Voir Fukushima : un documentaire et une chaîne youtube

« La terre abandonnée », le documentaire de Gilles Laurent dédié à ceux qui ont refusé de partir est en libre accès jusqu’au 6 décembre 2017 sur tënk.

Il y aussi la chaîne youtube de Bob Thissen et Frederik Sempens sur Fukushima hors des sentiers battus qui montre les territoires évacués.

Surgénérateur Monju : JAEA n’avait jamais envisagé de retirer le sodium

Le surgénérateur Monju a été arrêté définitivement en décembre 2016 après plus de 20 ans d’acharnement, mais seulement 250 jours de fonctionnement. Une des étapes les plus complexes du démantèlement consiste à retirer et neutraliser le sodium qui sert de liquide de refroidissement, car il s’enflamme spontanément à l’air et explose au contact de l’eau. Mais, selon le Mainichi, l’exploitant, la Japan Atomic Energy Agency (JAEA), n’a jamais prévu qu’il devrait un jour retirer le sodium. Et il y en 760 tonnes qui sont en plus radioactives !

Le circuit primaire de refroidissement est protégé par un mur en alliage et il n’est donc pas directement accessible. De plus, la cuve du réacteur est conçue de manière à ce que la quantité de sodium liquide ne descende pas en dessous d’un certain niveau afin de garantir que le combustible nucléaire ne soit pas exposé. Par conséquent, plusieurs centaines de tonnes à l’intérieur de la cuve du réacteur ne peuvent pas être extraites, faute d’ouverture dédiée.

Un cadre de la JAEA reconnait que « lors de la conception du réacteur, la priorité principale était d’achever le projet rapidement. Le démantèlement n’a pas été pris en compte ». Et comme le personnel qui connaît le réacteur est en déclin, ce sera de plus en plus difficile, alors qu’il n’y a pas le droit à l’erreur avec le sodium.

Le surgénérateur devait produire plus de plutonium qu’il n’en consommait et fournir une énergie illimitée au Japon qui croyait en un nucléaire éternel. Pas besoin d’imaginer une fin et un démantèlement. Mais Monju a été arrêté au bout de quelques mois à cause d’une fuite de sodium.

Le sodium tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;

Le sol est gelé tout autour des 4 réacteurs accidentés, mais les effets sont décevants

Le sol est gelé tout autour des quatre réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi, mais les effets sont décevants. Son but est de limiter les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des réacteurs où elle se mélange à l’eau utiliser pour le refroidissement des corium, qui est extrêmement radioactive et de limiter les fuites de ce mélange polluant.

D’une longueur de 1,4 km, ce projet a coûté de 34,5 milliards de yens (260 millions d’euros) aux contribuables japonais. Des tuyaux où circule un liquide refroidissement à -30°C s’enfoncent dans le sol tous les mètres, jusqu’à une trentaine de mètres de profondeur. La glace formée entre les tuyaux doit bloquer les écoulements. Mais, dans les faits, TEPCo ne sait pas si le sol est bien gelé partout.

Selon le dernier bilan publié par la compagnie, TEPCo injecte 72 m3 d’eau par jour dans chacun des réacteurs n°1, 2 et 3 pour les refroidir. Comme tout est percé, cette eau se retrouve dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine où elle est pompée pour éviter les débordements. Au début de la catastrophe, TEPCo devait pomper 400 m3 par jour en plus de l’eau injectée qui s’accumulait, jour après jour, dans des réservoirs qui recouvrent tout le site de la centrale. Diverses mesures ont été mises en place pour réduire les infiltrations d’eau souterraine. Le gel du sol était l’ultime solution. Mais TEPCo doit toujours pomper plus que ce qu’elle injecte. Selon son dernier bilan, elle pompe 82 m3 chaque jour en plus de ce qu’elle injecte pour compenser les infiltrations. Et comme l’eau souterraine est, par endroits, trop contaminée pour être traitée directement, TEPCo la rejette après pompage dans les sous-sols où elle est à nouveau pompée avec l’eau de refroidissement et les infiltrations. Cela représente 31 m3 par jour. Ainsi, TEPCo stocke 82+31= 113 m3 d’eau quotidiennement après décontamination.

En cas de fortes pluies, et en particulier lors des typhons, les volumes supplémentaires à pomper peuvent être beaucoup plus élevés et peuvent dépasser les 1 000 m3 par jour (1 million de litres).

