TEPCo communique

TEPCo vient de tweeter pour dire que sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa, dans la province de Niigata, était l’une des plus sûre au monde. Rien que ça ! Elle lui consacre un nouveau site Internet. Il n’est pas sûr que le gouverneur soit convaincu. C’est à l’initiative des autorités provinciales que TEPCo a fini par lire son manuel d’urgence pour se rendre qu’elle aurait dû reconnaître rapidement la fusion des cœurs de réacteurs.

La compagnie, qui veut favoriser le retour des habitants, annonce avoir mis au point une application qui permet d’enregistrer les doses sur un téléphone doté d’un GPS afin de les retranscrire sur une carte. Cela ne fait que 5 ans que Safecast propose le même service…

Ôï : pas de réévaluation du risque sismique

Suite à la récente polémique sur l’évaluation du risque sismique à la centrale nucléaire d’Ôï située dans la province de Fukui, l’Autorité de régulation nucléaire, la NRA, a finalement conclu que les estimations de l’exploitant, Kansaï Electric, étaient acceptables. Les contestations de Kunihiko Shimazaki, ancien commissaire de la NRA, ont été jugées “sans fondement”. Et la méthode de calcul qu’il a suggérée donnerait des résultats contradictoires et irréalistes et n’aurait pas atteint une maturité scientifique suffisante.

Il n’y a plus de sismologue parmi les commissaires. Shimazaki, quant à lui, avait inspecté cette centrale et ses failles quand il était en poste. Mais la NRA n’a pas prévu de pouvoir en compte les avis des experts extérieurs.

La crédibilité de la NRA est remise en cause par cette affaire.

Accident nucléaire grave en Europe : rendre le risque acceptable

Un accident nucléaire grave, de la même ampleur qu’à Fukushima, serait tout aussi ingérable en Europe, avec des conséquences désastreuses. Nos études sur les plans d’urgence en Belgique et en France le montrent. A long terme aussi.

Le sujet inquiète en plus haut lieu. Le European Nuclear Energy Forum, qui doit se réunir à Bratislava en octobre prochain, va consacrer une session à ce sujet. Un document préparatoire préliminaire explique que les plans d’urgence ont été revus en 2014 à la lumière de l’accident de Fukushima et qu’ils sont conformes aux recommandations internationales. C’est que ces recommandations ne sont pas très exigeantes… En revanche, le document reconnaît qu’il est nécessaire de démontrer que les mesures de protection seront effectives en pratique.

La note précise que des modifications ont été apportées aux plans d’urgence, mais qu’il reste une perception que ce n’est pas suffisant et que de meilleures garanties doivent être apportées au public. Dans un tel contexte, le European Nuclear Energy Forum va se poser toute une série de questions, parmi lesquelles :

Pourquoi le public en Europe continue d’avoir le sentiment que les dispositions prises pour sa protection en cas d’accident radiologique ou nucléaire sont insuffisantes et quelles mesures devraient être prises par les diverses parties prenantes pour améliorer la confiance du public ?

N’est-ce qu’un problème de perception du public ? Les études ACRO montrent que la Belgique et la France ne sont pas prêtes à faire face à un accident nucléaire grave. La dernière question du European Nuclear Energy Forum est un aveu :

Avons-nous les moyens, les capacités et les ressources nécessaires pour protéger convenablement tous les membres du public en cas d’accident comme à Fukushima en Europe, et ne serait-il pas préférable de concentrer les efforts sur l’éducation du public à propos des risques et des effets des rayonnements en comparaison aux autres risques industriels ?

La réponse à la première question étant négative, l’ancien directeur de l’IRSN a déjà commencé à appliquer la deuxième partie de la question en expliquant dans une vidéo, à l’occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, qu’en cas d’accident nucléaire grave en France, nous appliquerions les mêmes principes qu’au Japon, basés sur le principe de précaution, et que cela conduirait aux mêmes conséquences néfastes pour les personnes déplacées. Il propose un autre paradigme qui pourrait être « restaurer la liberté individuelle, collective partout où c’est possible. Et ça veut dire […] qu’au lieu de chercher à administrer pendant des années des populations, il vaut mieux les accompagner dans leur choix personnels. […] Il faut aider ensuite ces populations, celles qui veulent rester, parce qu’il y en a, il faut effectivement mettre en place des mécanismes qui les aident à mesurer la radioactivité. » Car comprenez-vous, ces doses sont « faibles, mais ont un impact psychologique qu’il ne faut pas sous-estimer » (sic). Et les personnes qui veulent partir et se réinstaller, elles n’ont pas besoin d’aide et de soutien ?

