Budget en augmentation pour la décontamination

Le ministère de l’environnement a demandé un budget record de 522,3 milliards de yens (4 milliards d’euros) pour 2016 afin de pouvoir faire face à l’augmentation des coûts de la décontamination. Dans les zones non-évacuées, ce sont les communes qui prennent en charge les travaux, mais le gouvernement qui paye. Et comme il y a une volonté de finir en 2016, le ministère veut augmenter le budget. Il n’est pas sûr que la main d’œuvre suive.

Ce budget inclut aussi 134,6 milliards de yens (1 milliard d’euros) pour la gestion des sites d’entreposage temporaire des déchets engendrés et 214 milliards de yens (1,6 milliards d’euros) pour les sites de stockage prévus.

Les trois communes de Miyagi refusent d’accueillir un centre de stockage

Le ministère de l’environnement a sélectionné trois communes de la province de Miyagi pour y mener des études en vue de l’installation d’un centre de stockage des déchets radioactifs engendrés par la catastrophe. Il s’agit de Kami, Taïwa et Kurihara.

Mais à cause de l’opposition des riverains, aucune investigation n’a pu être menée et ce ne sera pas possible pour le deuxième hiver de suite. A Kami, les riverains et les élus bloquaient l’accès au site à chaque fois que des études devaient débuter. Les deux communes avaient exigé des études simultanées sur les trois sites. Elles n’ont pas eu lieu non plus.

Les maires ont fait savoir qu’ils retiraient leur accord. Le maire de Kami a demandé le transfert des déchets à Fukushima. Des représentants du ministère ont expliqué qu’il était impossible d’accepter cette décision.

Pour le moment, avec l’arrivée de l’hiver et de la neige, aucune investigation n’est possible.

Déchets de haute activité : enfouissement géologique sous-marin envisagé

Le Japon n’a pas réussi à trouver de site pour enfouir les déchets nucléaires de haute activité car aucune région ne s’est portée candidate. Le gouvernement actuel a décidé de renverser la procédure : d’abord sélectionner une formation géologique puis convaincre les riverains. Ce n’est pas gagné. Même pour les déchets issus de la décontamination, beaucoup moins radioactifs, l’opposition est forte. Alors le groupe d’experts mis en place par le ministère de l’industrie vient de suggérer d’enfouir les déchets les plus radioactifs dans une formation géologique sous-marine à moins de 20 km de la côte ! Un groupe de travail va étudier cette option.

Il y aurait moins d’écoulements d’eau souterraine et l’accès par bateau serait pratique.

Le groupe a exclut toute zone située à moins de 15 km d’un volcan ou à proximité d’une faille active.

L’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA), quant à elle, veut revoir les règles pour l’enfouissement des déchets de faible et moyenne activité à vie courte. Les règles actuelles imposent une profondeur de 50 m minimum. La NRA veut passer à 70 m minimum. Elle va consulter les compagnies d’électricité puis décider avant la fin mars 2016.

Plus de 9 millions de sacs de déchets radioactifs à Fukushima

Selon les chiffres officiels, à la fin septembre 2015, il y avait déjà 9,16 millions de sacs de déchets radioactifs empilés sur 114 700 sites provisoires. Chaque sac fait un mètre cube. Le ministère de l’environnement attend un total compris entre 16 et 22 millions de mètres cubes après réduction des volumes par incinération.

Le Mainichi a mis en ligne une vidéo prise depuis un hélicoptère à Tomioka, où l’on peut voir les sacs s’empiler sur quatre couches. C’est assez impressionnant. Une couche de terre moins contaminée est ajoutée par dessus pour atténuer le niveau de radiation ambiant.

A Tomioka, il y aurait 814 700 sacs entreposés sur 15 sites.

Les négociations avec les propriétaires de terrains à Ôkuma et Futaba, où le gouvernement veut mettre le site de stockage intérimaire, pour une durée de 30 ans, n’avancent pas. Alors ces sacs pourraient attendre longtemps avant d’être repris…

Il y a vingt ans, une fuite de sodium stoppait Monju

Il y a vingt ans, jour pour jour, une fuite de sodium stoppait le surgénérateur Monju mis en service moins d’un an plus tôt. Il n’a jamais redémarré depuis. Depuis le durcissement des règles de sûreté, les scandales s’accumulent à un tel point que l’Autorité de Régulation Nucléaire a demandé au gouvernement de chercher un nouvel exploitant.

L’usine dite de retraitement, à Rokkashô, qui devait alimenter Monju en plutonium, n’a jamais pu démarrer. Après 23 reports, personne ne sait si elle le pourra un jour.

Pourtant, le gouvernement japonais s’accroche à cette chimère, parle de “cycle du combustible”, alors qu’il n’y a pas de cycle, promet à la province d’Aomori de ne pas lui laisser les combustibles usés sur les bras. La politique japonaise en terme de déchets nucléaire est basée sur un immense bluff.

