72ième versement financier pour TEPCo : plus de 8 000 milliards de yens prêtés sans intérêt

TEPCo annonce avoir reçu le 72ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 293,5 milliards de yens (2,2 milliards d’euros au cours actuel). Cette somme est environ 10 fois plus élevée que la dernière fois et cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 8 032,1 milliards de yens (59,5 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Début du retrait des débris sur le réacteur n°1

TEPCo a commencé à retirer les débris qui jonchent le sommet du réacteur n°1 afin de pouvoir accéder à la piscine de combustible. Il y en aurait environ 1 500 tonnes. Comme pour le réacteur n°3, cela doit se faire à l’aide d’engins télécommandés car le niveau de dose sur place interdit le travail humain. Deux photos sont en ligne sur le site de TEPCo.

Suite au scandale du rejet de poussières radioactives lors du retrait des débris sur le réacteur n°3, la compagnie insiste sur les mesures de prévention mises en place cette fois-ci. Promis, elle arrêtera le chantier s’il y a trop de poussières.

Il faudra ensuite reconstruire un nouveau bâtiment réacteur. Le retrait des 392 assemblages de la piscine ne devrait pas commencer avant 2023, avec trois ans de retard.

Images du corium dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2

Comme annoncé, TEPCo a de nouveau envoyé une sonde dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2 et a mis en ligne des images de ce qui pourrait être du combustible fondu qui jonche le fond de l’enceinte.

La compagnie avait déjà envoyé un robot dans cette enceinte de confinement, il y a moins d’un an. Les premières images de janvier 2017 étaient prises par une simple caméra vers l’entrée. D’autres images prises sous la cuve à l’aide d’une caméra faisaient apparaître des amas granuleux que TEPCo soupçonnait d’être du corium. Quelques jours plus tard, d’autres images étaient mises en ligne. Certaines ont fait l’objet d’un traitement afin de pouvoir en tirer plus d’informations. On voyait notamment le trou fait par le corium dans la grille située sous la cuve :

Cette fois-ci, au fond de l’enceinte de confinement, TEPCo a fait la découverte d’un objet qui semble être un bout d’assemblage de combustibles :

Cela signifie qu’il y a un trou suffisamment large dans la cuve pour laisser passer un assemblage de combustible et que les gravats qui entourent cet objet doivent être du combustible fondu. Mais TEPCo n’aurait pas vu de trou dans la cuve.

Sur la vidéo ajoutée par la suite, que l’on peut regarder en ligne ou télécharger, il apparaît que ce corium, à savoir un mélange de combustible fondu et métaux, n’est pas noyé, mais simplement arrosé. Des traces dues à la radioactivité balayent l’image.

Il y a quelques explications supplémentaires dans ce document en anglais. TEPCo a aussi mis en ligne une image des manipulateurs, mais ne donne aucune information sur les doses qu’ils ont prises :

Les US Marines déboutés de leur plainte contre TEPCo et GE

157 US Marines ont saisi la justice américaine pour obtenir de TEPCo et General Electric (GE), le constructeur de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi, la création d’un fond d’indemnisation de 5 milliards de dollars afin de couvrir les frais médicaux découlant des dommages physiques, moraux et financiers qu’ils disent avoir subis. Ils viennent d’être déboutés par la justice de Californie par manque de juridiction adéquate. La décision est accessible ici.

Ces marines avaient participé à l’opération “Tomodachi” d’aide aux victimes du tsunami et on été exposés aux retombées radioactives lors qu’ils croisaient au large de la centrale accidentée à bord du USS Ronald Reagan. Plus de 420 Marines ont saisi la justice dans plusieurs “class-actions”.

L’Autorité de Régulation Nucléaire demande une décision dans l’année pour le rejet en mer de l’eau contaminée

L’eau contaminée par le combustible nucléaire fondu qu’il faut refroidir continuellement reste un défi majeur pour TEPCo. Outre l’eau injectée, qui s’infiltre ensuite dans les sous-sols, celle des nappes phréatiques s’infiltre aussi et se mélange à l’eau de refroidissement, contaminée. Au début de la catastrophe, TEPCo accumulait chaque jour 400 m3 d’eau contaminée dans des cuves. C’est passé à 100 m3 par jour suite au gel du sol tout autour des réacteurs accidentés. Lors de fortes pluies, c’est plus.

