Le 25 janvier dernier, TEPCo avait fini par retirer tous les combustibles neufs de la piscine du réacteur n°3, ainsi que 4 assemblages usés. Depuis, sur la page officielle, la compagnie annonce avoir retiré 7 assemblages usés supplémentaires. Elle semble avoir repris un rythme régulier. Espérons que cela continue ainsi.
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Report de l’insertion d’un robot dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1
TEPCo devait envoyer, avant la fin mars 2020, un nouveau robot dans l’enceinte de confinement du réacteur n°1 afin de collecter des échantillons de corium, ce magma hautement radioactif de combustibles et débris fondus. Mais, selon le Fukushima Minpo, traduit en anglais par le Japan Times, la compagnie aura plusieurs mois de retard.
Pour pouvoir faire passer le robot et toute l’instrumentation nécessaire aux opérations, TEPCo doit percer trois trous les portes d’accès de l’enceinte de confinement. Pour la porte externe, les trous ont été percés sans problème. Mais quand, en juin 2019, elle a commencé à percer la porte intérieure, il y a eu une augmentation de la concentration en poussières radioactives, qui a entraîné une suspension des travaux.
Les opérations ont repris le 14 janvier dernier, avec des tests sur un premier trou de 21 cm de diamètre, sur 40% de la profondeur, pendant une dizaine de jours. Mais, il faudra plus de temps pour finir la préparation des opérations qui pourraient donc avoir plusieurs mois de retard supplémentaire. Initialement, TEPCo collecter des échantillons de corium au début de 2019.
Premier déchargement de combustible MOx à la centrale de Takahama
Kansaï Electric a commencé à décharger, pour la première fois, du combustible MOx d’un de ses réacteurs nucléaires. Ce combustible contient du plutonium issu du retraitement des combustibles usés. 8 assemblages de MOx sur 28 seront retirés du réacteur Takahama-3. Ils avaient été introduits en décembre 2010… et seront remplacés par du combustible classique à base d’uranium naturel enrichi. 73 autres assemblages classiques seront aussi déchargés.
Les réacteurs 3 et 4 de Takahama sont actuellement à l’arrêt pour maintenance.
Après le réacteur Ikata-3, où ont été déchargés, il y a quelques jours, 16 assemblages de combustible MOx, ce n’est que la deuxième fois que du MOx est retiré d’un réacteur dans le cadre du programme “pluthermal”. Cela en dit long sur le faible taux de recyclage des combustibles usés.
Sur les 9 réacteurs nucléaires remis en service depuis le renforcement du référentiel de sûreté suite à la catastrophe de Fukushima, seulement 4 utilisent du combustible MOx : Takahama 3 et 4, Ikata-3 et Genkaï-3. Ikata-3 vient d’être suspendu par la justice. Genkaï-3 sera arrêté en août prochain à cause du retard dans la mise en place des mesures anti-terrorisme. De même pour Takahama-3 et 4, avant le 3 août et le 8 octobre 2020, respectivement.
D’ici octobre 2020, il n’y aura donc plus aucun réacteur utilisant du MOx au Japon, même si Kansaï Electric espère avoir fini les travaux en novembre 2020 pour remettre en service Takahama-3 le 22 décembre prochain. Takahama-4, quant à lui, devrait être relancé le 10 février 2021. Comme en France, il n’y a aucune solution pour ce type de combustible après son déchargement. Il finira en déchet, même s’il est classé en matières dites valorisables pour le moment.
Les réacteurs expérimentaux, Monju et Fugen, tous les deux mis à l’arrêt définitif, utilisaient aussi une autre type de combustible MOx. Pour une partie de ceux de Fugen, la solution trouvée a été de signer un contrat avec Orano pour les envoyer en France en attendant, sans perspective de retraitement, pour le moment.
Réacteur n°3 : tous les combustibles neufs ont été déchargés de la piscine
TEPCo a commencé, en avril 2019, à retirer les combustibles de la piscine du réacteur n°3. Elle a débuté par 7 assemblages neufs, puis, plus rien jusqu’en juillet, où les opérations ont repris. TEPCo avait alors mis en ligne vidéo, avant de suspendre à nouveau les travaux car une douzaine d’assemblages étaient endommagés, jusqu’en décembre dernier.
Lors de la dernière mise à jour de sa page de suivi des opérations, TEPCo annonce avoir terminé de retirer les 52 assemblages neufs de la piscine du réacteur n°3 et avoir retiré 4 assemblages usés sur 514 :
Vidéo sur les conditions à la centrale de Fukushima daï-ichi
TEPCo a mis en ligne une nouvelle vidéo pour vanter les progrès à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi (voir son communiqué de presse).
