Le Japon est-il prêt à faire face à une nouvelle catastrophe nucléaire ?

Les séismes qui continuent de secouer l’île de Kyûshû ont mis en évidence des failles dans la gestion des catastrophes naturelles. Si une catastrophe nucléaire était venue s’y ajouter, est-ce que la gestion de la crise aurait été meilleure qu’en 2011 ? La réponse est fort probablement négative.

En cas de catastrophe, ce sont les personnes vulnérables qui payent le plus lourd tribut. Des centres d’accueil spécialisé pour les personnes handicapées ou les personnes âgées qui ont besoin de soins étaient prévus, mais le système est un échec à Kumamoto, où il y a quelques 35 000 personnes enregistrées comme ayant besoin d’aide spécifique. 176 institutions avaient signé un accord pour les accueillir, mais qu’un très petit nombre n’a pu ouvrir. Parfois, le bâtiment a été détruit, d’autres fois, il manquait du personnel ou l’eau était coupée. Le 24 avril dernier, seulement 34 centres d’accueil spécialisé ont pu ouvrir et il y avait 104 personnes hébergées sur 1 700 dans le besoin.

Face à la pénurie, les autorités locales se sont bien gardées de mentionner ces centres d’accueil et c’est du personnel médical en tournée dans les autres centres de secours qui a déterminé qui devait y être transféré. On peut imaginer qu’avec une contamination radioactive, ce sera encore plus complexe à gérer.

Par ailleurs, un audit vient de révéler que 106 centres d’accueil spécialisé en cas d’accident nucléaire sur 140 à travers tout le pays n’a pas de stock de nourriture suffisant… Ces centres, situés dans la zone de préparation à l’urgence d’un rayon de 30 km autour des centrales nucléaires, ont reçu une aide financière pour pouvoir tenir de 2 à 7 jours avant d’évacuer. Cela consiste à installer des équipements pour faire augmenter la pression dans le bâtiment afin de prévenir l’entrée de contaminants radioactifs ou de groupes électrogènes pour l’électricité. Mais l’aide financière gouvernementale, d’un total de 24,6 millions de yens de 2013 à 2015, n’inclut pas la nourriture ou le fuel. Résultat, le stock de nourriture est insuffisant pour 106 centres, soit 76%, et celui de fuel pour 59 centres. Le gouvernement va donc débloquer des fonds supplémentaires.

Pour les autres personnes, les réflexes à avoir en cas d’accident nucléaire, à savoir se mettre à l’abri, sont contradictoires avec ceux pour se protéger en cas de séisme, à savoir sortir. Une voiture ne protège presque pas des radiations ambiantes. Les autorités doivent clarifier leur priorité en cas d’accident complexe associé à un séisme. Si l’habitation est détruite par le séisme, la question ne se posera pas et il faudra s’enfuir, si possible. Certains villages de Kumamoto sont restés isolés suite aux glissements de terrain.

Autour de la centrale de Sendaï à Kagoshima, la seule en activité, il faudrait 29 heures pour évacuer toute la population habitant à moins de 30 km, en supposant que celle à moins de 5 km part en premier et que les autres attendent leur tour à l’abri. S’il n’y a pas d’abri et que tout le monde part en même temps, les routes seront congestionnées et le temps d’évacuation plus long.

Lire nos rapports sur les plans d’urgence.

A Kumamoto, il y a encore 80 000 personnes déplacées en tout, dont 41 000 dans des centres d’hébergement. Beaucoup dorment dans leur voiture. 97 personnes ont déjà dû être hospitalisées pour une thrombose veineuse, parfois appelée syndrome de la classe économique. Comme nous l’avons expliqué, c’est souvent lié une position immobile prolongée dans un espace exigu. Il y a aussi des risques d’infection dans les abris.

Le nombre total de décès est de 63, dont 14 indirects liés à l’évacuation.

Rapport de l’AIEA sur l’Autorité de Régulation nucléaire

A la demande du gouvernement japonais, une mission de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) est venue au Japon en janvier dernier afin d’avoir un regard critique sur la nouvelle Autorité de Régulation Nucléaire (NRA). Cette mission, présidée par Philippe Jamet, de l’autorité de sûreté nucléaire française, vient de rendre son rapport. Il est accessible en ligne avec le rapport d’auto-évaluation fait pas les autorités japonaises.

Cette mission couvrait tous les champs à la charge de la NRA, à l’exception notable des plans d’urgence nucléaire pour les riverains des centrales. La centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi n’était pas non plus au programme car elle a déjà été inspectée à plusieurs reprises par l’AIEA.