Les sous-sols des réacteurs sont plein d’eau contaminée qu’il faudra pomper avant d’intervenir pour retirer le corium des réacteurs 1 à 3. Mais si l’eau continue de s’infiltrer, ce ne sera pas possible. Il faudra donc travailler entourer l’eau contaminée.

En attendant, TEPCo continue d’ajouter des cuves sur le site de sa centrale. Dans son dernier bilan, la compagnie annonce un stock d’un million de mètres cubes d’eau traitée ou partiellement traitée auxquels il faut ajouter 41 560 m3 dans les sous-sols et 16 280 m3 dans une autre installation.

Japan Atomic Power Co demande une prolongation de 20 ans de son réacteur Tôkaï 2

Sans surprise, Japan Atomic Power Co (JAPCo) a déposé une demande « exceptionnelle » de prolongation de 20 ans de la durée de vie de son réacteur Tôkaï 2, dans la province d’Ibaraki malgré les nombreux obstacles. Le but est d’atteindre 60 ans d’exploitation et c’est la première demande de ce type pour un réacteur à eau bouillante.

Il y a peu de chance que cette demande aboutisse, mais la compagnie temporise avant sa faillite. En effet, ce réacteur a été affecté par les séisme et tsunami de 2011 qui a noyé un de ses diesels de secours. Il avait alors fallu 4 jours pour arrêter le réacteur, qui est vétuste et a des kilomètres de câbles inflammables. Presque un million de personnes vivent dans un rayon de 30 km, la plus forte concentration autour d’une centrale nucléaire au Japon, et, en cas d’accident grave, il ne sera pas possible de les évacuer toutes. Aucune des 14 communes concernées n’a de plan d’évacuation d’urgence. La compagnie n’a pas les moyens de financer les travaux de renforcement de la sûreté, estimés à 174 milliards de yens (1,3 milliard d’euros), et les banques rechignent à lui prêter. Elle n’a pas les moyens de démanteler non plus, car elle a pioché dans le fond de réserve dédié. L’autorité de régulation nucléaire lui a demandé un plan de financement.

Mais la compagnie a arrêté définitivement son réacteur de Tsuruga 1 depuis la catastrophe de Fukushima et Tsuruga 2 se trouve sur une faille sismique jugée active par l’autorité de régulation nucléaire. Tôkaï est sa dernière chance, bien mince. Elle a donc mené les inspections requises pour l’extension de la durée d’exploitation : sans surprise, tout va bien.

Alors que JAPCo est dans l’impasse, ses clients, qui sont les grandes compagnies d’électricité, lui versent plus de 100 milliards de yens par an (presque un milliard d’euros), même si la compagnie ne produit pas d’électricité. In fine, ce sont les consommateurs qui payent pour ce fiasco.

Ce réacteur de 1 100 MWh du même type que ceux de Fukushima daï-ichi a été mis en service en novembre 1978.

L’autorité de régulation nucléaire a déjà donné son accord à l’extension de 20 ans de la durée d’exploitation de Takahama 1 et 2, ainsi que de Mihama 3, tous trois dans la province de Fukui et propriété de Kansai Electric Power Co.. Ils ne sont pas encore en service.

Le sommet du réacteur n°3 ouvert à la presse

TEPCo et le ministère de l’économie ont organisé un voyage de presse pour montrer la reconstruction du réacteur n°3 détruit par une explosion hydrogène en mars 2011 et l’installation du pont roulant pour retirer le combustible usé. Le Maïnichi était présent et a mis en ligne quelques images et une vidéo sous-titrée en anglais. L’Asahi aussi.

La visite a durée 15 minutes. Le débit de dose à proximité du réacteur est de 0,1 mSv/h. Sur la plateforme, il est de 0,08 mSv/h et monte à 0,7 mSv/h près de la piscine, sachant que la limite de dose pour le public et les journalistes est de 1 mSv/an, toutes expositions confondues. Même les travailleurs du nucléaire ne restent pas plus d’une à deux heures sur cette plateforme. On ne sait pas quelle dose ont reçu les journalistes et les accompagnateurs pendant la visite.

La piscine contient 566 assemblages de combustible.

11 800 habitations à détruire dans les zones évacuées de la catastrophe nucléaire

Les habitations des zones évacuées sont restées plusieurs années à l’abandon après avoir, parfois, été endommagées par le séisme de mars 2011. Beaucoup ne sont plus réparables et doivent être détruites. Selon les dernières données, dans les 11 communes évacuées, il y a 11 800 demandes de démolition, sans compter les zones les plus contaminées, pudiquement appelées de retour difficile. 8 700 habitations ont déjà été démolies. Le ministère de l’environnement voulait terminer pour mars 2018, cela risque de ne pas être possible. C’était 6 700 en avril dernier.

