Redémarrage du réacteur n°3 d’Ikata

Shikoku Electric a commencé, à 9h, à redémarrer le réacteur n°3 de sa centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé. Il utilise du combustible MOx et était à l’arrêt depuis 5 ans et 3 mois. La réaction en chaîne devrait débuter le 13 août matin, la production d’électricité, le 15 et le réacteur devrait atteindre sa pleine puissance le 22 août. Une bonne centaine de personnes ont manifesté leur opposition près de l’entrée de la centrale.

Deux autres réacteurs de la centrale de Sendaï dans la province de Kagoshima sont en fonctionnement et c’est tout. Ils devraient être arrêtés cet automne, après 13 mois d’exploitation. Le réacteur d’Ikata est le seul à utiliser du MOx, qui utilise du plutonium extrait des combustibles usés.

Ce réacteur est à 170 km de l’épicentre des séismes de Kumamoto. La ligne tectonique médiane qui va de Kyûshû à Honshû, passe à 5 km de la centrale. Elle est réputée inactive, mais depuis Kumamoto, de nombreux riverains sont inquiets. Selon un sondage local, 54% des habitants de la province sont opposés au redémarrage. Des groupes de citoyen ont déposé des plaintes auprès de trois tribunaux différents (Matsuyama, Hiroshima, Ôïta) pour obtenir la suspension de l’exploitation du réacteur, comme pour la centrale de Takahama.

Les plans d’urgence, jugés peu réalistes par de nombreux riverains, demeurent un problème majeur, bien qu’ils fassent partie intégrante de la sûreté dans le cadre de la défense en profondeur. Il y a 124 000 résidents dans un rayon de 30 km, dont 5 000 qui vivent sur une péninsule et qui pourraient pas pouvoir évacuer par la terre (voir le plan). Le gouverneur, en donnant son accord au redémarrage, a rejeté ces arguments, affirmant que le sol est solide autour d’Ikata. Ailleurs, il y a aussi de nombreux tunnels. Certains pourraient s’effondrer en cas de fort séisme, comme l’ont reconnu des experts.

Pour la péninsule, le gouvernement prévoit une évacuation par les airs et/ou la mer en cas de blocage. Cela risque de prendre beaucoup de temps alors que les rejets radioactifs peuvent intervenir rapidement, comme à Fukushima.

Le ministre de l’industrie a tenu à se féliciter en expliquant que ce réacteur avait redémarré après avoir “gagné la compréhension locale” (sic) et que c’était significatif du point de vue du programme de recyclage du plutonium. Du blabla sans intérêt et complètement déconnecté de la réalité. Les riverains sont, en majorité, opposés à ce redémarrage et le recyclage est une vue de l’esprit : le combustible MOx n’est pas retraité ensuite.

A moyen terme, si le réacteur n°2 de cette centrale est aussi remis en service, la piscine de combustibles usés sera pleine au bout de 6 à 7 ans. Et comme il n’y a pas d’autre entreposage de prévu pour le moment, il faudra à nouveau arrêter cette centrale…

Refaisons un petit bilan du parc nucléaire japonais :

  • Sur 54 réacteurs avant la catastrophe, 12 sont arrêtés définitivement.
  • Sur les 42 réacteurs restant, il y a eu une demande de redémarrage pour 26.
  • Sur ces 26 réacteurs, 5 sont autorisés à fonctionner, mais 3 sont exploités. L’exploitation des deux autres est bloquée par une décision de justice.
  • Trois réacteurs de plus de 40 ans satisfont aux nouvelles règles de sûreté, mais leur redémarrage nécessite des travaux importants qui vont prendre plusieurs années.

Bref, ce n’est pas très brillant.

TEPCo condamnée à indemniser la famille d’une victime de l’évacuation de l’hôpital de Futaba

L’évacuation de l’hôpital et de l’hospice de Futaba situés dans la commune d’Ôkuma, à quelques kilomètres de la centrale accidentée, avait été particulièrement dramatique puisqu’elle avait entraîné une cinquantaine de décès directs.

Une patiente âgée de 88 ans, atteinte de démence, avait disparu lors de l’évacuation et n’a jamais pu être retrouvée. La famille a demandé à être indemnisée, mais TEPCo a refusé. Elle a donc saisi la justice qui lui a donné raison : TEPCo devra payer environ 22 millions de yens (195 000 euros) d’indemnisation. La famille demandait le double.