Le rapport salue la création d’une nouvelle autorité indépendante qui a fait des efforts pour imposer de nouveaux critères de sûreté aux exploitants du nucléaire. En revanche, il y a encore de nombreux progrès à faire pour atteindre les standards de l’AIEA. Le rapport s’inquiète de l’arrêt prolongé des réacteurs nucléaires et conseille de porter une attention particulière à ce point.

En réponse, la NRA a annoncé qu’elle voulait mener des inspections inopinées, sans avertir les exploitants à l’avance. Mais il faut changer la loi avant et cela ne devrait pas être appliqué avant 2020… Elle veut aussi doubler le nombre d’inspecteurs et les envoyer se former aux Etats-Unis. Au Japon, il y a 150 inspecteurs qui ont reçu une formation de deux semaines et aux Etats-Unis, ils sont 1 000 avec une formation de deux ans…

Pour le moment, les inspections sont limitées au Japon : en dehors des 4 inspections annuelles, où tout est planifié à l’avance, y compris les thèmes qui feront l’objet de la rencontre, il est difficile aux inspecteurs d’accéder aux données des exploitants. Ces derniers ne sont pas sanctionnés en cas de manquements. Au Japon, une inspection dure 168 heures en moyenne. C’est 2 000 heures aux Etats-Unis…

L’AIEA avait déjà inspecté en 2007 le système de contrôle nucléaire au Japon, mais ses recommandations avaient été largement ignorées par les autorités.

Un monument à la mémoire des vaches mortes dans l’accident nucléaire

Un monument a été érigé à Tomioka à la mémoire des vaches victimes de la catastrophe nucléaire. Elles sont mortes de faim après l’évacuation forcée des éleveurs qui ne pensaient pas partir si longtemps. 1 700 vaches ont aussi été abattues plus tard car elles étaient radioactives.

Les éleveurs de l’association des coopératives de Futaba se sont rassemblés pour une cérémonie qui a eu lieu le 15 avril dernier. Le monument est une pierre de 3,6 m de hauteur avec un message gravé.

Deux réacteurs âgés de Takahama satisfont aux nouveaux critères de sûreté

Kansaï Electric avait demandé une prolongation “exceptionnelle” d’exploitation des réacteurs 1 et 2 de sa centrale de Takahama, dans la province de Fukui. La nouvelle loi, votée après l’accident à Fukushima daï-ichi, limite à 40 années l’exploitation des réacteurs, sauf dérogation exceptionnelle. Ainsi, six réacteurs ont été ou vont être arrêtés définitivement au Japon. Mais Kansaï Electric veut aller jusqu’à 60 ans pour les réacteurs 1 et 2 de Takahama, sachant que les 3 et 4 sont arrêtés suite à une décision de justice.

En février dernier, l’autorité de régulation nucléaire avait jugé que les mesures prises pour les deux autres unités les plus anciennes de Takahama étaient conformes aux nouvelles normes de sûreté. Se posait le problème particulier des câbles électriques dont l’isolant est inflammable. La solution proposée par l’exploitant, remplacement de 60% d’entre eux et mise en place d’une enveloppe de protection autour de ceux qui ne peuvent pas être remplacés, a été jugée recevable. Il y en a 1 300 km ! L’enceinte de confinement doit aussi être renforcée.

Cette décision relative aux câbles est un précédent qui va redonner espoir aux exploitants pour les quatre autres réacteurs concernés. La règle d’arrêter les réacteurs au bout de 40 ans, sauf exception, peut être mise à mal. Cette exception avait été introduite pour éviter une pénurie d’électricité. Un tel risque est inexistant au Japon actuellement.

Cette fois-ci, l’autorité de régulation nucléaire vient d’entériner le fait que ces deux réacteurs anciens sont conformes aux nouvelles règles de sûreté. Cette décision fait suite à une consultation du public de 30 jours. Des révisions de l’avis ont été faites suite aux 606 commentaires reçus, sans changer les conclusions.

Ce sont les premiers réacteurs de plus de 40 ans à satisfaire aux nouveaux critères de sûreté.

Mais la procédure est loin d’être terminée, car pour les réacteurs de plus de 40 ans, des contrôles supplémentaires relatifs au vieillissement sont exigés. Il faut aussi évaluer la résistance aux séismes. La décision définitive doit être prise avant le 7 juillet, autrement, les réacteurs seront arrêtés définitivement. Mais l’autorité de régulation nucléaire a accepté de reporter certaines instructions au-delà de cette date. Le redémarrage n’est pas envisagé avant que les travaux soient effectués, ce qui pourrait prendre 3 ans environ, selon l’exploitant.

