Fort séisme à Kyûshû

Un fort séisme a secoué la province de Kumamoto sur l’île de Kyûshû à 21h26 le 14 avril 2016, le plus fort depuis celui du 11 mars 2011. Voir les informations sur le site de l’agence météo du Japon. A 13h, le 15 avril, il y a déjà eu 129 répliques, dont certaines assez fortes. C’est dans la ville de Mashiki, à 15 km à l’Est de celle de Kumamoto, que les secousses ont été les plus fortes (jusqu’à 1 580 gal).

On déplore 9 décès et plus d’un millier de blessés, dans les communes de Mashiki et Kumamoto essentiellement. Le 15 avril à 7h, il y avait 761 personnes hospitalisées, dont 44 dans un état grave. Il y a quelques 15 000 personnes dans des abris.

L’épicentre était peu profond, à 11 km sous le sol, d’où les nombreux dommages. Ce sont surtout des maisons anciennes qui n’ont pas tenu. Les dégâts se concentrent le long de la rivière Akitsu où l’on déplore 8 des 9 décès. Le château de Kumamoto est aussi touché.. Certaines répliques à 10 km. Un séisme peu profond peu entraîner des répliques plus fortes. De la pluie est attendue pour le week-end, faisant craindre des éboulements et glissements de terrain.

En ce qui concerne le mont Aso, un volcan actif à 35 km de l’épicentre, aucun changement n’a été perçu, mais il est interdit d’approcher le cratère. Les deux failles mises en cause passent aussi à proximité du Sakurajima à Kagoshima et du Mont Unzen à Nagasaki, tous deux actifs. Comme le séisme ait été peu profond, les spécialistes pensent qu’il n’impactera pas les volcans.

Il y a deux centrales nucléaires situées sur l’île de Kyûshu : celle de Genkaï dans la province de Saga, qui est arrêtée et celle de Sendaï dans la province de Kagoshima, à 120 km de la ville de Mashiki. Deux réacteurs sont en activité dans cette dernière. Selon l’exploitant et l’Agence de Régulation Nucléaire, aucune anomalie n’a été détectée, les secousses ayant été plus modérées sur place : 2 sur 7 à Genkaï et 4 sur 7 à Sendaï, selon l’échelle japonaise. Les réacteurs continuent de tourner.

Aucune anomalie, non plus, à la centrale d’Ikata, située sur l’île de Shikoku, dans la province d’Ehimé.

Comment faire accepter le rejet en mer du tritium ?

TEPCo a accumulé une vaste quantité d’eau contaminée stockée dans un millier de cuves. Cette eau a été partiellement traitée afin d’en retirer 62 éléments, mais pas le tritium qui est de l’hydrogène radioactif. Le séparer est très complexe et coûteux. Alors TEPCo et les autorités ne voient pas d’autre issue que de le rejeter en mer.

Le stock est estimé à 3,4 PBq (3,4 milliards de millions de becquerels), ce qui représente 150 années de rejet à la limite autorisée. Comment faire accepter une augmentation des autorisations de rejet aux Japonais et aux autres pays du Pacifique ? En gros, le problème, ce n’est pas la radioactivité, mais l’acceptation sociétale du rejet !

Une première idée, assez classique, est de parler en gramme, le tritium étant très léger. Le président de l’Autorité de Régulation Nucléaire a expliqué à l’agence de presse AP que le stock de tritium ne représentait que 57 millilitres. Mais pour la radioprotection, c’est bien la radioactivité qui doit être prise en compte, pas la masse ou le volume.

Ce même article donne la parole à Rosa Yang, experte au Electric Power Research Institute en Californie. Elle suggère qu’un membre du gouvernement boive de cette eau devant le public pour montrer qu’il n’y a aucun risque ! Étonnamment, elle ne s’est pas proposée pour cette action de communication… Cela a déjà été testé, sans effet.

Pour le moment, aucun chiffre précis n’est donné sur la teneur en tritium de l’eau à rejeter, ni sur la contamination résiduelle des autres polluants radioactifs. Il n’y a pas non plus d’étude d’impact d’un tel rejet, ni d’évaluation par des tiers. On n’est que dans la communication…

A titre de comparaison, l’autorisation de rejet en mer de l’usine Areva de La Hague est, pour le tritium, de 18,5 PBq et les rejets effectifs de ces dernières années variaient entre 11,6 et 13,4 PBq par an. Le stock de tritium de Fukushima représente donc 3 mois et demi de rejets à La Hague. De quoi rendre jalouses les autorités japonaises !

Critère pour la fusion du cœur : au moins une personne savait chez TEPCo

TEPCo et les autorités japonaises ont mis deux mois pour admettre qu’il y avait eu fusion du cœur des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale de Fukushima daï-ichi. Au début, il n’était question que d’”endommagement” des combustibles.