La compagnie avait reconnu avoir une part de responsabilité dans le décès des patients de Futaba, mais conteste parfois la somme demandée. Pour cette personne, TEPCO prétend que l’accident nucléaire ne serait pas à l’origine de sa disparition. Ce serait le séisme qui lui aurait permis de sortir et de se perdre, les serrures électriques s’étant toutes ouvertes. Mais la famille prétend que l’évacuation de la zone a empêché les recherches et que la patiente s’est retrouvée seule dans une ville désertée.

La cour a jugé que le personnel de l’hospice a correctement veillé sur elle après le séisme et sa disparition aurait pu être évitée si l’accident nucléaire n’avait pas eu lieu. En effet, le personnel a dû aussi évacuer et il ne restait plus que quelques personnes pour veiller sur les derniers patients.

Le personnel a confirmé que la patiente était présente jusqu’au 14 mars, c’est à dire deux jours après l’ordre d’évacuation. Pour rappel, les autres patients avaient été évacués en bus, sauf ceux qui ne pouvaient pas partir d’eux-même. Quand l’armée est finalement venue chercher les dernières personnes, le 16 mars, la patiente avait disparu. Son corps n’a jamais été retrouvé et elle a été officiellement été déclarée décédée en septembre 2013. Cela faisait quatre ans et demi qu’elle était dans cet hospice.

Pour d’autres victimes de l’évacuation de cet hôpital et hospice, la cour a fixé le niveau d’indemnisation à 20 million de yens, comme pour un accident de la route, puis a réduit cette somme de 20 à 40% pour prendre en compte les affections chroniques du patient. Mais dans ce cas, TEPCo devra payer 100% de cette somme car le décès est uniquement dû à l’évacuation du personnel.

Encore des problèmes dans le réacteur Monju

Le surgénérateur expérimental Monju, situé dans la province de Fukui, a encore des problèmes. L’exploitant, la Japan Atomic Energy Agency (JAEA), a mis plus de six mois pour tenir compte d’une alarme qui signalait une détérioration de la qualité de l’eau de la piscine de refroidissement des combustibles usés. Cela n’arrête pas, même si l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) a enjoint le gouvernement à trouver un nouvel exploitant pour cause de culture de sûreté défaillante.

L’alarme s’est déclenchée le 19 novembre 2015 car le système de purification ne fonctionnait plus faute de résine. Mais les personnes en charge du système n’ont pas rapporté le problème et les mesures correctives n’ont été prises qu’en avril 2016.

C’est la NRA qui a trouvé le problème lors d’une inspection. Elle explique que le manque de culture de sûreté est un tel problème qu’il n’y a pas de mots pour le qualifier.

Le 3 août dernier, une pompe du circuit de refroidissement du réacteur qui utilise du sodium liquide et tombée en panne car elle a eu une panne de son propre refroidissement. Une alarme incendie s’est déclenchée et cela sentait le brûlé. La JAEA a eu du mal à trouver l’origine de la fumée. Une heure trente plus tard, la pompe s’est arrêtée et une pompe de secours mise en route.

La JAEA a immédiatement prévenu les pompiers et les autorités locales, mais pas les médias et le public.

Malgré tous ces problèmes à répétition, le gouvernement s’accroche à Monju, qui n’a fonctionné que 10 mois depuis sa mise en service en 1994. Il cherche toujours une nouvelle entité pour tenter de l’exploiter, en vain pour le moment. Pourquoi cet acharnement thérapeutique ?

La nouvelle ministre de la défense, connue pour ses positions révisionnistes, a été interrogée par les médias japonais lors de sa prise de fonction. Elle a écarté toutes les questions relatives à la seconde guerre mondiale, mais sur l’arme nucléaire, elle a été plus claire. En 2011, elle avait déclaré que le Japon devait envisager de se doter de l’arme nucléaire lors d’un entretien avec un mensuel. Cette fois-ci, elle a dit que cela dépendrait de l’avenir, mais que pour le moment, le Japon ne devrait pas se doter de cette arme. Et de préciser que la constitution japonaise ne l’interdisait pas.

Et comme il faut préparer l’avenir… le Japon ne lâchera jamais l’industrie nucléaire, ni Monju, qui, s’il arrive à fonctionner, peut transformer du plutonium de qualité civile en qualité militaire.

Mais, à l’occasion des commémorations du bombardement de Hiroshima, le premier ministre s’est senti obligé de préciser que le Japon ne possèdera jamais d’armes nucléaires et que cette position ne contredisait pas celle de sa nouvelle ministre de la défense. Comprenne qui pourra.

