Plutonium : l’acharnement

Alors que le gouvernement s’apprête à arrêter définitivement le surgénérateur Monju tout en tentant de ne pas perdre la face, l’exploitant, la Japan Atomic Energy Agency (JAEA), veut continuer à produire du combustible au plutonium pour ce type de réacteur. A cette fin, il veut déposer une demande d’autorisation de redémarrage de son usine Third Plutonium Fuel Development Facility située à Tôkaï, dans la province d’Ibaraki et il l’a fait savoir à l’Autorité de Régulation Nucléaire, la NRA.

Mise en service en 1988, cette installation a produit du combustible pour Joyo et Monju. Si Monju va être abandonné, le gouvernement veut garder Joyo pour justifier sa politique plutonium. Cette remise en service va nécessiter des investissements qui vont se chiffrer en dizaines de milliards de yens car il faut renforcer sa sûreté pour un programme qui est voué à l’échec.

Les surgénérateurs ont été pensés il y a plus de 50 ans et ne devraient pas être disponibles industriellement avant plus de 50 ans, selon les estimations les plus optimistes. Plus de 100 ans de R&D ! Aucun industriel ne veut investir dans un tel projet et c’est de l’argent public qui va être gaspillé.

Quant à la JAEA, elle a été jugée incapable d’exploiter Monju à cause d’une culture de sûreté défaillante. Elle va être capable d’exploiter l’usine de combustible ?

Le redémarrage n’est pas pour si tôt…

Début du retrait des débris du tsunami dans la mer devant Fukushima daï-ichi

Les coopératives de pêche viennent de débuter le repêchage des débris du tsunami qui jonchent les fonds marins devant la centrale de Fukushima daï-ichi. La pêche est interdite zone située à moins de 20 km de la centrale et il n’y a pas eu de nettoyage jusqu’à présent.

Les coopératives de pêche de Futaba-Sôma et d’Iwaki sont impliquées dans ce travail qui devrait durer jusqu’en février 2017. Elles ne peuvent pas approcher à moins de 5 km de la centrale nucléaire accidentée.

32 bateaux étaient présents lors de ce premier jour.

Des boues de réservoirs très radioactives à Fukushima

Selon une étude du ministère de l’environnement, mentionnée par le Maïnichi, le césium radioactif s’est accumulé dans une dizaine de barrages situés à moins de 50 km de la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi. Ces réservoirs sont utilisés pour l’irrigation ou l’alimentation en eau potable, ce qui suscite de l’inquiétude.

Le ministère effectue une surveillance régulière de la contamination des sédiments de retenues d’eau d’Iwaté à Tôkyô afin d’étudier l’évolution de la contamination radioactive. Pour 10 de ces barrages situés à moins de 50 km de la centrale de Fukushima daï-ichi, la concentration totale en césium radioactif dépasse les 8 000 Bq/kg, limite à partir de laquelle les déchets doivent être classées en déchets radioactifs. Cette limite était de 100 Bq/kg pour chaque césium avant la catastrophe. Il y a, par exemple, 64 400 Bq/kg dans le réservoir de Ganbé à Iitaté, 27 500 Bq/kg dans celui de Yokokawa à Minami-Sôma et 26 900 Bq/kg dans celui de Mano à Iitaté. La contamination de l’eau de surface dans ces réservoirs est de l’ordre de 1 à 2 Bq/L, ce qui est inférieur à la limite de potabilité fixée à 10 Bq/L après la catastrophe.

On ne connait pas la quantité totale de césium retenue ainsi. Une autre étude, qui date décembre 2013, avait estimé à 8 TBq (8 000 milliards de becquerels) la quantité totale de césium dans le barrage d’Ôgaki à Namié. Il servait à l’agriculture.

Selon un autre article du Maïnichi, Pour le moment, le ministère de l’environnement estime qu’il est préférable de laisser le césium là où il est plutôt que de vidanger les barrages et contaminer les rivières.

Pour les sols contaminés, le gouvernement a décidé d’appliquer une logique inverse, à savoir les disperser un peu partout, en appelant cela “recyclage”.

Les débits de dose autour des ces barrages ne dépasserait pas les 2 microsieverts par heure, ce qui serait sans conséquence si l’on ne reste pas à côté. Bien entendu ! Le césium est dans le fond et l’eau sert d’écran aux rayonnements. En cas de sécheresse, l’accès sera déconseillé…

Les habitants ou anciens habitants sont inquiets. Ces barrages vont-ils être décontaminés avant la levée des ordres d’évacuer ? C’est peu probable. Pourront-ils boire l’eau du robinet ? Utiliser l’eau pour l’agriculture ? Quelles seraient les conséquences en cas de rupture d’un barrage ? Que des rumeurs néfastes…

Arrêt définitif de Monju : comment ne pas perdre la face ?