Sur une musique apaisante, la compagnie explique qu’elle se prépare à retirer les combustibles des réacteurs 1 et 2, en “oubliant” de préciser qu’elle est en retard sur son programme. Un nouveau report des opérations a pourtant eu lieu il n’y a même pas un mois. Pour le réacteur n°2, le retrait des combustibles usés sera effectué rassurer les habitants de la région. Quel dévouement !
Pas grand chose de neuf le long du littoral, si ce n’est la construction en cours d’un mur pour faire face à un nouveau tsunami. Après 9 années ! Rien de neuf, non plus, concernant les travailleurs ou l’eau contaminée pour laquelle la compagnie explique que le traitement réduit la contamination, ce qui est bien la moindre des choses, mais “oublie” de rappeler que ce n’est pas suffisant pour 80% du stock !
Bref, la vidéo n’a pas grand intérêt. Elle est aussi disponible sur Youtube :
TEPCo estime qu’il lui faudra 44 ans pour démanteler Fukushima daï-ni
Fukushima daï-ni (numéro 2), située à une douzaine de kilomètres au sud de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi (numéro 1), a officiellement été mise à l’arrêt définitif en juillet 2019. Noyée par le tsunami, elle avait échappé de peu à un accident similaire à celui qui a eu lieu chez sa voisine.
TEPCo vient de présenter son plan de démantèlement au conseil municipal de Tomioka. La première étape va essentiellement consister à caractériser la contamination radioactive. Elle devrait durer 10 ans. Dans un deuxième temps, la compagnie va démanteler les équipements non nucléaires. Cette phase devrait durer 12 ans. La troisième étape va consister à retirer le cœur des réacteurs, puis, dans une dernière phase, à démolir les bâtiments réacteur. Ces deux dernières étapes dureront 11 années chacune.
Il y a 9 532 assemblages de combustible usé à la centrale et 544 neufs. Ils devraient être envoyés à l’usine de retraitement (celle qui n’a pas encore été mise en service, après 24 années de retard…) avant la fin du démantèlement. TEPCo ne dit rien sur le devenir des déchets radioactifs car il n’y a pas de filière au Japon.
Ce plan va être présenté au conseil municipal de Naraha, l’autre commune où est implantée la centrale et aux autorités provinciales. Il sera ensuite soumis à l’Autorité de régulation nucléaire.
La justice japonaise suspend à nouveau l’exploitation du réacteur Ikata 3
La Haute cour de Hiroshima a suspendu l’exploitation de réacteur n°3 de la centrale d’Ikata, située dans la province d’Ehimé, sur l’île de Shikoku. Elle a donné raison à trois plaignants d’une île de la mer intérieure de Séto, dans la province de Yamaguchi, qui avaient été déboutés en première instance en mars 2019 par le tribunal d’Iwakuni.
La Haute cour a pris en compte les risques liés à une faille active dans la zone de la centrale et à un volcan situé à environ 130 km, le mont Aso. Pour les plaignants, les secousses liées à cette failles pourraient être plus fortes que ce qui a été considéré par l’exploitant et les autorités. La justice a estimé que la faille, située à moins de 2 km, n’a pas été suffisamment étudiée par l’exploitant, Shikoku Electric. Elle critique aussi la décision de l’Autorité de régulation nucléaire qui a donné une autorisation d’exploitation.
Les plaignants craignent aussi une éruption du Mont Aso, situé sur l’île de Kyûshû, qui pourrait entraîner des écoulements pyroclastiques accompagnés de nuées ardantes.
De par sa location, cette centrale pourrait barrer l’accès à la péninsule Sadamisaki et ses 5 000 habitants en cas d’accident nucléaire grave. D’une quarantaine de kilomètres de long, elle n’a que 800 m de large par endroits. Leur évacuation est prévue par la mer.
Shikoku Electric devrait faire appel et l’Autorité de régulation nucléaire, mise en cause, s’est défendue.
Ce n’est pas la première fois que cette centrale est supendue par la Haute cour de Hiroshima. Ce fût déjà le cas en décembre 2017, à cause des risques liés au mont Aso. Un autre juge de cette même cour avait ensuite révoqué cette injonction et le réacteur n°3 avait été remis en service en octobre 2018. Mais rien n’a changé depuis, dans la prise en compte des risques volcaniques.
Le réacteur n°3, mis en service pour la première fois en 1994, était à l’arrêt depuis décembre dernier pour maintenance. Il aurait dû être remis en service le 27 avril 2020. Le réacteur n°2 de cette centrale a été, quant à lui, mis à l’arrêt définitif en mars 2018. Le n°1 est en cours de démantèlement.
