Le nouveau gouverneur de Kagoshima veut demander l’arrêt de la centrale de Sendaï

Il y a eu des élections dimanche 10 juillet au Japon afin de renouveler partiellement la chambre haute. Au niveau national, les partis politiques sont restés très vagues sur le politique énergétique. La coalition au pouvoir a remporté ce scrutin à un tour et dispose désormais d’une majorité des 2/3 pour changer la constitution et l’article 9 en particulier qui interdit au Japon de participer à des conflits armés.

Localement, ce scrutin a entraîné quelques bouleversements. A Fukushima, le ministre de la justice, Mitsuhidé Iwaki a perdu son siège malgré le soutien du premier ministre. La campagne électorale a été axée sur des enjeux locaux avec, en premier lieu, la revitalisation de la province. Le gagnant, Téruhiko Mashiko, soutenu par les partis d’opposition, a clairement affiché qu’il voulait l’arrêt définitif de la centrale de Fukushima daï-ni. Dans le Tôhoku, toujours très affecté par les conséquences de la triple catastrophe de mars 2011, le parti libéral démocrate a perdu 5 sièges sur 6.

A Kagoshima, où il y a la seule centrale nucléaire en fonctionnement, on votait aussi pour le poste de gouverneur. Le sortant a été battu pour être remplacé par Satoshi Mitazono, un ancien journaliste soutenu par les partis d’opposition. Le vainqueur a clairement fait campagne pour l’arrêt momentané des réacteurs de Sendaï suite aux séismes de Kumamoto. Il a aussi promis d’œuvrer en faveur d’un monde sans nucléaire et a obtenu 56,77% des suffrages.

A peine élu, le nouveau gouverneur a indiqué qu’il allait demander la suspension de l’exploitation de la centrale de Sendaï, le temps d’ausculter les failles sismiques à proximité et de revoir les plans d’urgence. Mais un gouverneur n’a pas les moyens légaux d’arrêter un réacteur nucléaire. Le gouvernement lui demande son avis avant d’autoriser le redémarrage pour montrer qu’il “consulte les populations locales”, mais n’y est pas obligé. L’exploitant de la centrale, Kyûshû Electric dont l’action a perdu 7%, s’est empressé de rappeler l’absence de légalité de cette revendication. Les deux réacteurs doivent, de toutes façons, être arrêtés à partir d’octobre 2016, après 13 mois d’exploitation. Qu’en sera-t-il de leur redémarrage ? Il pourrait être reporté pour répondre aux exigences du nouveau gouverneur.

Plainte rejetée contre les fabricants de réacteurs nucléaires

Environ 3 800 personnes dans 32 pays avaient porté plainte contre les fabricants de la centrale nucléaire de Fukushima daï-ichi. General Electric, Toshiba et Hitachi étaient visés. Mais un tribunal de Tôkyô vient de débouter les plaignants car la loi japonaise exempte les fabricants en cas d’accident.

L’avocat du collectif a expliqué à la presse qu’il était conscient que ce serait difficile, mais il pense que cette situation n’est pas saine : les fabricants doivent être responsables des équipements qu’ils vendent.

Vidéo de TEPCo sur les risques de criticité

Dans un réacteur en fonctionnement normal, la fission de l’uranium et du plutonium émet des neutrons qui vont déclencher d’autres fissions. Une réaction en chaîne est à l’origine de l’énergie produite. S’il n’y a pas assez de neutrons, elle s’étaient et s’il y en a trop, cela devient s’emballe et peut devenir explosif. Un réacteur fonction en régime critique de façon à ce que la réaction en chaîne soit auto-entretenue sans s’emballer.

Dans un réacteur accidenté, l’exploitant ne contrôle plus la situation. TEPCo a mis en ligne une vidéo en anglais pour expliquer que le risque de reprise d’une réaction en chaîne est très faible et que, même si elle reprenait, l’énergie et les rayonnements dégagés seraient très faibles.

La compagnie explique à la fin qu’elle continuera à faire des vidéos pour contrecarrer les “idées de propagande” (sic).

La justice confirme la suspension du redémarrage de la centrale de Takahama

La cour de justice d’Ôtsu, dans la province de Shiga, vient de confirmer la suspension des opérations de redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la centrale de Takahama située dans la province de Fukui. C’est la troisième fois en 5 mois qu’elle s’oppose à l’exploitant, Kansaï Electric, qui a annoncé qu’il saisirait la Haute cour d’Ôsaka. En attendant, il va retirer les combustibles des réacteurs qui avaient déjà été chargés.

