Arrêt définitif du réacteur n°1 d’Ikata

Conformément à la décision prise en mars dernier, Shikoku Electric a arrêté définitivement le réacteur n°1 de sa centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé. C’est effectif depuis le 10 mai 2016. Il avait été mis en service en 1977.

Il s’agit du sixième réacteur arrêté définitivement en plus des 6 de Fukushima daï-ichi, qui ont été détruits. D’autres devraient suivre. Le nombre de réacteurs est de 42 au Japon, avec seulement 2 en activité à la centrale de Sendaï.

La compagnie a estimé à 170 milliards de yens (1,4 milliard d’euros) le coût de sa remise aux nouvelles normes de sûreté, ce qui est trop élevé par rapport à sa puissance peu élevée : 566 MWe. Le démantèlement devrait prendre une trentaine d’années et coûter de l’ordre de 40 milliards de yens (320 millions d’euros).

Les subsides de la commune devraient baisser de 300 à 400 millions de yens chaque année, pour atteindre 1 milliard de yens environ.

Risque terroriste : réduction du nombre de travailleurs à Fukushima daï-ichi durant le G7

Le G7 aura lieu à Isé, dans l’Ouest du Japon, les 26 et 27 mai prochain.  Comme l’alerte terroriste sera à son maximum durant cette période, TEPCo a décidé de suspendre les travaux qui peuvent attendre à la centrale de Fukushima daï-ichi pendant cette période. Seuls les travailleurs indispensables à la sûreté pourront pénétrer sur le site.

Il y a actuellement environ 6 000 personnes par jour à travailler à la centrale accidentée durant les jours de la semaine. Pendant le sommet, le nombre de travailleurs sera réduit à un millier environ, comme pendant les dimanches et jours fériés.

Qu’en sera-t-il pendant les Jeux olympiques et paralympiques de 2020 ? Le chantier sera suspendu durant plusieurs semaines ?

Cartographie citoyenne de la pollution radioactive des sols au Japon

Les Japonais ont déjà fait de nombreuses cartographies de la pollution radioactive et dans certaines zones, à l’échelle locale, il n’y a que les données relevées par des initiatives citoyennes. Ces cartes sont basées sur le débit de dose ambiant.

Un collectif d’associations, auquel participe Chikurin, le laboratoire indépendant monté avec le soutien de l’ACRO à Tôkyô, avait déjà lancé une base de données sur la contamination de l’alimentation : Minna no data. Cette base de données est assortie d’un système d’assurance qualité et d’intercomparaisons pour toutes les stations de mesure qui y participent.

Ce collectif a lancé récemment une cartographie citoyenne de la pollution des sols, à l’instar de ce que l’ACRO a fait pour la pollution rémanente de Tchernobyl, 30 ans après. Au Japon, il s’agit d’apporter des informations complémentaires cartes basées sur le débit de dose. Une présentation succincte est disponible en anglais. C’est beaucoup plus complet en japonais, avec toutes les données déjà collectées. Il y en a déjà plus de 1 900.

Ce projet est ambitieux et sans précédent au Japon. Il y a bien eu, durant les premières années, une cartographie de la pollution des sols menée par des universités et instituts, mais cette fois-ci, la démarche est différente et va bien au-delà des 80 km autour de la centrale accidentée. Il a déjà permis de découvrir quelques points chauds. C’est à Iitaté que la valeur la plus élevée a été relevée pour le moment : 135 000 Bq/kg dans un sol de forêt près d’une habitation du district de Hiso.

Il y a peu de données à Gunma, Tochigi et Niigata car les agriculteurs craignent pour leur ventes.

Les problèmes liés à la sous-traitance persistent à Fukushima daï-ichi

Le mois dernier, l’Asahi a consacré une série de trois articles aux travailleurs de la centrale de Fukushima, qui, dans leur majorité, sont embauchés par une pyramide de sous-traitants pour des salaires peu élevés, malgré les risques encourus.

Les habits de protection et les masques rendent les conditions de travail plus difficiles. Surtout en été, à cause de la chaleur.

En 2012, un homme de 42 ans, originaire de Nagano, a d’abord répondu à une petite annonce postée par une compagnie au quatrième niveau de sous-traitance. Une fois sur place, les tâches qui lui ont été assignées pas la compagnie au premier niveau de sous-traitance ne correspondaient pas à ce qu’il lui avait été dit par son employeur : il devait travailler dans des zones où le niveau d’irradiation était si élevé que l’on ne pouvait pas y rester plus de 5 à 10 minutes. Il devait aussi porter un appareil respiratoire sur son dos.

Quand il s’en est plaint à son véritable employeur, soulignant qu’il ne pourrait pas rester un an comme stipulé dans son contrat avec de telles doses, il lui a été répondu que la dose était divisée par deux au bout d’une semaine (ce qui est faut) et qu’il allait ruiner la réputation de la compagnie s’il refusait.