Le réacteur n°3 de Mihama conforme aux nouvelles règles de sûreté

L’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) vient de conclure que la réacteur n°3 de la centrale de Mihama, qui va avoir 40 ans cette année, satisfait aux nouvelles règles de sûreté. Mais, pour obtenir une autorisation de redémarrage, il y a encore d’autres obstacles à franchir avant novembre 2016. L’exploitant, Kansaï Electric, veut aller jusqu’à 60 ans. Pour cela, il faut des contrôles particuliers qui n’ont pas encore été effectués.

Cet avis va être soumis au public pendant un mois sur le site Internet de la NRA. Pour contribuer, c’est ici.

C’est le troisième réacteur proche de la quarantaine qui franchit cette étape. Les deux autres sont à Takahama, également dans la province de Fukui. Ces derniers ont franchi toutes les étapes, mais il y a pour plusieurs années de travaux avant toute relance.

Pour le réacteur n°3 de Mihama, l’exploitant va dépenser 165 milliards de yens (1,5 milliards d’euros) pour renforcer sa sûreté. La résistance aux séismes a été revue à la hausse avec une secousse maximale pouvant atteindre 993 gal. La NRA avait eu du mal à se faire entendre sur ce sujet. Le redémarrage n’est pas prévu avant 2020 au plus tôt, si un feu vert est obtenu.

Le prolongement de l’exploitation des réacteurs au-delà de 40 ans est en principe “exceptionnel”, mais on arrive à trois réacteurs de plus de 40 ans dont le dossier de sûreté est validé contre 5 réacteurs moins âgés. Ce n’est plus “exceptionnel”. La NRA a instruit les dossiers des réacteurs âgés en priorité car il y a une date limite au-delà de laquelle ils doivent être arrêtés définitivement. Et dire que la NRA prétend ne pas faire de politique.

Le recyclage des déchets radioactifs issus de la décontamination permettrait d’économiser 1 500 milliards de yens selon le gouvernement

Comme les autorités ne savent pas quoi faire de l’immense quantité de déchets générés par la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi, il a trouvé la solution miracle : recycler les sols contaminés pour faire du terrassement sur des projets de travaux publics comme des routes, digues etc… Les experts consultés étaient réservés, mais le ministère de l’environnement continue à tenter d’obtenir la “compréhension du public”. Le seuil de libération, c’est à dire la limite en dessous de laquelle ces déchets pourront être recyclés est de 8 000 Bq/kg alors qu’elle était de 100 Bq/kg pour le césium-137 avant la catastrophe nucléaire.

Dernier argument du ministère de l’environnement : le coût. Selon le Maïnichi, qui s’est procuré des documents internes, attendre ou amener les sols à moins de 100 Bq/kg avant de les réutiliser, sachant que le césium-134 aura presque disparu, coûterait 2 912,7 milliards de yens (26 milliards d’euros) – admirez la précision de l’évaluation – alors qu’avec une limite à 8 000 Bq/kg, cela ne coûterait plus 1 345 milliards de yens (12 milliards d’euros). Et donc cette option serait “raisonnable sur les plans économique et social”. Le calcul a été fait par la Japan Atomic Energy Agency.

Dans les documents remis aux experts du groupe de travail dédié à ces déchets le 27 janvier dernier, il y a aussi le cas où la limite seraient réduite à 3 000 Bq/kg. Il en coûterait alors 2 118,5 milliards de yens (19 milliards d’euros).

Avec une option à 100 Bq/kg, 40% des sols contaminés ne pourraient pas être réutilisés, alors qu’avec 8 000 Bq/kg, ce ne serait plus que 0,2%.

Rappelons que 7,7 tonnes de déchets radioactifs ont déjà été déclassés à Chiba, avec une limite à 8 000 Bq/kg et qu’en attendant, tous ces déchets s’accumulent partout, parfois dans de mauvaises conditions, comme le montrent nos images.

Yamaguchi ne renonce pas au projet de centrale nucléaire

Depuis des années, Chûgoku energy veut construire une nouvelle centrale nucléaire à Kaminoseki, dans la province de Yamaguchi. Le projet date de 1982 et la compagnie avait obtenu, en 2008, l’autorisation de terrassement sur un île de la mer intérieure de Seto (Setonaikai) pour y construire deux réacteurs. Les travaux ont commencé un an plus tard, mais les progrès ont été très lents à cause de l’opposition des riverains. Sur l’île voisine d’Iwaïshima, avec ses 478 habitants, des manifestations ont lieu toutes les semaines. Les travaux ont ensuite été suspendus après la catastrophe de Fukushima.

