Déchets radioactifs déclassés à Chiba

Le ministère de l’environnement a accepté la requête de la ville de Chiba de déclasser 7,7 tonnes de déchets radioactifs en déchets ordinaire car la contamination est passée en dessous de la limite de 8 000 Bq/kg. C’est la première fois qu’une telle décision est prise. Elle ouvre la porte au recyclage d’autres types de déchets radioactifs.

Il s’agit de 3,5 tonnes de zéolites qui servent à absorber le césium et 4,2 tonnes de cendres radioactives d’incinérateur de déchets qui sont actuellement entreposés dans une déchèterie du district de Mihama. Selon des mesures faites par le gouvernement en juin dernier, leur contamination est passée à 6 100 Bq/kg et 4 000 Bq/kg respectivement. Pour le moment, la commune va les laisser là. Elle ne veut pas les mélanger aux autres déchets pour ne pas inquiéter les riverains et les employés des centres de stockage.

Le gouvernement veut ouvrir un site de stockage des déchets radioactifs dus à la catastrophe dans chaque province touchée. Pour celle de Chiba, il vise un terrain dans la ville de Chiba. Maintenant que la commune n’a plus, officiellement, de déchets radioactifs, elle pense pouvoir refuser le site.

La limite de libération d’avant la catastrophe était de 100 Bq/kg pour chaque césium. Cette nouvelle limite, mise en place après l’accident nucléaire sans avoir jamais été débattue, est bien plus élevée.

 

TEPCo condamnée à indemniser un golf suite à la baisse de fréquentation

Un parcours de golf, situé à 115 km de la centrale de Fukushima daï-ichi dans la province de Tochigi, a vu sa fréquentation baisser en 2011 suite à l’accident nucléaire. TEPCo a refusé de l’indemniser car il est situé très loin et qu’il n’y a aucun risque lié à la radioactivité.

La justice a été saisie et a jugé que la population n’avait pas suffisamment de connaissances sur la radioactivité au début de la catastrophe et qu’il n’était pas déraisonnable de s’inquiéter des risques pour la santé. La cour a estimé que ces craintes étaient responsables de 30 à 50% de la baisse de revenu durant les 5 premiers mois. Elle a donc condamné TEPCo à verser 19,6 millions de yens (170 000 euros) au golf à titre d’indemnisation. Les plaignants en demandaient 86,4 millions. La cour a aussi estimé que les routes endommagées par le séisme et l’ambiance qui n’était pas aux loisirs ont aussi contribué à la baisse de fréquentation.

C’est la première fois que la justice japonaise ordonne d’indemniser les conséquences des “rumeurs néfastes” pour reprendre l’expression japonaise. Ce terme n’est pas approprié puisque la justice a justement reconnu que les craintes n’étaient pas déraisonnables.

Polémique à propos du risque sismique à la centrale d’Ôï

Kunihiko Shimazaki, sismologue et commissaire de l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) jusqu’en septembre 2014, pense qu’il faut revoir les règles de sûreté en ce qui concerne la résistance aux séismes.

En ce qui concerne la centrale d’Ôï, située dans la province de Fukui, la NRA a refait les calculs et conclu, le 13 juillet dernier, qu’il n’était pas nécessaire de réviser ses conclusions quant à la tenue de cette centrale aux séismes. En effet, les nouveaux résultats restent inférieur à ce que l’exploitant a pris en compte : la NRA a calculé que la secousse maximale pouvait atteindre 644 gal, le gal étant une unité d’accélération (1 gal = 1 cm/s2). C’est moins que ce qu’a trouvé, Kansaï Electric (KEPCo) : 856 gal.

Or, il existe plusieurs méthodes pour calculer cette accélération. La NRA a utilisait la méthode Irikura-Miyaké. Puis, pour répondre aux critiques de M. Shimazaki, elle a adopté la méthode Takémura. Ce dernier estime que cette méthode devrait donner une accélération maximale serait de 1 500 gals environ, et non 644 gal. Il a donc immédiatement réagi pour contester cette conclusion par une lettre à la NRA, tout en annonçant une conférence de presse pour lendemain.

Le 20 juillet, le président de la NRA a reconnu que les résultats de la méthode Takémura n’étaient pas corrects et que l’Agence va refaire les calculs. En particulier, une marche de sécurité de 50% n’a pas été prise en compte dans le calcul de la NRA, alors que cela doit être fait pour prendre en compte les incertitudes. En revanche, l’agence va continuer à utiliser la méthode Irikura-Miyaké. Elle ne sort pas grandie de cet affaire.