Il a finalement été affecté à des tâches moins exposées. Lors d’une conversation avec un employé de la compagnie sous-traitante du 1er niveau, il a demandé à son interlocuteur s’il laisserait son fils travailler ici. La réponse a été négative. Le soir même il a été convoqué et licencié.

Pour les employés originaires des zones côtières de Fukushima, la centrale nucléaire a été et est encore le gagne pain, et il est difficile de « cracher dans la soupe ».

Un autre employé, originaire de la région, a longtemps été pêcheur avant d’être embauché à temps partiel, puis temps complet à la centrale nucléaire. Il explique que, par le passé, les sous-traitants n’étaient pas très stricts en ce qui concerne la radioprotection. Il se rappelle avoir transporté manuellement des déchets radioactifs alors qu’il aurait dû utiliser un engin. Ce serait devenu plus strict maintenant.

Le contrôle de la tuyauterie pour y détecter des fuites n’était pas toujours fait correctement car il fallait tenir le rythme. Certaines parties étaient sciemment négligées sans que cela soit rapporté comme cela aurait dû l’être. La forte hiérarchisation de la sous-traitance empêchait le signalement des problèmes au niveau supérieur.

Après l’accident, son employeur ne voulait plus travailler à la centrale de Fukushima daï-ichi, mais il a été rappelé car il y avait un manque de main d’œuvre. Comme les conditions financières n’étaient pas favorables, surtout en ce qui concerne la prime de risque, certaines compagnies sous-traitantes ont refusé. D’autres ont accepté.

Depuis la catastrophe nucléaire, certaines compagnies sous-traitantes ont grossi et sont montées en compétence.

Tout en bas de la pyramide de sous-traitance, les salaires sont souvent très bas car chaque étage en prélève une partie. L’Asahi présente le cas d’un jeune de 27 ans qui a d’abord été embauché, en 2012,  sur des chantiers de décontamination autour de la centrale, sans contrat de travail, juste un accord verbal. En 2014, son « employeur » lui a proposé un travail mieux rémunéré à la centrale s’il signait avec une autre compagnie. Ce contrat stipulait un salaire journalier de 15 500 yens, mais son précédent « employeur » a saisi tout l’argent sur son compte après avoir prélevé 2 500 yens chaque jour pour « couvrir des dépenses diverses ». Le jeune a découvert plus tard que TEPCo, le donneur d’ordre, versait en fait 20 000 yens par jour depuis novembre 2013, pour motiver les travailleurs. Son travail était pourtant exposé et il aurait dû toucher les primes de risque, qui n’étaient même plus mentionnées dans sa fiche de paye. Il devait parfois travailler près des réacteurs, où le niveau d’exposition était élevé, mais contrairement aux employés d’autres compagnies, il ne bénéficiait pas d’un tablier de plomb pour réduire la dose reçue. Il a fini par quitter la centrale.

Un avocat qui a défendu des travailleurs estime que tant qu’il y aura une pyramide de sous-traitance, les  primes de risques seront réduites avant d’arriver dans la poche des travailleurs. Il cite le cas d’un salaire initial de 43 000 yens par jour qui s’est réduit à 11 500 yens dans la proche du travailleur.

L’Asahi explique que sur les chantiers de décontamination dont il a la charge, le ministère de l’environnement exige que la prime de risque soit entièrement versée aux travailleurs. Ce n’était pas le cas au tout début de la catastrophe. Il n’y a pas de clause similaire à la centrale nucléaire accidentée.

Selon une enquête faite par TEPCo à l’automne dernier, 14,2% des personnes qui ont répondu ont déclaré que la compagnie qui leur versait leur salaire n’était pas celle qui leur donnait des ordres. C’est illégal dans le nucléaire à cause de problèmes de responsabilité.

Dans l’avenir, plus de 10 000 travailleurs sur 30 000 attendus pourraient rester plus d’un an à Fukushima pour les travaux à la centrale, selon une étude de l’agence de reconstruction auprès de 24 compagnies. Il y en a plusieurs centaines à intervenir. Il faut donc leur assurer un environnement vivable, avec commerces, services et moyens de transport. Les travailleurs originaires de villages évacués ont aussi réclamé un environnement permettant de faire revenir leur famille.

Enfin, selon TEPCo, durant l’année fiscale 2015, il y a eu 25 travailleurs blessés et un décès. 60% des blessés étaient des travailleurs sans qualification qui étaient là depuis moins d’un an. 60% des blessures étaient bénignes. Le nombre de blessés était de 49 en 2014.

Selon les statistiques officielles, à la date du 29 février 2016, 46 758 travailleurs ont été enregistrés sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi, dont 42 052 sous-traitants. En février 2016, la dose moyenne prise par les sous-traitants était de 0,54 mSv et celle des employés de TEPCo, de 0,21 mSv. La dose maximale, quant à elle, était de 12 mSv et c’est un sous-traitant qui l’a reçue.