Alors que l’autorisation expirait en 2012, la compagnie a déposé une demande d’extension. Les autorités provinciales, après plusieurs années d’hésitation, viennent de donner leur accord à un prolongement de l’autorisation d’aménager le site. Cette autorisation est donc valable jusqu’au 6 juillet 2019, mais les travaux ne peuvent reprendre que s’il y a un projet clair de construction de la centrale.

La construction de nouveaux réacteurs est taboue actuellement pour les autorités nationales qui restent très floues sur le sujet. Yamaguchi est la province d’origine du premier ministre actuel, très favorable au nucléaire.

Le renforcement de la sûreté nucléaire coûte de plus en plus cher aux exploitants

L’Asahi a essayé de connaître combien coûte le renforcement de la sûreté des réacteurs nucléaires et est arrivé à un total de 3 320 milliards de yens (30 milliards d’euros). C’est 935 milliards de yens (8,2 milliards d’euros) de plus qu’il y a un an et ce n’est pas tout car le centre de contrôle supplémentaire n’est pas pris en compte. Il devrait coûter quelques dizaines de milliards de yens, entraînant un coût global supplémentaire qui se compte en centaines de milliards de yens.

C’est Kansaï Electric qui a fait face à la plus forte augmentation depuis l’an dernier : 285 à 730 milliards de yens. C’est dû à la volonté de redémarrer deux réacteurs anciens de Takahama et un à Mihama.

Tout cela pour seulement deux réacteurs en activité sur 42 restant. Un troisième réacteur à la centrale d’Ikata devrait démarrer le 11 août prochain et les deux de Sendaï s’arrêter avant la fin de l’année. Et c’est tout pour le moment. Les compagnies espèrent bien rentrer dans leurs frais une fois les réacteurs redémarrés, mais ce n’est pas gagné.

Voir Fukushima : le problème sans fin des déchets radioactifs

En juin 2016, jusqu’à 15 500 personnes étaient engagées chaque jour dans des travaux de décontamination. Cela génère des déchets radioactifs, d’énormes quantités de déchets, qu’il faut gérer. La politique japonaise consiste en l’incinération pour réduire les volumes, puis en l’entreposage, voir le stockage définitif, en fonction des lieux et du niveau de contamination.

Petit voyage sur les lieux, de la production à l’incinération.

La décontamination consiste à racler les sols contaminés, émonder les arbres et arbustes, couper les herbes, ramasser les végétaux morts… et mettre le tout dans des sacs qui s’amoncèlent partout.

remplissage_sacs

Et après ?

Ils restent entassés partout. A Iitaté-mura, où la décontamination bat son plein, il y en a partout. Le village, où l’ordre d’évacuer n’a pas été levé, est devenu un vaste chantier avec quasiment que des décontamineurs partout et des déchets.

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Les bâches qui couvrent les déchets sont pour protéger les sacs qui n’ont pas la vie longue. Ainsi, à Tomioka, où ils attendent depuis plus longtemps, de l’herbe repousse :

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Les déchets des zones non évacuées sont pris en charge par la province de Fukushima. Le stockage est alors entouré d’une palissade, comme ici, à Minami-Sôma :

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Et après ?

C’est l’incinération qui est prévue. Le réseau des citoyens inquiets de l’incinération des déchets radioactifs a recensé une vingtaine de sites avec des incinérateurs en fonctionnement, en construction ou en projet à Fukushima. Voici la carte :

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La carte originale en japonais a été traduite en anglais dans la publication n°6 de FUKUDEN et reprise ci-dessus.

A Iitaté-mura, village dans les montagnes, il y a deux incinérateurs éloignés de tout. Le premier, appelé “Iitaté clear center” était déjà en service avant l’accident nucléaire. Ils incinérait les ordures ménagères. Il a été remis en service pour incinérer les déchets radioactifs.

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Il peut incinérer 5 tonnes de déchets par jour.

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A titre de comparaison, 1 mSv/an, en supposant que l’on reste 8h par jour à l’extérieur et avec un facteur de réduction à l’intérieur, correspond à 0,23 microsievert par heure. Ici, c’est 0,929 µSv/h.