Si seulement 9 réacteurs nucléaires ont été remis en service depuis le nouveau référentiel de sûreté post-Fukushima, 6 fonctionnent actuellement. Et seuls 4 réacteurs utilisaient du combustible MOx, dont Ikata-3, qui vient d’être suspendu. Le recyclage du plutonium reste quasiment nul au Japon.
Lancé en 1997, le projet “pluthermal”, qui consiste à utiliser du combustible MOx à base de plutonium dans des réacteurs classiques, n’est pas un franc succès. Ikata-3 a, pour la première fois dans l’histoire du Japon, déchargé du MOx usé d’un cœur de réacteur le 14 janvier dernier (la totalité des 16 assemblages). La présente décision de justice a aussi un impact sur ce programme. Comme en France, il n’y a pas de filière pour ce combustible MOx usé
Le Japon a décidément du mal à justifier son usine de retraitement de Rokkashô, qui accuse déjà 24 années de retard dans sa mise en service.
Consultation publique sur le “recyclage” des terres contaminées
Les travaux de décontamination ont entraîné l’accumulation de 17 millions de mètres cube de terres contaminées pour lesquelles le Japon est en panne de solution (voir notre dernier bilan). Il est prévu de les transporter sur un site d’entreposage de 16 km2 autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, où ils devront être repris après 30 années.
Le gouvernement veut pouvoir réutiliser ces terres contaminées dans des travaux de construction (routes, digues…). C’est une drôle de logique qui guide les autorités : d’énormes efforts sont déployés pour, dans un premier temps, rassembler la pollution radioactive. Puis, après 30 années, alors que les terres seront toujours radioactives, il est prévu de les disperser un peu partout dans le pays…
Mais le gouvernement persiste dans cette voie, malgré les nombreuses critiques. Il vient de lancer une consultation publique sur Internet pour modifier la réglementation. Il est possible de soumettre son avis jusqu’au 7 février 2020.
Ce qui est proposé est inacceptable : le texte soumis à consultion n’introduit pas de restriction à la réutilisation des terres contaminées. Il n’impose pas d’informer les populations riveraines des sites de “recyclage” et ne désigne pas qui sera responsable en cas de dispersion de la pollution. Rappelons que le Japon doit souvent faire face à des inondations et glissements de terrain. Bien évidemment, il n’est pas question de contrôles indépendants.
Voir le rapport du ministère de l’environnement (en japonais).
Report du retrait des combustibles des piscines des réacteurs 1 et 2
Le gouvernement a décidé de reporter le retrait des combustibles des piscines des réacteurs 1 et 2. Ce n’est pas le premier report. Selon le précédent planning, les opérations auraient dû commencer en 2023. Ce sera, au mieux, 2027 pour le réacteur n°1, voire 2028, et aux alentours de 2024 et 2026 pour le réacteur n°2. La première date envisagée pour commencer ce retrait était 2018. Le gouvernement espère que le retrait des combustibles des 6 réacteurs sera terminé en mars 2032 (4 741 assemblages).
Les raisons invoquées sont les délais pour construire une nouvelle structure pour le réacteur n°1 et la décontamination afin de faire baisser les niveaux de dose ambiants pour le réacteur n°2.
En novembre dernier, TEPCo a donné des indications sur la méthode envisagée pour le réacteur n°2, dont le bâtiment réacteur n’a pas été détruit par une explosion hydrogène. SimplyInfo en a fait une analyse en anglais. Les niveaux de dose empêchent l’accès aux humains. Trois options étaient envisagées : un démantèlement de la partie haute du réacteur et la construction d’une nouvelle structure, à l’instar de ce qui a été fait pour les réacteurs 3 et 4 ; ou le retrait du toit seul afin d’accéder à la piscine de combustible ; ou, enfin, pas de démantèlement. C’est cette dernière option qui aurait les faveurs de l’exploitant. Une structure adjacente au bâtiment réacteur a été construite. Elle permet de retirer des débris et de décontaminer. Une nouvelle grue, de petite taille devrait être installée pour retirer les combustibles :
Pour le réacteur n°3, le retrait ne se passe pas comme prévu : le nombre d’assemblages neufs retirés, tel qu’il est affiché sur le site de TEPCo, est soudainement passé à 35, alors qu’il était de 28 jusqu’au 24 juillet dernier. A l’époque, TEPCo avait même diffusé une vidéo pour vanter ses progrès…
Selon TEPCo, douze assemblages neufs seraient endommagés dans la piscine du réacteur n°3. Ils sont dans la zone où la grue est tombée. Voir aussi l’analyse en anglais de SimplyInfo.
