Indemnisation d’une famille d’auto-évacués confirmée en appel

En février 2016, un tribunal de Kyôto avait condamné TEPCo à mieux indemniser une famille de cinq “auto-évacués” originaires de Kôriyama dans la province de Fukushima. Selon le Maïnichi, la Cour suprême vient confirmer le jugement et TEPCo devra verser 16 millions de yens (127 000 euros) à cette famille. Elle confirme aussi une décision de la Haute Cour d’Osaka rendue en octobre 2017 qui reconnaissait que l’homme avait développé une dépression due à la catastrophe et était incapable de travailler.

C’est la première fois que la Cour suprême valide une décision de justice attribuant une indemnisation à des “auto-évacués”, c’est à dire des personnes qui ont fui la pollution radioactive due à la catastrophe de Fukushima, sans y être obligées par le gouvernement.

Dans sa décision rendue en février 2016, le tribunal de Kyôto avait ordonné le paiement d’environ 30 millions de yens à la famille après avoir reconnu le lien de causalité entre la catastrophe nucléaire et la dépression de l’homme. Toutefois, il n’avait pas remis en cause le seuil d’évacuation mis en place par le gouvernement. La Haute Cour d’Osaka, quant à elle, avait fondamentalement confirmé cette décision, mais avait décidé que l’homme n’avait besoin d’un traitement pour dépression que pendant deux ans, au lieu de quatre ans et demi en raison de la catastrophe. En conséquence, la Haute Cour avait considérablement réduit le montant de l’indemnité.

Le Japon devrait abandonner ses projets de centrales nucléaires en Turquie et au Royaume-Uni

Le Japon devrait annuler son projet de construction de la centrale nucléaire de Sinop en Turquie à cause des coûts qui auraient plus que doublés depuis l’estimation initiale de 2 000 milliards de yens (16 milliards d’euros). Les deux gouvernements avaient, en 2013, signé un accord pour construire 4 réacteurs sur les bords de la Mer Noire. Les travaux devaient démarrer en 2017 avec un premier démarrage en 2023. Le projet est piloté par Mitsubishi Heavy Industries Ltd, en partenariat avec le français Engie.

Cet été, Mitsubishi a proposé une réévaluation des coûts au gouvernement turque, mais il n’y a pas eu d’accord.

Hitachi a aussi des difficultés avec son projet de centrale au Royaume-Uni, liés aussi à une forte augmentation des coûts, qui sont passés de 2 000 à 3 000 milliards de yens (16 à 23 milliards d’euros). La compagnie cherche donc à partager les coûts avec d’autres investisseurs. En attendant, le projet de construction de deux réacteurs à eau bouillante à la centrale de Wylfa Newydd sur l’île d’Anglesey au pays de Galles pourrait être gelé. La décision sera prise début 2019. Un abandon du projet entraînerait une perte de 270 milliards de yens (2,1 milliards d’euros).

Le Japon comptait sur ces projets à l’exportation pour maintenir son industrie nucléaire alors qu’il n’a plus de projet de construction nationaux. Il n’en a plus non plus à l’étranger maintenant. De plus, le “village nucléaire” japonais reconnaît officiellement qu’il ne pourra pas atteindre 20 à 22% de la production d’électricité à l’horizon 2030. Tout le monde savait que ce chiffre était irréaliste, mais le gouvernement l’a retenu pour sa planification énergétique.

Deuxième cas de cancer de la thyroïde reconnu comme d’origine professionnelle à la centrale de Fukushima daï-ichi

Le ministère du travail a reconnu un cancer de la thyroïde d’un travailleur à la centrale de Fukushima daï-ichi comme étant d’origine professionnelle. Âgé d’une cinquantaine d’années, il aurait reçu une dose de 100 mSv depuis le début de la catastrophe (il doit s’agir de dose au corps entier, même si ce n’est pas précisé dans les articles de presse). Le cancer s’est déclaré en juin 2017.

C’est le deuxième cas de cancer de la thyroïde reconnu comme étant d’origine professionnelle parmi les travailleurs à la centrale accidentée (premier cas de cancer de la thyroïde). Il y a aussi trois leucémies (premier, deuxième et troisième cas) et un décès. 16 travailleurs en tout auraient fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle et 5 dossiers auraient déjà été rejetés.

La France a dit vouloir abandonner le projet Astrid

Après avoir arrêté définitivement Monju, son surgénérateur, le Japon a du mal à justifier sa politique d’extraction du plutonium des combustibles usés. Il a dépensé des milliards d’euros dans une usine de retraitement à Rokkashô-mura qui accuse déjà 24 années de retard et dont l’utilité est de plus en plus remise en question. Et comme le Royaume-Uni arrête le retraitement, il ne reste plus que la France avec qui il peut s’entendre.

