Rapport de Greenpeace sur l’eau contaminée accumulée à la centrale de Fukushima daï-ichi

Greenpeace vient de publier un rapport qui fait le point sur le problème de l’eau contaminée qui s’accumule à la centrale de Fukushima daï-ichi (communiqué de presse, rapport en anglais). Bien évidemment, l’organisation s’oppose au rejet en mer de l’eau partiellement traitée.

C’est l’occasion de refaire un point sur les dernier chiffres publiés par TEPCo. Selon ce premier document, la compagnie a injecté 65 m3/jour dans le réacteur n°1 et 67 m3/j dans chacun des réacteurs 2 et 3 afin de refroidir le corium. Ces chiffres sont pour le 17 janvier. Elle annonce 72 m3/jour pour chaque réacteur pour le 24 janvier. Cette eau se contamine fortement au contact des combustibles fondu et s’écoule dans les sous-sols des réacteurs où elle se mélange à l’eau déjà présente et celle qui s’infiltre depuis la nappe phréatique.

TEPCo pompe l’eau des sous-sols pour éviter les débordements, mais elle doit pomper plus que ce qu’elle injecte. Ce surplus s’accumule jour après jour. Ce deuxième document mentionne que le surplus est de 52 m3/jour, en l’absence de précipitations. Une partie (7 m3) vient de la nappe phréatique proche, qui est aussi fortement contaminée.

Cette eau est partiellement traitée et réinjectée pour le refroidissement. Le surplus est stocké dans des cuves en l’absence d’autre solution. Le premier document fait état d’un volume total de 1,1 million de mètres cubes stockés dans des cuves. La compagnie aurait traité 2 millions de mètres cubes d’eau contaminée.

A noter que TEPCo a lancé, la veille du rapport de Greenpeace, une version anglaise de son site internet dédié à l’eau contaminée. Ce site ne donne aucune information précise sur la contamination résiduelle de l’eau traitée, les flux entrants, etc etc. Il s’agit d’une piètre opération de communication.

Jeune fille fortement contaminée à Futaba en 2011

Ce n’est que maintenant que c’est rendu public : selon l’Asahi, une jeune fille de 11 ans à l’époque, originaire de Futaba, tout près de la centrale de Fukushima daï-ichi, a été fortement contaminée.

Il y a peu d’information disponible sur ce cas. Ce que l’article rapporte, c’est qu’un contrôle de sa thyroïde effectué le 17 mars 2011 dans un gymnase de Kôriyama où elle était réfugiée a donné une valeur de l’ordre de 50 000 à 70 000 coups par minute (cpm). Ce résultat a été transmis à une équipe de l’université de Tokushima présente sur les lieux qui a estimé que cela correspondait à une contamination de la thyroïde de l’ordre de 12 000 Bq. Le NIRS (National Institute of Radiological Sciences) aurait été alerté. Ce dernier aurait estimé que la dose reçue par la jeune fille était de 100 mSv. L’article ne précise pas si c’est la dose à la thyroïde ou au corps entier, ni quelles étaient les hypothèses pour faire ce calcul. Le site Internet du NIRS ne mentionne pas ce cas.

Un article scientifique du NIRS, publié en 2016 et disponible en libre accès, ne mentionne aucun cas avec une contamination aussi élevée, que ce soit à la thyroïde ou au corps entier. Le cas de cette jeune fille n’a semble-t-il pas été pris en compte dans l’étude.

Un article scientifique plus récent, disponible en libre accès, fait un bilan des estimations des doses à la thyroïde effectuées suite à la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et les valeurs qu’il rapporte sont toutes inférieures à 50 mSv.

Rappelons que les autorités nient le lien entre l’augmentation du cancer de la thyroïde et l’exposition aux rayonnements (voir les derniers résultats). Un de leurs arguments est justement la faible exposition…

Indemnisations : la commission de conciliation jette l’éponge

En septembre 2011, les autorités japonaises ont mis en place une commission de conciliation chargée d’arbitrer les contentieux entre TEPCo et les victimes de la catastrophe nucléaire qui n’étaient pas satisfaites par les indemnisations reçues. Ses avis ne sont pas contraignants, mais TEPCo avait annoncé vouloir les respecter.

Selon l’Asahi, cet organisme gouvernemental a stoppé les tentatives de conciliation de 18 dossiers en 2018 et déjà un en 2019 suite aux refus répétés de TEPCo d’appliquer les propositions de règlement. 17 000 personnes sont concernées et elles n’ont d’autre recours que de saisir la justice, ce qui coûte cher et prend du temps. Entre 2013 et 2017, cet organisme a cessé de travailler sur 72 dossiers qui concernaient tous des employés de TEPCo et leur famille.