Cinq ans plus tard, TEPCo a affirmé avoir découvert que son propre manuel d’urgence dit qu’une fusion a eu lieu si au moins 5% du combustible a fondu. Cinq ans pour lire un manuel d’urgence…

Mais un des dirigeants de TEPCo vient d’admettre qu’il connaissait ce critère de 5% depuis longtemps, mais, qu’en mars 2011, il était en charge du refroidissement de la piscine de combustible du réacteur n°4 et n’était donc pas en position de faire une déclaration sur l’occurrence d’une fusion ou pas. Même en interne ?

En revanche, cette personne est en charge des conférences de presse depuis août 2015. Elle a ainsi découvert que ce sujet posait des problèmes internes. Cet aveu contredit la position officielle de TEPCo qui a déclaré que ces cinq dernières années, personne ne connaissait le critère de déclaration de fusion.

Levée prochaine de l’ordre d’évacuer à Katsurao

Le gouvernement veut lever l’ordre d’évacuation de Katsurao le 12 juin prochain, sauf pour la partie de la commune classée en zone de retour difficile. Cela va être discuté avec les habitants lors d’une réunion prévue le dimanche 10 avril. Le conseil municipal devrait donner son accord suite à la réunion qui s’est tenue à huis clos le 5 avril dernier. Des conditions ont été mises, comme la réouverture de certains services. La mairie a repris ses activités, mais il n’y a pas le nombre de commerces et de cabinets médicaux devrait rester limité.

Au 1er avril, le nombre d’habitants enregistrés à Katsurao était de 1 470, dont 118 originaires de zones de retour difficile. Lors d’une enquête effectuée à l’automne dernier, 48% des habitants ont dit vouloir rentrer, ce qui est beaucoup plus que dans les autres communes évacuées. Mais seulement 119 habitants ont demandé l’autorisation de dormir chez eux durant la période de transition afin de préparer leur retour.

Voir la dernière carte officielle des zones évacuées, en date du 5 septembre 2015.

Par ailleurs, selon une enquête effectuée auprès des personnes déplacées qui bénéficient d’un logement gratuit en dehors de la province de Fukushima, 65% d’entre elles ne souhaitent pas revenir à Fukushima en mars 2017 quand tous les ordres d’évacuer seront levés, à l’exception des zones de retour difficile, et 18% souhaitent rentrer.

A Hirono et Naraha, le taux de retour serait de 48 et 6% respectivement. Il y a aussi de nombreux travailleurs du nucléaire qui y logent temporairement.

Les personnes déplacées se sont souvent regroupées en associations pour faire valoir leurs intérêts auprès des communes. En mars 2015, il y en avait 122, mais, selon le Fukushima Minpo, 11 d’entre elles ne seraient plus actives, souvent faute de volontaires pour les administrer. Elles sont pourtant importantes pour maintenir le lien social et défendre les membres.

Enfin, à Tomioka, dans le district de Yonomori, le célèbre tunnel de cerisiers de 2,2 km de long est toujours interdit d’accès sur 1,9 km. L’autre partie a été ouverte à la visite.

Le gel des sous-sols progresse, selon TEPCo

TEPCo a commencé à geler une partie des sous-sols autour des réacteurs accidentés le 31 mars dernier, dans le but de réduire les infiltrations d’eau souterraine. Cela devrait prendre 8 mois, mais la compagnie communique déjà pour dire que tout se passe bien. Elle a organisé une visite pour les médias le 4 avril dernier et vient de mettre en ligne quelques photos où l’on voit de la glace.

Nouvelles du parc nucléaire japonais

• A Hamaoka, le mur anti-tsunami est terminé. Il culmine à 22 m au dessus du niveau de la mer et fait 1,6 km de long. Les travaux ont commencé en novembre 2011. La centrale est à proximité de failles sous-marines connues pour être actives.

Rappelons qu’en mai 2011, le premier ministre avait ordonné l’arrêt de cette centrale. L’exploitant, Chûbu Electric, espère pouvoir relancer les réacteurs n°3 et 4 et a déjà dépensé près de 400 milliards de yens (3,2 milliards d’euros) pour améliorer la sûreté.