En attendant, ces piscines de combustible constituent une menace car elles ne sont pas protégées par une enceinte de confinement et elles contiennent plus de matières radioactives qu’un cœur de réacteur. Si une brèche due à un nouveau séisme ou une autre aggression externe entraînait une de perte du refroidissement, une catastrophe nucléaire beaucoup plus grave pourrait avoir lieu.
Malgré tous ces problèmes, TEPCo maintient qu’elle finira le démantèlement complet en 40 ans. C’est de moins en moins crédible alors que l’on entre bientôt dans la dixième année de la catastrophe. En effet, il est difficile de croire qu’un quart du travail a déjà été fait, sachant que la technologie pour la partie la plus complexe – le retrait du corium – n’existe pas encore. Mais le gouvernement maintient un début des opérations en 2021 pour le retrait du corium, ce magma de combustible fondu et de débris, en commençant par le réacteur n°2, dont le bâtiment réacteur n’a pas été détruit.
Pour ce faire, TEPCo envisage d’insérer un bras articulé dans l’enceinte de confinement et de retirer petit morceau par petit morceau de l’ordre d’un gramme la fois. La compagnie espère pourvoir ensuite retirer plusieurs kilogrammes par jour, comme l’explique le Maïnichi. Cela va donc prendre des années, puisqu’il y a environ 237 tonnes de corium dans ce réacteur. Il y en aurait 880 tonnes en tout, selon les estimations de la compagnie.
Article scientifique de revue sur la décontamination des sols
Un article scientifique de revue fait le point sur la décontamination au Japon. Il est en libre accès. Voir aussi le communiqué de presse du CEA. Ce travail de revue se base sur une cinquantaine de publications scientifiques et ne prend pas en compte la littérature grise, à savoir les rapports officiels que l’on peut trouver en ligne sur les sites internet de différents ministères ou organisations internationales. Il n’apporte pas d’information nouvelle.
Le césium, qui est le contaminant majeur à Fukushima, se fixe sur les sédiments argileux et se trouve essentiellement sous forme particulaire dans l’environnement. Cet article scientifique ne prend en compte que cette forme et ignore, par exemple, les microparticules vitreuses qui concentrent la radioactivité qui ont été détectées un peu partout.
Rappelons que les zones décontaminées ou à décontaminer ne concernent que les parties habitées ou agricoles. Il n’y a pas d’intervention dans les forêts, qui couvrent près de 75% des zones contaminées, mis à part quelques zones où il y a eu des coupes à blanc pour produire de la biomasse, comme ici, sur cette photo de l’ACRO :
Ces forêts constituent un réservoir potentiel à long terme de césium et elles peuvent recontaminer les zones habitées comme à la suite de typhons, par exemple.
Il y a aussi eu une division entre les zones évacuées et les zones non-évacuées. Ces dernières, qui correspondent aux zones où le débit de dose dépassait 0,23 µSv/h, couvraient 7 800 km2 sur 102 communes dans 8 provinces et concernaient environ 1,7 million d’habitants.
Les méthodes utilisées sur les terrains agricoles dépendaient des zones et du niveau de contamination. Le retrait de la couche supérieure sur 5 cm là où la contamination dépassait 5 000 Bq/kg, avec parfois la mise en place d’une nouvelle couche, ou simplement un labour profond pour retourner le sol avec ajout de potassium et de zéolites, là où la contamination était inférieure à 5 000 Bq/kg. La deuxième méthode ne génère pas de déchets. L’article donne une évaluation des coûts et de la quantité de déchets engendrés en fonction des méthodes retenues (voir le tableau ci-dessous).
L’efficacité de ces mesures est très variable et dépend des situations. Par exemple, certaines rizières étaient recontaminées par des champs en amont non encore traités.
La lisière des forêts à proximité des habitations et des routes n’a été décontaminée que sur 20 m :
En ce qui concerne les déchets engendrés par ces pratiques, on retrouve ce qu’il y a dans les synthèses de l’ACRO, comme celle-ci, en images. L’article précise que la gestion des déchets est responsable de 50% du coût total de la décontamination.
En guise de conclusion, nous reprenons un extrait du tableau 2 de l’article pour les terrains agricoles :
| Méthode | Efficacité | Coût par hectare |
Nombre de sacs de déchets par hectare |
| Coupe des herbes, retrait de 5 cm de sol, ajout de sol frais | 0,34 – 0,80 | 9,5 MY (7600€) | 815 |
| Coupe des herbes, retrait de 5 cm de sol | 0,34 – 0,80 | 6,25 MY (5000€) | 815 |
| Echange entre la couche superficielle et couche profonde | 0,34 – 0,80 | 3,10 MY (2500€) | 0 |
| Labour avec ajout de zéolite et potassium | 0,21 – 0,50 | 0,33 MY (265€) | 0 |