Pour la cour, KEPCo n’avait que son propre point de vue sur la sûreté de ses réacteurs à opposer. Par ailleurs, les nouvelles règles de sûreté ne précisent pas les limites du danger acceptable pour une société.

Levée de l’ordre d’évacuer à Minami-Sôma

Le gouvernement a levé l’ordre d’évacuer dans les districts d’Odaka et de Haramachi de la ville de Minami-Sôma, situés à moins de 20 km de la centrale de Fukushima daï-ichi. On peut désormais habiter dans toute la commune, à l’exception d’une petite zone dite de retour difficile avec une seule habitation où deux personnes vivaient.

Au 1er juillet 2016, 10 807 personnes, réparties dans 3 487 foyers étaient enregistrées dans ces districts. Voir la dernière carte officielle des zones évacuées, en japonais. La dernière carte en anglais date de septembre 2015.

Le taux de retour devrait être faible, comme partout ailleurs. Les habitants pouvaient déjà passer la nuit chez eux, mais seulement 2 006 dans 691 foyers en ont fait la demande. Ainsi, moins de 20% de la population est prête à rentrer. Il s’agit surtout de personnes âgées. Le gouvernement voulait déjà lever l’ordre d’évacuer en avril dernier, mais, face à la réticence des habitants, cela a été reporté de quelques mois. Certaines familles ont refait leur vie ailleurs. Pour beaucoup, la pollution radioactive restante est la principale source de préoccupation. Voir aussi cet article sur le dilemme des populations.

Les travaux de décontamination sont officiellement terminés pour les zones résidentielles, mais se poursuivent le long des routes et dans les zones agricoles. Cela devrait durer jusqu’en mars prochain.

Pour la première fois, que cet ordre est levé dans une zone dite de « restriction de résidence » où l’exposition externe était comprise entre 20 et 50 mSv/an. Mais elle est maintenant passée sous la limite de 20 mSv/an grâce à la décroissance naturelle et aux travaux de décontamination. Rappelons que cette limite correspond à la valeur la plus élevée des recommandations internationales et qu’elle n’est pas acceptée par beaucoup (lire Fukushima cinq ans après, retour à l’anormale à ce propos).

Pour faciliter le retour, l’hôpital et des zones commerciales ont rouvert. La ligne de train Jôban a repris dans la commune sur 9,4 km seulement, entre les stations Haranomachi et Odaka. D’autres portions devraient rouvrir cette année et en 2020.

C’est la sixième fois que l’ordre d’évacuer est levé depuis le début de la catastrophe nucléaire.

Trois ans après la mise en place des nouvelles règles de sûreté nucléaire…

Le 8 juillet a marqué le troisième anniversaire de l’entrée en vigueur des nouvelles règles de sûreté, présentée comme les plus exigeantes au monde. Une demande de redémarrage a été déposée pour 26 réacteurs nucléaires répartis dans 16 centrales. C’est moins de la moitié du parc de 54 réacteurs d’avant la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima daï-ichi en mars 2011. Et tous n’obtiendront pas une autorisation de remise en service. 12 réacteurs ont déjà été arrêtés définitivement, dont les 6 de Fukushima daï-ichi. Les exploitants n’ont pas encore officiellement renoncé aux 16 réacteurs restant.

Pour le moment, le dossier de sûreté de seulement sept réacteurs a été jugé conforme aux nouvelles règles de sûreté, ce qui est une bien piètre performance et seulement deux réacteurs fonctionnent à la centrale de Sendaï (Kagoshima) depuis l’automne dernier. Un troisième pourrait redémarrer cet été à la centrale d’Ikata (Ehimé). Pour deux réacteurs de Takahama (Fukui), une décision de justice a suspendu les opérations de redémarrage.

Les exploitants clament haut et fort que leurs réacteurs sont sûrs, que la sûreté est leur priorité n°1, etc… mais se plaignent par derrière de l’Autorité de régulation nucléaire qui serait trop lente. Mais, comme le rappelle le Maïnichi, de nombreuses voix estiment que la sûreté devrait être encore plus renforcée.

Le tribunal d’Ôtsu, par exemple, qui a suspendu le redémarrage de deux réacteurs de Takahama, a estimé que les défenses n’étaient pas suffisantes en cas d’attaque terroriste. Kunihiko Shimazaki, sismologue et commissaire de l’Autorité de Régulation Nucléaire (NRA) jusqu’en septembre 2014, pense qu’il faut revoir les règles de sûreté en ce qui concerne la résistance aux séismes. Il a fait part de son avis en juin dernier, suite aux séismes à Kumamoto. Localement, de nombreux riverains et élus pensent, quant à eux, que les plans d’urgence, qui sont la cinquième barrière de sûreté dans le cadre de la défense en profondeur, ne sont pas à la hauteur. L’Autorité de régulation nucléaire n’a pas à les évaluer. Enfin, une mission récente de l’AIEA avait estimé que cette dernière avait encore de nombreux progrès à faire pour atteindre les standards internationaux.