Le gouvernement s’est réuni pour décider du sort du surgénérateur Monju qui n’a fonctionné que 250 jours depuis sa mise en service en 1994 et a déjà coûté plus de 1 000 milliards de yens (8 milliards d’euros) d’argent public. Cela fait la bagatelle de 4 milliards de yens (36 millions d’euros) par jour de fonctionnement ! En plus, la culture de sûreté y est défaillante et l’Autorité de régulation nucléaire a demandé au gouvernement de trouver un autre exploitant. Tout le village nucléaire vante intérêt de ce réacteur, mais personne ne veut le reprendre. Il ne reste plus qu’à l’arrêter définitivement et lancer son démantèlement, comme l’annoncent les médias japonais. Mais, ni le gouvernement, ni le village nucléaire ne veulent perdre la face. Alors on réfléchit à la communication.

A l’issue de la réunion, le gouvernement s’est mis d’accord pour conclure d’ici la fin de l’année et de revoir entièrement sa politique. Il a aussi réaffirmé sa volonté de “recycler” les combustibles usés. C’est aussi un échec pour le moment puisque l’usine d’extraction du plutonium n’a jamais marché et que presque tout le parc nucléaire japonais est à l’arrêt. Le gouvernement veut aussi maintenir la recherche sur les générateurs dits de génération IV en collaboration avec la France. Ils doivent aboutir dans 50 ans, ce qui fera plus de 100 ans de R&D. Une technologie d’avenir qui le restera ! Et puis, il faudra aller expliquer ce revirement aux élus locaux. Le maire de Tsuruga et le gouverneur de Fukui se sont dit déçus. Le gouvernement aurait assuré le maire, la veille, que rien n’était décidé…

Selon le Maïnichi, il y a un fort désaccord en entre le ministère de l’industrie qui estime que ce ne n’est pas plus cher de construire un nouveau prototype plus moderne que de maintenir Monju. Mais le ministère de la recherche, qui en avait la charge, tient à son réacteur défaillant. Selon l’Asahi, il a donc critiqué la collaboration avec la France sur Astrid, le prototype français dans les cartons du CEA, en expliquant que Superphénix est aussi un échec et que le Japon risquait de devenir la vache à lait du projet dont les coûts et les délais pourraient exploser. La première conséquence de cet échec patent, est que lee gouvernement va devoir revoir toute sa politique du plutonium, matière hautement proliférante.

Dans un éditorial, le Yomiuri, qui se positionne en porte-parole du village nucléaire japonais, demande que l’arrêt définitif de Monju ne rompt pas le cycle du combustible. Pas de risque puisque ce cycle est inexistant !

De son côté, un syndicats a interrogé des employés de JAEA, l’exploitant de Monju, qui se révèlent être très critiques. Selon le Maïnichi, qui reprend les résultats du sondage, plus de la moitié (57,7%) estime que ce réacteur doit être arrêté définitivement. Ils ne sont que 8,5% à le défendre. A noter que sur les 234 adhérents interrogés, seulement 71 ont répondu. Aucun d’entre eux ne travaille à Monju. Un autre syndicat a sondé ses adhérents travaillant à Monju, mais n’a pas publié les résultats…

Quel gâchis d’argent public ! Dans un éditorial, l’Asahi appelle à l’arrêt définitif de ce réacteur, bien entendu, mais aussi à la réforme du système qui a permis cette gabegie.

Une manifestation anti-nucléaire a rassemblé environ 9 500 personnes à Tôkyô pour réclamer l’arrêt définitif de Monju et de tous les réacteurs nucléaires.

Des nouvelles du parc nucléaire japonais

Le retrait du gouverneur de Niigata de la course à sa succession a pris de court de nombreux habitants qui contaient sur lui pour retarder, voire empêcher le redémarrage de deux réacteurs à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa appartenant à TEPCo. Des groupes anti-nucléaire ont manifesté au début du mois pour lui demander de rester. Ils comptent bien mettre ce sujet au cœur de la campagne électorale. 1 300 personnes étaient présentes à ce rassemblement, selon l’Asahi.

