et d’ajouter que la décision finale revenait aux communes.

Les autorités régionales de Fukushima, ont annoncé, quant à elles, préparer des mesures d’accompagnement pour les 25 000 déplacés volontaires bénéficiaires de logements gratuits qui souhaiteraient rentrer.

Rappelons, comme nous l’avons déjà évoqué, que le gouvernement rêve de voir tout le monde rentré d’ici mars 2017, sauf dans les zones de « retour difficile ».