Fukushima Nuclear Accident Archives

La Japan Atomic Energy Agency (l’équivalent du CEA) a créé une base de données, documents, articles, vidéo… sur la catastrophe de Fukushima et ses conséquences.

Les autorités veulent finir de lever l’ordre d’évacuation de Kawauchi le 14 juin 2016

Les autorités japonaises ont annoncé vouloir lever les derniers ordres d’évacuation de Kawauchi le 14 juin prochain. Une réunion avec les habitants concernés aura lieu le 8 mai.

Une première levée de cet ordre avait eu lieu pour certains districts, le 1er octobre 2014. Ne restent plus que deux districts, Ogi et Kaïnosaka, avec 52 habitants enregistrés dans 19 foyers. Le maire et le conseil municipal devraient donner leur accord. Reste à convaincre les habitants. Le 23 janvier dernier, lors d’une première réunion avec les habitants, seulement 8 d’entre eux avaient répondu présent. Une dérogation leur permet de passer la nuit dans leur maison pour préparer le retour, s’ils le souhaitent, mais seulement deux habitants en ont fait la demande.

Comme ailleurs, le taux de retour devrait rester faible.

TEPCo condamnée à indemniser deux victimes de l’évacuation

Les familles de deux patients décédés lors de l’évacuation de l’hôpital de Futaba ont porté plainte contre TEPCo pour obtenir une meilleure indemnisation et la cour vient de décider que la compagnie devra leur verser 31 millions de yens en tout. Les familles demandaient le double environ et le juge a accepté l’argument de TEPCo que d’autres causes que la catastrophe nucléaire sont responsables de ces décès.

TEPCo avait accepté d’indemniser les familles, mais le conflit portait sur sa part de responsabilité dans les décès.

La première victime est un homme de 98 ans, évacué le 14 mars par l’armée et décédé deux jours plus tard dans l’abri. La deuxième est un homme de 73 ans évacué le 16 mars vers un autre hôpital où il est décédé le jour même. Ils avaient besoin de soins constants car ils ne pouvaient plus se nourrir par eux-même. La cour a estimé que l’hypothermie liée à l’absence de chauffage suite aux séismes et tsunami avait dégradé leur santé.

Une cinquantaine de patients de l’hôpital et de la maison de retraite attenante étaient décédés lors de l’évacuation en mars 2011. Sept familles, dont les deux en question ici, ont porté plainte contre TEPCo. Ce sont les deux décisions de justice.

Rappelons qu’il y avait 338 patients à l’hôpital de Futaba et que 209, qui pouvaient marcher, avaient été évacués par bus le 12 mars 2011. Les autres ont attendu plusieurs jours sans ressource que l’armée vienne les chercher.

Centrale de Shika : l’opinion des experts à propos de la faille active validée par la NRA

Le groupe d’experts mandaté par l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, pour inspecter la faille sismique sous la centrale nucléaire de Shika, dans la province d’Ishikawa, avait conclu, en mars dernier, qu’elle pourrait être active. La NRA vient d’entériner cet avis.

Les experts pensent que la faille S-1 qui passe sous le réacteur n°1 a bougé il y a moins de 130 000 ans. Cela condamne ce réacteur. Deux autres failles, qui passent sous le bâtiment turbine des réacteurs n°1 et 2 pourraient aussi être actives.

L’exploitant, Hokuriku Electric, qui a déposé une demande d’autorisation de redémarrage du réacteur n°2, conteste cette conclusion. Il devra fort probablement renforcer sa tenue aux séismes. La NRA pourrait accepter de prendre en compte des données supplémentaires.

Le maire de Genkaï prêt à accepter les déchets nucléaires

Le maire de Genkaï, dans la province de Saga, sur l’île de Kyûshû, s’est dit prêt à accepter un site d’enfouissement profond des déchets nucléaires sur le territoire de sa commune si la géologie le permet. Et comme il est le seul candidat, il est peu probable que les géologues fassent la fine bouche… Il y a déjà une centrale nucléaire dans sa commune, dont le réacteur n°1 a été arrêté définitivement il y a un an.

Il y a un an, il était opposé à l’accueil des déchets, mais il a changé d’avis récemment suite à l’annonce du ministère de l’économie et de l’industrie de sa volonté d’étudier l’enfouissement sous-marin depuis la côte. Il y a aussi la baisse des ressources de la commune après l’arrêt définitif d’un réacteur.

Il n’est pas sûr que ces concitoyens acceptent. La dernière fois qu’un maire s’était proposé en 2017, il avait dû faire marche arrière suite à l’opposition des résidents.

Ce maire a le sens de l’annonce puisque sa commune est à 120 km de l’épicentre des forts séismes qui viennent de secouer l’île