Cette eau est partiellement décontaminée : TEPCo retire 62 radioéléments, mais il reste notamment le tritium, de l’hydrogène radioactif, qu’il est difficile de séparer. Le stock d’eau traitée, accumulé dans les cuves qui couvrent le site de la centrale, dépasse le million de mètres cubes. Cette situation n’est pas pérenne et pose même des risques en cas de séisme.

TEPCo et les autorités veulent rejeter cette eau en mer, mais cela n’est pas si simple. La concentration en tritium serait d’un à cinq millions de becquerels par litre, ce qui est plus que la limite autorisée, fixée à 60 000 Bq/L. Mais, il suffit de diluer, comme cela est fait en fonctionnement normal. Le problème est plutôt du côté du stock total, estimé à 3,4 PBq (3,4 milliards de millions de becquerels), ce qui représente de l’ordre de 150 années de rejet à la limite autorisée. Comment faire accepter une augmentation des autorisations de rejet aux Japonais et aux autres pays du Pacifique ?

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le tritium, de 18,5 PBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11,6 et 13,4 PBq par an. Le stock de tritium de Fukushima représente donc 3 mois et demi de rejets à La Hague. De quoi rendre jalouses les autorités japonaises !

Selon le Japan Times, Toyoshi Fuketa, le président de l’Autorité de Régulation Nucléaire, a demandé à ce qu’une décision soit prise cette année, en précisant que le rejet en mer est la seule solution. La préparation du rejet devrait prendre deux à trois ans, selon lui, et TEPCo va rapidement manquer de place.

TEPCo et les autorités devraient commencer par faire preuve de plus de transparence. On ne connaît pas la contamination résiduelle des autres radioéléments dans l’eau traitée. Difficile, dans ces conditions, de se faire une opinion. On ne peut pas se satisfaire d’incantations relatives à la non nocivité “scientifiquement prouvée” des rejets et de la mise en cause de rumeurs néfastes.

Les pêcheurs sont très inquiets. Actuellement, la moitiés seulement du milliers de pêcheurs de la région prend la mer deux fois par semaine, même si plus d’une centaine d’espèces de poissons sont dans la limite de commercialisation fixée à 50 Bq/kg, la moitié de la limite gouvernementale. 2 000 tonnes ont été pêchées près de la côte en 2016, soit 8% des prises avant la catastrophe. Pour la pêche profonde, c’est 50%.

C’est bien le PDG de TEPCo qui a interdit l’utilisation de l’expression “fusion du cœur” pendant la crise

Pendant la crise, il n’était alors question que d’endommagement du combustible. L’expression “fusion du cœur” (meltdown) n’a pas été utilisée. Ce n’est qu’en mai 2011, que TEPCo a admis qu’il y eu fusion du cœur dans les réacteurs 1, 2 et 3. Ni les autorités japonaises, ni l’AIEA, ni aucun autre organisme officiel d’expertise n’ont contredit TEPCo pendant ces 3 premiers mois.

Cinq ans plus tard, TEPCo a affirmé avoir découvert que son propre manuel d’urgence qualifiait de “fusion” un évènement avec au moins 5% du combustible fondu. La compagnie aurait donc dû utiliser cette expression. Face au scandale, TEPCo a diligenté une enquête interne confiée à des tiers dont les conclusions ont été rendues publiques en juin 2016 : le PDG de l’époque, Masataka Shimizu, aurait interdit l’emploi de cette expression. Et les enquêteurs d’ajouter : Compte tenu de ces faits, il est vraisemblable que le Cabinet du Premier ministre a demandé Shimizu faire attention avant d’admettre une fusion en en public. » Mais, le gouvernement de l’époque n’a pas été interrogé lors de cette enquête. Le premier ministre de l’époque, Naoto Kan et le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano ont démenti toute pression contre la compagnie à propos de l’expression « fusion du cœur ».