Rapport de Greenpeace sur la contamination des sédiments marins

Souvenez-vous, l’ACRO était sur le Rainbow warrior en février dernier pour assister Greenpeace dans sa compagne de prélèvement de sédiments marins au large de la centrale de Fukushima daï-ichi. Les échantillons ont été analysés par Chikurin, le laboratoire mis en place à Tôkyô avec le soutien financier et technique de l’ACRO.

Greenpeace vient de rendre publics les résultats et leur analyse dans un rapport disponible en anglais (communiqué et rapport) et en japonais (communiqué et rapport). Sans surprise, c’est à l’embouchure des fleuves de Fukushima qu’il y a la plus forte contamination : jusqu’à 29 800 Bq de césium par kilogramme de matière sèche dans l’estuaire de la Niida. Tous les échantillons, sauf un, ont une contamination supérieure à 1 000 Bq/kg. L’échantillon le moins contaminé avait 309 Bq/kg dans l’estuaire de l’Abukuma.

En ce qui concerne les sédiments marins prélevés au large, leur contamination varie de 6,5 à 144 Bq/kg.

L’organisation a aussi fait des prélèvements dans le lac Biwa, situé dans le Kansaï, à très grande distance de la centrale accidentée. Deux échantillons sur 4 sont marqués au césium. Mais il doit s’agir d’une contamination plus ancienne car il n’y a pas de césium-134. Ce lac est la principale source d’eau douce pour le Kansaï. En cas d’accident sur une centrale nucléaire proche, c’est l’alimentation en eau potable de million de gens qui serait affectée.

Le gouverneur de Kagoshima va bientôt demander l’arrêt de la centrale de Sendaï

Satoshi Mitazono, le gouverneur nouvellement élu à Kagoshima s’était engagé, lors de la campagne électorale, à demander l’arrêt temporaire des réacteurs de la centrale de Sendaï, les deux seuls en exploitation, le temps de faire les contrôles nécessaires suite aux séismes qui ont eu lieu dans la province voisine de Kumamoto. Il était donc attendu sur ce sujet.

Une telle demande est sans précédent. L’exploitant, Kyûshû Electric et le gouvernement sont très inquiets. Légalement, le gouverneur n’a pas le pouvoir de demander cet arrêt. Mais l’exploitant et le gouvernement se sont engagés à tenir compte de l’avis des gouverneurs… Un accord signé avec l’exploitant lui donne la possibilité de mener une inspection et d’exiger des garanties supplémentaires suite à ses constatations. Dans une interview au Asahi, il a expliqué vouloir demander également une revue des failles sismiques actives dans les environs de la centrale. Cela pourrait prendre beaucoup de temps.

Suite aux séismes de Kumamoto, l’Autorité de Régulation Nucléaire avait dit qu’elle pensait qu’il n’était pas nécessaire d’arrêter cette centrale.

Conformément à ses promesses, le gouverneur va aussi mettre en place un groupe de travail pour évaluer les plans d’évacuation autour de cette centrale. De nombreux ponts situés sur les routes d’évacuation ne seraient pas assez solides en cas de tremblement de terre. Les hôpitaux et les cliniques situés à moins de 10 km doivent préparer un plan d’évacuation, suite à la décision du précédent gouverneur. Cela devrait être étendu à 30 km.

Ces demandes devraient être faites fin août, alors qu’un arrêt programmé de ces réacteurs est prévu les 6 octobre et 16 décembre prochains, après 13 mois d’exploitation. Il est peu probable que leur arrêt soit avancé. En revanche, leur redémarrage ne devrait pas être rapide, si les exigences du nouveau gouverneur sont prises en compte.

Toujours pas de solution efficace pour limiter les volumes d’eau contaminée à Fukushima daï-ichi

TEPCo a fini par admettre que le sol gelé qui entoure les quatre réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima daï-ichi ne va pas arrêter les infiltrations d’eau souterraine dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine. Ce ne serait pas le but de ce mur, qui doit juste réduire ces infiltrations. Selon le Japan Times, ce serait la première fois que TEPCo admet publiquement un tel fait, même si ce n’est pas une surprise.

TEPCo continuerait à pomper quotidiennement une moyenne de 321 m3 dans les sous-sols pour éviter des débordements, ce qui est à 31 m3 par jour de moins qu’en mai dernier.

De son côté, l’Agence de Régulation Nucléaire, la NRA, a demandé à TEPCo de trouver un solution pour les quelques 60 000 m3 d’eau fortement contaminée qui sont encore dans les sous-sols des bâtiments réacteur et turbine. En cas de nouveau tsunami, cette eau irait en partie dans l’océan. De toutes façons, il ne s’agit pas d’une solution pérenne. Toyoshi Fuketa, un des commissaires de la NRA, a qualifié cette situation d’intolérable.