• Les exploitants du nucléaire de l’Ouest du Japon veulent coopérer pour faire face à la dérégulation du marché de l’électricité. Les investissements pour renforcer la sûreté rend leur électricité peu compétitive. Les investissements nécessaires sont de l’ordre de 100 milliards de yens (un milliard d’euros) par réacteur. Kansaï, Kyûshû, Chûgoku et Shikoku Electric espèrent signer un accord de coopération avant la fin du mois. Certains équipements de secours en cas d’accident, comme des générateurs mobiles, seraient mutualisées. Les compagnies veulent aussi coopérer sur le démantèlement alors qu’elles ont déjà décidé la mise à l’arrêt définitif de 5 réacteurs (les n°1 et 2 de Mihama, le n°1 d’Ikata, le n°1 de Shimané et le n°1 de Genkaï).

• Les dernières inspections viennent de démarrer à la centrale d’Ikata dans la province d’Ehimé où Shikoku veut redémarrer le réacteur n°3 dont le dossier de sûreté avait été jugé recevable en juillet 2015. Elles devraient durer 4 mois et demi si tout va bien. L’exploitant espère redémarrer le réacteur en juillet 2016 en utilisant du combustible MOx. Ce sera alors le troisième réacteur à redémarrer, après l’arrêt de la centrale de Takahama par la justice.

• La cour d’appel de Fukuoka confirme le rejet de la demande de citoyens d’arrêter les réacteurs en activité à la centrale de Sendaï (Kagoshima). Elle a estimé que l’avis de l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, concernant la tenue sismique était rationnel. Un premier tribunal, à Kagoshima, avait déjà débouté ces plaignants en avril 2015 et ils avaient fait appel. Ils pourraient, cette fois-ci, saisir la cour suprême.

L’enjeu concerne la présence de volcans actifs à quelques dizaines de kilomètres, dont le Sakurajima, à 50 km. La cour a jugé “irrationnelle” l’évaluation du risque volcanique faite par la NRA, car les volcans imprévisibles. Mais, il n’y a pas de raison de penser qu’une éruption qui met en danger la centrale ait lieu quand elle est en activité. Et de conclure que c’est aux politiques de définir le risque acceptable.

Les plaignants ont aussi mis en avant la mauvaise préparation à l’accident, mais la cour a jugé que les plans d’urgence avaient été validés par la commission ad-hoc.

Cette centrale est la seule à produire de l’électricité au Japon. Il y a un mois, un autre tribunal avait ordonné l’arrêt de la centrale de Takahama.

Et vogue le plutonium

331 kg de plutonium voguent, depuis le 22 mars dernier, vers les Etats-Unis. Mais la gouverneuse de Caroline du Sud, où il y a le site de Savannah River supposé accueillir le matériau proliférant, a écrit au secrétaire d’Etat à l’énergie pour lui dire qu’elle n’en voulait pas, de peur que le site devienne un centre de stockage.

Il a donc été finalement décidé de le stocker dans le Nouveau Mexique, dans le site de stockage souterrain Waste Isolation Pilot Plant (WIPP), à 660 m de profondeur. Avant, il sera dilué sur le site de Savannah River dans un matériau inerte.

Il y a aussi de l’uranium très enrichi au Japon, plusieurs centaines de kilogrammes, qui pausent des problèmes de prolifération. Il sera envoyé aux Etats-Unis pour être mélangé à de l’uranium de façon à réduire l’enrichissement. Il sera ensuite utilisé en réacteurs. L’opération aura lieu sur le site d’Oak Ridge dans le Tennessee.

Témoignage de l’ancien directeur de Fukushima daï-ichi : nouvel opus en français

Masao Yoshida, le directeur de la centrale de Fukushima daï-ichi en mars 2011, maintenant décédé, est forcément un témoin clé de l’accident. Son témoignage recueilli par la commission d’enquête gouvernementale est donc précieux. Il a fallu de nombreuses polémiques pour que les autorités acceptent de le publier.

L’Ecole des Mines a entrepris la traduction en français. Le volume 2 va paraître en mai 2016.

174 travailleurs qui avaient dépassé la limite de dose vont pouvoir revenir

Depuis le 16 décembre 2011, la limite de dose pour les travailleurs est redevenue normale : 100 mSv sur 5 ans et 50 mSv par an, sauf pour quelques personnes indispensables.

Selon l’agence Kyodo, reprise par le Japan Times, 150 travailleurs employés de TEPCo et 24 de sous-traitants qui ont dépassé cette limite vont pouvoir revenir travailler à la centrale accidentée puisque 5 années se sont écoulées. Parmi eux, 129 sont toujours employés de TEPCo, mais sur d’autres sites.

La compagnie, qui manque de main d’œuvre qualifiée, espère leur retour, mais affirme qu’elle ne va pas les y pousser. Ceux qui retourneraient auront une limite sur la vie fixée à 1 000 mSv par TEPCo. C’est élevé, sachant que l’UNSCEAR, considère qu’au-dessus de 200 mSv, ce n’est plus le régime des faibles doses.