De nombreuses communes situées à moins de 30 km de la centrale s’inquiètent et demandent à être consultées avant le redémarrage. La maire de Maïzuru, dans la province de Kyôto, dont une partie est à moins de 5 km, a fait part de ses doutes et réclame plus d’explications. Le gouverneur de la province de Shiga est aussi inquiet pour le lac Biwa.

Menaces sur la liberté de la presse

David Kaye, rapporteur spécial de l’ONU pour les droits de l’homme estimé que la liberté de la presse est menacée au Japon. Lors de sa semaine d’enquête, plusieurs journalistes lui auraient dit subir des pression pour éviter les sujets qui fâchent. Il a été surpris que la plupart des journalistes aient demandé à rester anonymes par crainte des répercussions.

Il a aussi critiqué la nouvelle loi sur le secret qu’il considère comme une obstruction au droit de savoir. Il recommande que le Japon protège les lanceurs d’alerte qui peuvent apporter des informations cruciales à propos du nucléaire ou de la gestion des catastrophes.

Son rapport complet sera présenté en mai au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Reporters sans frontières vient également de rétrograder de 11 places le Japon dans son classement mondial et le pays est désormais en 72ième position (lire le tableau dressé). L’ONG écrit :

La presse japonaise, l’une des plus puissantes du monde, s’exprime librement sauf lorsqu’elle souhaite aborder les “secrets d’Etat”. Cette appelation assez vague est protégée par une loi très sévère qui dissuade les rédactions de lancer enquêtes et investigations. La catastrophe nucléaire de Fukushima, la vie de la famille impériale ou la défense du Japon font partie des “secrets d’Etat”.

Le gouvernement japonais n’est, bien entendu, pas d’accord et se défend. Mais il a récemment classé de nombreux documents relatifs au projet de traité de libre échange trans-pacifique, ce qui n’est pas démocratique.

Comme pour donner raison aux critiques, selon le Maïnichi, le président de la NHK, la télévision et radio publiques, a déclaré que les reportages sur le nucléaire après une catastrophe naturelle ne devaient pas être source d’angoisses inutiles et qu’il fallait s’en tenir aux informations officielles…

Point sur les séismes à Kyûshû

La série de séismes qui a secoué l’île de Kyûshû est unique et inattendue. Il n’y aurait pas de précédent de deux secousses rapprochées d’une intensité de 7 sur l’échelle japonaise. Entre ces deux secousses, il y en a eu d’autres, assez fortes. Ainsi, le 14 avril, les spécialistes et les autorités pensaient que les répliques seraient plus faibles. Mais dès le 16, la province d’Ôïta était touchée à son tour.

La longueur de la zone active dépasse 100 km et la fréquences de secousses ne baisse pas. Il y en a déjà eu plus de 830. Les spécialistes ne peuvent donc pas faire de prévisions, ce qui n’est pas sans inquiéter la population.

De fortes pluies entravent les secours et des ordres ou des recommandations à évacuer sont émis à cause des risques de glissement de terrain.

Il y a plus de 10 000 maisons détruites ou endommagées dans les provinces de Kumamoto et d’Ôïta, dont plus de 1 500 qui ne peuvent pas être réparées. L’expertise va prendre du temps.

De nombreuses personnes évitent les abris d’urgence surpeuplés et préfèrent dormir dans leur voiture. Certains parkings ou aires de sport sont devenus des dortoirs. Le 18 avril dernier, une femme âgée de 51 est décédée d’une embolie pulmonaire qui est due à une artère bloquée. Les médecins pensent qu’elle a développé une thrombose veineuse, parfois appelée syndrome de la classe économique. Quand une personne reste sans bouger dans un espace exigu pendant une période prolongée, il arrive qu’il se forme un caillot de sang, souvent dans les jambes, qui peut ensuite se rendre dans les poumons et provoquer des difficultés respiratoires ou une insuffisance cardiaque. Cette femme avait passé plusieurs nuits dans sa voiture. Le 19 avril dernier, plus d’une vingtaine de personnes en tout auraient été hospitalisées suite à ce problème. 4 étaient dans une condition sérieuse et ont été transportées vers un hôpital en dehors de la province de Kumamoto. Il y avait alors environ 90 000 personnes qui ne pouvaient ou ne voulaient ps rentrer chez elles. Elles sont encore plus de 80 000 actuellement.