Le gouvernement continue avec les déchets issus de la catastrophe nucléaire. Il a promis aux habitants d’Ôkuma et de Futaba de reprendre la vingtaine de millions de mètres cube de déchets au bout de trente ans et des les stocker définitivement en dehors de la province de Fukushima. C’est même inscrit dans la loi ! Qui peut croire à de telles sornettes ?

Ces promesses intenables sont bien plus néfastes que les prétendues rumeurs qui mineraient la reconstruction de Fukushima. In fine, ce sont les populations victimes de la catastrophe nucléaire qui souffrent.

Accord pour un centre de stockage de déchets radioactifs à Fukushima

La catastrophe nucléaire a généré de vastes quantités de déchets radioactifs de toutes sortes pour lesquels les autorités peinent à trouver des solutions acceptables. Les déchets issus des chantiers de décontamination à Fukushima doivent être entreposés pendant 30 ans sur un site de 16 km2 autour de la centrale de Fukushima daï-ichi, en attendant de trouver mieux. Pour le moment, le projet n’avance pas vite.

Pour les autres déchets, comme ceux qui seront produits après le retour des habitants dans les zones évacuées, ou la paille, les boues de station d’épuration, cendres d’incinérateur, etc…, le gouvernement avait proposé de nationaliser un site d’enfouissement à Tomioka afin d’y stocker définitivement les déchets qui ont une contamination en césium comprise entre 8 000 et 100 000 Bq/kg. Les plus radioactifs devraient être coulés dans des fûts en ciment. Il s’agit du “Fukushima Ecotech Clean Center” qui devrait accueillir 650 000 m3.

Le gouverneur de Fukushima vient de donner son accord. La commune de Tomioka est toujours évacuée. En revanche, la commune voisine de Naraha, par où devraient passer les camions, a vu son ordre d’évacuer levé en 5 septembre 2015. Ces deux communes devraient recevoir 10 milliards de yens (75 millions d’euros) pour ce projet. Les maires étaient initialement opposés sous le prétexte que cela risquerait de décourager le retour des habitants.

Selon les données du ministère de l’environnement, il y a 166 000 tonnes de déchets de ce type dans 12 provinces du Japon, dont 83% à Fukushima (138 000 tonnes). Le gouvernement veut construire des installations similaires dans 5 autres provinces, mais les projets sont bloqués à cause de l’opposition des riverains. Il espère que l’exemple de Fukushima sera suivi par d’autres… Le gouverneur de Fukushima a clairement réitéré son opposition à accepter des déchets provenant d’autres province.

Par ailleurs, un incinérateur a été récemment inauguré dans le district de Warabidaïra à Iitaté. Il devrait incinérer les déchets issus de la décontamination, des maisons détruites, plus de la paille de riz de Fukushima, Minami-Sôma, Daté, Kunimi et Kawamata et des boues de station d’épuration de Fukushima, Minami-Sôma et Kunimi. Il devrait pouvoir “traiter” 240 tonnes par jour pendant trois ans. Une extension de deux ans est possible, si nécessaire. Les cendres ayant moins de 100 000 Bq/kg de césium seront stockées à Tomioka et les autres, à proximité de la centrale accidentée.

Imbroglio à propos de foin contaminé

De nombreuses fermes ont toujours sur les bras du foin et de la paille contaminés. Au-delà de 8 000 Bq/kg en césium, c’est considéré comme déchet radioactif et le gouvernement doit trouver une solution, avec le succès que l’on sait… En deçà, c’est aux communes de prendre en charge ces déchets, comme des déchets agricoles ordinaires. Et en dessous de 100 Bq/kg, cela peut être utilisé pour nourrir les animaux.

Mais, même en dessous de 8 000 Bq/kg, les autorités locales peinent à trouver des solutions. Les riverains sont opposés à l’incinération.

Selon l’Asahi, la commune de Shiroishi, dans la province de Miyagi, a trouvé la solution : donner les balles de foin contaminé à M. Yoshizawa qui a refusé de quitter Namié, située dans la zone évacuée, pour que le bétail ne soit pas abattu. Nous avons déjà parlé de lui et son troupeau car certaines de ses vaches ont des taches blanches inexpliquées. Comme il a environ 330 têtes de bétail provenant de plusieurs élevages à nourrir dans son “ranch de l’espoir”, il a accepté le foin de Shiraishi. Cela ne lui posait pas de problème car son bétail ne pourra jamais servir à l’alimentation.

Cela a déplu au maire de Namié, M. Tamotsu Baba, qui est allé se plaindre à son homologue de Shiraishi. Ce geste constituerait un manque de considération pour les sentiments des anciens habitants de Namié. Mais pour le maire adjoint de Shiraishi, il s’agit d’un geste humanitaire destiné à aider les agriculteurs de sa commune et l’éleveur de Namie, qui n’a rien d’illégal car le foin a moins de 8 000 Bq/kg. 1 100 balles de foin ont été transférées depuis la fin octobre dernier.