Une nouvelle investigation a donc été lancée et les conclusions sont rapportées par l’Asahi. Elle était conduite conjointement par les autorités régionales de Niigata, où il y a la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, et TEPCo. Il ressort qu’il n’y aurait eu aucune pression gouvernementale et que c’est bien le PGD de TEPCo de l’époque, Masataka Shimizu, qui est à l’origine de la censure afin d’éviter la panique. Les autorités ne l’ont pas contredit.

Autorisation de redémarrer deux réacteurs exploités par TEPCo confirmée après la consultation du public

En septembre dernier, l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) avait fini par donner son accord au redémarrage des réacteurs 6 et 7 de Kashiwazaki-Kariwa exploités par TEPCo. Ces deux tranches de 1 356 mégawatts chacune sont les plus récentes de cette centrale située sur la mer du Japon, dans la province de Niigata. Le dossier avait été déposé en septembre 2013 et décision n’avait pas été simple à prendre. Outre les négligences de TEPCo dans le dossier de sûreté, la principale question était de savoir si cette compagnie était apte à exploiter à nouveau un parc nucléaire après l’accident grave à la centrale de Fukushima. Comme nous l’avions rapporté, la NRA avait fini par se contenter d’une déclaration de bonnes intentions de la part de la compagnie.

L’Autorité de Régulation Nucléaire a soumis son avis à la consultation du public pendant un mois, et, malgré les oppositions exprimées, n’a pas changé sa décision. Elle reconnaît que la moitié environ des 904 contributions estiment que TEPCo ne devrait plus être autorisée à exploiter du nucléaire, mais explique que ses inspections sont plus exigeantes que pour les autres compagnies. Elle a aussi la possibilité d’arrêter les réacteurs en cas de manquement.

Ce sont les premiers réacteurs à eau bouillante à avoir obtenu une autorisation de redémarrage. Mais, il reste à TEPCo à rendre des rapports de sûreté et à obtenir l’accord des élus locaux, ce qui n’est pas gagné. Le gouverneur de Niigata a dit attendre que toute la lumière soit faite sur l’accident de Fukushima avant de donner son accord. Il estime que cela devrait prendre 3 à 4 ans. Les maires de Kashiwazaki et de Kariwa sont plutôt favorables au redémarrage, même si le premier a demandé l’arrêt définitif d’au moins réacteur.

Le gouverneur n’a aucun pouvoir légal de s’opposer au redémarrage, mais il est politiquement difficile de se passer de son accord. Il a mis trois conditions : la clarification des causes de l’accident à la centrale de Fukushima daï-ichi, l’analyse des conséquences d’un accident grave sur la vie et la santé des riverains et un plan d’urgence réaliste. Le gouvernement a, selon le Maïnichi, décidé de réduire les subventions si les réacteurs ne sont pas remis en service dans les 9 mois qui suivent l’accord de la NRA. Comme il y a encore deux inspections, à mener, cela ne devrait intervenir qu’en 2020. La réduction serait alors de 400 millions de yens pour Kariwa, 100 millions pour Kashiwazaki et environ 740 millions pour la province de Niigata.

Le nombre total de réacteurs qui ont obtenu une autorisation de redémarrage est maintenant de 14, mais seulement 5 ont été remis en service. Celui d’Ikata a été de nouveau arrêté par la justice. Seuls quatre réacteurs fonctionnent donc actuellement, sur 54 avant la catastrophe nucléaire. Inversement, 14 réacteurs ont été détruits ou arrêtés depuis.

4 cas de cancer de la thyroïde supplémentaires chez les jeunes de Fukushima

L’université médicale de Fukushima a publié les derniers résultats de sa campagne de dépistage des cancers de la thyroïde chez les jeunes de Fukushima. Ils peuvent être téléchargés ici en japonais. Une traduction officielle en anglais devrait être bientôt disponible ici. Le site Fukushima Voices devrait aussi traduire en anglais les principaux résultats.