TEPCo doit donc proposer des solutions pour réduire ce volume ou la contamination de cette eau. La NRA a proposé deux options : construire de nouvelles cuves ou traiter cette eau.

Mais si l’eau de refroidissement continue à s’écouler dans les sous-sols alimentés par la nappe phréatique, c’est sans fin. Le mur gelé avait justement pour but de réduire significativement ces infiltrations…

Bref, c’est sans solution et TEPCo a fini par l’admettre, à demi-mots.

L’option « sarcophage » est finalement exclue pour Fukushima daï-ichi

Le groupe d’experts chargé par le gouvernement de suivre les travaux à Fukushima daï-ichi avait retenu l’option de la construction d’un sarcophage autour des réacteurs accidentés, à l’instar de ce qui a été fait à Tchernobyl. Face au tollé, le ministre de l’industrie est intervenu et le groupe est revenu en arrière en excluant cette option dans le rapport rendu public ce jour. Le président du groupe technique a dû exprimer ses regrets et s’est engagé à tenir compte de l’avis des résidents de Fukushima à l’avenir…

Ils méritent en effet plus de considération après tout ce qu’ils ont subi. Espérons que cela servira de leçon.

Report du redémarrage d’Ikata

Le démarrage du réacteur n°3 de la centrale d’Ikata, située dans la province d’Ehimé, initialement prévu pour le 26 juillet prochain, a été reporté suite à la découverte d’une fuite de liquide de refroidissement. L’exploitant, Shikoku Electric, espère un redémarrage en août.

Si les problèmes persistent et que le redémarrage prend du retard, le Japon pourrait à nouveau se retrouver sans énergie nucléaire. En effet, les réacteurs de Sendaï, le seul en activité, vont être arrêtés au bout de 13 mois d’exploitation cet automne. Et ceux de Takahama ne devraient pas redémarrer de si tôt suite à l’action de la justice.

“Zones de retour difficile” : pas de retour avant 2021

Les zones où l’exposition externe pouvait dépasser 50 mSv/an ont été classées en zone de “retour difficile” par les autorités japonaises. Elles couvrent une surface de 337 km2 et environ 24 000 personnes réparties dans 9 000 foyers y habitaient. L’accès y est interdit, sauf autorisation spéciale. Mais avec la décroissance naturelle et le lessivage des sols, les autorités espèrent pouvoir reconquérir ces zones à partir de 2021. Y aura-t-il encore des habitants pour rentrer ? Un sondage effectué par l’agence de reconstruction a montré que seulement 10% des habitants des quatre communes qui entourent la centrale de Fukushima daï-ichi souhaitent rentrer.

Au bout de 10 ans, par la seule décroissance radioactive, le césium-134, qui a une demi-vie de 2 ans, aura presque disparu. Il n’en restera que 3%. En revanche, il restera 80% du césium-137, qui lui a une demi-vie de 30 ans. Il représentait environ la moitié du césium rejeté. Le gouvernement prévoit d’entamer les travaux de décontamination à ce moment là. Aura-t-il trouvé une solution pour les déchets d’ici là ?

Si l’exposition externe passe en dessous de la limite de 20 mSv/an, il sera à nouveau permis d’y vivre. Cela concernera surtout les travailleurs de la centrale et les personnes qui leur fourniront des services. Cela signifie que le retour à la limite de 1 mSv/an, objectif à long terme des autorités japonaises, est encore à plus long terme…

Sept communes sont concernées. Le gouvernement va entamer des discussions avec les élus avant de prendre une décision au mois d’août prochain.

Hypothèse d’un sarcophage à Fukushima daï-ichi

Le groupe de suivi des travaux de démantèlement des réacteurs de Fukushima daï-ichi, mis en place par le gouvernement, a émis l’hypothèse de construire un sarcophage autour des réacteurs accidentés, à l’instar de ce qui a été fait à Tchernobyl. Pour aller recherche le combustible fondu au fond des cuves et sur le radier, il envisage deux pistes. L’une consiste en l’ennoyage des réacteurs pour réduire l’exposition des travailleurs, ce qui suppose avoir colmaté les fuites.

L’hypothèse du sarcophage a provoqué de nombreuses réactions. Les élus locaux parlent de trahison et de menace pour les populations qui ne voudront pas revenir. Et de rappeler les engagements de TEPCo et du gouvernement de retirer les combustibles fondus.

Pour le moment, l’eau de refroidissement se contamine avant de s’écouler dans les sous-sols des réacteurs et de fuir. Le sarcophage n’est donc pas une solution pérenne.

Devant le tollé, le ministre de l’industrie a exclu l’hypothèse du sarcophage et réaffirmé que le retrait du combustible fondu était la priorité n°1.