Le 18 novembre dernier, le ministère de l’agriculture et les autorités régionales de Miyagi ont demandé à Shiraishi de cesser les transferts car cela pourrait entraîner une “désinformation”. Pour une fois qu’il y avait une solution innovante pour gérer les déchets radioactifs…

 

Vers un report des études pour la recherche d’un site de stockage pour les déchets radioactifs à Miyagi

Le ministère de l’environnement devrait repousser une nouvelle fois les études géologiques sur les trois sites pré-sélectionnés pour installer le centre de stockage des déchets radioactifs de la province de Miyagi. A Kami, l’opposition y est très forte et, à chaque fois que des géologues sont venus, l’accès au site a été bloqué. Avec l’approche de la neige, ce sera bientôt trop tard pour cette année.

Deux autres communes, Kurihara et Taïwa ont accepté les études géologiques, mais à condition qu’elles soient simultanées sur les trois sites retenus. Elles ont annoncé qu’elles pourraient revenir sur leur décision si les investigations ne commençaient pas cette année.

Le gouverneur de Miyagi a critiqué le gouvernement pour son manque de leadership dans cette affaire. La seule proposition du ministère à l’issue de la rencontre entre le gouverneur et le ministre de l’environnement a été de convoquer une nouvelle réunion pour convaincre les communes concernées d’accepter les études géologiques. Tant que les autorités garderont leur approche traditionnelle, à savoir Décider, Annoncer et Défendre, ce sera un échec.

Nouveau report de la date de démarrage de l’usine dite de retraitement

Japan Nuclear Fuel Ltd vient d’annoncer un nouveau report de la date de démarrage de son usine dite de retraitement des combustibles usés à Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori. La nouvelle date est septembre 2018.

Initialement, cette usine aurait dû démarrer en 1997 et la dernière date de démarrage était annoncée pour mars 2016. Cette dernière était intenable, comme nous l’avions souligné.

L’usine de production du combustible MOx, quant à elle, ne démarrera pas avant 2019.

L’exploitant de Monju disqualifié

L’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA, estime que la Japan Atomic Energy Agency (JAEA), l’équivalent du CEA, n’est pas capable d’exploiter le surgénérateur Monju, situé sur la péninsule de Tsuruga à Fukui. A l’issue de sa réunion du 4 novembre, l’autorité a demandé au ministère des sciences et technologies de revoir entièrement le management de l’Agence dont il a la responsabilité car elle est incapable de surmonter ses problèmes et de trouver un nouvel exploitant pour Monju. Et si le ministère ne peut pas garantir la sûreté de ce réacteur, il faudra considérer sa fermeture définitive. Il aura six mois pour répondre.

Mais la NRA n’a pas le pouvoir d’ordonner l’arrêt définitif du réacteur et le Ministère n’a personne d’autre à proposer…

Rappelons que Monju est un surgénérateur supposer produire plus de plutonium qu’il n’en consomme. Il a été mis en service en 1994 et arrêté en 1995 suite à une fuite de sodium. Il est à l’arrêt depuis. Mais les autorités s’acharnent à vouloir le démarrer un jour.

Lors d’inspections post-Fukushima, la nouvelle autorité de sûreté a découvert de nombreuses violations des règles élémentaires de sûreté et cela ne s’améliore pas. D’où le coup de semonce prévu. Le président a déclaré que l’Agence n’est pas capable de gérer et exploiter Monju. Elle ne peut régler ses problèmes seule. Un jugement sévère qui fait suite à l’audition du président de l’Agence, un ancien de chez Mitsubishi Heavy Industries, qui a une branche dédiée à l’énergie nucléaire.

Il vaudrait mieux tout arrêter. Mais le Japon maintient ce programme de “recyclage” du plutonium pour des raisons militaires et il a besoin d’alibis. L’usine de retraitement construite à Rokkashô-mura, dans la province d’Aomori accumule aussi les déboires et n’a jamais pu démarrer. En attendant, elle sert de site d’entreposage d’une partie des combustibles usés. Si elle ne démarre pas, le gouverneur d’Aomori ne veut pas garder les combustibles usés. Si le Japon arrive finalement à la démarrer, il n’a pas de débouché pour le plutonium car seulement deux réacteurs fonctionnent actuellement. Il s’est, en effet, engagé à ne pas extraire plus de plutonium que ce qu’il peut en consommer.

Avant la catastrophe de Fukushima, seulement quatre réacteurs japonais pouvaient utiliser du combustible MOx, qui contient du plutonium. Il n’y en a plus qu’un actuellement : le n°3 d’Ikata, dans la province d’Ehimé.

Monju, est un exutoire prévu pour justifier l’extraction du plutonium. S’il est abandonné, l’usine de retraitement le sera aussi. Il faudra renvoyer les combustibles usés dans les centrales où certaines piscines arrivent à saturation, ce qui empêche leur exploitation. C’est pourquoi Monju est maintenu dans tous les plans gouvernementaux, malgré 30 années d’arrêt.

En attendant, il a déjà coûté plus de 1 000 milliards de yens (7,5 milliards d’euros) pour 250 jours de fonctionnement.