Ce centre est entouré de déchets à perte de vue. On peut en voir une partie sur les images satellite de Google ou de Bing. Une forêt a été rasée pour les entasser et les troncs sont restés là :

On voit que la cheminée de l’incinérateur fume. Au bout de la vidéo, les déchets continuent à s’entasser à perte de vue sous la ligne haute tension :

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Un deuxième incinérateur a été construit à Warabidaïra, dans la commune d’Iitaté-mura pour faire face aux volumes énormes de déchets. Il n’est pas encore sur les images satellite de Google.

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Autour du site, le débit de dose ambiant peu atteindre 2,6 µSv/h :

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A Tomioka

La commune, encore entièrement évacuée, accueille la centrale nucléaire de Fukushima daï-ni. La décontamination est officiellement terminée dans la plupart de ses zones résidentielles. Ses finances dépendaient fortement du nucléaire. Le “community center”, avec la bibliothèque, des salles d’activité et de réunion a été payé par TEPCo.

Cette commune fait face à la mer et le littoral a été détruit par le tsunami. La gare, au bord de l’eau, n’existe plus. Les autorités prévoient d’y construire une digue de protection et d’y planter une forêt pour se protéger :

littoral_Tomioka

Mais en attendant, le littoral accueille les déchets et des usines de traitement. Espérons qu’un tsunami ne viennent pas emporter tout cela. Commençons par une vue satellite copiée sur Google :

Google_maps_Tomioka

En utilisant “street view”, on peut voir les déchets. La date de la prise de vue en voiture ne correspond pas à celle des satellites.

Ainsi, à Tomioka, outre des déchets, il y a un incinérateur de déchets radioactifs construit par Mitsubishi, derrière lequel on aperçoit la centrale de Fukushima daï-ni :

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Pour l’anecdote, une étude des lieux avec une caméra gamma pour trouver les points chauds a montré que c’était la cheminée de la centrale qui brillait le plus. Pas très loin, il y a un centre de tri des déchets, situé entre la gare de Tomioka dévastée par le tsunami et l’océan :

gare_Tomioka

Le tout est entouré d’amoncellements de déchets en attente de traitement. De l’autre côté de Fukushima daï-ni, sur la commune de Naraha, où l’ordre d’évacuation a été entièrement levé, c’est une autre usine qui est en construction. Elle devrait permettre de couler les cendres d’incinération dans du ciment :

usine_Tomioka

Le début des opérations est prévu en 2017. Avec, là encore, des déchets dans le prolongement de la vallée, vers l’océan :

dechets_Tomioka

Voir aussi une vidéo montrant cette usine en construction et les déchets qui s’entassent dans la vallée qui va vers l’océan :

Et après ?

Cela dépend de la nature des déchets et de la concentration en césium radioactif. Tomioka va continuer à accueillir définitivement une partie des déchets, dans le “Fukushima Ecotech Clean Center“. Avec un nom comme cela, il y a de quoi s’inquiéter… SItué à la frontière avec la commune de Naraha, ce centre de stockage de déchets industriels devrait recevoir des déchets radioactifs dont la contamination est inférieure à 100 000 Bq/kg. Il s’agit d’un stockage définitif. Sa capacité est trop faible pour les 22 millions de mètres cubes officiellement attendus.

Le gouvernement veut entreposer ces déchets sur 16 km2 tout autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, pour une durée de 30 ans. Il s’agit essentiellement de sols contaminés. Mais, selon le dernier bilan officiel en anglais du ministère de l’environnement du Japon, les autorités n’ont pu signer de contrat avec les propriétaires terriens que pour 45 ha sur 1 600 nécessaires, soit 2,8% de la surface totale… Voici la carte du projet :

ISF

La carte originale en japonais du ministère de l’environnement a été traduite par Fukuden et reprise ci-dessus.

Il y aura aussi les déchets de démolition des maisons abandonnées dans les territoires contaminés. Le gouvernement espère avoir terminé leur destruction avant mars 2018. Il y en a 8 800 en tout à la date de juin 2016, dont 5 600 encore à démolir, selon le Fukushima Minpo.

Et encore après ?

Le gouvernement n’a pas encore trop d’idée sur ce qu’il va faire de ces déchets après 30 ans. La seule proposition concrète a été d’en recycler une partie dans des ouvrages de construction, comme des routes, digues… Il va rapidement perdre la mémoire de ces déchets disséminés partout qui seront radioactifs encore longtemps. Le gouvernement a adopté cette politique le 1er juillet 2016, malgré les réserves des experts consultés.