Le Japon et la France avaient donc entamé des discussions à propos d’une participation dans ASTRID, le projet de surgénérateur français qui doit faire mieux que Superphénix. Un accord de coopération avait été signé en 2014. Selon le Nikkei du 30 novembre dernier, la France aurait informé le Japon qu’elle allait renoncer à ce projet en 2019 et qu’elle renoncerait à tout investissement dans les surgénérateurs à partir de 2020. Mais, selon Reuters, le CEA, qui porte le projet, a démenti en précisant qu’aucune décision officielle n’avait été prise.

L’arrêt de ce programme est raisonnable. En effet, le concept de surgénérateur date des années 1950 et il aurait dû être prêt pour la fin du siècle dernier. Selon le CEA, l’aboutissement était pour la fin de ce siècle. Bref, juste un siècle de plus de recherches et développement pour aboutir. Ce n’est donc pas très prometteur, mais cela permet de classer 95% de ce qui sort des réacteurs nucléaires en “matières valorisables” et non en déchets, même si elles ne sont pas valorisées. En France, le taux de recyclage est inférieur à 1%. Cela permet aussi d’avoir une filière industrielle dédiée au plutonium qui a un intérêt militaire.

Le Japon, qui a adopté une politique énergétique complètement irréaliste et qui s’accroche à sa filière plutonium va devoir revoir ses plans. Quant à la France, il va falloir revoir toute sa politique de gestion des déchets. Le retraitement à l’usine Orano de La Hague ne sert donc plus qu’à éviter l’engorgement des piscines et l’effondrement du parc nucléaire national.

Le gouvernement japonais n’a pas perdu de temps : selon l’Asahi du 3 décembre, il a annoncé vouloir construire son propre surgénérateur d’ici le milieu de ce siècle. Il s’agit de la date à partir de laquelle une filière surgénératrice commerciale devait être lancée au Japon, si Monju avait tenu ses promesses… La décision devrait être prise en 2024, avec un report à la fin de ce siècle de la mise en service industrielle (voir le communiqué du forum “atoms in Japan”). Le gouvernement tient surtout à faire des annonces pour ne pas avoir à s’expliquer sur sa politique du plutonium. Cette chimère va encore coûter des sommes folles aux contribuables japonais et cela recule encore plus la mise en place d’une politique raisonnable des combustibles usés japonais qui s’accumulent sans solution, comme le souligne l’Asahi, dans un éditorial.

Il est important de noter que cette nouvelle feuille de route ne mentionne pas le projet ASTRID !

Ouverture du musée de TEPCo dédié à l’accident nucléaire

Comme prévu, TEPCo a ouvert son musée de l’accident nucléaire, à Tomioka. L’étage est dédié aux premiers jours de la catastrophe et le rez de chaussée à la sécurisation et démantèlement des réacteurs. L’exposition devrait changer régulièrement.

L’accès est libre et la compagnie espère 20 000 visiteurs par an.

Plainte d’habitants de Namié contre TEPCo et l’Etat

Une centaine d’habitants de Namié estiment que les indemnisations qu’ils ont reçues ne suffisent pas à compenser tout ce qu’ils ont perdu dans l’accident nucléaire et ils réclament plus. L’accident nucléaire a détruit leur communauté et les a obligé à évacuer.

La protestation remonte à loin. En mai 2013, le conseil municipal avait saisi, au nom des habitants, la structure de conciliation mise en place par le gouvernement. Environ 15 000 habitants, plus de 70% de la population de la commune, s’étaient joints à cette demande. Et en mars 2014, la commission de conciliation avait proposé de faire passer le montant de l’indemnisation de 100 000 à 150 000 yens (775 à 1 163€) par mois pour les moins de 75 ans et 180 000 yens (1 400€) par mois pour les plus de 75 ans. La commune, qui demandait 350 000 yens, a accepté la proposition, mais pas TEPCo qui trouve cela injuste envers les autres personnes évacuées. La conciliation s’est terminée en avril dernier. 850 de ces 15 000 personnes sont décédées depuis.

109 personnes, réparties dans 49 foyers ont donc saisi la justice pour réclamer 12,1 millions de yens (94 000 €) chacune. C’est plus que ce que leur a accordé la commission de réconciliation. L’Etat japonais est aussi visé afin de clarifier sa responsabilité dans l’accident. Elles pourraient être suivies par 2 000 autres personnes.