Chûgoku Electric, qui avait porté plainte contre quatre militants qui avaient bloqué, en 2009, l’accès au site prévu pour la centrale nucléaire contestée de Kaminoseki. Elle demandait 39 millions de yens. La stratégie de la compagnie a été de faire traîner le procès afin de maintenir une intimidation des militants contestataires. Six ans et huit mois plus tard, ils sont arrivé à un accord. La compagnie retire sa plainte et les militants ne pénètrent pas sur le site et n’obstruent plus l’accès par la mer. La compagnie maintient son projet de centrale. S’il n’avance pas, ce n’est pas à cause d’une poignée de militants contre le nucléaire. Le meilleur ennemi de l’industrie nucléaire, c’est elle-même.

A Kagoshima, le gouverneur, qui a demandé par deux fois à Kyûshû Electric d’arrêter les deux réacteurs de sa centrale de Sendaï, en vain, vient de reconnaître que son action était illusoire car ces réacteurs seront, de toutes façons, arrêtés les 6 octobre et 16 décembre prochains, après 13 mois d’exploitation. Mais l’action du gouverneur aura permis d’obtenir des contrôles supplémentaires suite aux séismes de Kumamoto. Quant au redémarrage des réacteurs après leur arrêt de routine, il risque de prendre beaucoup de temps. Il y a, bien entendu, les garanties demandées par le gouverneur, mais il y a surtout l’acier des cuves à contrôler, car il pourrait avoir les mêmes problèmes que ceux de l’EPR, comme nous l’avons signalé.

Depuis que l’autorité de régulation nucléaire a demandé de trouver un nouvel exploitant au surgénérateur Monju, le gouvernement est à la peine. Tout le village nucléaire vante son intérêt, mais personne ne veut le reprendre. Comme nous l’avons déjà signalé, le gouvernement envisage donc son arrêt définitif, ce qui serait une excellente nouvelle tant cette technologie est dangereuse. Cela se préciserait, selon les médias japonais. Mais, pour ne pas perdre la face et avoir quelque chose pour justifier le retraitement des combustibles usés, le gouvernement réfléchit à sa communication : il va donc annoncer le maintien des recherches sur ce que l’on appelle généralement la génération IV désormais, même s’il s’agit d’une technologie ancienne peu performante et dangereuse. Il a Jôyô, un autre petit réacteur situé à Ibaraki qui est à l’arrêt depuis un accident en 2007, et un partenariat possible avec la France sur le projet Astrid.

La compagnie J-Power, qui construit un nouveau type de réacteur nucléaire à Ôma, dans la province d’Aomori, vient de reporter une nouvelle fois la date de mise en service. Ce sera en 2024 car l’instruction du dossier de sûreté est plus longue que prévu. En décembre 2014, c’était 2021 qui était annoncé, puis 2022 en septembre 2015. La NRA avait demandé des études sismiques supplémentaires. Ce réacteur, qui doit fonctionner entièrement au combustible MOx, est une première mondiale. Mais comme l’usine d’extraction du plutonium utilisé pour ce type de combustible n’a jamais démarré, l’utilité de ce réacteur est douteuse.

La construction d’un centre d’entreposage centralisé des combustibles usés à Mutsu, dans la province d’Aomori, qui devait débuter en octobre prochain, a été reportée d’au moins deux ans. L’instruction du dossier de sûreté par l’autorité de régulation nucléaire n’est pas terminé. La compagnie, qui s’appelle sans vergogne, Recyclable-Fuel Storage Co, est une filiale de TEPCo et de la Japan Atomic Power Co. a déposé le dossier en janvier 2014. Comme les réacteurs sont presque tous arrêtés, cette installation n’est pas très utile pour le moment.

Quant à l’usine de retraitement de Tôkaï, dans la province d’Ibaraki, il faudra environ 70 ans pour la démanteler, selon son propriétaire, la Japan Atomic Energy Agency (JAEA). Pour un réacteur nucléaire, ce sont généralement une trentaine d’années qui sont prévues. Cette agence ne dit rien sur les volumes de déchets radioactifs attendus ni sur le coût. Mais ce calendrier n’est tenable que s’il y a un exutoire pour les déchets, ce qui n’est pas le cas pour le moment. L’usine a démarré en 1977, mais n’a retraité que 1 140 tonnes de combustibles usés en tout. Elle a été arrêtée définitivement en 2014.

Maison construite sur des déchets radioactifs à Fukushima

Le Maïnichi rapporte l’histoire d’une maison construite sur des déchets radioactifs issus de la décontamination qui ont été enterrés. En quelques années, il y a déjà perte de la mémoire. Et dire que le gouvernement veut les éparpiller partout pour construire des digues ou faire du terrassement en présentant cela comme du “recyclage” qui permet de faire des économies.