En 2004 à Niigata, 11 personnes ont souffert d’embolie pulmonaire après avoir dormi dans leur voiture. Ces décès peuvent être évités en bougeant et massant ses jambes régulièrement. Il est aussi conseillé de boire suffisamment, même si l’accès aux toilettes est compliqué.

Les maisons de retraite qui ont accueilli des personnes âgées qui ont perdu leur habitation sont aussi débordées. Certaines font aussi face à un manque de personnel suite aux séismes.

Le 20 avril, on dénombrait 12 décès indirects liés à la dégradation des conditions de vie. Le nombre total de victimes est donc de 60. Il y a 1 280 blessés à Kumamoto et 27 à Ôïta.

A Minami-Aso, une commune de 12 000 âmes dispersées dans plusieurs hameaux, un peu plus de 2 000 personnes ont trouvé refuge dans le gymnase de l’école et dans les salles polyvalentes de la commune. Il n’y a pas d’eau courante pour se laver ou tirer la chasse. Ils dorment à même le sol sur des futons et se nourrissent de plats froids : pain, nigiri (boules de riz), biscuits…

Dans la ville de Kumamoto, des konbini (superettes ouvertes 24h/24) ont rouvert, en mettant la priorité sur la nourriture et l’eau, mais ils ne peuvent pas faire face à la demande.

Les autorités ont des difficultés à faire parvenir la nourriture dans les villages isolés. Elles semblent peu préparées à faire face à un tel désastre. Certaines personnes pourraient rentrer chez elles, mais elles n’osent pas car les secousses continuent. Elles ne veulent pas s’éloigner non plus, par crainte des voleurs. Il y a déjà 17 plaintes pour vol. Les personnes déplacées se plaignent aussi du manque d’information.

Des sondes qui surveillent le volcan Aso sont en rade suite aux coupures d’électricité, ce qui n’est pas rassurant. Par ailleurs, certaines routes d’accès au volcan sont barrées suite à des glissements de terrain.

Du côté des centrales nucléaires, pas de problème particulier, selon l’autorité de régulation nucléaire qui s’est engagée à communiquer quotidiennement. Son rapport du 18 avril a été traduit en anglais. Ceux en japonais, à raison de deux par jour, sont accessibles ici.

Selon le Maïnichi, le président de la NHK, la télévision et radio publiques, a déclaré que les reportages sur le nucléaire après une catastrophe naturelle ne devaient pas être source d’angoisses inutiles et qu’il fallait s’en tenir aux informations officielles…

Rejet du tritium en mer : la meilleure solution selon le gouvernement

L’énorme quantité d’eau radioactive stockée sur le site de la centrale de Fukushima daï-ichi représente une menace. Les cuves tiendront-elles en cas de séisme ? De plus, cette solution n’est pas durable. Il y en a actuellement 800 000 m3.

Une station de traitement a retiré partiellement 62 radioéléments et, officiellement, il ne reste plus que du tritium, à savoir de l’hydrogène radioactif, dans cette eau. Il est très complexe de le retirer. Alors, les autorités ont envisagé plusieurs solutions, dont celle de tout évaporer. Des simulations ont été faites pour enfouir cette eau, la vaporiser, rejeter dans l’atmosphère le dihydrogène seul et simplement rejeter l’eau dans l’océan après dilution. Sans surprise, c’est cette dernière option qui est la moins chère et la plus rapide : elle devrait prendre 7 à 8 ans et coûter de 3,5 à 4,5 milliards de yens. Il est envisagé de diluer cette eau avant de la rejeter pour limiter l’impact, mais cela ne fera pas baisser la quantité totale.
Les médias ne mentionnent pas le problème de l’autorisation de rejet qui serait largement dépassée dans ce scénario. Aucune d’étude d’impact prenant aussi en compte la contamination résiduelle des autres radioéléments n’est rapportée.

Débat à propos de la fermeture de la centrale de Sendaï

Le débat fait rage au Japon à propos de la centrale nucléaire de Sendaï située dans la province de Kagoshima à quelque 120 km des épicentres des forts séismes qui ont eu lieu ces derniers jours. Faut-il arrêter les deux seuls réacteurs nucléaires en activité du pays ?