Au niveau européen, un programme de recherche intitulé “CONFIDENCE” est en cours de préparation, en réponse à l’appel d’offre “CONCERT“. Dans un document de travail préliminaire, il pause d’emblée, comme principe de départ, dès la deuxième phrase du projet :

Pour protéger les populations, des hypothèses conservatives sont souvent prises qui peuvent résulter en plus de mal que de bien à cause des effets collatéraux comme cela a été observé après les accidents de Tchernobyl et Fukushima.

Bien sûr, on ne sait pas quelles sont ces “observations”, ni qui les a faites. Pas un mot sur les mesures de protections insuffisantes, pourtant bien réelles, comme les évacuations tardives, le manque de prise en charge des personnes vulnérables ou les limites trop élevées. La priorité affichée est la minimisation des bouleversements des conditions de vie (et donc des coûts associés), pas la protection des populations. Ce texte a été remanié depuis, suite aux protestations de l’ACRO, mais le but du projet reste le même.

Tel est le monde post-accidentel que les autorités nous préparent en Europe.

Abris d’urgence vulnérables autour d’Ikata

Alors que Shikoku Electric s’apprête à redémarrer le réacteur n°3 de sa centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé, il apparaît, selon le Maïnichi, que 4 des 7 abris d’urgence situés dans un rayon de 30 km sont vulnérables aux glissements de terrain. En cas de catastrophe complexe incluant des éboulements ou glissements de terrain, ces abris pourraient ne pas être utilisables.

Ces abris sont des structures médicales destinées aux personnes qui ne peuvent pas évacuer rapidement, comme les personnes malades ou les personnes âgées. Ils ont une structure renforcée pour résister aux séismes et sont équipés de filtres pour limiter la pénétration d’éléments radioactifs. Autour de la centrale d’Ikata, la rénovation et construction de ces centres, financée par le gouvernement, a coûté 738 millions de yens (6,4 millions d’euros).

Les cliniques de Kucho, Seto et Kushi, ainsi que l’établissement pour personnes âgées Seto Aiju sont situés dans des zones à risque. Pour Kushi, le risque est plus élevé. De plus, la clinique est sur une pente et pourrait s’effondrer. A Kucho et Seto Aiju il y a des risques d’écoulement de boue. A la clinique Seto, il y a les deux risques.

Le risque d’écoulement de boue était parfois connu au moment de la sélection des sites, mais il n’y avait pas d’autre choix possible. Le gouvernement, ne l’a pas retenu comme critère de sélection pour ne pas limiter les choix.

Encore des violations des règles de sûreté dans le surgénérateur Monju

L’exploitant du surgénérateur Monju avait été disqualifié par l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, suite à une accumulation de violation des règles de sûreté. Le gouvernement doit trouver un repreneur, mais il n’a personne pour le moment.

Cela continue, malgré l’avis inédit de la NRA. La Japan Atomic Energy Agency (JAEA) a, une fois de plus, failli à contrôler un appareil de mesure de la température du sodium et a ignoré une alarme le signalant pendant trois mois. Le contrôle aurait dû être fait avant la fin mars, mais ce n’est que le 27 mai que la JAEA s’en est rendu compte. Les écrans de la salle de contrôle indiquaient portant, depuis la fin février, que ce contrôle devait être fait.

La faute est reportée sur une personne qui venait d’être embauchée et qui n’a pas fait le contrôle comme prévu. Mais c’est tout le système de contrôle qui est à revoir si cela dépend d’une seule personne.

Une fois de plus, cette technologie est extrêmement dangereuse et demande plus de rigueur. Il est temps d’arrêter définitivement ce réacteur qui n’a même pas fonctionné un an depuis 1994.