Des milliers d’autres personnes ont déjà saisi la justice pour obtenir une meilleure réparation, mais c’est la première  action collective qui fait suite à un arbitrage de la commission de réconciliation.

Lien entre la formulation sanguine des macaques japonais et l’exposition aux rayonnements

Le Maïnichi rapporte deux études sur les macaques japonais vivant dans les territoires contaminés de Fukushima. La deuxième concerne des fœtus dont la croissance aurait été affectée par l’exposition aux rayonnements. Nous l’avons déjà signalée.

L’autre porte sur la formulation sanguine des macaques en lien avec l’exposition aux rayonnements et est publiée en libre accès sans Nature scientific reports. Là encore, ce n’est pas la première fois que de tels résultats sont présentés. Cette fois-ci, 95 macaques ont été capturés à moins de 40 km de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi et entre 60 et 60 km de la centrale. Les premiers constituent le groupe exposé et les autres, le groupe témoin. Leurs lieux de vie sont indiqués par des croix sur la carte ci-dessous, extraite de l’article. Cette espèce de singe est sédentaire et omnivore.

La contamination en césium radioactif des muscles fémoraux des singes variait de 285 à 34 600  Bq/kg pour ceux qui vivaient en zone contaminée, et de 37 à 270 Bq/kg pour les autres. La quantité de cellules rouges et l’hématocrite étaient réduits chez les singes adultes exposés.

Les chercheurs ont aussi trouvé un lien entre l’exposition interne des macaques étudiés et  leur numérations leucocytaire et plaquettaire. En ce qui concerne la moelle osseuse, l’exposition interne affecte la numération des cellules myéloïdes, mégacaryocytaires et hématopoïétiques. Dans les deux cas, aucune corrélation significative a été trouvée avec l’exposition externe.

Rappelons que ces singes ne boivent pas d’alcool, ne fument pas et ne subissent aucun stress post-traumatique…

Taiwan : les électeurs votent en faveur du maintien de l’interdiction d’importer des produits alimentaires en provenance de 5 provinces japonaises

Les électeurs taïwanais étaient invités aux urnes pour une longue série de questions, dont celle de l’importation d’aliments en provenance du Japon. La question de lever les restrictions sur les aliments en provenance de Fukushima, Ibaraki, Tochigi, Chiba et Gunma avait fait l’objet d’une pétition qui a rassemblé suffisamment de signatures pour être soumise à référendum.

Sans surprise, les électeurs se sont prononcés à 78% des suffrages exprimés pour le maintien des restrictions. Par ailleurs, le nombre de voix en faveur du maintien a dépassé le quart des électeurs (plus de 39%), le référendum est donc validé. Les résultats détaillés des votations sont ici en anglais.

82ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 82ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 15,8 milliards de yens (120 millions d’euros au cours actuel). Le communiqué annonce 158 milliards de yens, mais il doit s’agir d’une erreur car la somme totale annoncée pour le 83ième versement ne colle pas. Cet article a donc été corrigé a posteriori. Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 771,7 milliards de yens (environ 67 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Japon: l’Autorité de régulation nucléaire va revoir sa politique de distribution d’iode

Actuellement, de l’iode doit être distribué dans un rayon de 5 km autour des installations nucléaires japonaises. Il doit protéger la thyroïde en cas d’accident nucléaire. Au-delà des 5 km, ce sont les mairies qui doivent assurer la distribution durant la phase d’urgence, ce qui est complètement irréaliste. Le retour d’expérience de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi a montré que cela n’avait pas été le cas à cause de la confusion qui régnait à l’époque.

L’Autorité de régulation nucléaire a décidé de revoir sa politique, en mettant la priorité sur la protection des enfants. Elle va voir si elle peut mettre en place les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) datées de 2017.

Les autorités sont gênées car officiellement, la hausse observée du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima n’est pas due aux radiations. Puisqu’il n’y a pas de problème, pourquoi distribuer de l’iode ? Mais comme l’OMS dit qu’il faut distribuer les comprimés à l’avance afin de mieux protéger les enfants et que ses recommandations sont mêmes disponibles en japonais, le Japon ne peut pas ignorer le sujet. Un rapport est attendu pour avril 2019.

Mais l’OMS ne donne aucune distance pour la distribution. En Suisse c’est 50 km et en Belgique, 100 km. La France va timidement passer de 10 à 20 km, ce qui est insuffisant. C’est pourquoi l’ACRO vous recommande d’écrire aux préfectures pour obtenir une extension de la distribution. Pour en savoir plus sur la protection de la thyroïde, voir notre fiche détaillée.