TEPCo a fini de transférer l’eau traitée vers des cuves plus robustes

TEPCo a d’abord stocké les eaux contaminées et traitées dans des cuves bon marché car la solution devait être provisoire… Mais, faute de solutions alternatives, cette eau est toujours dans des cuves et certaines ont fui. Ce fut notamment le cas en 2013 (lire notre article de synthèse de 2013), avec une fuite de 300 m3 d’une cuve avec de l’eau partiellement traitée que TEPCo avait mis un mois à découvrir. Le rejet avait été estimé à 24 térabecquerels et l’incident classé au niveau 3 sur l’échelle INES. La compagnie s’était alors engagée à ne plus utiliser que des cuves soudées, plus solides, afin d’éviter les fuites et d’y transférer tout son stock d’eau.

TEPCo annonce fièrement que c’est fait pour toute l’eau traitée par la station ALPS. L’eau pour laquelle seul le strontium avait été retiré est transférée depuis le 17 novembre 2018.

TEPCo veut aussi utiliser ces cuves soudées pour l’eau douce. Le transfert devrait être terminé en mai prochain.

Espérons que cuves tiendront en cas de nouveau séisme grave, car les conséquences pourraient être terribles si plusieurs d’entre elles devaient fuir.

TEPCo et l’Etat japonais condamnés à indemniser des personnes déplacées

25 personnes originaires de Fukushima, qui se sont réinstallées dans la province d’Ehimé sur l’île de Shikoku, avaient saisi la justice pour être mieux indemnisées. Elles réclamaient un total de 137,5 millions de yens (1,1 million d’euros) avec comme argument principal que cette catastrophe aurait pu être évitée si des mesures préventives avaient été prises pour protéger la centrale suite à la réévaluation des risques de séisme et de tsunami en 2006. Elles estiment que l’indemnisation reçue est insuffisante au regard du préjudice subi qui a séparé les familles et coupé les liens avec la communauté. Elles ont demandé 5,5 millions de yens (44 000 €) par personne pour couvrir le stress, la perte de biens et le déménagement.

La cour de Matsuyama a estimé que l’argument relatif à la prévention de l’accident était recevable et a accordé une indemnisation à 23 des 25 plaignants. Les deux personnes non indemnisées n’étaient pas nées lors de la catastrophe. L’Etat et TEPCo devront payer un total de 27 millions de yens (217 000€).

C’est la dixième fois que TEPCo est condamnée et l’Etat la sixième fois dans des affaires similaires. Il y a une trentaine de plaintes déposées.

Le ministère de l’économie veut subventionner l’énergie nucléaire

Selon l’Asahi, le ministère de l’économie du Japon étudie l’introduction d’une subvention à l’électricité d’origine nucléaire. En effet, l’introduction d’exigences de sûreté plus strictes pèse sur la compétitivité de l’énergie nucléaire. La subvention devrait être introduite à la fin 2020 et est présentée comme un soutien à une énergie qui ne pollue pas… Après Fukushima, il fallait oser !

Fin 2020, les compagnies revendant de l’électricité devront proposer une offre avec un minimum de 44% d’origine non fossile. Comme les énergies renouvelables ne sont pas encore assez développées, les revendeurs devront acheter de l’électricité nucléaire à un tarif plus élevé pour la soutenir. Ce sont, bien évidemment, les clients qui payeront in fine.

Il faut rappeler que le gouvernement prévoit dans sa programmation de l’énergie que le nucléaire devrait produire entre 20 et 22% de l’électricité d’ici 2030, ce qui est complètement irréaliste. Il n’y arrivera pas avec le parc actuel.

Et dire que l’énergie nucléaire a toujours été présentée comme étant bon marché ! Au Etats-Unis, en 1954, elle avait même été présentée comme étant si bon marché qu’il n’y aura pas besoin de compteurs. De fait, elle a toujours été subventionnée. Quelle compagnie privée pourrait attendre 24 ans la mise en service d’une usine de traitement des combustibles usés ou investir à perte des milliards d’euros dans la surgénération ? Sans parler du coût des conséquences d’un accident grave largement supporté par les contribuables.

86ième versement financier pour TEPCo

TEPCo annonce avoir reçu le 86ème versement financier de la part de la structure gouvernementale de soutien qui lui avance de l’argent pour les indemnisations. Il s’agit d’une somme particulièrement élevée en ce dernier mois de l’année fiscale : 197,6 milliards de yens (1,6 milliards d’euros au cours actuel). C’est 10 fois plus que le mois dernier. Rappelons que cet argent est prêté sans intérêt.

TEPCo avait réclamé 217,5 milliards de yens et le complément devrait être versé en avril, pour la nouvelle année fiscale.

En prenant en compte ce versement et les 188,9 milliards de yens venant de l’Act on Contract for Indemnification of Nuclear Damage Compensation, TEPCo a déjà reçu un total de 8 965,6 milliards de yens (72 milliards d’euros au cours actuel) si l’on prend en compte le présent versement et cela ne suffira pas.

