Implantation d’un centre d’enfouissement des déchets radioactifs : candidatures validées

Deux communes de Hokkaïdô se sont portées candidates à la première phase des études pour l’implantation d’une centre d’enfouissement des déchets radioactifs, comme nous l’avons rapporté. Le gouvernement vient de valider ces deux candidatures. Chaque commune va recevoir 2 milliards de yens et la NUMO, l’organisation en charge de la gestion des déchets, commence immédiatement l’étude bibliographique prévue dans cette première phase. Elle devrait durer deux ans. Des réunions d’information sont aussi prévues.

Ces démarches ne sont pas du goût de tout le monde. Le gouverneur de Hokkaïdô, Naomichi Suzuki, a rappelé son opposition à ce que la province devienne la poubelle nucléaire du pays. Une partie de la population locale est aussi opposé aux projets, comme ion peut le lire dans ce reportage du magasine en ligne Equal times. Le conseil municipal de Suttsu a rejeté la demande de référendum sur le sujet.

Le retrait des combustibles usés du réacteur n°3 avance

TEPCo a mis à jour sa page de suivi du déchargement de la piscine du réacteur n°3. La compagnie a désormais retiré 382 assemblages usés sur 514. C’est 49 de plus que lors du dernier bilan publié le 28 octobre dernier.

La compagnie travaille maintenant à un rythme plus soutenu, avec une moyenne de 2,3 assemblages par jour. Le rythme pour retirer les 49 assemblages précédents était de 0,9 assemblage par jour.

Bilan presque complet du second traitement de l’eau contaminée

TEPCo a accumulé 1,234 millions de mètres cubes d’eau “traitée” dans des cuves (au 22 octobre 2020). Mais une large partie du stock (environ 72%) n’a pas été traitée convenablement, et les concentrations résiduelles pour certains éléments dépassent les concentrations maximales autorisées pour un rejet en mer. Comme nous l’avons déjà mentionné, TEPCo a lancé des tests sur un deuxième traitement de 2 000 m3 en septembre dernier. En octobre, la compagnie a publié un premier bilan à mi-parcours, après avoir traité 1 000 m3. Elle vient de mettre en ligne un bilan presque complet.

Le bilan précédent ne prenait en compte que 7 radioéléments considérés comme majeurs (Cs-134/137, Sr-90, Co-60, Sb-125, Ru-106, I-129). Le présent bilan inclut des résultats de mesure sur une soixantaine de radioéléments, même s’il manque encore quelques données car les analyses seraient encore en cours.

Pour chaque radioélément considéré, TEPCo fait le ratio entre la contamination résiduelle et la concentration limite autorisée pour un rejet en mer. Elle fait ensuite la somme des ratios.

Pour l’eau provenant du groupe de cuves J1-G, la somme des ratios pour les 7 radioéléments majeurs plus le strontium-89 est de 351 avant le deuxième traitement. Cette somme est de 0,049 après le deuxième traitement. C’est le strontium-90 qui domine la contamination résiduelle avec un ratio de 347. Pour le strontium-89, la concentration résiduelle avant traitement est inférieure à la limite de détection de 787 Bq/L. Cette limite est nettement supérieure à la concentration maximale admissible de 300 Bq/L. Après traitement, la limite de détection est faible : 0,045 Bq/L. TEPCo ne donne pas la concentration résiduelle pour les autres radioéléments, notamment le tritium, qui n’est pas filtré.

L’eau provenant du groupe de cuves J1-C est beaucoup plus contaminée. Le bilan présenté le mois dernier portait sur les 7 radioéléments majeurs plus le strontium-89. La somme des ratios avant et après le deuxième traitement est respectivement de 2 188 et 0,15. C’est encore le strontium-90 qui domine avec un ratio de 2 155. Pour le strontium-89 avant traitement, la limite de détection est 22 fois plus élevée que la concentration maximale admissible !

Le nouveau bilan prend en compte une soixantaine de radioéléments. Les sommes des ratios avant et après le deuxième traitement sont donc plus élevées : respectivement 2 406 et 0,35. A noter que le carbone-14, dont la concentration résiduelle est de 15 Bq/L environ, n’a jamais été filtré et ne le sera pas. Ce n’est que depuis peu que TEPCo en parle. La contamination en tritium résiduelle est de l’ordre de 850 000 Bq/L, soit 14 fois plus élevée que l’autorisation de rejet fixée à 60 000 Bq/L. Le tritium, qui est de l’hydrogène radioactif, est très difficile à filtrer puis à stocker. L’idée de TEPCo est donc de diluer l’eau traitée une deuxième fois au moment du rejet, afin de respecter la limite maximale autorisée.