Le groupe le plus important qui avait saisi, en vain, cette commission est constitué de 16 000 habitants de Namié, commune qui a été entièrement évacuée. Elle avait proposé, en 2014, d’ajouter 50 000 yens (400 euros) aux indemnisations mensuelles fixées par le gouvernement. Face au refus de TEPCo, la commission a cessé ses négociations en avril dernier. Une partie de ces anciens résidents de Namié ont saisi la justice en novembre 2018.

Polémiques à propos d’articles scientifiques relatifs aux doses prises par les habitants de Daté

Afin de rassurer sa population, le maire de Daté, dans la province de Fukushima, a soutenu la mise en place d’un programme d’enregistrement des doses par des dosimètres individuels (glass badges) distribués aux habitants. Il veut démontrer que les doses reçues sont inférieures à 5 mSv/an, ce qui plus que la limite en temps normal, fixée à 1 mSv/an, mais inférieur à la limite de 20 mSv/an fixée par le Japon après la catastrophe pour définir sa politique d’évacuation (lire nos explications sur les normes). La commune est située à une soixantaine de kilomètres de la centrale de Fukushima daï-ichi. Elle n’a pas été évacuée, mais elle a été touchée par les retombées radioactives. Et quelques points chauds découverts tardivement ont entraîné l’évacuation de plus d’une centaine de foyers. De nombreuses autres familles sont aussi parties par elles-mêmes.

Le programme de surveillance de la population est considéré comme pilote par le CEPN et l’IRSN qui l’ont accompagné et soutenu via les projets “Ethos in Fukushima” et “ICRP dialogues”. Il a déjà fait l’objet de polémiques que nous avons rapportées : les dosimètres distribués ne mesurent pas la même grandeur que les radiamètres utilisés jusqu’alors pour établir le zonage radioactif. Ils donnent des valeurs 30 à 40% inférieures, sans que cela ait été expliqué aux populations. La compagnie qui fournit les dosimètres l’a reconnu.

Cette fois-ci, ce sont deux articles scientifiques qui font polémique. Un des deux auteurs, Ryûgo Hayano, est un ancien professeur de physique de l’université de Tôkyô, spécialiste de physique des particules. Lors de ses exposés, comme celui qui a eu lieu lors d’un séminaire ANCCLI-IRSN (présentation, vidéo), il commence par donner le nombre d’abonnés à son compte twitter… L’autre auteur travaille à l’université médicale de Fukushima.

Le premier article, en libre accès sur internet, fait une comparaison entre les doses enregistrées par les dosimètres et les doses calculées à partir du niveau de rayonnement ambiant. Les auteurs arrivent à la conclusion que les doses enregistrées sont 4 fois plus faibles que les doses calculées. Environ 67 000 personnes vivaient à Daté avant la catastrophe nucléaire, 61 000 maintenant. Au début, les enfants et les femmes ont reçu les dosimètres en priorité. Puis, ils ont été distribués à toute la population (environ 65 000 personnes), avec un taux de retour de 81%. Par la suite, seules les personnes vivant dans les zones les plus contaminées ont continué à les utiliser. Elles étaient plus rares dans les zones moins touchées.

Le deuxième article, aussi en libre accès, tente d’évaluer la dose reçue sur la vie entière par les habitants de Daté à partir des données recueillies par les “glass badges”. La dose médiane sur la vie dans la zone la plus contaminée ne devrait pas dépasser 18 mSv selon ces auteurs, et pourrait atteindre 35 mSv. L’article s’intéresse aussi à la décontamination qui aurait un impact très faible sur la dose reçue au cours de la vie.

Le premier problème avec ces articles concerne l’utilisation des données individuelles. Selon la commune, citée par OurPlanet TV, le premier article scientifique mentionne les données de 59 056 personnes alors que seulement la moitié aurait donné son accord à l’utilisation des données personnelles. Plus précisément, sur 53 481 habitants qui ont participé à l’étude, 30 151 ont donné leur accord, 97 se sont opposés à l’utilisation de leurs données et les 27 233 autres n’ont pas fourni leur accord.

Le deuxième problème, pointé par le Shin’ichi Kurokawa et mentionné dans un article de l’Asahi, concerne une erreur d’interprétation des données fournies par les “glass badges”, qui sont ramassés tous les trois mois. Les auteurs ont cru que les données étaient pour une période de 3 mois alors qu’il s’agit de la dose moyenne mensuelle. Ils ont donc sous-estimé d’un facteur 3 toutes leurs données ! Les auteurs ont reconnu leur erreur qui leur a valu les honneurs de “retractation watch“, un site internet qui recense les retraits d’articles scientifiques.