Le gouvernement est contre l’arrêt, bien évidemment. Le village nucléaire a eu tellement de mal à redémarrer deux réacteurs qu’il ne veut pas les arrêter. Quand pourraient-ils repartir ? Rappelons qu’il y avait 54 réacteurs nucléaires avant la catastrophe de Fukushima et que seulement 5 satisfont aux nouveaux critères de sûreté qui ont notamment renforcé les critères de résistance aux séismes. D’un autre côté, 12 réacteurs ont été arrêtés définitivement, en incluant les quatre détruits à Fukushima daï-ichi.

D’un autre côté, l’activité sismique reste intense : le nombre de répliques qui ont dépassé la magnitude 1 sur l’échelle japonaise, qui va de 0 à 7, est 531 à 12h, heure locale, dont plus de 80 avec une magnitude supérieure à 4. Ce matin, entre minuit et 11h, il y a eu 3 secousses d’une magnitude supérieure à 4 dans la province de Kumamoto, la plus touchée. Le 17 avril, la province voisine d’Ôïta a subi 5 secousses d’une intensité supérieure à 3. La question cruciale est de savoir si cette activité sismique va s’étendre à d’autres failles.

Les secousses au niveau de la centrale de Sendaï sont restées relativement modestes, comme nous l’avons signalé. Mais que se passera-t-il si l’activité sismique se propage vers le Sud-Est, en direction de la centrale de Sendaï ? Un grand nombre de personnes demandent donc l’arrêt préventif des réacteurs. Plusieurs pétitions circulent (voir ici par exemple).

Face à la polémique, l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) a fini par tenir une réunion exceptionnelle à ce propos. Son président a présenté ses excuses pour l’absence d’informations relatives à la centrale. Il a aussi confirmé qu’il n’y a, pour le moment, aucun problème de sûreté. Les accélérations maximales enregistrées lors des secousses étaient de 8,6 gal à Sendaï, 20,3 gal à Genkaï, centrale arrêtée dans la province de Saga sur l’île de Kyûshû également et 10 gal pour celle d’Ikata, dans la province d’Ehimé sur l’île voisine de Shikoku, aussi à l’arrêt. Le refroidissement des piscines n’y a pas été affecté. L’arrêt automatique des réacteurs a lieu quand les accélérations horizontales atteignent de 140 à 190 gal (c’est 160 gal à Sendaï) et 70 à 90 gal verticalement. Le gal correspond à 1 cm/s2.

La NRA a aussi précisé que le niveau d’alerte du volcan Aso n’avait pas été relevé. Elle estime, de plus, que si l’activité sismique se propage vers la centrale de Sendaï, les mesures de sûreté prévues seront suffisantes. Ce point de vue de la NRA n’est pas une surprise. Demander l’arrêt des réacteurs de Sendaï signifierait que le référentiel de sûreté mis en place après la catastrophe de Fukushima n’est pas assez contraignant… Or, il a été présenté comme le plus exigent au monde !

Mais la dégradation des moyens de transport et le fait que les secours soient débordés par le nombre de personnes réfugiées à Kumamoto (104 900 ce matin), avec des difficultés dans approvisionnement en nourriture, font qu’en cas d’accident nucléaire grave, les plans d’urgence ne pourront pas être appliqués de manière satisfaisante. En particulier, l’évacuation sera complexe à mettre en œuvre. Ces plans d’urgence constituent pourtant le cinquième niveau de protection dans la doctrine de la défense en profondeur.

Autrement, le nombre de décès liés au séisme est désormais de 44. Il y a près de 100 000 personnes sans logement et les abris sont surpeuplés. Des milliers de personnes dorment dans leur voiture.

A 8h42, ce soir, heure locale, un nouveau séisme de magnitude 5,8 a frappé la province de Kumamoto. Une secousse supérieure à 5 sur l’échelle japonaise qui compte 5 niveau a été ressentie au mont Aso, à Ubuyama (Kumamoto) et à Taketa (Ôïta). Une fois encore l’épicentre est à 10 km de profondeur.

Point sur les séismes à Kyûshû

Le 17 avril à 10h, heure japonaise, il y a déjà eu, depuis le déclenchement de l’activité sismique du 14 avril, 410 secousses qui peuvent être senties par les résidents. A 8h30, 162 secousses avaient une magnitude supérieure à 3,5. Ce serait la fréquence de secousses la plus élevée jamais enregistrée au Japon, selon l’agence météorologique japonaise.

L’activité sismique se déplacerait vers le Nord-Est, en direction de la province d’Ôïta, mais aussi vers le Sud-Ouest. Il y a des craintes d’une propagation vers l’île de Shikoku. La centrale nucléaire d’Ikata, dans la province d’Ehimé, est à l’arrêt.