Par ces tests TEPCo montre que le procédé peut faire baisser la concentration résiduelle de l’eau contaminée sous les seuils de rejet, à l’exception du tritium. En fait, ce n’est pas vraiment une nouveauté, puisqu’une partie du stock avait déjà été correctement traitée. Les contaminations résiduelles élevées d’une majeure partie du stock d’eau sont dues à de mauvaises pratiques (économie sur des résines échangeuses d’ion, surveillance défaillante…). TEPCo ne présente aucune garantie sur l’amélioration de ses pratiques. Il faudrait mettre en place un contrôle indépendant qui n’est mentionné nulle part. Bref, les leçons de ce premier fiasco (mauvais traitement de l’eau) n’ont pas été tirées. Après, quand les populations n’ont pas confiance, c’est à cause des “rumeurs néfastes”…

Renoncements en vue dans le nucléaire japonais

Les faits sont têtus et le gouvernement japonais doit se faire une raison. Dans une interview à l’Asahi, le ministre de l’industrie admet qu’il ne sera pas possible d’engager la construction d’un nouveau réacteur nucléaire dans les 10 prochaines années. L’opinion n’y est pas prête. Par ailleurs, un groupe d’experts du ministère de la réforme administrative remet en cause un contrat avec Orano pour le retraitement de combustibles usés.

Le ministère de l’industrie, qui a toujours fortement soutenu le développement de l’industrie nucléaire, est en train de revoir la politique énergétique du pays. Le plan actuel n’est pas réaliste et le premier ministre s’est engagé récemment à ce le pays atteigne la neutralité carbone d’ici 2050. Hiroshi Kajiyama, le ministre de l’industrie, reconnaît qu’il n’est pas possible de faire accepter la construction de nouveaux réacteurs nucléaires au Japon. Il est déjà assez compliqué de redémarrer les réacteurs existants. Rappelons que seuls 9 réacteurs ont été remis en service depuis 2011 et qu’un seul est en activité actuellement. Il espère cependant regagner la confiance de la population d’ici 10 ans. Comment ? Il ne le dit pas.

Le groupe d’experts qui participe à la revue des dépenses de l’Etat a demandé la remise en question d’un contrat avec Orano pour le retraitement de 111 tonnes de combustibles usés du réacteur expérimental Fugen, mis à l’arrêt définitif. La compagnie française avait annoncé ce contrat en 2018. Mais, il serait ambigu sur le coût et sur le devenir du plutonium extrait. Il doit donc être renégocié voire annulé. Le ministre de la réforme administrative, Tarô Kôno, ne sait pas si le plutonium sera renvoyé au Japon ou si la France l’achète, ou le garde.

L’Autorité de régulation nucléaire maintient sa compréhension des explosions du réacteur n°3

L’Autorité de régulation nucléaire a réanalysé l’explosion hydrogène du réacteur n°3 et maintient sa compréhension des évènements. Elle a notamment réanalysé les images prises par deux chaînes de télévision (Fukushima Chuo et NTV). Le document synthétique est ici en japonais, avec de nombreuses photos.

Voici le déroulement retenu : une première explosion hydrogène a endommagé le quatrième étage. Puis, l’incendie qui a suivi au cinquième étage supérieur a fait exploser l’hydrogène restant, ce qui a provoqué l’apparition d’une fumée noire. L’état des poutres déformées au troisième étage indique une pression de vent instantanée pouvant atteindre 5 atmosphères. Une telle force peut endommager les structures en béton et faire s’effondrer des bâtiments en bois.

L’Autorité de régulation nucléaire a repris ses investigations sur les causes et le déroulement de l’accident. Plusieurs de ses membres ont récemment pris de fortes doses dans le réacteur n°2. Un rapport plus complet devrait être publié d’ici un mois.

La province de Miyagi donne son accord à la remise en service d’Onagawa-2

Une première version de cet article a été publiée le 22 octobre 2020. Il a été remis à jour avec les derniers développements.

En début d’année, l’Autorité de régulation nucléaire avait donné son accord à la remise en service du réacteur n°2 de la centrale d’Onagawa, située dans la province de Miyagi. Il fallait encore obtenir l’assentiment des élus locaux. Vers le 15 octobre, les médias japonais ont annoncé qu’Yoshihiro Muraï, le gouverneur de la province, devrait donner son accord d’ici la fin de l’année. La centrale est sur les communes d’Ishinomaki et d’Onagawa. Le maire d’Ishinomaki a aussi fait savoir qu’il était d’accord. Les conseil municipaux de ces deux communes aussi. Et, le 22 octobre, l’assemblée régionale de Miyagi a voté en faveur de cette remise en service, avec 35 voix pour et 19 contre.

Le 9 novembre, une réunion a été organisée avec tous les maires de la province de Miyagi pour recueillir leur opinion sur le redémarrage de ce réacteur nucléaire. Certains considèrent que c’est trop tôt, mais la plupart y étaient favorables. Selon l’Asahi, il a finalement été décidé de laisser les maires d’Ishinomaki et Onagawa avoir le dernier mot, avec le gouverneur. Et sans surprise, ils ont donné leur accord le 11 novembre 2020.