Même avec des données consenties et corrigées, ces études contiennent des biais intrinsèques qui ne sont même pas discutés : rien ne prouve que les doses enregistrées par les “glass-badges” soient représentatives. Les témoignages des enfants laissent penser qu’ils ne le portent pas tout le temps, dès qu’ils sortent. La comparaison avec le débit de dose ambiant est donc hasardeuse. De plus, l’extrapolation du modèle mathématique pour calculer la dose sur la vie est hasardeuse, comme toutes les extrapolations.

R. Hayano est souvent invité par l’IRSN, la CIPR (comme ici)… mais a aussi l’oreille du gouvernement japonais qui l’utilise pour lutter contre les “rumeurs néfastes” (comme ici, par exemple). L’IRSN lui donne souvent la parole : interviews dans sa revue et en vidéo, webdoc.. et l’a même fait intervenir dans la formation des enseignants français, comme ici, à Clermont-Ferrand ou lors de rencontres lycéennes, comme ici à Dijon. Il est même présenté comme faisant de la “mesure citoyenne”… Tel est le risque quand on sélectionne les experts, non pour leurs compétences, mais parce qu’ils disent ce que l’on souhaite entendre.

Le coût du démantèlement du parc nucléaire japonais dépassera les 50 milliards d’euros

Le Yomiuri Shimbun a estimé le coût du démantèlement du parc nucléaire japonais et est arrivé à un total de 6 720 milliards de yens (54 milliards d’euros). Cette estimation n’inclut pas les réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi.

Le Yomiuri a compté un coût moyen de 57,7 milliards de yens (462 millions d’euros) par réacteur. Le démantèlement de l’usine de retraitement de Rokkashô-mura, qui n’a jamais démarré et accuse déjà 24 années de retard, devrait atteindre 1 600 milliards de yens (12,8 milliards d’euros). Cela fait cher pour une usine qui n’a jamais fonctionné !

Rappelons que le coût du démantèlement des installations de recherche de la JAEA est estimé à plus 1 900 milliards de yens (plus de 15 milliards d’euros). Il est inclut dans la somme totale du Yomiuri.

Les boues radioactives de Niigata vont être traitées comme des boues ordinaires

La province de Niigata a accumulé environ 60 000 tonnes de boues radioactives et demandait depuis 2012 à TEPCo de les prendre. Ces boues proviennent essentiellement d’une station de traitement de l’eau du robinet qui s’approvisionne dans une rivière. Le stock augmenterait de 5 000 tonnes par an et le site approche de la saturation.

La contamination en césium serait inférieure au seuil de 8 000 Bq/kg introduit par le gouvernement japonais : ces boues auraient pu donc être traitées comme des boues non contaminées. Mais les autorités locales en faisait une question de principe : la contamination était due à l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi et TEPCo devait donc récupérer les déchets. La compagnie a toujours refusé sous le prétexte qu’elle n’était habilitée à gérer des déchets industriels.

Le nouveau gouverneur de Niigata, Hideyo Hanazumi, a annoncé être arrivé à un accord avec TEPCo : ces boues rejoindront le circuit classique et TEPCo va payer le coût du stockage, estimé à 3 milliards de yens (24 millions d’euros).

Dépistage du cancer de la thyroïde à Fukushima : 5 nouveaux cas suspectés

Les autorités régionales de Fukushima ont mis en ligne les derniers résultats de leur campagne de dépistage du cancer de la thyroïde chez les jeunes de la province à la date du 30 septembre 2018. Les résultats détaillés sont ici en japonais. Une traduction officielle en anglais des principales données devrait être bientôt disponible et le blog Fukushima voices devrait aussi proposer son propre résumé en anglais.

Rappelons que les autorités ont déjà effectué trois campagnes de dépistage et lancé la quatrième en avril dernier. Ce suivi s’effectue tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 18 ans. Puis, un nouveau contrôle est prévu à partir de 25 ans. Les premiers enfants de moins de 18 ans au moment de la catastrophe ont eu 25 ans. Les autorités japonaises ont donc ajouté une nouvelle rubrique dans leurs données.

Les autorités n’ont pas publié de mise à jour détaillée pour les deux premières campagnes de dépistage, mais le bilan global en japonais ne fait pas apparaître de changement. Le tableau ci-dessous reprend donc les chiffres de la dernière fois.

Pour la troisième campagne, trois nouveaux cas de cancers suspectés sont apparus et deux cancers supplémentaires ont été confirmés suite à une intervention chirurgicale. Cela fait donc un total de 18 cas suspectés, dont 13 ont été confirmés lors de cette campagne. Le bilan détaillé est ici en japonais. Aucun cas de cancer de la thyroïde n’a été détecté lors de la quatrième campagne de dépistage, qui n’est pas terminée. Tant mieux !