Dans la province de Chiba, des déchets radioactifs ont déjà été déclassifiés et ne sont plus considérés comme radioactifs, bien que leur contamination soit encore de 4 000 Bq/kg à 6 100 Bq/kg en moyenne.

Il y aura aussi tous les incinérateurs et autres usines de traitement des déchets à démanteler, car la province de Fukushima n’en a pas besoin d’autant… Que deviendront-ils ?

Si vous voulez voir d’autres déchets, avec des photos professionnelles, c’est par ici. Cliquer à droite ou à gauche du texte pour voir les photos.

TEPCo : baisse des profits, augmentation des coûts

TEPCo a publié ses résultats financiers du premier trimestre 2016, qui commence le 1er avril. La compagnie fait face à une forte baisse de ses profits et à une augmentation des coûts de sécurisation de la centrale de Fukushima daï-ichi et des indemnisations. Elle fait donc appel à l’aide aux autorités.

La baisse de 37% de son bénéfice d’exploitation est dû à une baisse de la demande et à la fuite de clients suite à l’ouverture du marché de l’électricité. TEPCo a perdu 762 500 clients au 30 juin 2016, ce qui reste encore faible par rapport au nombre total, qui est de 29 millions.

TEPCo reconnaît enfin que les réacteurs de sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa ne redémarreront pas de sitôt. La compagnie ne voit donc pas de nouvelle source de profit venir soulager ses difficultés à court et moyen terme. Elle veut entrer sur le marché du gaz l’année prochaine, quand il sera ouvert à la concurrence.

Côté dépenses à venir, la compagnie a provisionné 1 000 milliards de yens (8,8 milliards d’euros) pour le démantèlement des réacteurs accidentés de Fukushima daï-ichi. Et cela ne suffira pas : il faudrait plus du double. Les coûts, difficiles à estimer, augmentent partout. Il y a notamment la gestion de l’eau contaminée, alors que le sol gelé, payé par le gouvernement, ne tient pas ses promesses.

Le coût des indemnisations aussi explose. TEPCo a déjà payé 6 000 milliards de yens (53 milliards d’euros), alors qu’elle avait prévu 5 400 milliards de yens (47 milliards d’euros). La décontamination atteint coûtera plus que les 2 500 milliards de yens (22 milliards d’euros) prévus.

Le soutien financier de l’Etat, qui prête de l’argent sans intérêt à TEPCo, ne suffira pas à couvrir toutes les indemnisations et la décontamination. La compagnie va donc demander une aide supplémentaire.

Réacteur n°2 : le corium serait resté dans la cuve

TEPCo a mis en ligne le résultat d’une radiographie du réacteur n°2 de la centrale de Fukushima daï-ichi en utilisant les muons, des particules cosmiques particulièrement pénétrantes. Les images sont accessibles ici. Ce n’est pas la première fois que les muons sont utilisés. Ils avaient déjà permis de montrer que le corium (combustible fondu mélangé à d’autres matériaux) du réacteur n°1 avait probablement percé la cuve.

Dans le cas du réacteur n°2, TEPCo pense que la majorité du corium n’a pas percé la cuve et est accumulé au fond car il y a un matériau dense qui absorbe plus de muons à cet endroit. Sa masse serait de l’ordre de 160 tonnes. TEPCo estime aussi qu’une partie des matériaux denses, qui absorbent les muons, seraient restés accrochés plus haut dans la cuve. Il y en aurait entre 20 et 50 tonnes. Cette dernière affirmation n’est cependant pas complètement sûre. Cela fait donc un total de 180 à 210 tonnes. Comme il y avait 160 tonnes de combustible dans le réacteur, la masse du corium, qui inclut aussi les barres de contrôles et d’autres matériaux est estimée à 210 tonnes.

TEPCo en conclut que la plupart du combustible est resté dans la cuve. Cette découverte infirme l’idée que le corium l’avait percé pour se retrouver sur le radier de l’enceinte de confinement. Voir son communiqué laconique.

Des chercheurs de l’université de Nagoya avaient déjà fait une radiographie de ce réacteur à l’aide de muons, forcément avec l’accord de TEPCo. Cette dernière a d’abord eu des problèmes car les détecteurs utilisés pour le réacteur n°1 étaient trop grands pour le n°2.