Selon le Fukushima Minpo, de nouvelles demandes continuent à arriver, même après la levée des ordres d’évacuation. A Tomioka et Namié, où les ordres d’évacuer ont été levés en avril dernier, plus de 400 nouvelles demandes de démolition ont été déposées dans chaque commune depuis le 1er avril 2017, c’est plus que le nombre de démolitions sur la même période. Le ministère de l’environnement envisage de reporter la date limite pour déposer les demandes.

Cette destruction du cadre de vie, des repères et du passé est une des tristes conséquences de la catastrophe nucléaire qui a engendré des évacuations prolongées. Plus rien ne sera jamais plus comme avant et aucun retour à la normale n’est possible.

70ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 70ième versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations : 28,9 milliards de yens (220 millions d’euros). Cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo a déjà reçu un total de 7 681,6 milliards de yens (58,2 milliards d’euros au cours actuel) et cela ne suffira pas.

Plainte contre General Electric qui a construit Fukushima daï-ichi

Une plainte collective a été déposée à Boston aux Etats-Unis contre General Electric (GE), qui a conçu et construit la centrale de Fukushima daï-ichi. La compagnie a aussi été responsable de sa maintenance pendant des années. Pourtant, selon les plaignants, elle n’a pratiquement pas contribué financièrement à la remédiation des conséquences de la catastrophe nucléaire. Ils réclament donc 500 millions de dollars.

La compagnie se défend en expliquant que l’accident est dû au tsunami, pas à la conception du réacteur. Rappelons que le rapport d’enquête parlementaire avait conclu, quant à lui, à un accident d’origine humaine car les réacteurs n’étaient manifestement pas conçus pour résister à une agression extérieure pas si exceptionnelle, quand on pense aux critères généralement retenus pour une installation aussi dangereuse qu’un réacteur nucléaire.

Les plaignants accusent GE d’avoir économisé sur la sûreté et citent notamment :

  • l’enceinte de confinement est plus petite que sur les autres réacteurs nucléaires ;
  • le fait que la centrale ait été construite pratiquement au niveau de la mer, et non sur la falaise comme prévu initialement ;
  • le manque de systèmes de secours…

Japan Atomic Power Co a pioché dans les provisions pour le démantèlement et se trouve fort dépourvue quand l’échéance fut venue

La compagnie Japan Atomic Power (JAPCo) risque de voir ses quatre réacteurs nucléaires mis à l’arrêt définitif, même si elle s’accroche à celui de Tôkaï 2 pour éviter la faillite. Mais, selon l’Asahi, elle n’a pas les fonds nécessaires au démantèlement, alors qu’elle aurait dû les provisionner.

La loi japonaise impose aux exploitants de provisionner, années après années, les fonds nécessaire au démantèlement des réacteurs nucléaire et JAPCo devrait disposer de 180 milliards de yens (1,4 milliard d’euros) pour ses quatre réacteurs nucléaire. Mais la compagnie aurait pioché dans la caisse pour financer notamment la construction de nouveaux réacteurs et éponger ses pertes.

JAPCo refuse d’indiquer quelle somme d’argent reste disponible pour le démantèlement, mais selon un proche du dossier, l’essentiel du fond de réserve aurait été détourné.

Pourtant, son réacteur Tôkaï 1 est à l’arrêt définitif depuis 1998 et est en cours de démantèlement. Tsuruga 1 a été arrêté définitivement après la catastrophe de Fukushima. Tsuruga 2 est sur une faille sismique jugée active et n’est pas autorisé à redémarrer. Enfin, Tôkaï 2 est vétuste et dans une zone densément peuplée. Ce dernier aura 40 ans l’an prochain et il est peu probable qu’il obtienne une autorisation de prolongation de 20 ans.

La compagnie prévoyait de construire deux autres réacteurs à Tsuruga, dans la province de Fukui, mais le projet est gelé depuis la catastrophe de Fukushima. Une partie de l’argent détourné aurait servi à financer ses réacteurs et les travaux d’aménagement.