Il s’agit d’un réacteur de 825 MWe à eau bouillante dont les sous-sols avaient été inondés par le tsunami de 2011, mais il n’y a pas eu d’accident nucléaire. L’exploitant espère pouvoir remettre ce réacteur en service en 2022, une fois les mesures de renforcement de la sûreté mises en place. Il y a notamment la construction d’un nouveau mur contre les tsunamis d’une longueur de 800 m. Les travaux de renforcement de la sûreté face aux agressions externes du réacteur n°2 devraient coûter la bagatelle de 340 milliards de yens (2,7 milliards d’euros). C’est beaucoup plus que pour les 9 réacteurs déjà remis en service dans l’Ouest du pays. Mais les risques sismiques y sont supérieurs.

Ce pourrait être le premier réacteur à eau bouillante à être remis en service au Japon depuis 2011. Les réacteurs de Fukushima daï-ichi étaient aussi à eau bouillante.

La commune d’Onagawa a été fortement endommagée par le tsunami. Il y a eu 800 morts ou disparus. La moitié de ses commerces et compagnies auraient mis la clé sous la porte. La chambre de commerce locale soutient donc cette remise en service. Les pêcheurs, qui ont aussi beaucoup souffert, ont bénéficié d’aides de la commune, qui a pu payer grâce à la taxe nucléaire.

La province reçoit 10 milliards de yens (80 millions d’euros) par an grâce à la présence de la centrale nucléaire. Cette dépendance financière des deux communes et de la province expliquent leur soutien à la remise en service rapide du réacteur n°2, malgré l’inquiétude d’une partie de la population.

Les plans d’évacuation en cas d’accident grave sont aussi problématiques. Les habitants de la péninsule Oshika doivent se rapprocher de la centrale pour évacuer. Un tsunami pourrait détruire la route. Tout le monde reconnaît que les itinéraires d’évacuation demeurent un problème à résoudre, selon l’Asahi. Et l’iode n’a été distribuée qu’à quelques 750 personnes dans un rayon de 5 km.

Tôhoku Electric, l’exploitant, a décidé d’arrêter définitivement Onagawa-1 et se prépare à déposer une demande de remise en service pour Onagawa-3.

L’école de Tsushima (Namié) va fermer après que le dernier élève passe au collège

Le district de Tsushima, à Namié, avait une école élémentaire et un collège qui accueillaient 1 700 élèves avant la catastrophe nucléaire. La commune est presque entièrement classée en zone dite de retour difficile. L’école élémentaire a donc déménagé à Nihonmatsu, dans les bâtiments d’une ancienne école. Elle va fermer à la fin de l’année scolaire, qui termine fin mars 2021, faute d’élèves.

Selon le Maïnichi, il n’y a plus qu’un seul élève à l’école élémentaire… et il va passer au collège.

Deux synthèses sur l’évolution de la contamination radioactive à Fukushima

Un article de revue synthétise les connaissances acquises sur la contamination de l’environnement terrestre à Fukushima et son évolution. Il est en accès payant, mais l’IRSN en a mis une version gratuite en ligne.

L’AIEA a aussi publié une synthèse des connaissances sur les transferts des radioéléments dans l’environnement de Fukushima. Le document est en libre accès ici.

Plus qu’un seul réacteur nucléaire en activité au Japon

Avec l’arrêt temporaire d’Ôï-4, pour maintenance, tous les réacteurs nucléaires exploités par Kansaï Electric sont arrêtés. Cela devrait durer jusqu’au 22 décembre, avec le redémarrage de Takahama-3.

Kansaï Electric (KEPCo) avait remis en route 4 réacteurs depuis la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi : Ôï-3 et -4, ainsi que Takahama-3 et -4, tous situés dans la province de Fukui. Takahama-3 et -4 ont du retard dans la mise en place des mesures anti-terrorisme. Des tuyaux doivent être changés dans Ôï-3.

Sur les 9 réacteurs remis en service depuis la catastrophe de Fukushima, il n’y en a qu’un en activité actuellement : Genkaï-4. Genkaï-3 est arrêté pour maintenance et Sendaï-1 et -2, aussi exploités par Kyûshû Electric, sont arrêtés à cause du retard dans l’implémentation des mesures anti-terrorisme.

Et Ikata-3, exploité par Shikoku Electric a été arrêté par la justice en janvier denier.

269 problèmes de santé au travail ayant conduit à une indemnisation à Fukushima daï-ichi

Selon le ministère du travail, il y a eu 269 cas de maladies liées au travail ayant conduit à une indemnisation depuis le début de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi. Ce chiffre élevé est dû aux conditions de travail très difficile sur le site. En ce moment, environ 4 000 personnes travaillent chaque jour sur le site et beaucoup sont exposées aux rayonnements ionisants.

Selon l’agence Kyodo, qui relaie l’information du ministère, il y a notamment six cas de travailleurs qui ont développé un cancer ou une leucémie en raison d’une exposition aux radiations, et quatre autres qui ont souffert de maladies liées au surmenage. TEPCo dénombre 98 personnes qui ont souffert de la chaleur sous les combinaisons de protection.

L’article mentionne aussi 313 accidents, dont trois mortels, sans expliquer le lien avec le chiffre précédent.