Dans 5 communes, les déchets radioactifs issus de la décontamination ont été, pour la plupart, enterrés sur place ou laissés au bout du terrain. La ville de Fukushima est dans ce cas. Un homme y a acheté un terrain de 300 m2 en novembre 2013 pour y construire une habitation. Le propriétaire précédent lui a transmis un croquis avec l’emplacement des déchets enterrés et des relevés de débits de dose mesurés avant et après les travaux de décontamination. Mais ce plan ne donnait aucune distance.

En mai 2015, le nouveau propriétaire a fait une demande officielle pour connaître l’emplacement des déchets et la mairie lui a donné une plan avec des dimensions. Une maison a été construite, puis, en octobre 2015, quand la commune est venue rechercher les déchets, 6 sacs d’un mètre cube chacun étaient sous la maison. Quatre d’entre eux ne peuvent pas être repris sans risquer de l’endommager.

La mairie ne se serait pas excusée pour le plan erroné alors qu’elle a distribué 66 000 croquis sans dimension. Il y aura sûrement d’autres erreurs de ce type. Dans les quatre autres communes qui ont enterré provisoirement les déchets, les plans sont plus précis, avec des dimensions. La ville de Fukushima a encore 26 000 croquis à distribuer. Elle envisage de les remplacer par des plans. Espérons qu’ils soient justes.

TEPCo lance un appel à l’aide technologique pour se diversifier et démanteler Fukushima daï-ichi

TEPCo vient de lancer un site internet avec 77 défis technologiques auxquels elle fait face et pour lesquels elle lance un appel. Voir aussi son communiqué. Le défi n°1, par exemple, concerne de la peinture anti-rouille pour ses pylônes. Il y a aussi de l’analyse de données concernant la consommation et la production d’électricité, la diversification des ressources et, bien entendu, la situation à la centrale accidentée de Fukushima daï-ichi.

La vidéo introductive classe ces défis en trois rubriques, qui sont la diversification des ressources et les énergies nouvelles et la vente de nouveaux produits afin de faire face à la dérégulation du marché au Japon, puis, en dernier, le démantèlement des réacteurs nucléaires. Les mots accident, Fukushima daï-ichi, déchets, radioactivité… ne sont jamais prononcés. Seules quelques images font référence à la catastrophe nucléaire.

TEPCo a compris qu’il n’y avait pas d’avenir dans le nucléaire pour elle et elle cherche à se diversifier. Elle compte; certes, redémarrer ses réacteurs de Kashiwazaki-Kariwa dans la province de Niigata, mais elle fait face à une forte opposition locale. Ainsi, le charbon d’EDF intéresserait TEPCo et Chûbu Electric. Les deux entreprises souhaiteraient racheter EDF Trading qui gère un volume de 100 millions de tonnes de charbon par an, dans un marché total qui équivaut à 1,3 milliard de tonnes, selon la Tribune. TEPCo envisage aussi de lancer de nouveaux services pour ses clients, en partenariat avec Sony.

Côté démantèlement, la liste des défis est intéressante à regarder. Il y a la gestion des déchets radioactifs et la réduction de leur volume. C’est effectivement un défi majeur. Il y a aussi le démantèlement des cheminées qui sont très radioactives. En 2013, TEPCo avait relevé des points chauds allant jusqu’à 25 Sv/h. Ailleurs, les débits de dose restent élevés, de l’ordre de quelques mSv/h. Et leur structure pourrait avoir été fragilisée par le séisme.

Il y a aussi toute une série de défis relatifs à la mesure de la radioactivité, comme la détection des neutrons, la mesure du tritium, de l’eau de mer… C’est assez surprenant, car il s’agit de protocoles normalisés. Il y a aussi la gestion de l’eau contaminée et la recherche d’options pour se débarrasser du tritium. Sur ce dernier point, TEPCo avait déjà envisagé plusieurs options, souvent assez farfelues.

Toujours à propos de l’eau, TEPCo recherche enfin des solutions pour l’eau stockée dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine. D’après l’agence Kyodo, reprise par le Maïnichi, il y en aurait près de 10 000 m3 rien que dans les galeries souterraines que la compagnie n’a pas prévu de reprendre dans l’immédiat, auxquels il faut ajouter 70 000 m3 dans les sous-sols des réacteurs avec une contamination beaucoup plus élevée.

Pour limiter les fuites, TEPCo a aussi lancé comme défi de trouver une solution pour colmater les cuves où le débit de dose interdit aux humains d’approcher. Il est peu probable qu’une solution soit trouvée rapidement.

Pour en savoir plus, il faut se connecter. En utilisant son compte twitter, voici ce à quoi l’on s’expose :

cuusoo

Ainsi TEPCo veut pouvoir changer notre profil et poster des tweets pour nous ! C’est incroyable !