Pour les jeunes qui ont atteint l’âge de 25 ans en 2017, les données sont ici en japonais. Sur les 22 653 jeunes nés en 1992 concernés par le dépistage, 2005 ont été auscultés et 1 989 résultats sont connus. Parmi eux, deux cas de cancer de la thyroïde ont été découverts. Il n’y a pas eu d’intervention chirurgicale à la date du 30 septembre 2018.

Au total, on arrive à 166 cas de cancers de la thyroïde confirmés sur 206 suspectés, plus toujours un seul cas qui s’est révélé bénin après la chirurgie. Les autorités continuent à prétendre que ce très fort excès de cancers de la thyroïde n’est pas dû à la catastrophe nucléaire.

Dépistages avec résultat Examens complémentaires terminés Cytoponctions Nombre de cancers suspectés Nombre de cancers confirmés
Première campagne 300 472 2 130 547 116 101
Deuxième campagne 270 540 1 874 207 71 52
Troisième campagne

217 513

933 54 18 13
Quatrième campagne

25 982

7 0 0 0
Plus de 25 ans

1 989

58 3 2 0

Plus de 15 milliards d’euros seront nécessaires pour démanteler 79 installations nucléaires de la JAEA

La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) va démanteler 79 des 89 installations nucléaires qu’elle possède. Cela devrait lui prendre 70 ans. Elle a estimé que ce chantier lui coûterait plus 1 900 milliards de yens (plus de 15 milliards d’euros). Ce coût inclut le démantèlement du surgénérateur Monju, mais pas celui de la gestion du plutonium et uranium en stock, ni celui de la maintenance avant et pendant les travaux. Exemples :

  • pour l’usine de retraitement de Tôkaï-mura, dans la province d’Ibaraki, la facture passera de 770 milliards de yens (6,3 milliards d’euros) à presque 1 000 milliards (8 milliards d’euros) si l’on inclut la gestion des déchets radioactifs liquides ;
  • pour Monju, le coût du seul démantèlement est estimé à 150 milliards de yens (1,2 milliards d’euros), mais comme les travaux vont durer plus de 30 ans, la maintenance de l’installation va faire passer la facture totale à 375 milliards de yens (3 milliards d’euros).

Ce sont, bien évidemment, les contribuables japonais qui paieront. Pour le moment, personne ne sait comment seront gérés les déchets radioactifs engendrés.

Cinq ans de prison requis pour trois anciens dirigeants de TEPCo

Les avocats commis d’office, agissant en qualité de procureurs, ont requis 5 ans de prison pour les trois anciens dirigeants de TEPCo. Il s’agit de la peine maximale en cas de négligences ayant entraîné la mort. Pour eux, le risque tsunami était connu et les dirigeants n’ont rien fait. Il a été démontré lors du procès que la compagnie avait été informée par l’une de ses filiales en 2008 qu’un tsunami pouvant atteindre 15,7 mètres était possible, mais elle n’a pas immédiatement pris des mesures préventives.

Tsunéhisa Katsumata, 78 ans, président de la société au moment de la catastrophe, Ichirô Takekuro, 72 ans, et Sakaé Mutô, 68 ans, tous deux anciens vice-présidents, avaient plaidé non coupable. Ils ont nié leur responsabilité jusqu’au bout, malgré les évidences présentées lors des auditions, par un sismologue réputé et un ancien employé.

C’est un procès qui revient de loin : en 2012, un groupe de 5 700 citoyens japonais a porté plainte contre de nombreux dirigeants de TEPCo et du gouvernement. Puis, ils avaient focalisé leur action contre ces trois dirigeants. En septembre 2013, ils avaient été déboutés par les procureurs, arguant que les éléments du dossier étaient insuffisants. Mais un jury de citoyens leur avaient ensuite donné raison par deux fois. Ces trois dirigeants ont été mis en examen en février 2016. Le jury citoyen avait estimé qu’ils étaient responsables des blessures de 13 personnes suite aux explosions hydrogène et du décès de 44 patients de l’hôpital de Futaba.

83ième versement financier pour TEPCo

Le jour de Noël, TEPCo annonce avoir reçu le 83ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 107,1 milliards de yens (843 millions d’euros au cours actuel). Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

La somme totale reçue annoncée par TEPCo dans son communiqué ne colle pas avec le versement précédent qui a donc été corrigé a posteriori. Si l’on suppose que la somme totale indiquée est correcte et que l’on ajoute le présent versement, on arrive à un total de 8 736,6 milliards de yens (environ 68,7 milliards d’euros au cours actuel) et cela ne suffira pas.