Le séisme du 16 avril est désormais considéré comme la secousse principale, celles du 14 étant des secousses “précurseurs”.

Le nombre de décès est toujours de 41, mais il y aurait 11 disparus. Il y aurait aussi 202 blessés graves. Le nombre de personnes dans les refuges varie selon les sources. Il serait de l’ordre de 180 000 dans la province de Kumamoto, 4 500 dans celle d’Ôïta, 800 dans celle de Fukuoka et 64 pour Miyazaki. Le 16 avril, 15 000 membres des forces d’auto-défense, l’armée japonaise, étaient sur place pour aider la population. Ce chiffre devrait être porté à 25 000. De fortes pluies rendent les secours plus compliqués.

De nombreuses personnes passent la nuit dans leur voiture. De longues queues devant les stations d’essence à Kumamoto ont été signalées par les médias. Certains magasins n’ont plus d’eau à vendre ou d’autres objets de première nécessité. Dans un lycée de Kumamoto, qui sert de centre d’accueil, un SOS a été dessiné dans la cour à l’aide de chaises. Il est aussi demandé, du pain, de l’eau et du papier.

Il y a des craintes que l’hôpital municipal de Kumamoto s’effondre. Les patients ont donc été évacués. Il y a un manque de places dans les cliniques et hôpitaux.

745 000 foyers n’ont pas d’électricité à 13h et 100 000 de gaz. De nombreuses usines ont été arrêtées.

Les autorités semblent débordées : elles ont du mal à accueillir tout le monde dans les abris et à apporter de la nourriture dans les villages isolés. Mais la politique n’est jamais loin : le porte-parole du gouvernement a annoncé l’utilisation d’une sorte d’hybride entre un hélicoptère et avion américain appelé Osprey qui est fortement contesté au Japon car il a eu beaucoup d’accidents par le passé.

Des photos sont ici sur le site du Japan Times et ici sur celui de Libération. Des vidéos prises pas des drones sont disponibles ici.

Kyûshû : les séismes violents continuent

La terre continue de trembler violemment sur l’île de Kyûshû, avec des secousses aussi fortes que le premier séisme du 14 avril. A 1h25 le matin du 16 avril, l’intensité a atteint 7,3. A 9h48, 5,4. C’est toujours la province de Kumamoto qui est la plus touchée, mais celle voisine d’Ôïta a subi plusieurs secousses d’une intensité supérieure à 3. L’agence météorologique japonaise ne sait pas encore si c’est lié directement au précédent séisme.

Depuis, l’activité sismique s’intensifierait, toujours selon l’agence météorologique japonaise.

Le mont Aso a eu une petit éruption vers 8h30. Les spécialistes ne savent pas si c’est lié au séismes ou pas.

En soirée, le nombre total de décès s’élevait désormais à 41 (9 pour le séisme du 14 et 32 pour celui du 16 avril) et il y aurait environ 2 000 blessés qui ont reçu un traitement dans un hôpital. 92 000 personnes ont évacué leur logement à Kumamoto.

Des centaines de milliers de foyers sont sans gaz, électricité et eau.

Il y a toujours de fortes craintes d’éboulements ou de glissements de terrain et des évacuations préventives ont été recommandées à Kumamoto et Ôïta. 170 000 personnes sont concernées.

L’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) estime qu’il n’est pas nécessaire d’arrêter les deux seuls réacteurs nucléaires en activité à la centrale de Sendaï, dans la province de Kagoshima, tout au Sud. Aucune anomalie n’y aurait été détectée. Mais cela provoque de fortes inquiétudes au Japon et de nombreuses personnes réclament l’arrêt des réacteurs. Des pétitions ont rapidement recueilli de nombreuses signatures.

Le gouvernement aurait évoqué ce point lors d’une réunion de crise dédié à la situation à Kyûshû. La ministre de l’environnement, en charge de la préparation à l’urgence nucléaire, a rapporté que l’accélération la plus forte enregistrée à la centrale de Sendaï était de 12,6 gal et que, selon les critères de la NRA, une centrale doit être arrêtée si la secousse dépasse 620 gal (1 gal = 1 cm/s2). Le gouvernement a donc décidé de ne pas arrêter cette centrale.

Les personnes réclamant l’arrêt des réacteurs, quant à elles, craignent qu’une réplique beaucoup plus forte affecte la centrale. Elles demandent donc un arrêt préventif.