Note IRSN sur les microparticules vitreuses riches en césium

Des médias français ont repris l’information concernant les microparticules vitreuses radioactives retrouvées dans les retombées de l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi. L’IRSN a réagi en publiant une note sur son site Internet.

La communication à un congrès qui a servi de base à l’information reprise sur ce site et dans les médias ne concerne que les retombées sur Tôkyô le 15 mars 2011 qui auraient été composées, à 89% de microparticules vitreuses. Les médias ont un peu vite extrapolé à tous les rejets, ce que conteste l’IRSN. L’institut se base sur une autre étude menée à Tsukuba et disponible en libre accès, pour conclure que “que de l’ordre de 20 à 30 % du césium radioactif émis dans l’environnement lors de l’épisode de rejet du 14 au 16 mars 2011 l’auraient été sous forme de microbilles de silice formées à haute température près des matériaux en fusion”. Mais il ne s’agit là que des retombées sur Tsukuba.

L’IRSN explique que ces microparticules vitreuses ont été formées lors de l’interaction du combustible en fusion (corium), ce qui n’est pas une surprise, mais on ne sait pas trop avec quoi. La communication au congrès mentionne le béton. L’IRSN avance aussi la laine de verre ou l’eau de mer. Bref, on n’en sait rien.

Enfin, en ce qui concerne l’impact sanitaire, l’IRSN explique qu’“il est difficile et prématuré de tirer des conclusions définitives quant à l’impact dosimétrique et sanitaire lié à l’incorporation de césium pour partie contenu dans des microbilles de silice.” 

Mais une autre étude réservée aux abonnés et repérée par Fukuleaks, mentionne la rétention dans les poumons de ces particules. Les auteurs ont effectué un suivi de 7 travailleurs fortement exposés à la centrale de Fukushima daï-ichi. La baisse de leur contamination corporelle diminuerait bien suivant les modèles proposés par la CIPR, mais au bout de 500 jours, l’élimination du césium ralentit, surtout au niveau de la poitrine. Les auteurs suggèrent donc qu’une forme insoluble du césium resterait plus longtemps dans le corps. On pense immédiatement à ces microparticules vitreuses…

Déchets radioactifs déclassés à Chiba

Le ministère de l’environnement a accepté la requête de la ville de Chiba de déclasser 7,7 tonnes de déchets radioactifs en déchets ordinaire car la contamination est passée en dessous de la limite de 8 000 Bq/kg. C’est la première fois qu’une telle décision est prise. Elle ouvre la porte au recyclage d’autres types de déchets radioactifs.

Il s’agit de 3,5 tonnes de zéolites qui servent à absorber le césium et 4,2 tonnes de cendres radioactives d’incinérateur de déchets qui sont actuellement entreposés dans une déchèterie du district de Mihama. Selon des mesures faites par le gouvernement en juin dernier, leur contamination est passée à 6 100 Bq/kg et 4 000 Bq/kg respectivement. Pour le moment, la commune va les laisser là. Elle ne veut pas les mélanger aux autres déchets pour ne pas inquiéter les riverains et les employés des centres de stockage.

Le gouvernement veut ouvrir un site de stockage des déchets radioactifs dus à la catastrophe dans chaque province touchée. Pour celle de Chiba, il vise un terrain dans la ville de Chiba. Maintenant que la commune n’a plus, officiellement, de déchets radioactifs, elle pense pouvoir refuser le site.

La limite de libération d’avant la catastrophe était de 100 Bq/kg pour chaque césium. Cette nouvelle limite, mise en place après l’accident nucléaire sans avoir jamais été débattue, est bien plus élevée.

 

TEPCo condamnée à indemniser un golf suite à la baisse de fréquentation

Un parcours de golf, situé à 115 km de la centrale de Fukushima daï-ichi dans la province de Tochigi, a vu sa fréquentation baisser en 2011 suite à l’accident nucléaire. TEPCo a refusé de l’indemniser car il est situé très loin et qu’il n’y a aucun risque lié à la radioactivité.