Les résultats précédents sont ici sur notre site. La présente publication donne les résultats détaillés au 30 septembre 2017 de la troisième campagne de dépistage :

  • 161 881 jeunes ont subi une échographie de la thyroïde, soit 48,1% des 336 640 habitants de Fukushima qui avaient moins de 18 au moment de la catastrophe.
  • Parmi eux, 147 892 ont reçu les résultats de l’examen.
  • 923 jeunes ont dû ou doivent subir des examens complémentaires.
  • 22 examens complémentaires ont conduit à une cytoponction.
  • Il y a 7 cas de cancers de la thyroïde suspectés à l’issue de ces examens, comme la dernière fois (4 garçons et 3 filles).
  • Ces 7 patients ont subi une intervention chirurgicale qui a confirmé le diagnostic. Ce sont tous des cancers papillaires. Ils n’étaient que trois à avoir été opérés la dernière fois.

Il n’y a pas eu de changements relatifs pour les première et deuxième campagnes de dépistage : 101 cas de cancer confirmés après chirurgie pour la première et 50 pour la seconde auxquels il faut ajouter les cancers dépistés qui n’ont pas entraîné de chirurgie (14 pour la première campagne et 21 pour la seconde).

On arrive donc à un total de 193 cas de cancer de la thyroïde, dont 158 confirmés après chirurgie. Il y a toujours un cas qui s’est révélé bénin après chirurgie.

Cela fait donc quatre cas de cancer de la thyroïde confirmés supplémentaires par rapport à la dernière fois. Le Maïnichi fait état de 5 cancers confirmés supplémentaires, sans plus de précision et 159 cas de cancer confirmés.

Les autorités continuent à nier le lien avec la radioactivité, sans apporter de preuve.

Début des travaux de démolition et de décontamination à Futaba en zone très contaminée

Les communes de Futaba et d’Ôkuma, sur lesquelles est implantée la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi, sont les plus touchées par les retombées radioactives. Elles sont presque entièrement classées en zone dite de retour difficile. Mais, les autorités japonaises ne veulent pas accepter leur disparition et vont y créer un petit centre qui devrait ouvrir en 2022 dans chacune de ces communes.

Les travaux de démolition des maison abandonnées depuis bientôt 7 ans et de décontamination viennent d’être lancés à Futaba. Il est prévu de détruire 55 habitations et immeubles et de décontaminer sur 7 hectares seulement pour cette première phase qui doit durer jusqu’en juillet.

Mis à part quelques tests, ce sont les premiers travaux en zone dite de retour difficile.

Communication sur le robot qui ira ausculter l’enceinte de confinement du réacteur n°2

TEPCo et Toshiba ont communiqué sur le nouveau robot qui doit aller ausculter l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur n°2 en janvier et février 2018. Le but est toujours de localiser le corium et d’en savoir plus sur l’intérieur extrêmement radioactif du réacteur afin de trouver une solution au démantèlement futur.

Ce n’est pas la première fois que TEPCo et ses sous-traitants envoient des robots dans ce réacteur. En janvier-février 2017, les premières images avaient fait apparaître un trou dans le grille située juste sous la cuve, probablement percé par le corium et des dépôts. Ces images ont été traitées et analysées récemment faisant apparaître un objet tombé. S’agit-il de corium ? C’est ce que TEPCo veut vérifier. Les niveaux de radiation record relevés alors, avaient été réévalué à la baisse par la suite. Ils restent cependant trop élevés pour des êtres humains.

Comme l’explique TEPCo dans ce document en anglais, le robot devrait, comme la dernière fois, aller explorer le bas de l’enceinte de confinement en prenant en compte le retour d’expérience. Il devrait mieux voir dans le brouillard et sera équipé d’un thermomètre et d’un dosimètre.

L’industrie nucléaire japonaise communique beaucoup sur ces robots afin de se placer sur le marché du démantèlement nucléaire.