Par ailleurs, les sondages, comme celui du Maïnichi, montrent qu’une majorité de Japonais sont toujours opposés à l’énergie nucléaire. Seuls 16% estiment cette source d’énergie nécessaire. 50% estiment qu’elle est nécessaire à court terme, mais qu’elle doit être abolie dans l’avenir. Enfin, 31% jugent qu’elle n’est pas nécessaire.

Dans un tel contexte, l’industrie nucléaire japonaise essaye de se développer à l’étranger. Il y a des projets en Turquie et en Grande-Bretagne.

Doses prises par les travailleurs à la centrale de Fukushima daï-ichi

TEPCo a mis en ligne ses dernières statistiques sur les doses prises par les travailleurs à la centrale de Fukushima. Les données précédentes, allant jusqu’à avril 2016, sont en ligne sur le site du ministère du travail.

Il y a entre 9 000 et 10 000 personnes par mois qui travaillent sur le site de la centrale accidentée. Ce sont toujours les sous-traitants qui sont le plus nombreux et qui prennent les plus fortes doses. La dose moyenne mensuelle varie de 0,28 à 0,55 mSv (en mars 2016). La dose maximale sur un mois est de 13,82 mSv en mars 2016, alors que la limite de dose est de 20 mSv en moyenne sur 5 ans.

Le nombre cumulé de travailleurs depuis le 11 mars 2011 n’est plus donné. On ne sait donc pas combien sont proches de la limite de dose. TEPCo a remis les compteurs à zéro au 1er avril 2016 après 5 années passées.

Les données de TEPCo présentent aussi les doses à la peau avec un maximum à 80 mSv en mars 2016, ainsi que les doses à la cornée.

Par ailleurs, TEPCo a mis en ligne de nombreuses statistiques sur la compagnie, dont les doses prises avant la catastrophe. Il y a eu un maximum en 2003, année où la compagnie à dû arrêter de nombreux réacteurs suite à des falsifications de rapports de sûreté. Quand TEPCo triche ou sous-estime la sûreté, ce sont les travailleurs qui trinquent !

Faute de place, TEPCo va réutiliser les vieilles cuves contaminées

L’eau contaminée qui s’accumule reste un des principaux problèmes de TEPCo. La compagnie la met dans des cuves après décontamination partielle, le temps de trouver une solution. Pour le moment le gel des sous-sols ne ralentit pas le flux qui est toujours de l’ordre de 400 m3 par jour et l’eau polluée s’accumule.

Il y a déjà un millier de cuves sur le site de la centrale. Et comme il y a un manque de place et de cuves, TEPCo veut réutiliser les plus anciennes, contaminées, qu’elle s’était engagée à éliminer car certaines avaient fui… Et l’Autorité de régulation nucléaire a donné son accord, selon le Maïnichi.

L’utilisation des vieilles cuves boulonnées pourrait commencer dès ce mois-ci. Les plus récentes sont soudées.

Le maire d’Imari opposé au redémarrage de la centrale de Genkaï

La commune d’Imari, avec ses 57 000 habitants, est à moins de 30 km de la centrale nucléaire de Genkaï dans la province de Saga, que l’exploitant, Kyûshû Electric espère redémarrer cette année. Elle est donc concerné par les plans d’urgence nucléaire et doit se préparer à évacuer toute la population en cas d’accident grave.

Le maire d’Imari a tenu une conférence de presse pour exprimer son opposition au redémarrage de la centrale voisine. Il a expliqué qu’au moment de son arrêt, il était inquiet pour l’économie locale, mais, cinq années plus tard, il constate qu’il n’y a pas eu de problème majeur. Et donc, le sentiment qui domine dans la commune est qu’il n’y a pas besoin de cette centrale.

C’est la première fois qu’un maire d’une des 8 communes de la zone de préparation à l’urgence exprime son opposition. Mais il n’aura pas voix au chapitre, seule la commune qui héberge la centrale, et qui touche les subsides, est consultée. Kyûshû Electric continue à se préparer au redémarrage dès qu’elle obtiendra l’accord de l’Autorité de régulation nucléaire et les autorités régionales de Saga considère l’avis du maire d’Imari comme un avis parmi d’autres.