La justice a été saisie et a jugé que la population n’avait pas suffisamment de connaissances sur la radioactivité au début de la catastrophe et qu’il n’était pas déraisonnable de s’inquiéter des risques pour la santé. La cour a estimé que ces craintes étaient responsables de 30 à 50% de la baisse de revenu durant les 5 premiers mois. Elle a donc condamné TEPCo à verser 19,6 millions de yens (170 000 euros) au golf à titre d’indemnisation. Les plaignants en demandaient 86,4 millions. La cour a aussi estimé que les routes endommagées par le séisme et l’ambiance qui n’était pas aux loisirs ont aussi contribué à la baisse de fréquentation.

C’est la première fois que la justice japonaise ordonne d’indemniser les conséquences des “rumeurs néfastes” pour reprendre l’expression japonaise. Ce terme n’est pas approprié puisque la justice a justement reconnu que les craintes n’étaient pas déraisonnables.

Polémique à propos du risque sismique à la centrale d’Ôï

Kunihiko Shimazaki, sismologue et commissaire de l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) jusqu’en septembre 2014, pense qu’il faut revoir les règles de sûreté en ce qui concerne la résistance aux séismes.

En ce qui concerne la centrale d’Ôï, située dans la province de Fukui, la NRA a refait les calculs et conclu, le 13 juillet dernier, qu’il n’était pas nécessaire de réviser ses conclusions quant à la tenue de cette centrale aux séismes. En effet, les nouveaux résultats restent inférieur à ce que l’exploitant a pris en compte : la NRA a calculé que la secousse maximale pouvait atteindre 644 gal, le gal étant une unité d’accélération (1 gal = 1 cm/s2). C’est moins que ce qu’a trouvé, Kansaï Electric (KEPCo) : 856 gal.

Or, il existe plusieurs méthodes pour calculer cette accélération. La NRA a utilisait la méthode Irikura-Miyaké. Puis, pour répondre aux critiques de M. Shimazaki, elle a adopté la méthode Takémura. Ce dernier estime que cette méthode devrait donner une accélération maximale serait de 1 500 gals environ, et non 644 gal. Il a donc immédiatement réagi pour contester cette conclusion par une lettre à la NRA, tout en annonçant une conférence de presse pour lendemain.

Le 20 juillet, le président de la NRA a reconnu que les résultats de la méthode Takémura n’étaient pas corrects et que l’Agence va refaire les calculs. En particulier, une marche de sécurité de 50% n’a pas été prise en compte dans le calcul de la NRA, alors que cela doit être fait pour prendre en compte les incertitudes. En revanche, l’agence va continuer à utiliser la méthode Irikura-Miyaké. Elle ne sort pas grandie de cet affaire.

Rapport de Greenpeace sur la contamination des sédiments marins

Souvenez-vous, l’ACRO était sur le Rainbow warrior en février dernier pour assister Greenpeace dans sa compagne de prélèvement de sédiments marins au large de la centrale de Fukushima daï-ichi. Les échantillons ont été analysés par Chikurin, le laboratoire mis en place à Tôkyô avec le soutien financier et technique de l’ACRO.

Greenpeace vient de rendre publics les résultats et leur analyse dans un rapport disponible en anglais (communiqué et rapport) et en japonais (communiqué et rapport). Sans surprise, c’est à l’embouchure des fleuves de Fukushima qu’il y a la plus forte contamination : jusqu’à 29 800 Bq de césium par kilogramme de matière sèche dans l’estuaire de la Niida. Tous les échantillons, sauf un, ont une contamination supérieure à 1 000 Bq/kg. L’échantillon le moins contaminé avait 309 Bq/kg dans l’estuaire de l’Abukuma.

En ce qui concerne les sédiments marins prélevés au large, leur contamination varie de 6,5 à 144 Bq/kg.

L’organisation a aussi fait des prélèvements dans le lac Biwa, situé dans le Kansaï, à très grande distance de la centrale accidentée. Deux échantillons sur 4 sont marqués au césium. Mais il doit s’agir d’une contamination plus ancienne car il n’y a pas de césium-134. Ce lac est la principale source d’eau douce pour le Kansaï. En cas d’accident sur une centrale nucléaire proche, c’est l’alimentation en eau potable de million de gens qui serait affectée.