Le communiqué de TEPCo est accompagné d’un tableau avec les sommes versées au titre des indemnisations, mais sans explications. Sur un total de 8 594,3 milliards de yens (69 milliards d’euros) versés, 60% sont allés aux entreprises et propriétaires, soit 5 123 milliards de yens (41 milliards d’euros), 36% aux individus qui ont dû évacuer, même si ce n’est pas indiqué, soit 3 117,6 milliards de yens (25 milliards d’euros). Le reste, 4% ou 353,7 milliards de yens (2,8 milliards d’euros), est allé aux auto-évacués ou évacués “volontaires”.

Rencontres internationales lycéennes de la radioprotection

L’IRSN, le CEPN et le CEA organisent les rencontres internationales lycéennes de la radioprotection à Cherbourg en Cotentin. Voir le programme. Ce sont ces mêmes organismes qui tentent de rendre l’accident nucléaire acceptable.

Quelle idée d’aller faire visiter la centrale de Flamanville à des enfants de Tchernobyl et Fukushima qui ont vu leur vie bouleversée par un accident nucléaire grave. C’est pour leur vanter la technologie française ?

Le Prof. Hayano, qui s’est fait remarquer pour avoir utiliser des données personnelles sans autorisation et s’est trompé dans leur exploitation, comme nous l’avons rapporté, est aussi au programme. Un bel exemple pour la jeunesse ! Il va parler de l’intégrité scientifique ou expliquer comment augmenter le nombre de followers sur twitter ?

Le réseau “Minna no data” fédère 31 laboratoires et stations de mesure indépendants au Japon, mais les organisateurs n’ont trouvé que le Prof. Hayano pour aider les lycéens.

Le dernier exposé par des lycéens de Fukushima est intitulé : “Comment aider les gens à se sentir “en sécurité” ?” Grâce à un détecteur de “rumeurs néfastes” qui demeurent la seule pollution à Fukushima ?

Plus d’un million de mètres cubes d’eau traitée dans les cuves

Rien de neuf, si ce n’est que TEPCo vient de dépasser le million de mètres cubes d’eau traitée stockée dans des cuves. Voir nos chiffres clés à l’occasion du huitième anniversaire pour un bilan détaillé du problème de l’eau contaminée.

Voir son portail pour l’eau contaminée, qui n’est pas à jour et qui donne peu d’informations.

TEPCo, exsangue financièrement, prend le risque de financer le réacteur Tôkaï-2

TEPCo et d’autres compagnies d’électricité ont finalement pris le risque de financer les travaux de renforcement de la sûreté du réacteur Tôkaï-2 situé dans la province d’Ibaraki. Ce réacteur, très ancien et vétuste, a été noyé par le tsunami et il y a presque un million d’habitants dans un rayon de 30 km. Mais il a été autorisé à fonctionner 60 ans si des travaux sont effectués. La facture s’élèverait à 300 milliards de yens (2,4 milliards d’euros), le double de l’estimation initiale.

Comme les médias japonais l’avaient déjà annoncé au début du mois, TEPCo, actionnaire de l’exploitant, la Japan Atomic Power Co (JAPCo), garantit 190 milliards de yens (1,5 milliard d’euros). C’est maintenant officiel et cela représente à peu près les 2/3 de la somme totale. Les autres contributeurs sont Tôhoku Electric, Chûbu Electric, Kansaï Electric et Hokuriku Electric.

Il n’est pas sûr que les élus locaux acceptent la remise en service de ce réacteurs. Ces compagnies ont donc pris des risques énormes. Dans le cas de TEPCo c’est encore plus grave car la compagnie rechigne à indemniser les victimes de l’accident nucléaire et ne survit que grâce à l’aide de l’Etat, actionnaire majoritaire. In fine, ce sont donc les contribuables qui financent indirectement la remise en service de ce réacteur. TEPCo a déjà reçu 70 milliards d’euros de prêts sans intérêts pour payer les indemnisations.

Selon l’Asahi, qui rapporte les estimations récentes de la JAPCo, il en coûtera 120 milliards de yens d’ici 2022 pour remettre en service ce réacteur. TEPCo, qui devrait acheter 80% de l’électricité générée par ce réacteur, payera le même pourcentage des dépenses, à savoir 96 milliards de yens (762 millions d’euros). Le reste sera pris en charge par Tôhoku Electric qui achètera 20% de la production électrique.

Puis, entre janvier 2023 et mars 2024, il faudra encore 180 milliards de yens pour exploiter le réacteurs. JAPCo va emprunter cette somme auprès des banques grâce aux garanties des autres compagnies d’électricité. TEPCo et Tôhoku Electric vont garantir respectivement 96 et 24 milliards de yens. Les autres compagnies, qui ne vont pas bénéficier de la production de Tôkaï-2, vont aussi mettre la main à la poche sous le prétexte qu’elles rachetaient la production de Tsuruga-2, l’autre réacteur de la JAPCo situé dans la province de Fukui. Ce dernier étant sur une faille sismique considérée comme active ne devrait jamais redémarrer.