JAPCo est donc au bord de la faillite avec ses quatre réacteurs arrêtés définitivement ou sans espoir de redémarrage et elle n’a pas les fonds pour procéder à leur démantèlement. Elle n’aurait pas non plus les 174 milliards de yens nécessaires au renforcement de la sûreté de Tôkaï 2 auquel elle s’accro. Et maintenant, elle utiliserait l’argent du démantèlement pour éponger ses pertes… Il ne lui resterait plus que 18,7 milliards de yens (142 millions d’euros) non immobilisés.

JAPCo est une filiale des majors de l’électricité qui ont garanti ses emprunts. Dans le cas de TEPCo, nationalisée après l’accident nucléaire, cela provoquerait un scandale supplémentaire que l’argent public avancé sans intérêt serve à renflouer JAPCo.

Le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme de l’ONU s’intéresse aux victimes de la catastrophe de Fukushima

Le Haut Commissariat pour les Droits de l’Homme de l’ONU s’est intéressé au Japon. Concernant les victimes de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi (il faut cliquer sur F pour accéder aux documents en français), il note :

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a constaté avec inquiétude qu’il n’avait pas été suffisamment pourvu aux besoins particuliers des groupes défavorisés et vulnérables pendant la phase d’évacuation et au cours des travaux de relèvement et de reconstruction qui ont suivi le grave séisme qui a frappé l’est du Japon et l’accident nucléaire de Fukushima. Il a recommandé au Japon d’adopter une approche fondée sur les droits de l’homme en ce qui concernait les interventions en cas de catastrophe, l’atténuation des risques et les opérations de reconstruction […].

Le Rapporteur spécial sur le droit à la santé a recommandé au Japon de rendre publiques les informations relatives aux catastrophes dès que celles-ci se produisaient et de veiller à la participation effective et sans exclusive de la population aux processus de prise de décisions concernant les politiques et le cadre réglementaire en matière d’énergie nucléaire.

Plusieurs organisations sont intervenues auprès du Haut Commissariat :

IUVENTUM relève que l’état d’urgence décrété à la suite de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, en vigueur depuis mars 2011, autorise le Gouvernement à fixer les normes de sécurité. Si d’importants efforts de décontamination ont été faits, de nombreux lieux n’en ont pas bénéficié, ce qui fait que certains lieux décontaminés risquent d’être à nouveau contaminés. Alors qu’un rapport récent montre que le taux de radioactivité dans l’air est plus élevé à Fukushima qu’ailleurs, le Gouvernement renvoie les personnes qui avaient été évacuées dans les zones contaminées où la radiation est supérieure à 1 mSv/an. Greenpeace recommande au Japon de diffuser des informations exactes et aisément accessibles au sujet de la radiation et des niveaux de risque et de réduire le niveau annuel acceptable d’exposition supplémentaire dans les zones touchées par l’accident à un maximum de 1 mSv/an, ce qui correspondrait à la norme internationale.

Et d’ajouter :

IUVENTUM demande instamment au Japon de maintenir son aide financière aux évacués volontaires de la catastrophe de Fukushima. Greenpeace note avec préoccupation que la catastrophes a des conséquences psychologiques d’une grande ampleur et potentiellement fatales, en particulier pour les femmes et les filles, qui sont en outre, du fait de leur vulnérabilité face aux effets des radiations sur la santé, particulièrement pénalisées aux plans économique et politique par les politiques de reconstruction actuelles. HRN est préoccupé par la situation des enfants diagnostiqués comme souffrant d’un cancer de la thyroïde, ou dont on pense qu’ils en sont atteints, et invite instamment le Japon à améliorer la surveillance sanitaire et les services de santé.

HRN est l’organisation Human Rights Now basée à Tôkyô : sa contribution est ici en anglais. IUVENTUM est une organisation allemande. Enfin, la contribution de Greenpeace est accessible depuis ce communiqué en anglais.

Dans son rapport, le Japon n’est guère prolixe sur la situation des personnes déplacées par la catastrophe nucléaire :

Le Gouvernement offre aussi une aide technique et financière à la préfecture de Fukushima. Il a ainsi versé une subvention de 78,2 milliards de yen au Fonds pour la santé des habitants de Fukushima mis sur pied par la préfecture pour aider la population à prendre en charge leur santé à moyen et à long terme.

Selon Greenpeace, présente sur place à Genève, plusieurs pays sont intervenus en séance pour soutenir les victimes de la catastrophe nucléaire. Les diverses parties préparent actuellement des documents pour se répondre mutuellement. A suivre…