Si Tôkaï-2 ne redémarre pas, la JAPCo qui n’a plus de réacteur fera faillite et ce sont les compagnies actionnaires qui seront mises en difficultés.

Les trois anciens dirigeants de TEPCo plaident non coupable

Les trois anciens dirigeants de TEPCo, Tsunéhisa Katsumata, Sakaé Mutô et Ichirô Takékuro, ont plaidé non-coupables de négligence professionnelle lors de la dernière audience de leur procès qui a eu lieu le 12 mars 2019. Leur position n’a pas changé depuis le premier jour du procès qui a débuté en juin 2017 et ils ont nié les charges présentées contre eux tout au long des 37 audiences.

Les avocats commis d’office, agissant en qualité de procureurs, ont requis 5 ans de prison pour les trois anciens dirigeants de TEPCo. Il s’agit de la peine maximale en cas de négligences ayant entraîné la mort.

L’essentiel des débats ont porté sur le fait de savoir si un tsunami d’une telle ampleur aurait pu être prédit ou pas. Des rapports internes de TEPCo avaient pris en compte une telle éventualité, mais rien n’avait été fait pour renforcer les défenses des centrales de Fukushima daï-ichi et daï-ni. Pour la défense, le rapport de 2008 en question n’était pas validé. Elle en veut pour preuve que l’étude envisageait un tsunami venant du Sud alors que celui de 2011 venait de l’Est… Pour l’accusation, les dirigeants auraient décidé de ne pas prendre en compte ces prédictions et auraient donné des ordres en ce sens.

Le jugement est mis en délibéré et le verdict est attendu pour le 19 septembre 2019.

Les trois anciens dirigeants de TEPCo ont été mis en examen pour négligences professionnelles ayant entraîné le décès de 44 personnes de la clinique de Futaba et de l’hospice attenant, située dans la commune d’Ôkuma. L’évacuation avait pris 5 jours. des bus étaient d’abord venus chercher les patients qui pouvaient se lever. Ils étaient restés 10 heures dans le bus avant qu’un hôpital ne les accepte à Iwaki. Certains étaient décédés à l’arrivée. Les autres ont attendu plusieurs jours que l’armée vienne les chercher. Certains n’ont pas pu tenir aussi longtemps sans soins appropriés.

Le directeur de la clinique, qui était resté avec les derniers patients, est décédé en janvier dernier, à l’âge de 84 ans.

L’Asahi a publié des photos de la clinique après huit années à l’abandon.

Le gouvernement veut changer les règles d’indemnisation pour les décès indirects après une catastrophe

Les décès indirects dus à une dégradation des problèmes de santé suite à l’évacuation prolongée sont indemnisés au Japon et, actuellement, ce sont les autorités municipales qui décident s’il y a un lien entre le décès et la catastrophe. Elles veulent des règles nationales. Le gouvernement a décidé d’établir un standard national.

Rappelons que les derniers chiffres officiels de la province de Fukushima (source), qui datent du 13 février 2019, font état de 1 605 décès directs dus à la triple catastrophe, de 2 disparus et de 2 267 décès indirects.

Etude sur les conséquences sociales de l’accident nucléaire

Le programme de recherche Shinraï, qui veut dire confiance en japonais, de l’IRSN, vient de rendre public son deuxième rapport, en anglais. Le premier rapport est sorti en juillet 2018.

Comme le note le communiqué de l’IRSN, l’originalité de l’analyse est de s’appuyer sur une approche pluridisciplinaire et sur une enquête de terrain approfondie, ce qui est plutôt rare. Les “recherches” sur le post-accident sont généralement menées dans le cadre de projets européens et ne rassemblent que des experts entre eux. Parfois, on invite des habitants des territoires contaminés par les accidents de Tchernobyl et de Fukushima, soigneusement choisis. Le physicien Ryûgo Hayano, dont nous avons déjà parlé suite à son utilisation de données personnelles sans autorisation, est fréquemment invité car il dit ce que les autorités veulent entendre. La dernière invention de ces groupes est un “serious game” qui ne peut donner que des réponses convenues et irréalistes sans confrontation à la réalité du terrain.

Cette étude dénote donc par rapport à ce que publie habituellement l’IRSN. En particulier, elle s’intéresse aux Japonais, majoritaires, qui ne rentrent pas dans les territoires où l’ordre d’évacuer a été levé, même s'”ils n’intéressent pas la radioprotection” comme on peut l’entendre dans d’autres projets. Cette étude remet aussi en cause certains principes sur lesquels repose l’approche internationale de la gestion post-accidentelle présente, par exemple, dans la publication 111 de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR). Elle montre que la méthode verticale et autoritaire de gestion des territoires contaminés, adoptée par le Japon, ne marche pas. La situation est bien plus complexe et les réponses ne peuvent être que diverses pour faire face à la variété des situations auxquelles font face les populations.